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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 06:16

thorez-time-pcf.jpgMaurice Thorez (1900-1964), l'homme, le militant – le potrait-hommage de Georges Cogniot et Victor Joannès

 

 

En ce 50 ème anniversaire de la mort du dirigeant historique du PCF Maurice Thorez, les hommages se font rares, beaucoup plus rares que ceux pour Jean Jaurès, y compris dans le camp communiste.

 

Surprenant pour une personnalité politique qui a marqué de son empreinte comme nul autre non seulement le communisme français du XX ème siècle comme celle du mouvement communiste international, mais aussi l'ensemble du mouvement ouvrier et de la gauche française, la vie politique nationale comme la conscience de la classe ouvrière de notre pays.

 

Ici, nous retranscrivons des extraits de l'ouvrage « Maurice Thorez, l'homme et le militant » publié en 1970, sous la direction de l'historien Victor Joannès et de l'homme de lettre Georges Cogniot, proche de l'ancien secrétaire-général du Parti, en fait la première partie dans son intégralité. Un témoignage digne d'être rappelé.

 

Introduction et retranscription pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Une vie de militant et de dirigeant

 

 

Les origines

 

Fils et petit-fils de mineurs du Pas-de-Calais, Maurice Thorez avait passé son enfance dans les corons. Il s'est éveillé à la vie dans une région de grande industrie moderne et d'organisations ouvrières puissantes.

 

A six ans, il avait entendu les cris de douleur des femmes pleurant leurs maris que le puits tragique de Courrières avait ensevelis. Dès l'âge de douze ans, embauché comme trieur à la fosse 4 de Dourges, il avait fait l'expérience du mécanisme impitoyable de l'exploitation de l'homme par l'homme. En novembre 1913, il avait participé pour la première fois à une grande grève, pour la journée de 8 heures.

 

Peu après, c'était le drame de 1914 et l'invasion allemande. La guerre allait chasser Maurice Thorez loin de la mine et le jeter, avec un convoi de réfugiés, dans les campagnes de la Creuse. Il y fit l'apprentissage de la terre, comme si la vie le préparait à connaître non seulement les revendications et les espoirs des ouvriers, mais les besoins et aspirations des paysans.

 

Maurice Thorez a relaté lui-même dans son beau livre, Fils du peuple, toute l'importance de cette initiation à la vie rurale : « Quand je vis de près le paysan français, écrit-il, j'appréciai ses solides vertus, son opiniatreté, son énergie, son solide bon sens. Le paysan était le frère de l'ouvrier, un frère malheureux comme lui, exploité et opprimé comme lui, comme lui victime désignée pour le grand massacre de la guerre ».

 

Depuis ce temps, Maurice Thorez a toujours su élever la voix pour défendre les travailleurs de la glèbe, pour dénoncer le jeu perfide de l'ennemi qui « cherche à diviser et à dresser les uns contre les autres les ouvriers et les paysans », pour insister sur la nécessaire alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie et l'ensemble des couches moyennes.

 

La guerre de 1914-1918 n'avait pas seulement familiarisé Maurice Thorez avec la condition paysanne. Au cours des quatre années de déracinement et de souffrances qu'elle lui avait imposées, il s'était préparé à en comprendre le caractère impérialiste et les leçons, à répondre à l'appel lancé par Lénine aux prolétaires de tous les pays.

 

Premières armes

 

De retour au pays natal en janvier 1919, Maurice Thorez, redevenu mineur, va se passionner de plus en plus pour l'action syndicale et politique. En mars 1919, il adhère au Parti socialiste et bientôt il milite pour l'adhésion à la Troisième Internationale.

 

Une période d'intense activité politique, d'âpres controverses, de débats orageux vient de s'ouvrir. Maurice Thorez va s'y faire remarquer à la fois par son ardeur dans la bataille quotidienne et par sa maturité, son intelligence politique.

 

Le soir, après une dure journée de travail à la mine, il discute avec ses camarades de leurs soucis, de leur misère, il leur indique le chemin du salut tracé par Lénine. Dans sa section, sans se laisser impressionner par les titres, les fonctions, la loquacité des partisans de Longuet, de Blum et de Lebas, adversaires de l'adhésion, il s'élève contre l'ancien socialisme réformiste, où il ne trouve que verbiage et déceptions ; il défend avec feu la Révolution russe et les thèses de l'Internationale communiste.

 

Ce que la lampe est pour le mineur : le gage du salut, Maurice Thorez explique que la grande lumière levée à l'est le sera pour toute la classe ouvrière.

 

Appelé à l'armée en mars 1920, il continue à militer, à faire de la propagande contre la guerre et pour l'adhésion à la Troisième Internationale dans les chambrées. Lors d'une permission, sans souci du risque, il monte en uniforme à la tribune et prend, pour la première fois, la parole dans un meeting.

 

Décembre 1920. Le Congrès historique de Tours, à l'appel de Marcel Cachin et de Paul Vaillant-Couturier, inaugure pour la France l'époque de la victoire des grandes idées du communisme. La création du Parti communiste ouvre une nouvelle et décisive étape pour le mouvement ouvrier français. Maurice Thorez, évoquant avec émotion ses souvenirs sur les répercussions du Congrès, sur sa signification, écrit dans son autobiographie :

 

« C'est la victoire de l'internationalisme prolétarien ! La classe ouvrière reprend sa marche en avant. Et nous, les jeunes, nous respirons à pleins poumons cet air vivifiant qui circule. Mais il reste aux communistes un long chemin à parcourir, un dur apprentissage à faire pour connaître et apprécier en hommes politiques la réalité qui les entoure, pour acquérir l'expérience de la lutte, pour apprendre à vaincre dans les conditions spécifiques de la France ! ».

 

Dans cet apprentissage, le rôle de Maurice Thorez sera déterminant.

 

La scission avec la minorité opportuniste et centriste qui s'est faite à Tours, a donné forme à l'avant-garde révolutionnaire de la classe ouvrière, mais ses rangs sont affaiblis, surtout en raison de la défection de cadres nombreux, et sa pensée reste hésitante, grevée de survivances réformistes. Il s'agit maintenant de recruter, de fortifier idéologiquement le Parti, d'augmenter l'influence des idées communistes parmi les travailleurs. Maurice Thorez s'y emploie. Il lutte dans sa section, dans sa fédération pour la mise en pratique des directives lancées en 1921 par le III ème Congrès de l'Internationale communiste : « Allez aux masses ! Faites le front unique ! ».

 

Dans sa section, il est secrétaire. Et trente ans plus tard, il éprouvera une grande joie lorsque des camarades de l'ancien temps lui feront tenir les vieux cahiers de procès-verbaux où l'on trouve, de la main du jeune responsable, les compte-rendus des réunions de 1922 consacrés à débattre du front unique.

 

Au Congrès de Paris, en octobre 1922, la fédération du Pas-de-Calais donne 146 mandats aux adversaires du front unique, contre 40 à ses partisans. Délégué de la minorité au Congrès, Maurice Thorez ne se laisse pas rebuter. Il poursuit avec persévérance son travail de conviction auprès de ses camarades. Il a la satisfaction, quelques mois plus tard, de voir sa fédération se rallier tout entière à son point de vue, aux préceptes de l'Internationale communiste, au drapeau de l'unité prolétarienne.

 

En janvier 1923, contre l'occupation de la Ruhr, contre la politique de violence de Poincaré, qui devait tant contribuer à alimenter la propagande revancharde de Hitler, le jeune Parti communiste français livre sa première grande bataille internationaliste. La répression se déchaîne contre ses militants. C'est le moment que choisit L.O.Frossard, à l'époque secrétaire du Parti, pour déserter ses rangs. Dans ces heures difficiles, Maurice Thorez affirme ses dons d'organisateur, son sens des responsabilités, son esprit d'initiative : au milieu de 1923, il devient secrétaire de la Fédération du Pas-de-Calais. Le voilà permanent du Parti, « révolutionnaire professionnel ».

 

C'est une ligne droite et claire qui a conduit Maurice Thorez de ses premières années passées dans les corons, de ses premières expériences de grèves et de luttes, de la guerre et des leçons qu'il a su en dégager, à l'insertion profonde dans le tissu vivant du Parti communiste, en qui il a reconnu le porte-drapeau de sa classe et de son peuple.

 

Elu à 24 ans membre du Comité central, Maurice Thorez siège à 25 ans au Bureau politique et il assume la responsabilité de secrétaire d'organisation du Parti. Il apparaît ainsi comme l'incarnation même des grandes possibilités d'une jeunesse ardente, généreuse, qui veut vaincre et vivre, comme le type achevé de ces jeunes cadres prolétariens dont le mouvement ouvrier a besoin. Tandis que les arrivistes et les aventuriers petits-bourgeois, qui avaient tenté de précipiter dans l'abîme le Parti encore inexpérimenté, passent ouvertement à l'ennemi ou sont écartés l'un après l'autre, Maurice Thorez grandit et se fortifie avec le Parti, au cours des luttes qui font la trame même de l'histoire du mouvement communiste.

 

Il se familiarise avec les profondes analyses scientifiques de Lénine sur le capitalisme de monopole, sur l'époque de l'impérialisme, « époque où le capitalisme, ayant atteint et dépassé sa maturité, se trouve à la veille de son écroulement, où il est mûr au point de devoir céder la place au socialisme ». La lecture de Lénine et l'observation des faits apprennent au jeune dirigeant que la domination des monopoles est la source du militarisme, de l'agression, de la guerre, qu'à l'époque de l'impérialisme, le militarisme frappe toute la vie de la société.

 

En 1925, Maurice Thorez est président du Comité central d'action contre l'injuste guerre du Maroc. Il s'attache de toutes ses forces à entraîner dans la lutte les ouvriers socialistes aux côtés de leurs frères communistes. Persuadé qu'un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre, il impulse l'action des masses contre la guerre et forme le jeune Parti communiste dans l'esprit de la solidarité prolétarienne avec l'action anti-impérialiste des peuples coloniaux. La grève nationale du 12 octobre 1925, déclenchée à l'appel du Parti, mobilisa 900 000 travailleurs sur le mot d'ordre de cessation immédiate de la guerre.

 

Ainsi se créait une tradition de lutte qui ne se démentira jamais. Plus tard, avec la même résolution, Maurice Thorez et le Parti communiste combattront pour l'indépendance du Vietnam, pour l'indépendance de l'Algérie ; dans l'esprit de Lénine, ils revendiqueront pour tous les peuples soumis à l' « Empire » le droit de libre disposition.

 

Comme l'écrivait Mikhail Souslov, membre du Présidium et secrétaire du Comité central du P.C.U.S dans son hommage à Maurice Thorez à l'occasion du 65 ème anniversaire de sa naissance, « durant les années difficiles où régnait en France la griserie chauvine, et particulièrement dans la période de la 'sale guerre' du Vietnam et de la guerre coloniale de l'impérialisme française contre le peuple algérien, le Parti communiste fut l'unique parti de France qui élevât résolument la voix pour défendre la juste cause des peuples opprimés. Voilà pourquoi, le 16 juillet 1964, lorsque les travailleurs de France accompagnaient Maurice Thorez à sa dernière demeure, leur douleur était partagée par les travailleurs d'Algérie, du Vietnam, du Maroc et des autres pays pour la libération desquels il avait lutté avec abnégation. »

 

Poursuivi par les gouvernements réactionnaires de son temps, recherché par la police pour son action contre la guerre du Maroc, Maurice Thorez connaît durant deux années la vie difficile du militant illégal. Il n'en continue pas moins, à son poste, à travailler au renforcement du Parti.

 

Arrêté en juin 1929 à la suite d'une trahison, jeté en prison, Maurice Thorez y donne l'exemple à la fois de la fermeté, de l'intrépidité et de l'étude, du soin de la culture intellectuelle. Il organise des cours pour les jeunes travailleurs qui partagent son sort ; il met à profit les loisirs forcés que lui donne la détention pour approfondir ses connaissances, élargir son horizon.

 

A la tête du Parti communiste

 

Rendu à la liberté, Maurice Thorez se voit confier par le Comité central, en juillet 1930, les fonctions de secrétaire-général. A cette date, le Parti se trouve en bien mauvaise posture par suite de la politique sectaire du groupe Barbé-Célor, des excitations de Doriot aux luttes fratricides entre ouvriers socialistes et communistes, de la négation complète du centralisme démocratique dans la vie intérieure du Parti. « Pas de mannequins dans le Parti ! Que les bouches s'ouvrent ! » C'est par cet appel fameux que débute la bataille de Maurice Thorez contre le groupe sectaire hostile à la défense des revendications immédiates et à la lutte pour l'unité d'action. Le groupe est bientôt démasqué et écarté.

 

Dès lors, la route est libre pour le redressement du Parti, pour le combat sans répit en vue de liquider la scission, de rassembler tous les travailleurs sur un même front, de faire triompher le mot d'ordre que Maurice Thorez lance le 2 décembre 1932, salle Bullier, à Paris : « Une classe ouvrière unie contre la bourgeoisie, un seul syndicat, un seul parti du prolétariat ! » Donner au peuple un parti bien à lui qui soit un parti puissant, soudé aux larges masses et capable de réaliser, grâce à une audacieuse politique unitaire associée à une stricte fidélité aux principes, la démocratie et le socialisme en faisant la France libre, forte et heureuse, tel est l'objectif qui a dominé toute l'action de Maurice Thorez comme secrétaire général puis comme président de notre Parti.

 

Décrivant l'orientation de Maurice Thorez en 1925 comme président du Comité central d'action contre la guerre du Maroc, un historien bourgeois, Jacques Fauvet, écrit : « Il se voue aux propositions d'unité, car il apparaît tel qu'il sera toujours, inlassablement, le partisan du front unique ». La passion de l'unité, en vue du triomphe de la cause ouvrière, ce fut bien, en effet, la ligne directrice de Maurice Thorez.

 

On rappellera dans la suite de cet exposé le rôle déterminant qu'il a joué dans l'élaboration et la réalisation du front unique de la classe ouvrière de 1932 à la signature du pacte d'unité d'action avec la SFIO en 1934, la part qui lui revint dans l'établissement du Front populaire, dans la mobilisation des grandes masses contre le fascisme et la guerre, contre la domination des 200 familles. Le VII ème Congrès de l'Internationale communiste, en 1935, devait proposer en exemple à tous les partis affiliés l'expérience française du Front populaire, grâce auquel, dans notre pays, le fascisme n'a pas pu s'implanter, sinon sur la protection directe des baionettes de Hitler.

 

Dans les années d'avant-guerre, Maurice Thorez, secondé par Jacques Duclos, par Benoît Frachon et ses autres fidèles compagnons, livre une bataille acharnée pour l'application du programme du Front populaire, contre la politique réactionnaire des cercles dirigeants, pour l'organisation pratique de l'aide internationale à l'Espagne républicaine. Sous sa direction, le Parti communiste français condamne hautement la trahison de Munich. Sous sa direction, le Parti communiste relève le drapeau national abandonné par la bourgeoisie régnante et il l'associe dans toutes ses manifestations au drapeau rouge des espérances ouvrières.

 

Maurice Thorez est alors l'éloquent interprète du patriotisme populaire et de l'amour de la liberté. L'histoire n'oubliera pas la passion frémissante de tant de textes pathétiques comme celui du 17 avril 1936 :

 

« Les dirigeants des ligues factieuses méconnaissent et heurtent le sentiment de notre peuple épris de liberté et fier de son indépendance. Ce n'est ni à Rome, ni à Berlin, ni dans aucune autre capitale étrangère, et pas même à Moscou, pour laquelle nous ne dissimulons pas, nous communistes, notre profond attachement, que se déterminera le destin de notre peuple : c'est à Paris ».

 

« Le peuple de France répugne à l'esclavage et à la servitude, à la discipline du troupeau soumis à la dictature d'un seul qui parle au nom des maîtres capitalistes. Car le fascisme, c'est l'avilissement, l'anéantissement de l'individu ; c'est l'impossibilité pour le savoir et le talent de donner leur mesure dans le plein épanouissement de la liberté assurée à chacun et à tous : c'est le refoulement de tout esprit d'initiative et de progrès ».

 

Quand vient en 1939 le cent-cinquantième anniversaire de la Révolution française, la voix de Maurice Thorez s'élève pour proclamer que la France populaire est fière de son passé révolutionnaire, depuis Robespierre et Saint-Just jusqu'à Lafargue et Jaurès. Cette France, dit-il, est toujours animée de l'esprit des Jacobins et des Communards, de Voltaire et de Diderot, de Hugo et de Zola, d'Anatole France et de Romain Rolland. Le Parti communiste est en charge de cet héritage glorieux et il le défendra contre tous ses ennemis.

 

De la trahison de Munich découle la deuxième guerre mondiale. Bien que la direction du Parti communiste français ait proclamé la volonté des communistes de prendre une part active à la défense du pays contre l'agression fasciste, la répression s'abat sur le Parti. Maurice Thorez prend sa place de responsabilité et d'honneur à la tête du Parti traqué par les criminels qui font la guerre au peuple, mais ne la font pas à Hitler.

 

Notre Parti reste, à l'heure de la débâcle, la seule force nationale organisée qui appelle à la lutte contre l'envahisseur et ses complices. Le 10 juillet 1940, le jour même où, à Vichy, Laval obtient l'étranglement de la République d'un Parlement servile, d'où tous les communistes avaient été exclus, Maurice Thorez et Jacques Duclos signent le mémorable appel, qui convie le peuple au combat pour la liberté, l'indépendance et la renaissance de la France. Aucune manipulation des anti-communistes n'a pu réussir ni ne réussira à escamoter de l'histoire ce document glorieux.

 

Pendant quatre ans, la nation allait se battre pour sa libération, communistes en tête. Malgré les dizaines de milliers de camarades tombés dans la bataille, parmi lesquels Louis Thorez, un des frères du secrétaire général du Parti, l'organisation communiste sort de la cruelle épreuve plus forte et mieux trempée.

 

En 1946, cinq millions et demi de Françaises et de Français votent pour le Parti communiste. Cinq communistes entrent au gouvernement, dont Maurice Thorez. Leur œuvre, ce sont les nationalisations, la sécurité sociale, le statut de la fonction publique, c'est aussi l'organisation du grandiose effort de production que la classe ouvrière accomplit pour assurer la renaissance du pays. Au jugement de l'adversaire lui-même, Maurice Thorez, bientôt vice-président du Conseil, déploie les plus rares qualités de l'homme d'Etat.

 

C'est alors aussi que, dans sa célèbre interview auTimes, il met l'accent sur la spécificité des voies françaises du passage au socialisme, sur la possibilité d'une voie pacifique qui résulte du nouveau rapport de forces découlant de la deuxième guerre mondiale.

 

En mai 1947, la réaction, obéissant à Washington et agissant par l'intermédiaire des dirigeants socialistes de droite, écarte les communistes du gouvernement. Mais elle échoue complètement dans sa tentative de saper l'influence de notre Parti dans les masses.

 

Alors commence la période de la guerre froide, la période des grandes campagnes antisoviétiques de la réaction chez nous et dans tous les pays capitalistes. Maurice Thorez rappelle inlassablement que l'amitié de l'Union soviétique a été et reste la meilleure garantie de l'indépendance de la France. On sait quelle importance devait revêtir son affirmation solennelle du 30 septembre 1948 : « Le peuple de France ne fera pas, il ne fera jamais la guerre à l'Union soviétique ».

 

Maurice Thorez montre en même temps qu'une fois encore, devant l'abdication de la bourgeoisie française qui laisse le champ libre à la pénétration du « mode de vie américain » et des idées réactionnaires de l'Amérique, les communistes sont « les gardiens de l'héritage moral et intellectuel de la France ». C'est là un de ses thèmes principaux dans le rapport au XII ème Congrès du Parti (avril 1950), et dans tous les documents de la même période.

 

Le mois même où se tenait le XII ème Congrès, le président Truman annonçait que les Etats-unis commençaient la « campagne de vérité contre le communisme » ; peu après le professeur de l'université de Yale chargé de la théorie de la propagande impérialiste, Harold Lasswell, déclarait dans son livre : Political and psychological warfare, qu'après l'armée de terre, l'armée de l'air et la flotte, la propagande représentait désormais la quatrième arme de la politique américaine : il n'était plus question de « vérité » ! Une immense machine de guerre psychologique se mettait à fonctionner. C'est Maurice Thorez qui relevait le défi, au nom du droit de la France à une pensée libre, à une tradition culturelle autonome, à une politique indépendante. Il marquait fortement qu'un pays avec une vieille histoire et une culture originale comme les nôtres n'était pas disposé à se laisser coloniser.

 

Parallèlement, le Parti communiste accomplit, tout au long de ces années, un énorme travail afin de défendre les revendications immédiates des masses laborieuses, de les mobiliser contre la domination des monopoles, contre les guerres coloniales, pour la paix, la démocratie et le socialisme.

 

Maurice Thorez organise le combat pour toute parcelle des libertés démocratiques, contre l'omnipotence des monopoles dans l'économie et dans la société. Profondément léniniste, il est convaincu que la lutte pour la démocratie est partie intégrante de la lutte pour le socialisme. La lutte pour la démocratie est mise par lui au premier plan dans les années où s'annonce l'instauration du pouvoir personnel gaulliste, dont il sera l'adversaire résolu.

 

Au XV ème Congrès du Parti, en 1959, il souligne que, de notre temps, il n'y a plus un long intervalle historique entre les transformations démocratiques et les transformations socialistes, et il en donne la raison : la direction manifeste, incontestable de tout le mouvement progressiste de la société par la classe ouvrière, représentante de l'idée socialiste, rapproche et soude entre elles les deux étapes.

 

Pendant toute cette période du pouvoir gaulliste, le secrétaire général du Parti rappelle inlassablement cette idée de Lénine que le capitalisme de monopole transforme la démocratie en une illusion, mais en même temps engendre les tendances démocratiques dans les masses ; d'où l'antagonisme croissant entre l'impérialisme qui nie la démocratie et les masses qui y aspirent.

 

La condition fondamentale du succès dans la lutte pour la démocratie et pour le socialisme est aux yeux de Maurice Thorez la large alliance antimonopoliste de la classe ouvrière avec les couches moyennes de la ville et du village, l'unité d'action des communistes et des socialistes. Il avance et justifie la thèse théorique de grande importance d'après laquelle la coopération des communistes avec les socialistes et d'autres formations démocratiques est nécessaire non seulement pour conquérir une démocratie qui mérite son nom, mais pour construire le socialisme.

 

En mai 1964, le XVII ème Congrès de notre Parti mettait l'accent sur la lutte pour l'unité de toutes les forces démocratiques sur la base d'un programme constructif. Maurice Thorez était élu président du Parti, dont le camarade Waldeck Rochet devenait secrétaire-général.

 

Maurice Thorez prononça au congrès un discours capital. Il souligna notamment que l'unité d'action des travailleurs s'obtient grâce à la lutte pour les revendications immédiates, pour les transformations démocratiques, pour la paix entre les peuples. Il appela les communistes à se battre avec fermeté contre le sectarisme stérile et l'étroitesse, d'une part, contre l'opportunisme de droite et le révisionnisme, d'autre part. Ce discours devait être le testament politique de Maurice Thorez.

 

Un dirigeant éminent

 

C'est grâce aux orientations définies dans une large mesure par Maurice Thorez que le Parti communiste français est devenu ce qu'il est aujourd'hui, le premier parti de la démocratie française, la grande force de la nation, un inépuisable réservoir d'énergie. Rien ne saurait désormais l'abattre. Les épreuves qu'il a traversées depuis un demi-siècle – calomnies et trahisons, persécution et illégalité – n'ont fait que le rendre plus fort, même quand elles creusaient des vides cruels dans ses rangs. Il plonge ses racines dans l'histoire de France et il exprime, dans ce pays dont il est le produit authentique, la poussée internationale des forces de progrès : le Parti communiste français s'est formé, comme Maurice Thorez l'a dit lors du quarantième anniversaire du Congrès de Tours, sous la double influence des idées nouvelles léninistes, mises dans tout leur éclat par la Révolution d'Octobre, et de l'essor de la lutte de masses en France même, qui faisait revivre les meilleures traditions de notre classe ouvrière et de notre peuple. Le Parti s'est créé par un retour aux meilleures sources nationales, et non pas, comme le disent les bourgeois, par une greffe artificielle du bolchévisme sur le vieux socialisme français.

 

La personnalité de Maurice Thorez a certes compté pour beaucoup dans l'histoire du Parti et de pays. Mais – contrairement aux conceptions bourgeoises de l' « homme providentiel » selon lesquelles l'homme est grand par ce qui le distingue et l'isole du peuple – l'individu n'agit sur l'histoire que si sa vie fait corps avec les forces sociales progressistes.

 

Le théoricien marxiste Georgi Plekhanov écrit dans son ouvrage sur « le rôle de l'individu dans l'histoire » :

 

« Un grand homme est grand non parce que ses qualités personnelles donnent aux grands événements historiques leur physionomie propre, mais parce qu'il est doué de qualités qui le rendent plus capable que tous les autres de répondre aux grands besoins sociaux de son temps (…) Carlyle, dans son célèbre ouvrage sur les héros, appelle les grands hommes des initiateurs. Le mot est des plus heureux. Oui, le grand homme est un initiateur, parce qu'il voit plus loin et veut plus fortement que les autres. Il résout les problèmes scientifiques que pose à l'ordre du jour la marche antérieure du développement intellectuel de la société ; il signale les nouveaux besoins sociaux créés par le développement antérieur des rapports sociaux et, le premier, il entreprend de les satisfaire. Il est un héros. Non en ce sens qu'il pourrait arrêter ou modifier le cours naturel des choses, mais parce que son action est l'expression consciente et libre de ce cours des choses nécessaire et inconscient. Toute son importance est là, et aussi toute sa force ».

 

Tel a été Maurice Thorez : un initiateur, qui a travaillé à rendre l'idée communiste familière à tous, qui a exprimé de la manière la plus lucide les aspirations des forces montantes et s'est identifié à elles. Il a été un dirigeant éminent, non pas en ce sens qu'il aurait pu changer le cours des choses et former le Parti communiste à partir de rien, mais en ce sens que son activité, ses dons naturels, son dévouement ont fait de lui le militant le plus en vue du parti qui répondait dans la France du XX ème siècle aux besoins du développement social, qui traduisait en action politique les exigences historiques.

 

Dans sa lettre au journal Le populaire sur l'anniversaire de la mort de Jaurès en 1916, Romain Rolland écrivait : « Le seul fait que je veux retenir aujourd'hui, c'est de quelle importance demeure dans le monde moderne une personnalité (…) Bien loin d'annihiler le rôle de l'individu, le socialisme doit en centupler la force ; car il lui faut des hommes qui concentrent en eux toutes les énergies dispersées des peuples et qui les projettent sur leur route en un puissant faisceau de lumière consciente ».

 

Ce que Romain Rolland attribuait aux individualités brillantes, ce rôle d'accumulateur des énergies populaires et de phare éclairant la voie des peuples, nous savons que c'est en réalité la mission historique du parti marxiste-léniniste de la classe ouvrière. Mais la fonction des dirigeants de ce parti n'en reste pas moins capitale et décisive.

 

 

L'activité créatrice de Maurice Thorez pendant près d'un demi-siècle a été une expression et un aspect supérieurs du mouvement logique et nécessaire par lequel l'histoire formait le Parti communiste français et le faisait accéder au rôle de guide reconnu de la nation qui travaille et qui pense.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Histoire
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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 05:02

canfor-14.jpgPour comprendre les origines de la Première Guerre mondiale – lire « 1914 » de Luciano Canfora

 

Compte-rendu AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le petit livre de l'historien, spécialiste de l'Antiquité, Luciano Canfora, est sans doute le premier ouvrage à lire en ce centenaire du début de la Grande guerre. L'un des rares, si ce n'est le seul, qui éclaire la question des origines, des causes, des responsabilités du conflit.

 

Jamais autant de livres n'ont été publiés sur la guerre de 1914-1918, emplissant les étals avec des réflexions sur l' « expérience de guerre », la « vie dans les tranchées », le rapport à la mort, au corps, à la violence.

 

Une conception anthropologiquede la guerre, quasi éternelle, rapportant à l' « humain » générique, détachée de toute historicisationdu conflit : d'où vient-il ? quelles furent ses conséquences ? Au-delà des expériences uniformes, quelle dimension de classe de la guerre ?

 

C'est le mérite du livre de Luciano Canfora – dont on sait la capacité à détruire certains mythes persistants, notamment sur la démocratie (voir son magistral « La démocratie, histoire d'une idéologie » –, celui de combattre certaines idées reçues, incontestées par la littérature récente, d'historiciser de nouveau le conflit.

 

Dans ces notes issues d'une vingtaine de conférences prononcées sur la RAI, la radio italienne, Canfora nous invite à repenser le conflit sous un autre angle que celui de l'idéologie dominante.

 

La guerre était-elle inévitable ? (1) Rivalités entre impérialismes, tensions et contradictions irréconciliables

 

La première idée reçue démontée par Luciano Canfora est celle qui réduit la Grande guerre à l'horizon 1914-1918 – c'est le cas de la plupart des livres « commémoratifs » sortis en 2014.

 

D'une part, il questionne, adopte tout en la critiquant l'approche d'Ernst Nolte, cet historien allemand controversé qui considère la Première et la Seconde guerre mondiale dans un même continuum de 1917 à 1945, faisant de la révolution russe née du premier conflit mondial le déclencheur d'une réaction fasciste puis nazie, qui plongera l'Europe dans un second conflit.

 

Canfora rappelle que Thucydide refusait de considérer la guerre du Péloponnèse comme deux conflits séparés mais les englobait dans une même guerre entre 431 et 404, considérant les moments de paix comme de simples trêves entre bélligérants.

 

Canfora épouse cette thèse mais pour lui, Nolte oublie que le point de départ n'est pas 1917 mais 1914 avec la rupture de l'équilibre européen, la brutalisation des sociétés, la guerre totale auxquelles la révolution russe fut une réaction, de la part de la seule force politique qui s'est opposée au conflit.

 

D'autre part, Canfora rappelle les origines lointaines du conflit de 1914. Adoptant l'approche léniniste de la lutte entre impérialismes, il rappelle la lutte entre ces impérialismes pour le partage du monde, afin de conquérir marchés, sources de matières premières, main d’œuvre peu onéreuse.

 

Sur la question de la responsabilité allemande, le traitement de Canfora est circonspect. Il balaye d'abord l'alibi commode de la seule culpabilité allemande soulignant combien la poursuite d'une politique impériale, d'intérêts égoïstes est le propre de toutes les puissances.

 

C'est pour ensuite – rejoignant les thèses exposées il y a un demi-siècle par l'historien allemand Franz Fischer – aussi réfuter la défense de l'establishment allemand après la guerre :

 

celle d'une absence de responsabilité allemande, d'une ligne « modérée » (celle de Bethamnn-Hollweg, chancelier en 1914) battue par une ligne « belliciste » devenue dominante par faute de la politique suivie par les autres puissances européennes.

 

Or, Canfora comme Fischer s'accordent pour remarquer que les buts de guerre (Kriegsiele) de la classe dirigeante était convergents, « modérés » comme « bellicistes » : s'emparer des districts miniers de Belgique et de Pologne, s'étendre vers l'Est jusqu'aux marges de la Russie.

 

Adjointe à cette ligne européenne visant à assurer les matières premières pour l'industrie allemande, une politique mondiale (Weltpolitik) lorgnant vers l'Afrique équatoriale et le Moyen-orient, dont la construction de la ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad est l'illustration la plus nette, rentrant en conflit avec les intérêts britanniques en Perse.

 

Ces objectifs rentraient naturellement en contradiction avec ceux de la France. Un conflit évidemment alimenté par l'esprit de revanche, né de la perte de l'Alsace-Lorraine en 1870, ancré dans les guerres franco-allemandes depuis l'invasion napoléonienne.

 

Mais aussi un conflit de plus en plus vif autour des empires coloniaux naissants en Afrique. Les conquêtes allemandes en Afrique équatoriale et occidentale menacent les possessions belges, françaises et anglaises. Les conflits entre trusts allemands et français au Maroc déchirent le pays.

 

Les crises marocaines de 1905 puis 1911 plongent l'Europe au bord du précipice. Finalement, l'Allemagne cède sur l'influence française au Maroc en échange de la garantie de ses possessions en Afrique équatoriale.

 

Toutefois, l'antagonisme franco-allemand est désormais structuré de façon définitive. Le premier enjeu pour la France est bien la préservation et l'extension de son empire colonial.

 

La Grande-Bretagne, elle aussi, voit sa rivalité durable avec la France se transformer en peur de l'expansion allemande.

 

A la prédilection pour la neutralité dans les conflits européens, la Grande-Bretagne change de position pour trois raisons : les craintes de toute hégémonie en Europe, celle d'une puissance rivale économiquement, enfin de l'affirmation d'une puissance coloniale mondiale.

 

Ces trois facteurs – longtemps associés à la France révolutionnaire/napoléonienne – sont désormais rapprochés de l'Allemagne wilhelmienne qui vient contester l'hégémonie mondiale de l'Empire britannique.

 

Ces éléments encouragent la classe dirigeante britannique à cette « Entente cordiale » étonnante pour les observateurs de l'époque avec la France en 1904, entre deux puissances au bord de la guerre au Soudan et en Birmanie, quelques années plus tôt.

 

Enfin la Russie, elle aussi menacée par le Drang nach osten (la marche vers l'est) de l'Allemagne mais surtout soucieuse de se tailler sa propre zone d'influence en Europe du sud-est, dans les Balkans en usant du pan-slavisme, près de la Turquie pour le contrôle des détroits et des mers chaudes.

 

De ce fait, elle entre en conflit avec deux colosses fatigués : l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman.

 

Voilà ce qui explique les guerres balkaniques de 1912-1913, répétition générale de la Première guerre mondiale. Prétextant du pan-slavisme, la Russie soutient Serbie, Bulgarie, Monténégro et Grèce dans la Ligue balkanique contre l'Empire ottoman, chassant les Turcs hors d'Europe.

 

Mais les rivalités entre puissances slaves vont conduire à une nouvelle guerre entre Serbes (coalisés avec les autres pays de la Ligue) et Bulgares, conduisant à la victoire des premiers. L'issue de ces conflits meurtriers : c'est le renforcement de l'influence russe dans les Balkans, la menace qu'elle fait peser sur l'Autriche-Hongrie qui contrôle la Bosnie, l'humiliation turque et bulgare.

 

Si l'Allemagne de Bismarck cherchait une « Sainte alliance » prusso-austrio-russe, il ne subsiste en 1914 qu'un bloc central austrio-prussien, bénéficiant des sympathies ottomanes et bulgares – par la suite des guerres balkaniques –, avec une hostilité violente entre Serbie et Autriche.

 

De ce système d'alliances déjà structuré, de ces tensions exacerbées en Europe et ailleurs, à ce choc des impérialismes, il ne manque qu'un détonateur.

 

Une chose est sûre, si l'expansionnisme allemand semble être à l'origine des tensions au début du XX ème siècle … c'est aussi parce que l'impérialisme pan-germanique est le dernier servi, il veut sa « place au soleil » face aux empires français, britannique et russe déjà constitués.

 

La guerre était-elle inévitable ? (2) Réaction en chaîne du système d'alliances et contingences historiques

 

En 1914, deux blocs d'alliances se font donc face : la Triple-Alliance entre Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie face à la Triple-Entente, Russie, Grande-Bretagne et France. Deux alliances aux mécanismes de solidarité complexes en cas de guerre défensive, mais contraignants.

 

Canfora tente d'éviter toute conception fataliste de l'histoire, faisant référence tantôt à la nouvelle des « Jardins des sentiers qui bifurquent » de Jorge Luis Borges, ou à l'Hercule de l'Apologue de Xénophon : chaque moment historique recèle une multitude de chemins, de possibilités.

 

Certes, la nature contraignante du système d'alliances ainsi que les tensions inter-impérialistes accumulées, donnent à l'enchaînement qui mène à la guerre une dimension inéluctable :

 

l'assassinat du prince héritier autrichien à Sarajevo, l'ultimatum puis la déclaration de guerre autrichienne à la Serbie, la mobilisation générale russe, la déclaration de guerre allemande à la Russie puis à la France, l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne après l'invasion de la Belgique : tout semble écrit, inéluctable.

 

Or, Luciano Canfora montre bien que derrière cette apparente logique implacable, il y a des contradictions internes, des décalages dans les consciences des acteurs, souvent bien différentes des idées reçues.

 

En effet, dans le camp austro-hongrois, perçu comme globalement pousse-à-la-guerre derrière le Ministre des Affaires étrangères, le comte Berchtold, d'autres voix comme le vénérable comte Tisza tentent de modérer l'Empereur, soulignant l'injustice d'une invasion de la Serbie sur un prétexte douteux, le danger pour l'Autriche d'une guerre dans une situation défavorable.

 

Dans le camp allemand, Canfora dénonce bien la vacuité des thèses sur les deux fractions dans la classe dirigeante allemande, révélant que la « colombe » Bethmann-Hollweg a conçu l'invasion de la Belgique, la blitzkrieg contre la France pour ensuite s'attaquer à la Russie.

 

Mais c'est aussi pour révéler combien les documents d'archive soulignent la conviction du Kaiser Guillaume II – décrié dans l'historiographique comme moitié dément, aventureux – que la guerre pouvait être évitée par un traitement négocié entre l'Autriche et la Serbie.

 

Ces oscillations, hésitations, déchirements semblent indiquer des contradictions internes au bloc central, ainsi que des responsabilités plus partagées que ce qu'on l'admet communément. Des atermoiements bouleversés par le flot des événements, préparés sur le long-terme.

 

La guerre était-elle inévitable ? (3) La faillite du mouvement socialiste européen

 

Selon l'auteur, le dernier rempart face au « massacre inutile » de 1914-1918 (pour reprendre les termes du pape Benoît XV) était non pas la conscience ou la prudence des dirigeants européens liés aux Anciens régimes du XIX ème siècle, mais l'engagement des classes ouvrières européennes.

 

Une classe ouvrière représentée par les partis socialistes qui s'étaient promis, en cas de conflit, de croiser les bras, de déclencher la grève générale pour empêcher une guerre fratricide, de privilégier la solidarité de classe internationale à la collaboration inter-classiste nationaliste.

 

Citant Fernand Braudel, Canfora rappelle que la vision que nous avions en 1914 était celle d'un continent moins « au bord de la guerre, qu'au bord du socialisme ». Et ce fut justement la guerre qui empêcha une transformation profonde, socialiste des sociétés européennes.

 

Une analyse peut-être un peu optimiste mais 1914 était bien l'heure de vérité, de ces moments où les partis ont à faire des choix décisifs. Les socialistes ont fait le mauvais choix, celui de l' « Union sacrée », du carnage massif au profit de quelques possédants.

 

Le 4 août 1914 marque la trahison de la social-démocratie allemande – modèle pour tout le socialisme européen, en réalité déjà intégrée au système politique bourgeois national – qui vote les crédits de guerre, bientôt suivie par les socialistes français.

 

Dans cette tempête qui ébranlera les convictions des pacifistes idéalistes comme Jaurès assassiné le 31 juillet 1914, conduira au ralliement guerrier la majorité des socialistes européens, les exceptions se font rares.

 

Quelques personnalités comme Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg en Allemagne, le courant bolchevique en bloc en Russie mené par Lénine bien sûr. Canfora y rajoute le mouvement socialiste italien en 1914, dont la position est facilitée par la neutralité italienne jusqu'en 1915.

 

Le revirement d'un Mussolini, farouche pacifiste en 1914 puis violent interventionniste en 1915 – acheté peut-être par les services secrets français ou britanniques, assurément par les cercles militaires et économiques – est un cas extrême de l'opportunisme des cadres socialistes italiens.

 

Déjouer la propagande de guerre (1) Sarajevo : un prétexte pour la guerre

 

Dans des analyses toujours actuelles, Canfora s'attacher à démonter les principes de la propagande de guerre.

 

Le premier est celui du prétexte pour l'entrée en guerre. Nul ne prétend que l'assassinat de Sarajevo est la cause de la Première guerre mondiale, au mieux un déclencheur, en réalitéun prétexte pour un conflit voulu et attendu dans les sphères dirigeantes allemandes ou autrichiennes.

 

Canfora reconstitue avec précision les faits du 28 juin 1914, il souligne les négligences coupables tant de la part du gouverneur que du chef de la sécurité

 

Le prince héritier, victime d'une première tentative d'attentat dans la journée, réclame une déviation de son parcours initial, le cortège suit une voie alternative avant de replonger dans une avenue François-Joseph centrale sans protection. En pleine manœuvre pour faire demi-tour, le prince est touché mortellement par un nationaliste serbe, Gabriel (« celui qui annonce »!) Prinzip.

 

Le casus belli idéal contre la Serbie est tout trouvé. Une commission d'enquête (cela nous rappelle des faits plus récents …) est lancée, bâclée, bidonnée, cherchant à forcer la culpabilité du gouvernement serbe dans l'armement et l'aide au « terroriste » Prinzip.

 

Les preuves sont tout sauf évidentes, elles sont suffisantes pour l'envoi d'un ultimatum au gouvernement serbe en 9 points violant ouvertement la souveraineté serbe :

 

pourtant 8 des 9 points (sauf la participation de l'Autriche à une enquête en Serbie, prévoyant la poursuite et l'arrestation de dignitaires serbes!) sont acceptés, une « capitulation » qui ne suffit pas à l'Autriche qui entre en guerre le 28 juillet, un mois après l'attentat.

 

L'enlèvement d'Hélène, la protection des Gaulois contre les Helvètes, la défenestration de Prague, l'attaque contre le Lusitania, Pearl Harbour, l'attaque contre le navire du Golfe du Tonkin, l'invasion du Koweit : les prétextes des conflits cachent derrière de nobles principes, l'argument d'une guerre défensive, des intérêts égoistes, des desseins impériaux, la guerre de 1914 n'y échappe pas.

 

Déjouer la propagande de guerre (2) Démocratie contre autoritarismes : qui sont vraiment les peuples civilisés ?

 

Au cœur de l'argumentaire de toutes les puissances en conflit en 1914, deux idées : (1) celle d'une guerre défensive contre des puissances agressives ; (2) celle d'une guerre de la « civilisation », de la « liberté », de la « démocratie » contre des « dictatures », des peuples « barbares ».

 

Sur l'idée de guerre défensive ou de frappe préventive (encore des termes à résonance actuelle), chaque camp construit sa légitimation : l'Autriche répond à l'attentat serbe, la Russie défend le peuple serbe agressé, l'Allemagne se défend de la menace russe, la Grande-Bretagne protège la Belgique neutre, la France riposte à la guerre lancée par l'Allemagne.

 

Sur l'idée d'un conflit de civilisation, là encore l'argumentaire suit une propagande rodée.

 

Côté allemand, on se présente comme le sommet de la culture humaniste et scientifique (Kultur) opposée à la culture mercantile, décadente anglo-française (Zivilisation), ainsi qu'à ce pays de « moujiks », de barbares qu'est la Russie.

 

Ce dernier argument sera le mot de d'ordre de ralliement des socialistes allemands, prêts à rejouer la partie « des sans-culottes français en 1793 » pour reprendre les termes d'Engels à la fin du XIX ème siècle, révélant le niveau de russophobie dominant dans la culture progressiste allemande.

 

Un Engels qui a nourri bien des illusions également sur la possibilité d'arriver au socialisme par la voie électorale ou celle de conquérir l'armée par la présence croissante d'électeurs socialistes. Karl Liebknecht a bien montré comment l'armée allemande, au contraire, construisait des sujets obéissants au Reich, conformistes, prêts à se fondre dans le moule militariste et nationalistes.

 

Citant Tacite, Canfora rappelle que la seule frontière séparant historiquement Germains et Sarmates était le « mutus metus », la peur réciproque.

 

Côté français mais aussi anglais et italien, on connaît mieux l'idée d'une lutte entre « démocraties » occidentales et « autoritarismes » centraux.

 

Or, l'argument ne résiste pas, pour plusieurs raisons. D'abord, parce que le pilier de la Triple-Entente reste la Russie, phare de la réaction obscurantiste européenne, qui avait réprimé dans le sang la révolution de 1905. Tout sauf une démocratie en 1914.

 

Ensuite, parce que l'Allemagne wilhelmienne est un régime complexe. Un des premiers pays à avoir instauré le suffrage universel, accueillant le mouvement ouvrier le plus puissant d'Europe, hôte d'une culture littéraire, philosophique, scientifique sans égal en Europe.

 

Face à elle, l'Italie et la Grande-Bretagne n'ont pas encore levé tous les freins au suffrage universel, peinant à dépasser l'obstacle du vote censitaire, gangrenés par diverses formes de clientélisme, de corruptions, des « rotten bouroughs » anglais au système semi-mafieux du Sud italien.

 

Par ailleurs, comme le rappelle L.Canfora, tous les régimes ont vu pendant la guerre une inflexion vers des formes autoritaires de gouvernement : censure, abolition de facto du parlement, absence d'élections, répression brutale, allant jusqu'à la dictature militaire en Allemagne.

 

Déjouer la propagande de guerre (3) 1914 et le bourrage de crâne, la construction de la haine de l'ennemi

 

Enfin, une fois le conflit déclenché, il s'agissait pour les classes dirigeantes européennes de fabriquer le consentement à la guerre, avant tout donc de forger une image diabolisée de l'ennemi, de légitimer une guerre injuste de rapine comme étant une guerre juste de salut public.

 

Les vieilles oppositions, les antiques préjugés sont remobilisés : celle des Latins contre les Germains pour les Italiens, des Germains contre les Huns côté allemand … les exemples se déclinent selon les puissances en question.

 

La campagne de Belgique, à l'automne 1914, devient enjeu d'une intense guerre de désinformation, visant à accuser l'ennemi d'actes barbares, donnant un prétexte à l'intervention.

 

L'Allemagne se voit en effet opposé une résistance opiniâtre du peuple belge, inattendue, et qui durera près de trois mois. Face à cette guérilla, l'Allemagne ne lésine pas sur les moyens : bombardements, déportation de civils, villages brûlés.

 

La presse française et britannique multiplie les compte-rendus sur le peuple belge « martyr », sur la violation inacceptable de la neutralité belge, l'incendie de sommets de la civilisation comme la Bibliothèque de Louvain.

 

Aucun procédé n'est exclu dans cette guerre de propagande : l'impression de journaux de complaisance (comme la « Gazette des Ardennes » financée par l'Allemagne, « Die feldpost » par la France), la diffusion de faux comme ceux de Hansi payé par la France et qui dénonce l'impérialisme allemand en divulgant des documents secrets allemands falsifiés.

 

L'Allemagne va répondre par célèbre Appel au monde civilisé (Aufruf an die Kulturwelt) d'octobre 1914, 93 des plus grands intellectuels allemands (dont un certain nombre de Nobel) répondent aux accusations lancées contre l'Allemagne sur le ton : « Ceci n'est pas vrai ».

 

Les intellectuels allemands dénoncent l'hypocrisie des puissances occidentales, fustigeant l'impérialisme allemand tout en pratiquant une politique expansionniste, usant de la neutralité de la Belgique comme d'un cache-sexe pour leurs objectifs militaristes.

 

Un texte emprunt toutefois d'un nationalisme violemment belliciste, unanimiste et raciste quand il dénonce les « Mongols et aux Nègres lâchés par les soi-disant puissances civilisées contre le peuple allemand ».

 

Conclusion

 

Canfora ouvre sur la période suivante, rappelant le parcours des « dictateurs militaires » Ludendorff et Hindenbourg, le premier appuyant le putsch militaire d'Hitler en 1923, le second livrant le poste de chancelier au même Hitler en 1933. De quoi tisser des liens de plus en plus occultés – jusque dans les manuels scolaires – entre 1914 et 1939.

 

On peut reprocher à Canfora de ne pas approfondir jusqu'au bout certaines explications, certains raisonnements, de nous laisser sur notre faim. Toutefois, le rappel de ces faits, de leur enchaînement, couplé à une érudition et une clarté sans failles sont salutaires à l'heure actuelle.

 

Ce compte-rendu parcellaire ne peut qu'encourager tous ceux désireux d'en apprendre plus, au-delà du discours officiel, sur le conflit de 1914 à lire cet ouvrage de Luciano Canfora.

 

 

 

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21 juin 2014 6 21 /06 /juin /2014 06:10

audi-nazi.jpgLe grand capital allemand et le III ème Reich : Audi a exploité 35 000 esclaves des camps de concentration jusqu'à la mort

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Combien d'articles dithyrambiques sur le « modèle économique » allemand ? Combien rappellent d'où viennent les fortunes des Krupp, Mercedes, Siemens, Bayer, Volkswagen … un sombre passé lavé après 1945 sous prétexte de lutte contre l'ennemi commun à l'Allemagne nazie et à la RFA de l'après-guerre.

 

Un sombre passé qui refait surface grâce au travail des historiens. Les uns après les autres, les groupes automobiles comme Volkswagen, Daimler, BMW doivent admettre le recours à grande échelle aux internés des camps de concentration pendant la Seconde guerre mondiale.

 

Eclairant sur la logique du nazisme : l'exploitation jusqu'à la mort

 

Dernier en date : Audi. La marque de luxe allemande a du sang sur ses jantes dorées.

 

Consciente du malaise causé par son action sous le III ème Reich, désireuse de contrôler le scandale, Audi a commissionné deux historiens Martin Kukowski et Rudolf Boch pour enquêter sur son histoire.

 

Leur ouvrage « Économie de guerre et main d'oeuvre d'Auto Union-Chemnitz pendant la Seconde guerre mondiale » est éclairant sur le nazisme, quel rôle joue cette forme extrême du fascisme dans le système capitaliste.

 

Un régime qui a poussé l'horreur jusqu'à l'extermination méthodique d'un peuple, d'abord exclu puis interné par millions, le massacre systématique des peuples sur le Front de l'est.

 

Mais un régime qui est né d'abord de la mise au pas de la classe ouvrière allemande, de l'exploitation rationnelle au plus bas prix possible des travailleurs allemands puis de l'ensemble des peuple conquis – jusqu'au recours à des formes d'esclavage dans les camps.

 

C'est ce que nous apprend ce travail de recherche centré sur « Auto Union » né en 1932 de la fusion des firmes automobiles Audi, DKW, Horch et Wanderer.

 

Auto Union, grand rival de Mercedes, a pu user de ses liens privilégiés avec les dirigeants nazis pour profiter d'un « avantage compétitif » imbattable : une main d’œuvre au prix de la force de travail réduit à son minimum, un système d'esclavage de fait.

 

Camps de concentration, camps de travail de la SS, travail forcé dans les usines :

 

les facettes de la « compétitivité » Made in nazi Germany !

 

Ainsi, l'étude souligne le recours différencié à trois type de travailleurs forcés :

 

D'abord, les internés du camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière. En tout, ce sont 18 000 prisonniers qui ont dû travailler dans ce camp pour construire les voitures de luxe Audi.

 

Selon les responsables de l'étude, Audi porte une « responsabilité morale » dans la mort de 4 500 prisonniers par la suite de leur travail pour le groupe automobile : cela représente 1/6 ème des internés morts à Flossenbürg.

 

Ensuite, ce sont les 3 700 internés des camps de concentration intégrés aux sept camps de travail créés et dirigés par la SS sur mesure pour le groupe Auto Union afin de construire des véhicules pour l'effort de guerre nazi.

 

Enfin, il faut y rajouter 16 000 travailleurs forcés incorporés dans les usines traditionnellesdu groupe saxon.

 

Ils ne faisaient pas partie du système de camps de concentration mais étaient employés à produire des véhicules pour Audi dans les usines de Chemnitz et Zwickau. Parmi ce personnel semi-esclave, un quart était juif.

 

Selon les historiens, les conditions dans les usines de Chemnitz et Zwickau étaient « terrifiantes ». Lorsque les ouvriers-prisonniers étaient jugés inaptes au travail, pas assez productifs, ils étaient transférés au camp de Flossenburg pour y être exécutés.

 

Naturellement, la direction actuelle d'Audi a feint l'indignation et l'incrédulité face à ce passé : « Je suis très choqué par l'ampleur de l'implication de la direction de l'ex-Auto Union dans le système de travail forcé et esclave », a déclaré le cadre dirigeant du groupe Peter Mosch.

 

Le fondateur d'Audi : un nazi convaincu adulé par la RFA « libérale » !

 

Pourtant, la tête d'Audi pendant la Seconde guerre mondiale n'est pas un illustre inconnu. Dr Richard Bruhn est le fondateur chéri d'Audi, le « père d'Auto Union », il en fut le directeur de 1932 à 1945.

 

Il est loué dans les fascicules historiques (sic) du groupe, les dispositifs de retraite privés du groupe portent son nom et dans la ville d'Ingolstadt en Bavière, où se trouve Audi aujourd'hui, plusieurs rues portent son nom.

 

Le Dr Bruhn, comme tant d'autres patrons allemands, fut un nazi convaincu, il fut même doté du titre de « Wehrwirtschaführer », soit chef de l'industrie de défense, révélateur de l'importance de l'entreprise dans l'effort de guerre nazi.

 

Comme le soulignent les auteurs de l'étude historique, « il n'y a aucun débat possible sur l'étendue des liens entre les dirigeants nazis et ceux d'Auto Union », sachant qu'elle était « pleinement intégrée au régime national-socialiste ».

 

Après avoir fui l'Allemagne de l'est libérée par les Soviétiques, craignant d'y être condamné par ses crimes, le nazi Bruhn « choisit la liberté », à l'Ouest.

 

Bon choix, il est brièvement interné par les Britanniques, il y avoue même alors avoir employé massivement des prisonniers des camps de concentration mais est libéré dans une « dénazification » qui ressemblait en RFA plus à une mascarade qu'à une réelle épuration.

 

Il est remis par les autorités d'occupation à la tête du groupe Auto Union, dont le siège est déplacé de Chemnitz, contrôlé par les Soviétiques, à Ingolstadt, en Bavière, zone d'occupation américaine.

 

Avec les fonds du plan Marshall, Bruhn parvient en 1949 à refonder le groupe Auto Union et contribue à nouveau à la prospérité d'un régime voué à la lutte contre le communisme, et désireux de gonfler les profits des barons de l'industrie.

 

L'Allemagne de l'ouest a fait du nazi Bruhn un de ses héros du « miracle ouest-allemand » : en 1953, il obtient la « Grande croix de l'Ordre du mérite » pour son rôle dans la reconstruction de la puissance économique du groupe après la guerre.

 

Il meurt en 1964, avec les honneurs de la RFA. Son groupe est rachetée en 1966 par Volkswagen, il sera renommé en 1985 Audi.

 

Le cas d'Audi n'est ni le premier ni le dernier à être soulevé, il est révélateur à plus d'un titre : il nous apprend l'origine des fortunes allemandes actuelles, l'insensibilité des grands groupes à la forme du régime, même le plus brutal, tant qu'il protège leurs intérêts.

 

Plus fondamentalement, c'est la logique mortifère du système capitaliste qui est dévoilée, prête à sacrifier les vies humaines pour le profit de quelques-uns, diabolisant les penseurs et bâtisseurs de l' alternative pour mieux blanchir les criminels d'hier et d'aujourd'hui.

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 06:53

140410_dimitrov.jpgIl y a 80 ans, le procès de l’incendie du Reichstag et la libération de Dimitrov


Il y a 80 ans, fin février 1934, les nazis finissaient par libérer le dirigeant communiste international Georges Dimitrov et ses camarades bulgares.


Ils les avaient arrêtés et accusés de l’incendie du Reichstag qu’ils avaient eux-mêmes déclenché en janvier 1933 pour parachever leur prise du pouvoir. Ils avaient mis en scène un procès politique, un procès spectacle, destiné à frapper l’opinion publique internationale. Mais à la fin, ils n’ont pu faire autrement que d’acquitter les communistes.


Dans la gueule du loup, Dimitrov produit une défense extraordinaire, utilise tous les restes de légalité, le caractère public du procès. Il démonte l’accusation point par point. Il parvient à l’emporter en renversant le procès politique anticommuniste, en démasquant Goering et Goebbels, en détaillant l’action politique de l’organisation communiste que les fascistes et les capitalistes considèrent, avec raison, comme leur ennemi le plus irréductible.  

Nous reproduisons ci-dessous le dernier plaidoyer de Dimitrov devant le tribunal, le 16 décembre 1933 (d’après le sténogramme du procès).

 

Article repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net (depuis l'original : http://vivelepcf.fr/)

 


Dimitrov. – En vertu du paragraphe 258 du code de procédure criminelle, j’ai le droit de parler comme défenseur et comme accusé.


Le président. – Vous avez le droit de parler le dernier. Cela vous est accordé maintenant.


Dimitrov. – En vertu de ce code, j’ai le droit de discuter avec le ministère public et, ensuite, de faire une dernière déclaration.


Messieurs les juges, messieurs les accusateurs, messieurs les défenseurs, déjà, au début du procès, il y a trois mois de cela, j’ai adressé, en tant que prévenu, une lettre au président du tribunal. J’y exprimais mon regret de ce que mes interventions aient abouti à des conflits avec les juges. Mais je protestais résolument contre l’interprétation de ma conduite comme un abus prémédité de mon droit de poser des questions et de faire des déclarations aux fins de propagande. On conçoit qu’étant accusé bien qu’innocent, je cherche à me défendre contre de fausses accusations par tous les moyens dont je dispose.


Je reconnais, écrivais-je, que certaines questions n’ont pas été posées par moi de façon aussi juste du point de vue de l’opportunité et de la formulation que je l’aurais voulu. Mais cela ne s’explique que par mon ignorance du droit allemand. En outre, je suis pour la première fois de ma vie impliqué dans un pareil procès judiciaire. Si j’avais eu un défenseur de mon choix, j’aurais certainement pu éviter des incidents aussi fâcheux pour ma propre défense. J’avais nommé plusieurs avocats, Detchev, Moro-Giafferi, Campinchi, Torrès, Grigorov, Léo Gallagher (Amérique) et le docteur Lehmann (de Sarrebrück). Mais le tribunal d’Empire a repoussé sous divers prétextes, toutes mes propositions, les unes après les autres. Ce n’est pas que je nourrisse une méfiance personnelle à l’égard de M. le docteur Teichert, ni comme homme, ni comme avocat. Mais, dans l’état actuel des choses en Allemagne, je ne puis nourrir la confiance nécessaire envers Teichert dans son rôle de défenseur officiel. C’est pourquoi je m’efforce de me défendre moi-même, et il est évident qu’il m’arrive de commettre des irrégularités au point de vue juridique.


Dans l’intérêt de ma défense devant le tribunal, et aussi, comme je le crois, dans celui de la marche normale du procès, je m’adresse encore une fois – la dernière – à la Cour suprême, pour lui demander d’autoriser l’avocat Marcel Willard, à qui ma sœur a donné aujourd’hui pleins pouvoirs, à prendre part à ma défense. Si cette dernière proposition devait être, elle aussi, repoussée, il ne me resterait qu’à me défendre moi-même du mieux que je pourrai.


Cette proposition ayant été rejetée, j’ai décidé d’assumer moi-même ma défense. N’ayant besoin ni du miel, ni du venin de l’éloquence du défenseur qui m’a été imposé, je me suis défendu seul au long de ces débats.

Il est tout à fait clair que je ne me sens lié en aucune façon par la plaidoirie du docteur Teichert. Ce qui compte seul pour ma défense, c’est ce que j’ai déclaré jusqu’ici moi-même devant le tribunal, et ce que je vais déclarer tout de suite. Je ne voudrais pas offenser mon camarade de parti, Torgler – à mon avis, son défenseur l’a déjà bien assez malmené – mais je dois le dire explicitement : je préfère être condamné à mort, innocent, par le tribunal allemand qu’obtenir mon acquittement par une défense comme celle du docteur Sack au profit de Torgler.


Le président (interrompant Dimitrov). - Il ne vous appartient pas de faire des critiques de cette nature.


Dimitrov. – J’admets que je parle un langage rude et vif, mais ma lutte et ma vie l’ont été également.


Cependant, mon langage est sincère et franc. Je cherche à appeler les choses par leur nom. Je ne suis pas un avocat qui a l’obligation de défendre ici son client.


Je me défends moi-même comme un communiste accusé.


Je défends mon honneur politique, mon honneur de révolutionnaire.


Je défends mes idées, mes convictions communistes.


Je défends le sens et le contenu de ma vie.


Aussi bien chaque parole prononcée par moi devant le tribunal, c’est, pour ainsi dire, le sang de mon sang et la chair de ma chair. Chaque parole est l’expression de ma plus profonde indignation contre l’accusation injuste, contre le fait qu’un pareil crime anticommuniste soit attribué aux communistes.


On m’a souvent reproché de ne pas prendre au sérieux la Cour suprême allemande. C’est absolument injustifié.


Il est vrai que pour moi, communiste, la loi suprême est le programme de l’Internationale communiste, la Cour suprême la Commission de contrôle de l’Internationale communiste.


Mais pour moi, comme accusé, le tribunal suprême est une instance qu’il convient de considérer avec le maximum de sérieux, non seulement parce qu’il est composé de juges d’une haute qualification juridique, mais encore parce que ce tribunal est l’organisme juridique le plus important de l’Etat allemand, de l’ordre social régnant, instance qui peut en définitive condamner à la peine capitale. Je puis, la conscience tranquille, déclarer que, devant le tribunal et, par conséquent, aussi devant l’opinion publique, je n’ai dit que la vérité sur toutes choses. En ce qui concerne mon Parti, qui est réduit à l’illégalité, j’ai refusé d’apporter aucun témoignage quel qu’il soit. J’ai toujours parlé avec sérieux, avec ma conviction la plus profonde.


Le président. – Je ne tolérerai pas qu’ici, dans cette salle, vous vous adonniez à la propagande communiste. Vous l’avez fait tout le temps. Si vous continuez dans ce sens, je vous retirerai la parole.


Dimitrov. – Je dois protester résolument contre l’affirmation que j’ai poursuivi des fins de propagande. On peut estimer que ma défense devant le tribunal a eu une certaine action de propagande. J’admets aussi que ma conduite devant le tribunal puisse servir d’exemple à tout accusé communiste, mais ce n’était pas là le but de ma défense. Mon but consistait à réfuter l’accusation visant à faire croire que Dimitrov, Torgler, Popov et Tanev, le Parti communiste allemand et l’Internationale communiste ont un rapport quelconque avec l’incendie.


Je sais que personne en Bulgarie ne croit à notre prétendue complicité dans l’incendie du Reichstag. Je sais qu’à l’étranger, en général, il est peu probable qu’il se trouve des gens pour le croire. Mais en Allemagne les conditions sont différentes : ici on peut ajouter foi à ces étranges affirmations. C’est pourquoi j’ai voulu prouver que le Parti communiste n’a eu et n’a rien de commun avec la participation à ce crime.


Si l’on parle de propagande, bien des interventions, ici, ont revêtu ce caractère. Les discours de Goebbels et de Goering ont également exercé une propagande indirecte en faveur du communisme, mais personne ne peut les rendre responsables de ce que leurs interventions ont eu un tel effet de propagande (mouvement et rires dans la salle).


Non seulement la presse m’a diffamé de toutes les manières, – ce qui m’est totalement indifférent, – mais à travers moi on a qualifié le peuple bulgare de « sauvage » et de « barbare » ; on m’a qualifié d’ « individu balkanique suspect », de « sauvage Bulgare », et je ne saurais passer cela sous silence.


Il est vrai que le fascisme bulgare est sauvage et barbare. Mais la classe ouvrière et la paysannerie de Bulgarie, les intellectuels du peuple bulgare ne sont ni des barbares ni des sauvages. Le niveau des conditions matérielles dans les Balkans est certainement moins élevé que dans les autres pays d’Europe; mais, au point de vue intellectuel et politique, il est faux de dire que nos masses populaires sont à un niveau inférieur à celui des masses des autres pays européens. Notre lutte politique, nos aspirations politiques en Bulgarie ne sont pas inférieures à celles des autres pays. Un peuple qui pendant cinq cents ans a vécu sous le joug étranger sans perdre sa langue et sa nationalité, un peuple d’ouvriers et de paysans qui a lutté et continue à lutter contre le fascisme bulgare, n’est ni barbare, ni sauvage. Les barbares et les sauvages en Bulgarie, ce sont uniquement les fascistes.


Mais je vous le demande, monsieur le président, dans quel pays les fascistes ne sont-ils ni des barbares, ni des sauvages ?


Le président (interrompant Dimitrov). - Ne faites-vous pas allusion à la situation en Allemagne ?


Dimitrov (avec un sourire ironique). - Evidemment non, monsieur le Président…


A l’époque où l’empereur d’Allemagne Charles-Quint disait qu’il ne parlait l’allemand qu’à son cheval, et où les nobles allemands et les hommes instruits n’écrivaient que le latin et avaient honte de la langue maternelle, dans la « barbare » Bulgarie, Cyrille et Méthode avaient créé et diffusé l’ancienne écriture bulgare.


Le peuple bulgare a lutté de toutes ses forces et de toute sa ténacité contre le joug étranger. Aussi bien je proteste contre les attaques dont le peuple bulgare est l’objet. Je n’ai pas à rougir d’être un Bulgare, je suis fier d’être un fils de la classe ouvrière bulgare.


Avant d’en venir à la question essentielle, je dois marquer ceci : le docteur Teichert nous a reproché de nous être nous-mêmes placés dans la situation d’inculpés de l’incendie du Reichstag. A cela je dois répondre que, depuis le 9 mars, jour de notre arrestation, jusqu’au début de ce procès, il s’est écoulé bien du temps ; pendant cette période on aurait pu éclaircir tous les points éveillant des soupçons. Au cours de l’instruction, j’ai parlé à des fonctionnaires de la commission d’enquête sur l’incendie du Reichstag; ces fonctionnaires m’ont déclaré que nous, les Bulgares, ne sommes pas coupables de complicité dans ce crime. On ne devait que nous imputer d’avoir vécu avec de faux passeports, sous des noms d’emprunts, sans nous être faits enregistrer, etc.


Le président. – Ce dont vous parlez maintenant n’a pas été débattu au procès; par conséquent, vous n’avez pas le droit d’en parler ici.


Dimitrov. – Monsieur le Président, on aurait dû pendant ce temps vérifier toutes les données pour nous éviter en temps opportun cette accusation. L’acte d’accusation porte que « Dimitrov, Popov et Tanev affirment être des émigrés bulgares. Cependant, on doit tenir pour prouvé qu’ils séjournaient en Allemagne aux fins d’action politique illégale ». Ils sont, est-il dit dans l’acte d’accusation, « envoyés par Moscou en Allemagne chargés de préparer une insurrection armée ».


A la page 83 de l’acte d’accusation, il est dit : « Bien que Dimitrov ait déclaré avoir été absent de Berlin du 25 au 28 février, cela ne change rien, cela ne le dégage pas, lui, Dimitrov, de l’accusation de participation à l’incendie du Reichstag. » Cela ressort, – est-il dit plus loin dans l’acte d’accusation, – non seulement des dépositions de Hellmer, d’autres faits témoignent également que…


Le président. – Vous ne devez pas lire ici tout l’acte d’accusation, nous le connaissons parfaitement.


Dimitrov. – Je dois dire que les trois quarts de tout ce qu’ont dit au procès le procureur et les défenseurs, est depuis longtemps connu de tout le monde et cependant ils l’ont répété ici (mouvement et rires dans la salle). Hellmer a témoigné que Dimitrov et Van der Lübbe se trouvaient au restaurant Bayernhof. Plus loin je lis dans l’acte d’accusation :


Si Dimitrov n’a pas été pris sur le lieu du crime, il n’en a pas moins participé à la préparation de l’incendie du Reichstag. Il s’était rendu à Munich pour se ménager un alibi. Les brochures trouvées chez Dimitrov montrent qu’il participait au mouvement communiste d’Allemagne.


Telle est la base de cette accusation hâtive, qui s’est avérée une fausse-couche.


Le président (interrompant Dimitrov). - Vous ne devez pas employer de ces expressions irrespectueuses en parlant de l’accusation.


Dimitrov. – Je tâcherai de trouver d’autres expressions.


Le président. – Mais pas aussi inadmissibles.


Dimitrov. – Je reviendrai aux méthodes d’accusation et à l’accusation, à un autre point de vue.


Le caractère de ce procès avait été déterminé par cette thèse que l’incendie du Reichstag est l’œuvre du Parti communiste d’Allemagne, de l’Internationale communiste. Cet acte anticommuniste – l’incendie du Reichstag – a été attribué aux communistes, comme devant proclamer le signal de l’insurrection communiste, le signal du renversement de la Constitution allemande actuelle. A l’aide de cette thèse on a conféré à tout le procès un caractère anticommuniste. L’accusation porte :


L’accusation s’en tient au point de vue que cet attentat criminel devait servir d’appel, de signal aux ennemis de l’Etat, qui voulaient déclencher ensuite l’attaque générale contre l’Etat allemand pour l’anéantir sur l’ordre de la IIIe Internationale et ériger à sa place la dictature du prolétariat, un Etat soviétique.


Messieurs les juges ! Ce n’est pas la première fois que semblable attentat est attribué aux communistes. Je ne peux citer ici tous les exemples de ce genre. Je rappelle l’attentat sur le chemin de fer ici, en Allemagne, près de Juterborg, attentat commis par un aventurier anormal, un provocateur. A ce moment, non seulement en Allemagne mais aussi dans les autres pays, on a, des semaines durant, accrédité le bruit que c’était là l’œuvre du Parti communiste allemand, que c’était un acte de terrorisme des communistes. Plus tard on apprit que cela avait été fait par le fou, l’aventurier Matuchka. Celui-ci a été arrêté et condamné.


Et voici un autre exemple, l’assassinat du président de la République française par Gorgoulov. Là aussi, on écrivit dans tous les pays qu’on y voyait la main des communistes. Gorgoulov était représenté comme un communiste, un agent soviétique. Qu’elle était la vérité ? Cet attentat s’est trouvé être organisé par les gardes blancs, et Gorgoulov s’est avéré un provocateur qui voulait obtenir la rupture des relations entre l’Union soviétique et la France.


Je rappellerai aussi la tentative de faire sauter la cathédrale de Sofia. Cet attentat n’avait pas été organisé par le Parti communiste bulgare, mais ce dernier n’en a pas moins été l’objet de poursuites. Deux mille ouvriers, paysans et intellectuels furent sauvagement assassinés par les bandes fascistes sous le prétexte que les communistes avaient fait sauter la cathédrale. Cette provocation, l’explosion à la cathédrale de Sofia, avait été organisée par la police bulgare. Déjà en 1920, le chef de la police de Sofia, Proutkine, avait organisé pendant la grève des cheminots des attentats à l’aide de bombes, comme moyen de provocation contre les ouvriers bulgares.


Le président (interrompant Dimitrov). - Cela n’a rien à voir avec ce procès.


Dimitrov. – Le fonctionnaire de police Heller a parlé ici de la propagande communiste des incendies, etc. Je lui ai demandé s’il ne connaissait pas des cas où des incendies, allumés par des entrepreneurs pour toucher le montant de l’assurance, avaient été ensuite imputés aux communistes. Le Völkischer Beobachter du 5 octobre a écrit que la police de Stettin…


Le président. – Cet article n’a pas été présenté au procès. (Dimitrov tente de continuer.)


Le président. – Je vous interdis d’en parler ici, du moment que ce fait n’a pas été mentionné au procès.

Dimitrov. – Toute une série d’incendies…


Le président interrompt de nouveau Dimitrov.


Dimitrov. – On en a parlé à l’instruction, parce que toute une série d’incendies ont été imputés aux communistes. Par la suite, il s’est avéré que les propriétaires des immeubles les avaient allumés « pour donner du travail ! ». Je voudrais également traiter un instant de la question des faux documents. Il existe un grand nombre de faux qui ont été utilisés contre la classe ouvrière. Ces exemples sont nombreux. Je rappellerai par exemple la fameuse lettre de Zinoviev. Cette lettre n’avait jamais été écrite par Zinoviev. On l’avait fabriquée. Et ce faux fut utilisé par les conservateurs anglais contre la classe ouvrière. Je rappellerai une série de faux qui ont joué un rôle dans la politique allemande.


Le président. – Cela sort du cadre de ces débats.


Dimitrov. – On a affirmé ici que l’incendie du Reichstag devait servir de signal à une insurrection armée. Et on a cherché à fonder cette affirmation comme suit :


Goering a déclaré ici, au procès, que le Parti communiste allemand, au moment où Hitler a accédé au pouvoir, était obligé d’exciter l’effervescence des masses et d’entreprendre une action violente quelconque. Il a dit : « Les communistes étaient obligés de faire quelque chose – alors ou jamais ! » Il a affirmé que le Parti communiste avait depuis de longues années déjà appelé à la lutte contre le national-socialisme et que pour le Parti communiste allemand, au moment où les nationaux-socialistes accédaient au pouvoir, il ne restait rien d’autre à faire que de déclencher l’action – maintenant ou jamais. Le procureur général a essayé ici de formuler la même thèse de façon plus claire et plus ingénieuse.


Le président. – Je ne permettrai pas que vous offensiez le procureur général.


Dimitrov. – Ce que Goering a affirmé en qualité d’accusateur suprême, le procureur général l’a développé ici. Le procureur général, le docteur Werner, a dit :


Le Parti communiste se trouvait dans cette situation qu’il devait ou céder sans livrer combat ou accepter le combat, même si les préparatifs n’avaient pas été achevés. C’était la seule chance qui restait au Parti communiste dans les conditions données. Ou bien renoncer sans coup férir à son but, ou bien se décider à un acte risqué, jouer son va-tout, ce qui aurait pu modifier la situation en sa faveur. L’affaire pouvait avorter, mais alors la situation n’aurait pas été plus mauvaise que si le Parti communiste avait reculé sans se battre.


La thèse, formulée ainsi et attribuée au Parti communiste, n’est pas une thèse communiste. Cette supposition montre que les ennemis du Parti communiste allemand le connaissent mal. Qui veut bien combattre son adversaire, doit bien le connaître. Interdire le Parti, dissoudre les organisations de masse, perdre la légalité, ce sont là évidemment des coups sérieux portés au mouvement révolutionnaire. Mais cela ne signifie pas encore, il s’en faut de beaucoup, que de ce fait tout soit perdu.


En février 1933 le Parti communiste était menacé d’interdiction. La presse communiste était interdite, l’interdiction du Parti communiste était imminente. Le Parti communiste allemand s’y attendait. On en parlait dans les tracts, dans les journaux. Le Parti communiste allemand savait bien que les Partis communistes sont interdits dans nombre de pays, mais qu’ils n’en continuent pas moins à travailler et à combattre. Les Partis communistes sont interdits en Pologne, en Bulgarie, en Italie et dans certains autres pays.


Je veux en parler, fort de l’expérience du Parti communiste bulgare. Ce dernier avait été interdit à la suite de l’insurrection de 1923, mais il continuait de travailler et, bien que cela lui ait coûté de nombreuses victimes, il est devenu plus fort qu’avant 1923. Cela tout homme doué d’esprit critique comprend l’importance de ce phénomène.


Le Parti communiste allemand même illégal peut, la situation s’y prêtant, accomplir la révolution. L’expérience du Parti communiste russe le prouve. Le Parti communiste russe était illégal, il subissait de sanglantes persécutions, mais la classe ouvrière, le Parti communiste en tête, a conquis le pouvoir. Les dirigeants du Parti communiste allemand ne pouvaient tenir ce raisonnement : devant l’interdiction de leur Parti tout était perdu et : l’alternative se posait : ou bien l’insurrection, ou bien la fin. La direction du Parti communiste ne pouvait avoir une idée aussi stupide. Le Parti communiste savait pertinemment que le travail illégal coûterait de lourds sacrifices et exigerait de l’abnégation et du courage, mais il savait aussi que ses forces révolutionnaires se consolideraient et qu’il serait capable de réaliser les tâches qui lui incombent. Aussi la supposition que le Parti communiste allemand ait voulu dans cette période, jouer son va-tout, doit être absolument exclue. Par bonheur, les communistes n’ont pas la vue aussi courte que leurs adversaires, et ils ne perdent pas la tête dans les situations difficiles.


Il convient d’ajouter à cela que le Parti communiste allemand et les autres Partis communistes sont des sections de l’Internationale communiste. Qu’est-ce que l’Internationale communiste ? Je me permettrai de citer un passage de ses statuts. Je cite ici le premier paragraphe :


L’Internationale communiste, Association internationale des travailleurs, est l’organisation des Partis communistes des différents pays en un Parti communiste unique mondial. Guide et organisateur du mouvement révolutionnaire mondial du prolétariat, champion des principes et des buts du communisme, l’Internationale communiste lutte pour la conquête de la majorité de la classe ouvrière et des grandes couches de paysans pauvres, pour les principes et les buts du communisme, pour l’instauration de la dictature mondiale du prolétariat, pour la création d’une Fédération mondiale des Républiques socialistes soviétique, pour l’abolition complète des classes et la réalisation du socialisme, première étape de la société communiste. (Programme de l’Internationale communiste, suivi des Statuts de l’I.C., p. 79. (N.R.).)


Dans ce parti mondial de l’Internationale communiste, comptant des millions de travailleurs, le Parti communiste de l’Union soviétique est le plus fort Parti. Il est le Parti dirigeant de l’Union soviétique, le plus grand Etat du monde. L’Internationale communiste, ce Parti communiste mondial, analyse la situation politique de concert avec la direction des Partis communistes de tous les pays.


L’Internationale communiste devant laquelle toutes les sections sont directement responsables, n’est pas une organisation de conspirateurs, mais un parti mondial. Un tel Parti mondial ne joue pas aux soulèvements et à la révolution. Un tel Parti mondial ne peut dire officiellement à des millions de membres une chose, et en même temps faire secrètement le contraire. Un tel Parti, mon excellent docteur Sack, ignore la comptabilité en partie double !


Docteur Sack. – Parfait, continuez votre propagande communiste !


Dimitrov. – Un tel Parti, quand il s’adresse aux millions de prolétaires, quand il prend ses décisions sur la tactique et les tâches immédiates, le fait sérieusement, avec la pleine conscience de sa responsabilité. Je citerai ici la décision de la XIIe assemblée plénière du Comité exécutif de l’Internationale communiste. Comme ces décisions ont été mentionnées au procès, j’ai le droit d’en donner lecture.


Conformément à ces décisions, la tâche essentielle du Parti communiste allemand consistait à mobiliser les millions de travailleurs pour la défense de leurs intérêts vitaux, contre leur pillage féroce par le capital monopoliste, contre le fascisme, contre les décrets-lois, contre le nationalisme et le chauvinisme, en luttant pour l’internationalisme prolétarien, en développant les grèves économiques et politiques, les manifestations et en amenant les masses à la grève politique générale ; gagner les masses principales de la social-démocratie, liquider résolument les faiblesses du mouvement syndical. Le principal mot d’ordre que le Parti communiste allemand doit opposer à celui de la dictature fasciste (« le troisième Reich »), de même qu’au mot d’ordre du Parti social-démocrate (« la deuxième République »), doit être : la République ouvrière et paysanne, c’est-à-dire de l’Allemagne socialiste, soviétique, assurant aussi la possibilité du rattachement volontaire des peuples d’Autriche et des autres régions allemandes. (Thèses, décisions, résolutions de la XIIe assemblée plénière du Comité exécutif de l’Internationale communiste. Bureau d’Editions, Paris, 1933, p. 15 (N.R.).)


Travail de masse, lutte de masse, résistance de masse, front unique, point d’aventures ! Voilà les bases de la tactique communiste.


On a trouvé chez moi, un appel du Comité exécutif de l’Internationale communiste. J’estime que l’on peut également le citer. Deux points sont particulièrement importants dans cet appel. Ainsi, on y parle des démonstrations qui se déroulent dans différents pays en liaison avec les événements d’Allemagne. On y parle des tâches du Parti communiste dans sa lutte contre la terreur national-socialiste, ainsi que pour la défense des organisations et de la presse de la classe ouvrière. Il est dit, entre autres, dans cet appel :


Le principal obstacle dans la voie de la réalisation du front unique de lutte des ouvriers communistes et social-démocrates, a été et reste la politique de collaboration avec la bourgeoisie, suivie par les partis social-démocrates, qui actuellement ont amené et exposé le prolétariat international aux coups de l’ennemi de classe. Cette politique de collaboration avec la bourgeoisie, connue sous le nom de politique dite du « moindre mal », a, en fait, amené en Allemagne le triomphe de la réaction fasciste.


L’Internationale communiste et les Partis communistes de tous les pays ont plus d’une fois affirmé leur volonté de lutter en commun avec les ouvriers social-démocrates contre l’offensive du Capital, la réaction politique et la menace de guerre. Les Partis communistes ont été les organisateurs de la lutte commune des ouvriers communistes, social-démocrates qui brisaient systématiquement le front unique des masses ouvrières. Déjà le 20 juillet de l’année dernière le Parti communiste allemand, après l’effondrement du gouvernement social-démocrate prussien Von Papen, adressait au parti social-démocrate et à la Centrale syndicale d’Allemagne, la proposition d’organiser une grève commune contre le fascisme. Mais le parti social-démocrate et la Centrale syndicale d’Allemagne, avec l’approbation de toute la IIe Internationale, qualifièrent cette proposition d’organiser la grève commune, de provocation. Le Parti communiste allemand renouvela sa proposition d’action commune au moment où Hitler accédait au pouvoir, invitant le Comité central du parti social-démocrate et la direction de la Centrale syndicale allemande à organiser en commun la résistance au fascisme. Mais cette fois encore, sa proposition fut repoussée.


Bien plus, lorsqu’en novembre de l’an dernier les travailleurs des transports berlinois se mirent unanimement en grève contre la réduction des salaires, la social-démocratie torpilla le front unique de lutte. La pratique du mouvement ouvrier international est pleine d’exemples analogues.


Cependant l’appel du Bureau de l’Internationale ouvrière socialiste du 19 février de cette année, contient la déclaration des partis social-démocrates, affiliés à cette Internationale, affirmant leur volonté d’établir le front unique avec les communistes pour la lutte contre la réaction fasciste en Allemagne. Cette déclaration est en contradiction flagrante avec tous les actes de l’Internationale socialiste et des partis social-démocrates, jusqu’à ce jour. Toute la politique et l’activité de l’Internationale socialiste jusqu’à présent donnent à l’Internationale ouvrière et aux partis communistes le droit de ne pas croire à la sincérité de la déclaration du Bureau de l’Internationale ouvrière socialiste, lequel fait cette proposition au moment où, dans toute une série de pays, en Allemagne avant tout, la classe ouvrière elle-même prend déjà l’organisation du front unique de lutte dans ses propres mains.


Néanmoins, en présence du fascisme qui attaque la classe ouvrière d’Allemagne et dénoue toutes les forces de la réaction mondiale, le Comité exécutif de l’Internationale communiste appelle tous les Partis communistes à faire encore une tentative pour établir le front unique avec les masses ouvrières social-démocrates par l’intermédiaire des partis social-démocrates. Le Comité exécutif de l’Internationale communiste fait cette tentative dans la ferme conviction que le front unique de la classe ouvrière contre la bourgeoisie repousserait l’offensive du Capital et du fascisme et accélérerait grandement la fin inévitable de toute l’exploitation capitaliste.


Etant donné les conditions particulières de chaque pays et la diversité des tâches concrètes de lutte qui se posent devant la classe ouvrière dans chacun d’eux, l’accord entre les Partis communistes et les partis social-démocrates en vue d’actions déterminées contre la bourgeoisie, peut être réalisé avec le plus de succès dans le cadre de chaque pays. Aussi le Comité exécutif de l’Internationale communiste recommande-t-il aux partis social-démocrates adhérants à l’Internationale socialiste, l’action commune contre le fascisme et l’offensive du Capital. Ces pourparlers doivent avoir pour base les conditions élémentaires de la lutte commune contre l’offensive du Capital et du fascisme. Sans un programme concret d’action contre la bourgeoisie, tout accord entre les partis serait dirigé contre les intérêts de la classe ouvrière…


Devant l’ensemble de la classe ouvrière internationale, le Comité exécutif de l’Internationale communiste formule ces propositions et appelle tous les Partis communistes, le Parti communiste d’Allemagne en premier lieu, sans attendre le résultat des pourparlers et des accords sur la lutte commune avec la social-démocratie, à procéder immédiatement à l’organisation de comités de lutte communs, tant avec les ouvriers social-démocrates qu’avec les ouvriers de toutes les autres tendances. Les communistes ont démontré par leur lutte de longues années qu’ils ont été et seront toujours aux premiers rangs de la lutte pour le front unique non en paroles mais en fait, dans les actions de classe contre la bourgeoisie.


Le Comité exécutif de l’Internationale communiste est fermement convaincu que les ouvriers social-démocrates et sans-parti, indépendamment de l’attitude que les chefs de la social-démocratie observent à l’égard de la création du front unique, surmonteront tous les obstacles et réaliseront, en commun avec les communistes, le front unique non en paroles mais en fait. Maintenant surtout que le fascisme allemand a organisé, en vue d’écraser le mouvement ouvrier d’Allemagne, une provocation inouïe (l’incendie du Reichstag, faux relatif à l’insurrection, etc.), chaque ouvrier doit comprendre son devoir de classe dans la lutte contre l’offensive du Capital et de la réaction fasciste.


Cet appel ne dit rien d’une lutte immédiate pour la prise du pouvoir. Cette tâche n’a été posée ni par le Parti communiste allemand, ni par l’Internationale communiste. Il est naturellement vrai que l’appel de l’Internationale communiste n’écarte pas la possibilité d’une insurrection armée. Le tribunal en a faussement conclu que dès l’instant où le Parti communiste se propose comme but une insurrection armée, c’est donc que cette insurrection était préparée en fait et devait immédiatement éclater. Cela est illogique, inexact, pour ne pas dire plus. Oui, bien entendu, lutter pour la dictature du prolétariat est la tâche des Partis communistes du monde entier. C’est notre principe, c’est notre but. Mais c’est là un programme précis, pour la réalisation duquel sont nécessaires non seulement les forces de la classe ouvrière, mais encore des autres couches de travailleurs.


Que le Parti communiste allemand ait été pour la révolution prolétarienne, tout le monde le sait. Mais ce n’est point là la question qui doit être résolue à ce procès. La question est de savoir si réellement une insurrection armée avait été fixée au 27 février pour la prise du pouvoir, en liaison avec l’incendie du Reichstag.


Qu’est-il résulté de l’instruction judiciaire, messieurs les juges ? La légende visant à faire croire que l’incendie du Reichstag était l’œuvre des communistes, s’est effondrée complètement. Je ne vais pas citer les témoignages apportés, ainsi que l’ont fait les autres défenseurs. Mais cette question peut être considérée comme entièrement élucidée pour tout homme au jugement normal. L’incendie du Reichstag ne se trouve en aucune liaison avec l’activité du Parti communiste, non seulement avec une insurrection, mais avec une démonstration, une grève ou tout autre action de ce genre. Ceci a été parfaitement prouvé par l’instruction. L’incendie du Reichstag – je ne parle pas des affirmations de malfaiteurs et d’anormaux, – n’a été compris par personne comme le signal de l’insurrection. Personne n’a remarqué, en liaison avec l’incendie du Reichstag, aucun acte, action ou tentative d’insurrection. Personne n’avait alors rien entendu à ce sujet. Tous les racontars sur ce point se rattachent à une période beaucoup plus récente. La classe ouvrière se trouvait alors en état de défensive contre l’attaque du fascisme. Le Parti communiste allemand s’efforçait d’organiser la résistance des masses, leur défensive. Mais il a été démontré que l’incendie du Reichstag a fourni le prétexte, a été le prélude d’une campagne destructrice largement conçue contre la classe ouvrière et son avant-garde, le Parti communiste. Il a été irréfutablement prouvé que les représentants responsables du gouvernement n’avaient même pas songé les 27 et 28 février que l’insurrection communiste était imminente.


J’ai posé à ce sujet nombre de questions aux témoins cités ici. J’ai interrogé tout d’abord Heller, le fameux Karwahne (rire dans la salle), Frey, le comte Heldorf, les fonctionnaires de police. Malgré les différentes variantes, tous m’ont répondu qu’ils n’avaient pas entendu dire qu’une insurrection communiste dût éclater. Cela signifie que les milieux dirigeants n’avaient pris absolument aucune mesure contre la possibilité d’une telle insurrection.


Le président. – Pourtant, le tribunal a reçu communication du chef du département occidental de la police sur ce point.


Dimitrov. – Le chef du département occidental de la police, dans sa communication, rapporte que Goering l’avait mandé auprès de lui et lui avait donné des instructions verbales sur la lutte contre les réunions communistes, grèves, démonstrations, campagne électorale, etc. Mais, même cette communication ne dit pas que des mesures avaient été prises contre l’insurrection communiste imminente. Hier, l’avocat Seifert a également parlé de cela. Il a fait cette conclusion que personne dans les milieux dirigeants ne s’attendait à une insurrection à ce moment. Seifert se référait à Goebbels, indiquant que ce dernier n’avait pas tout d’abord ajouté foi à la nouvelle de l’incendie du Reichstag. En a-t-il été ainsi ? C’est là une autre question.


A cet égard, une preuve est également fournie par le décret-loi du gouvernement allemand, en date du 28 février 1933. Ce décret fut promulgué aussitôt après l’incendie. Lisez-le. Que dit-il ? Il y est dit que tels ou tels articles de la constitution sont supprimés, à savoir les articles concernant la liberté d’organisation, la liberté de la presse, l’inviolabilité de la personne, l’inviolabilité du domicile, etc. C’est là le fond du décret-loi, de son deuxième paragraphe. L’offensive contre la classe ouvrière…


Le président. – Pas contre les ouvriers, mais contre les communistes…


Dimitrov. – Je dois dire qu’en vertu de ce décret-loi on arrêta non seulement des communistes, mais aussi des ouvriers social-démocrates et chrétiens, on interdit leurs organisations. Je voudrais souligner que ce décret-loi était dirigé non seulement contre le Parti communiste allemand, – quoique, bien entendu, avant tout, contre ce dernier, – mais aussi contre les autres partis et groupes d’opposition. Cette loi était nécessaire pour instaurer le régime d’exception, elle est directement, organiquement, liée à l’incendie du Reichstag.


Le président. – Si vous continuez à attaquer le gouvernement allemand, je vous retirerai la parole,


Dimitrov. – Dans ce procès, une question n’a pas du tout été éclaircie.


Le président. – En parlant vous devez vous adresser aux juges, et non à la salle, autrement votre discours peut être considéré comme de la propagande.


Dimitrov. – Une question n’a pas été éclaircie, ni par le ministère public, ni par la défense. Je ne m’étonne pas qu’ils n’aient pas jugé cela indispensable. Ils redoutent beaucoup cette question. C’est la question de savoir quelle était la situation politique en Allemagne en février 1933. Je dois m’arrêter sur ce point. Fin février, la situation politique était telle qu’à l’intérieur du camp du front national la lutte se livrait…


Le président. – Vous vous engagez sur un terrain, que je vous ai déjà interdit plus d’une fois.


Dimitrov. – Je tiens à rappeler la proposition que j’ai faite au tribunal, de citer des témoins tels que Schleicher, Brüning, Papen, Hugenberg, vice-président du Casque d’Acier, Duesterberg, etc.


Le président. – Mais la Cour a refusé de faire comparaître ces témoins. Aussi ne devez-vous pas vous y arrêter.


Dimitrov. – Je le sais et, de plus, j’en connais la raison.


Le président. – Il m’est désagréable de vous interrompre sans cesse pendant votre dernière intervention, mais vous devez vous conformer à mes injonctions.


Dimitrov. – Cette lutte intérieure dans le camp national se poursuivait en liaison avec la lutte menée dans les coulisses entre les dirigeants de l’économie allemande. La lutte se poursuivait entre les milieux de Thyssen et Krupp (industrie de guerre), qui ont financé des années durant le mouvement national-socialiste, et leurs concurrents qui devaient être refoulés au second plan.


Thyssen et Krupp voulaient établir dans le pays une dictature politique, une domination absolue, sous leur direction personnelle ; à cet effet, il fallait écraser le prolétariat révolutionnaire. Le Parti communiste s’efforçait, dans cette période, de créer le front unique pour rassembler toutes les forces en vue de résister aux tentatives des nationaux-socialistes pour anéantir le mouvement ouvrier. Une partie des ouvriers social-démocrates sentaient la nécessité du front unique de la classe ouvrière. Ils s’en rendaient compte. Des milliers d’ouvriers social-démocrates rejoignirent les rangs du Parti communiste allemand. Mais, en février et mars, la tâche consistant à établir le front unique ne signifiait nullement l’insurrection ni sa préparation, mais seulement la mobilisation de la classe ouvrière contre la campagne spoliatrice des capitalistes et contre la violence des nationaux-socialistes.


Le président (interrompant Dimitrov). - Vous avez toujours souligné que vous vous intéressez uniquement à la situation politique en Bulgarie ; or vos développements de tout à l’heure prouvent que vous avez manifesté un très grand intérêt pour les questions politiques d’Allemagne.


Dimitrov. – Monsieur le Président, vous m’adressez un reproche. A cela je ne puis que vous répondre ceci : comme révolutionnaire bulgare je m’intéresse au mouvement révolutionnaire de tous les pays. Je m’intéresse, par exemple, aux questions politiques sud-américaines, et je les connais peut-être aussi bien que les questions allemandes, bien que n’ayant jamais été en Amérique. Au reste, cela ne veut point dire que si en Amérique du Sud, le siège de quelque Parlement vient à brûler, ce sera de ma faute. Je m’intéresse à la politique allemande, mais je ne me mêle pas des affaires politiques de l’Allemagne.


Au cours de ces débats, j’ai appris bien des choses et, grâce à mon sens politique, j’ai vu clair dans bien des détails. La situation politique de cette période comportait deux facteurs essentiels : le premier, c’est l’effort des nationaux-socialistes pour accéder au pouvoir ; le deuxième – à l’opposé du premier – c’est l’activité du Parti communiste visant à créer le front unique des ouvriers contre le fascisme. A mon avis, cela s’est révélé également pendant ces débats.


Les nationaux-socialistes avaient besoin d’une manœuvre de diversion, pour détourner l’attention des difficultés qui existaient à l’intérieur du camp national et briser le front unique des ouvriers. Le « gouvernement national » avait besoin d’un prétexte valable pour lancer son décret-loi du 28 février qui supprimait la liberté de la presse, l’inviolabilité de la personne, et inaugurait un système de répression policière, de camps de concentration et autres mesures de lutte contre les communistes.


Le président (interrompant Dimitrov). - Vous voilà arrivé à l’extrême limite, vous faites des allusions !


Dimitrov. – Je veux simplement éclairer la situation politique en Allemagne à la veille de l’incendie du Reichstag, comme je la comprends.


Le président. – Il n’y a pas place ici pour des allusions à l’adresse du gouvernement et pour des affirmations depuis longtemps réfutées.


Dimitrov. – La classe ouvrière devait se défendre de toutes ses forces, et c’est pour cela que le Parti communiste a tenté d’organiser le front unique, en dépit de la résistance de Wels et de Breitscheid, qui maintenant, à l’étranger, poussent des clameurs hystériques.


Le président. – Vous devez passer à votre défense, si vous le voulez; autrement vous n’aurez pas assez de temps pour le faire.


Dimitrov. – J’ai déjà déclaré que sur un point je suis d’accord avec l’acte d’accusation. Maintenant, il faut confirmer cet accord. C’est en ce qui concerne la question de savoir si Van der Lübbe a organisé l’incendie seul ou s’il avait des complices. Le représentant de l’accusation Parisius a déclaré ici que, de la réponse à la question de savoir si Van der Lübbe avait ou non des complices, dépendait le sort des accusés. Je réponds à cela : non, mille fois non : cette conclusion du procureur est illogique. J’estime que Van der Lübbe n’a réellement pas été seul à incendier le Reichstag. L’expertise et les données ressortant de ces débats m’amènent à conclure que l’incendie dans la salle des séances du Reichstag était d’un autre genre que celui allumé dans le restaurant du rez-de-chaussée, etc. Le feu a été mis à la salle des séances par d’autres gens et par un autre procédé. L’incendie allumé par Van der Lübbe et l’incendie dans la salle des séances coïncident seulement pour le temps; pour le reste ils sont foncièrement différents. Le plus probable, c’est que Van der Lübbe a été l’instrument inconscient de ces gens, instrument dont on a abusé. Il ne dit pas toute la vérité ici. Maintenant encore il persiste dans son mutisme. Bien qu’il ait eu des complices, ce fait ne décide pas du sort des autres accusés. Van der Lübbe n’a pas été seul, c’est vrai, mais ceux qui étaient avec lui n’étaient ni Torgler, ni Popov, ni Tanev, ni Dimitrov.


N’est-il pas probable que, le 26 février, Van der Lübbe a rencontré à Hoenigsdorf une personne à qui il a communiqué ses tentatives de mettre le feu à l’Hôtel de ville et au palais ? Que cet homme lui a dit que tous ces incendies ne sont que des jeux d’enfants, qu’une affaire sérieuse, ce serait l’incendie du Reichstag pendant les élections ? Et n’est-il pas probable que c’est ainsi que de l’union secrète entre la démence politique et la provocation politique a surgi l’incendie du Reichstag ? L’allié du côté de la démence politique est au banc des prévenus. Quant aux alliés du côté de la provocation politique, ils sont en liberté. Tandis que le naïf Van der Lübbe faisait ses tentatives malhabiles pour mettre le feu au restaurant, dans le corridor et au rez-de-chaussée, des inconnus se servant de ce liquide inflammable secret dont a parlé le docteur Schatz, ne perpétraient-ils pas l’incendie de la salle des séances ? (Van der Liibbe se met à rire. Tout son corps est secoué d’un rire silencieux. L’attention de toute la salle, des juges et des prévenus se porte à ce moment sur Lùbbe.)


Dimitrov (montrant Lübbe). - Les complices inconnus ont veillé à tous les préparatifs de l’incendie. Ce Méphistophélès a su disparaître sans laisser de traces. Et voilà qu’ici se trouve l’instrument stupide, le pitoyable Faust, tandis que Méphistophélès a disparu. Le plus probable, c’est qu’un pont a été jeté à Hoenigsdorf entre Van der Lübbe et les représentants de la provocation politique, les agents des ennemis de la classe ouvrière.


Le procureur général Werner a déclaré ici que Van der Lübbe était un communiste ; il a dit ensuite que si même il n’était pas communiste, il a accompli son œuvre dans l’intérêt du Parti communiste et en liaison avec ce dernier. C’est là une affirmation fausse.


Qui est Van der Lübbe ? Un communiste ? Pas du tout ! Un anarchiste ? Non. C’est un ouvrier déclassé, c’est une épave rebelle de la société, une créature dont on a abusé, qu’on a utilisée contre la classe ouvrière. Non il n’est pas communiste. Il n’est pas anarchiste. Pas un seul communiste au monde, pas un seul anarchiste ne se comporterait devant le tribunal comme le fait Van der Lübbe. Les anarchistes commettent souvent des actes insensés, mais toujours devant les juges, ils revendiquent leurs responsabilités et expliquent leurs buts. Si un communiste avait fait quelque chose d’analogue, il ne se tairait pas devant le tribunal, alors que quatre innocents sont au banc des accusés à ses côtés. Non, Van der Lübbe n’est pas un communiste, ni un anarchiste, il est l’instrument dont a abusé le fascisme.


Avec cet homme, avec ce misérable instrument dont on a abusé, que l’on a utilisé au préjudice du communisme, il ne peut y avoir rien de commun, il ne peut y avoir aucune relation entre lui et le président de la fraction communiste du Reichstag, entre lui et les communistes bulgares.


Je dois rappeler ici que le 28 février au matin, Goering a publié un communiqué sur l’incendie. Ce communiqué annonçait que Torgler et Koenen s’étaient enfuis des locaux du Reichstag à 10 heures du soir. Cette nouvelle fut radiodiffusée dans tout le pays. Le communiqué disait que l’incendie avait été allumé par les communistes. Toutefois, on n’a pas fait d’enquête sur les agissements de Van der Lübbe à Hoenigsdorf. L’homme qui passa la nuit avec Van der Lübbe au poste de police, n’a pas été retrouvé…


Le président (interrompant Dimitrov). - Quand avez-vous l’intention de finir vos discours ?


Dimitrov. – Je veux parler encore une demi-heure. Je dois exposer ma façon de voir sur cette question…


Le président. – On ne peut tout de même pas parler sans fin.


Dimitrov. – Pendant les trois mois que dura le procès, monsieur le Président, vous m’avez, un nombre incalculable de fois, contraint au silence, en me promettant qu’à la fin du procès je pourrais parler en détail pour me défendre. Cette fin du procès est arrivée. Mais contrairement à votre promesse vous limitez de nouveau mon droit de parole. La question de ce qui s’est passé à Hoenigsdorf est extrêmement importante. Waschinski, qui avait passé la nuit avec Van der Lübbe, n’a pas été retrouvé. Ma proposition de le découvrir a été reconnue inutile. L’affirmation que Van der Lübbe s’est trouvé à Hoenigsdorf avec des communistes est un mensonge monté par le témoin national-socialiste, le coiffeur Grave. Si Van der Lübbe avait été à Hoenigsdorf avec des communistes, la chose aurait été depuis longtemps élucidée, monsieur le Président. Mais personne ne s’est préoccupé de découvrir Waschinski.


Le jeune homme, qui s’était présenté au commissariat de la porte de Brandebourg pour apporter la première nouvelle de l’incendie du Reichstag, n’a pas été recherché ; il reste jusqu’à présent inconnu. L’instruction a sur une fausse voie. Le docteur Albrecht, député national-socialiste, qui avait quitté le Reichstag immédiatement après l’incendie, n’a pas été interrogé. On n’a pas cherché les incendiaires là où ils étaient, mais là où ils n’étaient pas. On les recherchait dans les rangs du Parti communiste, et on avait tort. Cela a permis aux vrais incendiaires de disparaître. On a donc décidé : du moment qu’on n’a pas pris et qu’on n’a pas osé prendre les vrais fauteurs de l’incendie, il faut en prendre d’autres, des « ersatz-incendiaires » pour ainsi dire, du Reichstag…


Le président. – Je vous interdis de dire cela, et je vous donne encore dix minutes.


Dimitrov. – J’ai le droit d’apporter et de motiver des propositions concernant le verdict. Le procureur général a traité toutes les dépositions des communistes comme indignes de foi. Je n’adopterai pas une position contraire. Je n’affirmerai pas, par exemple, que tous les témoins nationaux-socialistes sont des menteurs. Je pense que parmi les millions de nationaux-socialistes il se trouve aussi d’honnêtes gens…


Le président. – Je vous interdis de pareilles remarques malveillantes.


Dimitrov. – N’est-il pas significatif que tous les principaux témoins à charge sont des députés nationaux-socialistes, des journalistes et des partisans du national-socialisme ? Le député national-socialiste Karwahne n’a-t-il pas dit avoir vu Torgler en compagnie de Van der Lübbe au Reichstag ? Le député national-socialiste Frey a déclaré avoir vu Popov avec Torgler au Reichstag. Le garçon de restaurant national-socialiste Hellmer a témoigné qu’il avait vu Van der Lübbe avec Dimitrov. Le journaliste national-socialiste Weberstedt aurait vu Tanev avec Van der Lübbe. Est-ce un effet du hasard ? Le docteur Dröscher, qui est intervenu ici en qualité de témoin, et qui est en même temps collaborateur au Völkischer Beobachter, Zimmermann…


Le président (interrompant Dimitrov). - Cela n’est pas démontré.


Dimitrov. – … a affirmé que Dimitrov est l’organisateur de l’explosion à la cathédrale de Sofia, ce qui a été démenti, et qu’il m’aurait vu avec Torgler au Reichstag. Je déclare, avec une certitude à cent pour cent, que Dröscher et Zimmermann, ce n’est qu’une et même personne…


Le président. – Je le nie, cela n’est pas prouvé.


Dimitrov. – Le fonctionnaire de police Heller a cité ici un poème communiste pris dans un livre édité en 1925, pour démontrer que les communistes ont mis le feu au Reichstag en 1933.


Je me permettrai également de citer des vers du plus grand poète d’Allemagne, Goethe :


Apprends à être plus intelligent.

L’aiguille de la grande balance

Du bonheur reste rarement en repos ;

Tu dois ou t’élever

Ou descendre ;

Tu dois dominer et gagner,

Ou bien servir et perdre.

Souffrir ou triompher,

Etre l’enclume ou le marteau.


Oui, quiconque ne veut pas être l’enclume, doit être le marteau ! Cette vérité, la classe ouvrière allemande dans son ensemble, ne l’a comprise ni en 1918, ni en 1923, ni le 20 juillet 1932, ni en janvier 1933. La faute en est aux chefs social-démocrates, aux Wels, Severing, Braun, Leipart, Grasseman.


Aujourd’hui, bien entendu, les ouvriers alle­mands pourront la comprendre !


On a beaucoup parlé ici du droit allemand et de la légalité, et je tiens à dire mon opinion à ce sujet égale­ment. Le jugement d’un tribunal se ressent toujours, incontestablement, des combinaisons politiques du moment actuel et des tendances politiques dominantes.


Le ministre de la justice Kerl est sans aucun doute pour le tribunal, une autorité compétente. Il a exprimé son opinion dans une interview publiée dans la presse.


La prévention du droit libéral formel, déclare-t-il, consiste à affirmer que la justice doit avoir le culte de l’objectivité. Maintenant nous en sommes arrivés à la source d’éloignement entre le peuple et la justice et la faute de cet éloignement retombe toujours en fin de compte sur la justice. Qu’est-ce que l’objectivité au moment où le peuple lutte pour son existence ? Le soldat combattant, l’armée combattante connaissent-ils l’objectivité ? Le soldat et l’armée ne savent qu’une chose, ne savent qu’une considération, ne connaissent qu’une seule question : Comment dois-je sauver la liberté et l’honneur ? Comment sauver la nation ?


Ainsi, il va de soi que la justice d’un peuple qui combat dans une lutte à mort, ne peut avoir le culte d’une

>objectivité morte. Les dispositions du tribunal, du ministère public, des avocats doivent être dictées exclusivement par cette seule considération, à savoir : qu’est-ce qui importe pour la vie de la nation ? Qu’est-ce qui sauvera le peuple ?


Ce n’est pas l’objectivité invertébrée qui signifie le marasme et, par là même, la pétrification, l’éloignement vis-à-vis du peuple, non, tous les actes, toutes les mesures prises par la collectivité dans son ensemble et par chaque individu doivent être subordonnés aux besoins immédiats du peuple, de la nation.

Ainsi, le droit est une notion relative…


Le président. – Cela n’a pas de rapport avec le sujet. Vous devez faire vos propositions.


Dimitrov. – Le procureur général a proposé d’acquitter les prévenus bulgares, à défaut de preuves de culpabilité.


Le procureur général a proposé d’acquitter les Bulgares accusés, faute de preuves. Mais cela ne saurait nullement me satisfaire. La question est loin d’être aussi simple.


Cela n’écarterait pas complètement les soupçons. Au cours du procès, il a été démontré péremptoirement que nous n’avons rien de commun avec l’incendie du Reichstag et que, par conséquent, il n’y avait pas la moindre base pour justifier des soupçons contre nous. Nous, Bulgares, aussi bien que Torgler, devons être acquittés, non pas faute de preuves, mais parce que nous, communistes, n’avons rien et ne pouvions rien avoir de commun avec un acte anticommuniste.


Je propose donc de rendre le jugement que voici :


1. La Cour suprême reconnaît notre innocence dans l’affaire, et l’accusation injustifiée ; ceci est vrai pour nous : – pour moi, Torgler, Popov, Tanev.

2. Déclare que Van der Lübbe a été instrument utilisé au détriment et au préjudice de la classe ouvrière.

3. Qu’il convient de mettre en jugement les personnes coupables d’avoir porté de fausses accusations contre nous.

4. Et de nous dédommager aux dépens de ces coupables pour le temps perdu, la santé compromise et les souffrances endurées.


Le président. – Ce que vous nommez vos propositions, le tribunal les aura en vue au cours de la délibération sur le verdict à prendre.


Dimitrov. – Le temps viendra où ces comptes seront réglés avec intérêts. La pleine lumière sur la question de l’incendie du Reichstag et les véritables incendiaires c’est, évidemment, le tribunal du peuple de la future dictature du prolétariat qui s’en chargera.


Au XVIIe siècle, le fondateur de la physique scientifique Galileo Galilée, a comparu devant le sévère tribunal de l’Inquisition qui devait le condamner, comme hérétique, à la mort, il s’est écrié avec une profonde conviction et résolution :


« Et pourtant la terre tourne ! » Et ce principe scientifique est devenu plus tard le patrimoine de toute l’humanité.


(Le président interrompt brutalement Dimitrov, se lève, rassemble ses papiers, et s’apprête à sortir.)


Dimitrov (continuant) : Nous, communistes, pouvons aujourd’hui, proclamer avec non moins de résolution que le vieux Galilée :


« Et pourtant elle tourne ! » La roue de l’histoire tourne, avance, vers une Europe soviétique, vers l’Union mondiale des Républiques soviétiques. Et cette roue, poussée par le prolétariat sous la direction de l’Internationale communiste, on ne parviendra à l’arrêter ni par des mesures d’extermination, ni par des condamnations aux travaux forcés, ni par des exécutions. Elle tourne et continuera à tourner jusqu’à la victoire définitive du communisme !


(Les policiers empoignent Dimitrov et le forcent à se rasseoir sur le banc des accusés. Le président et le tribunal s’éloignent pour délibérer sur la question de savoir si Dimitrov peut continuer son discours. Après délibération, la Cour revient et annonce que la parole est définitivement retirée à Dimitrov.)

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Histoire
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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 06:28

mein-kampf.jpgInquiétante résurgence du néo-nazisme : Mein Kampf, le manifeste nazi, devient un best-seller en livre électronique

 

Article MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le nazisme semble une idée neuve en Europe. C'est ce que tentent de faire croire les formations d'extrême-droite européennes, nostalgiques de la collaboration, qui ont le vent en poupe, il suffit de voir en Ukraine. Le succès de la vente de Mein kampf sur le net a de quoi inquiéter.

 

L'information a été relayée par le quotidien britannique The Guardian, le mois dernier : Mein Kampf, le livre-manifeste d'Adolf Hitler, est le succès inattendu de ces derniers mois, dans le nouveau créneau des livres électroniques.

 

Selon le journaliste Chris Faraone, les versions anglaises du manifeste nazi ont déjà été téléchargées plus de 100 000 fois à partir des bases d'archives non-lucratives sur le net.

 

Du côté des versions électroniques payantes, le livre d'Hitler est disponible sur Amazon pour 75 centimes, et sur iTunes pour 2,50 €.Il est désormais un des livres les plus achetés sur les deux plateformes.

 

Ainsi, en Grande-Bretagne, sur Amazon.uk, il est numéro 1 de la rubrique « Propagande et psychologie politique », numéro 2 des ventes pour « Science politique et idéologie » et numéro 11 pour le thème « Seconde Guerre mondiale ».

 

Quelles sont les raisons qui peuvent expliquer ce soudain intérêt pour l'oeuvre du leader historique du Parti nazi ?

 

Selon Chris Faraone pour the Guardian, déjà le fait qu'on puisse « le lire dans la sphère privée de son iPad (…) les gens n'aiment pas acheter ce type de livre chez le bouquiniste, l'exposer dans leur bibliothèque ou être surpris dans le métro en train de le lire ».

 

Pour l'historien américain spécialiste du nazisme, Gerhard Weinberg, qui a lui-même fui le nazisme en 1938, il y a deux raisons :

 

« la première, simple curiosité. Pour nos contemporains, Hitler est une figure du passé dont ils ont beaucoup entendu parler. Et désormais, sur leurs ordinateurs, ils peuvent pour une bouchée de pain lire son livre le plus important », confie-t-il dans une interview au journal allemand Deutsche Welle.

 

« Un second facteur, je pense, est que certains peuvent penser qu'il a dit des vérités sur beaucoup de choses et c'est une façon de trouver ce qu'il pensait exactement, sans avoir affronter la gêne chez d'autres personnes qui ne partagent pas votre vision positive d'Hitler ».

 

Selon Gerhard Weinberg, le livre ne doit pas être interdit en ligne, excepté en Allemagne mais il doit au contraire être sérieusement annoté, mis en contexte dans une édition critique qui permette d'éviter au lecteur le piège d'une lecture en face à face avec cet ouvrage fondateur du nazisme.

 

 

Quelles que soient les motivations des lecteurs – curiosité historique ou adhésion au néo-nazisme – cette popularité ne peut que nous inquiéter, l'avertissement de Bertolt Brecht est encore pertinent : « le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde »

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