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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 06:23

pete-seeger-power-of-song.jpgDécès de Pete Seeger : l'humble maître de la chanson contestataire, la voix des opprimés, un communiste de cœur

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Avec le décès de Pete Seeger, les hommages fleurissent dans la presse dominante pour ce génie modeste de la chanson contestataire, non sans hypocrisie pour celui qui fut persécuté, ostracisé pour ses opinions, ses combats, confondus ou parallèles à ceux des communistes.

 

Comment résumer en quelques phrases la vie et l’œuvre de Pete Seeger ? Celle d'un virtuose de la « folk song » qui a mis humblement son talent au service des plus humbles, des victimes de l'oppression, quelle qu'elle soit, d'où qu'elle vienne.

 

« La voix des opprimés » : ouvriers, amér-indiens, Noirs, pacifistes, oubliés du rêve américain, unissez-vous !

 

C'est dans son adolescence que Pete – enfant d'un musicologue réputé, habitué du quartier des artistes marginaux de New York « Greenwich Village » – croise son intérêt pour la musique, notamment des instruments folkloriques, oukélélé et banjo, avec une conscience sociale.

 

Cette conscience, c'est d'abord celle de puiser dans le meilleur des traditions musicales américaines, d'abord celles des opprimés : mélodies juives, chants de gospel afro-américains, un goût pour le « folk » tant des pauvres colons anglo-saxons que des Indiens dépossédés.

 

A la sortie du lycée, Pete est admis à Harvard. Là-bas, il passe son temps à rassembler ses camarades par ses talents de musicien, chanteur, par des actions d'organisateur du « Syndicat des étudiants d'Harvard » où il édite le journal « Le progressiste d'Harvard ».

 

Il quitte l'université en 1938, à 19 ans. Il a trouvé sa vocation. La réputation de Pete circule, sa carrière s'envole rapidement. Sa rencontre avec Woody Guthrie, avec qui il fonde le groupe « Les Almanac singers » en 1941, sera décisive.

 

Guthrie, de cinq ans son aîné, était lui aussi un exceptionnel compositeur, aux origines de la « protest song » américaine, et un sympathisant communiste depuis le milieu des années 1930. Il aimait appeler sa guitare « la machine qui tue des fascistes ». Leur collaboration fera des étincelles.

 

Le groupe se fait connaître par ses prestations dans des usines en grève, des manifestations populaires, des réunions syndicales. Le 1er mai 1941, ce sont plusieurs dizaines de milliers de travailleurs en grève qui écoutent leurs chansons Madison Square Garden, à New York.

 

Leurs tubes se font connaître dans tout le pays, ils transmettent un message radical : critique du pouvoir des grands trusts, défense de la classe ouvrière et de la syndicalisation, critique de la ségrégation raciale, pacifisme conscient, anti-fascisme radical.

 

Si le premier album du groupe se caractérise par son rejet de la guerre, ainsi que sa dénonciation du pouvoir des trusts sur la vie politique américaine (« Songs for John Doe »), dans leur album suivant (« Dear Mr.President »), les Almanacs mettent l'accent sur la lutte anti-fasciste, derrière le Pdt.Roosevelt.

 

Leur album « Talking union », reprenant des chansons emblématiques du mouvement ouvrier américain – dont le mythique « Which side are you on ? » des mineurs du Kentucky – connaît un tel succès que le FBI et l'ancêtre de la CIA s'inquiètent du succès de ce « groupe de communistes »par mi la jeunesse populaire, noire ou blanche, américaine.

 

Après la guerre, Seeger dissout le groupe, dans un contexte de chasse aux communistes, pour refonder « les Weavers » (les Tisserands, un hommage … aux mineurs Silésiens de 1844, héros de la résistance ouvrière allemande!), le groupe va connaître un succès encore plus massif.

 

Le succès des « Weavers » passe par le maintien d'un message subversif sous une forme faussement innocente, qui conquiert désormais des foules de plus en plus nombreuses à leurs concerts.

 

Le fameux « If I had a hammer » (Si j'avais un marteau) composé par Seeger semble bien anondin (surtout repris par Claude François) pourtant il s'agit bien d'une chanson contestataire pour qui comprend que le « marteau » doit servir à casser l'injustice de cette société, et qu'il ressemble farouchement à un des deux symboles du mouvement communiste !

 

Menacé par la fièvre anti-communiste des années 1950, le groupe est à nouveau dissous. Seeger continue sa carrière en solo dans les années 1960 et devient le héraut de deux grands mouvements de lutte : celui pour les droits civiques et la lutte contre la guerre du Vietnam.

 

Ses chansons sont à nouveau reprises par des millions. Sa récupération de « We shall overcome » - ré-interprété notamment par Joan Baez ensuite – devient à la fois l'hymne du Mouvement pour les droits civiques et de l'opposition à la guerre.

 

Le compagnon de route : un communiste de cœur

 

L'histoire de Pete Seeger est indissociable de celle du mouvement communiste américain dont il a partagé nombre des combats, tantôt de l'intérieur, tantôt comme compagnon de route, refusant toute sa vie durant de renier son engagement.

 

Seeger aime à rappeler son adhésion à la Jeunesse communiste en 1938, celle ensuite au Parti communiste en 1942.

 

Le premier combat qui le fit vibrer, c'est le soutien aux républicains pendant la guerre civile en Espagne. Avec son groupe « Les Almanac singers », il va même composer en 1943 un best-of des meilleures chansons des Brigades internationales, sous le titre « Songs of the Lincoln Bataillon » (nom de la brigade des volontaires américains).

 

On y trouve des chants anglo-saxons (« There's a valley in Spain called Jarama »), espagnols (« Los cuatro generales ») ou encore allemands (« Le chant des marais », « Einheitsfrontlied »). Une pièce unique !

 

En 1948, il mène un deuxième combat qu'il va perdre, celui pour la candidature à la présidence de Henry Wallace, alternative de gauche au faucon Harry Truman. Par la suite, commence le mouvement McCarthyste qui le mettra en accusation pour « activités anti-américaines ».

 

Tous les combats de Seeger furent ceux qui font la gloire du Parti communiste américain : lutte pour l'organisation des ouvriers, conquête des droits civiques, retrait des troupes américaines du Vietnam (avec son « Bring'em home »!), combat contre la propagande anti-communiste et pro-impérialiste (« Why did you learn at school ? »).

 

Seeger évoqua qu'il « s'était éloigné dans les années 1950 du Parti communiste », les médias ont toujours essayé depuis d'obtenir de lui des aveux de son « erreur », un reniement de son engagement passé ou présent, la réponse de Seeger a toujours été aussi ferme, malicieuse, quasi galiléenne.

 

Sur le passé, Seeger aimait toujours opposer à ceux qui péroraient sur « les crimes du communisme » leur double discours qui occultait les crimes dus aux religions, au colonialisme, à l'impérialisme, plus largement au système capitaliste.

 

Sur le présent, quand on lui demandait s'il était encore communiste, il répondait « qu'il en était depuis l'âge de sept ans, et qu'il était encore communiste » car il voulait « un monde sans millionnaire ».

 

Le maître de la chanson contestataire : Joan Baez, Bob Dylan, Bruce Springsteen, une influence unique

 

L'influence, l'héritage de Pete Seeger furent colossale non seulement sur la société américaine mais aussi dans le champ musical américain.

 

Il suffit de penser au nombre de chansons entrées dans la légende grâce à lui. Que l'on repense au « If I had a hammer » qui devient dans sa reprise de 1963 n°3 au TOP 50 et un des hymnes du Mouvement des droits civiques.

 

Son influence, ce fut aussi sa paternité sur la « protest song » des années 1960 et du « revival folk » de la période. Inspiration de Joan Baez, il faut aussi celui qui dénicha Bob Dylan, les deux invités au Newport Folk Festival sur sa recommandation, marquant le début de leur grande carrière.

 

Parmi les chanteurs contemporains qui ne cessèrent de clamer leur dette envers Seeger, Bruce Springsteen, évidemment. Le « Boss » avait même enregistré en 2006 un album de reprises de chansons écrites par le père du folk américain.

 

Son 90 ème anniversaire avait été fêté devant des dizaines de milliers de fans à Madison Square Garden sous le parrainage de Springsteen qui l'avait alors présenté comme « la mémoire musicale vivante de l'Amérique et sa conscience, un testament du pouvoir de la chanson à faire l'histoire ».

 

Le grand débat sur les liens entre l'art et la politique, Seeger l'avait résolu à sa manière. Toujours du côté des « powerless » (sans pouvoir) contre l'oppression, il s'était fait le compagnon de route des communistes, les seuls à prendre ce parti systématiquement.

 

Quand on lui demandait quel était le pouvoir de la musique dans le champ culturel ou politique, il répondait : « Cela vous donne le sens de l'histoire ».

 

Plus qu'une litanie de mots toujours vains en ces occasions, au nom des damnés de la terre, Pete, un seul suffira cette fois : merci.

 

PS : Quelques chansons emblématiques composées ou reprises par Pete Seeger :

 

What did you learn at school today ? http://www.youtube.com/watch?v=VucczIg98Gw&hd=1

 

Where all the flowers have gone ? http://www.youtube.com/watch?v=VucczIg98Gw&hd=1

 

If I had a hammer : http://www.youtube.com/watch?v=Rl-yszPdRTk&hd=1

 

We shall overcome : http://www.youtube.com/watch?v=2b24Ewk934g

 

Which side are you on ? : http://www.youtube.com/watch?v=5iAIM02kv0g

 

 

 

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 06:48

lenin21 janvier 1924/2014 : « Lénine, théoricien de la pratique » par Georg Lukacs



Extrait de la post-face de Georg Lukacs de 1967 à son ouvrage de 1924: « Lénine, une étude de l'unité de sa pensée ».



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Dans la chaîne des révolutions démocratiques des temps modernes deux types de leaders, aux antipodes l'un de l'autre, firent leur apparition, incarnés par des hommes tels que Danton et Robespierre, à la fois dans la réalité et dans la grande littérature (on peut penser à Georg Buchner).



Même les grands orateurs des révolutions ouvrières, par exemple Lassalle et Trotsky, dénotent certains traits Dantonistes.



Lénine est le premier représentant d'un type entièrement neuf, d'un tertium datur, opposé à ces deux extrêmes. Jusque dans ses instincts spontanés, Lénine garde cette fidélité aux principes des grands ascètes révolutionnaires – bien qu'il n'y ait pas une once d'ascétisme dans la personnalité de Lénine.



Il était débordant de vie, avec un cetain sens de l'humour, il pouvait jouir de tout ce que la vie avait lui à offrir, de la chasse à la pêche en passant par une partie d'échecs ou encore la lecture de Pouchkine et Tolstoi; et il pouvait se dévouer et s'identifier à des hommes concrets.



Sa fidélité aux principes s'est mue en une dureté implacable pendant la guerre civile, mais sans haine. Il luttait contre des institutions et naturellement les hommes qui les représentaient, si nécessaire jusqu'à leur annihilation.



Mais il l'a toujours considéré comme une nécessité objective, inéluctable humainement regrettable mais à la quelle on ne pouvait pas échapper dans la lutte concrète. Gorki se rappelait de ses mots symptomatiques de Lénine, après avoir écouté la sonate Appassionata de Beethoven:



« L'Appassionata est la plus belle chose que je connaisse, je pourrais l'écouter tous les jours. C'est une musique divine, magnifique. Je pense toujours avec fierté, peut-être est-ce naif de ma part, Regarde ce que les êtres humains peuvent faire ».



Il fait ensuite un clin d'oeil, sourit et ajoute avec regret : « Mais je ne peux pas écouter de la musique, cela me tape tellement sur les nerfs que je pourrais dire des bêtises, susurrer des mots doux à l'oreille de ceux capables de produire de telles choses sublimes dans l'enfer abominable dans lequel ils vivent. Cependant, aujourd'hui plus question de susurrer des mots doux – on vous mordrait la main. Nous devons frapper les gens sans pitié sur la tête bien que théoriquement nous soyons contre tout type de violence entre les hommes. Oh, nôtre tâche est diablement difficile ! »



Il est clair que même une telle démonstration spontanée d'émotions n'est pas une révolte des instincts contre sa « façon de vivre », mais qu'il est ici aussi strictement fidèle aux impératifs de sa conception du monde.



Des décennies avant cet épisode, le jeune Lénine polémiquait contre les Naordniks et leurs critiques marxistes légaux.



En analysant ces derniers, il soulignait que l'objectivisme de leur démonstration de la nécessité d'une série donnée de faits, et combien il était facile de tomber dans la « position d'un apologiste de ces faits ».



Pour lui, la seule solution c'était la plus grande cohérence du Marxisme sans sa capacité à saisir la réalité objective, à dévoiler les véritables racines sociales de ces faits eux-mêmes.



La supériorité du Marxiste sur le simple objectiviste résiste dans sa cohérence ; il applique son objectivisme plus profondément et plus rigoureusement.



Seule cet objectivité supérieure peut être la source de ce que Lénine appelait l'engagement, « s'engager, quand on analyse un événement, c'est adopter directement et ouvertement la position d'une classe sociale particulière. »



L'attitude subjective découle toujours d'une réalité objective et y revient.



Cela peut produire des conflits si les contradictions de la réalité atteignent un point d'opposition mutuellement exclusive, et chaque homme engagé doit traiter lui-même ce type de conflits.



Mais il y a une différence fondamentale entre le conflit de convictions et de sentiments ancrés dans la réalité – dans les rapports d'un individu – et l'homme en conflit qui ressent sa propre existence en tant qu'être humain comme mise en danger. Ce dernier cas n'est jamais vrai pour Lénine.



Le plus grand hommage que rend Hamlet à Horace est le suivant : « Bienheureux ceux chez qui le tempérament et le jugement sont si bien d'accord ! / Ils ne sont pas sous les doigts de la fortune une flûte qui sonne par le trou qu'elle veut ».



Le tempérament et le jugement : leur opposition comme comme leur unité ne découlent que de la sphère biologique comme base générale et immédiate de l'existence humaine. Concrètement, les deux expriment l'harmonie ou la dissonance d'un être humain social avec un certain moment historique, en théorie et en pratique.



Tempérament et jugement se mariaient bien en Lénine car il orientait sa connaissance de la société à tout moment vers l'action qui était socialement nécessaire à ce moment-là, et car sa pratique suivait toujours nécessairement la somme et le système des idées vraies accumulées jusqu'alors.



Il n'y avait donc chez Lénine pas la moindre trace de ce qui aurait pu apparaître comme de l'auto-satisfaction. Le succès ne l'a jamais rendu vaniteux, tout comme l'échec ne l'a jamais déprimé. Il insistait sur le fait qu'il n'y avait aucune situation à laquelle un homme ne pouvait apporter une réponse pratique.



Il était un de ces grands hommes qui – précisément dans la pratique de leur vie – avaient réalisé beaucoup de choses, y compris les plus essentielles. Néanmoins – ou peut-être par conséquent – presque personne n'a jamais écrit aussi durement, avec aussi peu de pathos sur ses propres échecs, réels ou potentiels :



« L'homme intelligent n'est pas celui qui ne fait pas d'erreurs. Ces hommes n'existent pas, ils ne pourraient pas exister. L'homme intelligent est celui qui ne fait pas d'erreurs fondamentales et qui sait comment les corriger rapidement et sans conséquences ».



Ce commentaire si prosaïque sur l'art de l'action exprime plus clairement le fond de son attitude que toute profession de foi grandiloquente.



Sa vie fut perpétuellement dans l'action, la lutte ininterrompue dans un monde où il était profondément convaincu qu'il n'y avait pas de situation sans une solution, pour lui ou ses opposants. Le leitmotiv de sa vie était, logiquement, toujours être prêt pour l'action – l'action juste.



La sobre simplicité de Lénine eut donc un effet énorme sur les masses.Encore en opposition avec le premier type de grand révolutionnaire, il était un tribun du peuple sans égal, sans la moindre trace de rhétorique (pensons à ce sujet à des Lassalle et Trotsky).



Tant dans sa vie privée comme publique il avait une aversion profonde pour les beaux parleurs, pour tout ce qui était grandiloquent et exagéré. Il est encore significatif qu'il ait donné à ce mépris politique et humain de tout ce qui était « exagéré » une base philosophique objective :



« Toute la vérité, si elle est exagérée, ou si elle s'étend au-delà des limites de sa réalisation concrète peut devenir une absurdité, et elle tendra dans de telles conditions à devenir une absurdité ».



Cela signifie que, pour Lénine, même les catégories philosophiques les plus générales n'étaient jamais une généralité contemplative abstraite, elles étaient constamment tournées vers la pratique, comme les moyens de la préparation théorique pour la pratique.



Dans le débat sur les syndicats, il s'opposa à la position équivoque, éclectique et de conciliation de Boukharine en s'appuyant sur la catégorie de totalité. La façon dont Lénine appliquait une catégorie philosophique est symptomatique :



« Si nous devons avoir une véritable connaissance d'un objet, nous devons le regarder et mettre à l'épreuve toutes ses facettes, ses connections et ses 'médiations'. C'est quelque chose que l'on ne peut réaliser intégralement, mais la règle de la totalité nous préserve de bien des erreurs et rigidités ».



Il est instructif de voir comment une catégorie philosophique abstraite, renforcée par des réserves épistémologiques quant à son application, sert directement comme un impératif pour une pratique juste.



Cette attitude chez Lénine, on peut la voir encore plus clairement exprimée dans le débat sur la paix de Brest-Litovsk.



C'est devenu un lieu commun historique que de dire qu'en termes de Realpolitik, Lénine avait raison contre les communistes gauchistesqui, sur des bases internationalistes, défendaient le soutien à la révolution allemande qui s'annonçait par une guerre révolutionnaire, risquant l'existence même de la République soviétique russe.



Mais la pratique correcte de Lénine reposa sur une analyse théorique profonde de la particularité du développement de la révolution dans son ensemble.



La priorité à la révolution mondiale sur un seul événement mondial, disait-il, était une vérité authentique (donc pratique), « si on n'ignorait pas le chemin difficile et long vers la victoire totale du socialisme ».



Mais, par rapport à la particularité théorique de cette situation concrète, il ajoutait : « Toute vérité abstraite devient un mot creux si elle est appliquée à chaque situation concrète ».



La différence entre la vérité et la phraséologie révolutionnaire comme base de la pratique est, donc, que tandis que la première découle de l'état exact de la lutte révolutionnaire nécessaire et possible à ce moment précis, le dernier non.



Les sentiments les plus nobles, et l’engagement le plus désintéressé, ne deviennent que paroles creuses si l'essence théorique de la situation (sa particularité) ne permettent aucune pratique révolutionnaire authentique.



Une telle pratique n'est pas nécessairement un succès. Lors de la révolution de 1905, Lénine s'opposa vigoureusement au jugement de Plekhanov sur la défaite du soulèvement armé à Moscou, pour lui, il « n'aurait pas fallu prendre les armes ». Pour Lénine, cette défaite a fait avancer le processus révolutionnaire dans son ensemble.



Toute analogie, toute confusion de l'abstrait avec le concret, de l'universel avec le réel, conduit immédiatement à des mots creux ; par exemple la comparaison entre la France de 1792-93 et la Russie en 1918, souvent employée dans le débat sur Brest-Litovsk.



De la même façon, quand les communistes allemands dressèrent des thèses très intelligentes, auto-critiques après le putsch de Kapp en 1920, comme principes directeurs si jamais un tel putsch devait se reproduire, Lénine leur aurait dit : Comment savez-vous que la réaction allemande refera un tel coup ?



De telles réponses portent avec elles l'auto-éducation permanente de Lénine. En 1914, après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, à la suite de démêlés avec la police, il se réfugia en Suisse.



Une fois arrivé, il décida que la première tâche à faire était de profiter pleinement de ses « vacances » en étudiant la Logiquede Hegel.



De la même façon, quand il vivait clandestinement dans la maison d'un ouvrier après les événements de Juillet 1917, il remarqua comment ce dernier louait le pain du midi : « Alors, ils n'osent même plus nous donner du pain de mauvaise qualité, maintenant ! ».



Lénine fut frappé et enchanté par cette « analyse de classe des journées de Juillet ». Il réfléchit sur ses propres analyses complexes de cet événements et les tâches qui en découlaient : « Le pain, moi qui n'ai pas connu le besoin, je n'y avais pas pensé (…) l’esprit approche le fondement de tout chose, la lutte de classe pour le pain, par une analyse politique qui passe par des chemins extrêmement complexes et tortueux. »



Pendant toute sa vie, Lénine était toujours en train d'apprendre ; que ce soit de la Logique de Hegel ou de l'opinion d'un travailleur sur le pain.



L'auto-éducation permanente, l'ouverture constante à de nouvelles leçons de l'expérience, est une des dimensions essentielles de la priorité absolue de la pratique dans la vie de Lénine. Cela – et surtout la forme de son auto-éducation – créa un fossé insurmontable entre lui et tous les empiristes ou politiciens au pouvoir.



Il ne rappelait pas seulement l'importance de la catégorie de la totalité, comme base et mesure de la politique sur le plan polémique et pédagogique. Les exigences qu'il s'imposait étaient bien plus dures que celles qu'il imposait à ses plus estimés collaborateurs.



Universalité, totalité et la singularité du concret étaient les traits décisifs de la réalité dans laquelle l'action devait être entreprise ; dans quelle mesure elles devaient être comprises est donc la mesure de la véritable efficacité de toute pratique.



Bien sûr, l'histoire fait naître des situations qui contredisent les théories connues. Il y a même des situations où il est impossible d'agir selon des principes vrais et reconnus comme vrais.



Par exemple, avant Octobre 1917, Lénine avait prédit avec justesse que dans une Russie économiquement arriérée, une forme de transition, ce qui allait plus tard la NEP, serait indispensable.



Mais la guerre civile et l'intervention étrangère imposèrent à l’État soviétique ce qu'on appela le communisme de guerre.



Lénine céda à cette nécessité factuelle mais sans abandonner sa conviction théorique. Il conduisit aussi efficacement que possible ce qui était imposé par le communisme de guerre, sans – contrairement à la majorité de ses contemporains – à aucun moment considérer que le communisme de guerre était la forme authentique de transition vers le socialisme.



Il était absolument déterminé à revenir à la ligne théoriquement juste de la NEP dès que la guerre civile et l'intervention étrangère arrivèrent à leur terme. Dans les deux cas, il ne fut jamais ni un empiriste ni un dogmatique, mais un théoricien de la pratique, un praticien de la théorie.



Tout comme « Que faire ? » est un titre symbolique de l'ensemble de sa production écrite, la base théorique de son ouvrage est une thèse préliminaire de l'ensemble de sa conception du monde (Weltanschauung).



Il affirmait que la lutte de classe spontanée incarnée dans les grèves, même si elles sont bien organisées, ne produisent que les germes de la conscience de classe au sein du prolétariat.



Il manque encore aux travailleurs « la conscience de l'opposition irréductible de leurs intérêts avec ceux du système social et politique actuel dans son ensemble ». Encore une fois, c'est la totalité qui détermine la bonne voie à la conscience de classe tendant vers la pratique révolutionnaire.



Sans une orientation vers la totalité, il ne peut y avoir de pratique historiquement vraie. Mais la connaissance de la totalité n'est jamais spontanée, elle doit toujours être introduite « de l'extérieur », c'est-à-dire théoriquement.



La prédominance de la pratique ne peut donc être réalisée que sur la base d'une théorie qui doit viser à la totalité. Mais, comme Lénine le savait bien, la totalité de l'étant tel qu'il se déploie objectivement est infini, et elle ne peut donc jamais être adéquatement saisie.



Un cercle vicieux semble se mettre en place entre l'infinité du savoir et les impératifs toujours actuels d'une action concrète, immédiate. Mais cette insolubilité théorico-abstraite peut – comme le nœud gordien – être tranchée par la pratique.



La seule épée valable, c'est l'attitude humaine pour laquelle nous devons encore faire référence à Shakespeare : « The readiness is all », le tout c'est d'être prêt.



Un des traits les plus caractéristiques et les plus créatifs de Lénine est qu'il n'a jamais cessé d'apprendre théoriquement de la réalité, tout en restant toujours prêt pour l'action.



Cela détermine un des attributs les plus frappants et les plus paradoxaux en apparence de son style théorique : il ne voyait jamais les leçons tirées de la réalité comme achevées, mais ce qu'il en avait appris était organisé et dirigé en lui vers l'action possible à chaque moment donné.



J'eus la chance d'être témoin de l'attitude de Lénine lors de ces innombrables moments. C'était en 1921. Il y avait une session du comité tchécoslovaque du III ème Congrès du Komintern.



Les questions étaient extrêmement complexes, les opinions inconciliables. Soudainement, Lénine fit son apparition. Tout le monde lui demanda son opinion sur les problèmes tchèques.



Il refusa de répondre. Il disait qu'il avait essayé d'étudier les dossiers mais que des affaires politiques urgentes avaient fait irruption et qu'il avait juste jeté un coup d'oeil à deux journaux qu'il avait emporté avec lui dans sa veste.



C'est seulement après avoir été interrogé à plusieurs reprises qu'il accepta de donner ses impressions sur les deux journaux. Il les tira de sa poche et livra une analyse non-méthodique, improvisée en commençant par l'article principal et en finissant par les nouvelles du jour.



Cette analyse impromptue fut l'analyse la plus profonde de la situation en Tchécoslovaquie et des tâches du Parti communiste.



Évidemment, homme caractérisé par sa préparation à l'action et sa cohérence, dans la relation réciproque entre théorie et pratique, Lénine choisit toujours de donner la priorité à la pratique. Il le fit de façon frappante à la fin de son principal ouvrage théorique, Etat et Révolution.



Il l'écrivit dans la clandestinité après les journées de Juillet, et il ne put jamais finir le dernier chapitre sur les expériences des Révolutions de 1905 et 1917. Le cours de la Révolution ne lui permit pas.



Dans un post-scriptum, il écrivait : « Il est plus plaisant et utile de vivre l'expérience de la révolution que d'écrire sur elle ». Il dit cela avec une profonde sincérité. Nous savons qu'il a toujours voulu pallier à ce qu'il n'avait pu faire. Ce n'est pas lui mais le cours des événements qui le rendit impossible.



Il y eut un changement important dans les attitudes humaines ces derniers siècles : l'idéal du « sage » stoico-épicurien a eu une très forte influence sur nos opinions éthiques, politiques et sociales, bien au-delà des limites de la philosophie académique.



Mais cette influence fut tout aussi une transformation interne : l'élément pratique-actif dans ce prototype se renforça par rapport à l'époque classique. La préparation permanente à l'action de Lénine est le dernier, et jusqu'à présent le plus grand et le plus important, stade de ce développement.



Le fait qu'aujourd'hui la manipulation absorbe la pratique et que la « fin des idéologies » absorbe la théorie, cet idéal ne pèse pas lourd aux yeux des « experts », ceci n'est qu'un épisode, allant contre la marche de l'histoire mondiale.



Par-delà le sens de ses actions et écrits, la figure de Lénine comme incarnation de la préparation permanente à l'action représente une valeur ineffaçable : une nouvelle forme d'attitude exemplaire face à la réalité.

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 06:48

nie-wieder-kriegDéclaration de 31 Partis communistes et ouvriers européens sur le centenaire du début de la Première guerre mondiale :

 

 

« une guerre capitaliste d'agression et de conquête »





Déclaration soumise par le Parti communiste d'Allemagne (DKP), le Parti communiste du Luxembourg (KPL) et le Parti du travail de Belgique (PTB) repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Cent ans après de début de la Première Guerre mondiale, nous éprouvons un nouveau débat sur la question de savoir qui a mis le feu. Cette remise en question de la responsabilité principale de l'impérialisme allemand pour le carnage des peuples pendant plus de quatre ans n'a, naturellement, pas pour but de trouver la vérité historique. Elle vise plutôt à légitimer la politique impérialiste actuelle théoriquement et politiquement.



La Première Guerre mondiale fut suscité par les intérêts d'expansion de la part des grandes puissances d'Europe, cherchant à conquérir de nouveaux marchés et ressources, et orientés vers une redistribution des marchés et ressources existants. C'était une « guerre d'agression et conquête capitaliste », comme l'a constaté Karl Liebknecht bien vite. Du même coup, la guerre offrait une opportunité pour les forces dominantes de contaminer la conscience des classes ouvrières dans leurs pays avec le venin de l’opportunisme, du nationalisme, et du chauvinisme.



En été 1914, deux blocs militaires délibérés se trouvaient face à face : « la Triple Alliance », composé de l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie, et « l'Entente » du Royaume-Uni et de la France, auxquels la Russie s'est alliée. En 1915, l'Italie entra en guerre aux côtés de l'Entente.



L'attentat de Sarajevo fut l'occasion bienvenue pour les grands puissances bellicistes de réaliser leurs concepts stratégiques. Ce qui suivait était une guerre qui, pour la première fois dans l'histoire, était menée sur tous les continents. Trente-huit pays participaient, plus leurs colonies de l'époque. Et c'était la première guerre menée aussi industriellement. La tuerie faisait sept millions de victimes, la population civile souffrait une famine et des épidémies d'une ampleur inconnue. Vingt millions étaient blessés ou estropiés, des valeurs matériels incroyables étaient détruits.



Le carnage finissait par une défaite militaire des agresseurs. La Révolution de Novembre en Allemagne, les révolutions en Autriche, en Hongrie et d'autres pays étaient étouffés à cause du rôle que jouaient les leaders social-démocrate de droite au cours de la répression de la révolution. Certes, la monarchie fut détrônée en Allemagne, suivit par l'établissement de la république, mais les généraux et les forces du capital monopolistique demeuraient – leur survie politique a plus tard rendu la Seconde Guerre mondiale possible.



La social-démocratie fut divisée au cours de la Première Guerre mondiale, les forces révolutionnaires se séparèrent de la Première Internationale et fondaient des partis communistes autour du monde. La Grande Révolution Socialiste d'Octobre en Russie a tracé la voie pour le premier État ouvrier et paysan de l'histoire humaine. La Première Guerre mondiale donc suscitait un nouvel espoir pour le monde – l'espoir du socialisme. Les partis signataires y tiennent toujours.



« Et finalement, aucune autre guerre sera possible pour l'Allemagne prussienne qu'une guerre mondiale, et ce sera une guerre mondiale d'une étendue et d'une violence sans précédent. Entre huit ou dix millions de soldats iront s'étrangler entre eux, et ils vont ravager l'Europe comme jamais ne l'a fait une nuée de sauterelles. Les dévastations de la guerre de Trente Ans seront concentré dans trois ou quatre ans, et se répandront sur tout le continent ; la famine, des épidémies, un retour à l'état sauvage général du militaire comme des masses populaires causé par la détresse aiguë ; un désarroi sans issue du fonctionnement artificiel de notre commerce, industrie et crédit, finissant par une banqueroute générale ; un effondrement des vieux états et de leur raison d'état, de la façon à ce que des douzaines de couronnes vont rouler sur les pavés, et on ne trouvera personne à les ramasser ; l'impossibilité de prévoir comment tout ça finira, et qui sera le vainqueur de cette lutte ; seul un résultat est absolument certain : l'épuisement général et la création des conditions pour la victoire finale de la classe ouvrière. »

Friedrich Engels, 1887



Partis qui ont proposé la déclaration :



Parti communiste d'Allemagne

Parti communiste du Luxembourg

Parti du Travail de Belgique



Partis qui soutiennent la déclaration :



Party du Travail d'Autriche

Parti communiste de Bohême-Moravie

Parti communiste de Grande-Bretagne

Parti communiste de Catalogne

Parti socialiste ouvrier de Croatie

AKEL (Chypre)

Parti communiste du Danemark

Parti communiste au Danemark

Parti communiste de Finlande

Parti communiste français

PRCF

Parti communiste unifié de Géorgie

Parti communiste de Grèce

Parti ouvrier hongrois

Parti communiste d'Irlande

Parti des communistes italiens (PdCI)

Parti communiste de Malte

Nouveau parti communiste des Pays-Bas

Parti communiste de Pologne

Parti communiste portugais

Parti communiste de la Fédération de Russie

Nouveau parti communiste de Yougoslavie

Parti des communistes de Serbie

Parti communiste d'Espagne

Parti communiste des peuples d'Espagne

Parti communiste de Suède

Parti suisse du travail

Parti communiste d'Ukraine



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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 06:22

karl-liebknecht-and-Rosa-Luxemburg-celebrities-who-died-you.pngDes dizaines de milliers de manifestants à Berlin pour rendre hommage à Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, assassinés il y a 95 ans

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

 

 

Ils étaient plusieurs dizaines de milliers à Berlin ce 12 janvier 2014 pour rendre hommage aux fondateurs du Parti communiste allemand, les révolutionnaires Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, assassinés par les « Frei Korps » sur ordre d'un ministre social-démocrate.

 

Comme chaque année, ce 12 janvier, les militants de gauche, anti-facistes, pacifistes, communistes ont déposé une gerbe sur la tombe de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht. Ils étaient plusieurs dizaines de milliers, venus de toute l'Allemagne, de toute l'Europe, des oeillets rouges à la main.

 

Le dépôt de gerbe s'est poursuivi par un défilé qui a mobilisé, selon les organisateurs, 15 000 manifestants, avec une forte présence des militants du Parti communiste allemand (DKP) ainsi que de divers groupes anti-fascistes.

 

Un défilé où la banderole accolait les noms de Luxembourg, Liebknecht à celui de Lénine. Avec comme mot d'ordre combatif : « On n'oublie rien ni personne … levez-vous et résistez ! »

 

SBZ_1949_229_Karl_Liebknecht_und_Rosa_Luxemburg.jpgRosa et Karl, une passion révolutionnaire face à la trahison social-démocrate

 

Par leur martyr, leur courage héroïque, Rosa et Karl sont devenus deux icônes, aux idées parfois édulcorées, au combat dévoyé par une mémoire sélective, visant à les réduire comme tant d'autres à des « icônes inoffensives ».

 

Liebknecht fut un des premiers à dénoncer le péril de la militarisation de la société allemande qui atteignait même les socialistes. Il est le premier député social-démocrate à rester fidèle au serment de l'Internationale socialiste, à refuser de voter les crédits de guerre

 

« L'aigle » Rosa, comme la surnommait Lénine, fut une inlassable combattante de la révolution, de la paix, dénonçant dès 1914 la trahison de la social-démocratie, ces Kautsky qui transformait l'appel de Marx en temps de guerre en « Prolétaires de tous pays, égorgez-vous ! »

 

Fondateurs du courant spartakiste au sein du Parti social-démocrate – héritier de la tradition marxiste et pacifiste du parti – c'est pénétrés par la pensée et l'action de Lénine, artisan de la Révolution d'octobre qu'ils fondent le 1er janvier 1919 le Parti communiste d'Allemagne (KPD).

 

En dépit des réticences de Lénine, des doutes de Luxembourg, une « insurrection spartakiste » frappe Berlin début janvier 1919.

 

Sans organisation ferme, ni perspective claire, la révolte est réprimée dans le sang avec l'action des « Frei korps », des milices issues des troupes de choc de la Première Guerre mondiale, qui se fonderont plus tard dans les SA du Parti nazi.

 

Ces « frei korps » reçurent lors de la fameuse « Semaine sanglante » le feu vert de la part du Ministre de l'Intérieur social-démocrate Gustav Noske et du Président social-démocrate Friedrich Ebert pour réprimer dans le sang la révolte, assassiner les deux dirigeants communistes.

 

Finalement, les brutaux « frei korps » capturent Liebknecht et Luxembourg, fracassent le crâne de cette dernière avant de la jeter dans le canal qui longeait le lieu de l'exécution (Landwehrkanal).

 

Disons-le haut et fort, l'héritage de Rosa et Karl appartient au mouvement communiste, pas aux forces héritières, continuatrices ou supplétives de la social-démocratie. Ce serait un comble !

 

L'appel à la manifestation de 2014 : « Non à une intervention militaire en Syrie, au Mali, en Iran, non à des soldats allemands à l'étranger ! »

 

lieb-lux.jpgLes diverses organisations locales qui ont appelé à la manifestation – essentiellement de groupes anti-fascistes, de Die Linke et du Parti communiste d'Allemagne (DKP) – ont rendu public l'appel suivant, résolument anti-impérialiste, révolutionnaire et pacifiste :

 

« 'Liebknecht a combattu pour nous tous', c'est ce qu'écrivait Rosa Luxembourg quand il fut arrêté après la fameuse manifestation du 1er mai 1916, sur la Potsdamer Platz (…) Il a montré à tous les habitants de ce pays qu'il y a encore des gens qui ont gardé leurs convictions socialistes »

 

Ces convictions, pour lesquelles Rosa et Karl ont été assassinés par la réaction, ce sont toujours les nôtres. Nous les rappelons lors de cette manifestation lors de cette manifestation, inscrite dans l'hommage à Luxembourg et Liebknecht, ce 12 janvier 2014, en cette année qui marque le centenaire de la Première Guerre mondiale.

 

En 1914, Karl Liebknecht était le seul à avoir voté au Reichstag contre les crédits de guerre. Et Rosa Luxembourg disait la même année que « le fait que les classes dominantes nous conduisent tous vers la catastrophe, l'Allemagne en est désormais un cas classique ».

 

Cette analyse de ce système basé sur la maximisation du profit a trouvé dans le fascisme et l'Allemagne de Hitler, seulement vingt-cins ans plus tard avec l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 qui a déclenché la Seconde guerre mondiale, elle a trouvé dans le génocide du peuple juif, des Slaves et des Tsiganes une confirmation absolument terrifiante.

 

« Nous n'avons pas besoin de catastrophes », disait Rosa Luxembourg. Aujourd'hui encore, nous n'avons pas besoin de cela, nous n'avons pas besoin d'intervention militaire. Ni en Syrie, ni au Mali, ni en Iran. Nulle part. Nous n'avons pas besoin de soldats de la Bundeswehr en Afghanistan, en Turquie ou ailleurs. Nous n'avons pas besoin de drones tueurs ni d'exportations d'armes. Nous n'avons pas besoin de ces dizaines de millions d'opérations d'espionnage réalisées par la NSA, la BND et d'autres agences de renseignement qui se moquent de la démocratie bourgeoise. Nous n'avons pas besoin des nazis, et de leur démagogie sociale particulièrement dangereuse en temps de crise. Nous n'avons pas besoin du racisme, de l'anti-islam, de l'anti-sémitisme et de l'anti-tziganisme. Nous n'avons pas besoin de ce recul social toujours accéléré, de la situation indigne que vivent des millions de personnes. Nous n'avons pas besoin enfin de ces plans de sauvetage pour les banques ».

 

Conférence « Rosa Luxembourg », débat houleux sur la paix : Die Linke pointée sur ses renoncements dans ce combat



En parallèle à la manifestation était organisée dans le week-end la XIX ème Conférence Rosa Luxembourg, chapeautée par la Fondation Rosa Luxembourg, elle-même liée à Die Linke et surtout au PGE – Parti de la gauche européenne.



Le débat central, qui a attiré plus de 2 000 personnes, était organisé par le journal Junge Welt, modéré par son rédacteur en chef Arnold Schotzel. Il réunissait notamment le co-président de Die Linke, Bernd Reizinger, qui a subi des attaques directes et indirectes sur la position de son parti.



Cela a commencé par les interrogations courtoises de Arnold Schotzel sur le manque de position claire de Die Linke face à au volet militariste de l'accord de coalition SPD-CDU qui marque un pas en avant dans la politique belliciste, néo-impérialiste de l'Etat allemand.



Schotzel mentionne la position du responsable aux questions internationales, le jeune loup et député de Linke Stefan Liebich comme source d'inquiétude, comme une rupture avec la tradition d'opposition aux interventions militaires allemandes à l'étranger.



En effet, Liebich a patronné un rapport publié en octobre dernier intitulé « La politique étrangère de Linke : des perspectives de ré-orientation », ouvre la voie à des soutiens à des interventions militaires, si elles sont sous mandat de l'ONU et sous des prétextes humanitaires.



Si Bernd Reixinger a tenu sur-le-champ à réaffirmer l'engagement de Linke pour la paix, sa réponse a été vite remise en cause par le témoignage de Monty Schädel, secrétaire du Mouvement allemand pour la paix, révélateur de la capitulation symbolique de Die Linke sur la question de la paix.



Monty Schädel rappelle que l'Accord de coalition prévoit une opération séduction de la Bundeswehr vis-à-vis de l'opinion publique, pour préparer la militarisation de la société allemande.



Or, en Mecklembourg-Poméranie occidentale, la Bundeswehr a été appelée pour la première fois aux vœux du Nouvel An par le gouvernement de grande coalition SPD-CDU … onze des douze députés fédéraux de Linke ont voté pour inviter l'armée allemande aux vœux !



En 1914, la social-démocratie promettait d'opposer la « solidarité prolétarienne » à la « guerre impérialiste ». En quelques mois, les dirigeants du SPD joignaient l'union sacrée au nom de la lutte de « la civilisation allemande » contre la « barbarie russe ».



Ils étaient peu les Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg pour refuser le carnage de la classe ouvrière européenne qui « ne se connaissait pas » au profit d'industriels, de politiciens, de banquiers qui eux « se connaissaient bien », pour reprendre la fameuse phrase de Paul Valéry.



En 2014, les périls de guerre montent à l'horizon et Die Linke plie sous la machine de guerre néo-impérialiste allemande, sous prétexte de « mission humanitaire » (civilisatrice) ou de la restauration de la place de l'Allemagne sur la scène mondiale. Un refrain bien connu, hélas.



En 2014, comme en 1914, plus que jamais, que vive l'héritage de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht !

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 07:12

buchenwald-dora.jpgLes anciens déportés de Buchenwald et Dora dénoncent la résurgence de l'anti-sémitisme et du nazisme derrière l'affaire Dieudonné

 

 

Communiqué de l’Association française Buchenwald-Dora et Kommandos repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L’association française Buchenwald-Dora et kommandos a été fondée en 1945 par les rescapés de l’univers concentrationnaire.

 

Le 19 avril 1945, ils avaient prêté serment dans le camp libéré de Buchenwald, de défendre à jamais la mémoire de leurs camarades disparus, victimes de la politique antisémite et raciste du IIIè Reich, de porter les valeurs républicaines et les idéaux de la Résistance, et de lutter contre les résurgences du nazisme.

 

Les membres de l’Association, survivants des camps, leurs familles et amis, citoyens attachés à cette mémoire, n’ont depuis lors jamais cessé de dénoncer le racisme, l’antisémitisme, l’apologie des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité et la haine.

 

L’Association Française Buchenwald Dora et Kommandosnwald-Dora et kommandos condamne avec la plus grande fermeté les provocations du polémiste Dieudonné M’Bala M’Bala, qui se proclame « antisystème » et affiche un antisémitisme déjà condamné par les tribunaux.

 

Nous savons la fragilité de la démocratie quand ses failles sont exploitées contre elle, mais aussi sa force quand les institutions et les hommes qui les portent utilisent toutes les possibilités légales par la défendre, rejoints par des citoyens de toutes obédiences.

 

La liberté d’expression et le droit à la dérision ne peuvent en aucun cas se confondre avec le droit de diffamer, ni de salir la mémoire des victimes du nazisme.

 

Le nazisme n’est pas une opinion, c’est un crime.

 

 

Nous soutenons les pouvoirs publics dans leur juste condamnation des discours de haine affichés par Dieudonné M’Bala M’Bala et ses partisans, tout en appelant chacun au discernement, à la réflexion et à la vigilance.  

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