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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 07:22

 

8marsURSSL'avortement légal, gratuit et fait service public : la première fois, c'était en Union Soviétique !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



En ces temps de réaction obscurantiste en Espagne, il est bon de rétablir certaines vérités historiques. Le premier pays à instaurer le droit à l'avortement est l'Union soviétique, au moment où la France criminalisait ce même droit fondamental de la Femme.



Face à la propagande pernicieuse à l'égard des révolutions socialistes du XX ème siècle, les faits sont têtus : les droits qu'a accordé la jeune Union soviétique aux femmes en 1917, les femmes se battent encore partout dans le monde pour les conquérir ou les conserver.



Sous le tsarisme, la femme était légalement inégale, dans les faits réduite à l'exploitation la plus éhontée au travail comme dans le foyer. Avec la révolution socialiste, elle accède à la pleine égalité légale, elle devient comme ouvrière, paysanne, intellectuelle, actrice de la révolution.



En 1917, en URSS, les femmes obtiennent l'égalité intégrale. Et en France, c'est quand ?



Concrètement, les femmes conquièrent notamment par le nouveau « Code sur le mariage, la famille et la tutelle » de 1918 : la libération de la tutelle des hommes sur les épouses et les filles, le droit au divorce après mariage civil.



Lénine disait que « l'expérience de tout mouvement d'émancipation a montré que le succès d'une révolution dépend du degré de participation des femmes ».



Dès 1917, est adopté dans les républiques soviétiques le suffrage universel, ce n'est alors que le quatrième pays au monde. Dans la foulée, plusieurs pays se trouvent contraints de suivre l'exemple soviétique, dont les États-Unis ou l'Allemagne.



L'URSS premier pays à légaliser l'avortement



Quant à l'avortement, en 1920, le gouvernement soviétique annule par décret la criminalisation de l'avortement et offre aux mères la possibilité d'un avortement légal, gratuit et pris en charge par les pouvoirs publics :



« l'avortement, l'interruption de grossesse par moyens artificiels, sera conduit gratuitement dans les hôpitaux publics, où les femmes jouissent de la plus grande sécurité dans l'opération ».



L'Union soviétique est le premier État à légaliser l'avortement, au moment où c'est un crime dans les pays dits « civilisés ». En France, c'était alors le cas. Il faut attendre 1975 pour la dépénalisation et 1982 pour sa prise en charge par la Sécurité sociale.



La liberté d'être femme en URSS : pas un droit formel, mais une réalité concrète !



Le code de la famille de 1918 est proprement révolutionnaire dans sa conception même. D'une part parce qu'il est perçu comme un « code de transition vers la société socialiste », visant d'abord à réglémenter la vie en famille, avant de viser à l'extinction du famille et du mariage.



Ce n'est pas le mariage pour tous, mais à terme l'abolition du mariage, voilà une loi révolutionnaire !



D'autre part, le Code de la famille consiste aussi en un respect absolu de la vie privée et du choix des individus quant à leur mode d'existence :



« est déclarée l'absolue non-ingérence de l’État et la société dans les affaires sexuelles, personne ne sera lésé, personne ne s'immiscera dans les affaires d'autrui ».



Contrairement aux Etats capitalistes, la liberté d'être une femme n'est pas seulement formelle, elle est rendue réelle, notamment grâce à la volonté de Lénine et d'Alexandra Kollontai.



Le Code du travail de 1918 garantit aux mères des pauses payées pour alimenter leurs enfants, restreint fortement le travail nocturne et les heures supplémentaires, développe les crèches sur les lieux de travail, tout comme les cantines plus tard dans les lieux d'étude.



Le programme de congé maternité en 1918, sous l'impulsion de Kollontai, accorde aux femmes un congé maternité de huit semaines, payé, tandis que dans les entreprises les femmes bénéficiaient d'horaires de travail aménagés, d'installations sanitaires de suivi.



Certes, il y eut des reculs au plus fort du raidissement stalinien – mais pas une remise en cause intégrale – toutefois dès les années 1950, l'égalité intégrale entre hommes et femmes, le droit à un avortement assisté par le service public étaient à nouveau pleins et entiers.



« Le degré de l'émancipation féminine est la mesure naturelle du degré de l'émancipation générale »



Dans la Sainte famille,Karl Marx reprend les propos de Fourier : « Le changement d'une époque historique se laisse toujours déterminer en fonction du progrès des femmes vers la liberté (...) Le degré de l'émancipation féminine est la mesure naturelle du degré de l'émancipation générale ».



Dans ce cas, il ne fait aucun doute que – contrairement à ce que veut nous faire croire l'idéologie dominante – l'URSS de 1920 était bien plus moderne, émancipatrice que ne l'est la monarchie espagnole de 2014 !

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Histoire
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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 16:38

rosa luxRosa Luxembourg dénonce l'hypocrisie des dirigeants socialistes face à la guerre de 1914 :

 

« La reconstruction de l'Internationale »

 

 

Premier article de la revue « Die Internationale » : La reconstruction de l'Internationale, 15 avril 1915, publiée par Rosa Luxembourg qui fait partie de la minorité au sein du Parti social-démocrate s'opposant à la guerre impérialiste.

 

La revue est immédiatement saisie par les autorités, ses rédacteurs – parmi lesquels Franz Mehring, Clara Zetkin, Karl Liebknecht, dont le noyau formera le futur Parti communiste allemand – poursuivis pour haute trahison.

 

Un article encore éclairant au moment où la social-démocratie tente d'imposer des sacrifices aux travailleurs de tous les pays au nom de l' « Union sacrée », de la « compétitivité économique », des « opérations humanitaires » à l'étranger.

 

Et où le parallèle avec la Première Guerre mondiale, et ses millions de morts, nourrit d'un côté les appels à « l'unité nationale » des classes dirigeantes mais rappelle surtout les origines de cette guerre, profondément ancrées dans un choc des impérialismes et la crise du capital.

 

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

« Ce 4 août 1914, la social-démocratie allemande a abdiqué politiquement, et dans le même temps, l'Internationale socialiste s'est effondrée. Toutes les tentatives visant à nier ou occulter ce fait, quelles que soit les raisons qui les animent, tendent objectivement à perpétuer, et à justifier, la désillusion désastreuse des partis socialistes, la maladie interne du mouvement, qui a conduit à sa faillite, et à faire sur le long-terme de l'Internationale socialiste une fiction, une hypocrisie.

 

Un tel auto-effondrement est sans précédent dans l'histoire de l'Humanité. Socialisme ou impérialisme – cette alternative résume complètement l'orientation politique des partis ouvriers dans la dernière décennie.En Allemagne, elle a été formulée dans d'innombrables discours, programmes, meetings de masse, brochures et articles comme le mot d'ordre de la social-démocratie, comme l'interprétation par le parti des tendances de l'époque historique actuelle.

 

Avec le début de la guerre mondiale, le mot est devenu substance, l'alternative est passée de tendance historique à situation politique. Face à cette alternative, qu'elle a été la première à reconnaître et à porter à la conscience des masses, la social-démocratie a capitulé sans lutter et a cédé la victoire à l'impérialisme. Jamais auparavant dans l'histoire de la lutte des classes, depuis qu'il existe des partis politiques, un parti n'avait, de cette manière, après cinquante années de croissance ininterrompue, après avoir acquis une position de pouvoir prééminente, après avoir rassemblé des millions de personnes autour de lui, si entièrement et honteusement abdiqué en tant que force politique en l'espace de 48 heures, comme la social-démocratie l'a fait. Précisément parce qu'elle était l'avant-garde la mieux organisée, la plus disciplinée de l'Internationale, l'effondrement actuel du socialisme peut être lu à la lumière de l'exemple de la social-démocratie.

 

Kautsky, représentant du dit « centre marxiste », ou, en termes politiques, comme théoricien du marais, a pendant des années dégradé la théorie en instrument commode pour la pratique officielle des bureaucrates du parti et a donc rendu sa contribution sincère à l'effondrement actuel du parti. Il a déjà conçu une nouvelle théorie opportune pour justifier et expliquer l'effondrement. Selon cette théorie, la social-démocratie est un instrument pour la paix mais pas un outil pour combattre la guerre. Ou, comme les élèves fidèles de Kautsky dans la « lutte » autrichienne, se perdant en soupirs dans l'aberration actuelle de la social-démocratie, l'expose :la seule politique convenant au socialisme pendant la guerre, c'est le silence ; seulement quand les cloches de la paix sonneront, le socialisme pourra à nouveau se mettre en marche. Cette théorie d'un rôle d'eunuque délibérément assumé, qui affirme que la vertu du socialisme ne peut être conservée que si, dans les moments décisifs, il s'efface en tant que facteur de l'histoire mondiale, souffre de l'erreur la plus fondamentale de tous les récits d'impuissance politique : il ne fait que fermer les yeux sur le facteur le plus vital.

 

Confrontée à l'alternative d'être pour ou contre la guerre, la social-démocratie, à partir du moment où elle a abandonné l'opposition, a été contrainte par l'impulsion de fer de l'histoire à jeter tout son poids dans la guerre.Le même Kautsky, qui dans ce meeting mémorable du parti parlementaire du 3 août plaidait pour accorder les crédits de guerre, les mêmes Austro-marxistes (comme ils se nomment) qui désormais voient comme une évidence le vote des parlementaires social-démocrates aux crédits de guerre – même s'ils versent à l'occasion quelques larmes sur les excès nationalistes des organes du parti social-démocrate et sur leur formation théorique inadéquate, particulièrement sur la séparation tenue entre le concept de « nationalité » et d'autres « concepts » supposément coupables de telles aberrations. Mais les événements ont leur propre logique, même quand les êtres humains n'en ont pas. Une fois que les parlementaires social-démocrates ont décidé de soutenir la guerre, tout le reste a suivi automatiquement, avec l'inéluctabilité de la destinée historique.

 

Le 4 août, la social-démocratie allemande, loin de rester silencieuse, a joué un rôle historique extrêmement important : celui du bouclier de l'impérialisme dans la guerre. Napoléon disait qu'il y avait deux facteurs qui décidaient de l'issue d'une bataille : le facteur « terrestre », qui consiste dans le terrain, la qualité des armes, le météo, etc. et le facteur « divin » qui est la constitution morale de l'armée, son moral, sa foi dans sa propre cause. Le facteur « terrestre » fut de la charge côté allemand de l'entreprise Krupp d'Essen ; le facteur « divin » fut à la charge de la social-démocratie. Les services qu'elle a rendus depuis le 4 août, et qu'elle rend quotidiennement aux dirigeants de guerre allemands sont incommensurables : les syndicats qui au début de la guerre ont mis en veilleuse la bataille pour les salaires et ont investi avec l'aura du « socialisme » toutes les mesures de sécurité des autorités militaires visant à empêcher tout soulèvement populaire ; les femmes social-démocrates qui ont soustrait tous leurs efforts et leurs temps à l'agitation social-démocrate pour les consacrer, main dans la main avec les patriotes bourgeois, à aider les familles des combattants dans le besoin ; la presse social-démocrate qui, à quelques exceptions près, se sert de ses quotidiens, hebdomadaires et mensuels pour diffuser la guerre comme cause nationale et cause du prolétariat ; cette presse qui, selon le tour que prend la guerre, dépeint le péril russe et l'horreur du gouvernement tsariste, ou abandonne une perfide Albion à la haine du peuple ou se réjouit des soulèvements et révolutions dans les colonies étrangères ; ou prophétise le renforcement de la Turquie après la guerre, qui promet la liberté aux Polonais, aux Biélorusses et à tous les peuples, qui insuffle un courage martial, un héroïsme à la jeunesse prolétarienne – en bref, qui manipule complètement l'opinion publique et les masses pour l'idéologie de la guerre ; les parlementaires social-démocrates et les dirigeants du parti, finalement, qui n'ont pas seulement voté les crédits de guerre, mais qui essaient de réprimer énergiquement tout frémissement inquiet de doute et de critique au sein des masses, sous le nom de « complots », et qui de son côté soutient le gouvernement avec des services personnels fort discrets, tels que des brochures, discours et articles faisant étalage du patriotisme national allemand le plus sincère – quand, dans l'histoire mondiale, a-t-on vu une guerre où tout s'est passé ainsi ?

 

Où et quand la suspension de tous les droits constitutionnels a-t-elle été acceptée aussi docilement comme une évidence ? Où de tels louanges à la censure la plus dure ont-ils été chantés dans les rangs de l'opposition, comme c'est le cas dans les journaux de la social-démocratie allemande ? Jamais auparavant une guerre n'avait trouvé un tel Pindare ; jamais auparavant une dictature militaire n'avait trouvé tant d'obéissance ; jamais un parti politique n'avait si ardemment sacrifié tout ce qu'il défendait et possédait sur l'autel d'une cause sur laquelle il avait juré un millier de fois avant que le monde ne lutte jusqu'à la dernière goutte de sang. Jugés à l'aune de cette métamorphose, les Nationaux-libéraux sont les vrais Catons romains, des rochers de bronze. Justement l'organisation puissante et la discipline tant vantée de la social-démocratie allemande s'est vu confirmée lorsque ce corps de 4 millions d'hommes a permis à une poignée de parlementaires de faire volte-face et de tirer le wagon dans le sens opposé à sa raison d'être. Les cinquante années de travail préparatoire de la social-démocratie se sont matérialisées dans la guerre actuelle. Et les dirigeants du syndicat, du parti peuvent prétendre que l'élan et la force victorieuse de cette guerre, côté allemand, sont dans une large mesure les fruits de la « formation » des masses dans les organisations prolétariens. Marx et Engels, Lassalle et Liebknecht, Bebel et Singer ont formé le prolétariat allemand afin qu'Hindeburg puisse le commander. Et plus la formation, l'organisation, cette fameuse discipline, la consolidation des syndicats et de la presse ouvrière est avancée en Allemande, en comparaison avec la France, et plus fort est le soutien rendu à la guerre par la social-démocratie allemande, par rapport à celle donnée par le parti socialiste français. Les socialistes français, avec leurs ministres, ne semblent que de modestes amateurs dans cette affaire inhabituelle du nationalisme et de la guerre, si on les compare aux services rendus à l'impérialisme patriotique par la social-démocratie allemande et les syndicats allemands.

 

II –

 

La théorie officielle qui instrumentalise le marxisme selon les besoins domestiques contemporains des responsables du parti afin de justifier leurs affaires quotidiennes, et dont l'organe est le Neue Zeit, tente d'expliquer le petit écart entre la fonction actuelle du parti des travailleurs et ses paroles d'hier, en disant que le socialisme international était très concerné par la question de faire quelque chose contre le déclenchement de la guerre, mais pas par faire quelque chose après qu'elle se soit déclenchée. Comme une jeune fille qui plaît à tout le monde, cette théorie nous assure que la plus belle harmonie prévaut entre le pratique actuelle du socialisme et son passé, qu'aucun des partis socialistes n'a de reproches à se faire, qui pourrait conduire à remettre en cause son adhésion à l'Internationale. Dans le même temps, toutefois, cette théorie opportunément élastique a également une explication adéquate sous la main pour la contradiction entre la position présente de la social-démocratie internationale et son passé, une contradiction qui frappe même les personnes les plus myopes. L'Internationale, dit-on, n'a posé que la question d'empêcher la guerre. Or, désormais, « la guerre s'impose à nous », comme on dit, donc ce sont des modèles de comportement très différents qui régissent l'attitude des socialistes après la guerre par rapport à avant. Quand la guerre s'impose à nous, la seule question qui se pose au prolétariat de chaque pays est : victoire ou défaite. Ou comme un autre austro-marxiste, F.Adler, l'a expliqué plus dans les termes de la science naturelle ou de la philosophie : la nation, comme tout organisme, doit avant tout assurer sa survie. En bon allemand, cela veut dire : pour le prolétariat, il n'y a qu'une règle vitale, comme le socialisme scientifique l'a affirmé jusque-là, ou plutôt deux règles : une en temps de paix, l'autre en temps de guerre. En temps de paix, on serait pour la lutte de classes à l'intérieur de chaque pays et la solidarité internationale à l'extérieur; et en temps de guerre, on serait pour la solidarité de classes à l'intérieur et pour la lutte entre les travailleurs des différents pays à l'extérieur. L'appel historique du Manifeste Communiste reçoit un complément important et proclame désormais après avoir été corrigé par Kautsky : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous en temps de paix et tranchez-vous la gorge en temps de guerre ». Donc aujourd'hui: « A chacun son Russe, à chacun son Français! » et demain une fois la paix conclue: « Etreignez-vous, millions d'hommes, ô baiser de l'Univers! » Car l'Internationale est « essentiellement un instrument de paix, mais elle n'est pas un outil efficace dans la guerre ».

 

Cette théorie accomodante ne fait pas qu'ouvrir des perspectives séduisantes pour la pratique social-démocrate, en élevant la versatilité du parti parlementaire, couplé au jésuitisme du Parti du centre, virtuellement en dogme fondamental de l'Internationale socialiste. Il inaugure une nouvelle « révision » complète du matérialisme historique, à côté duquel toutes les vieilles tentatives de Bernstein apparaissent comme d'innocents jeux d'enfants. La tactique prolétarienne, avant et après le déclenchement de la guerre, est supposée se baser sur des principes différents, opposés même. Cela suppose que les conditions sociales, les fondements de notre tactique, sont également différents dans le fond en temps de guerre et en temps de paix. Selon le matérialisme historique fondé par Marx, toute histoire jusqu'à nous jours est histoire de lutte de classes. Selon le matérialisme révisé de Kautsky, les mots « exceptés en temps de guerre », doivent être rajoutés. En conséquence, le développement social, puisqu'il a été depuis des millénaires régulièrement interrompu par des guerres, suit une évolution selon le schéma suivant : une période de lutte de classes, ensuite une pause où il y a fusion entre les classes et lutte nationale, ensuite une période de lutte de classes, ensuite pause et fusion de classes, et ainsi de suite, dans ce modèle séduisant. Chaque fois, les fondements de la vie sociale en temps de paix sont renversés par le déclenchement de la guerre et ceux des périodes de guerre renversés une fois la paix conclue. Ceci, comme chacun peut le voir, n'est plus une théorie du développement social « en catastrophes », contre lequel Kautsky avait dû se défendre, c'est une théorie du développement – en galipettes. Selon cette théorie, la société se meut quelque part pareille à un iceberg emporté par les courants du printemps qui, lorsque sa base a fondu dans les eaux tièdes, après un certain temps voit sa tête sombrer, à partir de quoi ce petit jeu peut recommencer.



Désormais ce matérialisme historique révisé est un affront grossier à tous les faits historiques acceptés jusqu'alors. Cette anti-thèse nouvellement construite entre guerre et lutte de classe n'explique ni ne démontre cette transition dialectique constante de la guerre à la lutte de classe, et de la lutte de classe à la guerre, qui révèle son unité interne fondamentale. C'était le cas dans les guerres dans les cités médiévales, dans la guerres de la Réforme, dans la guerre hollandaise de libération, dans les guerres de la grande Révolution française, dans la guerre de sécession américaine, dans le soulèvement de la Commune de Paris, dans la grande Révolution russe de 1905. Et ce n'est pas tout, même en termes purement abstraits-théoriques, la théorie du développement historique de Kautsky efface complètement la théorie marxiste, une petite réflexion suffit à le rendre manifeste. Si, comme Marx le pose, à la fois la lutte de classe et la guerre ne tombent pas du ciel, mais sont enracinés dans des causes économiques et sociales, alors les deux ne peuvent disparaître régulièrement à moins que leurs causes ne se soient évaporées. Maintenant, la lutte de classes prolétarienne n'est qu'une conséquence nécessaire de l'exploitation économique et de la domination de classe politique de la bourgeoisie. Mais pendant la guerre, l'exploitation économique ne s'atténue en rien; au contraire, son élan est considérablement renforcé par la folie spéculative qui s'épanouit dans l'atmosphère exaltée de la guerre et de l'industrie, et par la pression exercée par la dictature politique sur les travailleurs. La domination de classe politique de la bourgeoisie ne s'est pas non plus atténuée en temps de guerre; au contraire, elle s'élève au rang de dictature de classe pure et simple, par la suspension des droits constitutionnels. Puisque les sources politiques et économiques de la lutte de classes dans la société se décuplent inévitablement en période de guerre, comment la lutte de classes pourrait-elle cesser d'exister? Réciproquement, dans la période historique actuelle, les guerres trouvent leur origine dans les intérêts concurrents de groupes de capitalistes et dans le besoin du capitalisme de s'étendre. Ces deux raisons, toutefois, ne valent pas seulement quand les canons parlent, mais aussi en temps de paix, préparant et rendant inéluctable les guerres à venir. La guerre est donc – comme Kautsky a coutume de citer Clausewitz – seulement « la continuation de la politique par d'autres moyens ». Et le stade impérialiste de la domination du capitalisme a donc rendu la paix illusoire en décrétant la dictature du militarisme – la guerre – comme un état permanent.



Pour les partisans de ce matérialisme historique révisé, cela conduit à la nécessité de choisir entre deux alternatives. Soit la lutte de classe est la loi suprême régissant l'existence du prolétariat, et les déclarations sur l'harmonie de classe des responsables du parti en temps de guerre sont un outrage aux intérêts vitaux du prolétariat ; soit la lutte de classes est, en temps de guerre comme de paix, un outrage contre les « intérêts nationaux » et « la sûreté de la patrie ». A la fois en temps de guerre et en temps de paix, selon que l'on place la lutte de classes ou l'harmonie entre les classes comme facteur fondamental de la vie sociale. En pratique, l'alternative est encore plus claire : soit la social-démocratie doit dire pater peccavi (pardon, mon père, j'ai péché) à la bourgeoisie patriotique (comme ces jeunes démons et aujourd'hui dévots dans nos rangs, faisant déjà acte de contrition) et donc devra réviser fondamentalement toutes ses tactiques et ses principes, en temps de guerre comme en temps de paix, afin de s'adapter à la position social-impérialiste actuelle ; soit le parti devra dire pater peccavi au prolétariat international et adapter son attitude pendant la guerre à ses principes en temps de paix. Et ce qui s'applique au mouvement ouvrier allemand s'applique aussi, bien entendu, au mouvement ouvrier français.



Soit l'Internationale restera un tas d'immondices après la guerre, soit sa résurrection commencera sur la base de la lutte de classes dont elle tire ses forces vitales seul. Non pas en nous racontant la même vieille histoire après la guerre, en revenant tout frais, enthousiastes et audacieux, comme si rien ne s'était passé, en nous jouant les mêmes mélodies qui ont captivé le monde jusqu'au 4 août. C'est seulement par une « dénonciation pénible et profonde de notre indécision et notre faiblesse » de notre propre faillite morale depuis le 4 août, que la reconstruction de l'Internationale pourra commencer. Et le premier pas dans cette direction est d'agir pour mettre rapidement un terme à la guerre et préparer une paix dans les intérêts communs du prolétariat international.

III



Jusqu'à présent, deux positions sur la question de la paix se sont faits voir au sein du parti. La première, défendue par un membre de l'exécutif du parti, Scheidemann, et par plusieurs autres députés et journalistes du Reichstag, fait écho au gouvernement dans son soutien au mot d'ordre : « Tenir bon », et il s'oppose au mouvement pour la paix comme inopportun et dangereux pour les intérêts militaires de la patrie. Ceux qui défendent cette tendance proposent de continuer la guerre et s'assurent donc objectivement que la guerre se poursuivra selon les désirs des classes dominantes « jusqu'à ce qu'une victoire soit remportée, à la mesure des sacrifices faits », jusqu'à ce qu' « une paix stable » soit garantie. En d'autres termes, les partisans de la ligne de « tenir bon » garantissent que le cours de la guerre se rapproche le plus possible des conquêtes impérialistes que le Post, que Rohrbach, Dix et autres prophètes de la domination mondiale de l'Allemagne ont ouvertement déclaré être le but de la guerre. Si ces rêves merveilleux ne devenaient pas réalité, si les arbres de ce jeune impérialisme en croissance n'atteignaient pas les cieux, ce ne serait pas de la faute des gens du Post ni de leurs lièvres social-démocrates. Ce n'est apparemment pas les déclarations solennelles « contre toute politique de conquête » qui sont décisives pour l'issue de la guerre, mais plutôt l'affirmation de la politique de « tenir bon ». La guerre, dont la poursuite est défendue par Scheidemann et d'autres, a sa propre logique. Ses vrais soutiens sont les éléments capitalistes-agrariens qui sont en selle en Allemagne aujourd'hui, non les modestes figures des parlementaires et éditeurs social-démocrates qui ne font que leur tenir l'étrier. Parmi ceux propageant cette tendance, l'attitude social-impérialiste du parti est la plus clairement manifeste.



Tandis qu'en France, aussi, les dirigeants de parti – certes dans une situation militaire complètement différente – s'accrochent au slogan « tenir bon jusqu'à la victoire », un mouvement pour mettre rapidement fin à la guerre se fait progressivement mais sûrement sentir dans tous les pays. La grande caractéristique qui unit toutes ces pensées, ces désirs pour la paix est la préparation la plus prudente des garanties de paix qui devront être exigées avant que la guerre ne soit terminée. Non seulement l'exigence universelle qu'il n'y ait pas d'annexions, mais aussi une série de nouvelles exigences : désarmement universel (ou, plus modestement, limitation systématique de la course aux armements), abolition de la diplomatie secrète, libre-échange pour toutes les nations dans les colonies, et d'autres propositions aussi merveilleuses que celles-ci. L'aspect admirable de toutes ces clauses appelant au bonheur futur de l'humanité, et à la fin de toute guerre future est l'irrépressible optimisme, est qu'il est resté intact après la terrible catastrophe de la guerre que nous vivons, avec lequel de nouvelles résolutions sont gravées sur la tombe des vieilles aspirations. Si l'effondrement du 4 août a prouvé quelque chose, c'est la vérité historique universelle de cet enseignement que la garantie efficace de la paix, le rempart effectif contre les guerres ne résident ni dans les vœux pieux, ni dans d'astucieuses recettes ou des revendications utopiques que l'on adresse aux classes dirigeantes.



La seule garantie effective pour la paix, c'est la ferme volonté du prolétariat de rester, à travers tous les assauts de l'impérialisme, fidèle à sa politique de classe, à sa solidarité internationale. On ne manquait pas de revendications, ni de formules dans les partis socialistes dans ces pays, avant tout en Allemagne ; le manque venait de leur capacité à soutenir ces demandes avec une volonté et des actions restant dans l'esprit de la lutte de classes et de l'internationalisme. Si aujourd'hui, après tout ce que nous avons vécu, nous voyons l'action pour la paix comme un processus visant à trouver les meilleures formules contre la guerre, ce serait le plus grand danger qui planerait sur le socialisme international. Cela voudrait dire, qu'en dépit de ses leçons cruelles, nous n'aurions rien appris ni oublié.



Encore une fois, nous trouvons un des meilleurs exemples en Allemagne. Dans un numéro récent de Die Neue Zeit, le député au Reichstag, Hoch, a exposé un programme de paix – comme l'organe du parti le confirme – qu'il a ardemment défendu. Rien ne manquait dans ce programme : ni une énumération de revendications qui étaient censées empêcher toute guerre futur de la façon la plus sûre et la moins pénible possible, ni une déclaration très convaincante sur le fait qu'une paix imminente était possible, nécessaire et souhaitable. Il ne manquait qu'une seule chose : une explication de la façon dont il agirait pour mettre en œuvre cette paix, et ne pas rester au niveau des souhaits ! L'auteur appartient à la majorité compacte au sein du parti parlementaire qui a non seulement voté deux fois les crédits de guerre, mais a aussi à chaque occasion qualifié son action de nécessité politique, patriotique et socialiste. Et rompu à merveille à cet exercice, ce groupe se prépare à accorder encore plus de crédits pour poursuivre la guerre. Accorder les moyens matériels pour continuer la guerre et, dans le même souffle, louer les mérites d'une paix précoce avec toutes ses prières pour « mettre l'épée dans la main du gouvernement avec une main, et de l'autre agiter le rameau d'olivier dans l'Internationale » - c'est un chapitre classique de la politique quotidienne du marais défendu théoriquement dans la Neue Zeit. Quand les socialistes des pays neutres, par exemple ceux des participants de la Conférence de Copenhague, examinent sérieusement la préparation de revendications, propositions de paix sur le papier comme d'une forme d'action permettant de contribuer à mettre rapidement un terme à la guerre, c'est une erreur relativement bénigne. Comprendre ce point fondamental de la situation actuelle de l'Internationale, les raisons de son effondrement peut et doit être la propriété commune de tous les partis socialistes. L'acte rédempteur pour la restauration de la paix et de l'Internationale ne peut qu'émaner des partis socialistes des pays bélligérants. Le premier pas vers la paix et vers l'Internationale est le rejet du social-impérialisme. Et si les parlementaires social-démocrates continuent de donner des fonds pour mener la guerre, alors leurs désirs et déclarations de paix et leurs proclamations solennelles « contre toute politique de conquête », ne sont qu'hypocrisie et illusion. C'est particulièrement vrai de l'Internationale de Kautsky et de ses membres qui tantôt embrasse l'autre fraternellement, et l'égorge ensuite, tout en déclarant qu'il n'a « rien à se reprocher ». Ici encore, les événements ont leur propre logique. Lorsqu'ils accordent les crédits de guerre, des gens comme Hoch abandonnent les rênes du pouvoir et soutiennent l'opposé de la paix, la politique de « résistance ». Quand des gens comme Scheidemann soutiennent la politique de « résistance », ils laissent les rênes du pouvoir aux gens du Post et réalisent exactement l'inverse de leurs déclarations solennelles contre « toute politique de conquête », c'est-à-dire qu'ils libèrent les instincts impérialistes – jusqu'à ce que le pays saigne à mort. Ici aussi, il n'y a qu'une alternative : ou Bethmann-Hollweg ou Liebknecht. Ou l'impérialisme, ou le socialisme, au sens où Marx l'entendait.



Tout comme on le retrouve dans Marx, les rôles de l'analyste historique précis et du révolutionnaire audacieux, de l'homme d'idées et de l'homme d'action étaient indissolublement liés, se soutenant et se complétant mutuellement, donc pour la première fois dans l'histoire du mouvement ouvrier moderne, l'enseignement socialiste du marxisme a unifié le savoir théorique avec l'énergie révolutionnaire, l'un éclairant et stimulant l'autre. Les deux, dans les mêmes proportions, font partie de l'essence du marxisme ; chacun, séparé de l'autre, transforme le marxisme en une triste caricature de lui-même. Au cours du dernier demi-siècle, la social-démocratie allemande a récolté le fruit le plus riche du savoir théorique du marxisme et, nourri de son jus, s'est fortifiée pour devenir ce corps vigoureux. Placée face à cette grande épreuve historique – une épreuve que, de plus, elle avait vu avec une certitude scientifique, et prédit dans ses grands traits – la social-démocratie s'est trouvée manquer du second élément vital du mouvement ouvrier : la volonté énergique, pas juste de comprendre l'histoire, mais de la changer. Avec tout son savoir théorique exemplaire et sa force d'organisation, le parti a été pris dans le tourbillon du courant historique, se retournant en un rien de temps comme une épave à la dérive, exposée aux vents de l'impérialisme contre lequel il était censé tracer son chemin vers l'île salvatrice du socialisme. Même sans les fautes des autres, la défaite de l'Internationale dans son intégralité était scellée par l'échec de son « avant-garde », son élite la mieux formée et la plus forte.



 

C'est un effondrement historique d'une portée universelle et qui complique et retarde dangereusement la libération de l'humanité de la domination capitaliste. Toutefois, si on en vient à lui, le marxisme même n'est pas exempt de toute faute. Et toutes les tentatives d'adapter le marxisme à la décrépitude présente de la pratique socialiste, de le prostituer au niveau d'apologistes vénaux du social-impérialisme, sont encore plus dangereuses que tous les excès les plus manifestes, flagrants des erreurs nationalistes dans les rangs du parti ; ces tentatives ne tendent pas seulement à effacer les véritables causes de ce grand échec de l'Internationale, mais aussi à épuiser la source de sa reconstruction future. Si l'Internationale, de même que la paix répondant aux intérêts de la classe prolétarienne, ne peuvent voir le jour que si le prolétariat exerce son autocritique, s'il prend conscience de sa propre puissance, la même puissance qui se brise comme un roseau face à la tempête, mais qui, en pleine maturité, est historiquement en mesure d'arracher un chêne millénaire d'injustice sociale et de renverser des montagnes. Le chemin qui mène à cette puissance – qui n'est pas pavé de résolutions – est en même temps le chemin de la paix et de la reconstruction de l'internationale. »

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 06:24

longa-vida-a-revolu--o-de-outubro.jpgQuelques leçons de l'expérience issue de la Révolution d'Octobre, par un dirigeant du PC d'Inde-marxiste

 

Nous reprenons ici la traduction de l'intervention de Sitaram Yechuy, représentant du Parti communiste d'Inde (marxiste), à la rencontre internationale des Partis communistes et ouvriers de novembre 2007 qui se déroulait à Minsk, à l'occasion du 90 ème anniversaire de la Révolution d'Octobre. Une contribution toujours d'actualité (Traduction originelle et introduction en italien de Mauro Gemma pour l'Ernesto)

 

Traduction en français de MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le socialisme au XX ème siècle

 

La Grande révolution socialiste d'Octobre, et la création qui s'en suivit de l'Union soviétiquen a marqué les premiers pas dans l'histoire de l'Humanité d'une tentative de constitutio d'une société libérée de toute exploitation de classe. Les progrès rapides obtenus par le socialisme, la transformation d'une économie auparavant arriérée en un bastion économique et militaire en état de rivaliser avec l'impérialisme ont largement confirmé la supériorité du système socialiste. La construction du socialisme en Union soviétique représente un moment fondamental dans l'histoire de l'humanité.

 

Cela reste une source d'inspiration pour tous les peuples du monde engagés dans la lutte pour l'émancipation sociale. Le rôle décisif joué par l'URSS dans la défaite du fascisme et l'émergence ultérieure des pays socialistes d'Europe de l'Est ont eu un impact profond sur l'évolution du monde. La victoire sur le fascisme a donné un élan décisif au processus de décolonisation qui a conduit à la libération de pays entiers de l'exploitation coloniale. La victoire historique de la révolution chinoise, la lutte héroïque du peuple vietnamien, celle du peuple coréen et le triomphe de la révolution cubaine ont eu une énorme influence sur la face que prit le monde.

 

Les réalisations des pays socialistes – l'éradication de la pauvreté et de l'analphabétisme, l'élimination du chômage, un important système de sécurité sociale dans les secteurs de l'éducation, de la santé, du logement, etc – ont représenté une puissante force d'encouragement pour les travailleurs du monde entier, dans leurs luttes.

 

Le capitalisme mondial a cherché d'affronter ce défi, en adoptant partiellement des mesures de bien-être social et en garantissant des droits qu'il n'avait jamais concédé aux travailleurs auparavant. La conception même de l' « Etat-providence » et le système de sécurité sociale créés dans les pays capitalistes après la Seconde guerre mondiale ont été le fruit des luttes des travailleurs dans ces nations, inspirées par les réalisations du socialisme. Les droits démocratiques aujourd'hui considérés comme inaliénables par la civilisation humaine ont également été le produit de la lutte populaire pour la transformation sociale et non de la bonté de la classe bourgeoise dominante.

 

Ces transformations ont fait faire des bons en avant qualitatifs à la civilisation humaine et ont laissé une empreinte indélébile sur la civilisation moderne. On le voit dans tous les domaines de la culture, de l'esthétique, de la science. Tandis qu'Eisenstein a révolutionné le cinéma, Spoutnik a étendu les frontières de la science moderne à l'espace.

 

Défaites pour le socialisme

 

Mais en dépit de ces immenses progrès, obtenus dans les conditions les plus complexes et dans un environnement hostile, pourquoi la puissante URSS n'est pas parvenue à consolider et maintenir ce système socialiste ?

 

Il y eut, en parlant en termes généraux, deux domaines dans lesquels une compréhension erronée et des erreurs qui en découlent, peuvent être constatés. Le premier a à voir avec la nature des analyses sur la situation mondiale de l'époque, et par rapport au concept même de socialisme. Le second concerne les problèmes pratiques qu'il y eut à affronter pendant la période de construction socialiste.

 

Quelques analyses erronées

 

Malgré les progrès sans précédent obtenus par le socialisme au XX ème siècle, on doit prendre en considération le fait que toutes les révolutions socialistes dans certains (pas tous) des pays socialistes d'Europe de l'est ont eu lieu dans des conditions relativement arriérées. Tout en justifiant l'intuition léniniste sur la rupture du chaînon le plus faible de la chaîne impérialiste, cela n'a pas empêché toutefois le capitalisme mondial de maintenir le contrôle sur les forces productives développées et, en conséquence, également leur développement potentiel ultérieur. Les pays socialistes ont soustrait un tiers du marché mondial au capitalisme. Cela n'a pas entamé le niveau des progrès réalisés par le capitalisme mondial dans le développement des forces productives et sa capacité à les développer par la suite sur la base des progrès scientifiques et technologiques. Le capitalisme mondial a été en mesure de dépasser les revers que lui ont infligé les révolutions socialistes par le développement des forces productives et l'expansion ultérieure du marché capitaliste. Compte tenu des rapports de classe existants, l'impérialisme a réussi à étendre le marché capitaliste par le néo-colonialisme.

 

D'autre part, la rapidité des progrès qualitativement plus importants obtenus par le socialisme dans une période relativement brève (ce qu'a réalisé le capitalisme en 300 ans a été rattrapé par le socialisme en 30!) a conduit à croire que sa marche serait irréversible. L'avertissement léniniste, pour qui la bourgeoisie vaincue réagirait avec une force cent fois supérieure, n'a pas été pleinement pris en considération.

 

L'inéluctabilité de l'effondrement du capitalisme n'est pas un processus automatique. Le capitalisme doit être dépassé. Une analyse erronée de sa force met au second plan la nécessité d'aiguiser constamment, de renforcer la lutte idéologique révolutionnaire de la classe ouvrière et son intervention décisive sous la direction d'un parti inspiré par le marxisme-léninisme : le facteur subjectif, sans quoi n'est possible aucune transformation révolutionnaire.

 

En outre, le socialisme a été compris comme inclus dans une progression linéaire. Au moment où le socialisme était réalisé, on a pensé de façon erronée que son cours futur serait une ligne droite sans obstacles jusqu'à la disparition des classes : la société communiste. L'expérience a également confirmé que le socialisme est la période de transition ou, pour utiliser les mots de Marx, la première phase du communisme – la période entre la société divisée en classes de l'exploitation capitalisme et la société sans classe communiste. Cette période implique par définition non l'élimination des conflits de classe mais leur intensification, avec un capitalisme mondial qui cherche à regagner le terrain perdu. Cette période, donc, était destinée à durer et se présentait comme complexe, toute autre que linéaire. Cela s'est vérifié en particulier dans les pays arriérés du point de vue capitaliste au moment de la révolution.

 

Le succès ou l'échec des forces du socialisme mondial dans cette lutte est déterminé, à tout moment, tant par les succès obtenus tant dans la construction socialiste que dans le rapport de force entre classes au niveau international et national, et par une analyse correcte de la situation. Les analyses incorrectes, qui conduisent à une sous-estimation de l'ennemi à l'extérieur et à l'intérieur des pays socialistes et à une sur-estimation du socialisme, ont créé une situation où les problèmes qui devaient être affrontés ont été ignorés, conduisant à l'arrêt des progrès et à la consolidation du capitalisme mondial.

 

Lénine nous a toujours rappelé que l'essence vivante de la dialectique réside dans l'analyse concrète de la situation concrète. Si l'analyse est faible ou si elle juge de façon inexacte la situation du moment, on ne réussit qu'à des incompréhensions et des distorsions.

 

Ce sont les distorsions et, encore plus important, les déviations du contenu révolutionnaire du marxisme-léninisme dans les dernières années de l'URSS, en particulier après le 20 ème Congrès du PCUS, avec les problèmes non-résolus dans le processus d'édification socialiste, qui sont la cause de ces revers.

 

Les principales insuffisances du processus de construction du socialisme

 

Dans le processus de construction du socialisme, les insuffisances se sont manifestées fondamentalement dans quatre domaines. Avant d'affronter cette question, il faut encore une fois souligner que le socialisme parcourait un sentier inconnu du progrès humain. Il n'existait pas de modèles ou de formules prêtes à utiliser. Cette situation-là a contribué largement à produire ces insuffisances.

 

Le caractère de classe de l'Etat : le premier domaine concerne le caractère de classe de l’État, sous le socialisme. La dictature de la grande majorité sur une minorité de vieilles classes exploiteuses, soit la dictature du prolétariat opposée à la dictature de la bourgeoisie, qui représente la dictature d'une minorité sur l'écrasante majorité, est la caractéristique de l’État sous le socialisme.

 

En tout cas, les formes de ce gouvernement de classe doivent se développer en harmonie avec les progrès du socialisme, à travers plusieurs phases. La forme nécessaire, par exemple dans la période d'encerclement capitaliste ou de la guerre civile, n'est pas la forme de la période de consolidation socialiste en Union soviétique après la Seconde guerre mondiale. L'élaboration théorique des différentes phases de la dictature du prolétariat ou des différentes formes de l’État socialiste, a été affrontée pour la première fois dans le rapport politique du 18 ème Congrès du PCUS, en 1939. Staline traite cette question dans un article intitulé « Questions de théorie ». Quand la transformation de ces formes, ses changements représentent le mouvement vers une plus large participation du peuple à la gestion de l’État, n'est pas réalisée au moment opportun, les aspirations grandissantes du peuple dans le socialisme sont étouffées, provoquant aliénation et insatisfaction. Par ailleurs, cette forme même n'est pas applicable uniformément à tous les pays socialistes. La forme est déterminée par l'arrière-plan historique et l'analyse concrète de la situation socio-économique des différents pays.

 

Lénine a clairement affirmé dans « Etat et révolution » que, puisque les formes des États bourgeois sont diverses, la période de transition du capitalisme au communisme « ne peut se produire sans une énorme variété de formes politiques ». Mais il souligne que si les formes peuvent être différentes, l'essence sera inévitablement la dictature du prolétariat. « Les formes des Etats bourgeois sont extraordinairement variées, mais leur substance est unique : tous ces États sont, d'une façon ou d'une autre, en ultime analyse, nécessairement, une dictature de la bourgeoise. Le passage du capitalisme au communisme, naturellement, ne peut que produire une énorme variété de formes politiques, mais son essence sera inévitablement une : la dictature du prolétariat. »

 

L'adoption de la forme soviétique dans les pays socialistes d'Europe de l'Est après la Seconde guerre mondiale, par conséquent, a représenté une forme de développement qui ignorait la situation socio-économique concrète et l'arrière-plan historique de ces pays. Par exemple, la Tchécoslovaquie avant la révolution avait des communistes élus au Parlement dans un système démocratique multi-partite. La suppression du système multi-partite, sous le socialisme, a été vue par beaucoup comme une régression. Cela a aussi contribué à créer au sein du peuple opposition et insatisfaction.

 

Démocratie socialiste : le second domaine, c'est celui de la démocratie socialiste. La démocratie sous le socialisme doit être plus profonde et riche que sous le socialisme. Tandis que le capitalisme concède des droits démocratiques formels et n'offre pas à la grande majorité du peuple la possibilité de les exercer (dans le capitalisme, chacun a le droit d'acheter tout ce qui est mis à disposition, mais la majorité n'est pas en mesure d'exercer ce droit), le socialisme doit garantir tant le droit que la possibilité de l'exercer.

 

Mais, dans le processus de construction socialiste, dans de nombreux pays, se sont manifestées deux types d'insuffisances. En premier lieu, la dictature de la classe pour une certaine période a été remplacée par la dictature de l'avant-garde de classe, c'est-à-dire le Parti. Celui-ci, avec le temps, a été à son tour substitué par la direction du Parti. L’État socialiste, qui représente toute la classe ouvrière et les travailleurs, a été remplacé par une petit groupe au sein du Parti. Cela a conduit à une situation particulière où toutes les décisions, disons, du Bureau politique du Parti sont devenues obligatoires pour tous les citoyens.

 

Cela a été réalisé par décret et non par un travail de conviction auprès de la majorité du peuple, qui n'est pas constituée que de membres du Parti dans le cadre des organismes étatiques démocratiques comme les Soviets. Le principe léniniste, selon lequel une décision du Parti doit être soumise à des forums populaires démocratiques et la direction du Parti doit être l'expression d'un processus démocratique avec le maximum de participation, a été remplacé, hélas, par les diktat. Cela, naturellement, a renforcé le sentiment de ne plus participer aux décisions, d'aliénation politique, au sein du peuple.

 

Ensuite, dans le processus de réalisation du centralisme démocratique, la démocratie interne du Parti, souvent, a été mise de côté, tandis que le centralisme est devenu la caractéristique dominante, comme le montrent bien certaines périodes de l'histoire de l'URSS. Cela a provoqué une montée du bureaucratisme, véritable anti-thèse de la démocratie. Sont également apparues des tendances étrangères au socialisme, comme la corruption et le népotisme. Un exemple est fourni par l'institutionnalisation des privilèges accordés à de vastes secteurs de la direction du PCUS et d'autres partis communistes au pouvoir. Dans ce processus, la vitalité du principe révolutionnaire du centralisme démocratique a été vidée de son sens, éloignant le Parti des masses, et les dirigeants des militants du Parti.

 

Il faut souligner que, au lieu de corriger ces distorsions, tant sur le caractère de classe de l’État sous le socialisme que sur le plan de la démocratie socialiste, l'équipe à Gorbatchev a préféré abandonner toute conception du rôle dirigeant de la classe ouvrière comme le centralisme démocratique. Cela a progressivement désarmé le parti révolutionnaire, l'empêchant d'apporter les nécessaires corrections, provoquant finalement le démantèlement du socialisme.

 

La construction économique socialiste : le troisième domaine, c'est la construction économique socialiste. Étant donné que les forces productives avaient connu un rapide développement en présence d'un contrôle social sur les moyens de production et de la planification étatique centralisée, les moyens de gestion économique produits par un tel développement économique rapide nécessitent des modifications constantes. L'incapacité à passer à de nouveaux stades, à travers l'introduction de tels changements, peut provoquer la stagnation de l'économie. Par exemple, si toute la terre à disposition pour la production agricole est utilisée, une augmentation de la production ne peut résulter que d'une augmentation de la productivité. Si un tel changement ne se produit pas à temps, le problème s'aggrave. C'est ce qui s'est produit précisément en URSS dans les années 1970 et 1980.

 

Encore une fois, au lieu d'introduire ces changements, l'équipe à Gorbatchev a lancé une politique d'abandon des fondements économiques socialistes de la propriété sociale des moyens de production et de la planification. Sous l'influence du « dieu bourgeois de l'économie de marché », on a procédé au démantèlement systématique des bases économiques socialistes, et cela a contribué à la démolition du socialisme même.

 

Négligence de la conscience idéologique : le quatrième domaine, c'est celui de la conscience idéologique du peuple dans le socialisme. Le socialisme peut seulement se maintenir que par une prise de conscience collective grandissante du peuple qui, à son tour, ne peut voir le jour sans la fermeté idéologique du Parti communiste.

 

A cause de ces insuffisances, s'est développé une situation où les forces contre-révolutionnaires, tant externes qu'internes, ont réussi à agir de concert pour liquider le socialisme.

 

Ces défaites du socialisme ne sont donc pas dues au fait que les postulats fondamentaux du marxisme-léninisme ne sont pas adaptés à la réalité. Au contraire, elles sont dues avant tout à l'éloignement du contenu scientifique et révolutionnaire du marxisme-léninisme, à une analyse erronée des forces respectives du capitalisme mondial et du socialisme, à une interprétation dogmatique et mécanique de la science créative du marxisme et également aux principales insuffisances inscrites au cœur du processus d'édification socialiste.

 

L'avenir, c'est le socialisme

 

Tandis que l'Humanité entre dans le troisième millénaire, la situation que nous devons affronter est celle où l'impérialisme est prêt à déclencher une nouvelle offensive contre la majorité de la population mondiale. En conséquence de ces efforts de l'impérialisme, toutes les principales contradictions mondiales – entre impérialisme et socialisme ; entre impérialisme et pays du Tiers-monde ; entre les pays impérialistes ; entre le capital et le travail dans le monde capitaliste – s'exacerbent.

 

De ces contradictions, celle entre impérialisme et socialisme occupe une place centrale, car la seule alternative à l'impérialisme et au capitalisme est le socialisme. Aucune réforme du capitalisme ne peut en faire un système libéré de l'exploitation. La seule forme de libération de l'exploitation est l'instauration d'un système socialiste.

 

En outre, dans le contexte actuel, avec l'impérialisme engagé dans une nouvelle offensive, la contradiction entre impérialisme et pays du Tiers-monde est destinée à s'intensifier rapidement et à émerger au premier plan.

 

Ces dernières années ont vu une contestation croissante contre la mondialisation et contre les interventions militaires américaines, particulièrement contre l'occupation militaire de l'Irak, qui ne sont que des manifestations de ses efforts pour consolider son hégémonie mondiale. Les manifestations à l'échelle mondiale, la participation croissante du Forum social mondial (FSM) ; les luttes et la résistance dans de nombreux pays du Tiers-monde, caractérisent la période actuelle. De nouvelles formes de lutte émergent.

 

Dans la période, on assiste également au processus de rassemblement des forces communistes de plusieurs parties du monde. Se renforcent divers regroupements régionaux de communistes, de forces de gauche et progressistes, comme le Forum de São Paulo qui réunit les forces de gauches sur le continent Américain. La période a également vu le développement des relations entre Partis communistes, et un grand nombre de rencontres internationales entre communistes.

 

Nombre de ces initiatives ont une nature défensive : la défense de droits qui sont rapidement grignotés. La lutte contre le capital doit s'intensifier et monter en puissance. Cela ne signifie pas nécessairement que la progression des forces communistes soit automatique. Mais les conditions objectives ouvrent la possibilité que les communistes puissent utiliser la période pour renforcer les mouvements populaires qui entendent en finir avec un système basé sur l'exploitation de l'Homme par l'Homme. La responsabilité du renforcement du facteur subjectif – la lutte idéologique révolutionnaire dirigée par la classe ouvrière, rassemblée avec les autres classes exploitées et son intervention décisive sous la direction d'un parti inspiré par le marxisme-léninisme – retombe sur nos épaules. Il est de notre devoir d'utiliser la situation objective et d'intervenir pour faire avancer le mouvement d'émancipation sociale. Pour obtenir un tel progrès dans le contexte actuel, nous devrons travailler à la convergence du mouvement global contre la guerre et des mouvements anti-globalisation de dimension mondiale en un puissant mouvement populaire anti-impérialiste.

 

C'est la seule issue possible pour l'Humanité, afin qu'elle ne soit pas écrasée par le défi posé par la barbarie. A ceux qui soutiennent qu'il n'y a pas d'alternative (TINA, There is no alternative) à la mondialisation, notre réponse est que l'alternative à TINA, c'est SITA : socialism is the alternative.

 

Sitaram Yechury est membre du Bureau politique du Parti communiste d'Inde (marxiste)

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 05:08

Allende-Castro-e1374645134529Salvador Allende, un exemple qui restera

Réflexion de Fidel Castro de 2008 reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


Il était né voilà cent ans à Valparaiso, au sud du Chili, le 26 juin 1908. Son père, de la classe moyenne, avocat et notaire, militait au Parti radical. A ma naissance, Allende avait dix-huit ans. Il faisait des études secondaires dans un lycée de sa ville natale.

 
Quand il faisait le deuxième cycle du second degré, un vieil anarchiste italien, Juan Demarchi, le mit en contact avec les ouvrages de Marx.
 
Il conclut de brillantes études secondaires. Il aime le sport et en fait. Il fait volontairement son service militaire au régiment des cuirassiers de Viña del Mar. Il demande à être muté au régiment des lanciers de Tacna, une enclave chilienne dans le Nord sec et semi désertique qui sera rendu plus tard au Pérou. Il termine son service militaire comme officier de réserve de l’armée. C’est déjà quelqu’un aux idées socialistes et marxistes. Non un mollasson sans caractère. C’est comme s’il devinait déjà qu’il combattrait un jour jusqu'à la mort pour défendre les convictions qui commençaient à  germer dans son esprit.
 
Il décide de faire des études de médecine à l’Université du Chili. Il organise un groupe de compagnons qui se réunit périodiquement pour lire des ouvrages marxistes et en discuter. Il fonde le groupe Avance en 1929. Il est élu vice-président de la Fédération des étudiants chiliens en 1930 et participe activement à la lutte contre la dictature de Carlos Ibánez.
 
A cette époque, la grande dépression économique frappait les Etats-Unis après le krach de la bourse des valeurs en 1929 ; Cuba commençait à lutter contre la tyrannie de Machado et Mella avait été assassiné. Les ouvriers et les étudiants cubains faisaient face à la répression. Les communistes, Martínez Villena à leur tête, déclenchaient la grève générale. « Il faut charger pour tuer les scélérats, pour conclure l’œuvre des révolutions… », avait-il écrit dans un vibrant poème. Guiteras, aux profondes pensées anti-impérialistes, tentait de renverser la tyrannie par les armes. Machado est balayé, incapable de résister à la poussée de la nation, et une révolution éclate que les Etats-Unis écrasent en quelques mois par une main de fer et des gants de velours, établissant leur mainmise absolue sur notre pays jusqu’en 1959.
 
Durant cette période, Salvador Allende, dans un pays où la domination impérialiste s’exerce brutalement sur ses travailleurs, sur sa culture et sur ses richesses naturelles, se bat sans trêve, en révolutionnaire conséquent.
 
Il conclut ses études de médecine en 1933. Il participe à la fondation du Parti socialiste chilien. En 1935, il dirige déjà l’Association médicale chilienne. Il est emprisonné pendant presque six mois.  Il pousse à la création du Front populaire, et il est élu sous-secrétaire général du Parti socialiste en 1936.
 
En septembre 1939, il devient ministre de la Santé dans le gouvernement du Front populaire. Il publie un ouvrage consacré à la médecine sociale. Il organise la première Exposition du logement. Il participe en 1941 à la réunion annuelle de l’Association médicale américaine aux Etats-Unis. En 1942, il est élu secrétaire général du Parti socialiste. En 1947, il vote au Sénat contre la loi de défense permanente de la démocratie, connue comme la « Loi maudite » par sa nature répressive. En 1949, il est élu président du Collège des médecins.
 
En 1952, le Front du peuple le postule à la présidence de la République. Il est battu. Il a alors quarante-quatre ans. Il présente au Sénat un projet de loi portant nationalisation du cuivre. En 1954, il se rend en France, en Italie, en Union soviétique et en République populaire de Chine.
 
Quatre ans après, en 1958, il est déclaré candidat à la présidence par le Front d’action populaire, formé de l’Union socialiste populaire, du Parti socialiste et du Parti communiste. Il perd les élections face au conservateur Jorge Alessandri.
 
En 1959, il assiste à l’investiture comme président du Venezuela de Rómulo Betancourt, considéré alors une figure révolutionnaire de gauche.
 
Cette même année, il vient à La Havane et s’entretient avec le Che et moi-même. En 1960, il soutient les mineurs du charbon qui font grève pendant trois mois.
 
En 1961, à la réunion de l’Organisation des Etats américains (OEA) qui se tient à Punta del Este (Uruguay),  il dénonce aux côtés du Che la nature démagogique de l’Alliance pour le progrès.
 
En 1964, nommé de nouveau candidat à la présidence, il est battu par Eduardo Frei Montalva, un démocrate-chrétien qui a bénéficié de toutes les ressources des classes dominantes et qui, selon des documents déclassés du Sénat étasunien, a reçu de l’argent de la CIA pour sa campagne électorale. Sous son gouvernement, l’impérialisme tente de mettre en place ce qu’il appelle la « Révolution dans la liberté », réponse idéologique à la Révolution cubaine, engendrant en fait les fondements de la tyrannie fasciste. Allende obtient toutefois à ces élections plus d’un million de voix.
 
En 1966, il conduit la délégation qui assiste à la Conférence tricontinentale de La Havane. En 1967, il se rend en Union soviétique pour le cinquantième anniversaire de la Révolution d’Octobre. En 1968, il visite la République populaire et démocratique de Corée, la République démocratique du Vietnam où il a la satisfaction de rencontrer l’extraordinaire dirigeant de ce pays, Ho Chi Minh, ainsi que le Cambodge et le Laos en pleine effervescence révolutionnaire.
 
Après la mort du Che en 1967, il avait accompagné personnellement à Tahiti les trois Cubains de la guérilla de Bolivie qui avaient pu réchapper et entrer au Chili.
 
Le 22 janvier 1970, l’Unité populaire, une coalition politique formée des communistes, des socialistes, des radicaux, du MAPU, du PADENA et d’Action populaire indépendante, l’investit comme candidat à la présidence. Il remporte les élections le 4 septembre.
 
Exemple vraiment classique d’une lutte pacifique pour instaurer le socialisme.
 
L’administration étasunienne, présidée par Richard Nixon, entre aussitôt en action après cette victoire électorale. Pour avoir refusé de se plier aux desiderata impérialistes – le coup d’Etat – le commandant en chef de l’armée chilienne, le général René Schneider, est victime d’un attentat le 22 octobre 1970 et meurt trois jours après. Mais cette tentative d’empêcher l’Unité populaire d’accéder à la présidence échoue.
 
Le 3 novembre 1970, Allende devient président du Chili en toute légalité et dignité. Débute alors la bataille héroïque de son gouvernement pour imposer des changements face au fascisme. Il a soixante-deux ans. J’ai l’honneur d’avoir partagé avec lui quatorze années de lutte anti-impérialiste à partir de la victoire de la Révolution cubaine.
 
L’Unité populaire obtient la majorité absolue (50,86 p. 100) aux élections municipales de mars 1971. Le 11 juillet, Allende promulgue la Loi portant nationalisation du cuivre, une idée qu’il avait proposée au Sénat dix-neuf ans auparavant. Personne n’ose s’y opposer, et le Congrès l’adopte à l’unanimité.
 
En 1972, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, il dénonce l’agression étrangère dont est victime son pays. Les assistants, debout, l’ovationnent pendant plusieurs minutes. Cette même année, il se rend en Union soviétique, au Mexique, en Colombie et à Cuba.
 
En mars 1973, aux élections parlementaires, l’Unité populaire obtient 45 p. 100 des voix et renforce sa présence au Parlement. Les mesures promues par les Yankees aux deux chambres pour destituer le président se terminent sur un fiasco. L’impérialisme et la droite intensifient leur lutte sans quartier contre le gouvernement de l’Unité populaire et déclenchent le terrorisme dans le pays.
 
De 1971 à 1973, je lui ai écrit six lettres manuscrites confidentielles, en tout petits caractères et avec un stylo à plume fine, où j’ai abordé dans la plus grande discrétion des questions que je jugeais intéressantes. Je lui écrivais le 21 mai 1971 :
 
« Nous sommes émerveillés des efforts extraordinaires que tu consens et de l’énergie illimitée que tu déploies pour confirmer et consolider la victoire.
 
« On peut constater d’ici que le pouvoir populaire gagne du terrain malgré votre mission difficile et complexe.
 
« Les élections du 4 avril ont constitué une victoire splendide et encourageante.
 
« Ton courage et ta fermeté, ton énergie mentale et physique ont été essentiels pour mener la Révolution de l’avant.
 
« De grandes difficultés de toutes sortes vous attendent assurément et auxquelles vous devrez faire face dans des conditions qui ne sont pas précisément idéales, mais une politique juste, soutenue par les masses et appliquée avec décision, ne peut être battue. »
 
Le 11 septembre 1971, je lui avais écrit :
 
« Le porteur vient traiter avec toi des détails de la visite.
 
« Envisageant un vol direct éventuel de Cubana de Aviación, nous avons analysé au départ l’utilité d’atterrir à Arica et de commencer la visite par le Nord. Deux faits nouveaux sont alors apparus : l’intérêt dont Velazco Alvarado t’a fait part d’un contact éventuel durant mon voyage chez toi ; la possibilité de disposer d’un avion soviétique IL-62 à plus grande autonomie de vol qui permet, si l’on veut, de gagner directement Santiago du Chili.
 
« Je t’envoie un schéma de la tournée et des activités pour que tu ajoutes, supprimes ou introduises les modifications que tu jugeras pertinentes.
 
« Je me suis efforcé de penser uniquement à ce qui peut présenter un intérêt politique, sans beaucoup m’inquiéter du rythme ou de l’intensité du travail, mais tout dépend absolument de tes critères et appréciations.
 
« Nous nous sommes beaucoup réjoui des succès extraordinaires de ton voyage en Equateur, en Colombie et au Pérou. Quand aurons-nous à Cuba la possibilité de rivaliser avec les Equatoriens, les Colombiens et les Péruviens et de te t’entourer d’autant d’affection et de chaleur ?
 
Au cours de ce voyage, dont j’avais proposé le plan à Allende, j’ai échappé à la mort par miracle. J’y ai fait des dizaines de kilomètres devant des foules énormes situées de chaque côté de la route. La CIA étasunienne avait organisé trois attentats pour m’assassiner durant ce voyage. Lors d’une conférence de presse annoncée d’avance, l’une des caméras de télévision vénézuélienne était équipée d’armes automatiques et manœuvré par des mercenaires cubains entrés dans le pays avec des passeports vénézuéliens. Mais ils n’ont pas eu le courage d’appuyer sur la gâchette tout le temps qu’a duré la longue conférence de presse et que leur caméra me visait. Ils ne voulaient pas courir le risque de mourir. Ils m’avaient en plus poursuivi à travers tout le Chili, mais l’occasion de m’avoir si près et si vulnérable ne s’est jamais plus présentée. Je n’ai pu connaître les détails de cette action lâche que bien des années plus tard. Les services spéciaux des Etats-Unis étaient allés plus loin que ce que nous pouvions imaginer.
 
J’ai écrit à Salvador le 4 février 1972 :
 
« Tout le monde a accueilli ici la délégation militaire du mieux possible. Les Forces armées révolutionnaires leur ont consacré pratiquement tout leur temps. Les rencontres ont été amicales et humaines. Le programme, intense et varié. J’ai l’impression que ce voyage a été positif et utile, qu’il est possible de continuer ces échanges et que ça en vaut la peine.
 
« J’ai parlé avec Ariel de ton idée de voyage. Je comprends parfaitement que le travail intense et le ton du combat politique de ces dernières semaines ne t’ont pas permis de l’envisager à la date approximative que nous avions évoquée là-bas. Il est incontestable que nous n’avions pas pris en considération ces éventualités. Ce jour-là, à la veille de mon retour, alors que nous dînions en pleine nuit chez toi et que j’ai constaté que le temps nous manquait et que les heures défilaient, je me suis rassuré en pensant que nous retrouverions à relativement brève échéance à Cuba où nous aurions la possibilité de converser longuement. J’espère toutefois que tu pourras envisager ta visite avant mai. Je signale ce mois-là, parce qu’au plus tard à la mi-mai, je dois me rendre, toutes affaires cessantes, en Algérie, en Guinée, en Bulgarie, dans d’autres pays et en URSS. Ce long voyage me prendra un temps considérable.
 
« Je te remercie beaucoup des impressions dont tu me fais part sur la situation. Ici, nous sommes tous toujours plus familiarisés avec le processus chilien, intéressés et émus ; nous suivons avec beaucoup d’attention les nouvelles qui en proviennent. Nous pouvons mieux comprendre maintenant la chaleur et la passion que la Révolution cubaine a dû susciter dans les premiers temps. On pourrait dire que nous vivons notre propre expérience à l’inverse.
 
« Je peux apprécier dans ta lettre le magnifique état d’esprit, la sérénité et le courage avec lesquels tu es disposé à faire face aux difficultés. Et c’est fondamental dans toute Révolution, surtout quand elle se déroule dans les conditions extrêmement complexes et difficiles du Chili. Je suis rentré extraordinairement impressionné par les qualités morales, culturelles et humaines du peuple chilien et par son notable vocation patriotique et révolutionnaire. Il t’est échu le privilège singulier d’être son guide à ce moment décisif de l’histoire du Chili et de l’Amérique, en tant que couronnement de toute une vie de lutte, comme tu l’as dit au stade, consacrée à la cause de la révolution et du socialisme. Aucun obstacle n’est invincible. Quelqu’un a dit que dans une révolution, il faut avoir de l’audace, encore de l’audace et toujours de l’audace. Je suis convaincu de la profonde vérité de cette maxime. »
 
J’ai écrit de nouveau au président Allende le 6 septembre 1972 :
 
« Je t’ai adressé un message sur différentes questions à travers Beatriz. Après son départ, et à l’occasion des nouvelles de la semaine dernière, nous avons décidé d’envoyer le compañero Osmany pour te ratifier notre disposition à collaborer à tout, et tu peux donc nous faire connaître par son intermédiaire la façon dont tu juges la situation et tes idées au sujet du voyage prévu ici et dans d’autres pays. Le prétexte du voyage d’Osmany sera une inspection de l’ambassade cubaine, mais sans la moindre publicité. Nous voulons que son séjour soit le plus bref et le plus discret possible.
 
« Les points que tu as soulevés à travers Beatriz sont déjà en marche…
 
« Bien que nous comprenions les difficultés actuelles du processus chilien, nous avons confiance que vous trouverez la manière de les surmonter.
 
« Tu peux absolument compter sur notre coopération. Reçois un salut fraternel et révolutionnaire de nous tous. »
 
Le 30 juin 1973, nous avons adressé une invitation officielle au président Salvador Allende et aux partis de l’Unité populaire à assister aux festivités pour le vingtième anniversaire de l’attaque de la caserne Moncada.
 
Je lui ai écrit dans une lettre à part :
 
« Salvador
 
« Il s’agit d’une invitation officielle, formelle, aux commémorations du vingtième anniversaire. Ce serait formidable que tu puisses faire un saut à Cuba à cette date. Tu peux imaginer la joie, la satisfaction et l’honneur que ce serait pour les Cubains. Je sais toutefois que ça dépend plus que tout de ton travail et de la situation là-bas. Nous le laissons donc à ton jugement.
 
« Nous vibrons encore de la grande victoire révolutionnaire du 29 et du rôle brillant que tu y as personnellement joué. De nombreux obstacles et difficultés persisteront, c’est logique, mais je suis sûr que cette première épreuve réussie stimulera et consolidera la confiance du peuple. A l’échelle internationale, les événements ont eu beaucoup de répercussion et on les juge comme une grande victoire.
 
« En agissant comme tu l’as fait le 29, la révolution chilienne sortira victorieuse de n’importe quelle épreuve, si dure qu’elle soit.
 
« Je te répète que les Cubains sont à tes côtés et que tu peux compter sur tes fidèles amis de toujours. »
 
Je lui ai envoyé la dernière lettre le 29 juillet 1973 :
 
« Cher Salvador
 
« Carlos et Piñeiro se rendent là-bas sous prétexte de discuter avec toi de questions relatives à la réunion des pays non alignés. Leur objectif réel est de s’informer auprès de toi de la situation, et de t’offrir comme toujours notre disposition à coopérer face aux difficultés et aux dangers qui entravent et menacent le processus. Leur séjour sera très bref, car ils ont ici beaucoup de choses à faire et nous avons décidé de ce voyage malgré les sacrifices qu’il implique à cet égard.
 
« Je constate que vous en êtes à la question délicate du dialogue avec la démocratie-chrétienne au milieu de graves événements, comme le brutal assassinat de ton aide de camp naval et la nouvelle grève des camionneurs. J’imagine donc la grande tension qui existe et ton désir de gagner du temps, d’améliorer le rapport de force au cas où la lutte éclaterait et, si possible, de trouver une voie qui permette la poursuite du processus révolutionnaire sans guerre civile, tout en préservant ta responsabilité historique face à ce qui pourrait arriver. Ce sont là des objectifs louables. Mais au cas où l’autre partie, dont nous ne sommes pas en mesure d’ici d’évaluer les intentions réelles, s’obstinerait dans une politique perfide et irresponsable et exigerait un prix impossible à payer pour l’Unité populaire et la Révolution, ce qui est d’ailleurs assez probable, n’oublie pas une seconde la formidable force de la classe ouvrière chilienne et le soutien énergique qu’elle t’a apporté à tous les moments difficiles : elle peut, à ton appel face à la Révolution en danger, paralyser les putschistes, conserver l’adhésion des indécis, imposer ses conditions et décider une fois pour toutes, le cas échéant, de la destinée du Chili. L’ennemi doit savoir qu’elle est sur ses gardes et prête à entrer en action. Sa force et sa combativité peuvent faire pencher la balane dans la capitale en ta faveur, même si d’autres circonstances étaient défavorables.
 
« Ta décision de défendre la révolution en faisant preuve de fermeté et d’honneur jusqu’au prix de ta vie, ce dont tout le monde sait que tu es capable, entraîneront à tes côtés toutes les forces capables de combattre et tous les hommes et toutes les femmes digne du Chili. Ton courage, ta sérénité et ton audace à cette heure historique de ta patrie et surtout, ta direction exercée d’une manière ferme, résolue et héroïque, sont la clef de la situation.
 
« Fais savoir à Carlos et à Manuel ce à quoi nous, tes loyaux amis cubains, nous pouvons coopérer.
 
« Je te réitère l’affection et la confiance illimitée de notre peuple. »
Cette lettre date d’un mois et demi avant le coup d’Etat. Les émissaires étaient Carlos Rafael Rodríguez et Manuel Piñeiro.
 
Pinochet avait eu des entretiens avec Carlos Rafael. Il avait feint une loyauté et une fermeté semblables à celle du général Carlos Prats, commandant en chef de l’armée durant une bonne partie du gouvernement de l’Unité populaire, un militaire digne que l’oligarchie et l’impérialisme acculèrent à une crise totale au point qu’il dut démissionner de son poste et qui fut assassiné plus tard en Argentine par les sbires de la DINA après le putsch fasciste de septembre 1973.
 
Je me méfiais de Pinochet depuis le moment où j’avais lu les livres de géopolitique dont il m’avait fait cadeau pendant ma visite au Chili et où j’avais remarqué son style, ses déclarations et les méthodes qu’il avait appliquées comme chef de l’armée quand les provocations de la droite obligèrent le président Allende à décréter l’état de siège à Santiago du Chili. Je me souvenais des mises en garde de Marx dans Le 18 Brumaire.
 
Bien des chefs militaires de l’armée et leurs états-majors voulaient converser avec moi partout où j’allais, et faisaient preuve d’un intérêt notable pour notre guerre de libération et les expériences de la Crise des missiles, d’octobre 1962. Nos réunions duraient parfois jusqu’au petit matin, le seul moment de la journée disponible pour moi. J’avais accepté pour aider Allende, afin de leur faire comprendre que le socialisme n’était pas l’ennemi des institutions armées. Pinochet, comme chef militaire, ne fut pas une exception. Allende jugeait ces rencontres utiles.
 
Il meurt en héros le 11 septembre 1973, en défendant le palais de la Monnaie, se battant comme un lion jusqu’à son dernier souffle.
 
Les révolutionnaires qui résistèrent sur place à l’assaut des fascistes ont raconté des choses fabuleuses sur ces derniers moments. Les versions ne coïncident pas forcément, parce que chacun luttait d’un endroit différent du palais. Par ailleurs, certains de ses plus proches collaborateurs moururent ou furent assassinés à la fin d’un dur combat livré dans des conditions désavantageuses.
 
La différence entre les témoignages consiste en ce que les uns affirment qu’Allende a réservé ses dernières balles pour lui-même pour ne pas tomber prisonnier, tandis que, pour d’autres, il a été abattu par les balles ennemies.  Le palais était en flammes à cause des tirs des chars et des avions, alors que les auteurs du putsch avaient pensé que ce serait une besogne facile qui ne se heurterait à aucune résistance. Il n’y a pas de contradiction entre ces deux manières de faire son devoir. Nos guerres d’indépendance offrent plus d’un exemple de combattants illustres qui, se retrouvant sans la moindre possibilité de défense, s’ôtèrent la vie plutôt que de tomber prisonniers.
 
Il reste encore bien des choses à dire sur ce que nous étions prêts à faire pour Allende. Certains ont écrit à ce sujet. Mais ce n’est pas là l’objectif que je poursuis dans ces lignes.
 
Il était né voilà cent ans, jour pour jour. Son exemple restera.



Fidel Castro Ruz
La Havane, Cuba. Le 26  juin 2008

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Histoire
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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 06:31

rumsfeld-hussein-19_791932c--1-.jpgCynisme made in USA : quand la CIA aidait Saddam Hussein à utiliser des armes chimiques contre l'Iran

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

(Légende de la photo : Donald Rumsfeld, envoyé de Ronald Reagan, rencontre Saddam Hussein à Bagdad. On est en décembre 1983. Les Etats-unis savent que l'Irak utilise des armes chimiques)

 

Au moment où les États-Unis feignent l'indignation face au recours en Syrie à des armes chimiques, des documents déclassifiés de la CIA révèlent le cynisme de la puissance impérialiste qui couvrait puis aidait l'Irak à gazer son ennemi iranien dans les années 1980.

 

La source, le sérieux et conservateur Foreign Policy, est au-dessus de tout soupçon. Sa nouvelle fait l'effet d'une bombe. Pendant la guerre qui opposait l'Irak et l'Iran entre 1980 et 1988, les États-Unis ont soutenu Saddam Hussein dans son recours massif aux armes chimiques.

 

Les États-Unis redoutent alors une victoire et une hégémonie iranienne sur la région. Pour contrer cette perspective, ils apportent une aide logistique et militaire à l'Irak … tout en armant secrètement l'Iran, pour financer ensuite avec l'argent récolté la guérilla contre-révolutionnaire au Nicaragua.

 

Dès 1983, la CIA sait de source sûre que l'Irak a recours à des armes chimiques. L'Iran monte alors un dossier, présenté aux Nations unies, pour dénoncer cette violation du protocole de Genève interdisant l'usage d'armes chimiques, les gaz sarin, tabun et autres moutarde.

 

Seuls à disposer des preuves qui auraient pu accabler l'Irak, les Etats-unis gardent le silence. La CIA recommande même dans ses papiers de s'assurer que toute répercussion de cette affaire à l'échelle internationale soit étouffée.

 

Ce n'est pas tout. En 1988, alors que la guerre touche à sa fin, les États-Unis apprennent par image satellite que l'Iran était sur le point d'entamer une manœuvre qui leur permettrait de percer les défenses irakiennes à l'est de Bassora et de gagner un avantage décisif.

 

Avec l'approbation du président Reagan, les États-Unis apportent alors – en pleine conscience de l'usage réitéré d'armes chimiques par l'armée irakienne – une aide pour localiser les mouvements de troupes, la localisation des centres logistiques et des défenses anti-aériennes ennemies.

 

Au moins, quatre attaques majeures irakiennes impliquant des substances chimiques ont bénéficié du soutien logistique américain. Elles auraient fait directement, selon les dires mêmes de la CIA dans ses rapports secrets, plusieurs milliers de morts.

 

Ces attaques ont fait pencher de façon décisive la guerre du côté Irakien et ont permis à Saddam Hussein de s'asseoir à la table des négociations en position de force.

 

On peut rappeler qu'au même moment, Saddam Hussein utilisait massivement des armes chimiques (sarin, tubun, gaz moutarde) contre le village kurde d'Halabja, tuant près de 5 000 civils.

 

Le projet chimique irakien profitait alors de la collaboration d'entreprises occidentales, essentiellement ouest-allemandes, hollandaises et américaines. Une enquête est en cours pour identifier l'implication certaine d'entreprises françaises dans l'entreprise.

 

Cette révélation tombe au moment même où les États-Unis tentent d'instrumentaliser la question des armes chimiques afin de trouver un prétexte pour envahir la Syrie, obstacle à ses volontés hégémoniques dans la région.

 

Nul ne sait encore qui a utilisé ses armes en Syrie, l'hypothèse que ce soient les rebelles est tout sauf à écarter. Comme en Irak, l'important n'est pas la vérité objective mais bien celle qu'on peut faire accepter à l'opinion pour préparer la guerre imminente.

 

En 1988, les États-Unis aidaient l'Irak à gazer les troupes iraniennes et les civils kurdes pour satisfaire ses objectifs stratégiques. En 2003, ils prétendent l'existence d' « armes de destruction massive », jamais retrouvées, pour légitimer son intervention armée.

 

 

Aujourd'hui, le cynisme atteint en Syrie des proportions inédites. L'exemple historique de l'Irak nous confirme que la boussole américaine n'est pas celle de la vérité ou des préoccupations humanitaires mais bien celle de ses intérêts économiques et politiques.

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