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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 08:02

jara.jpgAssassinat du chanteur et militant communiste chilien Victor Jara : quarante ans après, ses tortionnaires enfin poursuivis par la justice

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Quarante ans après l'assassinat sauvage du chanteur et militant communiste Victor Jara, l'arrestation de huit de ses tortionnaires fait vivre un espoir bien tardif. Que justice soit enfin faite.



Victor Jara aurait 80 ans aujourd'hui. Mais cinq jours après le coup d’État qui a tué le président démocratiquement élu Salvador Allende, et avec lui l'espoir du socialisme à la chilienne, la figure de la « Nueva cancion » chilienne engagée était réduit à jamais au silence.

 

 

Le 11 septembre 1973, les forces armées putschistes encerclaient l'Université technique d’État du Chili, internant dans le stade de Santiago du Chili l'ensemble des étudiants et enseignants qui occupaient le campus.



« Quel visage horrible que celui du fascisme ! » : les dernières paroles du chanteur aux mains brisés



Parmi eux, Victor Jara, militant du Parti communiste et voix de la révolution. Deux bonnes raisons pour les militaires putschistes de faire taire celui qui « ne chantait pas pour chanter ».

Emmenés dans les vestiaires improvisés en salle de torture, il est soumis à la « question ». Son instrument de travail, ses mains sont brisées par ses tortionnaires. Ramené à ses camarades, il livre alors ses dernières paroles :



« Nous sommes 5 000 ici, ici se trouvent 10 000 mains qui cultivent la terre et font tourner les usines. Le visage d'une humanité soumis à la faim, au froid, à la peur, à la souffrance, aux pressions morales, à la terreur et à la folie humaine.



Quel visage horrible que celui du fascisme. Ils appliquent leurs plans avec une précision diabolique, sans se soucier du reste. Le sang est leur récompense.



Mais ma conscience se réveille soudain et je vois que cette marée n'a aucun cœur qui bat, si ce n'est le battement des machines et des militaires montrant leurs doux visages d'accoucheurs. Qu'il est difficile de chanter l'horreur ! »



Le calvaire de Victor Jara n'est pas terminé. Reconduit par ses tortionnaires sur le lieu du crime, il est alors abattu de 44 balles de fusils, son cours abandonné dans la rue, le 16 septembre 1973.



La justice chilienne lance enfin des poursuites contre les huit tortionnaires



Quarante ans après les faits, justice n'est pas encore faite.



Il a fallu attendre 2007 pour que soit relancée l'enquête sur l'assassinat du chanteur chilien.



La décision du juge Miguel Vazquez, dans les derniers jours de l'année 2012, exigeant l'arrestation de sept anciens membres des forces armées de Pinochet ainsi que l'extradition de l'assassin en chef, réfugié aux États-Unis fait revivre l'espoir d'un rétablissement de la justice et de la vérité.



En dépit du silence de fer maintenu par l'Armée chilienne, les témoignages de rescapés, prisonniers comme conscrits, ont permis d'identifier les tortionnaires.



« Je ne vois pas pourquoi nous devrions laisser un pays devenir communiste par l'irresponsabilité de son peuple » (Kissinger)



Pour le Parti communiste chilien (PCCh), il s'agit d'un élément positif que « l'on ait enfin poursuivi les ex-militaires accusés de l'assassinat du chanteur et militant communiste, Victor Jara ».



Après avoir exigé l'application de peines exemplaires pour ses criminels, le Parti communiste a également « réaffirmé la nécessité que l'on progresse dans la vérité et la justice concernant tous les cas de prisonniers disparus et d'assassinats politiques non-résolus ».



Rappelons les mots d'un célèbre prix Nobel de la guerre – rejoint depuis par Walesa, Obama ou l'UE – Henry Kissinger, alors conseiller du président américain :



« Je ne vois pourquoi nous devrions rester là et voir un pays devenir communiste à cause de l'irresponsabilité de son propre peuple ».



Les doigts brisés et le corps criblé de balles du chanteur de l'espoir sont là pour témoigner de l'horreur de cet « impérialisme à visage inhumain ».



Les communistes et les progressistes chiliens ne réclament désormais qu'une chose : qu'après que l'Histoire a jugé le régime de Pinochet, la justice chilienne remplisse enfin son rôle et juge ses tortionnaires.

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 18:51

niemeyer.jpgOscar Niemeyer, une légende communiste dans l'histoire

 

 

 

Communiqué du Parti communiste brésilien (PCB)

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le monde des arts et du travail ont perdu une légende, l'architecte et communiste Oscar Niemeyer. Une très grande figure qui a marqué le XX siècle par son art et sa science, mais aussi par ses idées pour lesquelles il luttait avec conviction.

 

L'architecte communiste, avec sa patte personnelle, a fait entrer le Brésil dans la modernité du monde. Son œuvre a marqué l’architecture en Europe, en Afrique, en Asie, au Liban et en Amérique. Son génie s'est diffusé sur tout le territoire brésilien par des œuvres qui reflètent les courbes, la lumière et la douceur de la liberté matérialisées dans des édifices bâtis par les travailleurs, pour lesquels il s'est battu toute sa vie. En imaginant Brasilia, Niemeyer affirmait qu'il ne suffisait pas de créer une ville, il fallait changer le système qui éloignait les travailleurs de son œuvre.

 

Mais l'homme, le militant communiste, était à la hauteur de son œuvre. Il est entré au Parti en 1945, a lutté contre la répression de la dictature militaire, et a été poussé à l'exil en France. Il a lutté là-bas dans le Parti des fusillés, de ceux qui ont résisté héroïquement au nazisme, le Parti communiste français historique, construisant le siège du PCF.

 

Il a toujours pris le parti du progrès de l'humanité. Il a soutenu la révolution bolchévique et l'Etat ouvrier en URSS, il a toujours été au côté de Cuba socialiste, et lorsque la révolution démocratique et socialiste a vaincu l'oppression en Algérie, c'est là que le militant communiste brésilien a construit des universités et édifices dans les intérêts des travailleurs.

 

Niemeyer a été au côté des géants du XXème siècle : il a été l'ami de communistes, Fidel Castro, Pablo Neruda, Luis Carlos Prestes, Jorge Amado, Jean-Paul Sartre et José Saramago. Il a soutenu toutes les luttes des travailleurs de son temps, militant toujours solidaire, à l'attitude digne, n'ayant nul cesse de lutter pour le socialisme.

 

Quand notre Parti a été attaqué par les liquidateurs, au IX ème congrès de 1991, il était présent en plénière, dans le public de l'Université d’État de Rio de Janeiro pour nous dire : « Tant qu'il y aura misère et oppression, être communiste restera notre parti-pris ».

 

Après la rupture avec les liquidateurs, qui ont tourné le dos à l'histoire, en 1992, Oscar Niemeyer a été élu président d'honneur du PCB.

 

Sa lutte, son histoire, son engagement pour le marxisme et le socialisme, tout comme son art et sa science ont laissé une trace indélébile dans la mémoire de notre temps.

 

Le camarade Oscar Niemeyer répond présent !

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 13:36
longa-vida-a-revolu--o-de-outubro.jpgNotre Octobre

par Andrea Catone, directeur de Marx XXI, revue marxiste liée au Parti des communistes italiens (PdCI)

Article datant initialement du juin 2006

 



 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Commémorer l'Octobre soviétique n'est plus depuis longtemps à la mode ni politiquement correct pour la gauche. On préfère plutôt rendre hommage à d'autres « octobre »: la « chute du mur de Berlin » en 1989 ou l'insurrection anti-communiste de Budapest en 1956 saluée par le président de la république Napolitano et par le président de l'Assemblée Bertinotti – l'un ancien communiste, l'autre leader d'un parti qui se réclame de la refondation communiste – comme la vraie révolution annonciatrice des « révolutions » de 1989-91 qui marquèrent la fin des démocraties populaires et de l'URSS, de ce long cycle historique qui traverse le « court siècle », inauguré justement par la révolution d'Octobre. La boucle semble se boucler. Le verdict de l'histoire – dit-on – a été prononcé sans discussion possible: cette révolution (mais parmi les repentis du communisme certains ont même épousé la thèse du putsch, du coup d'Etat) a produit d'indicibles horreurs et elle s'est achevée dans un champ de ruines. De là une condamnation sans appel, l'abolition de cette histoire, son effacement du calendrier des anniversaires qu'il convient de rappeler aux nouvelles générations pour leur formation communiste. Et ceux qui veulent se réclamer de l'histoire des révolutions communistes du XXème siècle ouvert par l'Octobre soviétique sont étiquetés de nostalgique, irrémédiablement incapables de lire les défis du temps présent.



C'est actuellement la tendance dominante – exceptées de méritoires exceptions – dans la culture politique de la « gauche », des héritiers de ce que fut le parti communiste italien et de la « nouvelle gauche » soixantehuitarde et post-soixanthuitarde, en Italie et dans de nombreux pays du monde. Cette situation est bien présente aux communistes qui résistent, qui n'acceptent pas l'effacement d'une histoire, d'un projet de société, d'une identité qui a marqué profondément l'histoire du XXème siècle et que l'on veut aujourd'hui condamner au silence et à l'oubli.



Contre cette tendance majoritaire et dévastatrice, qui semble tout renverser dans sa furie iconoclaste, dont ne peuvent être sauvés non seulement les bolchéviques – cela va de soi – mais pas plus Rousseau et les jacobins français et quiconque qui ait l'odeur du révolutionnaire (la seule « révolution » aujourd'hui acceptée est la contre-révolution!), la première réaction immédiate et passionnée est celle de brandir bien haut notre drapeau rouge et de crier de toutes nos forces: vive Lénine! Vive la révolution d'Octobre, qui a ouvert la voie à la libération des peuples du joug colonial et impérialiste! Vive le parti bolchévique qui a su – seul parmi les partis de la Seconde internationale – déclarer la guerre à la guerre et transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire! Vive l'Internationale communiste, qui a formé une génération de communistes capables de lutter dans la clandestinité contre le fascisme et de mener les résistances en Europe! Vive l'Union soviétique, qui avec l'armée rouge et la résistance de ses peuples a été déterminante dans la victoire contre le nazisme et le fascisme! Vive l'URSS qui après la guerre a su affronter l'impérialisme américain et a favorisé, par sa seule existence, la résistance vietnamienne, la libération de l'Angola et du Mozambique, les luttes anti-coloniales, la révolution cubaine et les luttes populaires en Amérique latine!



Vive la révolution qui, première dans l'histoire, a essayé de construire une société sans privilèges de caste, sans propriété capitaliste, fondée sur l'idée d'un développement rationnel et équilibré de l'économie par la planification!



Et cela, nous le disons et le rappelons à ceux qui veulent effacer de l'histoire le communisme du XXème siècle. Mais cela ne suffit pas, et au contraire, si cela reste seulement un cri désespéré contre l'infamie et la calomnie, cela peut être également une réaction impuissante, le signe d'une faiblesse stratégique. La commémoration comme fin en soi n'a jamais intéressé les communistes. Le jeune Gramsci dans un de ses articles passionnés accusait le parti socialiste d'avoir réduit Marx à une icône, un saint, à ressortir pour les grandes occasions, les commémorations, les anniversaires, pour ensuite le laisser pourrir au grenier tout le reste de l'année, en évitant scrupuleusement de transformer en action politique vivante sa pensée critique.



Rappeler, défendre, approfondir la mémoire historique est utile et nécessaire dans la mesure où nous réussissons à traduire cette mémoire en action culturelle et politique, en consolidation et accumulation de forces communistes, en formation politique pour les nouvelles générations. Nous ne sommes pas ici pour agiter des drapeaux ou des icônes, nous ne sommes pas les nostalgiques (même si cette « nostalgie » communiste est un sentiment qui mérite le respect) d'un paradis perdu, d'illusions non-réalisées, d'un noble rêve, d'une utopie irréalisable. Si le 7 novembre 1917 est encore une date dont nous devons nous souvenir et que nous devons honorer, ce n'est pas seulement pour rendre un hommage mérité aux furies héroïques d'un temps révolu, nous ne cherchons pas à être les avocats commis d'office de la révolution. L'Octobre soviétique n'en a pas besoin comme les communistes aujourd'hui n'en ont pas non plus besoin.



Par ailleurs, il y a un besoin urgent. En premier lieu, de se réapproprier notre histoire communiste, contre toute diabolisation, mais libres de toute mythification. Le communisme naît comme critique – critique théorique de l'économie politique bourgeoise dans le « Capital » de Marx et critique comme praxis (et l'action théorique est également une action pratique dans la mesure où elle influe sur la transformation des rapports sociaux), pratique politique pour l'abolition de l'état actuel des choses, pour la transformation des rapports de propriété bourgeois en propriété communiste. Il faut savoir se réapproprier de manière critique notre histoire communiste du XXème siècle. Ce sont les autres, le camp bourgeois et anti-communiste, qui écrivent aujourd'hui cette histoire – pour partie de façon très grossière, pour partie avec des moyens plus raffinés qui tirent profit également de centaines de milliers et de millions de documents historiques soviétiques et des pays qui furent des démocraties populaires rendus aujourd'hui accessibles aux chercheurs. Sur ce terrain, nous ne sommes pas à la traîne. Qui a essayé d'écrire en histoire sait que c'est par la sélection que le chercheur opère dans la documentation archivistique qu'il peut tracer tel ou tel cadre d'analyse. Les documents – en en vérifiant philologiquement l'authenticité – rapportent les faits, mais à l'intérieur d'une masse qui comme dans le cas russe est véritablement extraordinaire (6 millions de documents dans les Archives centrales russes) on peut sélectionner certains éléments et en omettre d'autres. Ainsi, l'histoire de l'URSS peut aussi être réduite à celle d'un immense Goulag et la famine en Ukraine dans les années 1930 peut être attribuée à un plan stalinien diabolique d'élimination physique d'une nation. Il est temps de commémorer l'Octobre en dotant les communistes des instruments adéquats pour répondre aux dénigrements et à la démolition de l'expérience historique du communisme du XXème siècle.



Mais il ne s'agit pas seulement de répondre à la diffamation historique.Le travail que les communistes peuvent et doivent entreprendre dans la connaissance de l'histoire des révolutions ne peut pas être principalement « réactif », il ne doit pas naître seulement de la réponse aux attaques. L'étude passionnée et critique de notre histoire doit savoir jouer avec plusieurs coups d'avance – pour le dire par un trait d'esprit: il ne faut attendre août 2008 pour travailler sur une compréhension solide de ce qui a emmené les chars soviétiques à Prague. Les communistes doivent se concevoir et s'organiser comme formation autonome, qui prenne l'initiative également sur le terrain dangereux et fondamental de la lutte culturelle, sans attendre que ce soient les autres qui choisissent et fixent le terrain sur lequel nous affronter.



L'histoire – dans tous ses aspects – des révolutions communistes du XXème siècle doit être étudiée et approfondie en se dotant de tous les instruments appropriés pour un travail collectif critique non seulement pour vaincre le « révisionnisme historique » mais parce qu'elle constitue un bagage d'expériences fondamentales pour la lutte politique d'aujourd'hui, ses perspectives. Pour en citer seulement un aspect: le terrain de la construction d'une nouvelle organisation économique fondée sur une propriété majoritairement publique, étatique, et dans certains cas sociale. Cette organisation économique, tant admirée aussi par les pays en développement parce qu'elle a réussi à doter l'URSS en quelques années d'un grand appareil industriel, l'emmenant à pouvoir faire concurrence dans certains domaines avec les pays capitalistes les plus avancés, n'a pas réussi à passer au stade supérieur d'une économie intensive à haute productivité. Et cela fut certainement une des causes qui ont conduit le pays d'Octobre à sa fin peu glorieuse de 1991. Mais pendant ce temps, les bolchéviques et les communistes des démocraties populaires se sont posés et se sont mesurés à la question de l'organisation et la gestion d'une économie socialisée, avec certains succès à côté de lourdes défaites. Ce grand patrimoine d'expériences, de théorisation de l'économie politique du socialisme, de pratiques, ne peut pas être rejeté dans l'oubli par ceux qui se proposent comme fin le dépassement de la propriété bourgeoise en propriété socialiste. Seuls ceux qui ont embrassé un nouveau bernsteinisme et défendent la thèse que le mouvement est tout et la fin rien – et qu'on ne peut ni ne doit rien dire sur une société socialiste, mais attendre que quelque chose émerge des contradictions seules de la société – peut éluder la référence à cette expérience. Mais les contradictions du capitalisme, comme Walter Benjamin en avait bien l'intuition, ne mènent pas inévitablement au socialisme, et sans l'action consciente et organisée, dirigée vers une fin, peuvent mener à la destruction de la civilisation: socialisme ou barbarie.



La pire conséquence de l'idéologie de la fin des idéologies et de l'élimination de l'histoire communiste est le total obscurcissement des perspectives de transformation future de la société. La tactique, dans un présent sans histoire, sans passé et sans futur, est devenue le pain quotidien d'une bonne partie du personnel politique ex-communiste ou pseudo-communiste. A bien y regarder, ce n'est rien d'autre que l'apologie du capitalisme existant. La couverture de l'oubli qui recouvre l'histoire ouverte avec Octobre vise également – et surtout – à cela: pas seulement à régler ses comptes avec l'histoire communiste, mais surtout à éluder la question de la perspective communiste. La classe politique nihiliste ex-communiste ou pseudo-communiste n'est pas en mesure et ne veut pas aller au-delà de la tactique quotidienne.



Étudier Octobre – et le rappeler aujourd'hui, comme nous l'avons expliqué, ce n'est pas chercher à agiter des drapeaux mais à construire une science communiste pour la construction d'une société socialiste – nous permet au contraire de penser et d'agir stratégiquement, sans élever la tactique en une fin en soi.



Penser en termes stratégiques et pas seulement réactifs. Ce qui nous manque aujourd'hui, ce dont nous avons besoin, cela nous conduit aujourd'hui à commémorer ce grand tournant de l'histoire que fut le 1917 russe. La grandeur de nos maîtres – de Lénine en premier lieu – est d'avoir su placer tout choix tactique à l'intérieur d'une grande perspective, mettant au premier plan la question stratégique. Penser stratégiquement signifie construire les conditions pour que ce soient les communistes qui fixent le terrain sur lequel poser les grandes questions. Réagir, répondre aux attaques et aux provocations de l'adversaire est juste et méritoire, mais la seule réaction ne nous fait pas accomplir le bond qualitatif dont les communistes ont aujourd'hui plus que jamais besoin. L'ordre du jour du monde, des grandes questions culturelles d'importance stratégique, ce ne sont pas les autres qui doivent nous l'imposer, mais c'est aux communistes de le fixer.



Commémorer aujourd'hui Octobre signifie alors penser stratégiquement pour la recomposition et la relance à l'échelle mondiale du mouvement communiste. Un élément important pour cette pensée stratégique est la construction, en coordonnant les forces et les intelligences, capables de lire notre histoire et d'analyser les contradictions mondiales et leur développement, en pensant la révolution, ce qui signifie isoler dans les contradictions de l'impérialisme les prémisses non seulement d'une résistance des peuples aux agressions, mais aussi de la possible transformation de la guerre en révolution, de la résistance nationale en transition socialiste. Commémorer aujourd'hui Octobre signifie passer de la résistance réactive à la « résistance stratégique ». On ne peut pas être seulement « anti »: anti-capitalistes, anti-fascistes, anti-impérialistes. Octobre russe ne fut pas seulement contre la guerre, « pacifiste », elle ne fit pas seulement la « guerre à la guerre », mais a transformé la guerre en révolution sociale.



Penser stratégiquement signifie savoir se doter aujourd'hui également des instruments culturels pour la transformation socialiste au XXIème siècle. Nous ne regarderons pas l'histoire du communisme du XXème siècle comme un témoignage du passé à sauvegarder des intempéries et intempérances des nouveaux barbares, comme les moines coptes qui sauvaient les trésors perdus des classiques antiques, mais comme une mine précieuse, un trésor d'expériences dont on peut apprendre, un patrimoine d'inestimable valeur où doivent s'immerger les racines de notre identité et de notre avenir. Nous ne vivrons pas ainsi plongés dans la tactique quotidienne d'un présent sans histoire, mais dans la perspective stratégique de la construction des conditions de la révolution, qui se trouve dans les choses actuelles.

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 08:47

Soviet-Flag-Over-Reichstag.jpgDéclaration de 12 partis communistes et ouvriers d'ex-URSS sur le 95ème anniversaire de la Révolution d'Octobre

 

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

95 années se sont écoulées depuis la grande Révolution socialiste d'Octobre. Elle a été et reste le plus grand événement de l'histoire mondiale récente. La portée mondiale de la Révolution d'Octobre réside dans le fait qu'elle a marqué une nouvelle ère, celle du socialisme qui a garanti des acquis tangibles et incontestables aux travailleurs qui prirent le pouvoir sous la forme des Soviets ouvriers et paysans. A la dictature du capital s'est substitué un véritable pouvoir populaire fondé sur la propriété sociale des principaux moyens de production.

 

Octobre a révolutionné le mouvement ouvrier international. C'est sous l'influence directe de son exemple que la plupart des Partis communistes ont été créés. Les acquis gagnés par le peuple Soviétique ont forcé le monde capitaliste a réaliser des concessions sociales aux travailleurs hors d'URSS. Pendant de nombreuses décennies, la terre de la Révolution d'Octobre a fixé les normes les plus élevées au monde en terme de développement économique et d'acquis sociaux, dans la science et dans l'éducation.

 

L'Union soviétique a été la principale force à contribuer à la victoire contre le Fascisme lors de la Seconde Guerre mondiale. L’héroïsme du peuple Soviétique a inspiré des centaines de milliers de combattants des mouvements de Résistance, des mouvements dont les communistes se trouvaient en première ligne. Le mouvement de libération nationale des peuples opprimés par l'impérialisme et l'effondrement du système colonial auraient été impossibles sans la Révolution d'Octobre.

 

En dépit du reflux temporaire du Socialisme, nous restons fidèles aux idéaux de justice sociale et d'internationalisme et sommes convaincus des victoires futures de ce « mode de production » fraternel. La grande Révolution socialiste d'Octobre reste pour tous les communistes du monde entier une leçon inoubliable, celle d'une lutte de classe menée par les travailleurs pour leurs intérêts fondamentaux. Elle a donné au prolétariat mondial un exemple immortel. Elle continuera à être notre référence pour l'avenir.

 

Partis signataires :

 

Parti communiste d'Arménie

Parti communiste d’Azerbaïdjan

Parti communiste d'Abkhazie

Parti communiste de Biélorussie

Parti communiste unifié de Géorgie

Parti communiste du Kazakhstan

Parti communiste du Kirghizistan

Parti des communistes de la République de Moldavie

Parti communiste d'Ossétie du Sud

Parti communiste de la Fédération russe

Parti communiste de Transnistrie

Parti communiste d'Ukraine

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 08:29

30708Georg Lukacs et l'actualité du marxisme



Ricardo Costa da Gama, secrétaire à la formation politique du PCB



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Georg Lukacs est né à Budapest, dans une famille bourgeoise. Il renonça à une vie bourgeoise pour se consacrer à l'étude des arts et de la littérature, manifestant un grand talent pour la critique. A l'Université de Budapest, il devint docteur en droit en 1906 et en philosophie en 1909. Il acquiert une solide formation humaniste, en fréquentant des intellectuels du niveau de Béla Bartók, Eugene Varga, Max Weber, Ernst Bloch, Mannheim, et fut fortement influencé par la sociologie et la philosophie néo-kantienne.



Il approfondit ses lectures de Marx, Engels et Rosa Luxembourg après la révolution de 1917 et, l'année suivante, s'enthousiasmant des potentialités d'un processus révolutionnaire mondial, il adhéra au Parti communiste de Hongrie. En mars 1919, éclate la révolution hongroise et est proclamée la République prolétarienne des conseils, la Commune hongroise, sous la direction de Bela Kun.



Lukacs est désigné vice-commissaire du peuple à la Culture et à l’Éducation publique, réalisant une profonde réforme de l’Éducation, la socialisation des maisons d'édition et une politique ouvrant les musées et théâtres aux travailleurs. En août, cependant, les troupes fascistes de Horthy assassinent l'expérience socialiste en Hongrie (5 000 personnes exécutées, 75 000 prisonnières et 100 000 condamnées à l'exil) et obligent le PC à agir dans la clandestinité.



En exil à Vienne, après avoir échappé à l'extradition et à la condamnation à mort grâce à la large mobilisation des intellectuels allemands, il prépare les manuscrits d'Histoire et consience de classe. Sous la forte influence de la pensée d'Hegel, il sort un de ses livres les plus polémiques, renié par son auteur même en pleine maturité intellectuelle et politique, mais qui servot de référence et d'inspiration pour les théoriciens de l'école de Francfort, comme Adorno et Benjamin, et de l'existentialisme, tel Sartre.



L’œuvre prend pour cible le marxisme vulgaire de la 2nde internationale, le courant révisionniste de Bernstein et le positivisme dominant dans les sciences sociales, et rejoint Rosa Luxembourg dans la perspective de l'éclosion de la révolution prolétarienne mondiale, qui ne vit pas le jour. Dans ce livre, Lukacs formule la théorie de la réification(dans le système capitaliste, les phénomènes sociaux et les rapports entre les hommes prennent l'apparence de choses), tout en développant la thèse selon laquelle la réalité ne peut être analysée scientifiquement que du point de vue de la totalité.



La controverse vient de l'idée que seule le prolétariat peut connaître la réalité dans sa totalité, car la science et la conscience coïncident en lui, puisqu'il est, en même temps, sujet et objet de connaissance, ou autrement, la conscience de soi signifierait conscience de toute la société.



Mais cette conscience n'est pas donnée de façon immédiate ; elle serait plutôt le produit de la lutte de classes : par la résistance à sa réduction à la simple condition de marchandises, par la lutte contre la réification de la force de travail, la classe ouvrière sera poussée à découvrir et remettre en cause le processus de réification, révélant le caractère fétichiste de toute marchandise. Ainsi, la conscience de soi serait, simultanément, connaissance de l'ensemble des rapports capitalistes.



Le livre fut objet d'une vigoureuse condamnation de la part de l'Internationale communiste à son Vème Congrès (1924), attaqué par Boukharine et Zinoviev pour « rechute dans le vieil hégélianisme » et « révisionnisme théorique ». Lukacs a fini par s’éloigner de la politique partisane, étant menacé d'exclusion du PC Hongrois après la divulgation de ses Thèses de Blum(pseudonyme utilisé dans la clandestinité), battues au II ème Congrès du Parti (1929), pour avoir défendu la « dictature démocratique du prolétariat et de la classe paysanne » et dépeint la classe ouvrière comme l'héritière du meilleur de l'humanité – y compris la tradition révolutionnaire bourgeoise – et pas seulement comme créatrice de la nouvelle culture ouvrière.



Lukacs saisissait que l'alternative au fascisme de Horthy devait être un régime garantissant les libertés politiques, se construisant à partir d'un large front politique. A l'époque, l'Internationale communiste refusait l'alliance avec la social-démocratie, défendant la tactique « classe contre classe ».



En 1930, Lukacs se rend à Moscou, où, travaillant pour l'Institut Marx-Engels, il approfondit sa connaissance de la pensée marxienne en se consacrant à la lecture des Manuscrits économico-philosophiques de 1844, ce qui lui permit de dépasser ses conceptions idéalistes présentes dans Histoire et conscience de classe. Sur le plan théorique et culturel, il tente de construire une esthétique marxiste, en approfondissant la conception du réalisme critique, en opposition au naturalisme dominant la littérature bourgeoise et même à l'art proposé par le « réalisme socialiste » (stalinien), méthode ne visant qu'à la simple description des phénomènes.



Avec la fin de la guerre et la défaite du fascisme, Lukacs revint à Budapest, et fut élu membre du parlement hongrois et participa activement à la vie culturelle européenne, mais, entre 1949 et 1953, il subit la répression des partisans de Staline, avec une campagne orchestrée par les militants et dirigeants du PC Hongrois et jetant sur lui un « discrédit idéologique ». Il se remit alors à l'écriture et publia la Destruction de la raison, œuvre importante dans laquelle il enquête sur les racines historiques de la tragédie allemande (de la voie prussiennevers le nazisme), identifiant l'Allemagne comme le « pays classique de l'irrationalisme » et critiquant la posture des intellectuels modernes (en premier lieu Nietzsche), représentants de la décadence idéologique au stade impérialiste, dont les caractéristiques principales seraient l'attaque contre le matérialisme dialectique et l'apologie du capitalisme.



A la suite du processus de « déstalinisation » entamé avec le XXème Congrès du PCUS, Lukacs défend la démocratisation de la Hongrie, participe au Comité central renouvelé du PC Hongrois et devient Ministre de l’Éducation et de la Culture du gouvernement de Nagy en 1956. Mais il démissionne, en désaccord sur le rapprochement avec les puissances occidentales. Les troupes du Pacte de Varsovie interviennent, et Lukacs fut contraint de partir pour la Roumanie et, quand il revient au pays, il est exclu du PC. Dans les années 1960, après la publication de son Esthétique, ambitieuse tentative de constituer une théorie marxiste des manifestations artistiques, il se consacre à l'élaboration d'une Éthique marxiste, débouchant, après des études initiales sur les fondements des valeurs inscrites dans la praxis humaine, sur la rédaction de l'Ontologie de l’Être social, œuvre qui ne fut publiée dans son intégralité qu'après sa mort.



Quelles qu'aient pu être les critiques qu'il a portées aux États socialistes de son temps, fortement emprunts de pratiques anti-démocratiques et bureaucratisantes, dans une interview du début des années 1970, Lukacs ne laissait aucun doute sur ses positions politiques et idéologiques, aux quelles il est resté fidèle toute sa vie :



« Le pire système socialiste est préférable au meilleur des systèmes capitalistes ».

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