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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 06:34

unita2.jpgA 90 ans, le journal historique des communistes italiens, l'Unità, cesse de paraître



Brève de Vivelepcf reprise par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/





« Ils ont tué l’Unità » : voilà le titre à la une choisi par la rédaction du numéro du célèbre quotidien italien du 30 juillet. Le 1er août, il a cessé de paraître, placé en liquidation judiciaire. Il y a très peu de chances pour qu’un repreneur se présente.



C’est une dernière étape – post mortem – de la liquidation du Parti communiste italien par autodissolution en 1991.



L’Unita meurt à 90 ans après une douloureuse agonie. Le journal a été fondé par Antonio Gramsci le 12 février 1924.



Il est resté l’organe central du PCI jusqu’en 1991, suivant déjà toutes les dérives de sa direction. On sait que l’appareil de l’ex-PCI a muté le Parti, par étapes, en « Parti démocrate ».



Le PD aujourd’hui au pouvoir, avec le président du conseil Matteo Renzi, se revendique à mi-chemin entre la social-démocratie européenne et le Parti démocrate américain.



L’Unita a été embarquée dans cette évolution. Elle a été privatisée tout en restant en fait sous le contrôle de la mouvance dirigeante du Parti. Son déclin politique et économique a été organisé. Ces derniers temps, elle tirait à 21.000 exemplaires.



Vu l’histoire et le prestige du titre, l’Unita a été destinée à représenter plutôt l’aile « gauche » du nouveau parti. Il semble que la direction du PD ne trouve plus d’intérêt à maintenir le journal, du moins en tant que quotidien, d’autant plus dans un contexte de crise aigüe de la presse.



Pour les communistes, le deuil a commencé depuis longtemps mais les conditions de la reconstruction du Parti et de son journal restent confuses.

 

 

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 05:35

300x01395940620270Renzi-Obama2.jpgTaxer les revenus financiers, une bonne idée ? En Italie, l'alibi de Renzi pour justifier des milliards de cadeaux aux entreprises !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

« Taxer la finance », faire « contribuer les revenus financiers » : ces mots d'ordre reviennent régulièrement en France, dans les syndicats et les partis de gauche. Est-ce vraiment une bonne idée ? Le cas de la « réforme fiscale » du gouvernement Renzi en Italie incite à la prudence.

 

Matteo Renzi, le Manuel Valls italien ? La comparaison ne s'arrête pas à la personnalité de ces deux jeunes loups, connus pour leurs positions droitières, ultra-libérales. Leur politique suivra les mêmes lignes : l'adoption des « réformes structurelles » en faveur des grandes entreprises.

 

Le gros morceau de Renzi – outre la flexibilisation intégrale du marché du travail, sa réforme territoriale – c'est la « réforme fiscale », où Renzi a su habilement jouer un numéro d’illusionniste, feignant de distribuer des miettes aux salariés pour arroser allègrement le grand capital.

 

Un coup de force aux salariés italiens …

pour faire passer la casse du système fiscal solidaire

 

D'un côté, Renzi a fait passer sa réforme fiscale, adoptée le 1 er juillet, en la présentant comme un vaste plan de réduction d'impôt pour les salariés les plus modestes.

 

Lidée-force de Renzi, les « 80 € de moins par mois sur la feuille de paie », ou 1 000 € par an pour les salariés qui touchent moins de 1 500 € par mois, soit officiellement 10 millions de salariés italiens.

 

Un gros « coup de pouce » qui devrait coûter 10 milliards d'euros à l'Etat et qui sera financé par une baisse de l'Impôt sur le revenu, l'IRPEF, pour les catégories de salariés visés.

 

Renzi a même promis d'étendre cette mesure à ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu. Pour eux, cette somme sera versée sous la forme de baisse de cotisations sociales, bien entendu.

 

Taxer les revenus financiers, une mesure cosmétique

 

La deuxième idée, même si elle a été beaucoup moins mise en avant ces dernières semaines, c'est la promesse de « taxer les revenus financiers ».

 

En effet, Renzi a relevé le seuil d'imposition des revenus financiers de 20 à 26 %. Il avait déjà été rehaussé de 12,5 à 20 % en 2011. Une mesure qui touchera tous les revenus financiers (actions, obligations, fonds communs, comptes courants) exceptés les bons du Trésor.

 

Une mesure qui a été saluée par la Confindustria (le MEDEF italien) même si elle ne rapporterait que la somme de 2,6 milliards d'euros au Trésor italien. Pourquoi le patronat italien se félicite-t-il de la taxation des revenus financiers ?

 

En février dernier, nous avions noté les propos significatifs de Renzi dans Il corriere della sera : « Bon, les revenus financiers sont taxés à 20 %, le travail pratiquement à 50 %, on rééquilibre ? ».

 

Nous avions indiqué que c'était la porte ouverte – via une légère hausse de la taxation des revenus financiers – à la casse des cotisations sociales patronales, à des cadeaux de dizaines de milliards pour le patronat, nous ne nous trompions pas.

 

On se souvient que la taxe Tobin, que Monti avait fait sienne, a été adoptée par l'Italie en mars 2013, cette taxe de 0,12 % sur les transactions financières n'a guère frappé les détenteurs de capitaux en Italie, elle a tout au plus freiné le mouvement spéculatif.

 

Des milliards de cadeaux aux grandes entreprises

 

Car derrière le gadget de la « taxation des revenus financiers », Renzi a promis aux entreprises des cadeaux d'une ampleur inédite :

 

C'est d'abord la baisse de l'IRAP, l'équivalent de notre taxe professionnelle collectée sur une base territoriale et touchant les entreprises : elle baissera de 5 % en 2014 puis 10 % en 2015, soit 4 milliards d'euros qui échappent à l'Etat et finiront dans la poche des entreprises.

 

On pourrait évoquer, quoique l'impact chiffré soit difficilement mesurable, le « Jobs act » de Renzi qui prévoit l'instauration d'un contrat unique de travail, précarisation de l'ensemble des salariés italiens.

 

Pour la mise en œuvre de ce « contrat unique », flexibilisant les conditions de recrutement et de licenciement, les entrepreneurs bénéficieraient d'exonérations fiscales qui restent à préciser.

 

Il ne faut pas non plus oublier le programme de privatisations qui va concerner le groupe pétrolier ENI, Terna qui s'occupe du réseau électrique du pays ou encore Fincantieri, leader européen qui gère les chantiers navals de la péninsule, sans oublier les Postes italiennes.

 

La vente de ces joyaux du patrimoine public italien devrait se chiffrer à 12 milliards d'euros par entre 2015 et 2017.

 

D'autre part, pour financer toutes ces aides fiscales aux entreprises, Renzi a déjà annoncé un plan de guerre contre la fonction publique avec la suppression de 85 000 emplois en trois ans.

 

Mais, le pactole pour les entreprises, c'est la promesse de Renzi de payer immédiatement, et dans leur intégralité, les arriérés de facture que l'Etat doit aux entreprises : une dette qui s'élèverait à 68 milliards d'euros.

 

Cela représente donc un cadeau fiscal à peine déguisé envers les entreprises que Renzi présente comme une chance … espérant récolter 6 milliards de TVA sur les 60 milliards donnés aux entreprises.

 

Donner pour sûr 60 milliards aux entreprises pour espérer hypothétiquement en récupérer 6 milliards : c'est fort de présenter cela comme une chance pour le contribuable italien !

 

La manœuvre de Renzi en Italie nous incite à une grande prudence. Le capital, en Italie comme ailleurs, n'est pas gênée de concéder une hausse marginale de la taxation sur les revenus financiers, d'une importance mineure par rapport au véritable enjeu.

 

L'enjeu, c'est la casse de l'ensemble du système fiscal basé d'une part sur les impôts progressifs (impôt sur le revenu), d'autre part sur les cotisations sociales acquittées pour bonne partie par les employeurs, enfin la baisse drastique de l'imposition sur les sociétés.

 

Ce programme, c'est celui que lance Renzi en Italie : adieu les cotisations sociales, l'impôt sur les sociétés, l'impôt sur le revenu. Bonjour les taxes financières cosmétiques, la casse de l'Etat social, la destruction de l'unité territoriale italienne.

 

Au moment où la presse économique ne cesse de mettre en avant l'axe « Paris-Rome » pour relancer l'économie européenne, où on ne cesse de présenter Renzi comme un modèle pour la France, cela incite à la vigilance : ne cédons pas aux sirènes des mots d'ordres trompeurs !

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 05:31

loghi tsiprasLa « liste Tsipras » en Italie perd deux millions de voix sur le seul vote communiste de 2004 : comment crier victoire ?

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Que reste-t-il de la gauche italienne ? Le résultat de la « Liste Tsipras » est un des plus faibles qu'ait obtenu la gauche italienne depuis 1945. Il va servir néanmoins des projets de recomposition, dessinant les contours d'une gauche d'accompagnement de la politique du capital menée par le PD.

 

A l'annonce du résultat de la « Liste Tsipras, pour une autre Europe », 4,03 %, les promoteurs de ce projet n'ont pas lésiné sur le triomphalisme, insistant sur le dépassement du barrage fatidique des 4 % pour obtenir des élus et le retour de la « gauche » au Parlement européen.

 

Il faut dire que l'irrésistible dynamique promise par les groupies d'Alexis Tsipras n'a pas prise, les promesses d'un score à deux chiffres se sont révélées chimériques.

 

Liste Tsipras : un nouveau coup de barre à droite pour la gauche italienne

 

Comme en 2008 avec l'expérience de la « Gauche Arc-en-ciel », comme en 2013 avec la « Révolution civique » du juge Ingroia, le score de cette « gauche rassemblée », sans étiquette, sans logo, sans parti visible prenait la forme d'une courbe asymptotique tendant vers les 3 %.

 

Cette fois, ce fut 4 %. Mais à quel prix ?

 

Au prix d'une dilution encore de la composante communiste de cette liste, réduite au seul parti Refondation communiste (PRC), lui-même largement minoritaire sur les listes.

 

Au prix d'une ré-intégration de la formation de centre-gauche « Gauche, écologie et les libertés » (SEL) composée des liquidateurs qui ont quitté le PRC en 2009, connue pour leur mise en avant des questions sociétales et leur alliance étroite avec le Parti démocrate.

 

Leur chef charismatique, Nichi Vendola, avait participé à la mascarade des primaires du PD, servant alors de caution de gauche à la nomination en 2012 de Pier-Luigi Bersani. En 2013, c'est en coalition avec le Parti démocrate qu'ont été élus les 37 députés de ce parti au Parlement.

 

Au prix enfin de la mise en avant d'un ensemble de « personnalités » issues de la société civile – journalistes, avocats, profs de fac, le monde des capacités aurait-on dit au XIX ème siècle ! -, dont les têtes de liste se retrouvent proches de la revue « MicroMega », appartenant au groupe libéral de gauche l'Espresso/la Repubblica.

 

L'Espresso et la Repubblica, expression de la bourgeoisie culturelle romaine, ont joué un rôle non-négligeable dans le travail culturel et politique préalable à la liquidation du PCI. Ils sont depuis un organe officieux du Parti démocrate (PD).

 

Cette coalition représente donc un coup de barre à droite, un renforcement des positions d'alliance avec le PD et un nouvel effacement des forces communistes.

 

1 million de voix perdues sur 2009, 2 millions sur 2004 !

 

Et pourtant ces 4 % sont même loin de représenter une victoire électorale pour la « gauche italienne ». Comparons-les au résultat des précédentes élections européennes.

 

En 2004, les deux partis communistes – PRC et PdCI (Parti des communistes italiens) – se présentaient sous leur propre nom, leur logo, leur programme : ils obtenaient en tout 8,48 % (6 pour le PRC, 2,5 pour le PdCI), 2,8 millions de voix.

 

En 2009, en pleine crise après la scission des liquidateurs de Refondation, les deux partis communistes forment une liste commune qui réalise un honorable 3,4 % tandis que « Gauche écologie et libertés » (SEL) de Vendola rassemble 3,1 % des voix, ce qui fait en tout 6,5 % pour la « gauche dite radicale », et 2 millions de voix.

 

En 2014, la « liste Tsipras » réunit PRC, SEL et la nébuleuse société civile. Elle obtient 4,03 % des voix, ainsi que 1,1 millions d'électeurs.

 

Depuis 2004, c'est donc près des deux-tiers des anciens électeurs communistes, de gauche radicale qui se sont envolés.La moitié depuis seulement 2009. Comment parler de victoire dans ces conditions ?

 

Défense de l'UE, alliance avec le PD, liquidation de l'organisation communiste : le programme de la « liste Tsipras »

 

Mieux vaut pas non plus prêter attention au contenu de ce vote.

 

La « liste Tsipras » a fait campagne pour défendre l'Union européenne, l'euro, pour enfoncer l'Italie dans l'intégration capitaliste fédérale, la même qui a réduit l'Italie à la misère, liquidé la démocratie conquise dans le cadre national.

 

Elle a présenté son vote comme une possibilité de renforcer la « gauche » en Italie … dans laquelle on retrouve bien entendu le Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, maître d'oeuvre de l'austérité, qu'il s'agirait de tirer à gauche

 

Selon le député européen de la « liste Tsipras » Marco Furfaro, de la SEL, « nous avons envoyé 50 députés au Parlement européen ». Furfaro a bien sûr intégré les députés de la liste Tsipras à ceux du Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi, maître d'oeuvre de l'austérité !

 

Le débat désormais en Italie porte sur la transformation-liquidation de ce qu'il reste de l'organisation communiste.

 

Refondation communiste vient de voter une résolution à son Conseil national pour une « SYRIZA à l'italienne ». Vieille marotte, on se souvient que le secrétaire-général Paolo Ferrero avait lancé en 2009 ses appels pour un « Die linke à l'italienne ».

 

Les modèles fanés changent, l'esprit de démolition reste !

 

SYRIZA à l'italienne ou courant culturel dans le PD :

deux revers d'une même pièce !

 

Dans le parti du liquidateur de 2008 Nichi Vendola, une partie de l'organisation est tentée par le modèle SYRIZA … ce n'est pas le cas de la majorité des parlementaires, dirigeant et jusqu'à son secrétaire, tous lorgnant vers le Parti démocrate (PD) à qui ils doivent leur poste d'élu.

 

Ainsi, le chef du groupe à la Chambre des députés, Gennaro Migliore, a déjà appelé à réfléchir à la « constitution d'une formation politique unitaire avec le PD ».

 

Migliore est également parmi ceux qui ont poussé le député européen SEL à ne pas entrer dans le groupe parlementaire GUE/NGL, un comble pour ceux qui ont porté une liste avec Alexis Tsipras à sa tête !

 

Dans ce parti ultra-personnalisé, c'est bien sûr la voix du chef qui compte : Nichi Vendola a parlé, dansl'Unità du 1er juin. Un entretien édifiant.

 

Vendola commence par saluer dans le vote Tsipras en Italie, en Grèce « la lumière d'un européisme de gauche contre les dérives populistes ».

 

Puis, malgré ses déceptions sur le gouvernement Renzi, souligne que « Renzi est un des leaders les plus forts sur la scène européenne (…) on attend le changement évoqué dans ses discours, avec son âge, son effervescence. Il a une responsabilité, une chance extraordinaire : être le levier pour faire sauter la chape de plomb de l'austérité ».

 

Parle-t-on vraiment du blairiste Renzi, le champion des réformes structurelles, de l'austérité européenne ?

 

Continuons, pour la liste Tsipras, Vendola évoque un « résultat miraculeux » pour un « choix de dernière minute ». Son horizon reste « l'alliance avec le PD, à condition qu'il renoue avec le changement ».

 

La gauche que Vendola veut construire doit être « moderne, post-idéologique (sic), plurielle, capable de se forger une identité à travers les cultures du féminisme, de l'écologisme, des libertés ». Avec le Parti démocrate du jeune et effervescent Renzi, bien sûr.

 

En 2008, les dirigeants de Refondation, le clan Ferrero et le clan Vendola nous avaient joué le coup du divorce à l'italienne, « un pied dedans, un pied dehors » du Parti, pour mieux réaliser le crime parfait : liquider l'organisation communiste et réaliser leur idylle cachée.

 

En 2014, ils nous jouent l'histoire des retrouvailles, le mariage à l'italienne se déchirent sur deux projets aux calculs différents – SYRIZA à l'italienne ou courant culturel dans le PD – mais se retrouvant dans un mariage d'intérêt sur le même but : constituer une force de gauche fourre-tout, réformiste, européiste, canalisant vers la social-démocratie.

 

Que d'hypocrisie, que de faux-semblants, que de gâchis pour le peuple italien laissé orphelin depuis plus de deux décennies, soumis à l'austérité la plus dure et réduit à l'impuissance. L'effondrement de la gauche italienne, de son mouvement ouvrier, de la situation de son peuple suit celui de la destruction de l'organisation communiste. Une leçon pour nous.

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 05:25

confindustria-cgil-cisl-uil.jpgEn Italie, le droit de grève remis en cause au nom de la « représentativité », avec l'accord des syndicats dont la CGIL

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Comme en Allemagne, en Italie, les trois principaux syndicats de salariés (CGIL, CISL, UIL) concordent avec le patronat italien (la Confindustria) pour une restriction gravissime du droit de grève, au nom de la représentativité.

 

Le « Texte unique sur la représentativité » signé par les syndicats et le patronat le 10 janvier 2014 constitue un coup de force limitant l'action des syndicats de lutte, restreignant le droit de grève, favorisant l'arbitraire patronal dans l'entreprise.

 

Ce texte constitue la concrétisation juridique des accords de principe déjà conclus le 28 juin 2011 (« Accord sur la représentativité ») et du 31 mai 2013 (« Protocole d'entente »).

 

Il s'inscrit plus largement dans la voie entreprise depuis l'accord tripartite de 1993 entre gouvernement, patronat et les syndicats : le passage de rapports sociaux conflictuels à une logique de co-gestion.

 

La généralisation du « modèle FIAT » de casse du syndicalisme de classe

 

Comme nous l’annoncions en 2010-2011, l'offensive lancée alors par le PDG de Fiat contre les syndicalistes de la FIOM (branche métallurgiste autonome de la CGIL) dans ses sites napolitain de Pomigliano et turinois de Mirafiori était un prélude à une attaque généralisée contre les syndicats

 

Sergio Marchionne, PDG de Fiat, avait alors fait adopter dans ses entreprises un plan d'intensification de l'exploitation – réduction des pauses, système en 3-8 7 jour sur 7, 24 h sur 24, chronométrage informatisé, suppression du droit aux allocations-maladie – sous menace de fermeture des sites industriels.

 

En violation des conventions collectives, Marchionne avait fait passer son accord d'entreprise, arguant du soutien des syndicats « représentatifs », en fait les branches métallurgistes des syndicats réformistes CISL et UIL, ajoutés à deux syndicats maison.

 

Cette pratique d' « accord séparé » s'était accompagnée chez le PDG de Fiat d'une dénonciation de l'attitude du syndicat de classe de la FIOM, excluant arbitrairement les syndicalistes de toute représentation dans l'entreprise. Le motif avancé était le non-respect du cadre décidé par les « partenaires sociaux » dans l'entreprise.

 

En 2014, c'est la victoire du PDG de Fiat, la généralisation du « modèle Fiat » à toute l'Italie avec la complicité non seulement de la CISL, de l'UIL mais aussi de la CGIL, héritière d'un syndicalisme de lutte en déshérence en Italie.

 

L'accord du 10 janvier : une remise en cause inédite du droit de grève

 

Concrètement, que contient l'accord du 10 janvier ?

 

1 – d'abord, l'acceptation de cet « Accord anti-grève » comme condition à la présentation aux élections d'entreprise : les syndicats qui « acceptent expressément, officiellement, intégralement le contenu de cet accord » seuls peuvent participer aux élections dans les entreprises à la RSU. Tout syndicat de lutte qui refuse cet accord perd toute représentativité dans les entreprises ;

 

2 – un droit à la négociation collective réservé aux syndicats dits représentatifs : en effet seuls les syndicats qui dépassent le seuil de représentativité de 5 %, prenant la moyenne du nombre d'adhérents homologués et des résultats des élections d'entreprise dans les RSU (Représentation syndicale unitaire), peuvent participer aux négociations portant sur les conventions collectives.

 

Or, puisque les syndicats de lutte refusant cet accord ignominieux sont exclus des élections d'entreprise, ils le sont tout autant des négociations sur les conventions collectives.

 

3 – la signature d'accord de branche, d'entreprise par les « syndicats représentatifs » :

 

Le patronat peut ainsi imposer un accord si il dispose du soutien des syndicats représentant 51 % des salariés. Les syndicats tentent de présenter cette disposition comme une avancée, prétendant que cela limiterait les « accords séparés » conclus avec les syndicats maison ou minoritaires.

 

Or, le précédent de FIAT, la signature des trois syndicats majoritaires à cet Accord avec la Confindustria révèlent que cet Accord ouvre la voie à la multiplication d'Accords de branche, puis d'entreprise soumis aux diktats patronaux, au nom de la « compétitivité et de l'emploi ».

 

Si les syndicats majoritaires avancent le fait que le consentement des travailleurs sera nécessaire à l'adoption des conventions collectives, encore une fois l'exemple de FIAT nous montre qu'il est aisé au patron d'exclure les syndicats de lutte de la représentation, de contraindre les travailleurs à signer un accord défavorable le couteau sous le gorge.

 

4 – La limitation du droit de grève, les sanctions contre les forces ne respectant pas l'accord : c'est le point central du « Texte unique sur la représentativité ».

 

Les organisations syndicales, une fois adopté la nouvelle Convention, doivent « s'abstenir de tout conflit de quelque nature que ce soit, qui conduirait à compromettre le fonctionnement normal des processus de négociation prévus par l'accord inter-confédéral ainsi que par les conventions collectives en vigueur ».

 

Cette mise en garde s'accompagne de menaces de sanctions plus claires visant les simples salariés mais aussi les délégués du personnel. Selon le Texte, ces sanctions seront stipulées dans chacune des conventions collectives.

 

En cas de litige – on pense naturellement au conflit qui a opposé le patronat à la FIOM chez FIAT – est prévue une commission d'arbitrage composée de trois représentants syndicaux (CGIL, UIL, CISL), trois représentants du patronat et un « expert » supposé indépendant.

 

De quoi ne laisser aucune illusion aux syndicats de lutte cherchant la voie de l'arbitrage : ils seront jugés par le patronat et ses syndicats complices.

 

5 – Renforcement des Accords d'entreprise sur les Accords nationaux :

 

le Texte unique prévoit d'une part la possibilité d'Accords d'entreprise qui constitueraient des « ententes modificatrices » des réglementations contenues par les conventions collectives de branche, dans les limites prévues par celles-ci.

 

D'autre part, il laisse ouverte la conclusion de « dérogations » aux conventions collectives portant notamment sur la durée du temps de travail, les conditions de travail.

 

La CGIL complice … colère chez les syndicalistes de classe

 

Que cet accord constituant une remise en cause historique du droit de grève en Italie ait été signé par l'UIL et la CISL n'est pas une surprise.

 

Ces deux syndicats réformistes, de collaboration de classe ont été dès leur fondation en pleine guerre froide – le premier sous hégémonie socialiste, le second chrétien – les forces d'appoint du capitalisme italien pour rogner sur les droits gagnés dans la Résistance au fascisme.

 

Pour la CGIL, hélas ce n'est plus une surprise. L'ancien syndicat proche du Parti communiste, hier expression d'un syndicalisme de lutte – révolu précocement, depuis sans doute plusieurs décennies – n'en finit plus de glisser dans les abîmes de la concertation sociale.

 

L'adhésion à la CES (Confédération européenne des syndicats) – où on retrouve une majorité de syndicats socialistes-réformistes, chrétiens, libéraux – en 1974, une première pour un syndicat issu du monde communiste, a marqué une date charnière dans cette conversion à l'idéologie patronale.

 

On se souvient que la secrétaire-générale de la CGIL, Susanna Camusso, avait salué l'avènement au pouvoir de Mario Monti en 2011, elle a affiché des prédispositions au dialogue avec Enrico Letta en 2013 et a encore manifesté ses espérances après la nomination de Matteo Renzi en 2014.

 

Loin de discours de circonstance, Camusso ne cesse de pointer la nécessité de « réformes structurelles ». Un discours étrangement convergent avec celui du numéro 1 du patronat italien, Giorgio Squinzi.

 

En juillet 2012, Squinzi et Camusso avaient même fait le tour de force de se trouver d'accord sur tout – la défense de l'Union européenne, du gouvernement Monti, de la réforme des retraites, des coupes dans les dépenses, la flexibilisation du travail – lors de rencontres organisées par la CGIL !

 

En septembre 2013, la CGIL avait déjà signé un texte commun avec la CISL, l'UIL mais aussi la Confindunstriapour demander une « Loi de stabilité pour l'emploi et la croissance ».



Dans ce document est posée comme valeur la « stabilité », la « gouvernabilité », le respect des « orientations de l'UE », comme leitmotiv : « la réduction des charges fiscales sur le travail et les entreprises ».



Et l'annonce de l'arrivée au pouvoir de Renzi a poussé Camusso a salué l'esprit d'entreprise du leader libéral de gauche : « « On espérait une plus grande ambition (sic) (…) il ne suffit pas de dire que la libre initiative du marché des entreprises, peut-être avec quelques incitatifs, favorisera la relance. Ce sont des choses utiles, toutes, mais il faut des moyens pour créer des emplois ».



Quand on sait que Renzi envisage les cadeaux fiscaux massifs pour les ente prises, la flexibilisation totale du travail, cela fait froid dans le dos !



L'acte de soumission de la CGIL, matérialisé dans cet accord du 10 janvier, Mme Camusso l'assume pleinement :



« la CGIL, la CISL, l'UIL et la Confindustria démontrent ainsi qu'ils savent se rénover, apporter transparence et règles démocratiques à leur propre initiative de négociation, de favoriser la participation des travailleurs, avec leurs votes pour les délégués, sur les accords ».



Cette capitulation de la CGIL a suscité des réactions d'indignation dans certains courants internes, attachés à la résurgence d'un syndicalisme de classe, notamment les courants « La CGIL que nous voulons » et le « Réseau du 28 avril », ainsi que d'anciens dirigeants de la FIOM.



Toutefois, Gianni Rinaldini et surtout Maurizio Landini – tous deux figures historiques de la FIOM – affichent une crédibilité limitée.



Ainsi, ce dernier a accueilli avec enthousiasme l'accord préalable du 31 mai 2013 – annonçant le « Texte unique sur la représentativité » du 10 janvier – avant de faire volte-face, à quelques semaines du congrès de la CGIL … alors que Landini avait accepté de signer la base commune avec Susanna Camusso, votée à 97 % par les adhérents de la CGIL en décembre 2013.



De son côté, un autre dirigeant historique de la FIOM, animateur du « Réseau du 28 Avril », Giorgio Cremaschi a dénoncé avec vigueur :



« ces dispositions qui violent les principes et le Statut de la CGIL, donc la signature de Susanna Camusso est illégitime, elle ne nous représente pas et pour nous n'a aucune valeur. Nous désobéirons et combattrons cet accord pour la défense des libertés syndicales et de celles des travailleurs ».



Dans le même temps, l'USB (Union syndicale de base), le syndicat de lutte qui monte – confédération de syndicats de base, comptant 600 000 adhérents, qui a adhéré à la FSM l'an passé – a également condamné cet accord dont il devrait être le premier pénalisé :



« l'USB va lancer une campagne pour défendre la démocratie et le droit de grève. Ce sera une mobilisation dure et longue contre un accord qui acte des règles démocratiques, remet en cause le droit de grève, pour permettre aux entreprises de développer sans troubles leur politique.



L'USB va inviter les travailleurs à abandonner immédiatement la Cgil, la Cisl, l'Uil e l'Ugl pour construire ensemble une véritable, crédible et indépendante alternative syndicale ».



L'exemple italien, comme celui allemand, est instructif du danger du concept de « représentativité syndicale » comme instrument d'intégration des syndicats de lutte à une logique de collaboration de classe. La signature de l'Accord sur la représentativité syndicale en 2008 en France doit nous faire réfléchir – dans des contextes nationaux très différents – sur ce processus.



En tout cas en Italie, il existe des syndicalistes sur des positions de classe prêts à menacer la résistance face à cet « Accord anti-grève » : c'est à eux que doit aller notre soutien !



Voir les textes précédents :



Sur l'Allemagne : En Allemagne, remise en cause du droit de grève au nom de l’ « unité » et de la « représentativité » syndicale



Sur l'attaque de la FIAT en 2010-2011 : Chantage du patron de FIAT à l'usine de Pomigliano: alignement sur les conditions de travail des ouvriers polonais ou fermeture de l'usine

Remise en cause historique des droits syndicaux par le patron de FIAT à Mirafiori-Turin: le syndicat des métallurgistes FIOM crie au « néo-corporatisme » et appelle à la grève le 28 janvier



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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 05:29

loghi_tsipras.jpgEn Italie, la « liste Tsipras » soutenue par le PGE, défend l'Union européenne, l'euro mais exclut les communistes italiens (PdCI) !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

L'Italie, miroir de la décomposition de la gauche et de la liquidation du communisme. Une étape est franchie pour les élections européennes avec la « liste Tsipras » qui parvient même à effacer ce qu'il reste de la gauche italienne derrière Tsipras choisi comme tête de liste.

 

La nouvelle a de quoi laisser bouche bée. Non seulement les communistes italiens ne se présenteront pas sous leur propre nom aux prochaines européennes, ce qui n'est pas nouveau, mais ce sera le cas de toute la gauche italienne organisée rangée derrière une « liste citoyenne ».

 

Cette liste réussit même désormais à s'effacer plus seulement derrière la « gauche » mais à s'effacer tout court derrière un sauveur venu de Grèce : ce sera la « liste Tsipras – pour une autre Europe ».

 

Alexis Tsipras sera la figure de cette liste. Le chef de SYRIZA est la garantie d'une « gauche responsable », c'est-à-dire réformiste, pro-européenne, prête à négocier avec les dirigeants du FMI, de l'UE, de la BCE pour « aménager l'austérité ».

 

Une liste initiée en janvier 2014 par six intellectuels italiens connus pour leurs positions réformistes voire libérales au sens américain du terme, anti-communistes, posant comme condition à cette liste l'effacement de toute référence aux partis communistes, et aux organisations de gauche.

 

Les promoteurs de la liste se présentent comme des « personnalités de la société civile », dégagées de tout engagement politique (même le terme « gauche » est absent de leur Manifeste!), réunis pour un même but : « construire une autre Europe » qui passe par plus d'intégration européenne !

 

Un programme en 10 points … dont 9 pour renforcer l'intégration européenne !

 

Sur quel programme cette liste va-t-elle se constituer ?

 

D'abord sur une « idéologie anti-parti ». C'est dans l'esprit dominant en Italie, celui entretenu par Beppe Grillo et son populiste « Mouvement 5 Etoiles » avec le rejet de toute la politique organisée, de droite comme de gauche. Un discours qui en Italie, depuis le « qualunquisme » (équivalent du poujadisme en Italie) n'est jamais totalement exempt de relents fascisants.

 

En effet, les tenants de la liste refusent tout symbole politique, toute référence à des organisations de gauche. Son symbole sera sobrement un rond rouge avec le slogan : « Une autre Europe avec Tsipras ».

 

Une ligne résolument pro-européenne. Les promoteurs de la « liste Tsipras » ne pensent qu'à cela, des obsédés de l'Union européenne !

 

Pas étonnant quand on sait que leur idole grecque s'est imposé comme un partenaire crédible pour les dirigeants européens sous la ligne : « Il faut sauver l'Union européenne, l'Euro ».

 

En effet, sur les 10 points de leur programme, au moins 9 impliquent directement un renforcement de l'intégration européenne, le 10 ème constitue une critique acerbe … du « partenariat trans-atlantique », péril pour notre Europe. Non à l'Europe américaine, l'Europe aux européens !

 

Si on prend le programme point par point, la « liste » se présente comme la seule « force alternative », ce qui suppose en fait une alternative non pas pour les travailleurs mais pour l'Europe elle-même.

 

Le point 1 expose le fait qu'il faut impérativement faire une « Europe politique » mais sur d'autres bases que celles des réformes structurelles, de l'austérité.

 

Le point 2 déclare que « l'Europe fédérale est la voie royale à l'ère de la globalisation ». Les promoteurs osent prétendre que la « Grèce ou l'Italie y seraient alors l'équivalent de la Californie pour les Etats-unis », protégés par un Etat fédéral qui « unirait les Etats » (sic).

 

Le point 3 refuse de « défendre de façon prioritaire les intérêts nationaux », le point 4 propose un « plan Marshall pour l'Europe », le point 5 envisage une « renégociation des traités européens », ainsi qu'une « pétition citoyenne européenne » en ce sens.

 

Le point 6 innove avec la mise en avant d'un « Plan d'emploi européen » chiffré à 100 milliards d'€, financé par les citoyens européens (!).

 

Le point 8 synthétise la ligne de la « liste Tsipras ». Il s'agit de « changer la nature des institutions européennes ». Cela passe par la consolidation du Parlement européen qui doit devenir « une institution vraiment démocratique » : capable de légiférer, d'élire un gouvernement européen d'imposer de nouvelles taxes en remplacement de celles nationales.

 

Le point 9 s'attaque à la question centrale : celle de l'Euro. La « liste Tsipras » revendique fièrement le fait qu'elle « est contre la sortie de l'Euro », prévoyant dans ce cas l'apocalypse : réveil des nationalismes, crise économique, dépendance américaine.

 

Enfin, le point 10 lance un cri contre la résurgence des nationalismes, la montée des extrême droite – assimilés à une position anti-européenne – ce qui les pousse à se mettre (attention, cela fait mal) à se mettre sous l'autorité du texte fondateur du … « Manifeste de Ventotene ».

 

Ce « manifeste » écrit en juin 1941 est connu pour être celui du « fédéralisme européen ». Son auteur, Alberto Spinelli sera une des figures du mouvement fédéraliste européen, aux côtés des anti-communistes de droite français Alexandre Marc et Henri Frenay.

 

Pour ceux qui se souviennent, l'Union des fédéralistes européens – qui s'appuie sur le « Manifeste de Ventotene » - avait présenté aux présidentielles françaises Jean-Claude Sebag en 1974 qui avait réalisé 0,1 % des voix. Tsipras sera-t-il le Sebag de l'Italie ?

 

Un réformisme sans rivages inspiré de l'esprit démocratique américain ! Si on résume les propositions de la liste, elles sont caractérisées par un réformisme plat, supposant toutes plus d'intégration européenne, compatibles avec une conciliation capital-travail, voire avec certaines propositions du gouvernement Renzi.

 

Ainsi, on y retrouve un « plan Marshall pour l'Europe » et une « Conférence sur la dette » comme celle de Londres en 1953 pour la RFA : deux propositions, rappelons-le, nées dans un contexte de Guerre Froide pour créer une Europe unie, une RFA forte face au péril communiste !

 

On peut passer sur le « Plan européen pour l'Emploi » : 100 milliards par an sur 10 ans pour lancer une politique de grands travaux, de transition énergétique totalement compatibles avec les projets fédéralistes européens.

 

Parmi les autres propositions, on retrouve le renforcement des pouvoirs de la BCE mais aussi sur l'insistance sur la « taxation des revenus financiers », le Manifeste pestant sur le fait qu'ils soient beaucoup moins taxés que le travail (entendre, les cotisations sociales patronales).

 

Or c'est précisément le projet de Matteo Renzi que d'augmenter les taxes sur les revenus financiers pour baisser drastiquement le montant des cotisations sociales patronales. Une heureuse coïncidence.

 

Enfin, même si le texte dénonce le péril du « partenariat trans-atlantique », les références à l'idéologie progressiste américaine sont omniprésentes : New Deal, Plan Marshall, fédéralisme américain .. et même la proposition d'élaborer une charte qui commencerait, comme la Constitution américaine, par « We the peoples ». On croit rêver !

 

Une liste où on trouve trois plus de profs de fac que d'ouvriers !

 

Qui sont les fameux promoteurs de cette « liste de la société civile » ?

 

On pourrait faire une analyse sociologique, de classe des candidats, elle est édifiante.

 

Sur les 72 candidats répertoriés, la catégorie la plus représentée, ce sont les .. « professionnels de la politique » qui n'ont pas d'autres occupations que leur postes d'élus, de permanents politiques, de professionnels de l'associatif. C'est 21 des 72 noms (30 % des candidats).

 

Ensuite, par ordre décroissant, on peut identifier 11 professeurs d'université (15 %), 15 écrivains/journalistes (20 %), 5 acteurs/chanteurs/artistes (7 %), 5 enseignants (7 %), 3 cadres du privé (4 %), 4 professionnels du droit hors professeurs, avocats ou juge (5 %), 2 fonctionnaires européens/internationaux (3 %) et 2 médecins (3 %).

 

Parmi les autres candidats, aucun employé d'exécution, aucun chômeur, aucun agriculteur ni petit commerçant. On trouve par contre 4 ouvriers présents (pour des candidatures de témoignage?) : soit 5 % des listes.

 

La liste Tsipras, c'est donc 95 % de « capacités » – de cette bourgeoisie essentiellement intellectuelle, culturelle – et 5 % d'ouvriers.

 

« Tsipras, une autre Europe » apparaît nettement comme le parti des professeurs d'université, des avocats, des journalistes et des médecins.

 

Or, il faudrait presque s'arrêter là tant les têtes pensantes derrière ce projet. Les six intellectuels italiens qui ont lancé le Manifeste pour une liste Tsipras le 17 janvier sont bien connus à gauche.

 

Ce sont essentiellement les rédacteurs de la revue « Micromega » – cette appendice du groupe de presse libéral de gauche l'Espresso, dont fait partie la revue Repubblica avec le rôle qu'on connaît le rôle néfaste qu'elle a joué dans la liquidation du PC italien.

 

MicroMega se situerait en France, pour trouver un point de comparaison, à équidistance entre l'Express et Politis et depuis sa création, en 1986, s'est fait l'écho de la recomposition d'une gauche « dégagée des partis » … même si on retrouve parmi ses plus proches collaborateurs des politiciens du Parti démocrate (PD) comme Furio Colombo, Stefano Fassina ou Corradino Mineo.

 

Des noms connus aussi pour avoir tenté déjà en 2009 de monter une liste du « Parti des sans-parti » autour du juge anti-mafia Antonio di Pietro (le Eva Joly italien).

 

Le parcours d'un certain Paolo Flores d'Arcais résume bien celui de ses congénères : lui qui fut exclu de la jeunesse communiste pour trotkiste, tenant du « réformisme radical » après 1968, il finit par adhérer au Parti démocrate (de gauche) en 1991 dont il devient un des intellectuels dans une perspective nettement anti-communiste (sa philosophe fétiche est Hannah Arendt!), il cherche depuis 2009 à piloter un projet permettant de court-circuiter des candidatures communistes.

 

La liste Tsipras a déjà reçu des soutiens enthousiastes chez des intellectuels et politiciens souvent très loin de l'univers communiste : le député PD Furio Colombo (ex-président de la FIAT USA!), Carlo Freccero (ex-directeur des programmes de la « Cinq » de Berluconi en France, si!), le centriste vétéran du Parti radical Stefano Rodota ou deux députés du « Mouvement 5 étoiles ».

 

Et surtout, Fausto Bertinotti, premier président du PGE, soutien du deuxième gouvernement de l'austérité de Prodi (2006-2008), promoteur du premier plan de liquidation de Refondation communiste avec la « Liste Arc-en-ciel » en 2008 a apporté son appui enthousiaste au projet.

 

Pour le public français, il suffira de citer les noms d'Etienne Balibar ou d'Enzo Traverso pour voir que les noms derrière ce projet sont bien loin de ceux qu'on pourrait imaginer en tant que communistes français !

 

Une « liste Tsipras » ... qui exclut les communistes !

 

Et les communistes dans tout cela ? Refondation communiste a accepté cette liste au prix d'une sous-représentation manifeste sur les listes (à peine une dizaine de cadres encartés), sans garantie d'obtenir un seul élu.

 

Dans le même temps, « Gauche, écologie et libertés » (SEL), né en 2009 d'une scission menée par Nichi Vendola et les perdants de la liquidation du Parti de la refondation communiste, a sauté sur l'occasion pour apporter son soutien au projet liquidateur.

 

SEL s'est distingué – sous la férule de son chef charismatique M.Vendola – par son zèle comme « caution de gauche » du Parti démocrate, participant même à la mascarade des primaires de gauche, tandis que Vendola est connu pour ses positions parfois excentriques : lui qui est un fan de Jean-Paul II et un sioniste avoué.

 

Les « tenants de la société civile » ont accepté la présence minorée de ces partis. Par contre, ils ont opposé une fin de non-recevoir au Parti des communistes italiens (PdCI).

 

Pourtant, le PdCI avait envisagé dans un premier temps de participer à la démarche commune, comme il avait accepté en 2008 la « Liste arc-en-ciel », en 2013 la « Révolution civique » d'Antonio Ingroia, deux expériences qui se sont soldées par des résultats catastrophiques, la perte de tous les élus et un nouveau pas dans la liquidation du mouvement communiste.

 

Cette fois, les liquidateurs du communiste italien – ayant trouvé une nouvelle formule sous la « liste Tsipras » - ne vont même plus laisser de place aux cadres du Parti des communistes italiens (PdCI).

 

Dans leur déclaration, les dirigeants du PdCI ne comprennent pas la raison de cette exclusion, eux qui affirment dans une pétition de solidarité « qu'ils sont la composante qui se bat avec le plus de détermination contre la politique libérale et militariste de l'Union européenne ».

 

Le hic, c'est que ce n'est bien sûr pas le but de la « liste Tsipras », destinée à amortir le choc de ses politiques de guerre contre les peuples.

 

Une liste qui ne peut pas tolérer que le PdCI ait exprimé une position critique par rapport au PGE (dont il n'est toujours pas membre), soulève des doutes sur l'intégration européenne.

 

Le PdCI a lancé une déclaration par la voix de son secrétaire Cesare Procaccini indiquant que le parti « ne ferait pas voter pour la liste Tsipras », mais qu'il lancera sa propre campagne politique pendant le scrutin.

 

Selon le dernier sondage EMG, la liste Tsipras est annoncée à 3 % – soit exactement le score obtenu lors des dernières déroutes de 2008 et 2013, mais en ayant cette fois effacée la moindre référence à la gauche – ce qui ne permettrait pas de dépasser le seuil de 4 %, nécessaire pour obtenir un élu.

 

Jusqu'où va continuer l'inexorable liquidation de tout ce qu'il reste du communisme italien, emportant avec lui tout ce qui ressemble de près ou de loin à la gauche et au mouvement ouvrier ?

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