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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:58

fdsLa « Fédération de la gauche » explose en Italie sur fond de recomposition politicienne et de soutien à la future gauche plurielle

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Vingt ans après la liquidation du PCI, ce parti que Pasolini qualifait d'« île de probité dans un océan de saleté », toute la saleté de la vie politique italienne qui refait surface.

 

Après la tragédie, la farce. La tragédie sociale, c'est la politique de « rigueur » menée par l'ex-commissaire européen et conseiller de Goldman Sachs, Mario Monti.

 

Le « dictateur » romain imposé par Bruxelles a bénéficié pendant un an du soutien sans failles au Parlement du centre-gauche comme de la droite pour mener sa politique impopulaire : relèvement de l'âge de la retraite, coupes dans les budgets publics, austérité salariale.

 

Après sa démission, c'est le retour du bal des hypocrites. Dans une farce politique où l’humoriste populiste Beppe Grillo, devenu une drôle d'alternative au consensus dominant avec ses positions aux relents de qualunquisme (NdT : équivalent du poujadisme en Italie) n'est pas le seul comique en lice.

 

A droite, avec la croisade de Berlusconi pour « sauver l'Italie » des griffes de la bureaucratie bruxelloise. Celui qui a accepté de se soumettre au diktat de Bruxelles il y a un an a du mal à cacher sa complaisance de fond : il a même proposé de retirer sa candidature si Monti prenait la tête d'une « coalition des modérés ».

 

La mise en scène européenne, entre louanges pour Monti et opprobre pour Berlusconi ne trompe personne. Construire une légitimité au futur gouvernement de centre-gauche, tout en renforçant la future opposition de droite, menée par les néo-fascistes plus que par Berlusconi.

 

A gauche, les primaires à l'américaine du PD ont atteint des sommets. L'ancien liquidateur du PCI, privatiseur de l'ENEL (EDF italien) en 1999, Pier-Luigi Bersani a pu s'appuyer sur la droitisation de son parti.

 

Avec comme aile-droite l'épouvantail que représente le « Tony Blair italien », le jeune maire de Florence, Matteo Renzi. Moderne, pour le « mariage pour tous »... mais aussi pour les coupes dans les dépenses publiques, les exonérations fiscales pour les entreprises, la libéralisation du marché du travail. Il a récemment soutenu le patron de FIAT dans sa guerre d'intimidation contre ses ouvriers.

 

Et comme caution de gauche, l'ex-liquidateur de Refondation communiste, Nichi Vendola.

 

Le président des Pouilles, chouchou des médias, espoir de la gauche radicale, a créé un parti à la mesure de sa mégalomanie (« Gauche, écologie et libertés »), avec même des organisations locales constituées autour de sa personnalité (« les usines de Nichi ») pour les dernières élections régionales.

 

L'éclectisme de ses positions laisse pantois : catholique fervent, admirateur de Jean-Paul II mais partisan du « mariage gay » ; européiste animé par le projet d'Adenauer et Monnet et sioniste patenté ; critique de l'ultra-libéralisme mais défenseur de réformes libérales dans sa région, vantées par la patronne du MEDEF italien, Emma Marcecaglia : « Vendola est le meilleur gouverneur d'Italie du sud, sa région des Pouilles est la mieux gérée ».

 

Quant à son passé de communiste, Vendola fait le choix du repenti : « Je ne me définis plus comme un communiste. Le communiste était une question merveilleuse mais ce fut aussi une terrible réponse. Ce fut un grand rêve et un cauchemar horrible. Je n'ai aucune tolérance pour le cauchemar, une idéologie qui a produit les goulags ».

 

Face à cet épouvantail à droite et ce rabatteur à gauche, Bersani n'a guère eu de mal à se faire élire comme candidat du centre-gauche aux futures législatives.

 

Quant à son programme économique, il continuera l'oeuvre de Monti :« nous avons beaucoup plus aidé le gouvernment Monti que vous ne le pensez, nous avons servi de tampon sur les questions sociales » confiait-il au Wall Street Journal au début du mois.

 

Et il s'inscrit par ailleurs dans l'esprit de celui de l'ultra-libéral Renzi auquel il a même reproché... d'avoir copié son programme. Tout un programme !

 

Et les communistes dans tout cela?

 

Que proposent le Parti des communistes italiens (PdCI) et Refondation communiste (PRC) – insérés depuis 2008 dans la Fédération de la gauche – face à ce système verrouillé et mis en scène par l'idéologie dominante ? Plutôt que de prendre leurs distances, ils y rentrent pleinement et alimentent la droitisation de la vie politique.

 

Le PdCI a choisi de rentrer dans la primaire, soutenant Vendola au premier tour puis Bersani au second. Comme justification apportée, la volonté de « ramener les communistes au Parlement, de reconstruire des chemins unitaires à gauche et mettre fin au berluconisme et au montisme avec une nouvelle alliance de centre-gauche pour une autre Europe ».

 

Face à cette participation à une nouvelle « gauche plurielle » à l'Italienne comme en 1998 et en 2006 sous Romano Prodi, Refondation communiste (RC) semble garder une posture de radicalité mais pour proposer un projet de recomposition plus large : la création d'une nouvelle formation politique à gauche.

 

Prenant exemple sur Izquierda Unida en Espagne, die Linke en Allemagne, le Front de gauche en France, RC propose une « nouvelle formation qui réunisse tous ceux à la gauche du PD : de di Pietro aux mouvements pour l'environnement. Le PD a fait disparaître le mot 'gauche'. Il faut créer une nouvelle chose de gauche pour partir sur un New Deal en Italie ».

 

Dans sa proposition de « Quatrième pôle », RC propose une alliance avec Nichi Vendola, le juge de droite Di Pietro (l'Eva Joly italien)... qui ont pourtant déjà accepté de rentrer dans la future gauche plurielle menée par le PD !

 

Derrière ces deux projets de recomposition, contradictoires en apparence (« identité communiste » pour négocier des postes au PD vs « pôle de radicalité » pour canaliser in fine vers le PD), c'est le fiasco de la Fédération de la gauche (FdS) qui éclate au grand jour.

 

Rappelons qu'en 2008, un tout autre projet politique était porté par les bases militantes du PdCI et de Refondation communiste : celui de l'unité des communistes pour reconstruire un nouveau Parti communiste italien.

 

Après quinze ans de dérive liquidatrice au sein de Refondation communiste, avec l'équipe Bertinotti-Vendola, le projet d'un parti de « gauche » unique, la Gauche arc-en-ciel, conduisait à un échec historique aux élections de 2008 : 3% et l'expulsion des communistes du parlement.

 

Les militants de Refondation communiste avaient alors renversé la direction liquidatrice, tandis qu'au PdCI les bases militantes forçaient la direction à faire un retour auto-critique sur le soutien passé aux gouvernements de centre-gauche et à envisager de relancer l'unité des communistes.

 

Ce formidable élan pour l'unité des communistes a ensuite été récupéré par des franges liquidatrices au sein des deux partis, sous l'égide du PGE, pour le rabattre vers la création d'une force de gauche non-communiste, proposant des solutions compatibles avec la social-démocratie.

 

Quatre ans après, si cette nouvelle mouture du projet liquidateur est en train d'exploser sous le poids de ses propres contradictions, hélas les conditions pour la renaissance d'un véritable mouvement communiste en Italie semblent compromises. Le rapport de force de 2008 anéanti.

 

En réalité, le projet liquidateur du PGE en Italie, en échec sur sa capacité à construire autre chose n'est en réussite que sur un point : détruire ce qu'il reste de l'organisation communiste en Italie, empêcher toute reconstruction.

 

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 18:56

monti-camusso-ridono.jpgEn Italie, la gauche parlementaire et les « partenaires sociaux », CGIL en tête, jouent l'opposition de façade au plan d'austérité concocté par Mario Monti

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Légende de la photo: Susanna Camusso, numéro 1 de la CGIL, et Mario Monti, président du conseil italien

 

 

Loin le temps où la « gauche » italienne se félicitait du départ de l'industriel fantasque Silvio Berlusconi, et accueillait avec bienveillance l'ancien commissaire européen, le conseiller de Goldman Sachs, Mario Monti.

 

Placé directement par Bruxelles à la tête d'un gouvernement technocratique non-élu, avec la complicité de la classe politique italienne, droite et gauche confondue, le rôle du gouvernement Monti était de mettre en place les mesures d'austérité draconiennes, dictées par Bruxelles, et dont la gauche démocrate et la droite libérale n'assumaient pas la mise en œuvre.

 

Neuf mois après son intronisation, Mario Monti a annoncé ce week-end un nouveau plan d'austérité, le cinquième en deux ans, chiffré à 26 milliards d'euros sur trois ans, le deuxième plan « Monti » après celui adopté à la fin 2011, s'élevant à 78 milliards.

 

Un nouveau plan d'austérité qui surpasse l’œuvre de démolition sociale de Berlusconi

 

Un plan qui se construit sur quatre axes principaux qui vont toucher uniquement les travailleurs, surtout les plus modestes, et épargner les grandes entreprises italiennes.

 

Premier axe, l'augmentation des impôts les plus injustes. La TVA sera rehaussée de 20 à 23% en juillet 2013, soit après des élections législatives qui s'annoncent sensibles.

 

Deuxième axe, les coupes dans les budgets de la fonction publique, avec une baisse générale de 10% du nombre des fonctionnaires.

 

L'état de la santé régionalisée, déjà en péril, va devenir critique avec de nouvelles coupes de 5 milliards d'euros, après celles de 5 milliards l'an dernier. 18 000 hôpitaux devraient être supprimés d'ici la fin de l'année. Aucun secteur ne sera épargné, ni la défense avec une réduction des effectifs de 10%, ni la justice avec la fermeture de 75 tribunaux ni même l'éducation enfin où 4 000 postes devraient être supprimés.

 

Troisième axe, achever la régionalisation en achevant les régions. Outre les coupes dans les services publics régionalisés, le gouvernement prévoit de vider de son sens l'échelon provincial, équivalent de nos départements, en éliminant la moitié des provinces (60 sur 110), réalisant autant d'économies avec le reclassement et licenciement des agents provinciaux.

 

Quatrième axe, les grandes réformes structurelles contre les travailleurs. Ce que Berlusconi n'a jamais pu faire, Monti va le faire.

 

D'une part, la grande réforme des retraites, avec le passage du nombre d'années de cotisation de 40 à 42 ans, la hausse de 60 à 66 ans pour le départ à la retraite des femmes, le calcul des pensions sur l'ensemble de la carrière et non les dernières années, le gel de l'indexation des retraites sur l'inflation.

 

D'autre part, la réforme du marché du travail, qui va renforcer la précarisation de millions de travailleurs italiens. En effet, la réforme visait à faciliter les licenciements pour les entreprises, remettant en cause l'article 18 de la Constitution interdisant les « licenciements sans motif valable », et également à instaurer comme norme pour l'embauche des jeunes travailleurs le contrat d'apprentissage.

 

Une opposition de façade de la « gauche » parlementaire et des syndicats de concertation sociale à un an des élections

 

Face à cette offensive frontale vis-à-vis des droits des travailleurs, l’attitude des partis, représentants du patronat et surtout des salariés n'est pas sans hypocrisie.

 

Du côté des partis, à un an des élections législatives, c'est un double discours général avec une opposition de façade émanant du Parti démocrate de centre-gauche, mais aussi des rangs du parti du Peuple des Libertés de Silvio Berlusconi.

 

Le Parti démocrate (PD) atteint des sommets d'hypocrisie. Alors qu'il fut le premier parti à soutenir le « gouvernement technocratique » en novembre destiné à lancer les grandes « réformes structurelles » dictées par l'UE, que ces députés avaient massivement voté la confiance (556 sur 630 députés en tout, seule la Ligue du Nord l'avait unanimement refusé), à moins d'un an des élections le ton change.

 

Le PD dénonce désormais les coupes dans la santé, la fermeture des tribunaux et construit, en pleine complicité avec la CGIL des axes de lutte artificiels sur les grandes batailles des retraites et du code du travail, destinés à « négocier » des réformes aménagés.

 

Car c'est du côté des syndicats, et en premier lieu de l'ancien syndicat de classe lié aux communistes, aujourd'hui courroie de transmission du PD, la CGIL, que l'opposition de façade au gouvernement Monti est la plus manifeste.

 

Les syndicats jaunes de la CISL (catholique) et de l'UIL (social-démocrate) feignent de dénoncer un plan d'austérité dur pour mieux faire accepter l'idée de son inévitabilité et surtout de le négocier et de l'amender, dans le cadre du dialogue social. Un discours repris par la CGIL, pourtant historiquement syndicat de classe.

 

Il faut rappeler que la CGIL avait accueilli plutôt favorablement, au nom de l'anti-berlusconisme officiel mais aussi du passé européen de M.Monti, le nouveau gouvernement, censé offrir une phase de réformes structurelles nécessaires négociés avec les partenaires sociaux.

 

Susanna Camusso a même participé à la première phase de négociation de la réforme du code du travail avec la ministre du travail Fornero et l'ex-secrétaire de la Confindustria (MEDEF italien) Marcecaglia.

 

Aujourd'hui, elle est présentée comme la première opposante, main dans la main avec le PD, à un plan d'austérité présenté comme un plan de « coupes », une « boucherie sociale ». La réalité des positions de la CGIL est beaucoup plus nuancée.

 

D'étranges convergences entre le patron des patrons et la numéro 1 de la CGIL

 

C'est ce que révèle une étrange rencontre entre la secrétaire de la CGIL et le nouveau leader de la Confindustria Giorgio Squinzi, lors de rencontres organisées par la CGIL (CGIL Incontri) à Serravalle Pistoiese, où les deux « partenaires sociaux » se sont trouvés d'étonnantes convergences vis-à-vis de l'action du gouvernement Monti.

 

Camusso et la CGIL opposés aux réformes Monti ? Donnons-lui la parole :

 

  • Sur la révision et la coupe des dépenses (spending review) publiques : « Je n'ai jamais été contre la spending review, si on l'entend comme une révision des dépenses. Les coupes doivent être ciblées et non linéaires ». Giorgio Squinzi a partagé entièrement l'avis de Camusso ;

 

  • Sur la réforme des retraites, la CGIL attaque la forme et non le fond de la réforme. Elle dénonce le cas des près de 300 000 travailleurs qui devaient partir à la retraite et se voient contraints de travailler deux ans de plus mais pas l'idée même d'augmenter les années de cotisations, ou de reculer l'âge de départ à la retraite ;

 

  • Sur la réforme du code du travail, la CGIL ne s'attaque encore une fois non au fond mais à la manière dont la réforme est mise en œuvre. « La réforme doit être modifiée, les amendements que nous avons émis pris en compte ». Avec l'acquiescement du patron des patrons, Camusso insiste bien sur la nécessaire simplification des contrats de travail ;

 

  • Sur le dialogue social, Susanna Camusso regrette que ce gouvernement « ne veuille pas discuter avec les partenaires sociaux, les impliquer dans le processus », autrement dit dans l'élaboration des contre-réformes. Naturellement, le patron de la Confindustria partage cet avis : « Il faut aujourd'hui plus de dialogue social » ;

 

  • Sur le gouvernement Monti, Camusso critique des « choix iniques sur le plan du travail » mais dresse un bilan général presque positif du gouvernement. « Il faut dire qu'avec ce gouvernement on a regagné une crédibilité internationale, et c'est plus la tournée du cirque Barnum dans toute l'Europe. La lutte contre l'évasion fiscale est aussi une bonne chose, car on en est revenu à un pacte de citoyenneté pour le paiement des impôts ». Dit plus clairement, le gouvernement Monti est de loin préférable au gouvernement Berlusconi, dont les coupes étaient pourtant, proportionnellement sur une dizaine d'années bien inférieures à celles prévues en un an par Mario Monti ;

 

  • Sur l'Europe, Camusso et Squinzi ne font pas que converger, ils parlent d'une seule voix : « Il nous faut les Etats d'unis d'Europe, une Europe politique » ;

 

Les convergences sidérantes entre la numéro 1 de l'ex-syndicat de classe de la CGIL et le patron des patrons ne sont hélas pas une surprise, la fausse opposition aux mesures d'austérité de Mario Monti, masquant l'ampleur des convergences tant sur les grandes réformes structurelles que sur l'adhésion au fédéralisme européen.

 

La ligne de Susanna Camusso, c'est celle de la CES (Confédération européenne des syndicats) financée par la Commission européenne pour promouvoir les idées d'intégration européenne et de dialogue social, contre un syndicalisme de classe.

 

En décembre 2011, Camusso était une des signataires d'un appel lancé par des syndicalistes européens de la CES pour sauver le « modèle social européen ». Un appel pour défendre en réalité et approfondir l'intégration européenne, le dialogue social ainsi qu'un modèle de co-gestion.

 

Ce dont le peuple Italien a besoin aujourd'hui, c'est de la reconstruction d'un Parti communiste italien fort, vingt ans après sa liquidation, capable d'impulser et de diriger des mouvements de lutte contre ce consensus dominant, celui de gouvernements au service du patronat et de l'UE, et de syndicats réformistes et de dirigeants politiques dits de gauche, collaborant à la mise en œuvre de cette politique.

 

Pour nous français, alors que François Hollande s'est réclamé dans la campagne de l'exemple courageux de Mario Monti, l'heure est à la vigilance face à la politique de « rigueur » qui s'annonce, mais aussi face aux fausses oppositions qui pourraient se manifester.

 

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 09:38

grillo_thumb.jpgL'émergence du « grillisme » et de l'anti-politique en Italie

 

Vingt ans après la liquidation du PCI, recomposition et décomposition de la vie politique italienne


 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

L'Italie fut un laboratoire d'une vie politique décomposée, recomposée et aujourd'hui en voie de délitement. Une scène politique redessinée par le grand capital italien après l'explosion de la scène politique de l'après guerre, tirant profit de deux opportunités historiques : le scandale de corruption Mani pulite et surtout la liquidation du Parti communiste italien, en 1991.

 

Vingt ans après, cette vie politique recomposée autour de deux grands pôles – les ex-communistes devenus démocrates à l'américaine, et le berlusconisme à droite – est à son tour en train de s'effondrer, laissant voir le champ de ruines qu'a laissé en Italie la disparition du plus grand parti communiste d'Europe occidentale.

 

La faillite de la classe politique italienne, recomposée après 1991, est mise en évidence par une série d'éléments :

 

  • rejet massif des deux partis du consensus dominant, qui va bien au-delà de la simple déchéance du mouvement mené par Silvio Berlusconi, mais touche aussi un Parti démocrate (PD) qui ne se maintient que par sa posture d'opposition formelle à la droite et à l'extrême-droite italienne aux accents néo-fascisants. Un rejet d'une politique libérale et européiste, avec toutes les ambiguités d'un rejet aussi de la « partitocratie » qui n'est pas loin du « tous pourris », ce sur quoi a longtemps flirté la formation d'extrême-droite de la Ligue du nord ;

 

  • la mise sous tutelle par l'Union européenne avec le gouvernement Monti ; l'ancien commissaire européen, conseiller de Goldman Sachs, appelé à la rescousse par l'Union européenne pour diriger la quatrième puissance européenne et adoubé par les deux partis dominants, c'est le spectacle d'un pouvoir confisqué, d'une classe politique qui achève d'être illégitime aux yeux des Italiens même. Ligue du nord exceptée encore une fois, tous les partis parlementaires ont accepté ce « coup d’État » de palais ;

 

  • une vie politique gangrenée par les scandales de corruption ; l'opération Mani pulite n'a guère solutionné ce mal italien, né de la collusion entre milieux économiques et classe politique mais aussi de la spécificité d'une Italie où les contrats frauduleux portent parfois la marque de la Mafia, comme sur l'attribution douteuse du pont de Messine. Des scandales qui ont éclaboussé le parti de Berlusconi, n'ont pas totalement épargné le centre-gauche mais ont surtout touché dernièrement le groupe dirigeant de la Ligue du nord, autour d'Umberto Bossi. Le mouvement Italie des Valeurs (IdV), classé à gauche pour son opposition au berlusconisme mais animé par le juge de centre-droit, l'intègre Antonio di Pietro, sorte de Eva Joly transalpin, est né du rejet de ce mal italien ;

 

  • l'extrême personnalisation de la vie politique italienne ; excepté peut-être le Parti démocrate, toutes les formations italiennes sont incarnées par une « grande gueule » qui passe à la TV pour taper du poing sur la table et annoner des slogans démagogiques. C'était le propre de la droite berlusconienne et de l'extrême-droite bossienne, poissons-pilote de cette personnalisation, aujourd'hui sérieusement entamés par les scandales. C'est à gauche que cette personnalisation de la politique est en train d'atteindre son comble. Notamment avec un certain Nichi Vendola, l'ancien dirigeant liquidateur de Refondation communiste, sioniste, ancien fan de Zapatero dans les années 2000, candidat potentiel aux primaires du Parti démocrate. Le culte de la personnalité développé par un Vendola est aussi une forme de dégénérescence de la gauche italienne et de la vie politique dans son ensemble ;

 

C'est dans ce contexte, certes de rejet populaire du consensus dominant et de la tutelle européenne, mais aussi de sentiments populistes d'opposition à la « partitocratie » et à la « kleptocratie », et enfin d'adhésion à des solutions démagogiques prônées par des grandes gueules en dehors des partis que naît le mouvement 5 étoiles de l’humoriste Beppe Grillo.

 

Un mouvement ancré dans des traditions contestataires italiennes : des restes du PCI au « qualunquisme » poujadiste

 

Au-delà des rapprochements avec des tentatives similaires échouées en France, de Coluche à Patrick Sébastien, le mouvement de Grillo s'inscrit autant dans un contexte politique national bien précis que dans un mouvement européen de rejet de la politique, exprimant aussi un sentiment confus d'une autre politique, sous des formes très diverses : partis « pirate » en Allemagne et en Europe du nord ou indignés en Espagne et en Europe du sud.

 

La seule unité du mouvement « grilliste », c'est une vague opposition à un système indéfini. Relayés par le langage volontairement vulgaire de Grillo, c'est le « Vaffanculo ». Un 'Va te faire foutre' devenu le slogan de ce mouvement de l'anti-politique.

 

Une vague opposition à tout, fédérant des oppositions de partout et de n'importe où. Sans tomber dans les rapprochements abusifs et trompeurs, que la percée du mouvement de Grillo, essentiellement au Nord, ait coïncidé avec l'écroulement de la Ligue du nord n'est pas totalement indépendant.

 

En effet, Grillo s'inscrit dans une démarche contestataire aux influences multiples :

 

  • il reprend certaines idées issue des restes de positions communistes qui ont influencé depuis la Libération toute la gauche italienne, et au-delà, et continuent d'influencer l'imaginaire collectif. C'est ainsi que Grillo a récupéré les critiques historiques formulées par le PCI, celles contre le capitalisme mondialisé, l'immoralité de la vie politique italienne, la privatisation des services publics ou encore l'opposition à l'Europe des 'gros', bien que le PCI fut le plus europhile des partis communistes européens ;

 

  • il reprend dans ses formes la tradition contestataire qu'Umberto Bossi et la Ligue du nord ont aussi su incarner dans les années 1990-2000 Le talent politique de Bossi fut de transformer le mouvement régionaliste récessif en mouvement de fédération des oppositions y compris en prenant le contre-pied de ses positions historiques sur l'Europe ou même la défense du droit à la retraite. Si la Ligue du Nord et le mouvement 5 étoiles ont des divergences indéniables sur le fond, Grillo présente d'étonnantes similitudes de forme avec Bossi : même gouaille et langage ordurier (les doigts d'honneur de Bossi), même posture d'opposition à toute la classe politique, même grand écart politique. Que la Ligue du nord s'affaisse au moment où le mouvement de Grillo perce n'est pas sans relation ;

 

  • il reprend enfin la tradition de l'anti-politisme, vivace en Italie. La France a connu le « poujadisme », l'Italie le « qualunquisme », ce mouvement de l'Italien moyen né dans l'après-guerre du rejet des institutions étatiques, de la partitocratie. Le mouvement a prospéré brièvement, avant de retomber dans l'oubli lorsqu'il a dû affirmer, au-delà de sa posture d'opposition, un programme politique concret.

 

Un grand écart politique : de la lutte pour les services publics aux diatribes anti-immigrés

 

Car c'est lorsqu'il s'agit de formuler un programme d'action positif que le Mouvement 5 étoiles montre ses limites et ses contradictions.

 

Grillo lutte pour l'eau et les transports publics mais peste contre une fonction publique pléthorique et les impôts trop élevés.

 

Il ne réserve pas seulement ses diatribes anti-européennes et anti-mondialisation à l'Euro et à l'UE mais aussi aux immigrés, auxquels il nie le droit du sol, aux roms, péril pour la sécurité de l'Italie.

 

Grillo prône un écologisme qui est peut-être sa seule boussole idéologique, mais fait le grand écart entre développement durable et décroissance, son opposition au TGV Lyon-Turin s'inscrit également dans ses contradictions.

 

Un banquier « grilliste » à la tête de Parme élu... avec les voix de la droite

 

Le résultat obtenu par Grillo aux dernières élections municipales va toutefois rapidement mettre ses partisans aux prises avec les responsabilités. Réalisant près de 10% des voix dans les communes soumis au vote, le « Mouvement 5 étoiles » a fait trembler la 'gauche' à Gênes, obtenant 41% des voix au second tour face au candidat du Parti démocrate et a remporté quatre communes dont la ville de Parme.

 

Cet ancien bastion communiste, ville de près de 200 000 habitants, est tombé entre les mains du mouvement de Grillo, lors du second tour qui se déroulait le 21 mai. Une performance d'autant plus remarquable que le candidat « grilliste », Federico Pizzarotti, est parvenu à surmonter un ballottage extrêmement défavorable.

 

Avec moins de 20% des voix au premier tour face au candidat de la 'gauche unie', qui avait obtenu 39% des voix au premier tour. Pizzarotti a bénéficié d'un report maximal des voix qui s'étaient portés sur les petits candidats : de l'extrême-gauche (Refondation) à l'extrême-droite (Ligue du nord), en passant par la liste de l'UDC (centre-droit démocrate chrétien) qui était arrivé en troisième position avec 15% des voix.

 

L'élection de ce chef de projet dans le milieu de la banque, guère le profil d'un révolutionnaire en puissance, sera un test révélateur de la teneur du projet grilliste.

 

Après vingt ans sans véritable Parti communiste en Italie, son manque est plus que criant que jamais face à un système en pleine déliquescence mais qui produit toujours ses fausses alternatives, ses mouvements de contestation stériles ou récupérables par le système dominant.

 

Où sont les communistes italiens aujourd'hui?

 

Que dans la plupart des communes soumises au vote lors de ce scrutin, les communistes aient décidé de rallier le Parti démocrate dès le premier tour est lourd de responsabilités dans l'effacement de la perspective communiste, qui alimente un consensus dominant, producteur de contestations stériles.

 

Plus que jamais, le peuple italien a besoin d'un Parti communiste qu'il reste à reconstruire.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 08:05

montiL' « union sacrée » en Italie, de la gauche du PD à la droite, du patronat aux syndicats, derrière le gouvernement technocratique du banquier et bureaucrate européen Mario Monti


Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



« Maintenant le règne des banquiers va commencer ». Après Lukas Papademos en Grèce, un autre grand banquier, haut responsable européen est nommé de façon arbitraire à la tête d'un État européen – qui plus es quatrième puissance économique de l'UE – sous pression de l'Union européenne, instrument de coordination du capital financier, et avec l'assentiment des partis du consensus dominant.

 

Le choix du patronat : remplacer Berlusconi par un gouvernement technocratique

 

Nous l'avions annoncé (cf Le peuple Italien rejette à 95% la privatisation de l'eau et un gouvernement Berlusconi discrédité : le Parti Démocrate soutenu par le patronat s'apprête à prendre la relève de l'austérité), depuis des mois, le capital italien et européen cherchait une alternative à Silvio Berlusconi.Imprévisible dans ses choix, susceptible par démagogie d''alimenter un discours remettant en cause l'Euro par exemple, fantasque et remettant en cause par ses frasques un consensus social basé sur l'ordre moral, la Confindustria, le MEDEF italien, lui reprochait essentiellement une chose : le courage de ne pas avoir entamé les « réformes structurelles »

 

Pour se ménager une partie de sa base populaire, Berlusconi n'est pas réellement allé au bout sur la casse du code du travail, sur la contre-réforme retraites et sur les privatisations. Sur ces questions, il s'est même révélé en retrait par rapport au précédent gouvernement Prodi.

 

La présidente du MEDEF italien, Emma Marcecaglia, avait intensifié ses critiques ces dernières semaines sur la politique du gouvernement Berlsuconi. Des convergences s'étaient manifestées avec le numéro un du Parti démocrate, Pier-Luigi Bersani, celui qui a privatisé l'ENEL (EDEF italien) en 1999, sur la nécessité d'entreprendre ces « réformes structurelles ».

 

Devant la crainte d'élections anticipées aux résultats incertains et source de désordre, le patronat italien a décidé de bafouer ouvertement la démocratie et de réaliser son vieux rêve : celui d'un gouvernement technocratique, des « experts ». A la fois au-dessus des partis et des élus du suffrage universel, mais fondamentalement avec les partis dominants, et en fin de compte pour les protéger et ne pas les salir dans la politique d'austérité.

 

Qui est Mario Monti, le chef du gouvernement des élites du pouvoir italiennes ?

 

Derrière le portrait hagiographique répandu par les médias dominants de l'homme intègre, le « Père la rigueur » incarné, celui du « Cardinal » ou du « Professeur », se cache en réalité un des responsables de la crise actuelle, par ses responsabilités politiques passées

 

Ancien commissaire européen au marché intérieur puis à la concurrence de 1995 à 2004, consultant de Goldman Sachs depuis 2005 mais aussi président de l'ultra-libérale faculté privé d'économie de la Bocconi à Milan, Mario Monti est avant un serviteur zélé des financiers et de l'Union européenne, formé dans les grandes universités américaines (Yale) aux recettes libérales qu'il assène depuis lors, sur un ton professoral d'autorité.

 

Le gouvernement technocratique de Mario Monti regroupe en réalité un condensé des élites du pouvoir italiennes, politiques, économiques, militaires ou religieuses.

 

Outre Monti lui-même qui s'octroie le ministère de l'Economie ; le banquier Corrado Passera, PDG de la banque Intesa Sanpaolo,qui récupère le super-ministère du développement économique et des transports ; l'amiral atlantiste Giampolo di Paolo, président du Comité militaire de l'OTAN, chef d'Etat major italien en plein cœur des opérations en Afghanistan s'empare du ministère de la Défense ; le diplomate pro-américain et sioniste Giulio Terzi di Sant'Agata,ancien ambassadeur en Israël et aux États-Unis, responsable des relations avec l'OTAN au moment de la chute du mur, est propulsé à la tête des Affaires étrangères ; plus symboliquement le fondateur de la communauté religieuse Sant'Egidio, Andrea Riccardi, entre lui aussi au gouvernement.

 

Un discours d'investiture sous les auspices de Alcide de Gasperi, Robert Schumann et Jean Monnet !

 

Le nouveau président du Conseil – intronisé par Giorgio Napolitano, l'ancien leader de l'aile-droite du PCI, remplissant plus que jamais son rôle de fossoyeur de la démocratie italienne – a déjà promis des sacrifices pour tout le monde, entendre les travailleurs italiens, mais pas le grand capital.

 

Son discours à la Chambre ce 17 novembre a annoncé le ton, placé sous l'égide des pères de l'Europe Alcide de Gasperi, Robert Schumann et Jean Monnet et commencé par ses mots :« Il n’y a pas nous et l’Europe, nous sommes l’Europe ! ».

 

 

Parmi les premières mesures annoncées :

 

  • de nouvelles baisses d'impôts pour les entreprises compensées par des hausses de la TVA et de la taxe foncière ;

 

  • une réforme des retraites avec la remise en cause des régimes spéciaux et des « pensions d'ancienneté » qui permettent aux salariés de partir soit à 60 ans, soit après 40 années de cotisation ;

 

  • enfin une réforme des contrats de travail, avec une égalisation par le bas des statuts et comme objectif un contrat précaire unique.

 

L' "union sacrée" de la droite à la gauche de la gauche, de la Confindustria à la CGIL

 

Alors que la personnalité et l'action de Berlusconi divisait et pouvait opposer les différentes fractions de la bourgeoisie, le gouvernement Monti recrée l'unité de la classe bourgeoise, des partis du consensus dominant, dans une atmosphère d' « union sacrée ».

 

Emma Marcecaglia a rangé son ton critique envers Berlusconi et adopté une posture de soutien inconditionnel à Monti : «Nous soutiendrons son gouvernement avec force. Nous pensons que ce gouvernement est la dernière chance pour l'Italie de sortir d'une situation d'urgence».

 

Du côté des syndicats, aucune surprise pour les syndicats de collaboration de classe UIL et CISL qui apportent un appui total au nouveau gouvernement. L'UIL (FO italien) se permet même d'affirmer que se dessine « une voie rose pour sortir de la crise ».

 

La CGIL, ancien syndicat proche des communistes, aujourd'hui proche du Parti démocrate a apporté son soutien avec une certaine dose d'équivoque pour se ménager sa base militante. La secrétaire Susanna Camusso a réclamé l'ouverture d'un dialogue social, réclamant des mesures fiscales plus équitables compatibles avec le plan gouvernemental, gardant un silence total sur les sujets qui fâchent, comme la réforme des retraites.

 

A la sortie de sa première rencontre avec le nouveau chef du gouvernement, Susanna Camusso a lâché le mot : « Le premier ministre Mario Monti nous a démontré qu'il ne travaillait pas dans l'urgence, mais sur des réformes dont le pays a besoin ».

 

Du côté des partis, l'union sacrée est plus que jamais de mise. Le Parti des libertés (PDL), de droite, accepte la décision de ses commanditaires patronaux, et se range derrière le nouveau gouvernement, malgré la chute de son leader charismatique. Toutefois, c'est le Parti démocrate (PD), porte-parole du patronat par la voix de son leader Bersani, qui est, à la surface du monde politique, l'instigateur de ce remaniement. C'est Bersani qui a lancé le premier l'hypothèse d'un gouvernement technocratique et le nom de Monti. Depuis, il a annoncé que son parti accordait un « soutien total au gouvernement ».

 

A la « gauche de la gauche », les masques tombent. Les partis du juge Di Pietro (Italie des Valeurs), qui surfe depuis quinze ans sur la défiance envers la politique, et de l'ancien liquidateur communiste Nichi Vendola (Gauche, écologie et libertés) ont salué la formation du gouvernement des « experts ».

 

Démagogue et ambitieux, toujours partant pour participer à d'éventuelles primaires du PD, Vendola a dans un premier temps souligné l'opportunité du gouvernement Monti « pour mettre en œuvre des mesures d'équité sociale » avant d'exprimer dernièrement un avis plus critique, sentant qu'un créneau est à occuper à la gauche d'un PD discrédité.

 

Les critiques ambiguës des communistes comme seule alternative, la Ligue du nord comme opposition officielle du système

 

Seuls les communistes pourraient porter une critique cohérente de ce gouvernement au service du capital. Ils expriment par la voix du Parti des communistes italiens (PdCI) et de Refondation communiste une opposition à un gouvernement dicté par la BCE et l'UE, aux mesures libérales qui vont être adoptées et à la politique de collaboration du PD.

 

Pourtant, de fortes ambiguïtés persistent. Refondation communiste maintient, tout comme le PdCI, la nécessité d'une alliance politique avec le Parti démocrate, pourtant partisan de l'union sacrée avec la droite. Refondation communiste s'est même affirmé en faveur de l'ouverture de primaires à gauche avec le PD. De façon assez surprenante, Oliviero Di Liberto, secrétaire du PdCI a même salué hier la composition du gouvernement Monti comme « une rupture positive non seulement dans la forme mais aussi dans le fond ».

 

Face à ces équivoques, ces volte-faces et surtout le déclin de l'enracinement organisationnel et des positions politiques historiques des communistes, la Ligue du nord aura le beau rôle de l'opposant au consensus dominant droite-gauche, grand patronat-syndicats.

 

Elle devrait être la seule formation parlementaire à ne pas participer à l' « union sacrée », elle a déjà affirmé son opposition résolue à la contre-réforme des retraites, et est le seul parti à exprimer une critique forte de l'Union européenne notamment à partir de la remise en cause de la monnaie unique. Un tour de force pour un parti qui était, jusqu'aux années 1980-90 le plus européiste de la vie politique italienne au nom de l'Europe des régions.

 

Orienter la colère sociale envers les politiques de libéralisation et de casse sociale, envers l'Union européenne et l'Euro, vers un parti xénophobe, séparatiste, fondamentalement européiste, représentant une fraction importante de la bourgeoisie du Nord, pour mieux renforcer le consensus dominant, stériliser toute opposition et boucher toute alternative. Voilà le piège que tend, en Italie comme en France, la bourgeoisie aux classes populaires, dépourvues de toute alternative claire aux politiques du capital.

 

Plus que jamais le peuple Italien ressent aujourd'hui la perte du Parti communiste italien, liquidé par les Pier-Luigi Bersani, Giorgio Napolitano et Walter Veltroni, premiers collaborateurs du patronat et de l'UE.

 

Plus que jamais le peuple italien a besoin d'un Parti communiste reconstruit sur des bases idéologiques et organisationnelles saines, pour défendre ses acquis sociaux, ses conditions de vie et désormais sa sa souveraineté populaire et nationale !

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 14:17

comunistiapicella2008.jpgLe Parti des communistes italiens (PdCI) met la « reconstruction du Parti communiste italien » à l'ordre du jour de son VIème congrès en octobre

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le Parti des communistes italiens (PdCI), un des deux héritiers du Parti communiste italien dissous en 1991, entame les préparations de son VIème Congrès, qui se tiendra du 25 au 28 octobre à Rimini, et sera placé sous le mot d'ordre « La révolution... en Octobre ».



Le document politique préparatoire au congrès dresse tout d'abord le tableau de la contre-offensive du capital et de l'impérialisme, et conclut sur la nécessité d'organisation de la résistance.



Au niveau international, le PDCI souligne la réaction féroce du capitalisme mondial et de l'impérialisme. Parmi les priorités du parti : la lutte pour la paix et pour le désarmement, la dissolution de l'OTAN, le retrait des troupes d'Afghanistan et de Libye. Le PdCI met également en valeur l'alternative incarnée par les expériences de transition vers le socialisme, en Amérique Latine, réaffirmant le rôle primordial de Cuba socialiste, ou dans les pays émergents, comme en Chine.



Au niveau européen, le PdCI pose la nécessité d'une riposte « aux coupes et mesures anti-populaires de l'UE ».Traditionnellement philo-européen, le Parti dénonce cette fois plutôt vigoureusement « l'Europe du capital »tout en restant imprégné du mythe d'une « autre Europe »qui serait à construire.



Au niveau national enfin, le PdCI décrit un « pays en guerre, en crise », exsangue après trois ans désastreux de berlusconisme, anomalie italienne d'un homme qui concentre tous les pouvoirs. Un pays « s'enfonçant dans une spirale réactionnaire de crises liées les unes aux autres : économique, sociale, culturelle, politique, institutionnelle, éthique ».



documentocongresso.jpgLa centralité de la contradiction capital-travail



Il fut souvent reproché dans le passé au PdCI de se concentrer trop exclusivement sur les questions institutionnelles, de tactique électorale, et pas assez sur la lutte de classes. Le VIème Congrès devrait rectifier le tir. En tout cas, il réaffirme le « caractère central de la contradiction capital-travail ».



Le PdCI condamne le « modèle Marchionne », du nom du PDG de Fiat qui a récemment imposé, par un chantage à la délocalisation, la remise en cause des droits syndicaux et sociaux de ses ouvriers à Mirafiori (Turin) et Pomigliano (Naples).



Les communistes italiens pointent les résistances, qui incarnent la gauche de classe présente « dans les luttes de la FIOM [branche métallurgiste de la CGIL sur des positions de classe] et de la CGIL »et insistent sur la nécessité de mener aussi la bataille dans le syndicat. La CGIL reste pour les communistes le référent syndical mais le PdCI pose la nécessité de mener la lutte interne pour former « une gauche syndicale dans la CGIL (…) pour conserver dans notre pays un grand syndical confédéral de classe et de masse ».



Enfin, ils se refusent à l'idée qu'il n'y aurait pas d'alternative. Mettant en avant, l'ampleur de l'évasion fiscale (120 milliards par an), des dépenses militaires (30 milliards) et des aides aux entreprises (44 milliards), les communistes montrent que les caisses ne sont pas vides et qu'il y a les moyens d'une politique ambitieuse axée sur l'augmentation des salaires et la défense des droits des travailleurs, l'investissement dans l'éducation et la recherche et enfin la re-nationalisation des services publics et la défense des biens communs.



Battre la droite, mais pas à n'importe quel prix



L'alternative politique passe naturellement par la défaite de la droite, et donc par la recherche de l'unité à gauche. Unité d'action avant tout, et unité politico-électorale sur une base programmatique et pas à n'importe quel prix.



Sur la base des axes programmatiques listés ci-dessus, le PdCI juge les divergences avec le PD trop importantes – notamment sur la guerre en Libye et sur la politique économique (« le modèle Marchionne ») – pour que puisse être conclu un pacte de gouvernement.



pci ricostruireilpartitocomunistaLa priorité à la reconstruction du Parti communiste italien.. avec toutes ses contradictions



Jusqu'en 2007 réticent aux divers projets d'unité des communistes, le PdCI a depuis lors été une force motrice des appels visant à « réunifier » les communistes dans un même parti, dernièrement de « reconstruction du Parti communiste italien », participant à l'appel lancé avec ce mot d'ordre début 2011.

Son secrétaire, Oliviero Diliberto, a participé cette année à un ouvrage collectif, avec Fausto Sorini (L'Ernesto) et Vladimiro Giacché, « Pour la reconstruction du Parti communiste italien » qui rencontre un franc succès de librairie, et dans la vente militante auprès des communistes.



Le PdCI lance dans son document préparatoire au congrès un appel à Refondation communiste pour dépasser les deux organisations et « reconstruire un seul et unique parti communiste (…) unitaire et autonome, enraciné sur les lieux de travail et dans les luttes ».



Toutefois, le PdCI encadre ce processus dans le cadre de la Fédération de la gauche (FdS), projet lancé en 2008 après le fiasco du projet liquidateur Gauche arc-en-ciel par la nouvelle direction de Refondation communiste sous l'impulsion du Parti de la gauche européenne (PGE), en même temps que la création du Front de gauche en France et de la « refondation » d'Izquierda Unida en Espagne.

Or, de l'aveu même de ses artisans italiens, le secrétaire de Refondation communiste Paolo Ferrero et de son numéro deux, le chef du courant Essere comunisti, Claudio Grassi, le projet a vocation à dépasser sa forme confédérale pour former une nouvelle organisation sur le modèle de « Die Linke ».



Les contradictions entre les projets de reconstruction du Parti communiste italien et de Fédération de la gauche sont inconciliables et la volonté de la direction du PdCI de les concilier suscite encore quelques doutes sur l'avenir de ce projet pourtant indispensable pour un peuple italien qui, plus que jamais, a besoin du Parti communiste italien.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
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