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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 07:28

UE-barbelésL'Union européenne: une menace pour la démocratie

par Rui Paz, du département international du Parti communiste Portugais (PCP)



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Une partie importante des élites fédéralistes qui se voient aujourd'hui obligées de prendre leurs distances d'avec l'euphorie qui a salué l'euro, le Traité de Lisbonne et les autres étapes du processus d'intégration de l'Union européenne (UE), continuent à défendre l'idée que la solution à la crise politique, économique et sociale passe par « plus d'Europe ! ». Elles critiquent, et à raison, la chancelière Allemande comme une dictatrice par ses menaces et ses actes contre la souveraineté des peuples, mais elles répètent des mots d'ordre qui conduisent exactement à ce que recherche le grand capital allemand, le renforcement de son pouvoir d'intervention dans les orientations politiques des gouvernements des autres États.« Plus d'Europe ! », cela signifie en réalité un approfondissement du fédéralisme, plus d'hégémonie allemande, plus de recul social et d'attaques contre la démocratie, plus de militarisme.



En vérité, l'UE, au fur et à mesure que se poursuit son approfondissement, se révèle de plus en plus comme une authentique menace pesant sur la souveraineté de la grande majorité des Etats-membres et un danger mortel pour les acquis démocratiques et sociaux gagnés par la lutte des travailleurs après la défaite du nazisme et du fascisme.



La brutale offensive sur le plan social s'est accompagnée d'une lourde attaque contre la souveraineté des peuples et les principes de la démocratie. Les adeptes du fédéralisme cherchent à cacher le fait que sans le respect pour la souveraineté de chaque État et pour la volonté de décision de chaque peuple, il n'y a pas de démocratie possible.



Nous ne devons pas oublier que l'ensemble du processus d'intégration de l'UE a évité la démocratie comme le diable fuit la croix. Combien de décisions importantes ont été prises dans l'ambiance feutrée des cabinets, faisant obstacles aux référendums et consultations populaires ? Combien d'échéances électorales, où les électeurs avaient voté contre les propositions de l'UE, ont été réitérées jusqu'à ce que le résultat corresponde aux objectifs désirés ?



Au moment où la « troïka intérieure » (les deux partis de droite ainsi que le PS portugais) s'arrange à l'Assemblée de la République pour ratifier le « pacte budgétaire », il est indispensable de rappeler que le principal objectif du bond fédéral qui se prépare n'est pas seulement la diminution du déficit mais, sous prétexte de la réduction de la dette, faire payer à l'immense majorité du peuple les effets de la crise, obtenant ainsi une transformation fondamentale de la répartition de la richesse produite en faveur du grand capital. Dans la logique impérialiste, le coût de la force de travail devra descendre à un niveau insupportable pour ceux qui travaillent dans quelque État de l'UE que ce soit. C'est une mentalité de camp de concentration et de travail forcé que l'on prétend légaliser avec le mot d'ordre « plus d'Europe » !



Plus on avancera dans le processus d'intégration de l'UE, plus les peuples touchés prendront conscience du caractère subversif et anti-démocratique du processus d'intégration capitaliste en Europe et l'existence d'un pouvoir illégitime destiné à alimenter une situation de coup d’État permanent contre les principes mêmes du parlementarisme.



Aujourd'hui, il est facile de vérifier combien le Parti communiste portugais, à travers la voix de son secrétaire général d'alors, Alvaro Cunhal, avait eu parfaitement raison, lorsqu'il mettait en garde :

« Avec des structures fédérales et un gouvernement central de fait, avec des politiques communes imposées par les pays les plus développés et puissants, avec la transformation des pays les moins développés en pays périphériques sans politiques indépendantes, avec l'acceptation passive et soumise à une OTAN autonome commandée par les États-Unis et entraînant les peuples dans des guerres criminelles – cette nouvelle Europe étouffe et liquide la souveraineté des États les moins développés, ne sert pas les intérêts du peuple et de la nation portugaise. »



Comme dans d'autres moments de notre histoire, ce devront être aux peuples de défendre et de conserver leurs droits et leurs acquis, la démocratie elle-même.



Source : Avante, organe du Parti communiste portugais

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 09:31

L'Social Europeillusion de l'Europe sociale

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



par Alex Gordon, secrétaire du syndicat des cheminots britanniques RMT

 

 

La brochure, publiée avec le soutien de la Commission européenne, réunit toute un panel d'auteurs des milieux universitaire, juridique, syndical et patronal qui avancent des arguments en faveur de l'Europe sociale. Sa thèse centrale est que les règles communes au sein du marché unique de l'UE pour la « libre circulation » du capital, des biens et des services devraient valoir aussi pour le travail.

 

Le dernier plaidoyer du TUC pour l'Europe sociale tombe à un bien mauvais moment, et semble nous rappeler cette vieille chanson : « A part ça, tout va très bien Madame la marquise ? »

 

Les députés Grecs sous la menace de la Commission et de la BCE de mettre la Grèce en faillite ont voté la baisse de 23% du salaire minimum, la suppression de 150 000 emplois publics et la diminution des retraites.

 

Au Portugal, plus de 300 000 manifestants ont envahi la place du Palais à Lisbonne pour ce qui fut la plus grande manifestation de ces trois dernières décennies pour accueillir la troïka venu soutenir les mesures d'austérité au Portugal.

 

« Nous basons notre analyse sur les souffrances quotidiennes des travailleurs », a déclaré le secrétaire-général de la CGTP Arménio Carlos à ses syndiqués qui scandaient : « Le FMI ne dictera pas sa loi ici ! »

 

« Nous devons intensifier la lutte », a-t-il ajouté, et les syndicats prévoient une nouvelle vague de manifestation dans le pays et une grève générale pour le 22 mars.

 

Le TUC britannique, de son côté, laisse croire que ce les mêmes institutions qui imposent l'austérité actuellement en Irlande, au Portugal, en Grèce, en Espagne devraient être privilégiées pour, selon le terme de lord John Monks « affronter la crise économique en forgeant de nouveaux pactes sociaux entre gouvernements, patrons et syndicats »afin de faire porter le fardeau de la crise sur l'ensemble des couches de la société.

 

En réalité, les réalisations de l'Europe sociale sont bien limitées. La Directive sur le temps de travail fut introduite pour augmenter le temps de travail légal de 35 heures en France à 48, une Directive sur l'égalité des salaires a suivi les pas de la Loi sur l'égalité des salaires de Barbara Castle en 1970, la Directive sur les agences d'intérim a été dévoyée par les patrons au nom de la 'dérogation suédoise', permettant de refuser l'égalité de traitement pour les travailleurs temporaires, et la consultation promise au niveau des Comités d'entreprise européens ont clairement échoué à endiguer la tendance à la perte d'emplois dans toute l'Europe.

 

Lord John Monks reconnaît que l'agenda social de l'UE est mince. Si c'était le seul problème, on pourrait dire que ce serait comme si l'on mettait du rouge à lèvres à un cochon.

 

Cependant, comme un autre contributeur, le professeur Catherine Barnard le souligne, le but du traité de Rome de 1957 était de créer un marché unique avec liberté de circulation des biens, des personnes, des services et du capital. « Il considérait donc le travail, avant tout, comme une ressource productive à qui la liberté de circulation s'appliquait ».

 

Il s'agit en réalité d'un modèle anti-social où les droits sociaux des travailleurs sont autant d'entraves à la liberté du commerce – une vision qu'un patron du 19ème siècle aurait partagé.

 

Pendant ce temps, la législation nationale protégeant les droits syndicaux et ouvriers a été attaquée par une succession de décisions de la Cour de justice européenne appliquant les « quatre libertés fondamentales » du Traité européen non seulement aux Etats mais aussi aux syndicats.

 

L'action collective, peu importe qu'elle soit conforme aux législation et constitution nationales, est une entrave à la liberté de circulation.

 

Des mémorandums signés entre l'UE et l'Irlande, le Portugal et la Grèce ont conditionné les plans de renflouement à la suppression des négociations collectives pour les salariés du public, et ont été utilisés par le gouvernement Irlandais en 2011 comme prétexte pour diminuer le salaire minimum d'1 euro par heure.

 

Les Conservateurs et les Démocrates n'ont pas été en reste et se sont révélés de « bons européens » en mettant en place l'austérité de l'UE.

 

Comme le souligne le professeur Barnard, « ils s'en sont servis comme d'un prétexte pour engager certaines réformes du travail, par exemple en augmentant le seuil d'ancienneté de un à deux ans avant de pouvoir engager une plainte pour licenciement abusif, et retirant potentiellement le droit à déposer une plainte pour licenciement abusif à tous ceux employés dans des micro-entreprises. »

 

Comme l'explique Lord Monks, l'idée d'Europe sociale remonte à Jacques Delors, le ministre des Finances du président Mitterrand dans les années 1980, qui a conduit l'échec de la relance keynésienne de l'économie Française.

 

En concluant que la social-démocratie devait épouser la conception du marché, Delors devint président de la Commission européenne en 1985, une période marquée par la défaite historique du mouvement ouvrier organisé en Europe.

 

Le Keynésianisme d'après-guerre se concentrait sur le plein emploi et l'augmentation des salaires. Sous le modèle de Delors, tout cela fut remis en cause et remplacé par des politiques mettant l'accent sur la stabilité des prix – une inflation faible – plutôt que sur la création d'emplois, se concentrant sur la modération salariale et la réforme du marché du travail comme principale voie pour maintenir la compétitivité.

 

En Italie et en Allemagne, ce changement a été mis en œuvre par le biais d'accords corporatistes. En Grande-Bretagne, un affrontement direct s'est produit entre le mouvement ouvrier et l’État dans les années 1980.

 

La privatisation et la libéralisation des marchés financiers dans toute l'Europe ne sont survenues que comme conséquence de décisions prises par des gouvernements nationaux.

 

Les pays leaders de l'Europe sociale, telle que l'Allemagne et les Pays-Bas, ont compté sur des modèles de croissance anti-sociaux.

 

En Allemagne, la modération sociale pratiquée par les syndicats et favorisant les industries d'exportation a été décisive dans le succès obtenu par le pays depuis la crise des années 2000.

 

Des politiques similaires ont été mises en œuvres aux Pays-Bas, le pays avec le plus faible taux de chômage en Europe mais aussi avec la plus forte proportion de travailleurs en contrat temporaire et en CDD.

 

Ce modèle de croissance a créé des tensions entre Etats-membres capables de réaliser des dévaluations compétitives internes et ceux dans la périphérie de l'eurozone – comme l'Irlande – où une croissance boostée aux crédits a conduit à une hausse des salaires.

 

L'union monétaire Européenne est une extension de cette Europe anti-sociale, empêchant les pays d'utiliser la dévaluation monétaire comme moyen de retrouver une compétitivité, toutes les pressions ont été reportées sur les marchés du travail. Désormais avec toutes ces ressources immobilisées dans les renflouements des banques, c'est le dur retour à réalité.

 

Le TUC participe à un débat tout à fait actuel, alors que les syndicalistes de toute l'Europe choisissent de combattre les mesures d'austérité de l'UE et l'idéologie néo-libérale soutenus par les institutions de l'UE.

 

Hélas, leurs conclusions ne sont pas seulement fausses, elles nourrissent de dangereuses illusions.

 

Au lieu de fantasmer sur d'éventuels pactes entre partenaires sociaux, le TUC devrait tirer des leçons de syndicats de lutte, comme la CGTP au Portugal.

 

Et pendant qu'Athènes brûle, ils se bercent d'illusions.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 06:35

UE-barbelésNous ne voulons pas de cette Europe

Par Fausto Sorini, membre du secrétariat du Parti des communistes italiens (PdCI) et responsable du département international du PdCI

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Nous exprimons notre désaccord avec les thèses exprimées par le premier ministre Monti et le président Napolitano, pour qui on sortira de la crise « en renforçant l'unité politique et économique de cette Union européenne ».

L'Europe plus forte qu'ils veulent, c'est l'Europe des accords entre les grands groupes économiques des oligarchies qui ont empêché le référendum en Grèce et les élections anticipées en Italie.

C'est l'Europe qui impose à la BCE de ne pas sauver les États, mais lui permet de sauver les banques.

C'est l'Europe qui appelle « union fiscale » le contrôle des politiques budgétaires, qui impose l'inscription de l'équilibre budgétaire dans la Constitution et met sur le dos des peuples de durs sacrifices.

C'est l'Europe qui a détruit l'économie de la Grèce avec des plans d'austérité anti-populaires et qui continue à mettre en œuvre dans tous les pays en difficulté la même recette inique.

Dans le contexte des rapports de force et de classe actuels dans cette partie du monde, dans le contexte autrement dit de cette UE, dominée par le grand capital multi-national et les oligarchies financières, inféodée à l'OTAN et à l'hégémonie des noyaux dominants de l'impérialisme – tantôt en collaboration, tantôt en compétition avec l'impérialisme américain, dans la même logique réactionnaire – renforcer l'unité politique et économique de cette UE signifie renforcer notre adversaire de classe et les principaux responsables de la politique de guerre (Libye) et du massacre social (plan d'austérité Monti) que notre peuple et notre Pays sont en train de subir.

Il s'agit au contraire de renforcer les éléments étatiques de défense de la souveraineté de la nation et du Parlement contre l'offensive réactionnaire : défense de la souveraineté d'une Italie non-libérale qui redonne un rôle fort à l’État dans l'économie, avec une orientation démocratique et progressiste de la production, dans l'esprit et la lettre de notre Constitution.

Nous ne pensons aucunement à un repli autarcique (qui serait hors de l'histoire à l'ère de la mondialisation) mais à une logique de concertation et de coopération économique, politique et monétaire avec les pays émergents (BRICS) et avec toutes les forces qui dans la région pan-européenne (au sein et en dehors de l'UE) vont dans le sens d'une coopération continentale et mondiale, alternative à celle impérialiste, néo-libérale et euro-atlantique.

Au sein de l'Union européenne, nous œuvrons – avec toutes les forces disponibles et convergentes – pour nous opposer aux hypothèses posées de révision des Traités qui, en abandonnant toute logique de cohésion sociale et de solidarité entre régions fortes et régions faibles, accentuent les inégalités sociales et les asymétries macro-économiques, en faveur d'un directoire des grandes puissances et des grands groupes centré autour de l'Allemagne. Cette logique rend vaine toute participation démocratique des peuples à la construction européenne, réduit encore la souveraineté nationale des pays les plus faibles, et vise à introduire dans le droit – avec des mesures punitives pour les contrevenants – des mesures coercitives et anti-populaires de réduction des déficits étatiques, qui auraient comme conséquence la destruction de tout ce qu'il reste d'un semblant d’État social.

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 17:22

Social EuropeL'Europe sociale est une arnaque


« L’Europe sociale est une arnaque » affirme le président du syndicat des cheminots RMT Alex Gordon. Cette arnaque a été révélée au grand jour par la récession et avance vers une plus grande centralisation du pouvoir entre les mains d'une petite fratrie de personnes non-élues. La seule condition d'entrée dans ce groupe est l'adhésion inconditionnelle à la liberté de mouvement totale du capital afin que l'on puisse continuer à faire des profits sur le dos du peuple.



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



alexDiscours prononcé par le président du RMT, Alex Gordon, à une conférence organisée à Dublin en octobre 2011



La crise de plus en plus profonde que connaît la zone Euro révèle au grand jour des Etats-membres, parmi les plus puissants, protégeant leurs banques criblées de dette en exigeant de brutales mesures d'austérité dans les États de la zone euro, à commencer par l'Irlande, la Grèce et le Portugal, et qui s'étendent rapidement à toute l'UE.

Avec la croissance alimentée à coup de crédits bon marché et les infrastructures financées par l'UE nécessaires pour construire un marché unique, le concept illusoire d' « Europe sociale » lancée il y a vingt-cinq ans de cela est en train de disparaître devant nos yeux, alors que les attaques contre les droits des travailleurs et les conditions de travail s'intensifient dans toute l'Europe, à l'initiative des institutions de l'UE : la Commission, la BCE, le Fonds européen de stabilité financière et – dernière incarnation – le Mécanisme européen de stabilité.

Jacques Delors a prêché l' « Europe sociale » lorsqu'il est devenu président de la Commission européenne en 1985. Il a rendu un discours célèbre au TUC (Trade union congress – Congrès des syndicats britanniques) de 1988, affirmant que la réalisation du Marché unique européen donnerait un modèle social compatible avec les aspirations des syndicats Britanniques. Les dirigeants syndicaux ont très largement accepté cette promesse gratuite et pas encore mise à l'épreuve, notamment parce que cette période était marquée par la défaite historique du mouvement ouvrier organisé dans toute l'Europe.

Pourtant, sous le modèle de l' « Europe sociale » proposé par Delors, le modèle de l’État social Keynésien de l'après-guerre, centré sur le plein emploi et la stimulation de la demande, a été progressivement démantelé et remplacé par une alternative qui a fixé comme priorité la stabilité des prix plutôt que les emplois, et s'est axé sur la modération des salaires et la « réforme » du marché du travail présentés comme la seule voie pour rester compétitifs.

Dans certains cas, comme en Italie et en Allemagne, ce changement de cap a été réalisé sur la base des accords corporatistes de l'époque Keynésienne (« partenariat social »). Dans d'autres cas, en particulier en Grande-Bretagne, le changement fut le résultat d'un affrontement direct entre le mouvement ouvrier organisé et l’État. Toutefois, le point commun de toutes ces situations, ce fut l'utilisation de l' « Europe » comme la voie par laquelle les liens et les obligations sociales de l' « Age d'or » keynésien ont été abandonnés.

Les politiques de privatisation et de libéralisation des marchés financiers dans toute l'Europe ont toutes été le fruit de décisions prises par les gouvernements nationaux. Néanmoins, ces politiques ont été ensuite mises en œuvre sous l'égide du Marché unique européen et avec l'aide de la Commission européenne afin de limiter la capacité des opposants à mobiliser à un niveau national.

Si on regarde les piliers de la prétendue « Europe sociale » – l'Allemagne et les Pays-Bas – les statistiques montrent bien comment ces pays ont en réalité utilisé des « modèles de croissance anti-sociaux ». Le gouvernement Allemand a utilisé le « partenariat social » pour s'assurer de la modération des salaires de la part des syndicats dans ses industries d'exportation, ce qui a été déterminant dans le succès économique du pays depuis la fin de la récession, début des années 2000. Des politiques similaires ont été poursuivies aux Pays-Bas, le pays avec le plus faible taux de chômage en Europe, mais aussi la plus grande proportion de travailleurs en CDD.

Ce modèle de croissance anti-sociale a soutenu les chiffres de croissance annuelle moyenne dans la zone Euro mais a créé des rivalités entre certains Etats-membres capables de réaliser ce genre de dévaluation compétitive interne et d'autres, dans la périphérie de la zone Euro (ex : Irlande), où la croissance dopée au crédit a mené à la hausse des salaires.

Ces asymétries se reflètent dans les chiffres du revenu disponible des ménages en pourcentage de la croissance annuelle fournis par l'OCDE. Les chiffres moyens pour la période 2000-2008 sont de 0,6% pour l'Allemagne, 1% pour les Pays-Bas, 3,1% pour l'Espagne et 3,8% pour l'Irlande.

Le projet d'Union économique et monétaire (UEM) consistait en une extension délibérée de l'Europe anti-sociale : en empêchant les pays d'utiliser la dévaluation de leur monnaie pour retrouver une compétitivité, tous les leviers d'ajustement ont été transférés sur le marché du travail intérieur.

Dans les conditions des crises actuelles, avec des ressources fiscales immobilisées dans le renflouement des banques, la réalité de ce transfert a commencé à faire mal. La réforme du marché du travail est le principal outil à la disposition des décideurs aujourd'hui. Les manifestations de protestation, d'Athènes à Madrid, sont devenues quelque chose de commun en cette année 2011, tandis que l'élaboration des politiques au niveau européen, isolée des protestations et des récriminations des populations nationales, s'intensifie.



« Europe anti-sociale »


Toute trace d' « Europe sociale » est rapidement effacée et remplacée par une « Europe anti-sociale » bien différente, caractérisée moins par le partenariat social que par le dumping social alors que les règles de l'UE et les arrêts de la Cour de justice européenne conduisent à un nivellement vers le bas en terme d'emplois, de salaires et de conditions de travail.

En tant que nouvelle secrétaire-générale de la CES, Bernadette Ségol a admis en juin 2011 : « les coupes dans les salaires, les services publics et l'attaque contre les conventions collectives sont toutes à l'ordre du jour ».

Et pourtant, la CES a dépensé beaucoup d'énergie pour faire la promotion des supposés avantages de l' « Europe sociale » et du projet européen dans son ensemble. Le porte-parole de la CES, Alfons Grunheber-Pilgram, déclarait il y a vingt ans de cela : « Il y a un intérêt mutuel à diffuser cette idée dans toute l'Union européenne. La Commission européenne a besoin des syndicats pour mettre en place cette Union économique et monétaire européenne. »

Alors, à partir de quand les choses sont-elles allées de travers ?

Afin d'expliquer la crise de l' « Europe sociale », nous devons explorer et comprendre d'où elle vient et en vue de quoi a-t-elle été conçue. La genèse de l' « Europe sociale » peut se retrouver dans l'Acte unique européen de 1987, qui était soutenu par les dirigeants de l'UE dont la Première ministre conservatrice, Margaret Thatcher.

Cet Acte a mis en place un Marché unique européen avec quatre « libertés fondamentales » : liberté de mouvement des biens, des services, du travail et du capital. Afin de passer outre les oppositions nationales aux dispositions concernant cette liberté de mouvement, l'Acte a remplacé la règle de l'unanimité par celle de la majorité qualifiée dans le vote au Conseil des ministres.

Cette politique très néo-libérale a été la recette qui a permis des privatisations de masse sans précédent, et ses architectes ont été la Fédération du patronat européen (UNICE) et d'autres grandes entreprises de toute l'UE ainsi que la Norvège, la Suisse et la Turquie regroupés dans la Table ronde des industriels européens (ERT).

Les membres de l'ERT (seulement sur invitation) sont « les PDG des plus grandes multi-nationales de filiation européenne », parmi lesquelles DaimlerChrysler, Fiat, Nestle, Renault et Siemens ainsi que des entreprises britnaniques telles que BP, Rio Tinto et Rolls Royce. Sa mission est de promouvoir une intégration européenne plus poussée au profit des entreprises trans-nationales installées en Europe.

En 1983, Wisse Dekker de Philips et ancien Commissaire européen à l'industrie réunit un groupe de grands dirigeants européens au sein de l'ERT avec comme objectif de « relancer l'Europe » : « Si nous attendons que notre gouvernement fasse quelque chose, nous allons encore attendre longtemps. Vous ne pouvez pas rester bloqués par la politique. L'industrie doit prendre l'initiative. Il n'y a pas d'alternative », affirmait Dekker.

Les Etats-membres et une bonne partie du patronat avaient rejeté les tentatives de la Commission européenne de supprimer les barrières douanières au sein de la CEE et de créer un marché interne à l'UE en 1984. Cependant, celui qui était alors le tout nouveau président de la Commission européennne, Jacques Delors, a prononcé un discours au Parlement européen correspondant fortement aux propositions de Dekker et qui deviendra – avec l'aide de Margaret Thatcher – l'Acte unique européen.

Pour faire passer la pilule néo-libérale, Delors a proposé une Charte sociale tout à fait symbolique afin de s'assurer le soutien des bureaucraties syndicales européennes à l'ensemble du projet, en particulier au Danemark et en Grande-Bretagne. Une grande partie du mouvement est tombé dans le piège, sur la base du discours tristement célèbre prononcé par Delors à la Conférence du TUC britannique de 1988, défendant une vision « euro-fédéraliste » emballée dans le langage de l' « Europe sociale ».

Delors avait affirmé aux délégués du BTUC que l'UE était l'alternative au chômage de masse, à la privatisation et aux attaques incessantes des Tories contre la classe ouvrière en Grande-Bretagne. En échange de l'adhésion au projet « euro-fédéraliste », Delors a offert aux syndicats Britanniques une oreille compréhensive du côté de Bruxelles et une participation aux avantages économiques tirés de l'adhésion à l'UE.

Le patron de l'ERT, Keith Richardson, avait inventé cette petite plaisanterie à l'époque : « Si les politiciens pensent qu'il est important de passer ce cap en faisant appel à l'attrait suscité par la promesse du plein emploi et s'ils pensent que cela aidera à conquérir l'opinion publique, nous n'y voyons pas d'objection – dans la mesure bien sûr où cela reste à l'état d'aspirations », disait-il alors.

En fait, l'Acte unique européen a ouvert la voie à un turbo-capitalisme mené par un secteur financier libéré de toute entrave, tandis que dans le même temps on louait de façon hypocrite la supériorité supposée du « Modèle social européen » sur le libéralisme Anglo-américain. Cela impliquait la promotion de contrats, instruments et de moyens de crédit de plus en plus complexes basés sur la spéculation, qui sont en train de s'effondrer dans tout le secteur bancaire Européen (UniCredit, Dexia, Deutsche Bank, PNB Paribas, etc). 

La Grande-Bretagne était déjà l'économie la plus libéralisée en Europe et les prétendus avantages pour les travailleurs de l' « Europe sociale » ne se sont pas matérialisés alors que plus d'un million d'emplois industriels Britanniques ont disparu depuis 1997. En Allemagne, le nombre de chômeurs a dépassé la barre des 5 millions et le chômage en France a dépassé les 10%.

Par ailleurs, l'Acte unique européen doit être vu comme un élément fondamental du processus, de grande ampleur, de lente et irréversible centralisation du pouvoir à Bruxelles. Le traité de Maastricht, qui a proposé formellement l'introduction de la monnaie unique, a été suivi en 1996 du Pacte de stabilité et de croissance, qui a mis en place des critères de convergence stricts pour rejoindre l'Euro.

Ce pacte a représenté un carcan économique Thatchérien qui a imposé des coupes dans les dépenses publiques des Etats-membres. Depuis lors, les traités d'Amsterdam et de Nice et la constitution de l'Union européenne, désormais renommée traité de Lisbonne, centralisent tous les pouvoirs économiques, politiques et légaux au sein de l'UE sans le moindre mandat démocratique.

L'ERT n'était pas encore totalement satisfaite par ces mesures, et en janvier 2001 la Commission européenne a lancé formellement des projets d'une Directive sur les services afin d'imposer la dérégulation générale dans toute une série d'activités. Le commissaire européen, Fritz Bolkestein prétendait alors qu'il était temps de mettre un terme au processus de libéralisation secteur par secteur : « quand autant de changements nécessaires sont communs à un large éventail de services (…) Certaines des restrictions nationales sont archaïques, trop pesantes, et en contradiction avec la législation européenne. Il faut purement et simplement les supprimer », avait-il dit.

Bolkestein déclarait : « L'article 49 du Traité de l'Union européenne affirme que toute restriction sur la liberté à fournir des services trans-frontaliers au sein de l'Union est interdite ».

C'était l'origine de la Directive des services Bolkestein et les entreprises avaient l'opportunité de saper les meilleures conditions de travail et salaires nationaux et de les ramener au plus bas niveau possible.

Par exemple, une entreprise Allemande pourrait exercer ses activités dans toute l'UE, y compris en Allemagne, avec une branche opérant depuis les Pays-Bas et une autre depuis la Belgique – en fonction d'où les conditions locales permettent de générer le profit maximal.

En conséquence, le syndicat allemand du bâtiment IG BAU a mis en garde contre une vague de délocalisations d'un certain nombre de fournisseurs de services vers des pays qui imposeraient les régulations légales les plus basses possibles pour ensuite ré-importer ces services.

Un certain nombre d'arrêts de la Cour de justice européenne mettent en lumière la manière dont le marché interne bafoue les standards syndicaux minimum conquis au niveau national.

Une affaire concerne une entreprise du bâtiment Lettone, Laval, qui rénovait une école à Vaxholm, dans la banlieue de Stockholm, embauchant des travailleurs Lettons avec de bas salaires.

Le Syndicat suédois des travailleurs du bâtiment a demandé qu'une convention collective locale, qui couvre les entreprises du bâtiment Suédoises, soit mise en place.

Cependant, Laval a refusé et a renvoyé de son côté à un accord Letton qui ne rémunérait qu'à un tiers du salaire Suédois et ne prévoyait pas d'assurance sociale.

Comme il s'agissait d'un cas évident de « dumping social », les syndicats ont lancé une action de grève et ont occupé le site.

Laval a prétendu que cette action rentrait en contradiction avec la législation de l'UE et a porté l'affaire devant la Cour de justice européenne qui l'a confirmé.

Alors qu'à Stockholm, le Commissaire européen au marché intérieur Charlie McCreevy a clairement fait savoir que la Commission avait pleinement soutenu l'entreprise Lettone et le « dumping social » que cela suscitait.

« Si les Etats-membres continuent à chercher à se protéger des rachats et de la concurrence des entreprises étrangères, alors je crains que le marché interne doive se dissoudre. La question ici est : la Suède a-t-elle, oui ou non, appliqué l'article 49 du traité sur la liberté de circulation », a-t-il déclaré. Toutefois, la vice-présidente de la confédération syndicale LO, Wanja Lundby-Wedin, a souligné que cette action de grève est, dans sa nature même, un obstacle aux activités de l'entreprise et à la liberté de circulation.

« Ce qui était, jusqu'alors, perçu comme un droit fondamental des travailleurs dans tout État démocratique serait remis en cause au nom de la liberté de circulation », a-t-elle insisté.

Viking

L'affaire Viking impliquait une grève du Syndicat des marins Finlandais contre une tentative de la part de leur patron de remplacer des marins Finlandais par des Estoniens coûtant moins chers.

La plainte du patron s'appuyait sur la législation européenne selon quoi une action de grève violerait le droit du patron à la liberté d'installation et de prestation des services, comme cela est prévu dans les traités de l'UE, et les articles 43 et 49.

Ces deux affaires soulignent à quel point les dispositions du traité de l'UE sur la liberté de circulation sont utilisées comme un bélier contre les droits syndicaux à mener une action de grève collective même si cela est légal dans la législation nationale.

Avec la liberté de mouvement des services, les règlements de l'UE exigent la complète liberté de mouvement du travail, avec des mesures qui auront des effets profonds sur tous les syndicats opérant au sein de l'UE.

A la suite de l'accession des pays d'Europe de l'Est dans l'UE, les travailleurs migrants ont rapidement immigré à l'ouest tandis que le capital et les emplois industriels se sont délocalisés à l'est.

Alors que plusieurs pays Européens connaissent un afflux massif de travailleurs migrants, les pays d'Europe de l'Est subissent une hémorragie démographique et une inévitable fuite des cerveaux, conduisant à la perte des travailleurs qualifiés et des jeunes les vouant à un avenir incertain fait de sous-développement.

Dans les Etats-membres plus développés, les salaires ont subi des pressions à la baisse dans de nombreux secteurs dans le cadre d'un processus bien connu de « dumping social », lorsqu'une main d’œuvre étrangère peu chère remplace la force de travail autochtone et que le pouvoir de négociation des syndicats s'affaiblit sérieusement.

Ces problèmes ont éclaté en Irlande, en particulier dans le conflit des Irish Ferries, lorsque l'entreprise a remplacé 600 marins Irlandais par une main d’œuvre venue d'Europe de l'Est avec des salaires considérablement plus faibles.

Le Congrès des syndicats irlandais (ITUC) exige que des mesures soient prises afin de protéger les travailleurs, en particulier ceux non-qualifiés, dans les secteurs où le dumping social menace les emplois.

« C'est une loi d'airain de l'économie que des réserves abondantes de travail tirent son coût vers le bas. C'est une insulte à l'intelligence populaire que de prétendre le contraire », expose-t-il dans un communiqué.

Dans toute l'Europe, il est clair que nous assistons à un grand mouvement de capitaux vers l'est tandis que le travail se dirige vers l'ouest. Et cela se produit en conformité avec les principes du marché unique Européen, qui prévoit la « libre circulation des biens, capitaux, services et du travail », au mépris de ses conséquences sociales.

Les règles du marché unique, par conséquent, minent toute forme de démocratie, y compris le droit à de justes salaires et conditions de travail, à une protection sociale et à la négociation collective. Ces politiques de l'UE ne peuvent que signifier la poursuite de migrations massives et, en fin de compte, alimenter le poison du racisme et du fascisme, dernier refuge de la bête patronale en temps de crise.

Pour inverser cette situation de plus en plus perverse, tous les Etats-nations doivent avoir un contrôle démocratique sur leur politique d'immigration et avoir le droit d'appliquer la législation nationale afin de défendre travailleurs migrants et autochtones.

La vraie question est : partenaires sociaux ou syndicats indépendants ?

Il est de plus en plus clair que les politiques de l'UE représentent une attaque généralisée contre l'Etat social, l'éducation, les structures sociales pour quoi les syndicats et les organisations ouvrières ont lutté pendant des décennies. Donc, quelle doit être la réaction du mouvement syndical ?

La stratégie de l'UE est clairement d'utiliser la liberté de mouvement du travail, du capital et des services afin de saper et de détruire les standards de travail acquis de haute lutte ainsi que nos services publics.

Cette offensive néo-libérale intensifiera le « dumping social », remplaçant les travailleurs par une main d’œuvre étrangère bon marché, faisant le lit du racisme et de l'extrême-droite.

En conséquence, une résistance à l'agenda patronal de l'UE émerge dans toute l'Europe ainsi qu'un malaise croissant parmi les travailleurs vis-à-vis de règles européennes qui font basculer de façon massive le rapport de force du côté du patronat et des grandes entreprises, tout en en excluant les parlements élus.

Au lieu de défendre le « partenariat social », nous devons nous demander, comment les travailleurs pourraient-ils avoir les mêmes intérêts que ces grands groupes privés pour qui institutions de l'UE facilitent l'exploitation de leur personnel et la baisse des salaires ?

Les incessants travaux universitaires sur la nécessité du partenariat social et déclarant la fin de la lutte de classes ne peuvent dissimuler le fait que les syndicats ne devraient pas collaborer à la mise en œuvre de règles élaborées par le grand capital.

Ces politiques ne font que favoriser le capital et l'offensive visant à maximiser les super-profits en exploitant une main d’œuvre bon marché au sein de l'UE et dans le monde entier.

Cependant, la CES, qui est financée à 80% par l'UE, collabore ouvertement avec la commission et les groupes patronaux afin de défendre cet agenda patronal désastreux. Est-ce réellement ce que veulent les travailleurs européens ?

Dans le fond, les syndicats devraient exister avant tout pour représenter les intérêts de leurs membres, non pour agir comme courroie de transmission pour les politiques des institutions de l'UE distantes et non-responsables.

L'alternative pour les syndicalistes est de développer leur propre agenda démocratique sur la base des intérêts de leurs membres et de leurs groupes. Les syndicats ont un rôle politique important et légitime à jouer en tant qu'agents du changement social, non comme partenaires stérilisés des intérêts patronaux.

Des millions de travailleurs trouvent la force de dire non au « dumping social » et oui à la protection des standards nationaux.

Afin de protéger les emplois et notre base industrielle, RMT demande que le gouvernement investisse dans l'industrie, la formation et la R et D.

L'industrie pourrait créer la richesse nécessaire pour financer et développer l’État social, y compris un service de santé public gratuit, l'éducation et des retraites décentes.

Tous les gouvernements doivent avoir les pouvoirs démocratiques de contrôler les flux de capitaux, d'emplois et de personnes même si cela rentre en contradiction avec les règlements, directives et législations de l'UE conçus pour favoriser le grand capital.

Ce sont les droits fondamentaux de toute nation moderne, démocratique et indépendante.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Non à l'UE du Capital
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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 08:15

euro collapseLe Noël de l'Union européenne du Capital

 

Article initial de Jorge Cadima, du département international du PC Portugais (PCP), pour Avante, organe du PCP



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La Banque centrale européenne a offert un cadeau de Noël à ses collègues banquiers : l'offre illimitée de crédit aux banques pendant trois ans, avec des taux d'intérêt de 1%. La banque peut prêter cet argent – avec des taux d'intérêt bien plus élevés – aux gouvernements, se remplissant les poches aux dépens du contribuable. La reprise de ces transactions scandaleuses s'accompagne de nouveaux cadeaux : réduction des réserves obligatoires (que la banque doit conserver en sa possession) et assouplissement des garanties bancaires auprès de la BCE ; la banque peut se débarrasser auprès de la BCE de tous les « emprunts toxiques » sans aucune valeur. En un seul jour, plus de 500 banques ont amassé près de 500 milliards d'euros. Un économiste cité par le Telegraph déclare que le montant emprunté « est équivalent à près d'1,5 fois les titres de la dette que l'Espagne et l'Italie devront émettre en 2012 ». Pour les États, l'argent ne s'obtient qu'à des taux usuraires, au prix du sang, de la sueur et des larmes. Pour les banques, l'argent comme le champagne coule à flots. Comme il fallait s'y attendre, les bourses et les marchés « à risque » ont connu une journée d'« euphorie ».



Si le Noël de l'UE pour les banquiers est un jackpot, pour les peuples, il a un goût bien plus amer. Les portugais le savent bien. Et la Commission européenne aussi : selon le Financial Times, « une nouvelle étude commanditée par la Commission européenne (…) affirme que les mesures d'austérité mises en œuvre au Portugal en 2010 ont été 'clairement régressives', de telle sorte que les familles les plus pauvres ont vu leurs revenus diminuer plus fortement, en proportion, que ceux des ménages les plus aisés ». Un graphique qui accompagne la nouvelle indique que dans les familles les plus pauvres avec des enfants, la perte a été de l'ordre de 9%. Mais ils en veulent encore plus. Des grecs martyrisés, ils exigent des dizaines de milliers de suppressions d'emploi dans le secteur public, de nouvelles baisses de salaires et des privatisations. En Irlande – où les salaires des fonctionnaires ont été diminués en moyenne de 14% – il y aura de nouvelles « coupes budgétaires de 3,8 milliards d'euros – de nouvelles restructurations dans le secteur public, des coupes dans les allocations familiales, des frais de scolarité bien plus élevés, et une augmentation de la TVA pour atteindre la barre des 23% ». La chancelière Merkel a salué l'Irlande comme un « magnifique exemple » à suivre pour sortir de la crise. Mais les chiffres les plus récentes indiquent une contraction de 1,9% du PIB au 3ème trimestre (12,5% depuis le début de la crise) et un chômage qui pointe à 14,3%.



Ceux qui croient dans la propagande de l'UE n'arrivent pas à concevoir comment on peut s'entêter dans des politiques aussi désastreuses. C'est simple. Il y a des gens qui réalisent leurs profits sur le dos de la misère des peuples. La lutte des classes, loin d'être une chose du passé, n'a jamais été aussi intense sur le sol européendepuis l'époque du fascisme et du nazisme. Mais il y a autre chose : les classes dominantes se révèlent incapables de contrôler leur crise. Éclairant, le spectacle des attaques mutuelles entre anglais et français après l'échec du Sommet européen (vice-éditeur du Daily Telegraph, Jeremy Warner, a publié un postdont le titre était « le seul problème avec la France, c'est qu'elle est pleine de français »). Devant le désastre annoncé, tout le monde se défausse de ses responsabilités. Le « père de l'Europe » Jacques Delors dit désormais que « l'euro était condamné dès le début ». Même le chef d'Etat major des États-Unis, le général Dempsey, déclare que la « zone euro est en grand danger » et que les États-Unis sont « très préoccupés (…) de la possibilité d'émeutes dans les rues et de désintégration de l'Union ». Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a tenté d'apaiser les relations franco-anglaises, en soulignant les convergences dans « le traitement de la crise en Libye, en Iran et en Syrie », en annonçant un sommet militaire bi-latéral, en rapelant les avancées dans la « création d'un drone commun »et d'un « programme commun de simulation d'armes nucléaires », domaine touchant au « cœur du cœur de la souveraineté nationale ». Cette même souveraineté nationale que le président de l'UE, Van Rompuy, déclare qu'il « faudra sacrifier pour retrouver une nouvelle zone euro crédible ». Vous y voyez une contradiction ? Pas le moins du monde. Ce qu'il faut, c'est avoir les bonnes lunettes pour voir la réalité de l'Union européenne du grand capital.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Non à l'UE du Capital
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