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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 07:17

Ils cherchent à cacher la véritable nature de l'Union Européenne

 


4 juin 2009

 

De Miguel Tiago,

 

député du PCP, membre de la direction Nationale de la JC Portugaise

 

Traduction AC pour Solidarité-Internationale-PCF

 

Elle serait risible, si elle n'était pas révoltante, cette campagne de mensonges que ceux qui sont responsables de la situation dans laquelle se trouve la jeunesse portugaise sont en train de mener pour les élections européennes. Dans les rues, les grandes affiches électorales du PS et du PSD font tout pour occulter ce qui est en jeu lors de ces élections, comme d'ailleurs à n'importe quelle étape du processus de construction européenne nous nous reportions.



Cela ne date pas de maintenant et nous ne pouvons certainement pas rester de marbre devant le numéro d'illusoniste que le PS et le PSD tentent de réaliser quant à la nature et à l'ampleur de ce projet européen que sa direction fédéraliste et néo-libérale est arrivée à nous imposer sans même nous permettre, aux jeunes et à tous les portugais, d'avoir notre mot à dire ou de participer aux grandes décisions prises au cours de ce processus. Ils cherchent bien, maintenant, à réduire les politiques européennes à la mobilité des citoyens, au programme Erasmus, et aux fonds européens. D'un trait, on lave et on blanchit ce projet d'Union Européenne de ces véritables implications et on ressort l'argument éculé de la « modernité ». Le PS et le PSD, chacun plus « européen » que l'autre, s'alignent tous deux sur la même orientation – et prouve en cela en quoi leurs comportements et leurs actions ne se différencient aucunement, que ce soit au Portugal, ou au Parlement Européen – et cherchent désormais à vendre à la jeunesse portugaise des illusions qu'ils nous ont déjà vendues par le passé. Pour eux, il est important de cacher la politique de précarisation du travail, de bas salaires, de privatisation des services publics, d'élitisation de la connaissance, de marchandisation de la culture et du sport; il est important de cacher et de blanchir la politique commune de la pêche, la politique agricole commune, la directive-cadre sur l'eau (qui vise à la privatiser), la création d'un marché spéculatif des permis d'émissions de gaz à effet de serre, et par-dessus tout, cacher et blanchir la nature néo-libérale de cette Union Européenne qui met, au-dessus de tout, les intérêts des grands groupes économiques et des grandes puissances européennes.



Il est important de réduire l'Europe à ce qu'elle n'est même pas. On parle de belles choses, de gigantesques investissements de superstructure, comme si l'Europe c'était le TGV, Erasmus ou la mobilité transfrontalière. Vital Moreira [tête de liste du PS pour les Elections européennes] tombe dans le ridicule quand il affirme que l'Union Européenne est la garante de l'eau potable qui sort de nos robinets (!!!), voilà jusqu'où peut aller cette absurde volonté de cacher ce qu'est véritablement cette Europe, quasiment jusqu'à faire croire, qu'avant l'Union Européenne, on buvait au Portugal de l'eau impropre.



C'est une question à poser, est-ce qu'il serait nécessaire d'avoir autant de choses (un parlement, une commission, un conseil, et tant d'autres organismes et institutions) juste pour organiser des programmes de mobilité étudiante, qui d'ailleurs existaient jusque-là depuis le Moyen-Age au sein des Universités Européennes, et pour garantir la mobilité transfrontalière. Evidemment que le PS et le PSD font tout pour dissimuler les grandes questions europénnes, celles qui concernent directement la jeunesse et tout le monde en général, car ce sont ces politiques centrales qui forment la colonne vertébrale et les racines d'une politique éculée, et qui a échoué, d'une politique qui aboutit à une régression civilisationnelle, à la casse des droits des jeunes, à la crise économique et à son aggravement. Mais c'est aussi une politique qui pose, jour après jour, de plus en plus de barrières à la participation des jeunes, qui dégrade les conditions et la qualité de vie de la jeunesse, qui remplace la véritable participation des jeunes par la participation de façade, sans effets, sans conséquences, qui joue fortement sur la déqualification du travail et de l'éducation supérieure des jeunes et qui conçoit les jeunes comme la couche la plus vulnérable de la population et, comme telle, la plus flexible et la plus exploitable du point de vue des grands intérêts économiques. La jeunesse, dans cette Europe, jaugent les belles phrases qu'on retrouve sur les affiches, les illusions entretenues et les petites phrases sorties lors de la campagne, et voit qu'elle ne joue aucun autre rôle que celui que les élites gouvernantes veulent bien lui faire jouer: celle de chair à canon.


C'est pour cela même, qu'il est urgent d'entamer une rupture démocratique de gauche, qui mettent au centre des politiques nationales et européennes la valorisation du travail et de l'éducation, qui soutienne les jeunes dans cette phase cruciale et particulièrement instable de leurs vies qui est le début de leur autonomie, la création de leur propre famille. C'est justement une politique qui garantisse la gratuité de l'éducation pour tous, qui garantisse à tous une éducation et des savoirs de haut niveau en fonction de ses capacités et non de sa condition économique. Une politique stratégique de développement qui réponde aux besoins réels des jeunes et du pays, qui ne sacrifie pas tout au sacro-saint marché qui nous a mis dans cette impasse. Une politique qui encourage une véritable participation des jeunes, de progrès, de consolidation des acquis sociaux et de conquête de nouveaux droits, partant du contenu progressiste de la Constitution de la République Portugaise, de sa supériorité absolue et de son insubordination à n'importe quel projet supra-national comme il s'est matérialisé dans le fameux Traité de Lisbonne. Cette politique, cette Europe ne surgira pas spontanément, avant elle sera construite par la lutte des jeunes et des travailleurs dans toute l'Europe. Et la lutte au Portugal, à ce moment précis, se mène avec le vote pour la CDU.

 

Traduit du portugais depuis le site de la coalition électorale CDU menée par le PCP: http://www.cdu.pt/

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 05:49

Une autre Europe


 

de Daniele Cortese, extrait de son éditorial dans l'Ernesto


Traduit par AC/LAS pour Solidarité-Internationale-PCF


 

Les élections européennes se dérouleront dans 27 pays de l'Union (UE), qui réunissent 500 millions de personnes et concentrent 19% du PIB mondial.


 

Nous constatons qu'au niveau de la Commission et du Parlement, il n'existe pas de différences stratégiques fondamentales sur le plan de la politique étrangère (euro-atlantisme) et économique (libéralisme appuyé par l'intervention de l'Etat pour faire face à la crise) entre les deux grands groupes politiques: le groupe conservateur, formé autour du Parti populaire européen et le groupe social-démocrate. Avec les libéraux (très proches des deux autres) ces groupes représentent plus de 75% du Parlement Européen (PE) et dominent la vie politique de l'UE, dans une logique de fer bipartisane d'alternance et de collaboration.


 

La présidence Obama a rapproché les deux rives de l'océan dans une solidarité euro-atlantique sanctionnée par le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN, dont de Gaulle a voulu sortir pour sauvegarder l'indépendance nationale de son pays. La nécessité, même pour les libéraux les plus endurcis, d'en appeler au secours de l'Etat pour « socialiser les pertes » causées par la crise et la récession, a réduit les divergences sur le plan de la politique économique entre les différentes forces internes au système. Et le poids très limitée des forces communistes et de la gauche « alternative » au Parlement Européen (le groupe de la Gauche Unitaire Européen - GUE - qui les rassemble, réunit 41 députés sur 783 soit 5,2% du parlement) met ces forces devant des tâches essentiellement défensives, de survie à l'échelle nationale, d'accumulation de forces, d'implication dans les luttes sociales dans les pays respectifs. La possibilité d' « une autre Europe » n'est certainement pas à l'ordre du jour; et qui dit le contraire, soit trompe les électeurs, soit en réalité envisage une alternance avec les sociaux-démocrates, les libéraux et les verts qui, dans le contexte actuel de l'UE et avec les rapports de forces actuels entre classes, qui n'aurait justement rien d'une « alternative ». D'autant plus que les choix fondamentaux en termes de politique économique et étrangère sont pris en dehors du Parlement Européen: par les grands Etats nationaux et les puissances de l'argent (dont les secteurs économiques et financiers se coordonnent dans le cadre de l'UE et de l'OTAN), dans le dos des peuples. Alors qu'il n'existe pratiquement pas de syndicalisme de classe coordonné à l'échelle continentale.


 

La gravité de la crise mondiale et l'importante modification actuelle des rapports de force entre les grandes puissances, avec le déclin de la triade impérialiste (Etats-Unis, UE et Japon) et l'essor de nouvelles entités qui ne sont pas liées au vieil ordre mondial euro-atlantique (Russie, Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud...), avec une forte incidence sur les dynamiques régionales respectives, peuvent avoir d'importantes répercussions à moyen terme aussi sur les équilibres au sein de l'UE. Il n'est donc pas prématuré de lancer un appel aux communistes pour qu'ils travaillent vivement à leur réorganisation, pour raffermir notre enracinement dans la société. L'histoire n'est pas linéaire, et c'est toujours mieux de ne pas se faire surprendre par son accélération imprévisible (qui aurait prévu, quelques années auparavant, l'effondrement de l'URSS?).



On peut ramener tout cela à une question stratégique fondamentale, presque totalement absente de cette campagne électorale: qu'entendons-nous quand nous parlons d' « une autre Europe », d'une « Europe des peuples », d'une alternative progressiste à l'Union Européenne?


 

L'UE n'est pas un contenant neutre, tantôt de droite tantôt de gauche selon les circonstances et de la domination conjoncturelle au Parlement Européen de majorités de centre-droit ou de centre-gauche (d'alternance), mais un projet structuré, qui vient de loin, de construction d'un nouveau pôle capitaliste surpa-national, consolidé depuis des années par d'innombrables traités contraignants, avec la création de l'Euro et d'une Banque Centrale Européenne; et d'une Politique Etrangère et de sécurité commune qui cherche des espaces de relative autonomie vis-à-vis des Etats-Unis au sein des structures de l'OTAN, et selon ses principes, sans constituer bien sûr une alternative aux Etats-Unis (plutôt une sorte de « condominium impérial » pour la direction du monde). Comme cela s'est vu pendant la guerre en Yougoslavie, dans ses rapports avec Cuba, la Chine, la Russie..., dans sa subordination à Israel.


 

Tout cela en fait un processus d'intégration régionale bien différent de ceux en ce moment en Amérique Latine, en Afrique, en Asie, qui ne se déroulent pas sur des bases néo-impérialistes. Une alternative en Europe comparable à celle poursuivie par les forces progressistes en Amérique Latine ne peut voir le jour qu'en se démarquant nettement du projet porté par l'Union Européenne.

 

Parmi les communistes et les forces de gauche critique en Europe, y compris au sein du Groupe GUE/NGL, on retrouve en réalité deux types d'approche.

 


La première est celle qui croit à une « réformabilité » de l'UE, c'est pourquoi une progression de la social-démocratie et de ses éléments de gauche, un renforcement de la gauche anti-capitaliste, la relance d'un nouveau cycle de luttes sociales, rendrait crédible la formation dans l'UE (et dans certains de ses Pays clés) de majorités porteuses d'une alternative, de « gauche », capables de changer la nature et toute la politique de l'Union Européenne. Dans cette veine, on retrouve aussi certains éléments de la social-démocratie et une bonne partie des groupes dirigeants du Parti de la Gauche Européenne (PGE), qui a fait de ce positionnement « interne » au cadre que constitue l'UE, un de ses traits fondateurs de son identité stratégique et programmatique, à partir de Die Linke, qui est aujourd'hui parmi ces forces l'élément le plus influent.

 


Une seconde approche caractérise au contraire une partie des partis communistes du continent (à l'Est comme à l'Ouest), pour une grande part extérieurs au PGE (ou « observateurs »); la majorité des forces de la gauche anti-capitaliste de la région scandinave; et certaines composantes (non majoritaires) internes à tel ou tel parti de la Gauche Européenne (le débat est transversal, et parfois même pas vraiment posé).

 


Tous, au sein du groupe GUE, sont d'accord sur la nécessité de lutter pour des conquêtes partielles dans le cadre de l'actuelle UE (les bases pour un programme mimimum partagé par tous existent). L'UE existe, elle existera probablement encore pour un certain moment - malgré la crise profonde qu'elle traverse - et on ne peut pas se soustraire au débat politique et programmatique qui s'y déroule au nom d'une Europe future qui reste à construire.

 


Le point central est - et c'est le fond stratégique de la seconde position, dont nous nous sentons proches - que les forces qui se réclament du socialisme et d'une alternative anti-libérale, d'opposition à la guerre et à l'impérialisme; les forces qui veulent une Europe unie et autonome des Etats-Unis et de l'OTAN, fondée non pas sur des pouvoirs fédéraux supranationaux, mais sur la coopération entre Etats souverains, non pas impérialiste mais plutôt d'amitié et de coopération avec les peuples du Sud, ne peuvent pas penser poursuivre la réalisation de tels objectifs dans le cadre et selon les principes de l'UE, mais doivent porter dès maintenant un projet alternatif.

 


On continue à discuter comme si l'UE était toute l'Europe: et il a raison celui qui a dit au lendemain des réferendums français et hollandais, que « l'idée d'une Grande Europe Unie [élément géopolitique à la signification planétaire] ne peut pas voir le jour seulement avec l'élargissement de l'UE », c'est-à-dire par absorption ou cooptation; et qu' « un processus pan-européen de cette ampleur ne peut pas être construit seulement par la partie occidentale ».

 


Une vision « vraiment pan-européenne » devrait avant tout s'opposer à toute ingérence néo-impérialiste des Etats-Unis, de l'UE et de l'OTAN dans les affaires internes d'ex-URSS comme au contraire c'est en train de se passer de manière très lourde dans les événements en Ukraine, en Géorgie, dans les Pays Baltes, en Biélorussie, en Moldavie et en Russie même.

 


Un intellectuel britannique proche de Tony Blair a écrit après la guerre en Irak qu'en Europe la ligne de division est entre « euroasiatiques, qui veulent créer une alternative aux Etats-Unis (le long d'un axe Paris - Berlin - Moscou - Delhi - Pékin) et euro-atlantiques, qui veulent maintenir un rapport privilégié avec les Etats-Unis ». Tony Blair (anticipant Obama) a exprimé en son temps clairement sa ligne euro-atlantique, d' « une puissance uni-polaire fondée sur le partenariat stratégique entre l'Europe et les Etats-Unis », pour emprunter les termes de Sergio Romano, « une grande communauté atlantique de la Turquie à la Californie ». Si au contraire l'Europe accepte l'épreuve de force avec les Etats-Unis et sortir de la subordination atlantique, elle doit être ouverte aux accords de coopération et de sécurité avec la Russie (qui fait partie de l'Europe), avec la Chine, l'Inde; et avec les forces les plus progressistes et non-alignées qui se mettent en mouvement en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique Latine.

 


Samir Amin a écrit dans une interview à l'Ernesto: « la grande majorité des forces politiques européennes - qu'elles soient de centre-droit ou de centre-gauche - semblent tout sauf intéressées à un tel projet. Aujourd'hui il n'y a pas - au-delà de la rhétorique qu'on entend souvent à gauche également à ce sujet - d' « autre Europe » à l'ordre du jour. (...) Sur les questions de fond, le programme de l'UE est tout simplement le pendant européen du projet américain (encore plus aujourd'hui, avec Obama - ndr).
Et en Europe, avoir accordé - également de la part de la majorité des forces de gauche - une priorité à la question de la « construction de l'Union Européenne » a favorisé et favorise un glissement progressif vers le social-libéralisme, vers les illusions entretenues par la rhétorique de la « troisième voie ». Personnellement, je pense qu'un changement dans les orientations politiques nationales de tel ou tel Pays européen et en particulier la rupture avec l'atlantisme est la condition préalable à tout discours sur l'autonomie de l'Europe et des pays qui en font partie. L'OTAN est le grand ennemi de l'indépendance des peuples européens. Une autre Europe suppose un rapport de coopération stratégique avec la Russie, et donc le dépassement d'une conception qui assimile l'Europe avec l'Union Européenne. Un axe privilégié entre la France, l'Allemagne et la Russie serait un pas important en cette direction; mais l'évolution de la situation politique et en Allemagne va dans le sens inverse, vers un retour à la solidarité atlantique. Pour cela, je considère qu'il est erroné et purement rhétorique d'insister sur le rôle « progressiste » de l'Union Européenne dans la sitation mondiale actuelle. Je ne sous-estime pas le rôle et l'importance des luttes progressistes qui se déroulent dans les pays de l'UE, mais il faut regarder la réalité en face, et il n'est pas sûr que ce soit ici que nous trouvions l'épicentre du processus révolutionnaire de transformation progressiste à l'échelle mondiale ».

 


Au moment où nous agissons afin que les prochaines élections européennes marquent la constitution en Italie de la liste qui peut (doit) représenter le premier pas vers la réunification des communistes, nous souhaitons que dans les autres pays de l'Union européenne les forces qui se reconnaissent dans la GUE progressent, et en particulier celles (communistes) qui à l'intérieur de la GUE soutiennent, avec une grande détermination et une grande cohérence,
les lignes générales d'un projet pour une autre Europe, en dehors de l'OTAN, unie du Portugal à l'Oural, ouverte à la coopération avec les forces progressistes et de paix de tous les continents, porteuse d'un projet alternatif à celui représenté historiquement par l'Union Européenne.

Traduit depuis le site de l'Ernesto: http://www.lernesto.it/

 

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 04:44

Le Parti Communiste Grec (KKE) ne participera pas aux travaux de la gauche européenne

 

« La création du PGE exprime, selon nous, la tendance à la capitulation absolue face au rapport de force actuellement défavorable, tendance qui conduit le mouvement ouvrier et de gauche en Europe dans une impasse. »

 

par Dimitris Koutsoumpas, membre du Bureau Politique du Comité Central du KKE

21 septembre 2005


Traduction AC pour Solidarité-Internationale-PCF

Chers camarades,

par la présente, nous voudrions vous fournir des détails supplémentaires sur notre position vis-à-vis du « Parti de la Gauche Européenne » (PGE) qui, comme vous le savez probablement, tiendra son premier congrès à Athènes, les 29 et 30 octobre 2005.

Les raisons pour lesquelles notre parti ne participera pas à ce projet sont connues: elles concernent le contexte même qui entoure l'existence de ce parti, les relations qu'il entretient ou envisage d'entretenir avec les institutions de l'Union Européenne et, naturalement, sa plate-forme politique et idéologique.

Chers camarades,

la coopération et l'action commune entre les partis communistes et ouvriers ainsi qu'entre les forces, mouvements et partis anti-impérialistes sont en général une condition essentielle du développement des luttes et du renversement des rapports de force actuellement défavorables en Europe et dans le reste du monde.


Cette coopération doit absolument s'intensifier, et elle doit reposer sur le respect de la souveraineté et de l'égalité dans les relations entre partis.


Tout cela est aussi essentiel et vital, à notre avis, qu'est dangereux et néfaste pour l'état actuel et futur du mouvement la constitution d'un rassemblement de forces différentes au sein d'un seul parti, avec sa hiérarchie interne et ses partis « prépondérants », sous l'égide et les lignes de conduite imposées par ce centre impérialiste qui s'appelle l'Union Européenne.


La création du PGE exprime, selon nous, la tendance à la capitulation absolue face au rapport de force actuellement défavorable,
tendance qui conduit le mouvement ouvrier et de gauche en Europe dans une impasse. De plus, cette tendance, sans tenir compte des intentions et des déclarations subjectives, pousse objectivement à l'acceptation fataliste des limites imposées par la « légalité » impérialiste. Le PGE, d'après ce qui ressort de la lecture de son manifeste et de ses statuts, rejette les traditions communistes et l'expérience des révolutions socialistes du vingtième siècle, ainsi que la théorie du socialisme scientifique.

 

De sa fondation jusqu'à aujourd'hui, de multiples événements ont constitué autant de preuves qui ont confirmé la validité de cette position:

 

  • Le programme du PGE ne fait en aucun cas référence au socialisme comme étant son objectif.


     

  • Selon ses documents, il est évident que sa fondation a été le résultat d'un processus des plus obscurs. Ces documents mettent en avant une relation évidente avec la déviation désastreuse de l' « eurocommunisme » et son hostilité vis-à-vis du mouvement communiste et de libération.


     

  • Il affirme ouvertement son hostilité envers le socialisme, comme nous l'avons connu en Europe et en URSS au vingtième siècle. Il minimise, tout en le calomniant, le rôle même qu'a pu jouer ce socialisme. Il minimise très largement les responsabilités de l'impérialisme dans l'émergence du fascisme et de la guerre méprisant de manière évidente le rôle avant-gardiste joué par les partis communistes dans la résistance des peuples.


     

  • Il reprend la grossière position anti-communiste qui affirme que les partis communistes ont été pilotés par des forces extérieures à leurs propres pays et, plus précisément, par Moscou. Il développe tout le débat sur la « condamnation du stalinisme » et, dans le même temps, reprend l'offensive anti-communiste des classes dirigeantes à propos du 60ème anniversaire de la victoire sur le fascisme. Cela démontre clairement jusqu'à quel point son orientation idéologique est marquée par la tendance anti-communiste actuellement dominante.


     

  • L'absence stupéfiante de toute initiative de résistance aux machinations anti-démocratiques et anti-communistes et l'absence de soutien aux luttes anti-impérialistes n'est pas fortuite. Ainsi, on remarque aucune réaction de sa part (du PGE) au fait que plusieurs partis communistes en Europe soient déclarés illégaux. Et aucune réaction vis-à-vis de la motion anti-communiste, proposée à l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui vise à exclure les communistes des élections. Pas le moindre soutien non plus à l'un des événements anti-impérialistes les plus importants au monde, c'est-à-dire le XVIème Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants


     

  • Le PGE rejette comme principes de base l'égalité, le respect de la souveraineté et la non-ingérence dans les affaires internes des partis. Il prévoit une « affiliation individuelle », intervient directement dans « les manières dont les partis-membres nationaux garantissent la démocratie et l'indépendance dans l'expression des opinions en leur sein ». Personne ne s'étonnera, alors, qu'il y ait déjà eu trois cas, jusqu'à aujourd'hui, dans lesquels le PGE est intervenu dans les affaires internes des partis-membres en question.


     

  • A une période où le traité constitutionnel est mort, et où une nouvelle dynamique positive émerge au coeur de l'Europe, réfutant les arguments selon lesquels les peuples devraient « accepter l'Europe comme une réalité », le PGE est le premier à relancer cet argument et à parler de la nécessité de « propositions d'alternatives concrètes en vue d'une autre constitution européenne ». Voilà qui remet la question sur la table avant même que les dirigeants de l'UE aient pensé à le faire.

 

Nous pensons que les éléments cités ci-dessus renforcent notre point de vue que le PGE emprunte une voie dangereuse – une impasse – qui conduit à l'extinction de l'identité communiste et à l'intégration au sein des structures de l'UE.


 

De plus, il mine les efforts de coordination et de coopération sur une base égalitaire entre les partis communistes, ouvriers et de gauche dans leur opposition au cente impérialiste européenn et, plus largement, au système capitaliste.


 

Chers camarades,


 

pendant cette période, dans notre pays comme dans le reste de l'Europe, se développe une lutte de classe acharnée contre les lignes politiques réactionnaires, issues de la stratégie de Lisbonne, et contre la direction générale de l'UE. La mise sur pied de ce congrès et la poursuite du renforcement de cette formation philo-euopéenne (UE) n'a rien de bon à offrir aux luttes qui se développent. Au contraire, cette formation entrera en conflit avec les espérances et les attentes des travailleurs et des jeunes militant dans les partis et les forces communistes et anti-capitalistes.


 

Traduit de l'italien depuis le dossier réalisé sur l'UE sur le site: http://www.resistenze.org/

 

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 05:43

Pourquoi le Parti Communiste Portugais n'a pas adhéré au PGE à sa création, en 2004

 

Traduction AC pour Solidarité-Internationale-PCF

 

Ci-dessous l'intervention, par laquelle le Parti Communiste Portugais (PCP), en qualité d'observateur, a justifié son choix de ne pas adhérer au « Parti de la Gauche Européenne », dont la constitution a été décidée lors de la réunion qui s'est déroulée le 10 et 11 janvier à Berlin.

 

Intervention du Parti Communiste Portugais à la réunion de Berlin pour la constitution du « Parti de la Gauche Européenne » (31 janvier 2004)

 

Camarades et amis

 

Nous remercions le Parti du Socialisme Démocratique (PDS) de nous avoir invité à cette initiative. Bien que cet événement ait été organisé à une date défavorable pour nous, et malgré qu'il y ait certains éléments qui suscitent notre réserve, nous ne pouvions pas ne pas être présents à partir du moment où était prévu, à l'occasion du 85ème anniversaire de leur assassinat, un hommage aux deux grands marxistes révolutionnaires que furent Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

 

Et surtout parce que nous voulions renforcer les relations existant entre le PCP et le PDS et confirmer à tous les camarades et amis ici présents notre volonté ferme de contribuer au renforcement de la coopération entre toutes les forces de gauche qui sont liées aux intérêts des travailleurs et clairement démarquées de la social-démocratie.

 

Nous sommes certainement tous d'accord sur le fait que la situation en Europe et dans le monde – avec l'offensive massive du grand capital et de l'impérialisme, mais aussi avec l'intensification de la lutte de libération des travailleurs et des peuples – met les communistes et toutes les forces de gauche anti-capitaliste devant l'exigence du renforcement de la coopération, de l'action commune ou convergente, de la solidarité internationale et internationaliste.

 

Le problème qui se pose n'est donc pas celui de sa nécessité mais plutôt des formes et des contenus les plus adéquats que prendra cette coopération, en tenant compte des expériences positives et négatives du mouvement ouvrier et de la grande diversité des situations et des opinions qui existent à ce sujet.

 

De notre côté, nous exprimons toujours l'opinion que, dans les circonstances actuelles, la réponse réaliste à l'exigence d'unité et de coopération face aux défis que nous avons à affronter ne réside pas dans la création d'un « parti politique européen » de type traditionnel, inséré dans une perspective fédéraliste et à vocation supranationale.

 

Ainsi, nous donnons la priorité à la coopération en vue de l'unité d'action sur des problèmes concrets qui, telles les questions sociales, la lutte contre le militarisme et la guerre, la défense de la démocratie, touchent réellement les travailleurs et les masses populaires, à la réalisation de rencontres pour analyser les problèmes communs, d'initiatives de masse qui permettent d'affirmer et de diffuser nos propositions communes.

 

Nous insistons en particulier sur l'importance d'assurer la continuité et l'amélioration de l'expérience positive du Groupe Confédéral de la Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique et d'adopter un Appel ainsi que de mener d'autres initiatives communes pour les prochaines élections européennes, moment particulièrement important dans la lutte contre une « construction européenne » guidée par les intérêts du grand capital et des grandes puissances et pour une autre Europe de progrès, de paix et de coopération.

 

Dans le même temps, le PCP a toujours été favorable à ce que cette coopération puisse évoluer vers des formes plus stables et articulées que l'expérience aurait rendues possibles et nécessaires. C'est avec cet esprit que nous avons participé aux discussions, auxquelles nous avons été conviés, sur la création d'un nouveau « sujet politique ». Nous avons défendu une solution mûrement réfléchie, unitaire, qui tienne compte de la grande diversité des situations nationales et des différentes trajectoires historiques, influences respectives, lignes poltiques, programmes et orientations idéologiques des partis en question; une solution qui ne rentrerait même pas en contradiction avec le cadre règlementaire de l'Union Européenne.

 

Les transformations qui ont eu lieu dans le monde sont tellement importantes et les problèmes que rencontre la lutte de libération tellement complexes et diversifiés, qu'il serait paradoxal que les partis de gauche n'aient pas des opinions différentes sur ces grandes questions. C'est pour cela que nous avons toujours soutenu, dans les réunions auxquelles nous avons participé, une solution unitaire, insistant toujours sur la nécessité de valoriser ce qui nous unit et de mettre de côté les questions polémiques relatives à l'analyse de la situation internationale et du capitalisme contemporain, les jugements sur des questions historiques ou de nature idéologique. Nous avons résumé notre position – réaffirmée par le Comité Central dans sa réunion du 20 octobre – dans la formulation: « une solution unitaire, basée sur les partis, qui tienne compte de l'expérience du groupe GUE/NGL, respecte la souveraineté de chacun et l'égalité de tous, avec une structure minimale flexible, et un mode de travail collégial sur la base du consensus et du principe de rotation des responsabilités, avec une plate-forme brève centrée sur les luttes ».

 

Malheureusement, la diversité des positions n'a justement pas été respectée, et cela s'est vérifié avec des interventions négatives au cours du processus qui ont empêché un rapprochement souhaité des positions et même les problèmes posés par le « Règlement relatif à la structure et au financement des partis au niveau européen » (nous avions voté contre au Parlement Européen) n'ont pas été pris en compte.

 

Pour ces raisons, le PCP n'envisage pas d'adhérer à la forme de « parti » qui nous est proposé.

 

Evidemment, les relations traditionnielles entretenues au niveau bi-latéral ne sont pas remises en cause, tout comme la nécessité d'une coopération plus large entre partis communistes et avec les autres forces de gauche.

 

Dans l'immédiat, nous continuons à nous engager dans la construction d'une dynamique portée par des actions communes en vue des élections européennes et pour la constitution future d'un Groupe dans lequel nous puissons tous nous retrouver.

 

Pour nous, c'est la question la plus importante et la plus urgente à laquelle nous devons faire face, trouver un cadre dans lequel la coopération entre partis de gauche puisse être à la fois plus large et plus étroite.

 

Même en considérant le fait que la campagne pour les élections européennes prendra nécessairement des caracteristiques différentes pays par pays, nous pensons qu'il est très important d'envisager des initiatives communes de toutes sortes et de chercher à les organiser longtemps à l'avance. Notre expérience dans le Groupe et dans les nombreuses rencontres réalisées, notamment lors de la Rencontre de Paris du 9 novembre et avec la Déclaration adoptée alors à l'occasion du Forum Social Européen, ont montré qu'il y a de la place pour l'action commune.

 

Dans Avante Numéro 1573, 22 janvier 2004 http://www.avante.pt/

Trouvé grâce au dossier sur l'UE réalisé par: http://www.resistenze.org/

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 06:41

A propos du mot d'ordre des Etats-Unis d'Europe

 

Lénine, 23 août 1915, dans « Le Social-Démocrate » n°44



Retranscrit par JC pour Solidarité-Internationale-PCF



Dans le n° 40 du Social-Démocrate, nous annoncions que la Conférence des sections de notre Parti à l'étranger avait décidé d'ajourner la question relative au mot d'ordre des « États-Unis d'Europe », tant que l'aspect économique de la question n'aurait pas été examiné dans la presse.


Les débats sur cette question avaient pris à notre conférence un caractère exclusivement politique. Cela tenait peut-être en partie à ce que le manifeste du Comité Central avait formulé expressément ce mot d'ordre comme un mot d'ordre politique (« le mot d'ordre politique immédiat... » y est-il dit); non seulement il préconisait les États-Unis républicains d'Europe, mais il soulignait tout spécialement que « sans le renversement révolutionnaire des monarchies allemande, autrichienne et russe », ce mot d'ordre était absurde, mensonger.



Il serait totalement erroné de s'élever contre cette façon de poser la question dans les limites d'une appréciation politique de ce mot d'ordre, par exemple en lui reprochant d'estomper ou d'affaiblir, etc., le mot d'ordre de révolution socialiste. Les transformations politiques dans un sens véritablement démocratique, et à plus forte raison les révolutions politiques, ne peuvent jamais, en aucun cas, quelles que soient les conditions, ni estomper, ni affaiblir le mot d'ordre de révolution socialiste. Au contraire elles ne font jamais que rapprocher cette dernière en élargissant sa base, en entraînant dans la lutte pour le socialisme de nouvelles couches de la petite bourgeoisie et des masses semi-prolétariennes. Par ailleurs, les révolutions politiques sont inévitables au cours de la révolution socialiste, qui ne doit pas être considérée comme un acte unique, mais comme une époque orageuse de bouleversements politiques et économiques, de lutte de classes très aiguë, de guerre civile, de révolutions et de contre-révolutions.



Mais si le mot d'ordre des États-Unis républicains d'Europe, formulé en liaison avec le renversement révolutionnaire des trois monarchies les plus réactionnaires d'Europe, la monarchie russe en tête, est absolument inattaquable en tant que mot d'ordre politique, on se heurte encore à une question éminemment importante, celle du contenu et de la portée économiques de ce mot d'ordre. Du point de vue des conditions économiques de l'impérialisme, c'est-à-dire de l'exportation des capitaux et du partage du monde par les puissances coloniales « avancées » et « civilisées », les États-Unis d'Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles, ou bien réactionnaires.



Le capital est devenu international et monopoliste. Le monde se trouve partagé entre une poignée de grandes puissances, c'est-à-dire de puissances qui s'enrichissent en pillant et en opprimant les nations sans retenue. Quatre grandes puissances européennes: l'Angleterre, la France, la Russie et l'Allemagne, avec une population de 250-300 millions d'habitants et une superficie de près de 7 millions de kilomètres carrés, possèdent des colonies dont la population est d'environ un demi-milliard d'hommes (494,5 millions), et la superficie de 64,6 millions de kilomètres carrés, soit près de la moitié du globe (133 millions de kilomètres carrés sans la région polaire). Ajoutez à cela trois pays d'Asie: la Chine, la Turquie, la Perse actuellement dépecées par des forbans qui mènent une guerre « émancipatrice »: le Japon, la Russie, l'Angleterre et la France. Ces trois pays asiatiques, que l'on peut qualifier de semi-coloniaux (en réalité, ils sont maintenant, pour les neuf dixièmes, des colonies) comptent 360 millions d'habitants et 14,5 millions de kilomètres carrés de surface (c'est-à-dire près d'une fois et demie la surperficie de toute l'Europe).



Poursuivons. L'Angleterre, la France et l'Allemagne ont placé à l'étranger un capital d'au moins 70 milliards de roubles. Pour percevoir le bon petit profit « légitime » que rapporte cette somme rondelette, - profit qui dépasse trois milliards de roubles par an, - il existe des comités nationaux de millionnaires, appelés gouvernements, qui sont dotés d'une armée et d'une marine de guerre et qui « installent » dans les colonies et semi-colonies les fils et les frères de « Monsieur Milliard », en qualité de vice-rois, de consuls, d'ambassadeurs, de fonctionnaires de toutes sortes, de prêtres et autres sangsues.



Ainsi est organisée, à l'époque du développement ultime du capitalisme, la spoliation par une poignée de grandes puissances de près d'un milliard d'habitants du globe. Et, en régime capitaliste, toute autre organisation est impossible. Renoncer aux colonies, aux « sphères d'influence », à l'exportation des capitaux ? Y songer serait descendre au niveau du curé de campagne qui, tous les dimanches, prêche aux riches la majesté du christianisme et leur recommande de donner aux pauvres… sinon quelques milliards, du moins quelques centaines de roubles par an.



Les États-Unis d'Europe, en régime capitaliste, équivaudraient à une entente pour le partage des colonies. Or, en régime capitaliste le partage ne peut avoir d'autre base, d'autre principe, que la force. Un milliardaire ne peut partager le « revenu national » du pays capitaliste avec qui que ce soit, autrement qu' « en proportion du capital » (et encore avec cet additif que le plus gros capital recevra plus qu'il ne lui revient). Le capitalisme c'est la propriété privée des moyens de production et l'anarchie de la production. Prêcher le partage « équitable » du revenu sur cette base, c'est du proudhonisme, du béotisme de petit bourgeois et de philistin. On ne peut partager autrement qu'en fonction d'un « rapport de forces ». Or, le rapport des forces varie au cours de l'évolution économique. Après 1871, l'Allemagne s'est renforcée trois ou quatre fois plus vite que l'Angleterre et la France; le Japon, dix fois plus vite que la Russie. Pour mesurer la force réelle d'un État capitaliste, il n'y a et il ne peut y avoir d'autre moyen que la guerre. La guerre n'est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée; elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents États est impossible. Les seuls moyens possibles, en régime capitaliste, de rétablir de temps en temps l'équilibre compromis, ce sont les crises dans l'industrie et les guerres en politique.



Certes, des ententes provisoires sont possibles entre capitalistes et entre puissances. En ce sens, les États-Unis d'Europe sont également possibles, comme une entente de capitalistes européens... dans quel but ? Dans le seul but d'étouffer en commun le socialisme en Europe, de protéger en commun les colonies accaparées contre le Japon et l'Amérique, gravement lésés dans l'actuel partage des colonies, et qui se sont renforcés au cours de ces cinquante dernières années infiniment plus vite que l'Europe monarchique, arriérée, qui pourrit déjà de vieillesse. Comparée aux États-Unis d'Amérique, l'Europe dans son ensemble est synonyme de stagnation économique. Sur la base économique d'aujourd'hui, c'est-à-dire en régime capitaliste, les États-Unis d'Europe signifieraient organisation de la réaction en vue de retarder l'évolution plus rapide de l'Amérique. Les temps sont à jamais révolus où l'œuvre de la démocratie et celle du socialisme étaient liées uniquement à l'Europe.



Les États-Unis du monde (et non d'Europe) sont la forme politique d'union et de liberté des nations que nous rattachons au socialisme en attendant que la victoire totale du communisme amène la disparition définitive de tout État, y compris l'État démocratique. Toutefois, comme mot d'ordre indépendant, celui des États-Unis du monde ne serait guère juste, d'abord parce qu'il se confond avec le socialisme; en second lieu, parce qu'il pourrait conduire à des conclusions erronées sur l'impossibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays et sur l'attitude du pays en question envers les autres.



L'inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme. Il s'ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part. Le prolétariat victorieux de ce pays, après avoir exproprié les capitalistes et organisé chez lui la production socialiste, se dresserait contre le reste du monde capitaliste en attirant à lui les classes opprimées des autres pays, en les poussant à s'insurger contre les capitalistes, en employant même, en cas de nécessité, la force militaire contre les classes exploiteuses et leurs États. La forme politique de la société où le prolétariat triomphera en renversant la bourgeoisie sera une république démocratique, centralisant de plus en plus les forces du prolétariat d'une nation ou de plusieurs dans la lutte contre les États qui ne sont pas encore passés au socialisme. La suppression des classes est impossible sans la dictature de la classe opprimée, du prolétariat. La libre union des nations sous le socialisme est impossible sans une lutte opiniâtre, plus ou moins longue, des Républiques socialistes contre les États arriérés.



C'est pour cette raison et à la suite de nombreuses discussions sur ce point, pendant et après la Conférence des sections du P.O.S.D.R. à l'étranger, que la rédaction de l'organe central en a conclu à la fausseté du mot d'ordre des États-Unis d'Europe.

 

Editions sociales, 1960, Tome 21 (août 1914-décembre 1915) des Oeuvres de V.Lénine, p 351-355

Référence retouvée en italien sur le site: http://www.resistenze.org/

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Non à l'UE du Capital
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