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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 05:49

ferreira« L'Union européenne n'est pas réformable »

 

 

Entretien avec le député communiste portugais au Parlement européen, Joao Ferreira (pour le quotidien Avante, organe central du PC portugais)

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Q: Quelle importance prennent les prochaines élections européennes dans le contexte politique actuel ?

 

R : Elles ont une importance incontestable. Le Portugal vit une des périodes les plus noires de son histoire récente. Jamais ne fut aussi évident le rapport entre les principaux problèmes du pays et les contraintes imposées par l'intégration capitaliste européenne – point d'appui fondamental des politiques de droite, tout au long de ses 28 dernières années. Les partis qui ont alterné au gouvernement dans cette période sont les mêmes qui dans les institutions de l'UE, y compris au Parlement européen, ont soumis le Portugal, de façon répétée et croissante, à des décisions contraires à ses intérêts. Ces élections sont une opportunité non seulement de faire élire plus de députés du PCP et de ses alliés de la CDU – des députés engagés dans la défense des intérêts nationaux et la ferme défense des intérêts des travailleurs et du peuple – ce qui, déjà en soi, ne serait pas peu de chose, mais pourrait aussi donner plus de force à l'exigence de démission de ce gouvernement et de mise en échec des politiques de droite.

 

Q : Quel bilan fais-tu de ce mandat, que vous avez partagée avec la députée Ilda Figueiredo et ensuite avec Ines Zuber ?

 

R : Ce furent cinq années marquées par la violence de la réponse de l'UE à sa propre crise. Marquées en premier lieu par les plans d'austérité et le programme d'intervention UE-FMI, que nous qualifions d'authentique pacte d'agression contre le pays et son peuple, et qui fut appliqué, de façon fort similaire, aussi dans d'autres pays, avec des conséquences dévastatrices que nous connaissons bien. A part cela, ces cinq dernières années, ont eu lieu un ensemble de changements dans le cadre politique et institutionnel de l'UE qui, une fois mis en place, eurent des conséquences gravissimes pour des pays comme le Portugal, accentuant sa dépendance et son retard. C'est dans ce contexte que les députés du PCP au Parlement européen ont développé une activité intense, profondément ancrée dans la situation nationale, soutenue par plusieurs centaines d'initiatives réalisées dans tout le pays, rentrant en contact avec des secteurs très divers de la vie économique, sociale et culturelle nationale. C'est ce lien avec la réalité nationale qui a donné sens et réalité à des centaines d'interventions, rapports, résolutions, propositions d'amendement, nombreuses questions que nous avons porté au sein des institutions de l'UE. C'est un travail qui allie la dénonciation, la protestation à la proposition, capable de dessiner une voie alternative, pour le Portugal et pour l'Europe.

 

Q : Certains sont d'accord avec les justes critiques que nous avons faites à l'intégration capitaliste européenne et à ses conséquences mais ils s'interrogent sur les raisons de voter ou de soutenir ceux qui sont contre l'Union européenne

 

Le peuple portugais et le Portugal ont besoin au Parlement européen de députés qui défendent avec conviction et courage les intérêts nationaux et non des députés serviles et soumis aux dessins et projets de l'UE. Je dirais que ceux qui sont d'accord avec les critiques que nous avons émises envers l'intégration capitaliste européenne ne pourront alors adopter une autre posture que celle de soutenir et voter pour ceux qui, comme le PCP et la CDU, depuis toujours, avec cohérence et principes, ont prévu et prévenu sur les effets de cette intégration et l'ont toujours combattue, sans illusions ni ambiguïtés. Ce soutien et ce vote sont une garantie que l'on donnera plus de force à ceux, au Parlement européen, qui fixent comme objectif essentiel la défense ferme des intérêts du Portugal et des Portugais et donneront dans le même temps plus de force à la lutte pour une alternative patriotique et de gauche qui garantisse, comme aucun autre vote, la défense et la reconquête des droits et des revenus volés et ouvre la perspective de la construction d'une vie meilleure pour les travailleurs et le peuple portugais.



Q : Ce mandat (2009-2014) a été traversé par une crise du capitalisme sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale, qui perdure encore. Peut-on dire que les contradictions et le caractère impérialiste de l'Union européenne s'aggravent ?



Sans nul doute. Ce processus européen ayant été un processus d'intégration capitaliste, la crise du capitalisme est, dans l'UE, une crise de l'UE elle-même, de ses fondements. Ce n'est pas un hasard si la réponse de l'UE à la crise a suivi les lignes fondamentales de réponse du système à sa crise : destruction des forces productives et aggravation de l'exploitation, en parallèle à la concentration du pouvoir politique et économique. D'autre part, elle a accentué le caractère militariste de l'UE, son affirmation comme un bloc politico-militaire au service des ambitions impérialistes des grandes puissances. Les dépenses militaires s'accroissent et, en articulation avec l'OTAN, augmente la participation dans des opérations d'ingérence et l'agression de pays souverains.



Q : L'adhésion à ce qui était alors la CEE a été un instrument de la contre-révolution. La signature des traités européens successifs a consolidé cette voie se traduisant, en pratique, en une plus grande dépendance, en un recul de souveraineté et un bond en arrière économique et social au Portugal. En ce 40 ème anniversaire de la révolution, comment se conjuguent les valeurs de la Révolution d'Avril que nous cherchons à réaliser à l'avenir dans ce pays, dans le cadre de cette UE ?



L'entrée du Portugal dans la CEE/UE a représenté globalement dès l'adhésion et jusqu'à ce jour, un assaut contre le régime démocratique né de la Révolution d'Avril et, évidemment, contre la Constitution de la République qui a consacré ses grandes conquêtes et la vision d'un pays indépendant et souverain, de progrès et de justice sociale. Les classes dominantes, mécontentes des parcelles de pouvoir perdues avec la révolution du 25 avril, y virent une opportunité en or de satisfaire leurs ambitions, arrimant le pays à l'intégration capitaliste européenne. L'approfondissement de l'intégration a représenté une escalade en ce sens. Maastricht et la constitution européenne mise en échec, ensuite resucée en Traité de Lisbonne, furent des bonds qualitatifs que nous devons souligner. De la même façon, les évolutions les plus récentes (Traité budgétaire, Gouvernance économique, Semestre européen, Pacte pour l'Euro plus) comportent des dangers croissants évidents pour la souveraineté et le régime démocratique, qui pourront contribuer à sa défiguration chronique. Le déploiement d'une politique patriotique et de gauche au Portugal et, plus généralement, le retour au projet de démocratie avancée que nous avons initié lors de la Révolution d'Avril et que le PCP développe dans son programme, rentre en conflit inévitablement avec les axes fondamentaux du processus d'intégration. C'est pour cela que nous assumons avec clarté, sans ambiguïtés, la nécessité de rupture avec ces axes. Certains que rien ni personne ne peut obliger le Portugal à renoncer au droit d'opter pour ses propres structures socio-économiques et pour son propre régime politique.



Q : Certains soutiennent que la crise qui a touché l'Union européenne est le fruit d'erreurs de nos dirigeants, que ce qu'il faut faire est fluidifier les mécanismes d'intervention de l'Union, approfondir le fédéralisme pour répondre efficacement à cette crise et à celles futures. Existe-t-il une possibilité de réformer cette Union européenne ?



Loin d'une orientation (ou désorientation) circonstancielle, fixée par des « dirigeants sans dimension européenne » ou d'autres raisons de ce genre, fréquemment invoquées, le cap suivi par l'UE découle de ses caractéristiques et de sa nature de classe. La situation actuelle met en évidence les limites de l'intégration capitaliste. Mais cela n'atténue pas la volonté de la poursuivre et l'approfondir, de la part de ceux qui en ont bénéficié. Au contraire. Dans cette phase, l'approfondissement du processus d'intégration requiert une plus grande concentration du pouvoir politique et économique au sein de l'Union européenne. Une concentration de pouvoir qui tend même à établir d'authentiques rapports de domination et de type colonial. Se révèle avec encore plus de clarté le caractère anti-démocratique du processus d'intégration et, une fois de plus, se révèlent ses limites objectives, démontrant que l'UE n'est pas réformable et que ses axes fédéralistes, néo-libéraux et militaristes sont indissociables.



Q : Les partisans des solutions fédéralistes, même ceux qui invoquent ce mythique fédéralisme de gauche, face à la critique du PCP à ce cap, nous accusent régulièrement d'isolationnisme et de nationalisme. Comment réfute-t-on ces accusations ?



Les tentatives de soumission nationale en cours dans l'UE représentent une forme d'oppression de classe qui est exercée sur les travailleurs et les peuples, au-delà d'une inquiétante et dangereuse attaque contre la démocratie. Ceux qui, tout en se prétendant à gauche, ne le perçoivent pas, ou ne veulent pas le percevoir, ne comprendront pas un élément décisif pour agir sur la réalité de notre temps, pour la transformer dans le sens du progrès social. Si l'évolution du capitalisme a conduit les classes dominantes à sacrifier les intérêts nationaux à ses intérêts de classe, alors, inversement, cela conduit à une identification croissante des intérêts des travailleurs et du peuple aux intérêts nationaux. Cela dit, nous ne défendons aucun isolationnisme ni aucune solution autarcique, qui non seulement n'est pas possible mais pas non plus désirable. Bien au contraire. L'internationalisation de l'économie, la profonde division internationale du travail, l'interdépendance et la coopération entre États et les processus d'intégration correspondent à des réalités et tendances d'évolution qui ne sont pas exclusives au capitalisme. En fonction de son orientation, de ses caractéristique et de ses objectifs, de tels processus peuvent soit servir les monopoles et les trans-nationales, ou peuvent servir les peuples. C'est un droit inaliénable de chaque peuple et de chaque pays de lutter pour la défense de ses intérêts et de ses droits. L'UE ne fut pas le premier processus d'intégration entre Etats en Europe. Ce ne sera certainement pas le dernier.

 

Q : Avec l'expérience des dernières élections, il faut admettre que le PS et le PSD (la droite) fondent leur campagne sur des questions qui n'ont rien à voir avec les problèmes réels du peuple et du pays, déviant l'attention vers des questions comme la Présidence à la Commission, par exemple. Comment peut-on estimer cette stratégie ?



Le PS et le PSD ont une tâche difficile lors de ces élections. Cette tâche passe par le fait de tenter, par tous les moyens, de montrer qu'il y a des différences entre eux là où en vérité ils sont d'accord. Et de la même façon que ces trois partis étaient unis dans la signature du pacte d'agression, ils étaient également ensemble dans les projets les plus importants votés au Parlement européen, notamment ces cinq dernières années. Pour cette raison, les manœuvres de diversion ne manquent pas. Ces manœuvres qui passent même par la tentation de dissimuler ce qui est vraiment en jeu lors de ces élections. Dissimuler sa nature même lors de ces élections, en cherchant à la transformer lors de l'élection du président de la Commission européenne – ce qui n'est pas le cas, cela ne le fut jamais ni ne pouvait l'être. Ils veulent cacher que ce qui est d'élire des députés portugais au Parlement européen. Ce n'est pas un hasard. Ils veulent que l'on oublie que ce fut avec le soutien du PSD, du CDS et du PS qu'ont été approuvées des mesures profondément contradictoires avec nos intérêts nationaux. Ils veulent que l'on oublie qu'au lieu de l'indispensable re-négociation de la dette que le PCP propose depuis trois ans, ils ont choisi d'atteler le pays à un pacte d'agression, d'exploitation et de paupérisation. Ils veulent surtout mettre entre parenthèses la dure réalité qui rend infernale la vie de millions de portugais, occultant les responsabilités qu'ils ont dans la situation du pays, découlant d'années de politiques de droite défendues par les gouvernements successifs de ces partis.



Q : L'expérience a donné raison aux dénonciations du PCP sur ce qu'allait signifier l'adhésion à l'euro. Il y a des voix, des groupes qui voient dans la sortie de l'euro l'apocalypse, d'autres qui défendent l'idée d'une sortie immédiate de la monnaie unique. Le PCP a une position différente. Tu peux l'expliciter ?



L'entrée du Portugal dans la monnaie unique a contraint et fragilisé économiquement le pays. Le pays a perdu beaucoup avec l'entrée dans l'euro. Mais il peut perdre encore plus, que ce soit en y restant, ou dans un scénario de reconfiguration de la zone euro, imposé depuis l'extérieur, face aux évolutions de la crise qui, d'aucune manière, ne peuvent être mises de côté. Sortir de l'euro tout court, ce n'est pas revenir au point où nous y sommes rentrés. Et encore moins au point où nous serions si nous n'y étions pas rentrés. Si il est certain que la poursuite du cap actuel est absolument insoutenable, il est tout aussi clair que la sortie de l'euro peut être dans l'intérêt du peuple portugais ou peut, au contraire, être dans l'intérêt de ceux qui y ont gagné avec l'euro pendant toutes ces années et qui continuent à en profiter – ce sont des intérêts irrémédiablement antagonistes. Tout en nous prononçant clairement pour la dissolution de l'Union économique et monétaire, nous défendons également la mise en place d'un programme qui, articulé avec l'ensemble des pays atteints dans leur souveraineté et leur droit au développement par le maintien dans l'euro, prépare la sortie de la monnaie unique en accord avec les intérêts de ces pays et de leurs peuples. Dans un contexte où il est absolument clair qu'une chose serait une sortie de l'euro conduite par un gouvernement patriotique et de gauche, qui affirme le primat des intérêts nationaux dans les relations avec l'UE, qui protège les travailleurs et le peuple des inévitables coûts de la décision et profite pleinement des opportunités de développement qui s'ouvrent, et une autre, bien différente, serait une sortie conduite par les mêmes forces qui nous ont imposé d'innombrables, injustes et inutiles sacrifices au nom du « maintien dans l'euro ».



En pleine conscience du fait qu'il est décisif pour assurer le développement souverain et indépendant du pays, de réussir à concrétiser la lutte pour la rupture avec les politiques de droite et la construction d'une politique patriotique et de gauche, et l'affirmation claire du droit inaliénable du peuple portugais à faire prévaloir cet objectif sur quelque autre intérêt ou contrainte.



Q : Quelles sont les grandes lignes de la campagne du PCP pour les élections européennes du 25 mai ? Le combat contre l'abstention est-il une préoccupation ?



Dans ces élections, nous tous, communistes, autres militants de la CDU, nous allons être appelés à construire une campagne qui devra être simultanément de mobilisation pour le scrutin et d'explication sur la nécessité du renforcement de la CDU.



Une campagne que nous allons construire en nous ancrant dans le patrimoine militant du parti, dans notre histoire de défense intransigeante des intérêts du peuple et du pays, identifiant les raisons et l'importance du vote pour la CDU, de sa contribution pour la lutte plus générale dans la défense des droits des travailleurs et du peuple, de l'exigence d'une autre politique.



Et nous allons la construire avec la justesse et l'autorité singulières de ceux qui peuvent se présenter devant le peuple portugais avec la cohérence de leurs positions, ceux à qui l'expérience a donné et donne raison.



C'est pour cela que nous appelons tous ceux qui, touchés par les politiques de droite, luttent pour un pays plus juste et démocratique, pour qu'ils ne s'abstiennent pas. Pour qu'ils fassent également du jour du 25 mai, avec leur vote pour la CDU, un jour de lutte.



Et que, avec son vote, et non avec l'abstention, ils disent non aux partis de la « troika » nationale (les partis de droite traditionnels PSD, CDS mais aussi le PS). Qu'avec leur vote et non avec l'abstention, ils condamnent les agioteurs, les usuriers et l'oligarchie qui pompent le sang du peuple portugais. Qu'avec leur soutien et leur vote pour la CDU, ils disent oui au développement du Portugal. Qu'ils disent oui au droit des portugais à décider de leur sort.



Q : Si tu avais à présenter les raisons du soutien et du vote pour la CDU, comment les résumerais-tu ?



Se trouve entre les mains des travailleurs et du peuple portugais la construction de son propre avenir.



Dans les élections au Parlement européen, le renforcement de la CDU, de son nombre de votes, son influence et du nombre de députés, est un objectif possible et nécessaire.



Le vote pour la CDU est le seul qui puisse assurer la présence de députés au Parlement européen engagés dans les intérêts nationaux et la défense des travailleurs et du peuple.



Le vote pour la CDU est le seul cohérent et décisif pour condamner les politiques de droite du gouvernement et donner de la force à la lutte de ceux qui ne se résignent pas et luttent pour un Portugal plus juste, plus fraternel, plus démocratique et développé.



Le vote pour la CDU est le vote qui pèse pour regagner nos droits, nos salaires et nos retraites, rendre au pays les ressources qui lui ont été volées.



Un vote massif pour la CDU, ce 25 mai, pourra constituer un facteur essentiel du changement de cap dans la vie politique nationale, pour la démission du gouvernement actuel et la défaite de sa politique et pour donner de la force à une alternative politique, patriotique et de gauche.

 

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 07:46

efia_5.jpgConflit d'intérêt à l'Agence de sécurité alimentaire européenne : plus de la moitié des « experts » liés à l'industrie agro-alimentaire



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Pour qui roule l'Union européenne ? Le scandale de l'autorisation de l'OGM du groupe américain Pioneer par l'UE, comme les conflits d'intérêts au sein de l'Agence de sécurité alimentaire apportent une réponse : pour les monopoles industriels, contre les peuples.



Le rapport « Unhappy meal » rédigé par l'ONG EU Corporate Watch met les pieds dans le plat, créant le malaise chez les défenseurs zélés de l'Union européenne, révélant ce secret de polichinelle : des agences « indépendantes » sous influence de l'industrie agro-alimentaire.



L'Agence de sécurité alimentaire européenne (AESA) joue un rôle crucial pour notre santé : c'est elle qui homologue les tests sur les nouveaux produits alimentaires, ou ceux déjà sur le marché, certifiant leur caractère sain, inoffensif pour notre santé.



Parmi les produits testés, les additifs, conservateurs, colorants, pesticides, OGM, produits plastiques, nourriture animale et autres joyeuseries chimiques qu'on retrouve dans nos plats !



122 des 209 « experts européens » liés à l'industrie agro-alimentaire



L'AESA devrait veiller à son indépendance du pouvoir des industriels. Or, c'est l'inverse, selon cette ONG, 122 des 209 des experts (soit 59 %) employés par l'Agence ont des conflits d'intérêts avec les industriels de l'agro-alimentaire !



L'Agence a bien conscience de ces contradictions internes. En 2012, elle a renouvelé les 8/10 ème de ses experts associés, recalé 85 candidats pour « conflits d'intérêts déclarés » mais l'infiltration du lobby de l'industrie agro-alimentaire dans le monde scientifique est telle que cela ne suffit pas.



Comme le notent les rédacteurs du rapport, la définition du « conflit d'intérêt » selon l'AESA est très restrictive, limitée aux cas de corruption patents, au conflit entre recherches pour le secteur privé dans un domaine précis dans lequel les services de l' « expert » est sollicité par l'Agence.



Or, comme le note fait remarquer l'ONG, le pouvoir d'influence des multi-nationales de l'agro-alimentaire est plus indirect, il repose sur la collaboration des « experts » à des groupes de travail, des conférences, des instituts, fondations, des projets de recherche publics-privés où s'imposent de nouveaux paradigmes, une culture commune, une pensée d'entreprise.



La Recherche est financée désormais à majorité par le secteur privé dans l'Union européenne. Pire, les « Programmes-cadres » créés par l'UE pour soutenir la recherche – 50 milliards d'€ pour 2007-2013 – concernent pour un tiers des entreprises privées.



Des fondations, instituts sous la coupe des grands groupes privés sont montés sur pied – les mêmes que favorisent la « LRU », aujourd'hui « Loi Fioraso » dans le monde universitaire – pour chapeauter la recherche publique, mettre sous sa coupe les 'agences indépendantes'.



L'AESA sous influence d'un think-tank créé par Coca-cola, Heinz et Kraft : vive la santé alimentaire !



Le rapport donne un exemple, l'International Life Sciences Institute (ILSI) auquel collaborent non moins de 30 experts de l'AESA.



L'ILSI a été fondé en 1978 par Coca-Cola, Heinz, Kraft, General Foods, Procter and Gamble, financé par les multi-nationales de l'alimentaire, de la chimie, du secteur pharmaceutique afin de faire pression sur les organismes de régulation, les agences publiques.



Ainsi, entre 1983 et 1998, elle a aidé l'industrie du tabac à lutter contre les tentatives de régulation publiques. Elle travaille, selon ses propres mots, « à réunir scientifiques, gouvernement, industrie et secteur public dans un esprit de collaboration ».



Parmi les 30 experts participants à cette collaboration, Diana Banati, membre du Comité directeur de l'AESA, directeur scientifique et exécutif de l'ILSI pour l'Europe (!), Juliane Kleiner, toute nouvelle directrice stratégique de l'AESA, recrutée en 2004 à l'unité sur les contaminants était jusque-là … scientifique-conseil pour l'ILSI !



Les autres cas ne manquent pas : Peter Farmer, membre du panel sur les contaminants dans la chaîne alimentaire a travaillé pour l'Institut pour la santé et les sciences environnementales de l'ILSI, Roland Franz, membre du panel sur les matériels, enzymes en contact avec la nourriture (CEF) a collaboré à trois initiatives patronnées par l'ILSI.



L'Agence est aujourd'hui prise dans ses contradictions. Ainsi, Alan Boobis, membre du Comité directeur européen de l'ILSI, était membre du panel sur les contaminants alimentaires entre 2009 et 2012. L'Agence a refusé sa candidature au Comité scientifique, à cause de ses conflits d'intérêts. Sans rancune pour Boobis qui a retrouvé immédiatement son poste à l'ILSI.



L'ILSI Europe – soi-disant une organisation privée à but non-lucratif (sic) – collabore directement aux projets de l'UE, comme EURRECA (« Harmonisation des recommandations nutritionnelles en Europe ») entièrement financé à hauteur de 13 millions d'€ par l'UE mais coordonné par l'ILSI.



Vous avez dit conflit d'intérêts ? Une collaboration avec les monopoles de l'agro-alimentaire aux mille facettes



Il serait fastidieux de détailler chacun des conflits d'intérêts des 122 « experts » en question. Membre du Panel sur les additifs et subsistances utilisés dans la nourriture animale (FEEDAP), Alex Bach cumule à lui seul 24 conflits d'intérêts !



Les conflits d'intérêts se révèlent encore plus vifs au niveau des directions. Neuf des dix présidents des panels d'experts connaissent des conflits d'intérêt, c'est le cas de 14 des 21 vice-présidents.



La collaboration avec les monopoles de l'agro-alimentaire prend des formes plus ou moins subtiles.



Si le fameux Alex Bach a dû démissionner en 2013, c'est à cause de ces 24 cas simultanés de conflit (!), mais son activité déclarée de consultant pour l'Association des producteurs de soja américains depuis 2006 n'avait pas souligné d'opposition auparavant.



Par contre, Marina Heinonen, membre du panel sur les produits diététiques, la nutrition et les allergies (NDA) a elle déclaré quatre sources privés pour ses recherches sur les polyphénols – les groupes de l'agroalimentaire Kiantama, Valio, Mildola et Raisio –, elle n'a pas été inquiétée.



Cette collaboration suppose la mise sous tutelle des universités publiques, qui voit se développer les centres de recherche au service des entreprises privées.



Ainsi, l'AESA a dû congédier en 2013 Josep Gasa Gaso, expert du panel sur la nourriture animale, censé être coordinateur scientifique de l'Institut SNIBA de l'Université de Barcelone, un institut dont les recherches sur les additifs alimentaires sont financées par des entreprises privées.



Les OSA (Organisations de sécurité alimentaire) sur lesquels s'appuie l'AESA sont censés être des ONG dévoués à l'intérêt général, elles comprennent des parties privatisées des universités.



C'est le cas de la PRI (Plant research international), intégrée à l'Université agronomique de Wageningen, aux Pays-Bas, qui contient Syngenta et Bayer parmi ses clients. Ou encore de l'Université catholique du Sacré-coeur en Italie, dont le centre de recherche OPERA fonctionne grâce à Bayer, Syngenta ainsi que Dow et BASF.



Les « sociétés scientifiques », censées d'être intérêt général et dans lesquelles travaillent la plupart des experts de l'Agence, sont pénétrées par les grands monopoles.



Ainsi, la Société de toxicologie britannique reçoit des dons de GlaxoSmithKline, AstraZeneca, Roche, entreprises pharmaceutiques, de Johnson Matthey, entreprise chimique, Unilever, monopole de l'agro-alimentaire et Syngenta, entreprise des bio-technologies.



La Société internationale de régulation de la Toxicologie et de la Pharmacologie (ISRTP) est connue pour avoir été soutenue pendant les années 2000 par Dow, Merck, Coca-Cola, Monsanto ou l'entreprise de tabac R.J. Reynolds.



Il n'y a grand-chose à sauver de cette Europe-là qui est prête à tout pour sauver les monopoles, y compris sacrifier la santé de leurs propres peuples : il faut rompre avec la logique d'intégration européenne, celle des monopoles, vite !

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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 07:01

logo_neu_1.jpgLe Parti de la gauche européenne (PGE) refuse de prendre position en Ukraine : c'est déjà une prise de position !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La situation est critique en Ukraine. Le capital européen tente par tous les moyens de conquérir de nouveaux marchés, de nouvelles sources de matières premières et de main d’œuvre quitte à utiliser comme bélier des groupes fascistes prêts au coup d’État. L'analyse du PGE, faussement équilibrée, tend de fait à légitimer la position des dirigeants européens.



Le Parti de la gauche européenne (PGE) vient de publier, ce 30 janvier, un communiqué se voulant équilibré sur la situation en Ukraine, renvoyant dos à dos gouvernement et agitateurs pro-européens, menés par des partis d'extrême-droite (comme Svoboda) et des groupuscules ouvertement fascistes.



Le responsable de la crise pour le PGE : un gouvernement inféodé à Moscou !



Or, dès la première ligne, la responsabilité ne retombe que dans un camp : « L'actuelle crise en Ukraine est liée au refus du gouvernement de signer – sous la pression de la Russie – l'accord d'association avec l'UE ».



A suivre le PGE, la faute des troubles actuels revient donc au gouvernement inféodé à Moscou, à son refus de signer le premier pas pacifique vers l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne.



Le PGE ne défendrait-il pas l'Accord d'Association avec l'UE ?



Le PGE défend un Accord d'association avec l'UE … qui ne « se limite pas à une expansion des marchés sans fonds de coopération » (sic)



Selon le PGE il faut que l'Union européenne en fasse« un pacte utile pour les travailleurs et citoyens ukrainiens, ne pas rester une expansion des marchés avec un fonds de coopération vide ».



Le PGE s'intronise conseiller du Prince (de qui, van Rompuy, Barroso, Draghi ?) pour suggérer de faire de cet accord une véritable entente politique, et non « seulement » un projet économique liée aux intérêts des grands monopoles, ce qu'il sera de toute façon. C'est ce qu'on appelle une adhésion au projet !



Gouvernement souverain, groupes fascistes et ingérences de l'UE dos à dos ?



Le PGE continue dans son « jugement équilibré », renvoyant dos à dos le gouvernement et les agitateurs fascistes pro-européens :



« Nous condamnons la répression et toutes les violences dans les rues. Nous sommes préoccupés par la résurgence de groupes d'extrême droite qui tirent profit de l'atmosphère sociale troublée et des mesures limitant les droits d'expression et de manifestation prises par le gouvernement ».



Que cela veut-il dire ? Si, demain, en France, des groupes d'extrême-droite refaisaient un 6 février 1934 et essayaient de faire un coup d’État contre la république, mettrions-nous dos à dos « répression gouvernementale » et « résurgence des groupes d'extrême-droite » ?



Pire, le PGE sous-entend – par une formulation ambiguë – que c'est la répression gouvernementale qui alimente cette « résurgence des forces d'extrême-droite », et est donc la cause originaire !



Non, la position du PGE ne rejoint pas l'analyse de classe du Parti communiste d'Ukraine (KPU) !



Enfin, le PGE finit par une référence assez hypocrite à la proposition du Parti communiste d'Ukraine (KPU), celle d'un référendum pour laisser décider le peuple ukrainien sur la politique d'intégration de l'Ukraine : du côté de l'Union européenne ou de la Russie et de l'ex-URSS :



« C'est pourquoi nous apprécions les propositions avancées par le Parti communiste d'Ukraine qui demande un referendum pour préciser l'orientation à donner pour les coopérations avec l'étranger ».



Sauf que le Parti communiste d'Ukraine fait une tout autre analyse que le PGE, une analyse de classe : certes, il dénonce la lourde responsabilité que porte le gouvernement dans la crise, par sa politique économique en faveur des oligarques, son mépris de la participation populaire.



Mais il dénonce aussi la tentative de coup d’État piloté par une autre fraction des oligarques, prête à tout pour s'arrimer au bloc impérialiste ouest-européen, jusqu'à user de partis fascistes comme Svoboda … eux-mêmes débordés par des groupuscules néo-nazis, anti-communistes, anti-sémites, anti-démocratiques.



Il dénonce aussi les tentatives d'ingérence russes et européennes. Mais surtout celles de l'Union européenne qui cherche à se doter d'une réserve de main d’œuvre, de matières premières et de nouveaux marchés, à tout prix pour résoudre sa crise.



Pour le KPU, sans illusions sur les perspectives offertes par la Russie, il faut organiser la résistance au coup d’État fasciste, dénoncer les manœuvres européennes, le mirage de l'Union européenne.



Le PGE fait l'analyse inverse et cherche à donner une nouvelle légitimité aux manœuvres européennes, à blanchir les déstabilisations dans les rues, dans la lignée de la pseudo « Révolution orange » de 2004.



Est-ce si surprenant ?Le PGE répond à sa mission, celle que lui octroie la Commission européenne qui le finance : transformer les partis communistes en forces de « gauche » pro-européennes, réformistes, canalisant la colère populaire vers la défense de l'Union européenne.



Dans les statuts du PGE, il est inscrit que celui-ci doit « faire la promotion de l'idée et de l'intégration européennes ». Il faut dire que le PGE fait du bon travail !



Nous ne pouvons que regretter que des Partis communistes comme celui français (Pierre Laurent est toujours le président du PGE), espagnol, italien participent à ce « parti européen » aux côtés d'organisations anti-communistes comme le Bloc de gauche ou SYRIZA qui mènent chez eux la lutte contre les Partis communistes portugais et grecs.



 

Solidarité avec nos camarades communistes ukrainiens : le coup d’État fasciste, même soutenu par les dirigeants de l'Union européenne, ne passera pas !

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Non à l'UE du Capital
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 07:13

krasucki.jpgQuand la CGT dénonçait l'Union européenne du Capital et les illusions de l'Europe sociale, c'était en 1989

 

Dette-prétexte, austérité en faveur du patronat, fiscalité à deux vitesses, casse de l'appareil productif, compétitivité pour légitimer la casse des acquis sociaux, l'Europe comme prétexte et instrument de cette œuvre de démolition : on croirait ce discours sorti d'un dirigeant syndical ou politique en 2014, pourtant c'était Henri Krasucki, c'était en 1989 !

 

C'est dire la pertinence de la grille d'analyse marxiste. C'est dire aussi le chemin parcouru par nos organisations de classe, CGT et PCF, depuis l'époque où ils combattaient l'Europe du capital, dénonçaient les illusions de l'Europe sociale.

 

En 1995, la CGT quittait l'internationaliste FSM pour rejoindre l'européiste CES en 2000.

 

En 2005, Bernard Thibault suivait Lord John Monks, secrétaire de la CES, et appelait à voter « Oui » à la Constitution européenne. En 2011, il signait un texte avec plusieurs syndicalistes européens pour appeler l'Union européenne à renouer avec l'esprit du « Traité de Rome » et du « Traité de Maastricht » !

 

Ici, nous vous proposons un extrait du rapport d'Henri Krasucki, alors secrétaire de la GGT, au 43 ème Congrès de la CGT.

 

Il choisit, en plein débat sur le Traité de Maastricht de commencer son rapport par une dénonciation claire et nette de l'Europe du capital, dénonciation des illusions de l'Europe sociale maintenue par certains à gauche, et certains syndicats.

 

Une vision prophétique de la France que nous connaissons aujourd'hui. A l'époque, la presse bourgeoisie titrait : « la CGT en guerre contre l'Europe ». Hélas, cela ne risque pas d'arriver aujourd'hui !

 

Introduction et retranscription AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

En vidéo, un extrait de la conférence de presse de Krasucki : http://www.ina.fr/video/CAB88033600

 

 

La France et l'Europe qu'ils veulent

 

Où en sommes-nous en France ?

 

Dans la mise en œuvre de sa stratégie, la grande bourgeoisie française ne cesse d'aller plus loin dans tous les domaines du recul social et national déjà mis en évidence par notre précédent congrès.

 

Si elle procède à des adaptations, qui tiennent compte de l'évolution de la crise, ses objectifs demeurent fondamentalement les mêmes. Une seule chose progresse, et de quelle façon, ce sont les profits. Mais c'est bien le but recherché.

 

C'est un fait universellement reconnu, mis en lumière par un récent article de la Vie Française qui accumule les superlatifs : « explosion des profits », « fantastiques profits », « véritable feu d'artifice », « 1988, année de tous les profits ».

 

Pendant ce temps, les travailleurs et la France subissent de plein fouet les conséquences des choix imposés par le grand capital et les gouvernements successifs. Pour les salariés, pour la masse des gens, c'est l'austérité atteignant pour certains l'intolérable.

 

Pour le pays, c'est le déclin, terme que constatent avec aigreur les plus hautes autorités de l’État mais que confirment les réalités profondes.

 

Qu'est aujourd'hui la France, parmi les puissances industrielles et mondiales au regard de ce qu'elle était il y a seulement 8, 10 ou 15 ans ?

 

Oui c'est bien l'austérité et le déclin, contreparties des choix opérés en faveur du profit et des facilités accordées au capital. Oui, il en résulte tout un ensemble d'agressions sociales dont le projet de document d'orientation donne un large aperçu.

 

On nous oppose ce que les uns appellent « embellie » et le Premier ministre « convalescence ». Il est vrai qu'on peut faire état d'un peu de croissance et d'un peu d'investissement d'ailleurs très sélectif et très orienté. Mais à quel prix !

 

Ces résultats trompeurs et qui risquent d'être fort éphémères ont été acquis contre l'emploi, contre le pouvoir d'achat, ils sont le fruit du recul social.

 

Durant ces années, cette politique a été menée sous des habillages successifs : assainissement, modernisation, puis, adaptation aux contraintes extérieures.

 

L'Europe et la France du recul social

 

Aujourd'hui, c'est au nom de l'Europe que patronat et gouvernement la poursuivent. Mais cette fois il s'agit plus seulement d'un prétexte.

 

C'est un objectif concret, qui se met pratiquement en place, et interfère de plus en plus sur la réalité économique et sociale de notre pays.

 

Comment dissocier, par exemple, ce qui se fait au niveau de la fiscalité contre les petits gens et les salariés au bénéfice du capital français, de l' « harmonisation fiscale » projetée au niveau européen ?

 

En diminuant de moitié l'impôt des plus riches, en majorant de 5 000 F par an en moyenne la contribution d'un couple salarié, en assujettissant à l'impôt 3 millions de Français aujourd'hui exonérés, c'est bien aux exigences de la grande bourgeoisie français que répondent celles de la construction européenne.

 

L'Europe de la jungle

 

C'est donc bien de la place de la France dans l'Europe que le grand capital veut nous faire, et que mettent en place les gouvernements successifs, qu'il est question aujourd'hui.

 

Il y a bien du monde pour présenter l'Europe comme un projet généreux, en agitant des idées qui ne nous sont en rien indifférentes, comme « progrès », « amitié entre les peuples », « solidarité internationale ». Mais ce qu'ils font, c'est tout autre chose !

 

Ce qu'ils veulent créer en vérité, c'est une zone de douze pays, délimitant un véritable terrain de chasse pour grands fauves. Ils pourront s'y affronter avec une férocité dont la valse des OPA nous donne quelque idée.

 

Dans cette lutte sans merci, des entreprises, des villes, des régions, peut-être des pays seront sacrifiés. Mais au-delà des contradictions, des rivalités, des affrontements entre capitalistes, dans cette jungle où régnera la loi du plus fort, le gibier ce sera avant tout les salariés.

 

Nous ne sommes plus seuls à dire qu'impératifs économiques, compétitivité sont autant de prétextes pour de bons apôtres qui ne pensent qu'à liquider au nom de l'Europe des conquêtes sociales qu'ils n'ont jamais digérées.

 

Il s'agit bel et bien d'éliminer tout ce qui peut entraver la course à des profits toujours plus grands, dont les capitalistes ne sont jamais rassasiés.

 

L'Europe du fric

 

Cette Europe, c'est celle du fric, où les multi-nationales régneraient en maîtres. C'est aussi celle où dominerait la RFA, tandis que les USA et le Japon auront les moyens d'y faire prévaloir leur puissance industrielle et financière.

 

Le Premier ministre de la France Michel Rocard affirme crûment cette réalité lorsqu'il déclare au grand journal ouest-allemand Spiegel : « Construire l'Europe c'est également reconnaître que l'Allemagne est la puissance économique dominante ».

 

Pour être carré, le propos n'en est pas moins scandaleux. C'est admettre que la France de cette Europe-là serait un pays économiquement dominé, amputant gravement de surcroît, sa souveraineté nationale sur l'autel des institutions européennes.

 

Et dans une optique semblable, quelle industrie pour notre pays ? Quels services publics ? Quelle recherche ? Quelle culture ?

 

Une industrie mutilée, repliée sur quelques créneaux, vassale des multi-nationales, avec comme conséquence un reflux massif des emplois industriels, une pénétration sans cesse accrue de notre marché intérieur.

 

Des services publics détournés de leur vocation naturelle qui est d'être au service des gens et de leurs besoins, démantelés, reconvertis en fonction des intérêts du grand capital. Les statuts annihilés, l'emploi public décimé.

 

La recherche réduite à la portion congrue, asservie à la rentabilité financière, à la recherche du profit. La culture bradée, la création soumise à la concurrence sauvage des sous-produits américains, par des mesures comme celle qui fait disparaître les quotas de 60 % d’œuvres européennes sur les télévisions des pays d'Europe.

 

La CGT est partie prenante à la lutte des créateurs, des artistes et des autres professions concernées pour l'identité culturelle de la France et de chacun des pays européens.

 

D'autres questions, toutes aussi graves sont posées. Quelle agriculture quand on sait que la disparition de la moitié des exploitations familiales est la note à payer pour les dix années à venir ?

 

Quel environnement lorsqu'on décrète la libre circulation des déchets toxiques, et qu'avec la suppression ou l'abaissement des normes on vise à la disparition des faibles et insuffisantes protections nationales contre la pollution ?

 

Et quel enseignement quand l'harmonisation fiscale européenne exige une diminution massive des dépenses publiques au moment où, comme le préconise la CGT, il faudrait pour combler les retards existants, construire des centaines d'établissements, embaucher près de 500 000 agents enseignants et non-enseignants, revaloriser les salaires de façon substantielle ?

 

Quelles régions enfin, alors qu'elles se trouvent de plus en plus directement confrontées au processus communautaire, et à ses conséquences dramatiques ?

 

Ce n'est pas en implantant les Schtroumpfs à la place des complexes sidérurgiques, en hébergeant, ici ou là, les Vikings, Astérix ou Mickey, en caressant près de 300 projets du même genre, qu'on résoudra les problèmes de l'emploi régional, et qu'on maintiendra la France comme grande puissance industrielle !

 

Pour la CGT, la place des régions est essentielle, parce qu'elles sont une cible et un moyen de l'intégration.

 

Mais aussi parce qu'en dépit des dégâts subis, la lutte peut permettre de défendre leurs propres atouts pour l'emploi et les activités utiles. Elle est une nécessité et peut aboutir à des succès.

 

Ces questions, chacun se les pose de plus en plus, à l'expérience de ce qu'il vit, de ce qu'il voit se produire quotidiennement. Mais pour comprendre ce qui se passe au quotidien, il faut avoir aussi clairement que possible ce qu'ils visent vraiment.

 

Le patronat annonce la couleur

 

Le grand projet du patronat français et européen, celui qui progresse dans les faits, jour après jour, c'est une France et une Europe du recul social. On a beaucoup subi, et l'inquiétude grandit devant ce qui s'annonce. Mais, ce qui se met en place est pire ce que s'imaginent la plupart de ceux qui s'inquiètent.

 

« Ne soyons pas naifs », nous dit le président du CNPF, M.Périgot. Et lui annonce la couleur, sans s'embarrasser de formules : « On va enfin dépoussiérer la société française, nous dit-il, la débarrasser de ses scories ».

 

« Quelle est la finalité de l'Europe, en matière sociale ? », ajoute-t-il, et la réponse est « à mon sens, c'est la flexibilité ». La grande erreur nous avertit M.Périgot serait de « rêver de vivre tous comme ceux qui vivent le mieux ».

 

Et devant ses pairs, aux assises du CNPF, il déclare : « Unie, l'Europe devra définir un nouveau type de rapports sociaux fondé sur la flexibilité, le respect des différences, l'épanouissement des aspirations individuelles.

 

Personne ne saurait gagner la bataille de l'Europe en préservant frileusement les acquis d'un monde aujourd'hui révolu. »

 

Les commentaires sont inutiles. M.Périgot dit tout, dans son langage de patron. L'Europe qu'ils veulent vraiment nous faire, c'est celle-là. La France qu'ils veulent, c'est celle qui accepte ce fantastique effondrement social.

 

Que valent alors les discours lénifiants que nous attendons par ailleurs ? Le Président de la République François Mitterrand affirme que « l'Europe sera sociale ou ne sera pas » et déclare qu'il « ne veut pas d'une Europe dans laquelle il y aurait une régression ».

 

M.Giscard d'Estaing se répand à son habitude en déclarations de bonnes intentions, tandis que le Président de l'Assemblée nationale, M.Laurent Fabius, affirme vouloir « l'Europe sociale vers le haut ».

 

C'est fou ce que les bonnes intentions peuvent s'afficher par les temps qui courent !

 

En réalité, c'est tout le contraire qui se fait, et tous le savent d'autant mieux que cela résulte des décisions sur lesquelles s'accordent les chefs d'Etats et de gouvernements. C'est M.Périgot qui dit la vérité !

 

Ce qui est voulu, décidé, et déjà en route en France même et dans chacun des douze pays de la Communauté, c'est bel et bien la mise en concurrence des travailleurs de ces pays entre eux pour aligner vers le bas leurs conditions sociales.

 

La « libre circulation » de la main d'oeuvre est un instrument de cette concurrence. Elle fait peser des menaces de discriminations aggravées pour les travailleurs, notamment pour les travailleurs immigrés originaires de pays extérieurs à la Communauté.

 

L'objectif : la destruction des acquis sociaux

 

Comme nous avons souvent eu l'occasion de le dire, et comme le souligne le projet de document d'orientation, c'est ce que les salariés ont conquis de plus avantageux par l'action syndicale dans le cadre national, qui est menacé de destruction.

 

Pour la France, par exemple, plus d'élus dans les CHSCT, la sécurité de chacun abandonnée au bon vouloir du patron, alors que se multiplient les accidents de travail. Plus d'interventions ou de contrôle des CE notamment en ce qui concerne l'introduction de nouvelles technologies et leurs conséquences pour les travailleurs.

 

Des statuts publics vidés de leur contenu, une protection sociale laminée, la disparition d'un tiers des lits d'hôpitaux. Individualisation de la formation professionnelle, élaboration d'une classification des emplois du niveau de CAP dans une série de branches industrielles, préfigurant une « Convention collective européenne » dont on peut imaginer le contenu !

 

Ce ne sont que quelques exemples. Ils illustrent la nature des choix opérés et que nous voyons dès maintenant se concrétiser dans des projets précis à la veille d'approbation par les instances européennes.

 

Des choix qui, en même temps, dictent les mesures qu'on applique déjà dans notre pays. Il suffit de voir ce que nous prépare le budget pour 1990, pour s'en convaincre. C'est le premier budget que l'on peut qualifier d'essentiellement européen.

 

Il aligne étroitement l'évolution de l'économie française sur les « performances » allemandes en matière monétaire et en matière de prix. Il met en pratique l'ouverture tous azimuts dans la perspective de la mise en place du grand marché communautaire.

 

Le résultat, c'est une réduction massive d'impôts évaluée à 15 milliards environ, pour le capital. Et pour compenser, une nouvelle réduction des dépenses socialement utiles atteignent particulièrement le secteur public où la rigueur salariale régnera plus que jamais, et où une nouvelle réduction d'effectifs de l'ordre de 1,5 % est prévue.

 

Au-delà des déclarations « sociales », c'est cela qui compte. C'est à cela qu'on a affaire et contre quoi il faut lutter. Il faut une réplique au niveau de l'agression dont les travailleurs sont l'objet en France et dans l'ensemble des pays de la Communauté.

 

Les responsabilités des syndicats

 

La Confédération européenne des syndicats (CES) fait un constat de situation qui n'est pas différent du nôtre. Ce qui manque, c'est l'action. Elle critique mais se prête à la mise en œuvre de l'intégration telle que l'imposent capitalistes et gouvernements.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Non à l'UE du Capital
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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 07:52

Latvia_390823c.jpgUne majorité de Lettons contre l'entrée de leur pays dans l'Euro

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Les médias européens tentent de refonder le mythe d'un élan irréstitible vers l'intégration européenne. On l'invente en Ukraine, à coups de financements occidentaux. Pour les pays d'ex-URSS déjà désintégrés dans l'Union européenne, le temps des illusions est passé.

 

On a parlé de l'entrée de la Lettonie dans la zone euro, peu de l'attitude de la population lettone à ce sujet. Pourquoi, aujourd'hui, plus de 60 % des Lettons s'opposent à l'entrée de leur pays dans la monnaie unique européenne, malgré les promesses de leurs dirigeants ?

 

L'effondrement du « tigre balte », du modèle ultra-libéral de l'UE à la cure d'austérité brutale

 

La Lettonie était pourtant le modèle tant recherché en ex-URSS par l'Union européenne.

 

Une région prospère (Riga était la « perle de l'URSS ») captée par des élites nationalistes, à la xénophobie sélective, anti-russe mais prêtes à vendre leur pays aux capitaux allemands, suédois, à les intégrer à l'Europe, tout en cultivant la nostalgie du temps béni de la Wehrmacht.

 

On a même parlé de « tigre baltique » à coups de flat tax (taux d'imposition unique favorisant les riches et grandes entreprises), de zones économiques spéciales (ZES), de bulles spéculatives dans l'immobilier alimentées par un crédit facile assuré par les banques suédoises ou allemandes.

 

Alimenté par l'entrée de la Lettonie dans l'UE, en 2008, ce modèle a explosé en plein vol : en deux ans (2009-2010), le PIB a chuté de 30 %, le chômage atteignant un pic de 22 % en 2010.

 

Les bases de ce château de sable, on les connaît : le démantèlement de l'industrie héritée de l'ère soviétique (on est encore en-dessous de la production de 1991!), de l'agriculture locale (30 % des terres sont passées entre les mains de capitaux étrangers).

 

C'est aussi une bulle spéculative qui a conduit à l'explosion du prix des loyers, mais aussi des produits de base avec des prix plus élevés qu'à Londres pour les vêtements, la nourriture !

 

Un décalage qui n'a tenu que par l'endettement massif des ménages d'abord, puis l'endettement public ensuite qui a été multiplié par sept depuis 2008 (de 7 à 50 % du PIB).

 

La piqûre d'austérité imposée par l'Union européenne, la BCE (en vue de l'entrée dans l'Euro) et le FMI a été d'une brutalité extrême pour le peuple letton :

 

baisse des salaires du public de 20 à 50 % (pour les enseignants), du public de 20 à 30 % en moyenne, baisse des retraites de 10 à 70 %, augmentation des impôts indirects les plus régressifs, comme la TVA de 19 à 21 %.

 

Les lettons contre l'intégration européenne

 

Que pensent aujourd'hui les Lettons de la construction européenne, qu'on leur a présenté comme un « faiseur de miracles », aujourd'hui mirage universel ?

 

Il suffit de voir les derniers résultats électoraux. Tous les partis, sauf un, adhèrent au consensus libéral-européen-nationaliste. Le fait qu'ils changent de nom tous les deux-trois ans révèlent autant leur insignifiance que leur manque de confiance dont ils bénéficient auprès des Lettons.

 

Le seul à refuser le consensus dominant, c'est le « Centre de l'Harmonie » dont les communistes jouent un rôle moteur, sous le nom du Parti socialiste letton. Rappelons qu'il est interdit de se dire communistes en Lettonie, pays membre de l'Union européenne.

 

Le « Centre de l'Harmonie », généralement catalogué comme le parti de la minorité russe, rassemble désormais tous les mécontents du « mirage letton », du mirage de l'intégration européenne.

 

En 2011, lors des dernières élections législatives, il est devenu le premier parti du pays avec 28,36 % des voix et 31 sièges (sur 100). Seule une « Sainte-alliance » des partis réactionnaires l'a empêché de prendre le pouvoir.

 

En juin 2013, aux élections locales, il remportait une victoire éclatante dans la capitale Riga, tout en emportant la tête dans la deuxième ville du pays, Daugavpils.

 

Ce qui convainc de plus en plus de Lettons, c'est le discours de refus de l'austérité prônée par l'UE, le refus d'une intégration européenne dans les intérêts d'une minorité, ce discours porté par les communistes et progressistes lettons.

 

Ainsi, en dépit d'un battage médiatique massif, des paroles gouvernementales sur l'Euro comme « rempart » face à Moscou, 60 % des Lettons s'opposent à l'entrée de leur pays dans l'Euro ce 1er janvier 2014. Ils étaient même 65% dans un précédent sondage, au printemps 2013.

 

 

Le refus de cette intégration européenne dans les intérêts du capital monte dans toute l'Europe. Quand les forces communistes, de gauche, ne refusent pas de mener ce combat, ce sont elles qui le mènent. Bravo à nos camarades lettons dans un contexte hostile !

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Non à l'UE du Capital
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