Présentation

    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

Recherche

17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 06:58

pcp afficheLe Parti communiste portugais propose à l’Assemblée la « sortie de l’Euro et la nationalisation des banques »

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Les communistes portugais ne se posent la question de la sortie de l’euro, mais de comment la préparer. Ils ne se font d’illusions ni sur l’Euro, ni sur le rôle du parlement : y proposer la sortie de l’Euro, c’est une tribune pour les idées communistes, l’occasion de démasquer les faux amis du peuple portugais. A gauche aussi.

 

Critique depuis sa création d’une monnaie unique perçue justement comme outil d’imposition au Portugal de la casse des acquis démocratiques et sociaux, de paupérisation du peuple portugais, le PCP a longtemps été sceptique sur la faisabilité de la sortie de l’euro.

 

 « Sortir de l’Euro » : une position progressivement adoptée par le PCP

 

C’était avant. En décembre 2012, au dernier congrès du PCP, son analyse a été réaffirmée avec force : l’UE n’est pas réformable, comme l’Euro. Depuis, il a organisé plusieurs rencontres avec des économistes du parti ou non pour d’abord poser la question de la sortie de l’euro (mars 2013) puis envisager les conditions de sa sortie (septembre 2014).

 

En septembre 2014, les trois députés européens du PCP ont officiellement manifesté leur position consistant en une préparation du pays à la sortie de l’Euro, au vu de l’incompatibilité entre le maintien dans l’euro et la concrétisation d’une politique alternative et de gauche.

 

Ils se sont engagés à porter cette position à Bruxelles, à Strasbourg, au Parlement européen.

 

Le PCP a franchi une nouvelle étape le mois dernier. Le 15 octobre, le député Paulo Sá a proposé un projet de résolution à l’Assemblée de la République, en trois points : « renégociation de la dette, préparation de la sortie de l’euro et contrôle public des banques ».

 

Renégocier la dette, sortir de l’euro, nationaliser les banques

 

Renégocier la dette ? Oui, dans ses « délais, taux et montants » pour Paulo Sá car la « dette devient impayable » et surtout « plus on paye, et plus on doit ». Les intérêts s’élèvent à 7,7 milliards d’euros en 2014, 60 % de plus qu’en 2011. La dette a augmenté de 54 milliards d’euros en 3 ans !

 

Sortir de l’euro ? Clairement. Il s’agit de « se libérer de la soumission à la monnaie unique, de retrouver sa souveraineté monétaire, que le pays se prépare à cette nouvelle réalité ».

 

Après avoir rappelé les avantages économiques de la sortie, le député rappelle tout ce qu’a signifié l’Euro pour le Portugal : destruction de l’apparel productif, endettement externe, baisse des salaires, privatisation des entreprises.

 

« Il est impératif de libérer le Portugal de la contrainte de l’Euro », bien que le député évoque ensuite plusieurs scénarios – dont celui de la dissolution concertée, ou de la sortie unilatérale subie ou voulue –, le pays doit être prêt.

 

Nationalisation des banques ? Une évidence quand « les banques privées, reconstituées à partir des privatisations du secteur public, ne servent pas les travailleurs, les populations, les entreprises, les producteurs, l’économie nationale et le pays ».

 

Refuser la proposition du PCP, c’est « défendre un secteur bancaire qui continue à engraisser les profits des actionnaires, des spéculateurs, de quelques familles ».

 

Le PCP cite le cas des scandales financiers récents, dont celui de la Banque Espirito Santo, renflouée à coups de milliards par l’Etat portugais !

 

Une bombe dans l’hémicycle rejetée par la droite et le PS

 

 

Ce projet de résolution a été reçu comme une bombe dans l’hémicycle. Il a rencontré l’hostilité de la majorité de l’Assemblée, alors qu’il bénéficie du soutien de la majorité du peuple portugais.

 

Tel est la mission que le PCP confie à ses parlementaires. Point de « crétinisme parlementaire », d’illusion sur le fait de « pouvoir peser à gauche ». Le Parlement est une tribune pour déclarer la guerre au consensus dominant, l’occasion de révéler la contradiction entre les partis défendant le système et la volonté du peuple.

 

Sans surprise, on a retrouvé un vote unanime de la « troika », donc de la droite représentée par le PSD (Parti social-démocrate), le CDS (Centre démocratique et social), de la « gauche » incarnée par le Parti socialiste. Un vote contre les trois propositions, donc pour le maintien dans l’euro et des banques privées.

 

Le Bloc de gauche refuse de voter la sortie de l’Euro !

 

 

Plus éclairant, le vote du Bloc de gauche – soutenu par le PGE (Parti de la gauche européenne) – qui a voté la proposition du PCP sur la renégociation de la dette et sur le retour des banques dans le giron public.

 

Par contre, le Bloc de gauche a refusé de voter le projet de résolution, pourtant prudent, pour « préparer le Portugal à la sortie de l’Euro ». Le Bloc s’est abstenu.

 

La question européenne est une des questions qui fait le clivage entre le Bloc et le PCP : le Bloc de gauche a toujours été un parti pro-européen, défendant l’Euro et l’UE, même au nom d’une hypothétique « Europe sociale » à inventer.

 

D’autres questions séparent les deux partis : les alliances avec le PS, fréquentes pour le Bloc au niveau local, possibles au niveau national comme aux dernières présidentielles, où il s’est rallié dès le premier tour derrière le candidat PS !

 

Ou encore la question de classe, secondaire pour le Bloc de gauche qui mise plus sur les questions sociétales, tandis que le PCP – avec le syndicat CGTP, dirigé par un responsable communiste – met la priorité sur la lutte de classes, contre la politique anti-sociale du pouvoir.

 

Les communistes à 13 %, le Bloc à 4 % : la clarté paye !

 

Les Portugais ont fait leur choix. Longtemps au coude-à-coude dans les sondages, les urnes, depuis deux ans, c’est la Grande divergence en pleine crise de l’euro et de l’UE : en 2009 le Bloc et le PCP étaient au même niveau aux européennes, avec 11 % des voix.

 

En 2014, le PCP a réalisé son meilleur score depuis 20 ans, avec 13 % des voix. Le Bloc s’est lui écroulé, victime de ses propres contradictions sur l’euro dont il refuse d’envisager la sortie. Avec 4,5 % des voix, c’est son existence même qui est menacée.

 

Voilà de quoi nous inspirer. Combien de temps encore avant de se rallier à cette position de bon sens, correspondant à notre identité de communiste tout comme aux nécessités du moment ? Le PCP l’a compris, sa ligne paye et elle est utile au peuple portugais dans sa lutte quotidienne.

 

Repost 0
Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Portugal
commenter cet article
29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 07:15

ng2338808.JPGLe métro de Lisbonne paralysé, grève contre la privatisation : la CGTP lance un mouvement national dans les transports

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Ce 21 octobre, c'était la troisième grève en plus d'un mois dans le métro de Lisbonne, avec des mouvements parallèles à Porto. Menée par une combative CGTP, les salariés des transports sont mobilisés contre la privatisation du service de transports urbains.

 

Mardi dernier, le réseau de métro de Lisbonne - qui transporte 500 000 voyageurs par jour - était entièrement paralysé, tandis que les routes de la capitale étaient perlées d'embouteillages.

 

Le mouvement appelé par la Fectrans (Fedération des syndicats des transports), affiliée à la CGTP, a été massivement suivi, avec une adhésion de près de 100 %. A la hauteur de la colère face à un gouvernement qui prévoit de livrer les lignes de métro, de chemins de fer et de bus mais aussi la compagnie aérienne nationale aux grands groupes privés.

 

Troisième journée de grève en six semaines

 

Le gouvernement prend prétexte d'une dette accumulée de 13 milliards d'€ pour le métro et le chemin de fer, et de pertes de 13 millions d'€ pour le seul métro de Lisbonne.

 

En réalité, ce sont les coûts du réseau - dans un secteur structurellement déficitaire - qui grèvent les résultats. Donc, le gouvernement a trouvé la formule idoine : maintenir un réseau sous contrôle public, et ouvrir au secteur privé l'exploitation. Socialiser les pertes et privatiser les profits.

 

Le gouvernement envisage ainsi d'ici la fin de l'année de livrer les lignes de métro de Lisbonne et Porto à des opérateurs de privé pour une durée de 9 ans. Il fera de même à la CP (SNCF portugaise), en commençant par le fret (CP-Carga).

 

La CGTP, et sa fédération des transports, mène une lutte acharnée contre le plan de privatisations. Il s'agit de la trosième journée de grève dans le réseau de Lisbonne depuis moins de six semaines.

 

Un "crime de lèse-patrie" pour le secrétaire de la CGTP

 

Le secrétaire-général de la CGTP, Arménio Carlos a rappelé que cette lutte "est la lutte de tout le monde", au moment où le "gouvernement s'engage à privatiser les entreprises de transports, pour des profits privés".

 

Ces derniers temps, il a multiplié les déclarations publiques dénonçant un acte contraire aux intérêts des travailleurs, du peuple, de la nation parlant d'un "crime de lèse-patrie" et d'un "préjudice pour tous les Portugais".

 

La CGTP reste au Portugal un syndicat de lutte, de classe et de masse. Le syndicat majoritaire qui reste encore organiquement lié au Parti communiste, avec un secrétaire-général qui est même un dirigeant du PCP.

 

La semaine conduisant à la grève du 21 a été une semaine de lutte pour la CGTP sur les lieux de travail, d'explication des raisons du mouvement, de mobilisation pour la journée. Les cellules du PCP ont joué leur rôle habituel, encore prégnant, dans cette campagne.

 

Ferrys, conducteurs de Porto, chemins de fer : les transports mobilisés !

 

Les travailleurs du métro de Lisbonne trouvent une solidarité de fait chez leurs collègues. D'abord, ceux de la Soflusa - responsable des ferrys sur le Tage - qui ont arrêté symboliquement toutes les liaisons entre Lisbonne et Barreiro dans l'après-midi.

 

A Porto, les conducteurs continuent la lutte. Du 13 au 19, ils ont refusé de réaliser des heures supplémentaires exigées par la direction. Ils réclament le respect des droits sociaux des travailleurs, l'abandon du plan de privaisation et l'embauche des 100 machinistes manquants.

 

Dans les chemins de fer, le climat est tout aussi tendu. Les travailleurs rejettent le démembrement de la CP (SNCF) - avec la scission accentuée des activités du réseau, fret et transport de passagers.

 

Il y a semaine, les salariés du réseau (REFER) ont paralysé pendant deux heures le réseau. Ce 15 octobre, les salariés de la CP se réunissaient à Porto, Coimbra, Lisboa et Barreiro à l'appel du Syndicat national des travailleurs du chemin de fer (SNTSF).

 

Ils envisagent de lancer une mobilisation nationale contre le budget d'Etat 2015 qui conduirait les salariés des transports à avoir un salaire inférieur à celui de 2009. Ils dénonçent aussi un "gouvernement de laquais, au service des grands groupes économiques et financiers", avançant dans la privatisation de la CP-Fret.

 

Il est à noter que les usagers ont apporté un soutien au mouvement à travers le Mouvement des usagers des services publics (MUSP). Le 17 octobre, avec le syndicat des transports, ils ont organisé une initiative d'explication sur l'avenue Camoes, à Lisbonne.

 

En présence du secrétaire-général de la CGTP Arménio Carlos, ils ont dénoncé la "dégradation du service public", la politique de "rapine" et la "pénalisation des usagers et des travailleurs".

 

Des usagers, des travailleurs et des citoyens dans leur ensemble. Entre 2000 et 2013, la logique de privatisation a conduit à l'augmentation du titre de Métro à Lisbonne de 180 %. Dans le même temps, le service se dégrade et 221 postes ont été supprimés depuis 2009.

 

Le hold-up des privatisations : voilà l'origine de la dette !

 

Le Portugal dispose d'une base industrielle faible mais il possède un réseau d'infrasctures de bon niveau dans l'eau, l'électricité, les postes et les chemins de fer, ainsi que d'un système de santé longtemps réputé pour sa qualité.

 

Ses infrastructures, services nationaux, dernières ressources du pays sont la convoitises des groupes internationaux, qu'ils soient français, allemands, américains, chinois ou brésiliens.

 

L'électricité (EDP), la Poste (CTT), les aéroports (ANA) ou les assurances (Caixa Seguros) ont récemment été privatisés. Les prochains sur la liste sont les transports (CP, métro, TAP) et les services d'eau (EGF).

 

Ces entreprises ne sont pas des nains. EDP est l'entreprise la plus rentable du pays, avec 3 milliards d'€ de profits ces trois dernières années. Le montact exact de la concession accordée au groupe chinois qui en a pris possession en 2012.

 

Air Portugal ou TAP est la première entreprise exportatrice du pays, avec 8 millions de passagers par an, et un rôle de redistributeur européen privilégié vers le Brésil.

 

Quand on sait que les 10 premiers aéoports portugais gérés par l'ANA ont été bradés à Vinci en 2013 pour 3 milliards d'euros pour les 50 ans à venir, on s'aperçoit de l'ampleur du hold-up.

 

Un chiffre pour comprendre l'ampleur de l'hypocrisie sur la dette et l'austérité : depuis 1989, 240  entreprises ont été privatisées. Les entreprises privatisées appartenant au PSI 20 (CAC 40 portugais) ont réalisé entre 2004 et 2010 39 milliards d'euros de profits.

 

Cela représente sept milliards d'euros par an de moins de recettes pour l’État. Ces sept milliards, c'est exactement le montant du déficit public portugais en 2011.

 

De 1989 à 2012, la dette publique portugaise est passée de 54% du PIB à 120%, une dette fabriquée par une politique de casse de l'appareil productif national et de braderie du patrimoine public aux intérêts privés.

 

 

En France, la CGT appelle à construire un mouvement national dans les transports. C'est déjà le cas au Portugal avec la combative et puissante CGTP : construisons la convergence des luttes, la solidarité internationale en organisant notre mouvement de lutte, ici, en France !

Repost 0
Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Portugal
commenter cet article
10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 05:41

festadoavante.jpgSuccès populaire de la fête d'Avante au Portugal pour les 40 ans de la Révolution des œillets : « une révolution qui a de l'avenir ! »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

« La fête d'Avril » : la fête d'Avante du 5 au 7 septembre – journal du Parti communiste portugais – remontait le temps de septembre 2014 à avril 1974 pour fêter les 40 ans de la révolution portugaise. Un succès populaire, militant pour une « fête pas comme les autres ».

 

« Voilà une fête pas comme les autres ! », c'est le slogan rituel de la fête, pour ce qui est toujours un « parti pas comme les autres » : la Fête d'Avante reste une fête populaire, politique, militante, communiste tout simplement.

 

Une « fête pas comme les autres » : populaire, militante, communiste !

 

Cette année, comme chaque année depuis 1976, plusieurs dizaines de milliers de visiteurs ont participé à la Fête du Parti communiste : suivant avec passion ses débats, écoutant avec curiosité ses concerts, participant avec énergie aux activités sportives, s’instruisant au théâtre en plein air.

 

Sa programmation musicale privilégie les découvertes du monde, la musique populaire portugaise de qualité, la musique classique sur les « stars » aux cachets ruineux pour le parti.

 

Cette année, à titre d'exemple, des artistes chinois de Chongqing ont illuminé la scène par leur représentation à la fois théâtrale, musicale, magique. L'orchestre symphonique de Lisbonne a joué du Chopin, Beethoven, Mozart et Schumann. Sans oublier la présence de la mythique compagnon de route du parti Luisa Basto qui a composé l'hymne du parti : « Avante camarada ! ».

 

Euro, nationalisations et dette  : des débats offensifs


La « fête d'Avante » est une fête militante, plus de 10 000 constructeurs occupent le vaste et magnifique espace de la Quinta da Atalaia – acheté en 1990 par une campagne de dons militante – pendant plusieurs semaines pour monter toutes les structures, sacrifiant de leurs temps, leur énergie.

 

15167405842_26b7c0a6ea_b.jpgLa « fête d'Avante » est une fête communiste, où la politique est omniprésente. Impossible d'échapper aux militants qui proposent d' « adhérer au parti », aux slogans qui affichent la nécessité de « renforcer le parti » pour « affirmer les luttes contre le Pacte d'agression (entre le gouvernement et l'Union européenne) » et construire une « alternative patriotique et de gauche ».

 

Cette année, ce sont encore une dizaine de débats qui donnent un ton offensif : analyse de la crise du capitalisme comme moyen de renforcer l'exploitation ; défense d'une ligne de nationalisations héritée de la Révolution d'avril ; remise en question de la dette et de la monnaie unique.

 

Les militants communistes du PCP, syndicaux de la CGTP disposeront d'une ligne claire, combative d'action pour alimenter les luttes de la rentrée.

 

Solidarité anti-impérialiste et défense de la Révolution de 1974 à l'honneur

 

La fête d'Avante est encore et toujours un moment d'affirmation de la solidarité internationale, comme toujours avec la Palestine, Cuba, la révolution bolivarienne. Mais cette année tout particulièrement aec le peuple d'Ukraine, victime de l'agression euro-américaine.

 

Comme l'affirme le slogan de l'Espace international de la Fête : « la lutte pour la paix passe par la lutte contre l'impérialisme ! », avec la présence de plusieurs dizaines de partis communistes et forces progressistes souvent issues des Mouvements de libération nationale africains.

 

Tant pour le Portugal que pour les anciens pays colonisés – Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau – la révolution des oeillets de 1974 a été un grand moment, cette Fête rappelle cette période de mobilisation populaire, d'espoir révolutionnaire qui a permis d'en finir avec un demi-siècle de dictature fascisante, de guerres coloniales injustes.

 

Certes, la contre-révolution l'a emporté – menée par le Parti socialiste de Mario Soares, portée par l'intégration européenne – mais comme le PCP le rappelle : cette révolution confisquée est inachevée, elle « a un avenir », l'avenir du Portugal, c'est de donner une suite à cette révolution.

 

D'abord en défendant ses acquis, rompant avec l'intégration européenne désastreuse comme avec ce système capitaliste qui conduit au « désastre national », à l' « exploitation et paupérisation » des travailleurs portugais. Pour construire une autre société, une démocratie avancée, le socialisme.

 

jdesousa.jpgLe secrétaire-général du Parti communiste portugais, Jeronimo de Sousa, a conclu cette fête sur un appel à la résistance, à la lutte, à la construction d'une autre société, un discours qui mérite d'être largement cité, dressant le tableau du désastre du capitalisme à l'échelle mondiale :

 

« Nous sommes un parti déterminé à contribuer au renforcement de la lutte anti-impérialiste, pour la paix, l'indépendance des peuples. Une lutte qui prend une importance décisive aujourd'hui, et qui nécessite le renforcement des Partis communistes, du mouvement communiste et révolutionnaire international, la convergence de toutes les forces dans la lutte contre les guerres impérialistes, l'oppression et la menace du fascisme, pour le renforcement du mouvement pour la paix.

 

Discours de clôture de Jéronimo de Sousa, secrétaire-général du PCP

(1) : lutte pour l'impérialisme et pour la paix

 

Rares furent les moments dans l'histoire mondial où l'Humanité s'est vu confrontée à de tels périls. Les guerres et provocations impérialistes s'enchaînent à un rythme infernal. La rhétorique belliciste se diffuse. La course aux armements s'intensifie, les alliances militaires agressives comme l'OTAN se renforcent dans la course au militarisme, aux provocations visant notamment l'Europe de l'est, l'affrontement avec la Russie.

 

Les principales puissances impérialistes bafouent le droit international, créent, armes et financent des mercenaires et organisations ouvertement terroristes et fascistes, qu'elles disent après hypocritement combattre. 100 ans après la Première guerre mondiale, les tambours de guerre se font entendre de l'Orient à l'Europe, jusqu'au continent africain martyrisé.

 

Voilà le résultat de la brutale intensification de l'offensive impérialiste ! »

 

(2) : la cause des guerres, c'est le capitalisme !

 

Pour le dirigeant communiste portugais, le mal est dans le système économique capitaliste : « Cette offensive militaire se combine à un recul de civilisation, une remise en cause des droits sociaux et démocratiques, une offensive idéologique visant à manipuler les opinions publiques.

 

25 ans ont passé depuis la chute du mur de Berlin, l'exaltation d'un capitalisme victorieux, le progrès et la paix qu'il promettait. Les années ont passé, la réalité a montré que ces thèses sont fallacieuses. Où sont la fin de la lutte de classes, l'abondance, les droits de l'Homme, la démocratie ?

 

Relance économique ? Elle ne vient pas, et on nous dit qu'il faut toujours plus de recul social pour alimenter la croissance, leur croissance.

 

Démocratie ? Ce sont les premiers à réprimer ceux qui luttent, ou à soutenir – comme les USA et l'Union européenne « démocratique » – les fascistes qui commettent persécutions et atrocités comme en Ukraine.

 

Droits de l'Homme ? Ils les nient à des millions d'êtres humains, ils baissent les yeux quand Israel assassine 2 000 palestiniens, dont 600 enfants, en à peine deux mois.

 

Combat contre les terroristes ? Ils financent et arment en coulisses des groupes qui sèment la terreur en Irak et en Syrie. Ils fomentent des guerres qui laissent des pays dévastés comme en Libye.

 

Développement ? L'offensive revancharde du grand capital, de l'impérialisme contre les conquêtes issues de la lutte des peuples, des expériences du socialisme, se solde par une crise économique et sociale profonde, sans issue en vue dans un monde avec 200 millions de chômeurs, 842 millions de gens qui n'ont pas à manger, 1,5 milliards de pauvres : c'est la réalité du capitalisme et de sa crise !

 

Le monde est en guerre parce que confronté à sa crise, le grand capital et les grandes puissances impérialistes tentent de contrarier leur déclin économique, usant de la force pour soumettre les peuples, maintenir leur domination sur les ressources, les marchés et des positions géostratégiques. Aucune propagande ne peut le cacher : la cause de la guerre se trouve dans le système qui l'engendre, c'est le capitalisme. »

 

(3) : solidarité internationale avec les peuples en résistance

 

Comme toujours pour les communistes, il y a une alternative, un espoir, dans la lutte : « Si les dangers sont grands, les potentialités le sont tout autant, avec le développement de la lutte émancipatrice. Ce n'est pas la fin de l'histoire, non ! C'est le capitalisme qui montre ses limites historiques.

 

L'avenir réside dans la lutte des peuples, dans la réalisation de l'idéal communiste, dans les acquis anti-capitalistes, anti-impérialistes issues de la lutte, dans le projet que porte les communistes : le socialisme, par diverses voies et par étapes, là voilà la grande perspective pour les peuples. »

 

Après avoir affirmé sa solidarité avec le peuple ukrainien contre les manœuvres impérialistes, palestinien contre le colonialisme israélien, les peuples d'Amérique latine cherchant une alternative suivant l'exemple cubain, vénézuélien, Jeronimo de Sousa en vient au Portugal :

 

(4) : le PCP avait raison de dénoncer l'intégration capitaliste européenne

 

« Ici en Europe, l'histoire nous donne raison quand nous, PCP, nous sommes opposés à la CEE/l'UE puis à l'Union économique et monétaire, cet euro qui se confirme comme instrument central d'exploitation et de domination économique et politique, à l'origine de la crise actuelle.

 

Une crise qui révèle avec clarté les insoutenables contradictions et limites du processus d'intégration capitaliste européen. Une crise à laquelle l'UE réagit de façon violente en accentuant le néo-libéralisme, le fédéralisme, le militarisme, le caractère anti-social de ses politiques, en attaquant la démocratique, imposant des relations de type coloniale en son sein, en s'affirmant toujours plus comme un bloc politico-militaire impérialiste.

 

Cela confirme que ce que nous propose la droite et la social-démocratie est sans issue : il n'y a pas de solutions à la crise dans l'intégration européenne. La question qui se pose est comment renverser le cap actuel de l'Europe alors que les piliers, instruments, politiques communes, traités, pactes ne servent pas les intérêts des peuples d'Europe. »

 

Suit ensuite une description de la politique désastreuse suivie par la droite et la social-démocratie, en fonction des diktats de l'euro et de l'UE, dans les intérêts du capital national et européen, conduisant à la casse de l'appareil productif, la destruction des acquis sociaux, ne laissant au peuple qu'une alternative : paupérisation ici, ou émigration comme au temps de Salazar.

 

(5) : « L'heure est aux luttes, sur tous les fronts ! »

 

Face à cette politique qui peut alimenter tant résignation qu'indignation, le secrétaire du PCP dit : « Le peuple a son avenir entre ses mains, dans la force de sa lutte, il peut balayer les responsables du désastre, il peut défendre ses droits et améliorer ses conditions de vie !

 

Pour le PCP, ce sont les luttes qui portent l'alternative : « Une lutte qui se développe avec une grande intensité et portée, que nous saluons. Luttes tout au long de l'année, grandes manifestations, grèves. Luttes des travailleurs dans les entreprises, l'industrie, les services, les transports, la fonction publique, les médias. Luttes des policiers et militaire. Luttes des agriculteurs, de la jeunesse et des étudiants, lutte des retraités, lutte contre la fermeture des services publics. Lutte contre les privatisations.

 

Lutte qui a infligé de sérieuses défaites au grand capital et ce gouvernement à son service : maintien du paiement des primes de Noël et de vacances, des allocation chômage et maladie, de la semaine de 35 heures dans les localités. Lutte, constance, combativité, et résultats reposant sur l'unité dans l'action de ses organisations et mouvements, et nous saluons ici la CGTP ! ».

 

La même politique de coupes salariales et des droits continue « sous les diktats du Traité budgétaire, des critères du Pacte pour l'euro ». Face à cette politique : « l'heure est aux luttes sur tous les fronts ! ».

 

Lutte pour défendre ses acquis sur le lieu de travail, défendre les services publics, le service national de santé et l'école publique. Convergence des luttes portant une alternative : « La force du peuple, pour un Portugal avec un avenir – une politique et un gouvernement patriotiques et de gauche ».

 

(6) : Préparer le pays à sortir de l'euro

 

Cela passe pour le PCP par une« rupture avec les politiques de droite », inséparable de la « lutte pour la rupture avec la soumission à l'euro et à une dette insoutenable. Le Portugal doit récupérer les instruments essentiels de sa souveraineté économique, budgétaire, monétaire. ».



Le PCP assume ses responsabilités, de grand parti de la souveraineté et de l'indépendance nationale, annonçant un programme d'action politique pour renégocier la dette, préparer le pays à sortir de l'euro, reprendre le contrôle publique du secteur financier ».



« Pour porter cette alternative, il faut un parti qui s'affirme et se renforce sur tous les fronts, qui agisse avec ses militants dans les entreprises, dans la rue, dans les luttes, dans les institutions. L'histoire nous donne raison : voilà pourquoi il faut renforcer le Parti !



(7) : Renforcer le parti, une nécessité



Plus d'organisation, plus d'action, plus d'influence – un PCP plus fort », ce sera notre mot d'ordre pour le renforcement du Parti communiste.



Le Parti communiste portugais est le parti de l’héroïque résistance anti-fasciste, le parti de la révolution d'Avril, de la résistance à la politique capitaliste, de la souveraineté et l'indépendance nationales, le parti des combats d'aujourd'hui pour la rupture avec les politiques de droite.



Un parti où l'histoire, la lutte actuelle, son rôle futur reposent sur l'identité communiste qu'il assume avec fierté et conviction. Il assume sa nature de Parti de la classe ouvrière et de tous les travailleurs, qui défend le mieux leurs intérêts.



Il assume le développement créatif du centralisme démocratique, reposant sur une démocratie interne, une seule orientation et direction centrale. Il assume comme base théorique le marxisme-léninisme, son caractère de parti patriotique et internationaliste, son objectif de construction d'une société nouvelle : le socialisme et le communisme.



A une époque où le pouvoir dominant et l'idéologie dominante cherchent à briser la résistance et l'espoir, dévaloriser la lutte, intensifier l'exploitation et les injustices, retirer au peuple son droit inaliénable d'être l'acteur collectif dans la construction d'un avenir meilleur de sa patrie souveraine, nous réaffirmons notre confiance dans la lutte des travailleurs, la lutte de la jeunesse, la lutte du peuple portugais, qu'il est possible d'adopter un autre cap qui intègre les valeurs de la Révolution d'Avril, pour donner un avenir à notre pays. »



Ces extraits – longs mais instructifs – du discours de clôture du secrétaire-général du PCP nous donnent un aperçu de ce que peut être la force d'analyse d'un parti qui n'a pas renoncé à sa grille d'analyse marxiste : les travailleurs portugais sont en ordre de bataille pour mener la lutte à la rentrée.



 

Vive la fête d'Avante, vive le PCP, parti de la Révolution d'Avril !

Repost 0
Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Portugal
commenter cet article
26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 05:36

cdu-europeias.jpgLes communistes portugais au plus haut, à près de 13 %, troisième force du pays loin devant un Bloc de gauche en faillite

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Les sondages le laissaient pressentir, mais l'annonce des résultats offre un fait saillant au Portugal : pendant que les communistes du PCP (dans la coalition de la CDU) continuent à voir leurs résultats progresser, le Bloc de gauche se révèle en pleine décrépitude.

 

En attendant l'ensemble des résultats européens, le cas du Portugal est sans doute le plus intéressant et le plus clair pour étudier ce qui différencie les communistes porteurs d'une ligne de rupture avec le capitalisme et l'UE du Capital et la « gauche européenne » d'accompagnement.

 

L'analyse des résultats globaux montre tout d'abord une déroute historique pour la droite portugaise. Loin des discours optimistes dans la presse portugaise sur la soi-disant reprise économique au Portugal, le peuple portugais a sanctionné les artisans de l'austérité depuis 2011.

 

Le Parti populaire (PP)/Centre démocratique et social (CDS) ainsi que le Parti social-démocrate – les trois formations de droite traditionnelles – n'obtiennent que 27,8 % des voix en 2014, contre 40 % en 2009.

 

Une parte partiellement compensée par l'émergence du Parti écologiste de droite, libéral « Mouvement pour notre terre », crédité de 7 % des voix, obtenant un député européen.

 

Le Parti socialiste, lui, profite de l'impopularité de la droite : avec 31,5 % des voix, il gagne 5 points par rapport à 2009 et redevient la première force politique du pays.

 

Frappant également de constater l'absence d'extrême-droite organisée au Portugal, frappant de le lier à la « gauche de la gauche » avec la vigueur de la force organisée des communistes du PCP, réunis dans la coalition de rassemblement de la CDU, avec les Verts et des candidats indépendants.

 

Fortement ancré dans le monde ouvrier, bénéficiant de ses liens avec la CGTP, dans les quartiers populaires, les « terres rouges » de l'Alentejo, le Parti communiste continue son irrésistible progression.

 

En 2009, le Parti communiste et le Bloc de gauche étaient au coude-à-coude, chacun frôlant les 11 %. C'était alors le Bloc de gauche qui avait gagné ce duel d'une courte tête, avec 10,73 % contre 10,66 % pour le PCP … empochant à l'occasion un troisième siège dont sont privés les communistes.

 

En 2014, c'est la grande divergence. D'abord par l'écroulement du Bloc de gauche qui passe donc d'un score à deux chiffres à 4,5 %. Sur ces trois députés, le Bloc de gauche ne devrait en sauver qu'un seul.

 

Ironie de l'histoire, le Bloc de gauche a subi les effets dramatiques du départ en plein mandat d'un député européen élu sur ses listes, Rui Tavares, débauché par Daniel Cohn-Bendit et les Verts Européens.

 

Le parti « Libre » fondé par Tavares se revendique d'une « gauche libre », libertaire, écologiste et profondément européiste. Sans faire de miracles, ce parti a obtenu toutefois 2 % des voix, puisant dans l'électorat traditionnel du Bloc.

 

Pour les communistes du PCP, le passage de 10,6 à 12,7 % constitue un résultat historique : il s'agit tout simplement du meilleur score du Parti depuis 20 ans, dépassant les 11,2 % réalisées en 1994 par la coalition de la CDU.

 

La conquête d'une troisième place de député est encore incertaine, mais elle se dessinerait. Une victoire qu'on ne peut pas minimiser quand on sait que le Portugal a encore perdu un député avec l'entrée de la Croatie dans l'UE.

 

La CDU s'ancre incontestablement comme troisième force du pays, le succès aussi d'une campagne ancrée sur le rejet de la politique de la « troika » à la fois européenne (FMI, BCE, UE) et nationale (les trois partis dominants : PSD, CDS-PP, PS).

 

Une campagne qui a posé la question de la sortie de l'euro, sans pour autant évacuer la complexité des modalités pratiques, et tout en la liant à la construction d'une alternative patriotique et de gauche.

 

Face à cette ligne cohérente, portée par les communistes depuis l'adhésion du Portugal à la CEE, le Traité de Maastricht, l'adhésion à la monnaie unique, le Bloc de gauche s'est empêtré dans ses contradictions, révélant un européisme de fond de moins en moins compatible avec l'esprit du peuple portugais.

 

La tête de liste pour les européennes, Joao Ferreira, a salué ce soir : « un des meilleurs résultats de l'histoire du parti dans un scrutin européen », tout en soulignant « la lourde défaite des partis du gouvernement (de droite, qui atteignent un minimum historique » et en mettant dans le même sac le PS puisque « les partis de la droite enregistrent un recul de ses performances électorales ».

 

Le secrétaire-général du PCP, Jeronimo de Sousa a insisté sur l'importance de ce vote pour les luttes à venir au Portugal :

 

« Nous sortons plus forts de ces élections, cette force croissante, tous pourront compter sur elle pour être de son côté pour défendre leurs intérêts, pour ouvrir une fenêtre de confiance, pour que oui nous puissions mettre en échec cette politique.

 

Oui, nous sortons plus forts, et plus forte est la confiance qu'il est possible d'avancer vers la rupture avec les politiques de droite, et de construire une politique alternative patriotique et de gauche.

 

Oui, nous sortons déterminés pour que la voix renforcée de la CDU au Parlement européen donne plus de force à la défense des intérêts du peuple et du pays, contre les diktats du grand capital, de l'euro et de l'Union européenne.

 

Oui, nous apporterons avec ce résultat, une expression plus authentique des multiples raisons de lutte et de protestation des travailleurs et du peuple, et l'expression conséquente de tous ceux qui ont voulu ajouter leur vote à ce courant d'action, de militantisme, une fort élan pour que les travailleurs, le peuple, le pays récupèrent leurs salaires, leurs revenus, leurs droits et leur souveraineté confisqués. »

 

Au moment où la plus grande confusion règne au sein des forces héritières de la famille communiste, où le PGE (Parti de la gauche européenne) essaie de faire passer ses poulains européistes et réformistes – aux réussites très inégales – comme une alternative :

 

le cas du Portugal est définitivement à méditer et à saluer pour les communistes décidés à porter la ligne de la rupture avec cette Union européenne du capital, et avec cet Euro, mécanisme destiné à broyer les peuples.

Repost 0
Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Portugal
commenter cet article
23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 05:55

cdu_parlamento_europeu_2014_botao_frontpage.jpgEntre le Parti communiste portugais et le Bloc de gauche : divergences sur l'Union européenne, fracture de classe

 

 

Texte d'Antonio Santos, militant du Parti communiste portugais, chroniqueur pour Avante (organe du PCP)

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Joao Teixeira Lopes, dirigeant du Bloc de gauche, vient de sortir un article sordide sur les différences entre le Bloc de gauche et la CDU (la coalition menée par le Parti communiste), où grosso modo il nous en apprend sur la cohérence du premier et le sectarisme du second.

 

Bien qu'il ne soit pas dans mon habitude de répondre à la bave que l'infantilisme de ce parti secrète dans ce texte si intellectuellement malhonnête, il se pare d'une violence si ignominieuse qui ne pouvait rester sans réponse.

 

Mais j'annonce, en guise de profession de foi, la couleur: je suis un militant de base du PCP et, hélas, je ne suis pas aussi libre que les élus (européens ou municipaux) que le Bloc de gauche aime attirer avant qu'ils ne s'envolent vers des cimes plus hautes, trouvant de nouveaux ports d'attache lointains, du côté du PS et de la droite. Il faudra que les dirigeants du Bloc de gauche m'excusent de cet engagement si sectaire, ils risquent de ne pas apprécier ces lignes.

 

Dans mon parti, on dit parfois que seule la vérité est révolutionnaire. C'est l'impératif de vérité que Joao Teixeira Lopes a hypothéqué. Ce n'est pas la haine pour son parti qui inspirent ces mots qui ne cherchent pas à insulter les militants du Bloc, pour lesquels j'éprouve du respect et de la considération.

 

Malheureusement, les différences entre la CDU et le Bloc de gauche ne sont pas seulement européennes, c'est plus qu'une différence passagère au cours d'une campagne électorale.

 

Non, je regrette, Joao Teixeira Lopes, mais la véritable fracture, qui sépare irrémédiablement la CDU de la Bloc de gauche n'est pas européenne. C'est une fracture de classe. Le reste, qui dans le flot de diatribes qui circuleront, sera toujours et seulement le corollaire politique de différences entre les classes que nous défendons.

 

Euro

 

Joao Teixeira Lopes commence le parjure en accusant la CDU d’ambiguïté ; de centrer confusément sa politique sur l'axe de la sortie de l'euro ; de défendre tantôt un référendum sur le maintien dans l'Union économique et monétaire, tantôt de vagues appels à la responsabilité.

 

La vérité, c'est que sur cette question la CDU a construit un patrimoine d'une cohérence unique qu'il rappelle à toute la société portugaise lors de cette campagne : quand les dirigeants actuels du Bloc louaient, avec ferveur, les lendemains qui chantent de la monnaie unique, la CDU s'est opposé catégoriquement à l'entrée du pays dans l'Euro et dans l'UEM, mettant en garde contre les conséquences que nous connaissons aujourd'hui tous.

 

Quand être « européiste » était à la mode, le Bloc accusait la CDU d'être rétrograde et sectaire pour ne pas avoir cru que l'UE nous emmènerait la prospérité française et les salaires allemands.

 

Je me rappelle d'avoir entendu Francisco Louça (dirigeant historique du Bloc) nommer la CDU le « Vieux du Restelo » (personnage créé par Luis de Camoes symbolisant les conservateurs, réactionnaires qui n'ont pas cru aux Grandes découvertes du XV ème siècle) et de « nationaliste » pour avoir osé dire que l'érosion de la souveraineté nationale et la destruction de l'appareil productif conduiraient le pays à sa chute.

 

La vérité, c'est qu'au contraire du Bloc de gauche, le PCP a toujours été clair. L'Euro ne fut pas une bonne chose pour le pays, il nous a rendu plus dépendants et moins productifs, il a fait que nos salaires ont divergé de la moyenne européenne et a fait exploser les profits des grands groupes économiques.

 

Egalement à l'inverse du Bloc, nous avons dit clairement ce que nous voulons : vu qu'il n'y a pas de solution dans l'Euro, le chemin passe par la création des conditions pour une sortie de l'Euro qui profite aux travailleurs et au peuple.

 

Il n'y a pas ici d’ambiguïtés : si c'était le PS ou le PSD (la droite) qui mènerait cette sortie, elle serait utilisée comme un moyen de paupérisation ; si elle était menée par un gouvernement patriotique et de gauche, la sortie serait synonyme de croissance, d'emplois, de droits … en un mot, de nouvelle révolution d'Avril.

 

L’ambiguïté viendrait de ne pas demander « dans quelles conditions ? », pourquoi cette sortie pourrait aussi ne pas être volontaire. Ce n'est pas ambigu que de dire que le pays doit se préparer à la sortie. Il est ambigu de s'enfouir la tête dans le sable et ne pas avoir le courage de même discuter sur ce qu'il faut faire par rapport à l'Euro.

 

Austérité

 

 



Ensuite, Joao Teixeira Lopes tel Charlemagne, auto-couronne son parti champion de la lutte contre l'austérité, les sacrifices et la discipline budgétaire de l'UE, appelant même les portugais à la désobéissance ! Désobéissance à un tel point … que le Bloc désobéit à son propre mot d'ordre.



Je me rappelle avoir vu le Bloc de gauche voter favorablement, avec toute la droite, une résolution qui faisait l'éloge du « rôle stratégique » des « mesures de consolidation budgétaire imposées actuellement aux budgets nationaux ».



Dans la même résolution, sous le slogan du « pacte de compétitivité », le Bloc faisait l'apologie du programme « Europa 2020 », un plan néo-libéral de libéralisations, privatisations et destruction des droits sociaux qui légitimait les mesures d'austérité qu'il prétend aujourd'hui combattre.



Dans une autre résolution approuvée au Parlement européen sur la « viabilité de l'introduction de contraintes de stabilité », le Bloc de gauche reconnaît des « efforts considérables » dans la lutte contre la crise en « matière de consolidation budgétaire et de réformes structurelles », voilà pourquoi il est nécessaire que les pays ne désobéissent pas et « continuent à respecter leurs engagements et accords » dans ce domaine.



En fait, dans cette résolution le Bloc de gauche n'appelait pas à la désobéissance mais à la « discipline budgétaire » avec des conséquences pour ceux qui y manqueraient, pour « prévenir le risque moral » que représenterait un Portugal debout, pour que « les États-membres soient obligés de rembourser la dette dans leur intégralité ».



Relations internationales



Dis-moi avec qui tu vas, je te dirai qui tu es. Contrairement au Bloc de gauche, la CDU et le PCP maintiennent des relations avec les forces partisanes représentant tout le spectre politique, du socialisme à la social-démocratie. Ce que Joao Teixeira Lopes ne peut pas comprendre c'est que, sur le plan des relations internationales, ce qui est irresponsable est de ne pas dialoguer, en exprimant les divergences de façon directe mais dans un esprit de non-ingérence.



Ce qui est irresponsable, c'est de voter pour la guerre en Libye, comme l'a fait le Bloc de gauche, en signant un chèque en blanc aux seigneurs de guerre européens et américains. C'est irresponsable (un jour cette humanité lui donnera le nom de crime) d'avoir laissé faire, sous des prétextes humanitaires on a livré un pays entier aux bombardements, coûtant la vie à 100 000 personnes et traînant ce pays africain dans ce caniveau infâme, quelque part entre le colonialisme européen et le Moyen-âge.



Joao Teixeira Lopes aimerait que la CDU soit avec Alexis Tsipras, côte à côte pour le selfie avec François Hollande et Mario Soares dans sa « querelle symbolique ». Mais la CDU n'est pas attirée par les querelles symboliques sans contenu et nous préférons que Joao Teixeira Lopes et le Bloc de gauche aient manifesté leur solidarité avec le peuple grec en votant contre le prêt à la Grèce, au lieu d'avoir approuvé la sujétion du pays hellène à l'usure de la spéculation, à l'avidité du grand capital.



En ce sens, il est important également de rappeler à Joao Teixeira Lopes qur la CDU ne défend aucune forme d'isolationnisme et est intégré (depuis bien plus d'années que le Bloc de gauche) au groupe européenne de la GUE-NGL, dont Joao Ferreira est même le vice-président.

Convergence à gauche


Joao Teixeira Lopes termine sa péroraison par un appel bi-polaire à la convergence et une condamnation implicite des dirigeants du PCP pour avoir bloqué l'union des gauches.



Mais cher Joao Teixeira Lopes, la faute n'en revient pas à notre secrétaire-général Jeronimo, au député européen Joao Ferreira. Ce ne sont pas eux qui ne veulent pas l'union avec le Bloc de gauche.



C'est de ma faute. Moi, Antonio Santos, militant de base du Parti communiste, travailleur et exploité. Je ne le veux pas, je ne le peux pas. Je ne veux pas m'unir avec Joao Teixeira Lopes parce que je ne sais pas dans quel camp il va aller, où je travaille, quand il faudra se mettre en lutte.



Je veux m'unir à une autre gauche, celle qui est avec moi dehors, qui ne compte pas les nuits, à la porte de la boîte métallurgique Sorefame pour défendre la vie des ouvriers.



C'est là que le Bloc de gauche est le bienvenu, pour s'unir à moi, pour devenir mon camarade, défendre ce salaire de misère dans la lutte, l'adversité, la dignité.



Si Joao Teixeira Lopes veut la convergence, j'espère le voir plus souvent dans les réunions du syndicat et dans la chaleur des piquets de grève, avec les gens honnêtes et les travailleurs de la gauche de vérité, qui ne sont pas là avec des piques car, au bout du compte, c'est de nos vies que nous parlons.



Désolé, Joao Teixeira Lopes, mais nos différences ne sont pas européennes, elles sont de classe. C'est parce que celui qui cultive l’ambiguïté, l'est soit par bêtise ou incompétence, que pour cette raison ma voix ira pour la CDU.

Repost 0
Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Portugal
commenter cet article