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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 13:52

a-luta.jpg« Lutte de classes et diversion »



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net



Par Filipe Diniz, membre du Comité Central du Parti communiste portugais (PCP)



La lutte des travailleurs et des peuples contre l'implacable offensive capitaliste actuelle exige une très forte résistance idéologique.



Et il faut prendre en compte non seulement les attaques qui viennent ouvertement du camp de l'ennemi de classe, mais aussi les mots de certains qui, tout en se prétendant être aux côtés des travailleurs et même « marxistes », ont la capacité incroyable de jeter le flou sur les fronts de combat tout comme de dévaloriser l'essentiel – ceux réellement existants– nos luttes et notre organisation.



A voir, une récente chronique (Visão, 2 juin 2010) de Boaventura Sousa Santos. Ce « marxiste »fait l'extraordinaire découverte que « la lutte de classes est de retour en Europe ». La lutte de classe « en tant que pratique politique (sic) »est de retour, après des années où elle a été « institutionnalisée »sous la forme du dialogue social, s'imagine-t-il. Dont les résultats furent, entre autres,« le modèle social européen », la « paix sociale », les « faibles niveaux d'inégalité sociale ». Et elle fait son retour « en des termes tellement nouveaux que les acteurs sociaux restent perplexes et paralysés »



Boaventura Sousa Santos publie ce texte cinq jours après ce qui a probablement été la plus grande manifestation réalisée au Portugal depuis 1974. Plus de 300 000 travailleurs « perplexes et paralysés », ont répondu à l'appel de syndicats « en crise ».



Heureusement on a en Boaventura Sousa Santos une lumière qui les illumine, et il leur explique que la lutte de classes a fait son retoursous « une nouvelle forme: (…) cette fois, c'est le capital financier qui déclare la guerre au travail »(pour Boaventura Sousa Santos, le capital financier est une classe...).



Le mouvement de lutte qui se lève dans toute l'Europe, avec la magnifique expression de masse qu'elle est parvenu à prendre, devrait s'arrêter et écouter les sages conseils de Boaventura Sousa Santos: ce mouvement sera « bien fragile si il n'est pas mis (…) sur un pied d'égalité avec les mouvements féministes, écologistes, des consommateurs, pour les droits de l'Homme, des immigrés, contre le racisme, la xénophobie et l'homophobie ».Et, surtout, ne pas avoir d'illusions: « la résistance, soit elle est européenne, soit elle n'existe pas », décrète Boaventura Santos Santos.



Ils seraient mal en point les travailleurs portugais, grecs, roumains, espagnols, si ils attendaient quelque choses de tels conseils amicaux.



Un grand mouvement de masse monte, patriotique et internationaliste. Il n'exclut personne.



Mais, franchement, il n'a pas besoin de ce genre de conseils.

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 12:10

arton172-de658.jpgL'offensive de classe au niveau mondial

 

par Jorge Cadima, département international du Parti Communiste Portugais (PCP)

 

pour O Militante, revue théorique du PCP, de mai/juin 2010

 

 

 

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net



On connaît les sommes astronomiques que l'Etat nord-américain a déboursé pour tenter d'éviter l'effondrement total de son système financier.



Mais les géants financiers de Wall Street ont distribué cette année, comme bonus à leurs dirigeants et à leurs employés, 20,3 milliards de dollars « sans compter (…) les bonus distribués à ses employés hors de la ville de New York » (CNN, 23/02/2010). Il s'agit d'un montant comparable à celui du plan de sauvetage pour la Grèce, que le Sommet de l'Union européenne a adopté fin mars. Le versement de bonus à Wall Street donne droit à des exonérations fiscales pour les entreprises (New York Times, 1/01/2010). Le contribuable nord-américain, tenu à payer la facture du festin de Wall Street, doit aussi financer les bonus qui récompensent les malfaiteurs. Pour ce qui est de la promesse (sans même ouvrir les cordons de la bourse) de 22 milliards pour le gouvernement grec, le Commission européenne exige en préalable des coupes salariales pour les travailleurs grecs. Les théoriciens « modernes » qui disent que la lutte de classe est une chose du passé sont, en réalité, de vieux vendeurs d'huile de serpent.



 

L'offensive du grand capital

 

 

Le grand capital des principaux centres de l'impérialisme profite de la crise pour réaliser un bond qualitatif dans sa guerre de classe. Dans l'Union européenne, et surtout après que le Traité de Lisbonne a été imposé anti-démocratiquement, les mots d'ordre sont clairs: diminuer les salaires, augmenter l'âge de départ à la retraite, couper dans les services sociaux, détériorer les conditions de vie et de travail du peuple, placer tous les secteurs de l'activité productive sous la domination du grand capital, qui bénéficie toujours de subventions, aides et autres exonérations. Ce fut le cas avec le premier gouvernement Socrates, c'est le cas aujourd'hui avec la PEC au Portugal; avec les réductions de salaires et l'augmentation de l'âge de départ à la retraite en Irlande (où le gouvernement veut déjà la retraite à 68 ans – Irish Times, 3/03/2010); avec les mesures brutales en Grèce; avec l'augmentation de l'âge de départ à la retraite (de 65 à 67 ans) en Espagne. L'offensive anti-sociale est encore plus grave dans plusieurs pays de l'Est (comme les républiques Baltes), mais touche tous les pays de l'UE. Dans l'UE comme aux Etats-Unis, les classes dirigeantes sont unies autour d'un objectif: intensifier l'exploitation du travail et pomper toute la richesse produite à l'échelle planétaire, pour la mettre dans les poches d'une couche ultra-minoritaire de la société qui ressemble de plus en plus aux élites corrompues et parasitaires des empires en phase de décadence.

 

 

Déception pour ceux qui pensent que nous nous trouvons devant des « difficultés conjoncturelles ». Désillusion pour ceux qui se sont laissés entraîner par les chants des sirènes « européistes » (y compris ceux de la « gauche moderne » et « de confiance »). Comme l'écrit Martin Wolf, chroniqueur économique au Financial Times: « De nombreux pays ont adhéré à l'Union monétaire [européenne] sans reconnaître les conséquences que cela aurait pour leurs marchés du travail. Au lieu des réformes requises pour l'adhésion, ils se sont amusés avec un festin de ceux qui n'arrive qu'une fois dans une vie. Aujourd'hui, la fête est terminée (…) les coûts du travail dans les pays périphériques européens devront être drastiquement réduits. Ces pays n'ont pas d'alternative, au sein de l'Union européenne à laquelle ils ont choisi d'adhérer. »(Financial Times, 23/03/2010). Lisez: les salaires « devront être drastiquement réduits ». Les « avantages de l'adhésion européenne »furent un leurre pour que ces pays livrent aux grandes puissances de l'UE leur souveraineté nationale et avec elle les marchés, la force de travail et la concurrence qu'il faut tuer. Désormais, il est temps de présenter la facture:« la fête est terminée ».

 

 

Mais pas pour tout le monde. Comme le dit encore Martin Wolf, « la politique monétaire (…) a rendu les banques profitables et les banquiers plus riches, avec bien peu d'avantages pour l'économie réelle. Il est peu probable que cela vienne à changer à court-terme ». Ils paraissent déjà lointains les temps où, dans la foulée du krach de l'automne 2009, les gouvernants se sont fendus en promesses, que les choses allaient changer, qu'il y aurait plus de contrôle sur la spéculation financière et sur les excès. Début 2010, la curée continue, de Wall Street au Portugal, dans les profits des banques et des industries privées financés par l'argent public. Pour le capital et pour la guerre, il n'y a pas de crise. L'Allemagne et la France font pression sur la Grèce pour qu'elle achète du matériel militaire, dans le même temps elles lui imposent des coupes dans les dépenses publiques (New York Times, 29 mars 2010)

 

 

Entre temps, le chômage explose. Aux Etats-Unis, la catégorie U6 du chômage (qui comptabilise tous ceux qui veulent un emploi et qui n'en trouvent pas) a déjà atteint les 17%. Il dépasse les 20% en Californie, l'Etat (en faillite) le plus peuplé des Etats-unis, qui a toujours aimé se présenter comme la « septième économie du monde » et le berceau des innovations technologiques (de type Silicon Valley).

 

L'économiste Nouriel Roubini (qui avait prévu le krach de 2008) écrit: « nombre des emplois aujourd'hui perdus – dans le bâtiment, la finance et la production et les services sous-traités – sont perdus pour toujours, et des études récentes suggèrent qu'un emploi sur quatre aux Etats-Unis, vont, avec le temps, être sous-traités dans d'autres pays » (Globe and Mail, 18/11/09).

 

 

Dans le même temps, le rapport annuel de la FAO sur la Sécurité alimentaire (disponible sur le site de cette agence de l'ONU) révèle que, en 2009, plus d'un milliard de personnes souffre de la faim, soit un sixième de l'Humanité. Cent millions de plus par rapport à l'an passé. Selon le rapport, « l'aggravation de l'insécurité alimentaire n'est pas due à de mauvaises récoltes, mais plutôt à l'augmentation du prix des aliments, à la baisse des salaires et à la hausse du chômage, qui ont rendu les aliments encore plus inaccessibles pour les pauvres ». Selon le rapport « La Faim en Amérique, 2010 » (cf feedingamerica.org), dans la plus grande puissance impérialiste de la planète, un nord-américain sur 8 (37 millions de personnes) et un enfant sur quatre ont bénéficié de bons alimentaires en 2009.

 

 

Pendant ce temps, les Etats agonisent sous le poids de l'endettement brutal résultant des aides aux banques et de la crise du système. Il se n'agit pas seulement de la Grèce ou du Portugal. Le déficit budgétaire annuel des Etats-Unis s'élève à un montant astronomique de 1 500 milliards de dollars – l'équivalent du PIB d'un pays comme la Russie, le Brésil ou le Canada. Cet endettement croissant, qui dans le cas des Etats-Unis est aussi le reflet direct de ses aventures militaires, ne peut être durable et menace la solvabilité d'un nombre de plus en plus important d'États au cœur du système capitaliste. C'est maintenant utilisé comme prétexte pour la nouvelle escalade de l'offensive de classe.

 

 

Les causes de l'offensive de classe

 

 

L'offensive du grand capital n'est pas nouvelle. Avec des degrés et des intensités différentes, elle est en cours depuis près de 30 ans et surtout dans les deux dernières décennies. Elle a déjà provoqué des catastrophes sociales et des crises profondes dans de nombreux pays et régions du globe, en même temps qu'elle a concentré les richesses à des niveaux impensables encore il y a quelques décennies. Ce qui est nouveau, c'est l'intensité de l'offensive dans les principaux centres de l'impérialisme. Nous sommes devant un tournant historique. La cible est l' « État social » même, qui n'a jamais été une création volontaire du capitalisme, mais qui a plutôt été imposé par la lutte de classes au niveau mondial, conquis grâce au rapport de force favorable acquis tout au long du XXème siècle, à la suite de la grande Révolution d'Octobre et de la victoire sur le nazisme et le fascisme lors de la seconde guerre mondiale.

 

 

Les causes profondes de cette vaste offensive sociale se trouvent dans la nature exploiteuse du système capitaliste. Elles se trouvent dans les contradictions insolubles d'un système prisonnier de la baisse tendancielle du taux de profit et d'une sur-production déjà chronique, et qui ne trouve pas dans l'économie productive le moyen de perpétuer le processus de reproduction capitaliste. Mais cette offensive est devenue possible par la combinaison de deux processus qui ont modifié le rapport de forces mondial.

 

 

Le premier processus découle des grandes transformations technologiques des dernières décennies. Parmi ses effets, multiples et contradictoires, on trouve la possibilité (exploitée par le capital) de délocaliser les grands centres de production, en mondialisant les processus productifs, en remplaçant du travail humain par des processus automatisés, et du travail qualifié et bien rémunéré par du travail non rémunéré et mal payé, détruisant des noyaux ouvriers avec une longue tradition et une expérience dans la lutte des classes, fragilisant les relations de travail et plaçant le mouvement ouvrier sur la défensive. Aux Etats-Unis, les effets de ce processus ont été, dans les 30 dernières années, une forte baisse du niveau de vie des travailleurs, décrit avec profusion de données et d'information dans le livre intéressant de Fred Goldstein: Low-Wage Capitalism.

 

 

Un second processus a créé les conditions politiques pour cette offensive du grand capital: la victoire des processus contre-révolutionnaires en ex-URSS et en Europe de l'Est, qui a modifié radicalement le rapport de forces mondial, a désorienté et affaibli temporairement le mouvement ouvrier et, dans de nombreux cas, les forces révolutionnaires en son sein. L'effet conjugué de la longue vague des transformations technologiques avec les ondes de choc de la « Chute du Mur » ont provoqué le tsunami qui aujourd'hui atteint les côtes de l'Union européenne, menaçant de ramener les travailleurs européens à des niveaux de vie qui n'étaient plus connus depuis des décennies.

 

 

L'offensive de classe comme facteur d'aggravation des contradictions

 

 

Mais dans les sociétés humaines, comme dans la nature, tout est en perpétuel mouvement et les phénomènes et les processus ont souvent des effets contradictoires. Le bilan de 20 ans de capitalisme fonctionnant en conformité avec ses propres lois est une énorme crise. Les tentatives des puissances capitalistes pour y trouver une réponse et imposer leur hégémonie n'ont fait, en dépit d'effets contradictoires et de succès partiels, que démultiplier cette même crise, qui a atteint des niveaux mettant en danger la survie du système.

 

 

Comme le souligne la Résolution politique du XVème Congrès du PCP, datant déjà de 1996: « l'application capitaliste des nouvelles technologiques, permettant une immense accumulation de capital, a toutefois comme contre-partie (…) une augmentation en flèche de la part du capital constant par rapport au capital variable, source de création de plus-value. D'où en découle l'aggravation de la tendance à la baisse du taux de profit dans l'activité productive et des phénomènes de sur-accumulation de capital ». Et cette tendance à la baisse du taux de profit qui pousse le capitalisme de nos jours à une intensification toujours plus forte de l'exploitation et le pousse sur le terrain de la financiarisation, de la spéculation, de la corruption et de la criminalité. Terrain qui a contribué au krach de 2008. Si, d'une part, en baissant drastiquement le niveau de vie des travailleurs dans les centres mêmes de l'impérialisme, on a gonflé à court-terme les profits, dû à l'augmentation des taux d'exploitation, d'autre part, on a provoqué également une compression dramatique de la demande qui a aggravé par conséquent le problème de fond de la sur-production, en plus d'avoir miné les bases de la stabilité politique et sociale du capitalisme d'après-guerre. La tentative de compenser la baisse du pouvoir d'achat en ayant recours au crédit et à l'endettement a contribué à l'explosion de la crise capitaliste en 2008, et paraît avoir atteint ses limites. Le recours aux délocalisations et à l'utilisation de la main d'œuvre bon marché dans les pays périphériques a été un des facteurs qui a contribué à l'essor économique de pays comme la Chine, l'Inde, le Brésil, essor qui modifie qualitativement les rapports de force économiquement au niveau mondial, affaiblissant la domination des puissances impérialistes. Les recettes néo-libérales des années 1990 ont débouché sur l'ouverture de processus plus ou moins progressistes, anti-impérialistes – et dans certains cas révolutionnaires – qui touche aujourd'hui l'Amérique Latine. La tentative de l'impérialisme nord-américain pour contrarier son déclin sur le plan économique imposant son hégémonie planétaire par la force militaire (tant à ses opposants qu'à ses alliés) a débouché aussi sur l'aggravation de toutes les contradictions – grâce à la résistance des peuples victimes de ses agressions – n'aboutissant qu'à affaiblir encore plus, sur le plan économique, politique et aussi militaire, la principale puissance impérialiste.

 

 

La crise aiguise les rivalités et les contradictions entre puissances impérialistes. Le spectacle des récriminations publiques au sein de l'UE autour de la crise grecque, les clivages croissants entre les puissances des deux côtés de l'Atlantique, mais aussi au sein des classes dominantes de chaque pays, sont le reflet de l'incapacité à surmonter cette crise, de la lutte pour se tailler une plus grosse part du gâteau, de la tentative de se re-positionner dans un scénario dans lequel les positions relatives de chacun sont en profonde mutation. Il est désormais fréquent de lire des attaques dans la presse anglo-américaine ou française envers les politiques économiques de l'Allemagne (et plus seulement celle de la Chine) et vice-versa. Un chroniqueur économique britannique renommé commentait ainsi les avis émis par un membre de la Banque centrale allemande sur la manière de résoudre la crise grecque « Le Dr. Sarrazin devrait être enfermé [locked up] au Sanatorium de Francfort »(Telegraph online, 21.3.10). Dans cette « Europe à nos côtés », des pays comme le Portugal sont allègrement traités de PIIGS, dans un jeu de mot avec le mot anglais pour désigner les « porcs ». Il est aujourd'hui courant de parler de la possibilité que des pays sortent de la zone euro, et même d'envisager l'effondrement de l'euro ou de l'UE même. Le géant qui se voulait « irréversible » tremble de tous les côtés.

 

 

Les menaces pour la paix et la démocratie

 

 

L'impérialisme mène la planète à une crise mondiale aux proportions énormes. La crise économique, les contradictions croissantes et l'incapacité à les résoudre, le poussent vers des solutions de force – de l'autoritarisme, de la réaction, du militarisme et de la guerre. De partout, s'accentuent les tendances répressives et réactionnaires. Les médias du système mettent en avant des forces de plus en plus ouvertement racistes et fascistes (de l'Hollande au Royaume-Uni, de l'Italie à la Pologne et à la Lettonie). Dans des capitales de l'UE (comme Riga) les vétérans des SS nazis défilent impunément pendant que les communistes sont persécutés. L'anti-communisme est devenu doctrine officielle dans l'Union Européenne (mais le communisme n'est-il pas mort et enterré?), en même temps que l'on falsifie l'Histoire pour blanchir le fascisme. Les partis de la social-démocratie traditionnelle (comme celle britannique) ou non (comme le PS de Socrates) dérivent de plus en plus vers la droite et la défense des intérêts de classe du grand capital. Les vents de la guerre impérialiste continuent à souffler, pas seulement au Moyen-Orient, mais en direction de la Russie et de la Chine, dans les actions quotidiennes d'une OTAN qui se veut être une armée mondiale de l'impérialisme.

 

 

Tout cela est indissociable de l'offensive globale de classe en cours et des craintes que l'inévitable lutte et résistance des travailleurs et des peuples prenne corps et soit à la hauteur des combats qu'il faut mener. L'offensive sociale déclenchée par les centres de l'impérialisme est une menace frontale pour la démocratie, tout comme ses desseins d'hégémonie planétaire sont une menace gravissime pour la paix.

 

 

Dans ses congrès des deux dernières décennies, le PCP avait déjà mis en garde, avec une acuité remarquable, sur la nature et la gravité des processus en cours. Aucun autre parti de notre pays ne peut affirmer qu'il avait prévu la réalité dramatique qui est la nôtre aujourd'hui. Le PCP a été capable de le faire, parce qu'il utilise les outils théoriques du marxisme-léninisme dans l'analyse des faits. La compréhension des causes profondes et de la nature réelle des processus en cours est essentielle pour pouvoir organiser et construire la réponse des travailleurs et des peuples à l'offensive du grand capital. Avec les deux pieds sur le terrain national de la lutte, mais avec les yeux fixés sur les grans processus en cours au niveau mondial. Aujourd'hui, quand l'impérialisme menace de plonger à nouveau l'Humanité dans la catastrophe, il est plus que jamais évident que les partis révolutionnaires de la classe ouvrière doivent avoir comme horizon la défaite du capitalisme et la transformation révolutionnaire de la société.

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 22:49

Lenin.jpgLénine et l'économie marxiste



Prabhat Patnaik, économiste indien



Article paru dans People's Democracy, hebdomadaire du PC d'Inde (Marxiste)



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Toutes les contributions théoriques de Lénine à l'économie marxiste étaient conçues comme des interventions dans la lutte pour une pratique révolutionnaire correcte; ce n'étaient pas des traités d'économie marxiste. Ses contributions couvrent de nombreux domaines d'analyse, mais sont toutes comprises dans une même perspective qui était celle de Lénine, précisément sa vision de la révolution comme un projet concret. Cela nécessitait de dessiner une feuille de route entre « le ici et maintenant » et la révolution; une analyse des rapports sociaux entre le prolétariat et les autres classes; et aussi la perception de la révolution comme un processus qui se déroule en plusieurs étapes. La vision de la révolution comme un projet concret est à la base de la théorisation par Lénine de la révolution dans une société « arriérée » comme la Russie. Plus tard, cela lui a aussi permis, sur la base de son analyse de l'impérialisme, de théoriser un processus révolutionnaire mondial (qui disait-il, pendant la Première Guerre Mondiale, est désormais à l'ordre du jour de l'histoire), en unifiant les deux grands courants révolutionnaires du XXème siècle: le courant de la révolution prolétarienne dans les pays avancés, et le courant de la libération nationale (ou de la révolution démocratique) dans les pays opprimés et « arriérés ».



L'œuvre théorique de Marx, en affirmant que le développement du capitalisme a créé les conditions pour son propre dépassement révolutionnaire par le socialisme, avait clairement envisagé que cette révolution se déroulerait dans le monde capitaliste avancé. Dans leurs écrits sur le colonialisme, Marx et Engels avaient anticipé la possibilité d'une révolution anti-coloniale dans des pays comme l'Inde, mais n'avaient pas étudié le rapport entre ces révolutions à la périphérie et la révolution socialiste. A la fin de sa vie, Marx a commencé à s'intéresser à la Russie, et il est tombé d'accord avec Vera Zasulich qu'une transition directe était possible du système de la communauté villageoise Russe (mir) au socialisme, mais seulement si le socialisme triomphait en Europe pour faciliter ce processus.


 

Lénine, tout en insistant également sur la centralité de la révolution socialiste Européenne, a envisagé un processus révolutionnaire mondial interdépendant où même les pays les moins développés pourraient progresser par étapes successives vers le socialisme, aidés par la révolution socialiste Européenne, peu importe où la révolution aurait lieu en premier (la « chaîne » par laquelle l'impérialisme capitaliste a attaché le monde, disait-il, pourrait se briser en « son maillon faible »). La nature de classe exacte, les étapes et les objectifs de la révolution dans chaque pays, et la manière dont on pourrait progresser sur cette voie, doivent être élaborés, même dans les pays économiquement sous-développés.



Pour la Russie, Lénine croyait que les communes villageoises s'étaient désintégrées, ouvrant la voie au développement du capitalisme, de sorte que la prévision de Zasulich, d'une transition directe du mir au socialisme avait perdu de sa pertinence. Le développement du capitalisme était fulgurant en Russie, ce qui a fait émerger la classe ouvrière en tant que principale force révolutionnaire. La bourgeoisie russe, étant arrivé tard sur le devant de la scène, et menacée par la classe ouvrière, était incapable de réaliser la révolution démocratique, en particulier le renversement du Tsarisme et la soumission des États féodaux, comme la bourgeoisie l'a fait en France par exemple pendant la Révolution Française. Ainsi, la classe ouvrière avait à faire le travail de la bourgeoisie, mener la révolution démocratique, et progresser vers le socialisme, en ralliant à soi, à chaque étape, des couches importantes de la paysannerie (la composition des alliés paysans changeant d'une étape à l'autre).

 


Les écrits d'avant-guerre



La plupart des écrits économiques de Lénine, dans la période d'avant-guerre, visaient à étayer cette intuition. Depuis que les économistes Narodnik avaient argumenté que l'étroitesse du marché domestique en Russie, due à la pauvreté de son peuple, rendait le développement capitaliste impossible dans ce pays, Lénine, prenant comme acquis que le capitalisme se développait en Russie, à tel point que le mir avait été effectivement détruit, s'est engagé dans un débat théorique avec eux dans lequel il a utilisé les schémas de reproduction élargie de Marx.



Lénine a mis en avant trois thèses élémentaires:

  • Premièrement, le marché était simplement l'excroissance du processus de division du travail dans l'économie. Quand nous passons d'une situation dans laquelle le ménage du paysan est engagé aussi dans une production de type artisanale, à une autre situation dans laquelle les paysans se spécialisent dans l'agriculture et un groupe séparé de producteurs se charge de la production artisanale, nous avons ipso facto l'émergence d'un marché

  • Deuxièmement, il peut y avoir des déséquilibres dans la production entre ses différentes branches, certaines produisant plus que la demande, d'autres moins que la demande, mais de tels déséquilibres, donnant à lieu des crises, sont un élément inhérent au capitalisme. Le système avance par crises plutôt qu'il est mis devant l'impossibilité de se développer à cause d'elles

  • Troisièmement, le déséquilibre entre production et consommation est la marque du capitalisme, qui maintient les travailleurs à des niveaux de vie catastrophiques. Utiliser cela pour avancer que le système ne peut pas se développer est infondé, car le but de la production en système capitaliste n'est pas de satisfaire les consommateurs. En fait, le secteur 1, produisant des moyens de production de différentes sortes, peut et va croître indépendamment du secteur 2, qui produit des moyens de consommation, en satisfaisant sa demande interne en capital qui continue d'augmenter à cause de la hausse de la composition organique du capital.

 

L'échange de Lénine sur la question du marché a été indubitablement influencé par Tugan Baranovski, qui avait affirmé que le capitalisme était caractérisé par la « production pour la production » et qui croyait dans le Loi de Say; mais penser que Lénine a simplement repris l'argument de Tugan est erroné. Il a lui-même noté que la dynamique du capitalisme qu'il esquissait, en mettant des chiffres sur les schémas de reproduction, ne visait pas à saisir la « réalité »: puisque les économistes Narodnik avaient avancé « l'impossibilité du capitalisme », il suffisait pour lui de montrer que son développement était « possible », ce qu'il a fait (il produisait, en d'autres termes, un « contre-exemple » aux Narodniks). On en déduit que la critique ultérieure de Oskar Lange, que l'ensemble du débat Marxiste sur la question du marché au début du siècle était biaisée par le fait qu'il ne faisait que mettre des nombres sur des schémas de reproduction, sans postuler un comportement d'investissement plausible, et donc que cela ne prouvait rien, ne s'applique pas en fait à Lénine qui était seulement intéressé par la réfutation de l'argument Narodnik sur l'impossibilité du capitalisme. Il y est arrivé, et dans son analyse il a aussi prêté attention, comme Tugan-Baranovski, au fait que le capitalisme pouvait croître en trouvant des marchés pour lui-même à travers une augmentation dans la composition organique du capital (afin que le secteur 1 puisse produire largement pour lui-même) même si la masse salariale, et donc le secteur 2 stagnait. (Kalecki a plus tard avancé l'idée que l'État pouvait jouer le même rôle que l'augmentation dans le rapport C/V en fournissant un marché au secteur 1).


 

Le fait que le capitalisme se soit développé en Russie malgré le fait que les Narodniks aient insisté sur son développement impossible a été démontré par Lénine dans son étude classique Le Développement du Capitalisme en Russie. Les conséquences de cela pour la Révolution Russe à venir ont été explicitées dans les Deux Tactiques de la Social-Démocratie dans la Révolution Démocratique, ou il affirmait que « la bourgeoisie est incapable de mener la révolution démocratique jusqu'à son terme, tandis que la paysannerie est capable de le faire » (sous la direction du prolétariat). Ainsi, « le prolétariat doit accomplir la révolution socialiste, se ralliant l'ensemble des couches semi-prolétariennes, afin d'écraser par la force la résistance de la bourgeoisie et de canaliser l'inconstance de la paysannerie et de la petite bourgeoisie. »


 

La distinction entre les différentes classes paysannes, et le rôle qu'elles jouent dans le processus de transformation paysanne occupait une place centrale dans cette conception. Dans les sociétés qui sont en retard sur le plan du développement capitaliste, la bourgeoisie, bien qu'incapable de briser les états féodaux, comme la réalisation de la révolution démocratique le nécessitait, pouvait passer un pacte avec les seigneurs féodaux de jadis pour développer ce que Lénine appelait un « capitalisme semi-féodal » dont le « capitalisme des junkers » en Allemagne était un exemple; par opposition à un « capitalisme agraire », qui représentait un développement capitaliste reposant sur une base sociale plus large, plus vigoureux, et représentant une forme moins oppressive de développement capitaliste, qui pourrait aboutir sur le démantèlement des états féodaux. L'incapacité de la bourgeoisie à poursuivre la voie du « capitalisme agraire » signifiait que les aspirations démocratiques de la paysannerie pouvaient seulement être satisfaites sous la direction du prolétariat.


 

Lénine, à ce moment-là, avait défendu la « nationalisation de la terre » comme la suite nécessaire au démantèlement de la propriété féodale, qui libérerait les producteurs du fardeau de la « rente foncière absolue », et donc encouragerait l'accumulation; c'est seulement à l'époque de la Révolution Bolchévique qu'il a changé de position pour défendre l'idée que le démantèlement des états féodaux devait mener à la distribution de la terre aux paysans, quelque chose que les Socialistes-Révolutionnaires de Gauche, héritiers de la tradition Narodnik, demandaient ardemment.

 

La question des différenciations de classe au sein de la paysannerie, également centrale dans la conception de la révolution en deux temps, a occupé fortement sa pensée, puisque la pertinence de cette conception allait bien au-delà de la Russie, et qu'elle était la base de l'analyse des sociétés « arriérées » par le Komintern. Dans ses thèses préliminaires au Second Congrès du Komintern, Lénine a mis en avant un critère basé sur l'emploi de main d'œuvre pour distinguer entre elles les différentes classes paysannes, ce qui a formé la base de toutes les analyses suivantes sur la question, y compris celle endossée par Mao Zedong.



L'Impérialisme et la guerre

 


Lénine voyait la première guerre mondiale comme le chant du cygne du capitalisme, qui annonçait que la révolution mondiale était désormais à l'ordre du jour historique. La fameuse remarque de Marx selon laquelle à un certain stade du développement d'un mode de production, les rapports de propriété le caractérisant « entravent » le développement des forces productives, a naturellement soulevé la question: comment savons-nous quand ce stade est atteint? Ou plus généralement, quand pouvons-nous dire d'un mode de production qu'il est obsolète? La tradition « révisionniste » dans la social-démocratie allemande avait affirmé que cette obsolescence se manifesterait par elle-même à travers une tendance à « l'effondrement » du système; et puisque il n'y avait pas de signes d'un tel « effondrement », la classe ouvrière devait se réconcilier avec le fait que le capitalisme allait continuer, qu'elle devrait lutter seulement pour améliorer son sort économique dans le système, et que le Marxisme devait par conséquent être « révisé ». La tradition révolutionnaire en Allemagne incarnée par Rosa Luxembourg leur opposait que le système mènerait inévitablement à « son effondrement »; mais dans ce débat elle acceptait la problématique des révisionnistes selon laquelle la preuve de l'obsolescence du système résidait dans sa tendance à se diriger vers son « effondrement ».



Lénine a rompu avec cette problématique et a vu la guerre comme une incarnation de la nature « moribonde » du capitalisme. Elle a offert aux travailleurs une alternative difficile: soit ils tuaient leurs camarades travailleurs dans les tranchées d'en face, soit ils retournaient leurs fusils contre leurs exploiteurs capitalistes (d'où le slogan Bolchévique « transformer la guerre impérialiste en guerre civile »). Il a mis au point sa théorie de l'impérialisme à la fois pour expliquer l'origine de la guerre et pour déterminer la nature moribonde du capitalisme dont la guerre était une manifestation.


 

La théorie de l'impérialisme de Lénine est souvent mal comprise. L'erreur d'interprétation la plus commune est celle qui attribue à Lénine une position selon laquelle le capitalisme souffrant d'un problème de « sous-consommation », l'impérialisme serait un moyen de contrer cette tendance. C'est à cause de cette interprétation que plusieurs auteurs ont plus tard affirmé que la politique Keynésienne de l'après-guerre, de stimulation de la demande, avait rendu la théorie Léniniste de l'impérialisme obsolète. Mais Lénine, bien qu'ayant une dette intellectuelle envers Hobson, ne considérait pas l'impérialisme du point de vue de la « sous-consommation » comme ce dernier. En fait, la théorie de Lénine n'était pas du tout une théorie « fonctionnelle » de l'impérialisme, c-a-d que l'impérialisme n'était pas perçu comme un moyen de trouver un antidote à une quelconque tendance inhérente au capitalisme.



Pour Lénine, l'impérialisme c'est le capitalisme monopoliste. Le processus de centralisation du capital mène à l'émergence de monopoles dans les sphères de la production et de la finance, qui se renforcent mutuellement jusqu'au moment où une petite oligarchie financière, à cheval sur les sphères de la finance et de l'industrie, a à sa disposition un « capital financier » immense. Ces oligarchies sont basées dans un cadre national et sont intégrées à leurs États-nations, créant une « union personnelle » entre ceux qui dominent l'industrie, la finance, et l'État dans chacun des pays capitalistes avancés. La concurrence qui a toujours existé entre capitalistes, prend désormais la forme de rivalités pour l'acquisition de « territoires économiques » entre ces puissantes oligarchies financières, chacune soutenue par leur État-nation. L'acquisition de « territoires économiques » n'est pas seulement un moyen de s'assurer matériellement des marchés, des sources de matières premières ou des sphères exclusives pour des investissements financiers; mais surtout un moyen d'exclure potentiellement leurs rivaux de ces territoires. Et quand la recherche de « territoires économiques » emmène la division du monde entier en territoires captifs, seule la re-division reste possible, ce qui peut seulement se dérouler par le déclenchement de guerres. L'ère de l'impérialisme, c'est-à-dire du capitalisme monopoliste, est caractérisée par le déclenchement de guerres.



Le concept de capital financier chez Lénine a été critiqué à de maintes reprises: sur une confusion potentielle entre « stocks » et « flux »; en ce sens qu'il oscille entre la notion d'Hobson de « grande finance » (caractéristique de la Grande-Bretagne où les intérêts financiers et industriels étaient relativement distincts) et la notion d'Hilferding de « capital financier » ou de « capital contrôlé par les banques et employé dans l'industrie » (caractéristique de l'Allemagne où les intérêts industriels et financiers étaient complètement confondus). Ces critiques passent toutefois à côté de l'essentiel de la théorie de Lénine. La distinction entre « stocks » et « flux » a seulement du sens dans une perspective d'analyse du capitalisme comme souffrant d'une « sous-consommation » chronique, quand les exportations du capital – dans le sens d'une exportation de surplus financée par l'extension du crédit - peuvent être un moyen de gonfler la demande agrégée. Pour résumer, les « flux » ont un sens seulement du point de vue de la demande agrégée; les exportations de capital comme le reflet d'un choix d'investissement, sans exportation de plus-value corrélée, n'affectent pas la demande agrégée. Une fois que nous détachons Lénine de l'analyse basée sur la « sous-consommation », la critique selon laquelle il ne distinguait pas les stocks et les flux n'a plus lieu d'être. Dans la même idée, puisque Lénine cherchait à caractériser une phase globale du capitalisme, synthétisant toutes les particularités de chaque pays, son utilisation de concepts vastes et élastiques peut difficilement être critiquable.

 

 

Sa théorie, quoiqu'extrêmement simple dans sa conception économique, et presque irréprochable dans son contexte, était suffisamment riche pour saisir l'étendue des rapports de domination que l'impérialisme entraînait. La tentative de se partager un monde déjà partagé a pris des formes complexes (si on laisse de côté la guerre): des colonies, des semi-colonies, qui remettent en cause la souveraineté de pays nominalement indépendants, jusqu'à obtenir l'hégémonie même sur des puissances coloniales (apparemment hégémoniques) comme le Portugal. La théorie de Lénine a ouvert le champ des relations internationales à l'analyse marxiste.


 

Lénine a tenté en 1908 d'expliquer le révisionnisme dans le mouvement ouvrier Européen, en suggérant que l'afflux de petits producteurs, dépossédés par le mécanisme de la concurrence capitaliste, dans les rangs du prolétariat, a emmené l'importation d'une idéologie étrangère qui a constitué la base du révisionnisme. Mais dans l'Impérialisme, emboîtant le pas à certains remarques d'Engels, il expliquait le révisionnisme comme étant l'expression d'une fraction de la classe ouvrière, et en particulier des directions syndicales, qui se laisse acheter par les « sur profits » engrangés par les monopoles. La position de Lénine doit être distinguée ici des arguments ultérieurs basés sur « l'échange inégal », qui sont allés bien plus loin en prétendant que le prolétariat des pays avancés faisait partie intégrante du camp des exploiteurs: il n'a pas seulement restreint les bénéficiaires de l'exploitation capitaliste à une mince couche sociale, mais a également lié ce phènomène aux monopoles. Les théories de l'échange inégal qui n'évoquent pas les monopoles sont infondées: elles manquent de pertinence si la métropole et la périphérie ne sont pas spécialisées dans certaines activités particulières, mais elles ne peuvent en tout cas pas expliquer une telle spécialisation sans passer par les monopoles. L'accent mis par Lénine sur les monopoles est une approche bien plus utile sur cette question, même si on considère que le cercle des bénéficiaires de l'impérialisme s'est étendu au-delà de la mince couche sociale initiale.



Dans l'Impérialisme, Lénine a critiqué la thèse de Karl Kautsky selon laquelle une exploitation conjointe du monde serait possible à travers des accords pacifiques signés entre le capital financier uni au niveau international, ce qu'il appelait « l'ultra-impérialisme ». Son argument était qu'une telle division négociée du monde entre les différents capitaux financiers, en admettant qu'elle ait lieu, ne ferait que refléter leurs forces relatives à ce moment précis; mais le développement inégal, inhérent au capitalisme, emmènerait nécessairement à une modification de ces forces relatives, ce qui donnerait lieu à des conflits qui éclateraient en guerres. « L'ultra-impérialisme » pourrait seulement être un interlude, une trêve, entre deux périodes de guerres. Certains ont avancé l'idée selon laquelle les événements de l'après-guerre confirmeraient plutôt la validité de la conception de Kautsky que celle de Lénine, du fait que les rivalités inter-impérialistes sont devenus moins intenses avec la Pax Americana.

 


Deux éléments doivent être notés ici:

  • premièrement, nous avons ces derniers temps non pas une unité des différents capitaux financiers basés à l'échelle nationale et soutenus par leurs États-nations respectifs, comme Kautsky l'avait prédit, mais un nouveau capital financier international, et donc un nouvel impérialisme, qui est le produit d'un nouveau processus de centralisation du capital et de suppression des restrictions sur les flux de capitaux trans-frontaliers, c-a-d le processus de la mondialisation de la finance. Ce que nous avons aujourd'hui, pour résumer, est un nouveau phénomène qui dépasse les circonstances rencontrées par Kautsky et Lénine

  • deuxièmement, l'émergence d'un capital financier international, tandis qu'il restreint la possibilité de guerres entre puissances impérialistes, n'a pas du tout empêché le déclenchement de guerres. La typologie des guerres en question change, mais les guerres sont toujours là, dans toute leur brutalité. Les circonstances actuelles sont différentes de celles de l'époque de Lénine, mais son œuvre reste un point de référence dans notre analyse de cette nouvelle situation.

 

Écrits post-révolutionnaires



Les volumineux écrits post-révolutionnaires de Lénine sont d'une grande importance et nécessiteraient un traitement séparé, plus exhaustif. Après la fin de la Guerre Civile, la période du « Communisme de guerre » a laissé la place à la « Nouvelle Politique Économique », qui a rendu possible l'émergence de tendances capitalistes qui devaient être maintenues sous étroite surveillance par l'État prolétarien, qui devait lui-même conserver le contrôle des principaux leviers de commande de l'économie. L'accent mis sur l'État centralisé comme un rempart contre la restauration capitaliste a été perçu par beaucoup de monde comme contenant les germes du déclin ultérieur du système. Lénine a été en conséquence vu comme étant intentionnellement à l'origine du système centralisé qui a été parachevé à l'époque de Staline. Mais c'est une interprétation erronée des œuvres de Lénine, qui n'a jamais abandonné sa vision libertaire du socialisme, même si l'appareil d'État centralisé devait être construit pour protéger une Union Soviétique assiégée après que la perspective d'une révolution Allemande se soit envolée et que Lénine ait commencé a regardé à l'est du côté de la Chine et de l'Inde.



Cette vision libertaire, exposée dans L'État et la Révolution écrit en Août 1917, qui envisage un processus de dépérissement de l'État prolétarien dès sa formation, a été réaffirmée en Octobre 1917 avec cette remarque: « nous pouvons immédiatement mettre en branle un appareil d'État consistant en des dizaines, si ce n'est des vingtaines de millions de personnes ». Même dans les moments critiques, après que les circonstances l'aient contraint à adopter un appareil d'État centralisé, ses interventions, comme celles contre la militarisation des syndicats, découlent de sa vision libertaire. Et même après que la démocratie des Soviets ait cessé d'exister, Lénine était préoccupé par le fait que le Parti ne devienne pas seulement une force bureaucratique centralisée, d'où son « dernier combat », visant à empêcher la bureaucratisation du Parti. Il a vu avec une grande précision et une certaine prescience que la poursuite sur la voie du « centralisme démocratique » (le principe organisationnel du parti Léniniste) dans une société qui émergeait de l'autocratie féodale pouvait aisément dégénérer en une forme de centralisme bureaucratique. L'image d'un Lénine glorifiant le centralisme contre les espérances libertaires du socialisme est donc fausse.


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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 22:19

lenine-bureauLire et étudier Lénine


 

O Militante, revue théorique du PC Portugais (PCP), numéro 305 Mars/Avril


 

Le 89ème anniversaire du PCP se déroule dans une situation très complexe et périlleuse tant sur le plan national qu'international, mais aussi pleine de potentialités transformatrices et révolutionnaires. Création de la classe ouvrière portugaise, le PCP est né sous l'influence de la Révolution d'Octobre et doit à Lénine et au léninisme les traits fondamentaux de son identité communiste. C'est une raison de plus pour lire et étudier Lénine, en ne pensant pas à une illusoire et impossible répétition mais comme source d'inspiration pour la réalisation des tâches qui se posent aujourd'hui aux communistes portugais pour renforcer le Parti et dans la lutte pour la rupture et le changement patriotique et de gauche que la situation du pays rend nécessaire.

 

 

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire »


 

Pour ceux qui sont engagés dans la compréhension de la société et dans sa transformation révolutionnaire, lire et étudier Lénine est toujours source de découverte et d'enchantement.


 

Lénine a une pensée si proche de la vie et un discours si clair et incisif, que ses textes – livres, pamphlets, lettres, télégrammes – écrits il y a plus d'un siècle paraissent toujours revenir d'actualité et retrouver une seconde jeunesse, nous fournissant des armes avec des analyses, des expériences et des enseignements de grande valeur pour la lutte qu'aujourd'hui nous menons contre le capital dans des conditions profondément différentes de celles de son temps. Et c'est pour cela qu'il est si important de trouver la place pour lire et étudier Lénine. Ou si c'est nécessaire, « l'inventer ». Les exigences du travail pratique militant sont particulièrement absorbantes, mais cela ne peut être une excuse pour se dispenser de la lecture et de l'étude du fondateur du premier parti révolutionnaire d'un nouveau type et du premier État des ouvriers et des paysans.


 

Naturellement, ce n'est pas seulement chez Lénine que l'on trouve de nouvelles sources d'énergie militante et de conviction dans la supériorité du projet communiste, des qualités que nous avons à soigner tout particulièrement en ces temps de contre-révolution et de lutte extrêmement aiguë sur le plan des idées. C'est la même chose avec l'œuvre de Marx, d'Engels, d'Alvaro Cunhal et d'autres révolutionnaires qui, en dominant avec maestria le matérialisme et la dialectique marxiste, ont été à l'avant-garde de leur époque, ont vu plus clair et plus loin, ont dévoilé et ouvert les chemins de l'avenir. Mais puisque c'est de Lénine que nous parlons, nous devons reconnaître sa clairvoyance toute particulière, l'actualité et même l'utilité immédiate d'une œuvre dans laquelle théorie et pratique, intervention conjoncturelle et perspective révolutionnaire, fermeté des principes et souplesse tactique, marchaient main dans la main.


 

Comme pour tous les géants de la pensée révolutionnaire, l'héritage théorique de Lénine est profondément lié à la vie, à la défense des plus exploités et opprimés, à l'activité transformatrice. Les grandes œuvres de Lénine, du célèbre « Que faire? » (ayant comme thème central la conception du parti révolutionnaire de la classe ouvrière) à « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme » (analysant la phase monopoliste du capitalisme et ainsi offrant à la lutte du prolétariat des perspectives de victoire plus nettes), en passant par « Un pas en avant, deux pas en arrière », « Les deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique », « Matérialisme et empirio-criticisme », « La maladie infantile du communisme, le gauchisme », ou « L'État et la révolution », qui sont écrites dans le feu de la lutte pour apporter des réponses aux problèmes nouveaux de la révolution et de la lutte idéologique. L'image célèbre de Lénine dans sa cabane/refuge au bord du lac Razliv rédigeant « L'État et la révolution » à la veille de la Révolution d'Octobre, est bien représentative de la manière d'être de Lénine dans la révolution et de la manière dont il concevait et vivait le lien indissoluble entre théorie et pratique.


 

Avec Lénine – comme avec Alvaro Cunhal, comme le montrent les deux volumes déjà publiés de ses Œuvres Choisies – on retrouve de fameuses maximes de notre philosophie matérialiste, comme « le marxisme n'est pas un dogme, mais un guide pour l'action », « la pratique est le critère de vérité », « sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire », qui trouvent vie dans toute son action révolutionnaire. C'est une des raisons qui rend son œuvre tellement attirante, et source d'inspiration, et d'autant plus que les grandes questions qu'ils abordent sont des questions qui, bien que sous une forme modifiée, sont d'une actualité flagrante sur le plan de la philosophie, de l'économie politique, de la théorie et de la pratique de la révolution socialiste.


 

140 années se sont écoulées depuis la naissance de Lénine et 86 depuis son décès prématuré en 1924, alors qu'il y avait encore tant à attendre de son intelligence, de son travail infatigable et de sa sagacité de dirigeant et d'homme d'Etat communiste. Beaucoup plus importante est désormais l'expérience accumulée par le mouvement ouvrier dans sa lutte contre le capital et pour l'édification d'une société nouvelle, société qui correspond justement à cette société dont Lénine et le parti bolchévique ont posé les premières bases. Mais en étant dans un moment historique analogue à celui dans lequel vivait Lénine, l'époque inaugurée par la Révolution d'Octobre du passage du capitalisme au socialisme, les grandes questions que les communistes rencontrent aujourd'hui, différentes dans la forme, sont fondamentalement les mêmes quant à leur contenu. Cela nous renvoie à la lecture et à l'étude de Lénine, non seulement enrichissante du point de vue historique, mais utile en termes d'activité pratique concrète. Des questions d'une actualité brûlante telles que: le parti communiste et ses caractéristiques fondamentales; le rôle et les alliances de la classe ouvrière; l'intransigeance dans le combat contre l'opportunisme de droite et de « gauche »; l'impérialisme et son essence; la question de l'État et de sa nature de classe; la théorie de la révolution; la dictature du prolétariat et la transition vers le socialisme; l'internationalisme; la question nationale; la lutte pour la paix et la coexistence pacifique, sont traitées en profondeur dans l'œuvre de Lénine. Correctement assimilées et en rejetant toute transplantation mécanique, elles sont sources d'inspiration pour les combats de notre temps.

 

 

Il ne s'agit pas évidemment de réciter Lénine et de prétendre trouver dans ses écrits, comme dans d'autres classiques du marxisme-léninisme, une réponse immédiate aux problèmes actuels, mais de comprendre et d'assimiler son œuvre. Le combat le plus résolu contre les détracteurs de Lénine et du marxisme-léninisme suppose également le rejet de son interprétation dogmatique, à propos de laquelle le camarade Alvaro Cunhal a écrit: « Un des aspects les plus courants de cet esprit dogmatique est la sacralisation des textes du communisme, la substitution de l'analyse des situations et des phénomènes par la transcription systématique et écrasante des textes classiques posées comme des réponses que seule l'analyse concrète de la situation concrète peut permettre » (1)


 

Les tâches que se fixe le PCP sont exigeantes et le rythme du travail pratique intense. Et il ne s'agit pas seulement de la nécessité impérieuse de répondre par la lutte à l'offensive violente du capital et des politiques de droite qui servent ses intérêts. Il s'agit de vérifier, tout autour de nous, l'existence d'immenses possibilités pour le renforcement du Parti qui doivent attirer l'attention et rendre nécessaire l'engagement militant des communistes. Pour élargir les rangs du Parti, pour le renforcer dans les entreprises et sur les lieux de travail, pour l'enraciner encore plus dans les masses, pour le doter d'une base financière encore plus solide, condition nécessaire à son intervention indépendante, pour attirer plus d'ouvriers, de femmes et de jeunes pour les idéaux et le projet émancipateur du communisme. Et, à cette fin, nous avons besoin de plus de cadres qui prennent des responsabilités et qui élèvent l'ensemble des militants du parti. Un communiste qui maitrise la théorie marxiste, avec une vision claire du processus historique, est capable d'agir mieux dans son activité militante, avec plus d'initiative et de créativité dans la réponse aux problèmes posés par la lutte, la construction du Parti et son lien avec les masses.

 

 

Il faut lire, étudier, visiter et revisiter l'œuvre de Lénine Pour tous ceux qui s'initient à la connaissance de son œuvre, ou à prendre contact avec les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, la collection d'articles de Lénine « Karl Marx et le développement historique du marxisme » publiée par les éditions « Avante! » (2) peut être un bon point de départ. Connaître et faire connaître ce merveilleux livre de vulgarisation marxiste est aussi une façon de rendre hommage au dirigeant immortel du mouvement communiste international à l'occasion du 140ème anniversaire de sa naissance.

 

Notes

(1) « Le Parti aux parois de verre », Ed. Avante, 1985, p 22

(2)«Karl Marx et le développment historique du marxisme», Ed. «Avante!».

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 00:26

cravos.jpgNationalisations et démocratie économique


 

Le PCP considère le processus de nationalisations de 1975 comme une réalisation ineffaçable d'Avril, de la classe ouvrière, des travailleurs et du peuple portugais et qui, trente-cinq après, répondu toujours à un impératif national: l'existence d'un Secteur public avec des entreprises nationalisées dynamiques, qui garantisse le contrôle des secteurs stratégiques de l'économie pour favoriser le développement du pays, empêcher le contrôle du pouvoir économique par le pouvoir économique et garantir la défense de l'indépendance et de la souveraineté du Portugal.


 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


 

1. Le processus de nationalisations de 1975, correspondant à une nécessité historique objective, a constitué une réalisation ineffaçable d'Avril, de la classe ouvrière, des travailleurs et du peuple portugais.

 

Les nationalisations ont constitué une nécessité objective dictée par la défense de la démocratie elle-même et une réponse au sabotage économique orchestrée par la contre-révolution. Un acte patriotique qui a pu compter sur l'engagement irremplaçable des travailleurs, en réponse aux manoeuvres des groupes économiques visant à liquider le régime démocratique. Un acte de construction d'un instrument capable de supporter les besoins d'un développement au service d'une juste distribution des richesses et d'élévation des conditions de vie du peuple et non, comme les défenseurs de la restauration monopoliste l'affirment, un acte volontariste ou un excès.

 

Les nationalisations qui, à la fin du premier semestre de l'année 1976, concernaient 245 entreprises (en particulier dans le secteur des banques et des assurances, de l'énergie, des transports, de la métallurgie et de la métallurgie lourde, de la chimie et du papier, des boissons et du tabac, entre autres), ont permis non seulement de liquider les monopoles – qui avec les latifúndios constituaient la base d'appui du fascisme – mais aussi de créer un solide levier de développement économique du pays.

 

35 ans après les nationalisations, l'expérience confirme que l'existence d'un secteur public dynamique, avec des entreprises nationalisées, qui garantisse le contrôle des secteurs stratégiques de l'économie continue à être un impératif national indispensable pour favoriser le développement du pays, empêcher le contrôle du pouvoir politique par le pouvoir économique et garantir la défense de l'indépendance et de la souveraineté du Portugal.


 

2. 36 ans après la Révolution d'Avril, un ensemble important de grands groupes économiques, en conséquence de la politique de redressement capitaliste et monopoliste, joue à nouveau un rôle dominant et déterminant dans le cadre des rapports de production capitaliste en vigueur dans la société portugaise. Structurés autour ou par les vieilles familles qui ont soutenu et appuyé la dictature fasciste et par d'autres qui ont émergé après le 25 avril, ces groupes ont tissé et tissent entre elles, ainsi qu'avec le capital étranger, un dense maillage de relations économiques et financières, sociales et politiques, constituant une puissante oligarchie financière qui, avec d'autres secteurs de la grande bourgeoisie portugaise et étrangère, cherche à garantir la pérennité de son pouvoir économique, politique et idéologique dans la société portugaise.

 

Ces groupes économiques, concentrés essentiellement dans la production de biens non-échangeables et dans certaines branches de l'activité industrielle, avec une pénétration croissante dans certains secteurs tels que la santé, l'éducation et la sécurité sociale, ont accumulé année après année des profits scandaleux. Ces groupes qui prennent, dans de nombreux secteurs d'activité, un caractère monopoliste construit et renforcé par la destruction et l'absorption de concurrents nationaux, par des ententes comprenant participations croisées, répartition des marchés et concertations sur les prix, ou par l'alliance avec de puissantes multinationales.

 

Ce que les hérauts des privatisations cachent délibérément, c'est que la nationalisation a touché des entreprises, en grande partie, décapitalisées, endettées et sans viabilité économique qui ont ensuite été cédées, consolidées financièrement et avec de bonnes conditions de rentabilité, par des privatisations à un prix modique. Un processus ruineux pour l'État et l'intérêt public qui s'est séparé d'entreprises rentables désormais avec des possibilités d'engranger des profits supérieurs à ceux enregistrés par la vente, sans aucun effet sur le déficit et la dette publique qui ont servi de prétexte.

 

La dégradation de la situation économique générale du Pays et la détérioration même de la position du Portugal dans le cadre des pays de l'Union Européenne sont la conséquence des politiques économiques et sociales menées durant cette période. Mais plus particulièrement du choix de l'intégration communautaire et des politiques de reconstitution des groupes économiques monopolistes et de destruction du secteur public, avec la réduction des capacités et des instruments d'intervention de l'Etat et la destruction des secteurs productifs, en favorisant la financiarisation de l'économie nationale et la main basse du capital multi-national sur les secteurs stratégiques.

 

Les privatisations sont au coeur du déclin et de l'étranglement de l'économie portugaise, des principaux déficits et des déséquilibres productifs, de la perte de ressources publiques et de souveraineté dans des secteurs et des services stratégiques.

 

La dimension et le pouvoir économique actuels des grands groupes économiques ne purent seulement se matérialiser et se développer à travers la permanente articulation, promiscuité et complicité avec le pouvoir politique et les partis – PS, PSD et CDS/PPP – qui l'ont exercé depuis 1976. Le pouvoir ostensiblement exercé par les grands groupes économiques prend des dimensions politique, sociale et idéologique illégitimes, qui pervertit totalement le principe constitutionnel de subordination du pouvoir économique au pouvoir politique et remet en cause la Constitution de la République ainsi que le régime démocratique lui-même.


 

3. L'ampleur et la profondeur des problèmes nationaux – crise, chômage, injustices, récession, corruption – exigent une rupture avec les politiques de droite et la mise en œuvre d'une politique patriotique et de gauche. Une rupture immédiate avec le processus de privatisations – que ce soient celles qui ont découlé de la vente directe ou du recours à des concessions et à des « partenariats public-privés » – facteur d'étranglement économique, d'aggravation des inégalités, d'intensification de l'exploitation des travailleurs et de ruine des petites entreprises. Un processus qui a aujourd'hui de nouveaux développements à venir avec le Programme de Stabilité et de Croissance – avec la privatisation des ANA (Aéroports Nationau), de TAP (Air Portugal), des CTT (la Poste), de REN (entreprise national du gaz), d'une partie des CP (Chemins de fer Portugais) et de la Caisse des dépôts, entre autres – dans un même et criminel choix de vendre des parcelles de l'économie et de la souveraineté nationales.

 

Le combat contre le chômage, la destruction de la production nationale, le gaspillage des ressources, la remise en cause du développement et de la souveraineté nationales exige, comme le PCP l'a répété, l'affirmation de la propriété sociale de l'État dans des secteurs stratégiques avec le retour dans le secteur public, par la nationalisation et/ou la négociation, des entreprises et secteurs privatisés.

 

35 années après les nationalisations d'Avril, un secteur public fort et dynamique, au service de la démocratie et du développement, constitue un élément indispensable pour répondre aux problèmes du pays, maintenir entre les mains de la nation des leviers économiques décisifs, promouvoir une politique de l'emploi et d'élévation des conditions de vie. Un Secteur Public avec une dimension et un poids déterminants dans des secteurs fondamentaux de l'économie nationale, avant tout

 

  • les banques et les assurances;

  • l'énergie;

  • les communications et les télécommunications;

  • l'eau;

  • le traitement des eaux usagées et des déchets;

  • les transports et les voies de communication;

  • l'industrie et d'autres secteurs stratégiques, en particulier dans le domaine de la communication, de la recherche et du développement technologiques.

 

La direction politique et démocratique du processus de développement, d'organisation et de fonctionnement de l'économie et de la vie sociale constitutionnellement attribué à l'État exige, pour pouvoir être accompli, la défense et le renforcement d'un secteur public, avec des entreprises d'Etat.

 

Les propositions que le PCP présente au pays correspondent à l'aspiration légitime à la justice sociale, au développement et à la souveraineté nationale de larges couches de la population frappées par une politique fixée en fonction des intérêts du grand capital.

 

35 ans après les nationalisations, la Commission Politique du Comité Central du PCP souligne et réaffirme que l'indispensable rupture et changement dans la vie nationale sera d'autant plus réalisable qu'il se sera exprimé par le développement de la lutte de masse et plus largement s'il s'affirmera dans un front d'opposition aux politiques de droite. Un changement qu'il est aux travailleurs et au peuple de construire en comptant, comme ils ont toujours pu y compter, sur l'intervention du PCP pour défendre leurs droits et pour un Portugal plus juste, prospère et souverain.

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