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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 01:03

lenine.gifLire et étudier Lénine


 

O Militante, revue théorique du PC Portugais (PCP), numéro 305 Mars/Avril


 

Le 89ème anniversaire du PCP se déroule dans une situation très complexe et périlleuse tant sur le plan national qu'international, mais aussi pleine de potentialités transformatrices et révolutionnaires. Création de la classe ouvrière portugaise, le PCP est né sous l'influence de la Révolution d'Octobre et doit à Lénine et au léninisme les traits fondamentaux de son identité communiste. C'est une raison de plus pour lire et étudier Lénine, en ne pensant pas à une illusoire et impossible répétition mais comme source d'inspiration pour la réalisation des tâches qui se posent aujourd'hui aux communistes portugais pour renforcer le Parti et dans la lutte pour la rupture et le changement patriotique et de gauche que la situation du pays rend nécessaire.


 

(Nous renvoyons par ailleurs ici à l'excellente synthèse réalisée par notre camarade italien Andrea Catone à partir d'une critique du livre "Lénine lecteur de Marx": Le rôle de la lutte théorique: la leçon de Lénine, par Andrea Catone (PRC)

 

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire »


 

Pour ceux qui sont engagés dans la compréhension de la société et dans sa transformation révolutionnaire, lire et étudier Lénine est toujours source de découverte et d'enchantement.


 

Lénine a une pensée si proche de la vie et un discours si clair et incisif, que ses textes – livres, pamphlets, lettres, télégrammes – écrits il y a plus d'un siècle paraissent toujours revenir d'actualité et retrouver une seconde jeunesse, nous fournissant des armes avec des analyses, des expériences et des enseignements de grande valeur pour la lutte qu'aujourd'hui nous menons contre le capital dans des conditions profondément différentes de celles de son temps. Et c'est pour cela qu'il est si important de trouver la place pour lire et étudier Lénine. Ou si c'est nécessaire, « l'inventer ». Les exigences du travail pratique militant sont particulièrement absorbantes, mais cela ne peut être une excuse pour se dispenser de la lecture et de l'étude du fondateur du premier parti révolutionnaire d'un nouveau type et du premier État des ouvriers et des paysans.


 

Naturellement, ce n'est pas seulement chez Lénine que l'on trouve de nouvelles sources d'énergie militante et de conviction dans la supériorité du projet communiste, des qualités que nous avons à soigner tout particulièrement en ces temps de contre-révolution et de lutte extrêmement aiguë sur le plan des idées. C'est la même chose avec l'œuvre de Marx, d'Engels, d'Alvaro Cunhal et d'autres révolutionnaires qui, en dominant avec maestria le matérialisme et la dialectique marxiste, ont été à l'avant-garde de leur époque, ont vu plus clair et plus loin, ont dévoilé et ouvert les chemins de l'avenir. Mais puisque c'est de Lénine que nous parlons, nous devons reconnaître sa clairvoyance toute particulière, l'actualité et même l'utilité immédiate d'une œuvre dans laquelle théorie et pratique, intervention conjoncturelle et perspective révolutionnaire, fermeté des principes et souplesse tactique, marchaient main dans la main.


 

Comme pour tous les géants de la pensée révolutionnaire, l'héritage théorique de Lénine est profondément lié à la vie, à la défense des plus exploités et opprimés, à l'activité transformatrice. Les grandes œuvres de Lénine, du célèbre « Que faire? » (ayant comme thème central la conception du parti révolutionnaire de la classe ouvrière) à « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme » (analysant la phase monopoliste du capitalisme et ainsi offrant à la lutte du prolétariat des perspectives de victoire plus nettes), en passant par « Un pas en avant, deux pas en arrière », « Les deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique », « Matérialisme et empirio-criticisme », « La maladie infantile du communisme, le gauchisme », ou « L'État et la révolution », qui sont écrites dans le feu de la lutte pour apporter des réponses aux problèmes nouveaux de la révolution et de la lutte idéologique. L'image célèbre de Lénine dans sa cabane/refuge au bord du lac Razliv rédigeant « L'État et la révolution » à la veille de la Révolution d'Octobre, est bien représentative de la manière d'être de Lénine dans la révolution et de la manière dont il concevait et vivait le lien indissoluble entre théorie et pratique.


 

Avec Lénine – comme avec Alvaro Cunhal, comme le montrent les deux volumes déjà publiés de ses Œuvres Choisies – on retrouve de fameuses maximes de notre philosophie matérialiste, comme « le marxisme n'est pas un dogme, mais un guide pour l'action », « la pratique est le critère de vérité », « sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire », qui trouvent vie dans toute son action révolutionnaire. C'est une des raisons qui rend son œuvre tellement attirante, et source d'inspiration, et d'autant plus que les grandes questions qu'ils abordent sont des questions qui, bien que sous une forme modifiée, sont d'une actualité flagrante sur le plan de la philosophie, de l'économie politique, de la théorie et de la pratique de la révolution socialiste.


 

140 années se sont écoulées depuis la naissance de Lénine et 86 depuis son décès prématuré en 1924, alors qu'il y avait encore tant à attendre de son intelligence, de son travail infatigable et de sa sagacité de dirigeant et d'homme d'Etat communiste. Beaucoup plus importante est désormais l'expérience accumulée par le mouvement ouvrier dans sa lutte contre le capital et pour l'édification d'une société nouvelle, société qui correspond justement à cette société dont Lénine et le parti bolchévique ont posé les premières bases. Mais en étant dans un moment historique analogue à celui dans lequel vivait Lénine, l'époque inaugurée par la Révolution d'Octobre du passage du capitalisme au socialisme, les grandes questions que les communistes rencontrent aujourd'hui, différentes dans la forme, sont fondamentalement les mêmes quant à leur contenu. Cela nous renvoie à la lecture et à l'étude de Lénine, non seulement enrichissante du point de vue historique, mais utile en termes d'activité pratique concrète. Des questions d'une actualité brûlante telles que: le parti communiste et ses caractéristiques fondamentales; le rôle et les alliances de la classe ouvrière; l'intransigeance dans le combat contre l'opportunisme de droite et de « gauche »; l'impérialisme et son essence; la question de l'État et de sa nature de classe; la théorie de la révolution; la dictature du prolétariat et la transition vers le socialisme; l'internationalisme; la question nationale; la lutte pour la paix et la coexistence pacifique, sont traitées en profondeur dans l'œuvre de Lénine. Correctement assimilées et en rejetant toute transplantation mécanique, elles sont sources d'inspiration pour les combats de notre temps.

 

 

Il ne s'agit pas évidemment de réciter Lénine et de prétendre trouver dans ses écrits, comme dans d'autres classiques du marxisme-léninisme, une réponse immédiate aux problèmes actuels, mais de comprendre et d'assimiler son œuvre. Le combat le plus résolu contre les détracteurs de Lénine et du marxisme-léninisme suppose également le rejet de son interprétation dogmatique, à propos de laquelle le camarade Alvaro Cunhal a écrit: « Un des aspects les plus courants de cet esprit dogmatique est la sacralisation des textes du communisme, la substitution de l'analyse des situations et des phénomènes par la transcription systématique et écrasante des textes classiques posées comme des réponses que seule l'analyse concrète de la situation concrète peut permettre » (1)


 

Les tâches que se fixe le PCP sont exigeantes et le rythme du travail pratique intense. Et il ne s'agit pas seulement de la nécessité impérieuse de répondre par la lutte à l'offensive violente du capital et des politiques de droite qui servent ses intérêts. Il s'agit de vérifier, tout autour de nous, l'existence d'immenses possibilités pour le renforcement du Parti qui doivent attirer l'attention et rendre nécessaire l'engagement militant des communistes. Pour élargir les rangs du Parti, pour le renforcer dans les entreprises et sur les lieux de travail, pour l'enraciner encore plus dans les masses, pour le doter d'une base financière encore plus solide, condition nécessaire à son intervention indépendante, pour attirer plus d'ouvriers, de femmes et de jeunes pour les idéaux et le projet émancipateur du communisme. Et, à cette fin, nous avons besoin de plus de cadres qui prennent des responsabilités et qui élèvent l'ensemble des militants du parti. Un communiste qui maitrise la théorie marxiste, avec une vision claire du processus historique, est capable d'agir mieux dans son activité militante, avec plus d'initiative et de créativité dans la réponse aux problèmes posés par la lutte, la construction du Parti et son lien avec les masses.

 

 

Il faut lire, étudier, visiter et revisiter l'œuvre de Lénine Pour tous ceux qui s'initient à la connaissance de son œuvre, ou à prendre contact avec les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, la collection d'articles de Lénine « Karl Marx et le développement historique du marxisme » publiée par les éditions « Avante! » (2) peut être un bon point de départ. Connaître et faire connaître ce merveilleux livre de vulgarisation marxiste est aussi une façon de rendre hommage au dirigeant immortel du mouvement communiste international à l'occasion du 140ème anniversaire de sa naissance.

 

Notes

(1) « Le Parti aux parois de verre », Ed. Avante, 1985, p 22

(2)«Karl Marx et le développment historique du marxisme», Ed. «Avante!».

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 00:44

SaramagoA la lumière des derniers événements... retour sur la Lucidité de José Saramago



Une fronde populaire lors d'une banale élection locale, une classe politique discréditée et un peuple lassé des alternances sans alternative. L'aveuglement des élites cédant le pas au déchaînement, la répression féroce comme crépuscule de la démocratie...

L'intrigue de la Lucidité au moment de sa traduction en 2006 ne pouvait pas ne pas être mise en perspective avec l'issue du référendum sur la Constitution Européenne de 2005, et l'expression d'un décalage entre l' « offre politique » institutionnelle et les aspirations populaires à une alternative à la soumission de la société au pouvoir de l'argent.

Après les « événements » en Grèce et la désertion des urnes en France (pas d'assimilation entre vote blanc et abstention pour Saramago - mais analogie sans doute), l'oeuvre du premier lusophone prix Nobel de Littérature, et communiste convaincu – membre du Parti communiste portugais depuis les années 60 et resté toujours fidèle – n'en est que d'une actualité encore plus brûlante.

Nous republions ici l'interview de José Saramago datant de l'Humanité du 19 octobre 2006, au moment de la publication de son roman La Lucidité en français sous le titre "Le dimanche noir du vote blanc".

AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le dimanche noir du vote blanc



La-luciditeQuand le vote blanc - dépasse quatre-vingts pour cent des suffrages, c’est signe qu’il y a quelque chose de pourri dans la République. Comment une démocratie peut-elle surmonter un tel désaveu ? À question complexe, réponse simpliste dans la fable politique qu’imagine José Saramago, dans la grande tradition du conte philosophique du XVIIIe siècle. Un récit à l’humour grinçant du prix Nobel de littérature 1998, qui a accordé un entretien aux lecteurs de l’Humanité.

Livre: La Lucidité, de José Saramago.

Traduit du portugais par Geneviève Leibrich. Éditions du Seuil

356 pages, 22 euros.



L'Humanité: Votre roman se présente comme une sorte de fable politique dont le sens au départ paraît clair, mais l’est beaucoup moins quand on y réfléchit. Pourquoi, devant cette avalanche de bulletins blancs, choisir une réponse aussi brutale ?



José Saramago. Je pourrais vous dire que si le gouvernement s’arrêtait un peu pour réfléchir sur ce qui s’est passé, il n’y aurait plus de roman. Si la situation de départ que j’ai imaginée - plus des quatre cinquièmes des citoyens votant blanc - est hautement improbable, que le gouvernement réponde par la répression à une situation imprévisible et incontrôlable l’est malheureusement beaucoup moins. Un gouvernement qui devant un tel résultat dirait « vous avez raison, la démocratie fonctionne mal, nous allons réfléchir » ce serait beau, mais encore plus invraisemblable que 80 % des électeurs sortant de chez eux à 4 heures de l’après-midi pour mettre un bulletin blanc dans l’urne. Dans le livre, sa réaction est excessive, mais elle permet de mieux comprendre ce qui se passe. Mon intention, c’est de dire « qu’est-ce que cette statue intouchable qu’on appelle la démocratie ? Comment fonctionne-t-elle ? Pour quel profit ? Comment les gens peuvent-ils accepter de jouer avec des règles truquées ? Que se passerait-ils s’ils en prenaient soudain conscience ? »



L'Humanité: Ce qui est étonnant c’est que les gens pourraient se révolter, ou refuser de voter. Là, ils disent : nous refusons de nous prononcer.



José Saramago. Le vote blanc n’est pas un refus de se prononcer, comme l’abstention, mais un constat du fait que le choix proposé n’est apparent, et qu’en fait, entre les options A, B, ou C, il n’y a aucune réelle différence. Entre conservateurs et socialistes, par exemple. Je sais, ce n’est pas la même chose. Mais pour un communiste comme moi, qui constate que le vrai pouvoir est économique, la différence, de ce point de vue, où se trouve-t-elle ? Nous avons subi une anesthésie sociale qui a fait passer des objectifs justes et nécessaires, comme le plein-emploi, au rang d’absurdités. La réaction des citoyens est donc, en fin de compte, absolument logique. Je reconnais que cette ville est un peu idyllique. Mais, une fois le point de départ imaginaire admis, tout s’enchaîne avec rigueur, selon une logique de cause à effet, comme un mouvement d’horlogerie.



C’est particulièrement visible dans la première partie du roman, où l’action est déclenchée par l’échange de répliques, sans temps morts, comme si tout procédait de la maîtrise du langage.



José Saramago. Mais un langage qui n’est plus adéquat à la situation, qui tourne à vide, qui appartient à une époque révolue.



Il en va de même pour les médias, qui tentent désespérément de le faire coller à une réalité qui leur échappe totalement.



José Saramago. Vous savez, je crois que c’est un portrait très fidèle de ce qui se passe. Nous en sommes vraiment là.



Vous le dites, dans vos livres, sur un ton où perce beaucoup d’ironie, alors que la situation est tragique. Vous avez dû vous amuser à reconstituer un conseil des ministres plus vrai que nature.



José Saramago. Je ne sais pas ce qui se dit réellement dans les conseils des ministres, ni sur quel mode, mais quand on capte un certain ton, une certaine attitude, je pense qu’on est dans le vrai. Pour tout dire, je pense que M. Chirac parle comme le président de cette République.



Et les arguments de ceux qui, dans le même camp, sont plus modérés, les ministres de la culture et de la justice, sont tout simplement ignorés.



José Saramago. Il n’y a pas besoin d’aller si haut. Si des journalistes, des écrivains, des philosophes disent que les ministres sont les commissaires politiques, ou que la mondialisation est un impérialisme, ce sont des phrases avec lesquelles on peut être en désaccord, mais qui méritent une réponse.



Vers le milieu du livre, on bascule vers le roman policier, ou d’espionnage, tout en renouant avec l’intrigue de l’Aveuglement.



José Saramago. Ce n’était pas mon intention de départ. la Lucidité n’est pas une suite à l’Aveuglement, qui se situe quatre ans avant l’action, et montre une épidémie d’aveuglement politique. J’y prends au pied de la lettre une cécité sur les causes des maux dont la société est victime. L’épidémie de « lucidité » est en un peu la contrepartie. Il n’y a pas de lien organique entre les deux récits, mais il y avait une connexion inévitable. Il fallait faire un sort à un personnage du premier, celui d’une femme, la seule à ne pas avoir été aveugle, qui avait en quelque sorte pris en charge le sort du monde, et qu’on retrouve au centre du roman aujourd’hui.



La conclusion de tout cela n’est pas très optimiste.



José Saramago. Elle est complexe. L’ordre triomphe, mais il a montré qu’il est fragile, puisque jusqu’au plus haut niveau, ses représentants sont vulnérables, peuvent être contaminés par cette lucidité. Je pense que rien n’est définitif. D’ailleurs je vous rappelle l’épigraphe du livre : « Hurlons, dit le chien. » Je pense qu’il est temps que nous commencions à hurler. C’est pessimiste mais pas désespéré. Et surtout pas définitif. Le problème reste posé. Que va-t-il se passer avec cette ville ?



On attend un autre livre pour le savoir…



José Saramago. Je ne sais pas. Celui-ci est déjà assez politique. Si j’écrivais une suite, cela deviendrait un manifeste.



Mais vous êtes un homme de la fiction, vous allez bien trouver des personnages qui vont prendre en charge un nouveau récit.



José Saramago. On ne sait jamais. Il y a beaucoup de personnages que j’aimerais bien voir continuer à vivre. Les éboueurs, qui refusent une grève manipulée par la police, les femmes. Si j’ai le temps…



En fait, vous reprenez la tradition du conte philosophique.



José Saramago. Bien sûr. J’aime la vivacité de Voltaire, mais aussi la férocité de Swift, et surtout - mais nous ne sommes plus dans la fiction - la profondeur ironique de Montaigne.



Comment ce livre a-t-il été reçu au Portugal ?



José Saramago. De manière exemplaire, par une incompréhension quasi-totale. À quelques exceptions près, la critique et le personnel politique l’a pris comme le pamphlet d’un communiste « qui montre son vrai visage en mettant en cause la démocratie ». Du côté des lecteurs, c’est beaucoup plus nuancé : la plupart ont compris que ce que je veux, c’est qu’on discute sur ce que nous devons appeler démocratie.



Propos recueillis par Alain Nicolas




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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 12:05

capitalisme-vert.jpgLe capitalisme et la nature



Numéro 304 d'O Militante (Revue théorique du Parti Communiste Portugais) de Janvier-Février



par Miguel Tiago, député du Parti Communiste Portugais



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

La Nature est le substrat du développement et le milieu dans lequel se développe la lutte de classes. C'est aussi autour du rapport aux ressources naturelles que se produit une lutte entre intérêts de classe antagonistes, dans la mesure où l'utilisation de ces ressources est la base fondamentale de la construction des sociétés humaines.


 

Les communistes doivent lutter pour la préservation et la gestion démocratique des ressources naturelles... en dépassant le capitalisme!


 

La phase actuelle du capitalisme, qui se rapproche manifestement de ses limites historiques, a aggravé l'impact de l'exploitation capitaliste, également dans le cadre du rapport entre sociétés et Nature. L'appropriation de la production s'est accompagnée d'une appropriation directe des ressources, de la marchandisation même des biens environnementaux, ce qui démontre bien le caractère prédateur du système capitaliste et la nécessité urgente de le dépasser, dans la mesure où la Nature comprend l'ensemble des ressources finies qui sont fondamentales à un développement harmonieux de toute l'Humanité. Leur épuisement, ou leur destruction, a des implications directes pour les travailleurs, si on tient compte de l'élitisation galopante (gentrification) de l'accès à la qualité de vie et à la qualité environnementale. La lutte des travailleurs et des communistes est donc aussi une lutte pour la défense de la préservation et de la gestion des ressources naturelles, en redonnant à cette gestion le sens de l'intérêt commun et en la dissociant de l'accumulation de profits.


 

Et refuser la campagne médiatique obscurantiste autour du « dogme écologique »


 

Le Parti ne doit pas passer à côté de la campagne actuelle, médiatique et politique, autour des préoccupations environnementales, mais elle doit l'aborder d'un point de vue critique et transformateur. Un des axes principaux de ce que la Résolution Politique du XVIIIème Congrès du PCP décrit comme le « dogme écologique » est la campagne politique autour du « changement climatique ». Cela signifie-t-il que notre analyse poserait les préoccupations environnementales comme une question secondaire? C'est tout le contraire, la démystification de ce « dogme » est la seule manière d'intervenir réellement sur les problèmes que pose de plus en plus le rapport capitalisme/Nature. Ces problèmes, qui se traduisent par la dilapidation des ressources et dans l'appauvrissement des travailleurs qui en dépendent directement ou indirectement, sont le résultat de caractéristiques intrinsèques au fonctionnement du système capitaliste. Tout cela découle de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit et de ses contradictions internes, la nécessité pour le capital (1) de continuer perpétuellement ses efforts d'expansion – ce qui est bien résumé par Engels lorsqu'il affirme « Il [Le Capital] il lui faut s'accroître et se développer, sinon il est condamné à périr » (2) – ce qui lui permet ainsi d'assurer la continuité de sa force motrice: le taux de profit. Cela a des implications très concrètes dans la gestion des ressources naturelles et dans leur appropriation, étant donné qu'elle sont, dans une large mesure, la source de toutes les matières premières ou des éléments fondamentaux à la vie de tous les êtres humains. Dans ce modèle de croissance et d'accumulation, les biens environnementaux sont marchandisés dans les intérêts de la classe dominante.


 

Pointer la responsabilité de la marchandisation de l'environnement et de la course au profit


 

C'est dans ce cadre que l'intégration des questions environnementales dans la lutte de masses et dans la lutte des travailleurs devient décisive. Dans le scénario actuel de crise mondiale de l'économie capitaliste, le système même se trouve à un moment critique, avec des décisions à prendre quant aux paradigmes productifs, économiques et financiers qui soutiennent le capitalisme dans sa phase actuelle de développement. Après l'échec patent du Protocole du Kyoto, dont on peut difficilement voir une seule conséquence positive, on s'attendrait à une réévaluation des instruments d'intervention de la part des organismes internationaux, notamment la Convention Cadre pour les Changements climatiques (UNFCCC), organisme des Nations Unies. Au lieu de cela, la Conférence des Parties de cette Convention à Copenhague se positionne comme le successeur légitime de Kyoto et de Bali, en conservant justement les mêmes instruments, et en concentrant l'intervention des sociétés humaines uniquement dans le domaine financier, sans se saisir et, plus grave encore, en dissimulant la nécessité urgente de procéder à de profondes transformations de nature anti-capitaliste.

 

 

Pas de ravalement de façade possible, seule la rupture avec le système capitaliste peut sauver notre planète


 

Il est vrai que, après l'éclatement de la crise économique et structurelle du capitalisme, nombreux sont ceux qui parlent de « nouveau paradigme » et d'une « régulation et d'une intervention plus importante de l'État » dans le Système, accompagnés par ceux qui mettent avant le soi-disant « nouveau paradigme énergétique ». Toutefois, il est révélateur qu'ils aient été les premiers à mettre comme dogme le fonctionnement de l'économie capitaliste comme point de départ de tout « nouveau paradigme ». Dans le sillage de ces articles autour de la « durabilité », du « développement durable » (voir le rapport Brudtland (3)), apparaissent les nouvelles diversions idéologiques du système capitaliste orientées fondamentalement toujours vers le même objectif central: permettre la perpétuation et l'approfondissement de l'appropriation de plus-value par l'exploitation du Travail. Le capital en tendant ses « pièges » dans son offensive idéologique se trouve, toutefois, dans un équilibre de plus en plus instable, si on tient compte des asymétries flagrantes dans la distribution des bénéfices technologiques, des ressources naturelles et de la richesse produite.

 

A ce stade de l'Histoire, des êtres humains et de la planète, il devient évident qu'une harmonisation entre les activités humaines et la dynamique de la Nature est nécessaire. Toutefois, de nombreux doutes subsistent encore, notamment scientifiques, sur les formes et l'étendue de l'influence de chacune des activités humaines sur la Nature et, en particulier, sur le climat, sur quoi s'appuie une grande partie de l'arsenal idéologique du capitalisme. Dans la phase actuelle de son développement, au seuil de ce « nouveau paradigme économique et énergétique », il est essentiel de démontrer ses contradictions internes.


 

Les fonctions du « dogme écologiste »: alibi pour la marchandisation de la Nature et diversion idéologique


 

Dans la lignée du Protocole de Kyoto, de la création des marchés de licences d'émission de gaz à effets de serre (GES), des négociations internationales, de nouvelles offensives mondiales émergent, qui visent essentiellement à s'approprier la Nature et l'environnement comme une marchandise et un filon ouvrant des perspectives absolument incommensurables au monde des affaires, d'une part, et servir d'argument pseudo-scientifique de chantage et de diversion idéologique, d'autre part. Le système capitaliste voit désormais dans les scénarios de changements climatiques (après que le « réchauffement global » se soit révélé être un terme équivoque) un élément de diversion par rapport aux vrais problèmes qui se posent sur le plan politique et socio-économique. La solution à ces problèmes posées par le rapport entre l'être humain et la Nature ne se trouve pas dans un ravalement de façade du système, mais plutôt dans une rupture radicale avec le fonctionnement même du système, en le dépassant historiquement.


 

Des doutes scientifiques subsistent sur la dynamique du changement climatique


 

Les médias ont joué un rôle fondamental dans la diffusion d'un dogme écologiste qui, tout en ne fonctionnant pas comme un argument en soi, est révélateur des pressions qui existent pour la création d'une culture pseudo scientifique autour d'un alarmisme et d'une hystérie qui est contredite par les doutes soulevés par d'autres études scientifiques sciemment occultées par les médias dominants. Il est important d'avoir conscience que la Recherche Scientifique est aussi un processus social, soumis à l'instrumentalisation de la classe dominante. On ne peut pas balayer d'un revers de main le fait qu'il existe diverses études qui ne reconnaissent pas l'existence d'une relation de cause à effet entre le concentration atmosphérique en CO2 et la hausse de la température à la surface de la terre, de la même manière que nous devons avoir à l'esprit l'évidence même qu'il a existé de nombreuses variations climatiques tout au long de l'histoire de la planète, déterminées par des facteurs très différents. Pour ce qui est de l'Arctique, par exemple, l'alarmisme actuel doit être remis en cause quand on regarde une série de données concernant la superficie minimale couverte par la mer gelée et nous constatons qu'il n'existe pas de tendance aussi alarmante puisque le minimum de 2007 (près de 4 200 000 km2) est bien inférieur à celui de 2009 (5 249 844 km2) (4). En réalité, de nombreuses autres données valident l'hypothèse de changements climatiques mondiaux significatifs tout au long de l'histoire de notre planète, de plus de 4 milliards d'années, sans aucun lien direct avec les concentrations de CO2.

 

La climatologie et la paléo-climatologie ne sont pas justement des sciences simplistes comme on tente de le faire croire et n'ont rien à voir avec des modèles de type « règle de trois » aussi élémentaires que celles qui ont donné naissance à la thèse aujourd'hui dépassée du réchauffement global en « crosse de hockey » (la première hypothèse de hausse de température comme étant directement proportionnelle aux concentrations atmosphériques de CO2). Il est aussi urgent de dénoncer le fait que, au contraire de ce qui est souvent affirmé publiquement, le IPCC (le Panel Intergouvernemental sur le Changement Climatique) – bien que constitué par un vaste réseau de chercheurs – n'est pas un organisme scientifique, mais bien politique; par conséquent leurs conclusions ne sont pas scientifiques dans la véritable acceptation du terme, c'est-à-dire, que les rapports finaux de l'IPCC ne sont pas l'objet d'une évaluation indépendante, et soumis à la confrontation de cette thèse à des tests expérimentaux, comme on l'exige de tout travail scientifique pour être validé.

 

La marchandisation des biens environnementaux, la diversion idéologique, le blanchissement des responsabilités de classe sont tous des effets directs de l'hystérie de masse qu'on cherche à exciter avec la généralisation de ce « dogme ».


 

Transferts de richesse entre groupes sociaux et hausse des profits sous prétexte écologique


 

C'est, par exemple, paradoxal que, alors que les coûts de la production énergétiques sont toujours plus faibles, les coûts finaux ne cessent d'augmenter. Cette relation entre coûts de production et prix révèle bien l'augmentation incommensurable du profit que les compagnies spécialisées dans la production énergétique réalisent par ce chantage écologique, composante importante de l'augmentation des prix, alliée objectivement à la pression spéculative qui contrôle tout le marché des combustibles fossiles avec des répercussions sur les coûts de production et de distribution de l'énergie finale. Le changement de « paradigme économique et énergétique » dont la classe dominante parle tant se résume, fondamentalement, à un ensemble de changements dans la production, tout en maintenant parfaitement intact le cadre dans lequel elle s'insère, non pas la production mais l'organisation et la possession des moyens de production, c'est-à-dire, le mode de production. Ce qui est aujourd'hui en cause c'est moins de savoir si l'énergie peut ou non être obtenue à partir de sources renouvelables et propres, mais jusqu'à quel point le capital va s'approprier la production énergétique provenant de ces sources. Le degré d'appropriation capitaliste déterminera le degré d'utilisation de ces sources et de ces technologies et c'est de cet obstacle que les travailleurs du monde entier devront triompher, sous peine de voir se perpétuer, pas seulement l'injustice inhérente à l'exploitation capitaliste, mais aussi la dilapidation de la Nature et de ses ressources dans la mesure où elles constituent, non pas des ressources économiques communes, mais juste des marchandises destinées à être valorisées et à générer du profit.

 

Les mécanismes du Protocole de Kyoto et, visiblement, ceux qui seront institués après Copenhague sont loin de constituer une solution pour la diminution des émissions des GES, mais seront, sans aucun doute, un des plus importants marchés de notre temps, dans la mesure où la bourse de carbone pourra représenter, à court terme, un marché de plus de 700 milliards de dollars. Nous ne pouvons pas ignorer le fait que la constitution d'une bourse des licences d'émission signifie un transfert de richesses entre différents secteurs sociaux et productifs, comme le manifeste l'augmentation des coûts de la consommation d'énergie, à travers le transferts de coûts autour de mécanismes non-productifs (comme l'échange en bourse de licences d'émissions), pour le consommateur.

 

 

Réinsérer la question écologique dans le cadre de la lutte de classes

 

 

Avec cette politique, ce ne sont pas seulement les véritables responsabilités de classe que l'on passe sous silence, ce sont aussi les premiers pas vers la privatisation des ressources atmosphériques, comme l'air que nous respirons. Il est absolument inacceptable que la réponse à une hypothétique influence anthropique sur le climat soit la privatisation de l'atmosphère. Avec cette stratégie, le capital passe sous silence également les conséquences les plus graves de la pollution atmosphérique, qui sont bien plus vastes que ce que l'on croit exister autour du climat, justement parce qu'ils touchent à la santé, aux équilibres écologiques, à la qualité de l'eau et de l'air. Est-ce que la classe dominante ignore, ou feint d'ignorer, que l'utilisation des sols, les imperméabilisations, les déforestations, la désertification, sont des facteurs significatifs des transferts de chaleur entre atmosphère, biosphère et Soleil, contribuant ainsi à l'intensification des phénomènes climatiques extrêmes.

 

Aborder la question du « changement climatique » doit être, de notre part, une tâche d'une importance capitale, ce que révèle les « pièges idéologiques » qui sont tendues par la thèse catastrophiste et ses origines anthropiques.

 

Le carrefour dans lequel se trouve l'Humanité résulte des limites historiques du capitalisme et qui seront seulement résolues par le pouvoir créatif des hommes et des femmes, dépassant la forme d'organisation sociale, économique et politique du capitalisme et en utilisant tous les ressources déjà disponibles pour développer la lutte pour remplacer le capitalisme par le socialisme, comme étape vers le communisme. Les travailleurs ne pourront pas apporter une autre réponse aux grands problèmes dans lesquels ils se trouvent. Il est essentiel, donc de placer la discussion de la relation de l'Humanité avec la Nature dans le cadre dans lequel elle s'inscrit: dans le cadre de la lutte de classes et de la lutte pour le pouvoir politique et la possessions des biens et des ressources naturelles, avec la pleine conscience que seul le socialisme pourra créer les conditions pour la construction d'une relation harmonieuse entre l'Humanité et la Nature.

 

 

Notes

 

(1)Marx, Karl – Le Capital, Vol III, Livre III, Chapitre XV.

 

(2)Engels, Friedrich - Préface à la Seconde Édition Allemande (1892) de « La situation de la Classe Laborieuse en Angleterre » (1845).

 

(3)Rapport de l'ONU, sous le titre « Notre avenir à tous », où on définit pour la première fois le concept de « développement durable »

 

(4)En accord avec les données de l'IARC (International Arctic Research Center) - JAXA (Japanese Aeorospace Exploration Agency), avec l'analyse des données de l'IJIS (système informatique de l'IARC-JAXA), disponibles ici: http://www.ijis.iarc.uaf.edu/en/data/index.htm

et http://www.ijis.iarc.uaf.edu/en/home/seaice_extent.htm

 

Site d'O Militante: http://www.omilitante.pcp.pt/

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 01:39

enjoy-capitalism.jpgSondage 20 ans après la chute du Mur de Berlin


Le mécontentement des peuples vis-à-vis du système capitaliste à son plus haut



Analyse de Hugo Janeiro, pour le numéro du 23 décembre d'Avante (hebdomadaire du PC Portugais)



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le mécontentement vis-à-vis du système capitaliste est généralisé. Les mouvements de masses, les actions de protestation et soulèvements populaires, la lutte des travailleurs contre l'intensification de l'exploitation, et le renforcement du soutien populaire apporté à ceux qui proposent des projets démocratiques et de souveraineté nationale, aux progressistes et même aux révolutionnaires nous fournissent déjà quelques indications à ce sujet. Désormais, c'est une enquête publiée par la BBC qui confirme que seule une infime minorité défend le système tel qu'il est présenté – triomphant et plein d'avenir – par la propagande des classes dominantes



Un sondage réalisé pour la chaîne de télévision BBC par GlobeScan, associé au Programme International des Attitudes politiques de l'Université de Maryland, a montré que, en moyenne, seulement 11% des 29 000 personnes interrogées estiment que le capitalisme fonctionne bien et que les efforts visant à sa régulation ne feront que rendre le système plus inefficace.



D'après les interviews menées en face-à-face ou par enquêtes téléphoniques, entre le 19 juillet et le 13 octobre 2009, il ressort, en outre, que ceux qui partagent cette opinion ne dépassent la barre des 20% que dans deux pays – 25% aux Etats-Unis et 21% au Pakistan. Dans la plupart des pays, 15 sur 27, le total de ceux qui apprécient le fonctionnement actuel du système capitaliste et rejette toute tentative régulatrice est inférieur ou égal à 11%.

 

Toujours sur la vision du capitalisme de « libre marché » (concept proposé dans le questionnaire de GlobeScan), l'opinion la plus répandue est que le système connaît des problèmes qui peuvent être résolus par la voie de la régulation et des réformes. En moyenne, 51% des personnes interrogées dans les 27 pays, s'inscrivent dans cette perspective.



Dans la même idée, l'analyse des résultats montre que, dans 15 des 27 pays inclus dans l'étude, la résolution des problèmes du système capitaliste par la voie de la régulation et des réformes recueille des pourcentages au-dessus de la moyenne, le plus enthousiastes apparaissant être les Allemands, avec 75%.



Il faut un autre système



Les allemands sont, dans cette enquête, avec les Japonais, ceux qui croient également le moins au fait que le capitalisme soit condamné et qu'autre système soit nécessaire, avec 8 et 9%, respectivement. Ce qui ne veut pas dire que les allemands et les japonais soient pour autant satisfaits de la situation actuelle, puisque l'hypothèse d'un système réformé et régulé atteint des pourcentages importants de 75 et 66%.



Mais au-delà des personnes interrogées dans ces deux pays, dans la majorité des 25 autres, la proportion de ceux qui ne voient aucun avenir dans le système actuel est surprenante – 23% en moyenne – surtout si on tient compte de la campagne massive de propagande visant à faire la promotion du système capitaliste auprès des nouvelles générations.



Dans 11 pays, le pourcentage de ceux qui croient que le capitalisme a échoué et qu'il faut un autre système est supérieur à la moyenne. Dans deux autres pays, l'Inde et la Russie, ce pourcentage est égal à la moyenne. En République Tchèque, en Pologne et en Turquie, le pourcentage est inférieur de seulement 1% par rapport à la moyenne.

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Regardons de plus près les résultats obtenus en France, 43%; au Mexique, 38%; au Brésil, 35%; et en Ukraine, 31%. Dans d'autres pays comme le Kenya, le Nigeria, l'Espagne, l'Italie, le Panama et le Costa Rica, ceux qui parlent de l'échec de ce système et veulent un autre système se situent entre 25 et 31%. En Égypte, près d'un quart de la population (24%) répond de la même manière.



La majorité souhaite un État interventionniste



Si l'étude publiée par la BBC révèle des chiffres surprenants quant à la proportion de personnes croyant à l'épuisement du capitalisme en tant que système, et étant partisans d'un autre système, alternatif, il n'en est pas moins vrai que, en moyenne, 51% croient qu'il est possible de le réguler et de le réformer. Il faut donc analyser certaines données qui nous offrent quelques pistes pour comprendre ce que la majorité des enquêtés entend par là.



GlobeScan traite la question en se concentrant sur le rôle des Etats dans ce processus de réformes et de régulation, en demandant si les gouvernements doivent jouer un rôle plus actif dans la propriété ou le contrôle des principaux secteurs productifs, dans la distribution plus équitable des richesses (soulignés par nous), ou dans la régulation des marchés.



La majorité des personnes interrogées souhaite que leurs gouvernements respectifs jouent un rôle plus actif en contrôlant directement et en prenant possession des principaux secteurs productifs, scénario constaté dans 15 des 27 pays. Cette optique est particulièrement défendue dans les anciennes républiques soviétiques inclues dans l'enquête, la Russie (77%) et l'Ukraine (75%), mais aussi au Chili (72%), en Indonésie (65%), au Brésil (64%), au Panama (63%), au Costa Rica et au Mexique (61% dans les deux cas), en France (57%) et en Égypte (55%). En République Tchèque et en Italie, les pourcentages sont de 54 et 53%, respectivement.



Il faut aller aux Etats-Unis (52%), aux Philippines (54%) et en Turquie (72%), pour trouver une majorité de personnes interrogées qui ne confierait pas à l'État le contrôle direct et la possession des secteurs-clés de l'économie, et le Japon est le seul pays où une majorité relative toutefois (39%) défend le statu quo quant au rôle que joue l'État actuellement.



En ce qui concerne une répartition plus équitable des richesses de la part de l'État, les réponses son claires. En moyenne, 67% des personnes interrogées défendent cette initiative. Dans 22 des 27 pays, cette opinion est majoritaire, avec des chiffres écrasants – plus de 3 personnes sur 4 – au Mexique (92%), au Chili (91%), au Brésil et en Italie (89%), en France (87%), en Espagne (83%), au Costa Rica (82%), au Panama et en Ukraine (80%), au Kenya (79%), en Allemagne (77%) et en Russie (76%).



Dans les dix autres pays dans lesquels les personnes interrogées estiment que l'État doit jouer un rôle central dans la distribution de la richesse produite, trois ont des pourcentages supérieurs à 70% et quatre supérieurs à 60%. Les Japonais sont les plus sceptiques parmi les majoritaires, 51%, et les turcs ne confieraient pas à l'État un rôle de redistribution des richesses, avec 75% qui défendent l'idée que l'État devrait jouer un rôle moins actif dans ce domaine.



Finalement, quant à la soi-disant « régulation des marchés » (autre concept proposé par GlobeScan) en système capitaliste, la proportion de ceux qui affirment que le gouvernement doit jouer un rôle plus actif est également majoritaire – dans 17 des 27 pays. Avec des pourcentages dépassant les deux-tiers au Brésil (87%), au Chili (84%), en France (76%), en Espagne (73%), en Chine, au Costa Rica et au Panama (71%), en Italie (70%), en Russie (68%) et en Indonésie (67%). Les autres, le Kenya, le Mexique, le Nigeria et l'Égypte affichent des pourcentages dépassant la barre des 60%; l'Ukraine, la Grande-Bretagne et l'Australie oscillent entre 54 et 59%.



L'échec de 20 ans d'une campagne de propagande



Étant donnée la campagne, massive et permanente, apologétique des vertus du libre marché qui a touché toutes les générations, on aurait pu penser que la majorité des personnes interrogées rejetterait l'idée que l'État – qualifié par les propagandistes du système comme « un obstacle au développement des forces économiques » – intervienne plus dans l'économie dans un rôle de régulateur.



Les expressions râbachées par le Capital définissant de la même manière l'État comme « centralisateur », « inefficace », « dépensier », laissaient supposer également que la majorité des personnes interrogées ne défendrait pas le contrôle public des secteurs-clés de l'économie et un rôle actif dans la distribution plus équitable des richesses. Mais c'est bien cela que nous indiquent les données collectées par l'étude de GlobeScan.



Si de ces données nous ne pouvons pas en déduire que la majorité de la population dans les 27 pays comprend que l'État bourgeois est un instrument entre les mains des classes dominantes et que, pour cette raison, sa nature n'est pas réformable et que la contradiction entre le caractère social de la production et l'appropriation privée des moyens de production persistera, il n'en demeure pas moins vrai que la majorité semble s'opposer au soi-disant consensus autour du libéralisme et du « libre marché » qui envahissent tous les aspects de la vie humaine, et qui découchent sur la marchandisation et la privatisation intégrale.



Dans les pays où la construction du premier État prolétarien au monde a laissé encore des traces historiques, les pourcentages disent bien que la main basse capitaliste sur les secteurs productifs, hier contrôlés par l'État, ne convainc pas.



Par ailleurs, il est évident que l'expression « système économique alternatif » nous en dit peu sur la nature de classe de ce système, mais qui aurait pensé que deux décennies après la chute du Mur de Berlin – des milliers de livres ayant été publiés, la conscience collective pilonnée à coup de propagande de masse dans tous les médias; les mêmes mensonges et falsifications mille fois répétées sur le Socialisme, tandis que, dans le même but, on cachait la longue liste des victimes et des miséreux que ce système prédateur et injuste génèrait – 23% des personnes interrogées le pointeraient du doigt, en affirmant que l'échec patent du système n'est pas une illusion, qu'elle est bien réelle et qu'elle rend impérieuse son dépassement.



Le capitalisme ne tombera pas comme un fruit mûr et ses serviteurs feront tout pour maintenir leur pouvoir d'exploitation. Ce sondage ne nous dit pas que les masses attendent un mot d'ordre pour agir et briser la domination de classe. Mais au moins ils nous confirme, de la bouche même de ceux qui habituellement nous intoxiquent avec des mensonges et des demi-vérités, qu'un nombre croissant de personnes en déduisent que le temps presse pour tourner la page de ce système, dont la faillite est de plus en plus évidente, en appelant à la lutte et au renforcement des forces révolutionnaires et progressistes qui proposent le changement de système.



Chute de l'URSS: Un travail de clarification est urgent et nécessaire



L'enquête publiée par la chaîne publique britannique pose également la question de la destruction de l'URSS, et demande si cela a été « fondamentalement une bonne chose » ou « non ». Cette vision est majoritaire dans 15 pays, mais, en calculant la moyenne pondérée des 27, nous en concluons toutefois que 22% des personnes interrogées considèrent que cela a été un événement négatif, alors que 24%, toujours en moyenne, ne sait pas quoi répondre ou affirme ne pas avoir de certitudes sur le sujet.



Des données d'une importance cruciale sont celles qui ressortent des réponses à cette question dans les pays de l'ancien Pacte de Varsovie, la majorité des russes, 61%, et des ukrainiens, 54%, défendent l'idée que la destruction de l'URSS a été un événement négatif. En revanche, 80% des polonais et 63% des tchèques estiment que la destruction de l'URSS a été un événement positif, partageant ainsi la vision dominante dans tous les pays d'Amérique du Nord et d'Europe de l'Est inclus dans l'enquête.



D'autre part, en dehors de la sphère Occidentale, 69% des Égyptiens estiment que la défaite de l'URSS a été un événement négatif, tandis qu'en Turquie, au Kenya, en Inde, au Pakistan et en Indonésie, l'opinion est divisée. Dans ces quatre derniers pays, les pourcentages de réponses: « je ne sais pas » et « je n'ai pas de certitudes atteignent des chiffres de 46, 36, 42 et 41% respectivement, dépassant les pourcentages de ceux qui considèrent que la défaite de l'URSS a été « une bonne chose ». Toujours dans ce quartet, le pourcentage de ceux qui jugent de manière négative la disparition du Socialisme en Union Soviétique est également supérieur au pourcentage de ceux qui la jugent de manière positive.



Aux Philippines, l'incertitude approche les 39%, au Panama les 36%, et au Mexique les 42%, des indicateurs qui, si on prend en compte également les chiffres mentionnés précédemment, laissent croire que parmi les peuples spoliés par les grands centres capitalistes, le sentiment dominant est bien que la défaite de l'URSS a signifié la perte d'un processus fondamentalement positif dans les intérêts de ces pays ou, surtout, que le doute subsiste quant au prétendu triomphe du capitalisme, qui les aurait sans doute rendu plus vulnérables à l'exploitation impérialiste.



Dans ce domaine également, les données de GlobeScan montrent l'étendue des tâches qui s'imposent aux communistes et les potentialités ouvertes à la lutte idéologique, pour un travail de clarification sur le processus révolutionnaire soviétique et la construction du Socialisme comme alternative.



Site d'Avante: http://www.avante.pt/

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 01:01

spgdL'importance du secteur public



par Prabhat Patnaik, économiste du Parti Communiste d'Inde (Marxiste)


 

Article du 12 décembre de People's Democracy, hebdomadaire du PC d'Inde (Marxiste)



 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'argumentaire en faveur d'un secteur public, c'est-à-dire pour la prise en charge par l'Etat de certains secteurs d'activités économiques, découle de la nécessité de construire une société plus humaine. Trois hypothèses sont contenues implicitement dans cet argumentaire: premièrement, que ce qui est produit pour le marché dans une économie dominée par le privé diverge de ce qui est socialement souhaitable; deuxièmement, que l'Etat est potentiellement un meilleur garant de l' « intérêt social » qu'aucune autre entité, et que ses défaillances actuelles peuvent être rectifiées par une intervention populaire dans le processus de décision politique, dont l'étendue peut aller de la révolution sociale au vote-sanction contre le gouvernement actuel; et troisièmement, que l'intervention de l'Etat pour garantir la défense de « l'intérêt social » ne doit pas être confinée à une influence indirecte par des politiques fiscales, monétaires et par d'autres politiques de ce type, mais doit comprendre, dans de nombreux cas, la prise en charge directe de certaines activités économiques.



Il y a au moins cinq cas différents où cette prise en charge directe des activités économiques de la part de l'Etat devient nécessaire.



  • Le premier cas, c'est pour ce qui est de fournir une série de biens et de services nécessaires comme la nourriture, l'éducation et les soins de santé. La répartition de l'accès à ce type de biens et de services dans une économie capitaliste de libre marché en prive une partie importante de la population. D'un autre côté, l'intervention de l'Etat uniquement par le biais des impôts et des aides sociales cad, en donnant des aides afin que les démunis puissent y avoir accès, et que ces aides soient financés par l'impôt, a l'effet potentiellement injuste de permettre aux producteurs privés d'augmenter leurs prix et de le faire au détriment du budget de l'Etat. Ainsi le contrôle sur les prix pratiqués par les producteurs privés devient nécessaire; mais comparé à l'exercice d'un tel contrôle, fournir ce type de biens directement par l'Etat est une alternative bien plus efficace.



  • Le second cas ne concerne pas les gens qui sont absolument dépourvus des biens et services « essentiels » (ou ce qui devrait être considéré comme essentiel dans une société humaine), mais plutôt le fait qu'ils aient à payer des prix exorbitants pour avoir accès à certains biens et à certains services; cad, cela a trait à des questions de distribution liées à une pratique de prix de monopole. Ici encore, le contrôle des prix, plus qu'une intervention par des taxes et des aides, est nécessaire, et un moyen efficace d'exercer un tel contrôle est de briser le pouvoir des monopoles en le contre-balançant par la présence de l'Etat comme producteur et comme distributeur.



Cet argument a un corollaire très important et toujours d'actualité. Dans le système néo-libéral actuel, de nombreux gouvernements luttent entre eux pour savoir qui sera celui qui cèdera le plus d'avantages aux capitalistes, afin de les inciter à installer leurs usines dans leurs Etats respectifs. Cela renforce bien évidemment le pouvoir des monopoles et ne fait que creuser les inégalités de revenu, mais les Etats et les gouvernements plaident l'impuissance puisque la seule alternative serait de renoncer à toute investissement et à toute industrialisation. Dans ces cas-là également, la présence du secteur public, de l'Etat comme producteur – qui prend en charge l'investissement à partir du moment où les exigences des investisseurs privés dépassent un certain seuil pré-établi – est le moyen, souvent le seul moyen, de surmonter ce dilemme.



  • Le troisième cas, ce sont les monopoles naturels comme pour les matières premières, ou lorsqu'il existe d'importantes économies d'échelle. Ici encore, puisque l'entreprise privée donnera nécessairement naissance à un monopole, que la production soit exclusivement prise en charge par le secteur public, soumis à un contrôle social exercé à travers un processus politique, est socialement souhaitable. De la même manière, là où existent des externalités importantes, conséquence du fait que le secteur privé produit soit trop (« pollution ») soit trop peu (ou ne produisant même pas du tout, car la rentabilité peut être trop faible pour attirer des entreprises privées), des taxes et des aides peuvent être insuffisantes, et l'intervention directe de l'Etat peut être nécessaire.



  • Le quatrième cas, c'est quand des incertitudes sur le retour sur investissement sont tellement importantes, dans un domaine particulier, que le secteur privé risque de ne pas investir du tout. Puisque les incertitudes dont nous parlons sont des incertitudes subjectives, l'absence d'une classe entrepreneuriale, qui rend nécessaire l'investissement public, entrera dans cette catégorie. Plus généralement, même quand il existe des entrepreneurs privés, les gros investissements concentrés, et les investissements sur le long-terme, risquent de ne pas les attirer à cause de l'incertitude sur les taux de retour sur investissement, et dans ces cas-là l'investissement public devient nécessaire. L'investissement en recherche fondamentale est peu attractif pour le capital privé et doit être pris en charge par l'Etat parce que, si le retour sur investissement privé est faible, ses externalités en font un domaine où le retour sur investissement social est élevé. Mais même les investissements en R et D, qui sont brevetables, et donc en principe peuvent se révéler fort rentables, peuvent être boudés par le capital privé à cause des incertitudes que ces investissements impliquent.



C'est pour cette dernière raison que le secteur public, pas seulement en Inde mais dans la plupart des pays sous-développés, a été considéré comme un rempart contre le capital métropolitain aux lendemains de la décolonisation. L'industrialisation par substitution aux importations ne pouvait qu'emmener les producteurs étrangers à installer des usines sur notre sol et à assembler les produits localement, ou emmener les producteurs nationaux à produire grâce à des accords de collaboration avec les producteurs étrangers, sans créer aucune capacité technologique autochtone, si le secteur public n'avait pas été développé comme un outil pour permettre l'auto-suffisance. Dans toute une série d'activités allant du fer et l'acier, à l'engrais, à l'industrie électrique, aux machines-outils, à la prospection pétrolière et au raffinage, à l'extraction pétrolière off-shore, le secteur public n'est pas seulement devenu un contre-poids efficace à la position de monopole dont jouissaient les entreprises métropolitaines, mais elles sont aussi devenues un moyen d'acquérir une capacité technologique autonome.



  • Le cinquième cas survient à cause de la tendance lourde des économies capitalistes à engendrer un chômage involontaire dûe à une insuffisance de la demande globale. Insuffisance de la demande globale qui peut être surmontée bien sûr par des mesures fiscales seulement, même s'il est convenu que des mesures de politique monétaire sont insuffisantes dans de nombreux cas, sans qu'un investissement public direct ou l'existence d'un secteur public permanent soit nécessaire. Mais les dépenses publiques prennent souvent la forme d'un investissement public; et il est même difficile pour l'Etat de dépenser de l'argent sans une certaine forme de prise en charge directe des activités économiques. (Même le NREGA en Inde, après tout, étend les domaines dans lesquels l'Etat prend en charge les activités économiques, et donc les dimensions du secteur public, bien qu'il le fasse à l'échelon le plus bas de l'Etat, à savoir les panchayats).



Le secteur public, en somme, est nécessaire comme un rempart contre les monopoles, à la fois nationaux et étrangers, et comme un moyen d'offrir au peuple l'accès à des biens et services essentiels; c'est un préalable nécessaire à la construction d'une société humaine et est donc partie intégrante d'un régime démocratique.



 II





Deux conclusions s'imposent: premièrement, puisque l'objectif même du secteur public est d'agir comme un rempart contre les monopoles nationaux et étrangers, il ne peut pas imiter ces monopoles dans sa manière de fonctionner. Puisque les monopoles ne sont préoccupés que par le fait d'engranger un profit maximal, si le secteur public tentait de poursuivre le même objectif, il n'y aurait donc que peu de différences de nature entre les deux, et donc le secteur public cesserait d'agir comme un rempart contre les monopoles et pourraient même finir par s'entendre avec eux. Il découle de la nature du secteur public même que le juger avec le même étalon avec lequel nous jugeons le secteur privé est fondamentalement erroné. Deuxièmement, précisément parce que le secteur public doit agir comme un rempart contre les monopoles nationaux et étrangers, ces derniers constitueront une opposition acharnée à l'existence même d'un secteur public.



Certes, ce n'est pas la seule raison expliquant cette opposition. Ils s'opposeront au secteur public pour plusieurs raisons. La première est celle dont nous venons juste de discuter, à savoir qu'il limite leur pouvoir en agissant comme un rempart. La deuxième, c'est que l'existence d'un secteur public qui fonctionne sape la légitimité du capitalisme, et implicitement renforce la cause du socialisme: si les entreprises peuvent être gérées de manière adéquate par l'Etat, c'est l'argument selon lequel la société a besoin d'une classe de capitalistes pour posséder et, donc, gérer les entreprises, qui tombe à plat. Les affirmations de socialistes comme Hodgskin, si on revient aux années 1830, pour qui « la société a besoin de capital mais pas de capitalistes », restent valides dans la mesure où l'Etat peut gérer de manière efficace les entreprises. Troisièmement, la possibilité alléchante d'acheter des actifs du secteur public à moindre coût, s'ouvre pour les capitalistes nationaux et étrangers, si le secteur public se révèle inefficace. Ils, et les cercles intellectuelles et médiatiques proches d'eux, ont donc tout intérêt à diffuser l'idée que le secteur public est inefficace.



Cependant, leur démonstration de son inefficacité prend la forme suivante: ils cherchent à démontrer que le secteur public n'est pas aussi efficace que le secteur privé, selon les critères par lesquels on juge le secteur privé, précisément le fait qu'il ne réalise pas autant de profits que le privé. Nous venons de voir que la raison d'être du secteur public est qu'il est différent du secteur privé; s'il devait être un clone du secteur privé, il n'y aurait pas vraiment nécessité d'un secteur public. Mais, en un tour de main, l'opposition au secteur public – qui est censé être différent du secteur privé – ne parvient qu'à démontrer que le secteur public est justement différent du secteur privé, cad, que le simple fait d'avoir démontrer que le secteur public est différent, avant tout dans le sens qu'il n'est pas assez rentable, est pris ipso facto comme une preuve de son incompétence. Et cet argument a fait l'effet d'une propagande tellement efficace que le secteur public est même devenu synonyme d'incompétence dans le sens commun, malgré le rôle fantastique qu'il a joué dans le développement de l'Inde après l'indépendance.



Dire tout cela, ce n'est pas laisser entendre que les entreprises publiques doivent nécessairement essuyer des pertes. Même en remplissant leur rôle social, les entreprises publiques doivent réaliser des profits, dans la mesure que leur rôle social le leur permet. Elles ne doivent pas réaliser des profits « de gré ou de force »; et elles doivent renoncer à faire des profits dans la mesure où leur rôle social l'exige. Mais pour remplir rôle social, elles doivent aussi faire des profits. Tandis qu'il est erroné de comparer leurs profits avec ceux du secteur privé, ne pas faire des profits n'est pas une vertu en soi. Et de nombreuses entreprises publiques ont essuyé des pertes ces derniers temps, même quand cela n'était pas nécessaire.



Cela a été si bien démontré par l'exemple du Kerala, où les entreprises publiques sont parvenus à améliorer leur rentabilité. Ce qui est remarquable dans le cas du Kerala, ce n'est pas juste que les entreprises publiques soient devenues rentables dans un laps de temps aussi court, un « virage à 180 degrés » (turnaround) selon la phrase consacrée, mais ce « virage » a été amorcé sans en aucun cas compromettre la nature du secteur public, sans adopter aucune des méthodes rapaces associés au capital monopoliste privé, et sans même utiliser les stratégies employés habituellement par le capital monopoliste privé pour réaliser ce type de « virage ». Ce « virage » a été réalisé sans avoir recours à la spéculation foncière, aux spoliations de terres, sans licenciements massifs de travailleurs et sans avoir recours aux manipulations ou à des opérations financières. Il a été réalisé essentiellement en rationalisant la gestion et les opérations de production, et cela est devenu possible seulement parce qu'il y avait une volonté politique d'y arriver.



Cela soulève toutefois une question plus profonde: dans les cas où la rentabilité du secteur public a fortement baissé, sans que cette baisse ne soit causée par le rôle social qu'il a à jouer, la raison d'une telle baisse ne doit pas se trouver dans la nature intrinsèque du secteur public, mais dans l'absence d'une volonté politique de faire fonctionner efficacement le secteur public. L'exemple du Kerala montre que, quand cette volonté politique existe, le secteur public peut être efficace tout en fonctionnant selon les exigences du secteur public; et donc l'argumentaire sur la nécessité de construire une société humaine, et le fait que cela soit une composante essentielle d'un régime démocratique, reste intact.



Site de People's Democracy: http://www.cpim.org/pd/

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