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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 06:00

miners 84Les acteurs de la grève des mineurs britannique de 1984-1985 racontent : « C'était une guerre de classe »



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Des funérailles publiques pour une icône des privatisations, un paradoxe presque risible s'il n'était pas tragique pour des millions de familles ouvrières britanniques touchées depuis trente ans par le chômage, la précarité et l'abandon des autorités publiques.



La presse communiste britannique, le Morning star, a décidé de parler ceux qui furent les protagonistes de la grève des mineurs de 1984-1985, une guerre contre un « ennemi de classe » représenté par Thatcher. Une vision des événements de l'autre côté de la barrière de classe.



Ken Radford, survivant de la bataille d'Orgreave : « c'était une guerre de classe »



Pour les mineurs britanniques, la « bataille d'Orgreave », cet affrontement sous forme de bataille rangée entre la police et les mineurs en grève des hauts-fourneaux du Yorkshire, cristallise à la fois les sentiments de fierté, de rage et d'amertume.



Ken Radford a participé à la « Bataille », il raconte au Morning Star le sens de la défaite des mineurs aujourd'hui.



En 1984 Ken était un jeune homme qui voulait « un salaire décent, de quoi manger sur la table et de meilleures conditions de vie. Je ne parle pas seulement pour ma famille, mais pour toute la communauté. ».



« Je dois être honnête avec vous – la grève des mineurs, ce fut les 12 meilleurs mois de ma vie ».



Je suis surpris. Ken avait été arrêté trois fois pendant la grève. Il était plus pauvre qu'il ne l'avait jamais été.



Mais il décrit un sens de la solidarité et de la communauté qui compensait tout le reste. « Cela reste un des meilleurs Noël que j'ai vécu », dit-il pour sa famille. Les mineurs ont reçu de l'aide aux origines les plus improbables.



« Ma femme a récupéré un manteau de fourrure. Moi, j'ai eu une vraie paire de chaussures en cuir italiennes ! », rappelle-t-il.



L'aide venait de partout, et plus d'une fois sur deux, les mineurs n'arrivaient pas à comprendre les descriptions de la nourriture envoyée dans les paquets, ou des jeux que des sympathisants avaient envoyé à leurs enfants.



A l'époque, Ken sentait qu'il luttait aux côtés de milliers comme lui pour essayer de donner à sa famille et à sa communauté un avenir. Il baisse la tête lorsqu'il lance : « nous aurions gagné si les jaunes n'avaient pas tout cassé ». Il ne parle toujours pas aux jaunes qui vivent encore dans le coin.



Il se rappelle de la date, le 4 janvier 1994, où il avait pu entendre dans un reportage sur la quatrième chaîne que si les mineurs avaient tenu six semaines de plus, ils auraient battu « cette femme ». Ses yeux comme les miens étaient emplis de larmes.



Je ramène à Orgreave, un souvenir mitigé : « Je me suis fait des bons amis » dit-il. « De bons souvenirs, j'ai rencontré Arthur Scargill [NdT : le leader national du syndicat des mineurs en 1984], j'ai serré sa main ».



« Mais ce que ces bâtards nous ont fait. C'est profondément ancré, très profondément ancré en nous ».



Ce 18 juin 1984, tout a changé. La police a accompagné les mineurs vers Orgreave, le sourire aux lèvres.



« Ce jour-ci à Orgreave, tout était prévu » raconte Ken. « Ils ont emmené les gars là-bas, en nous disant : 'allez-là bas les gars, mettez-vous dans le champ là-bas'. Nous n'avions pas compris à l'époque ce qui allait se passé mais on a vite réalisé ».



« Ils ont nous ont dérouillé. Vous avez vu les images, les gars en T-shirts. C'était effrayant. »



« Ils ont bouclé le champ, il y avait plus de policiers qu'en temps normal et ils allaient en ville. Ils ont bloqué les entrées et les sorties. Tout à coup, ils ont sorti leurs boucliers et on a compris ce qui allait se passer. Ils étaient comme des animaux. »



« J'avais beaucoup de respect pour la police auparavant, mais ce jour-ci j'aurais pu les tuer. Ils nous ont tué ».



Ken a transporté son beau-père hémophile à travers le champ pour empêcher une hémorragie fatale.



« C'était une guerre sur le champ, les rangs se sont ouverts et ce fut au tour de la cavalerie. Ils ont chargé ».



« Je ne sais pas combien furent blessés – il y avait beaucoup de camarades couverts de sang. Cela ressemblait à un champ de bataille ».



« Je luttait pour mon boulot, et c'était devenu une guerre de classe ».



« Orgeave était une bataille de masse. Tout était orchestré est planifié », rappelle-t-il, faisant référence à la façon dont les médias ont inversé la suite des événements, donnant l'impression que les mineurs avaient commencé par attaqué les forces de police.



Les emplois sont partis, et l'industrie minière et sidérurgique ont été réduites à peau de chagrin, massacrées par Thatcher.



« Cela me tue de voir tous ces gens autour de moi dire : notre gamin n'a pas de boulot. Je ne sais pas ce qu'il va devenir quand nous serons plus là. Je leur dis : Luttez ! ».



« Pour Thatcher et les gens de son espèce, on est de la merde. Ils nous regardent avec mépris et ça fait mal. Nous sommes pareil sauf qu'ils ont l'argent et ils pensent qu'ils sont meilleurs que moi. C'est pas le cas. »



« Ils nous parlent du comportement anti-social de nos jeunes », remarque-t-il. « C'est l'héritage de Thatcher – l’héritage qu'elle a laissé à des quartiers sans avenir, sans espoir ».



Evoquant ces enfants, au chômage ou précaires, le sort de tant de jeunes britanniques, il enrage :



« Comment ce putain de pays peut supporter cela ? », demande Ken. « Comment la classe ouvrière peut supporter cela ? Vous pensez que je m'en fous ? Je pourrais parler et parler encore tellement cela me frustre. »



Je lui demandai combien de ces amis pensant la même chose : « Pas beaucoup. Je pense qu'ils se sont résignés que ce pays n'allait pas résister. Ca fait mal au cœur ».



C'est aussi est l'héritage de Thatcher. Nos funérailles également.



Davey Hopper, leader du syndicat des mineurs du Nord-est



Davey Hopper est le secrétaire-général du Syndicat des mineurs (NUM) de la région nord-est de l'Angleterre et il est le président de l'Association des mineurs de Durham. Il a été impliqué dans la grève, assistant à une répression atteignant des niveaux sans précédent.



La description que Thatcher faisait des mineurs, dont la seule récompense pour l'extraction du charbon était une paye modeste, une vie sous terre pleine de dangers, et souvent une mort prématurée, était celle d'un « ennemi de l'intérieur ».



Hopper en garde toujours des « souvenirs très amers ». C'était « une grève honorable. Ce n'était pas une question de gain ou d'argent. C'était juste une histoire de travail et d'assurer un avenir à nos communautés et à nos enfants » rappelle-t-il.



Mais le gouvernement a essayé d'écraser le syndicat des mineurs, souvent perçu comme l’avant-garde du mouvement ouvrier britannique.



« Thatcher a formé des forces de police auxquelles elle a donné une totale liberté de manœuvre. Aucun policier pendant ces 12 mois n'a été poursuivi pour faits de violence alors qu'il existe des millions d'exemples de mal-traitements subis par les mineurs ».



« Ils ont fabriqué des preuves à Orgreave pour tenter d'emprisonner les mineurs sous prétexte d'incitations à l'émeute. C'étaient les forces de police les plus corrompues qu'ait connu notre pays, et tout cela Thatcher l'a rendu possible ».



Aujourd'hui, Durham, connu autrefois pour sa solidarité, son entraide, est dévasté par le chômage et le désespoir :



« Elle a introduit des changements dramatiques dans la façon dont nos communautés vivent. Désormais, nous sommes gangrenés par les problèmes sociaux », déclare tristement Hopper.



« Nos jeunes ont été abandonnés, avec tous les comportements anti-sociaux possibles, les drogues. Certains avaient acheté leurs maisons, mais ils n'ont pas tenu longtemps, ils ont été expulsés. La situation est vraiment dramatique, horrible. Ces communauté ont eu leur cœur arraché par cette femme sans cœur ».



Alors quand il a eu la nouvelle de la mort de Thatcher, pour son 70 ème anniversaire, sa réponse est sans équivoque : « J'étais ravi », dit-il.



« J'étais heureux de voir la disparition de cette femme en raison de tous les dégâts qu'elle a fait à notre industrie, à nos quartiers ».



A ceux qui demandent le respect pour la défunte, Hopper s'insurge :



« Montrer du respect ? Je pense que vous devriez sérieusement jeter un coup d’œil à ce que représente la famille Thatcher. »



« Son fils a réalisé un trafic d'armes à hauteur de 18 millions de £ avec l'Afrique, semant le chaos sur des personnes innocentes, perpétuant la guerre civile. Sa fille surnommait les noirs de 'golliwog' [NdT : poupée noire de chiffon représentative de l'imaginaire colonial britannique vis-à-vis des populations africaines]. Ces gens ne méritent pas de respect pour la perte de leur mère, et on ne va certainement pas leur en donner », affirme-t-il.



« On va boire un coup pour fêter cela. On va se faire une belle fête pour marquer le départ d'une femme qui a fait plus de mal aux communautés minières du Nord-est qu'Adolf Hitler ».

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 07:11

APTOPIX-Britain-Northern-Ireland-Thatcher.JPEG-08b8d.jpgLa mort de Margaret Thatcher n'est pas une perte pour la majeure partie de l'humanité

 

 

Communiqué du Parti communiste d'Irlande

 

 

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

 

Margaret Thatcher a laissé un lourd héritage non seulement au peuple de l'île voisine mais aussi au peuple irlandais et aux peuples opprimés, martyrisés du monde entier.

 

 

Thatcher incarnait l'arrogance de la vieille tradition impérialiste de la classe dominante britannique. Sa politique face aux grèves de la faim des prisonniers politiques irlandais dans les années 1980 a dévoilé son profond mépris et sa haine envers ceux qui s'opposaient aux intérêts impérialistes britanniques.

 

 

C'est lorsque qu'elle était au pouvoir que l'armée britannique a gagné une plus grande marge de manœuvre pour développer et exécuter sa sale guerre en Irlande du nord, quand les attentats ciblés et les milices para-militaires loyalistes acquirent un rôle plus central dans la machine de guerre britannique.

 

 

Thatcher s'inscrivait dans une longue lignée de dirigeants britanniques qui avaient une haine viscérale des travailleurs, tout comme leur grand héros, Churchill, une autre figure qui portait comme une marque de respectabilité sa haine de l'Irlande, de la lutte du peuple irlandais pour son indépendance, mais aussi de la classe ouvrière britannique.

 

 

Thatcher voyait les travailleurs comme une vulgaire chair à canon dans ses guerres impérialistes, que ce soit en Irlande ou dans les Malouines, ou simplement comme des pions dans ses croisades anti-communistes, telle « Solidarité » en Pologne.

 

 

Son nom est devenu un synonyme de haine, d’égoïsme et d'individualisme effréné. Elle a laissé comme héritage des vies détruites, des quartiers dévastés, un militarisme et un chauvinisme envahissants, ainsi que la démolition de ce qui restait de l'industrie britannique tout en poussant jusqu'au bout l'adoration du « marché ».

 

 

On ne versera pas de larmes pour elles dans les familles des grévistes de la faim ou de ceux assassinés par l'armée britannique et les para-militaires loyalistes, ni dans les villages de mineurs du Pays de Galles et dans tant d'autres cités minières de Grande-Bretagne. Elle n'avait pas la moindre compassion pour les pleurs, les cris de souffrances des familles des mineurs de charbon morts pendant qu'elle remettait en cause puis piétinait les droits des travailleurs.

 

 

Margaret Thatcher était un produit des conditions matérielles que le capitalisme monopoliste avait créé, des intérêts les plus violents du capitalisme monopoliste, des forces politiques qui ont battu les représentants du compromis social et économique de l'après-guerre. En cela, elle a également révélé au grand jour la nature très superficielle et hypocrite du travaillisme britannique.

 

 

Hélas, comme l'histoire le montre bien, la nature même de ce système économique met en avant les personnages dont il a besoin, aussi arrogants et impitoyables soient-ils.

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 06:23

thatcher-and-cameronLes communistes britanniques sur la mort d'une « ennemie de l'intérieur »

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le secrétaire-général du Parti communiste Robert Griffiths a rendu la déclaration suivante en réaction à la mort de l'ancien premier ministre Margaret Thatcher :

 

« Les gouvernements Thatcher ont considérablement déstructuré le tissu social britannique. Tellement de quartiers ouvriers ont été détruits par le chômage de masse, la pauvreté, les drogues et l'alcoolisme, qui ont été la conséquence des politiques des conservateurs.


 

Elle et son régime ont mené une guerre contre les syndicats en Grande-Bretagne, privatisé des services publics importants, arrimé la Grande-Bretagne à l'Union européenne et ranimé l'enthousiasme à s'engager dans des guerres impérialistes hors de nos terres.


 

Margaret Thatcher était une « ennemie de l'intérieur » qui a géré loyalement les intérêts du grand capital financier. Elle laisse un défi au mouvement ouvrier, celui de reconstruire une industrie productive, de rétablir la justice sociale et de reconquérir nos droits syndicaux et démocratiques. »

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 06:13

num.gifLe syndicat britannique des mineurs (NUM) ne pleure pas la mort de Thatcher



Communiqué du Syndicat national des mineurs (NUM)



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'ancienne première ministre de 1979 à 1990 est morte ce 8 avril 2013. Nous adressons nos condoléances à sa famille.



L'héritage de ce que le gouvernement conservateur a fait à l'industrie britannique sous Thatcher n'a pas de quoi susciter la fierté de ceux que qu'ils veulent vraiment le meilleur pour notre peuple.



Naturellement, Thatcher était le symbole même de la « libre entreprise » et elle s'est mise au service de ceux dont les intérêts sont de dégager des profits pour une minorité.



Le secteur des mines de charbon n'est pas le seul à avoir subi la démolition d'une industrie de niveau mondial au nom de « l'économie de marché ».



Thatcher a vécu assez longtemps pour voir ses convictions anéanties lorsque l' « économie de marché » s'est effondrée, réduite à quémander l'aide de l’État.



Contrairement aux banques qui ont spéculé, fraudé et ont été renflouées – les mines de charbon ont été fermées et les quartiers laissés à l'agonie.



Margaret Thatcher n'est plus mais les dégâts causés par sa politique, fatalement vouée à l'échec, restent hélas toujours présents parmi nous.



Bon débarras

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 15:42

nhs publicScandale humanitaire dans les hôpitaux en Grande-Bretagne : la privatisation de la santé et des coupes budgétaires tuent

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les coupes budgétaires, l'introduction des logiques du privé tuent en Grande-Bretagne. Selon une enquête limitée pour l'instant à un dixième des hôpitaux britanniques, près de 20 000 morts seraient imputable ces dix dernières années à cette politique du chiffre.

 

Tout commence par une enquête sur des niveaux anormaux de mortalité à l'hôpital « autonome » de Stafford. Le rapport d'enquête révèle des faits accablants : 1 200 patients sont morts dans cet hôpital entre 2005 et 2008 faute de soins adéquats.

 

Une enquête élargie depuis à 14 autres établissements, soumis au même statut d'établissement autonome (« Foundation trust ») confirme que 20 000 décès auraient pu être évités cette dernière décennie avec une autre logique de gestion que celle de la politique du chiffre.

 

La politique du chiffre, les coupes budgétaires, les logiques managériales privées pointées du doigt

 

Le rapport qui a déclenché le « scandale de Stafford » révèle une réalité sordide : des gestionnaires obsédés par la réduction des coûts, des médecins et chirurgiens contraints à réaliser des opérations à la chaîne, des infirmières débordées contraintes à des arbitrages tragiques entre patients.

 

Les anecdotes sont tristement banales – patients marinant dans leur urine ou contraints de s’hydrater dans des vases usagés – mais des malades agonisant faute de soins, laissés à l'abandon sont un symbole d'une politique centrée sur le « coût » des clients/patients plus que sur le bien-être.

 

Le rapport d'enquête de l'avocat Robert Francis pointe du doigt cette logique managériale privée :

 

« Ces souffrances terribles et inutiles de centaines de personnes laissées à l'abandon par un système qui a ignoré les signaux d'alarme sur la piètre qualité des soins et qui a mis la priorité sur les intérêts privés de leur établissement, sur le contrôle des coûts, plutôt sur les patients et leur sécurité ».

 

Le premier ministre Cameron feint l'indignation au Parlement, tente cyniquement d'en faire une preuve de la faillite d'un système public à réformer et libéraliser.

 

Mais, c'est sa politique de coupes budgétaires, de privatisation rampante, héritière de la politique de casse menée depuis vingt ans qui est à l'origine de ce scandale sanitaire.

 

La conséquence ultime et tragique de vingt années de privatisation rampante

 

L'hôpital de Stafford, comme les quatorze autres sous enquête, sont des « Trusts », des établissements publics autonomes. La plupart sont aussi des « Foundations », des établissements quasi indépendants, semi-publics, fonctionnant selon une logique managériale privée.

 

Le NHS (National Health system) d'après-guerre, financé par l'impôt, public, gratuit et universel a été vidé de l'intérieur par les réformes libérales mises en place depuis le début des années 1990.

 

En 1991, Margaret Thatcher casse l'unicité du système, introduit une concurrence entre établissements, au nom de la libéralisation du « marché intérieur » de la santé, impulsée par l'Acte unique européen.

 

Le budget de la santé est décentralisé vers des unités médicales locales ou régionales en charge de l'achat de l'offre de soins (purchaser), tandis que les hôpitaux transformés en « trust » autonomes sont chargés de proposer une offre de soins (provider) à moindre coût.

 

L'idée de Thatcher était de casser l'universalité du service, d'introduire une logique de concurrence entre établissements et surtout de réduire les coûts : médecins et hôpitaux ayant tous intérêt dans ce schéma à réduire le coût des soins pour être plus « compétitifs ».

 

Arrivé au pouvoir en 1997 avec comme programme de rompre avec cette privatisation, le travailliste Tony Blair va l'approfondir, façonnant le système hospitalier actuel.

 

D'une part, il crée les « Primary care trusts », élargissant la logique de l'autonomie aux centres médicaux locaux regroupant médecins, travailleurs sociaux, pharmaciens, dentistes, chargés de l'achat des soins – sous la surveillance toutefois du Ministre de la Santé.

 

D'autre part, il renforce l'autonomie des hôpitaux avec la création des « Foundations », un label réservé d'abord à quelques établissements puis étendu : ces hôpitaux ont autonomie totale dans la tarification des soins ou des salaires, avec un statut leur permettant de lever des fonds privés.

 

Enfin, avec les partenariats public-privé (Private finance initiative/PFI) lancés en 2001 : le secteur privé finance les investissements dans les hôpitaux à la place du secteur public mais l’État doit en échanger payer des intérêts, indexés sur l'inflation, sur plusieurs décennies.

 

Les PFI sont aujourd'hui critiqués par tous les rapports d'enquête : d'une part comme une forme de dissimulation comptable de la dette, d'autre part comme une cause de l'explosion des dépenses de santé au profit du secteur privé, enfin comme une raison de la dégradation de la qualité des soins.

 

Les 120 PFI conclus dans le secteur ont conduit à la réduction de 30% de l'offre de lits, chaque milliard de £ investi a conduit à la suppression de 5 000 médecins ou infirmiers.

 

Dans le même temps, 60 hôpitaux britanniques sont désormais menacés de faillite, ne pouvant plus payer la facture galopante des PFI, le coût du remboursement des contrats de construction des hôpitaux en PFI s'élevant parfois jusqu'à 20% du budget de fonctionnement des hôpitaux.

 

A noter que dans le même temps, cette politique de délégations de service public au privé a conduit à l'explosion des dépenses de santé : elles représentaient 10% du PIB en 2009 contre 7,3% en 2000.

 

Contrairement à l'idée reçue, un système privatisé est largement plus dépensier et gaspilleur : le pays de l'OCDE aux dépenses de santé les plus fortes reste le système privatisé américain, avec 17,5% du PIB consacré à la santé.

 

Le projet de Cameron : fin du processus de privatisation et coupes dans l'hôpital public

 

Dans ce contexte, le projet de Cameron pour la santé (Health and social care act), qui devait entrer en vigueur en avril 2013, n'est pas le début du processus de libéralisation-privatisation mais plutôt son parachèvement sous prétexte de politique de restrictions budgétaires.

 

Le système de Thatcher et Blair est unifié : l' « achat des soins » est confié aux médecins, le budget de la santé décentralisé quasi totalement à ces unités (Clinical commissioning groups) tandis que les organismes de régulation du Ministère de la Santé (Strategic health autorities) seraient supprimés.

 

De l'autre côté, la privatisation serait institutionnalisée, l'offre de soins étant désormais ouverte à n'importe quel fournisseur de soins (« any qualified provider ») compétitif.

 

La réforme de Cameron a reçu l'opposition virulente de l'Ordre des médecins britanniques (British medical association) rejoint par les infirmières et les sage-femmes (Royal college of nursing and midwives), dénonçant la marchandisation de la santé et une politique de coupes déguisée.

 

Contrairement aux allégations du gouvernement, le secteur de la santé est touché par les coupes budgétaires de 100 milliards de £ prévues en 2010, et conduisant à la réduction en moyenne de 25% des budgets et à la suppression de 500 000 emplois publics.

 

Le gouvernement a fixé comme objectif de réduire de 20 milliards de £ les dépenses dans le secteur de la santé d'ici 2015.

 

La conséquence directe : c'est la fermeture d'une trentaine de services d'urgence, de soins pour enfants, les projets de fusion des hôpitaux menacés de faillite, la suppression de 20% du personnel de santé.

 

L'hypocrisie d'un système à plusieurs vitesses : profits privés et coupes publiques

 

La privatisation de la santé s'est déjà accélérée ces derniers mois.

 

En novembre 2011, pour la première fois une firme privée (Circle Health) récupérait un hôpital public menacé de faillite du NHS pour 1 milliard de £. Les tractations pour la cession de 20 hôpitaux publics en difficulté au groupe privé allemand Helios sont en cours.

 

Si c'est la première fois qu'une firme privée gérera un hôpital dans son intégralité, les services de restauration et de nettoyage sont déjà délégués à des entreprises privés, ainsi que certaines opérations bénignes, comme les opérations à la hanche dont 1/5 ème sont déjà réalisées par le privé.

 

Dans le même temps, 400 services médicaux réalisés hors du milieu hospitalier, des services de centre de santé aux services ambulanciers, étaient confiés en octobre 2012 à des opérateurs privés.

 

L'hypocrisie des réformes libérales de Cameron est révélée par le projet de délocalisation de certains hôpitaux renommés à l'étranger : des investissements massifs dans des hôpitaux de pointe autonomes à Dubai, Singapour, Abu Dhabi, Delhi ou Tripoli pour des patients fortunés.

 

Une expérience déjà concrétisée avec l'hôpital ophtalmologique à Dubai (Moorfields Eye) ou l'Imperial college à Abu Dhabi. Des milliards de coupes au Royaume-Uni pour les plus pauvres, mais des milliards investis outre-mer pour des clients fortunés et des profits financiers.

 

La démagogie de Cameron, fustigeant les abus des immigrés ou les coûts que représentent les personnels de santé, ne trompe plus personne, mais elle ne doit pas oublier la lourde responsabilité des gouvernements précédents, surtout travaillistes dans les années 2000.

 

Elle doit constituer une mise en garde face à la politique des coupes budgétaires, des privatisations rampantes que l'Union européenne et les gouvernements nationaux veulent imposer dans toute l'Europe, et en premier lieu en France.

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