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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 08:49

PCV psuvLigne politique du Parti communiste vénézuelien pour un nouveau rapport de forces



Article de Fernando Arribas,membre du Comité central du PC Vénézuelien, dans Tribuna popular, organe du PCV



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Comme on le sait, le 14ème congrès du Parti communiste du Vénézuela, après plusieurs mois de discussions approfondies dans les Conférences de cellule, de section et de région organisées dans tout le pays a adopté trois documents principaux : la Réforme des statuts, l'actualisation du programme, et la Ligne politique, ce dernier étant sans doute des quatre le plus actuel et le plus pertinent pour l'action immédiate du PCV et du plus grand intérêt pour les travailleurs et le peuple Vénézuelien en général.
 

La Ligne politique, comme nous l'expliquons souvent dans nos cours de formation, est le document qui définit les lignes générales pour l'action du Parti à court et moyen terme, tout en les articulant de façon dialectique avec les concepts et orientations de nature plus stratégique, et de plus long-terme tel que les expose le Programme.

La Ligne politique, bien plus spécifique et concrète que le Programme, prend en compte bien plus en profondeur et dans le détail les circonstances particulières de l'actualité politique et les événements ainsi que les dernières évolutions de la vie politique nationale, afin de s'y adapter sans perdre de vue l'horizon stratégique programmatique. Ainsi, ce document repose sur la caractérisation du processus de transformations entamé au Vénézuela en 1999 et sur l'estimation de l'état actuel du rapport de force à l'intérieur et à l'extérieur du camp de ceux qui impulsent ce processus, à la lumière des circonstances et événements les plus récents.

D'une importance toute particulière, la nouvelle analyse livrée dans le document du gouvernement bolivarien et du processus de transformations mené par le président Chavez. On y trouve une plus grande rigueur critique et une étude plus profonde des tendances dominantes et des faiblesses du processus qui, dans son ensemble, contribuent à clarifier la véritable nature du moment historique que vit notre pays. Ce gouvernement est qualifié de progressiste, patriotique, anti-monopoliste et anti-impérialiste, mais aussi il est précisé que ce gouvernement est contrôlé et influencé par des classes et des fractions de classe (certains secteurs de la bourgeoisie émergente et la petite bourgeoisie) qui n'ont objectivement pas intérêt à ce que le processus soit poussé jusqu'à son terme ; on reconnaît les avancées réalisées ces dernières années allant dans le sens d'une libération nationale pleine et entière, mais on souligne également les erreurs et les déviations qui nous empêché d'aller plus loin et plus rapidement ; on reconnaît l'existence de certaines conditions favorables qui permettent d'envisager une transition vers le socialisme, mais on souligne également les limites objectives et subjectives qui peuvent l'éloigner.

Ainsi, après avoir analysé et caractérisé avec rigueur critique la phase actuelle du long processus que constitue la révolution bolivarienne, la nouvelle Ligne politique met l'accent, avec plus de force et plus nettement qu'auparavant, sur quelques questions qui constituent déjà des éléments essentiels de l'action de notre Parti depuis des années.

En premier lieu, se confirme la nécessité de construire une grande alliance des forces anti-impérialistes, un Grand Front national patriotique (FANP), avec participation de « la classe ouvrière et des travailleurs, des paysans sans terre et des petits propriétaires ruraux, des peuples indigènes, des couches moyennes urbaines et rurales, des groupes sociaux les plus exclus et paupérisés, de la petite bourgeoisie, de la bourgeoisie non-monopoliste et non liée aux intérêts impérialistes, ainsi que de divers mouvements, organisations et partis qui sont l'expression de ces couches et de ces classes ».

C'est une conception que nous portons depuis longtemps et que nous considérons d'une importance fondamentale pour consolider et développer la lutte contre l'impérialisme et pour la libération nationale complète. Nous croyons qu'à l'heure actuelle cette conception peut trouver une expression concrète dans ce qu'on appelle le Pôle patriotique dont le président Chavez est à l'origine, à condition que ce Pôle soit défini justement comme « une instance politique unitaire et à direction collective ; dotée d'un programme clair quant à ses objectifs à court, moyen et long-terme ; permanente et non-conjoncturelle ; avec une vision stratégique et non pas limitée au cadre électoral ; qui impulse et promeuve la discussion politique et idéologique de fond ; et, surtout, qui se caractérise par une dynamique interne qui respecte la diversité et favorise la participation équilibrée et démocratique de tous les courants, toutes les organisations, tendances et de tous les acteurs politiques et sociaux composant l'alliance anti-impérialiste ».

Cependant, le FANP et le Pôle patriotique, par leur nature de large alliance nécessitant la participation de certaines fractions ou secteurs de la bourgeoisie non-monopoliste et de la petite bourgeoisie, n'est pas et ne peut être l'instrument politique qui convienne au processus de construction du socialisme, notre Ligne politique, en cohérence avec notre Programme et nos objectifs stratégiques, qui vont au-delà de la lutte anti-impérialiste et de libération nationale, fixe et définit également des tâches et des instruments d'une toute autre portée et importance. Il s'agit de la mise en place, ensemble avec les autres forces engagés de façon conséquente dans la perspective du socialisme, du Bloc populaire révolutionnaire (BPR), « nécessairement limité à ceux qui défendent l'abolition de la classe exploiteuse, et qui par conséquent ne peut comprendre aucune fraction bourgeoise ni aucune organisation qui expriment ses intérêts ».

Il est donc d'une importance vitale d'avancer dans la construction de ce BPR sans rechercher dans l'immédiat ni l'affaiblissement ni la rupture du Grand Front, sauf que ce processus doit évoluer dialectiquement. Une dissolution prématurée du FANP se traduirait par de nouvelles difficultés pour le processus déjà complexe de libération nationale. Voilà pourquoi la Ligne politique insiste : « il est pour nous nécessaire d'aborder avec souplesse dialectique et habileté politique la construction simultanée sur deux niveaux différents, un plus tactique et un autre plus stratégique », afin de défendre les objectifs anti-impérialistes et de libération nationale incarnés par la FANP, tout en renforçant dans le même temps les mots d'ordre de classe et socialistes qui doivent s'exprimer par le BPR.

La clé de tout cela, conclut la Ligne politique, réside dans la construction d'un nouveau rapport de force « favorable à la classe ouvrière et aux travailleurs, aux acteurs politiques les plus conséquents dans leur anti-impérialisme et ayant le plus intérêt à l'approfondissement du processus actuel de transformations, pour le démantèlement de l'appareil étatique bourgeois, la construction du nouvel État démocratique populaire révolutionnaire, le démantèlement progressif du système capitaliste et la construction du socialisme dans la perspective de la formation économico-sociale communiste ».

Dans cette perspective, le rapport de force actuel, tant dans l'alliance qui soutient le gouvernement que dans le pays en général, est clairement défavorable. D'une part, la tendance dominante dans le gouvernement et le principal parti qui le soutient est fondamentalement celle de fractions émergentes de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie en collaborations avec certains cercles de l'appareil d'Etat traditionnel civil et militaire ; et d'autre part, la classe ouvrière et les travailleurs en général n'ont pas encore atteint le niveau nécessaire de conscience, d'organisation et de clarté programmatique ainsi que de mobilisation qui leur permettent d'imposer leur hégémonie de classe et de garantir ainsi tant l'achèvement de la libération nationale que l'orientation décisive de ce processus vers la perspective socialiste.

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 07:52

chavez figueraLe Parti communiste vénézuélien d'accord avec le président Chavez : sans Parti révolutionnaire, pas de révolution

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le Parti communiste du Vénézuéla (PCV), rejoint l'affirmation du président Chavez la semaine dernière lorsqu'il déclare: « Qu'il ne peut y avoir de révolution sans Parti révolutionnaire », soulignant combien celui-ci correspond historiquement au Parti marxiste-léniniste qu'est le PCV.



« Nous souhaitons également mentionner, pour les saluer et en les trouvant très positives, les récentes déclarations du citoyen Président de la République qui dit, je cite, 'Que l'on ne peut faire de révolution sans parti révolutionnaire, en réalité, vraiment, nous nous en félicitons », a souligné Oscar Figuera en conférence de presse.



Figuera a salué le Président pour ces déclarations qu'il juge « si justes, tellement exactes par rapport aux processus de transformation sociale »ajoutant que « sans un instrument révolutionnaire, forgé par des révolutionnaires, il est impossible de faire une révolution. »



Le dirigeant communiste a affirmé que « Avec des réformistes, il n'y a pas de révolution, avec des réformistes, il n'y a que réformisme et maintien du système capitaliste, domination sur les travailleurs et les travailleurs ; il y n'a que conservation d'un système oppressif ».



Pour le PCV, avec les réformistes continue d'exister à un extrême l'accumulation de capital, tandis qu'à un autre continue de se répandre la misère.



« Nous saluons cette expression du Président Chavez, qu'il a complété par ailleurs par une phrase historique de Vladimir Ilich Lénine, d'où découle notre parti-pris de parti marxiste-léniniste, qui affirme que 'Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire »,a déclaré Figuera.



Figuera a rappelé qu'en mars 2007, le Parti communiste du Vénézuéla a réalisé son XIIIème Congrès extraordinaire autour de l'appel lancé par le Président à dissoudre les partis politiques pour rejoindre le Parti socialiste unifié du Vénézuela (PSUV)



« Lors de ce congrès, le Parti communiste a exposé les Thèses sur la nécessité de forger le Parti de la Révolution, un document que nous avons fait parvenir au citoyen Président et aux partis alliés », a rappelé Figuera.



Soulignant que « en vertu de ce que nous déclarons vouloir construire, nous avons convenu qu'il (le PSUV) ne s'agissait pas du Parti de la Révolution, le Parti communiste a décidé de ne pas se dissoudre car il conserve toujours sa raison d'être ».



Vidéo de la conférence de presse en question : http://www.youtube.com/watch?v=tH809jexDPE





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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 08:56

CaroluswimmerEntretien avec Carolus Wimmer, député et responsable international du PC Vénézulien sur le rôle des communistes dans le processus de révolution Bolivarienne

 

 

 

Interview réalisée par Annalisa Melandri traduite par AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Du 4 au 7 août s'est tenu le XIV ème congrès du Parti communiste du Vénézuela, qui a confirmé son soutien au gouvernement d'Hugo Chavez et à sa candidature pour les élections de 2012, la considérant comme une « nécessité politique (…) pour donner une suite à son action politique sur la base du renforcement du caractère démocratique, participatif et progressiste du processus enclenché dans la société vénézuélienne à partir de la victoire populaire aux élections présidentielles de 1998 ». Par ailleurs, le Comité central a élu le nouveau bureau politique, confirmant comme président et secrétaire général du Parti, respectivement les camarades Jeronimo Carrera et Oscar Figuera.

 

Le président Chavez, lors d'une communication téléphonique en plein Congrès, a déclaré que « l'alliance (avec les communistes) est décisive »et a exhorté les camarades présents à participer à la formation du grand Pôle patriotique qui rassemblera toutes les forces révolutionnaires du pays pour continuer à renforcer la Révolution bolivarienne.

 

Dans cette interview inédite et exclusive, réalisée en mars dernier à l'Hôtel Alba de Caracas, avec Carolus Wimmer, secrétaire des relations internationales du Parti communiste du Vénézuela et député du Parlement latino-américain, Wimmer nous explique en quoi consiste le « Pôle patriotique » et fait le bilan des progrès de la Révolution bolivarienne et des défis qu'il est encore nécessaire de relever pour parler de socialisme au Vénézuela.

 

 

Le Parti communiste du Vénézuela célèbre cette année ses 80 ans de lutte depuis sa fondation en 1931. Quel bilan peut-on faire à l'heure d'aujourd'hui?

 

Notre existence aujourd'hui, après 80 ans de lutte (et rappelons-nous que dans le passé le PCV a utilisé tous les types de lutte possibles et qu'il n'en écarte aucun à l'avenir, naturellement en en discutant et en les adaptant au contexte historique) a en soi une grande valeur, à tel point que l'on peut dire, en dépit des erreurs, des divisions, des trahisons, des difficultés... que le Parti communiste du Vénézuéla bénéficie d'un grand prestige dans la société vénézuélienne. Tout cela pour défendre, clairement et avec tous les sacrifices que cela suppose, des intérêts et des aspirations du peuple vénézuélien, des travailleurs et travailleuses de la classe ouvrière, des paysans et des autres couches sociales.

 

 

José Vicente Arangel, ancien vice-président, intervenant lors de la cérémonie du 2 mars, à l'occasion du 80 ème anniversaire du Parti, a déclaré que le PCV était le parti des prisonniers, des martyrs, des exécutés, des torturés, des disparus – pour qui beaucoup de camarades ne savent encore pas ce qu'ils ont enduré – mais qu'il est aussi un parti composé de vivants et le parti du présent. Cette synthèse de José Vicente est emblématique de ce qu'ont signifié ces 80 ans de lutte et d'engagement toujours aux côtés de la classe ouvrière.

 

 

Quelle est la contribution du PCV au processus bolivarien au Vénézuela ?

 

Aujourd'hui nous sommes en première ligne, tout en reconnaissant le moment historique unique que nous vivons ainsi que le leadership du président Commandant Hugo Chavez. Naturellement, nous sommes au gouvernement en tant que force indépendante. Concrètement, nous levons bien haut le drapeau de la Loi organique du travail, la proposition du Parti communiste conçue avec la classe ouvrière.

 

Cette loi, depuis 5 ans, n'a toujours pas été adoptée par l'Assemblée nationale, peut-être en raison de son contenu ou alors parce qu'elle a été proposée par le Parti communiste. La lutte continue. Nous ne devons pas nous mettre sur la voie révolutionnaire allant vers le socialisme sans prendre en compte les nouveaux droits de la classe ouvrière, des travailleurs, sans la Loi organique du travail, et sans la création de Conseils socialistes ouvriers, qui sont un point d'appui fondamental.

 

 

Quelle est aujourd'hui, la situation de la classe ouvrière au Vénézuela ? Peut-on parler de progrès par rapport au passé et de batailles encore nécessaires pour ce qui est de l'organisation du mouvement ouvrier ?

 

La classe ouvrière est encore dans une phase de grande désorganisation, qui est naturellement le fruit de la fracture syndicale et politique des années 1980 et 90, car le Vénézuela a été en Amérique latine l'avant-garde du néo-libéralisme. De façon auto-critique, nous soulignons que la classe ouvrière en tant que elle n'est pas intégrée aujourd'hui au processus révolutionnaire. Le Parti communiste lutte en ce sens et apporte sa contribution à l'organisation syndicale, où on constate des résultats positifs mais aussi de nombreux obstacles qui rendent le travail unitaire difficile. A côté de ce travail de renforcement du mouvement syndical, nous œuvrons aussi à la création et au renforcement du pouvoir ouvrier. Ce sont deux aspects qui vont dialectiquement ensemble mais qui ne sont pas la même chose : une chose est la lutte syndicale, une autre la lutte politique pour le pouvoir, que nous considérons être une lutte pour le pouvoir ouvrier. Tout cela en parallèle aux Communes et aux Conseils populaires qui constituent le mouvement social. Bien entendu, notre parti s'appuie sur le vieux concept de la classe ouvrière avant-garde d'un processus révolutionnaire allant vers le socialisme. Voilà où réside une bonne partie des difficultés rencontrées, car en ce moment c'est la petite bourgeoisie qui se trouve à l'avant-garde de ce processus. Voilà pourquoi nous travaillons depuis longtemps à l'organisation et au renforcement de la classe ouvrière, notamment sur le plan syndical. Quelque chose qui fonctionne bien, c'est la construction des Conseils socialistes ouvriers. Dans l'Hôtel où nous nous trouvons, l'Hôtel Alba, se trouve un Conseil socialiste ouvriers incluant 575 travailleurs, avec une majorité de femmes qui s'organisent, c'est quelque chose de très intéressant, avec toutes ses contradictions et les difficultés de la question car il n'existe aucune loi à cet égard. De fait, ils font quelque chose d' « illégal » pour renverser la vieille société. Sans le moindre doute, nous devons faire certaines choses que le système bourgeois dominant considère comme « illégales ». Nous ne pouvons pas faire de révolution en suivant toujours les règles du système bourgeois. Comme on dit, on ne peut pas demander l'autorisation pour faire la révolution...

 

Dans le Plan 2011 du Parti communiste du Vénézuela, on trouve des éléments que vous allez porter à l'Assemblée nationale. Quels sont selon vous les progrès nécessaires à faire pour renforcer le processus de Révolution bolivarienne, ou pour aller vers le socialisme ?

 

Pour l'instant, nous n'avons qu'un seul député et cela, logiquement, pose des limites à notre travail. Avec le secrétaire-général Oscar Figuera, un des seuls, si ce n'est le seul, qui vienne réellement de la classe ouvrière, nous nous concentrons sur le Pouvoir populaire et comme nous l'expliquions auparavant, sur la Loi organique du travail. Nous ne parlons pas encore de Socialisme, nous parlons d'une étape qui est celle du Front anti-impérialiste, d'une phase préparatoire pour atteindre des objectifs plus élevés. Mais déjà à ce stade anti-impérialiste, naturellement en regardant vers le socialisme, nous devons nous attaquer à de vieux défauts, aux vieilles limites et injustices du système bourgeois et cela suppose, avant tout, de changer la législation du travail. Nous avons une législation qui représente les rapports de force des années 1980/90 et avec une classe ouvrière divisée, une organisation détruite et avec des syndicats qui sont de véritables mafias. J'explique toujours que le syndicalisme vénézuélien réformiste, social-démocrate, a été créé, financé et soutenu par l'Europe depuis les années 1950 jusqu'aux années 1980. De là viennent l'essentiel des cadres du vieux syndicalisme qui est en train finalement de s'épuiser. Tous les dirigeants de la CTV (Centrale des travailleurs du Vénézuéla) ont été formés en Italie et en Allemagne, selon des critères tirés d'une école social-démocrate et d'un système syndical nettement nord-américain. Ici, il n'existe pas de véritables confédérations syndicales, mais chaque entreprise a aujourd'hui son syndicat. Ce sont des mafias syndicales, comme aux États-Unis. En ce moment, des travailleurs sont continuellement assassinés. Une des luttes les plus importantes de l'année écoulée a été celle de Mitsubishi, où tous les dirigeants ont été assassinés après avoir remporté une lutte syndicale. Ce ne sont pas des méthodes européennes, ce sont des méthodes introduites par le système nord-américain qui est dominant ici. Pour le syndicalisme vénézuélien nous avons cette image, d'un système bras dessus bras dessous avec l'Europe et les États-Unis. Nous luttons donc pour une loi, nous mobilisons de façon positive le parti des travailleurs pour un parlement révolutionnaire socialiste. Finalement, nous convenons de cela : nous n'avons pas encore un Code du travail socialiste. Il faut voir la réalité en face, on ne pas vivre d'illusions.

 

L'autre partie du travail, c'est l'organisation du Pouvoir populaire, des travailleurs dans les entreprises. Le Parti communiste estime que c'est la tâche principale. Actuellement tout le Parti, tous ses militants sont engagés dans ce travail, dans le travail avec la classe ouvrière. J'ai suivi et accompagné de mon côté la formation de trois Conseils socialistes ouvriers, dont un ici même à l'Hôtel Alba, un autre à la VTV (Télévision vénézuélienne) et un autre à la Radio nationale du Vénézuela. C'est un travail fondamental.

 

Selon nous, l'avenir de la Révolution bolivarienne en dépend. Si l'on ne réussit pas à mobiliser et à donner le pouvoir aux travailleurs, qui contrôlera la processus de transition au socialisme ?

 

En quoi consiste la proposition présentée par le PSUV pour la construction d'un Pôle patriotique ?

 

Après plusieurs réunions du Comité central et avoir porté le document devant la base du parti, nous avons publié notre proposition de « Pôle patriotique ». Nous mettons tout simplement à l'ordre du jour un débat et une discussion où nous considérons pas qu'il n'y ait de vérité absolue. Toutefois, le PSUV n'est pas encore arrivé au bout de son débat interne ; en ce moment ils discutent des fameuses 5 lignes stratégiques dont une traite du Pôle patriotique et les quatre autres concernent leurs questions internes. Pour nous, le « Pôle patriotique » est un front anti-impérialiste qui doit intégrer tous les secteurs, qui d'une façon ou d'une autre, sont menacés par l'impérialisme.

 

Cela s'inscrit dans une perspective électorale ?

 

Bonne question. Non, nous soulignons bien qu'il ne doit pas s'agir d'une alliance électorale comme nous en avons déjà connu et dont nous ne voulons plus. Elle s'inscrit dans une lutte de classe et dépend de la vision de classe que tu portes sur cette alliance qui en elle-même peut offrir diverses perspectives. La notre est stratégique, elle voit loin ; d'autres ont comme perspective de remporter les élections, mais nous pouvons dire avec certitude – au vu des événements des dernières années – qu'il y a une prise de conscience dans tous les secteurs qui veulent vraiment avancer dans le processus bolivarien, qui ne peut être réduit aux élections. Le président Chavez lui-même dit que sur le plan strictement électoral, sans révolution, sans transformations profondes, l'ennemi de classe a naturellement l'avantage, même s'il encaisse des coups. Si nous ne parvenons pas à le battre, il relèvera de nouveau la tête.

 

Sur la crise économique mondiale qui frappe durement tous les pays du monde, comment le PCV voit la situation et quelles sont les propositions du Parti pour sortir de la crise au niveau national et international ?

 

Avant tout, nous devons constater, et ce nous le disons clairement, que la crise mondiale a touché le Vénézuela. Tout le monde ne le dit pas, mais l'économie du pays a été rudement affectée par la crise. Nous avons une économie basée sur une part importante d'importations. Nous sommes encore un pays qui importe de tout et c'est encore un autre élément que nous devons dépasser. Être dépendants signifie ne pas être libres. Être aussi dépendants implique évidemment de faire certains compromis au niveau international, ce qui n'est pas un mal en soi, mais cela doit s'inscrire dans une perspective de changement. Cela a toujours été le cas dans le secteur industriel, technologique et scientifique, mais on le constate également dans le secteur agraire ; on parle de 70 à 80% d'aliments importés et sur ce point, nous devons apporter un autre éclairage que celui de la droite. Il y a des faits qui doivent être analysés d'un point de vue de classe. Supposons qu'il y ait 80% d'aliments importés, la droite dit que le modèle socialiste est un échec total, nous disons que ce n'est pas le cas, car les gens aujourd'hui vivent et mangent mieux qu'avant. Aujourd'hui, les aliments sont accessibles, avec encore des difficultés, on peut critiquer beaucoup de choses, mais c'est un fait de dire que la famine n'existe plus. C'est une réalité de dire que le gouvernement aujourd'hui s'occupe de ce problème, avant ce n'était pas le cas. Dans les années 1990, il y avait la famine. Mais cette forte dépendance est un problème qui doit être résolu, en particulier dans un moment de crise. Nous devons souligner qu'aujourd'hui nous en avons les capacités.

 

En Amérique latine, la situation par rapport à la crise en général est différente qu'en Europe ou qu'aux États-Unis, car ici on n'a pas licencié les travailleurs par milliers. Il y a des chômeurs mais ce n'est pas une conséquence directe de la crise. Ici la classe bourgeoise, les multi-nationales ont perdu bonne partie de leur pouvoir, il y a un meilleur contrôle qu'auparavant exercé sur elles, et en particulier un contrôle légal et un contrôle également des décisions gouvernementales, il y a certaines choses qui ne peuvent pas se faire.

 

Nous voyons une solution possible à la crise dans une plus grande intégration latino-américaine et caribéenne afin de ne pas être complètement pris dans l'avalanche de la crise. Un pays tout seul peut chercher des solutions limitées et immédiates, en revanche nous avons besoin de solutions stratégiques, et une d'entre elles est justement l'intégration de l'Amérique latine qui progresse et connaît des succès.

 

 

Quelles sont les difficultés de ce processus?

 

C'est un processus très difficile, un processus unique. Simon Bolivar a échoué dans ce projet et en 200 ans on est parvenu à rien, en particulier en raison de l'ingérence étrangère, européenne d'abord et états-unienne ensuite. On a beaucoup avancé en juste 10 ans, ce qui dans l'histoire n'est rien du tout, et avec des résultats importants, par exemple l'UNASUR a évité deux guerres en Amérique latine, et ce n'est pas rien. En Europe, on ne connaît plus de guerres de nouvelle génération, la dernière a été celle en Yougoslavie. Ici il y eut une tentative d'en monter une entre la Colombie et l’Équateur en 2008, tout était prêt, les États-Unis exerçaient une pression maximale en ce sens. Mais avec une décision rapide prise par Michelle Bachelet, alors présidente chilienne de l'UNASUR, qui a invité les présidents membres de cet organisme à se réunir, on est parvenu à empêcher Alvaro Uribe de lancer une offensive militaire. Nous savons bien que là où se trouvent des guérilleros, ils se sentent le droit de passer à l'offensive, comme cela s'est produit l'an dernier au Vénézuéla. L'intention, cela a été démontré preuve à l'appui, était d'attaquer des prétendus camps de guérilleros au Vénézuéla, mais ce plan a été également mis en échec par l'UNASUR.

 

Puis il y a l'ALBA, qui pour nous signifie un bond qualitatif, où est nécessaire un niveau de conscience supérieur et c'est pourquoi tous les partis n'y participent pas. Mais il s'agit de quelque chose de plus que de simples relations internationales, on parle de solidarité et de coopération, l'argent devient un facteur secondaire, et cela est déjà quelque peu utopique, mais c'est utopie et réalité en même temps. On échange le pétrole contre de la santé ou des céréales, mais non au prix de la bourse de Londres, car il serait impossible, par exemple, pour la République dominicaine d'avoir des échanges avec le Vénézuéla.

 

Aujourd'hui, c'est possible car le pétrole de façon très utopique vaut tant de tonnes de céréales et non 120 dollars le baril. Il s'agit de quelque chose de très intéressant et cette année, le 6 juillet, naîtra la Communauté des États américains et caribéens (CELAC) à laquelle participent tous les gouvernements. La décision a été prise l'an passé à Cancun ; y participeront tous les 22 pays d'Amérique latine et centrale, tous sauf les États-Unis et le Canada.

 

Évidemment, tout cela risque de poser des problèmes, mais le fait que la proposition ait été élaborée et adoptée au Mexique, et non à Caracas et à la Havane, et ensuite exprimée par Calderon, qui nous le savons n'est pas un révolutionnaire, cela nous prouve que ces gouvernements pro-impérialistes ou pro-yankee, comme nous les appelons, ont de grandes contradictions, en particulier dans la société.

 

Ce qui se passe actuellement dans le Maghreb, en Afrique du nord, c'est le résultat de contradictions explosives dans la société et même des gouvernements de droite, comme celui de Santos en Colombie, se doivent de faire des concessions pour se sauver et sauver le système.

 

Tu connais l'Amérique latine et tu sais que les contradictions sont tout aussi explosives ici, et tu peux t'imaginer que la CELAC ne va pas connaître une vie tranquille. Cela nous renvoie aux efforts de Simon Bolivar au congrès de Panama. J'insiste toujours sur les déclarations très intéressantes de la ministre des affaires Étrangères mexicaine, de droite, Patricia Espinosa. Ses déclarations sont anti-impérialistes et j'imagine qu'elle sait très bien ce qu'elle dit – ce sont les contradictions même du système – avec ses dénonciations de l'ingérence états-unienne et elle répète plus que Calderon (qui n'ose même pas le dire) que, sans les États-Unis, le problème de la drogue ne serait pas aussi grave et que sans les armes qui viennent des États-Unis, il n'y aurait pas tant de morts qui s'élèvent à ce jour à 35 000.

 

Nous voyons ainsi que la politique révolutionnaire, c'est pas blanc ou noir, la politique révolutionnaire, c'est analyser dans quelle phase nous nous trouvons, quels alliés nous avons pour la lutte, en sachant que seuls nous ne pouvons vaincre ce monstre qu'est l'impérialisme, non seulement nord-américain mais aussi européen. Il nous faut donc rechercher des alliances, et c'est ici que la politique devient science. Le fameux « rejet de la politique » nécessite l'ouverture d'un débat collectif, celui que propose le Parti communiste. Toutefois, nous n'avons pas le monopole de la raison, de la vérité, la vérité doit se construire collectivement. Un autre point, c'est la direction collective de la révolution, car il ne s'agit pas seulement de constituer un appareil, la question est qui dirige cet appareil. Cet appareil doit être une direction collective et cela n'a pas été le cas pendant les douze dernières années, nous n'avons pas avancé en ce sens, nous n'y sommes pas. Il y a sans nul doute une prise de conscience au niveau populaire, ce qui est un progrès important, et le mérite en revient pour partie à Chavez, mais cette conscience aujourd'hui est si élevée qu'elle n'accepte plus quelque chose qui ne soit pas collectif, et les derniers scrutins électoraux en sont la preuve, avec d'excellents résultats, les gens veulent participer et prendre des décisions collectivement.

 

Comment analysez-vous la situation qui prend forme en Afrique du nord, avec ces soulèvements populaires ? Peut-on dire que la situation en Libye en revanche est quelque chose de différent ?

 

 

Pour nous, en tant que marxistes-léninistes, dogmatiques, dinosaures... en tant que révolutionnaires, il est logique que le monde continue de bouger, que les peuples continuent leur marche en avant, dans la lutte. Ce qui n'est pas toujours clair, c'est le moment et le lieu de la lutte. Toujours, où que ce soit, même en l'absence d'une poussée révolutionnaire, il faut un petit groupe de résistance, afin d'être prêt à passer à l'action avec ce noyau quand l'histoire et les peuples décident de passer de la passivité à l'action. C'est ce qui se produit actuellement en Afrique, les contradictions ont toujours été là, elles ne sont pas apparues cette année. Il y avait un système économique, politique et social, quasi médiéval, un produit – faut-il le rappeler – du colonialisme. Si tu jettes un coup d’œil à la carte et tu regardes cette ligne droite qui sépare Égypte et Libye, tu vois qu'il ne s'agit pas d'une frontière naturelle entre les deux pays. C'est un pur produit du capitalisme, du pillage orchestré par les puissances coloniales au XIXème et XXème siècle, il faut le rappeler au lieu de rejeter la faute sur les peuples ou sur un seul homme.

 

Ce qui se passe actuellement en Libye est pour nous, Vénézuéliens, très important et dangereux, car il y a de nombreux points communs, c'est mon avis, avec le coup d’État au Honduras. Tout comme cela fut un putsch contre l'ALBA, désormais le coup d’État contre la Libye est un putsch contre l'OPEC. Nous pouvons dire que, en général, l'ennemi est en train de planifier si d'un point de vue stratégique il doit garder Kaddafi ou non. Les États-Unis vont mettre en œuvre leur politique internationale dans cette région qui s'est déjà embrasée. Mais on trouve les mêmes morts et la même absence de démocratie en Mauritaine, où on tue des manifestants chaque jour, ou encore au Maroc (qui occupe en outre illégalement la République saharaouie avec plus d'un million de personnes expulsées), c'est juste que le Maroc et la Mauritanie sont protégés par l'Espagne, voilà pourquoi rien n'est fait. Puis il y a l'Algérie et la Tunisie, protégées par la France et l'Allemagne, où il s'est passé quelque chose mais qui n'est aujourd'hui plus d'actualité. Si nous passons sur la Libye, nous avons l’Égypte, où nous trouvons une situation extrêmement grave, où le gouvernement, le Conseil suprême des forces armées, est une dictature militaire protégée par Mubarak qui n'est ni à la Cour de la Haye ni à la Cour des droits de l'Homme mais se la coule douce dans une station balnéaire. Mubarak, la semaine passée, a menacé de fermer le Canal de Suez si l'ingérence extérieure s'intensifiait. Qu'est-ce alors que ce Conseil ? C'est l'extrême droite égyptienne qui ne veut pas de la démocratie, qui n'est pas disposée à faire ce que le peuple demande au prix de nombreuses victimes. Zéro, silence radio. Regarde le Yémen, où quelques rares nouvelles émergent, voit l'Oman, c'est pareil, et puis au Bahrein, où il y a trois semaines, on a tué tous ceux qui campaient sur une place. De ce protectorat Saoudien, aucune nouvelle, on ne dénonce pas les crimes commis. On ne parle pas non plus de la Jordanie.

 

Vois donc comment cette grande région est pour les États-Unis, première puissance mondiale, au cœur d'une situation bien difficile à résoudre même pour eux. Toutes leurs guerres ont été lancées contre des pays bien précis : le Vietnam, la Corée, l'Irak, l'Afghanistan, certaines escarmouches en Amérique latine et aujourd'hui cette région qui a des ressources naturelles très importantes. Alors : pourquoi la Libye ? Quelle est notre position ? En premier lieu, tous les peuples ont le droit de décider d'eux-mêmes de leur sort. La Libye est un cas compliqué, il ne s'agit pas d'un État occidental, mais d'un ensemble composé de trois grandes tribus. Kaddafi est parti d'une position révolutionnaire, anti-coloniale, en faisant tomber une monarchie et pour nous cela a été un point positif. Mais du point de vue tribal – que l'on ne doit pas critiquer en soi car il existe dans le monde des différences culturelles qui ne doivent pas nécessairement coïncider avec la démocratie occidentale ou européenne – une tribu en a exclu deux autres. Aujourd'hui, nous avons la rébellion d'une tribu de l'Est, de Benghazi contre Kaddafi, mais cette rébellion est clairement dirigée vers la conquête du pouvoir politique. Pourquoi la Libye ? Car c'est un pays pétrolifère. Car son gouvernement a toujours eu, excepté dans les toutes dernières années, des positions qui ont ennuyé les grandes puissances, il ne s'est pas soumis. En Libye, nous voyons comment l'impérialisme cherche à diviser nos pays, nos peuples, les diviser pour les dominer, quelque chose que nous devons toujours rejeter, comme cette conception hypocrite des droits de l'Homme. On ferme un œil sur un pays et on ouvre les deux sur un autre. Hier, c'était pour dénoncer la Libye comme étant en possession d'armes chimiques, d'armes de destruction massive... on se souvient de Saddam Huseein... et si elle les avait, qui les lui a vendues ? Ou les États-Unis ou la Grande-Bretagne, ou alors la France, l'Allemagne, un de ces pays les lui aurait vendues. Nous insistons sur l'auto-détermination des peuples, des tribus, car il n'y pas un peuple libyen, qui luttent pour leurs droits, nous sommes opposés à l'ingérence des grandes puissances, car nous savons que là où elles s’ingèrent il n'y aura pas de démocratie ensuite, il n'y aura pas de droits de l'Homme, il n'y aura pas d'auto-détermination des peuples, et la seule chose qui se passera, comme c'est le cas désormais en Égypte, c'est tout simplement qu'ils élimineront le clan Kaddafi pour en mettre un autre à sa place, afin de piller le pays et ses ressources.

 

Au niveau mondial, on observe un bouillonnement des luttes, reposant surtout sur la revendication de meilleures conditions de travail. Croyez-vous que l'on peut commencer à penser à une force communiste internationale. La proposition du président Chavez de 5ème internationale a-t-elle eu une suite ?

 

Au Vénézuéla, on n'en parle plus, tu n'en es rendue compte ? J'étais présent à Avila lorsque le président l'a proposé aux délégués internationaux lors du congrès du PSUV. Nous partagions alors avec lui la préoccupation de l'unité de la gauche. Aujourd'hui, le monde est différent et beaucoup plus complexe qu'il y a quelques années, quelques décennies. Dans le capitalisme naissant, il y avait l'affrontement de deux classes principales, qui pour nous continuent d'être les principales, mais aujourd'hui il existe des couches qui revendiquent des droits syndicaux mais aussi des droits spécifiques à prendre en considération. On ne peut pas toujours penser de façon générale, voilà notre vision de communistes. Par exemple, pour les femmes, toutes les grandes revendications de genre ne portent pas sur des droits strictement relatifs au monde du travail, mais elles doivent aujourd'hui être intégrées. On trouve des secteurs qui n'existaient pas auparavant, les plus faibles, les enfants, les personnes du 3ème âge, les droits spécifiques des techniciens, ingénieurs ou des travailleurs de la culture, et il faut intégrer tout cela. Cela va au-delà des partis politiques spécifiques mais en ce moment il manque encore une force organique qui puisse diriger toute cette diversité. Il faut tout simplement une force, où personne n'ait le monopole de l'identité révolutionnaire ou progressiste, il faut des organisations qui puissent articuler participation et représentation. Je suis très critique de cette théorie de l'organisation horizontale, de celle-ci ressort souvent une personne qui parle plus ou qui se met plus en avant. Nous, nous faisons le pari du collectif. Il y a une théorie de Negri, qui a été reprise par Chavez, qui disait que nous ne sommes pas un parti de cadres. Nous sommes un parti de multitudes ! Voyons tout d'abord : Qu'est-ce qu'une multitude ? Pour moi, c'est quelque chose de désorganisé. Il y a des désaccords sur cette question, mais l'important pour nous, au Vénézuéla, c'est qu'un débat existe même sur ces questions-là.

 

Le mouvement communiste international n'existe pas actuellement, il y a des efforts importants réalisés en ce sens et pour moi il est positif de réaliser certaines actions ensemble, pour le moment il y a beaucoup de réunions, d'événements et de séminaires, mais on se demande, et après ?

 

L'impérialisme est toujours à l’œuvre mais nous sommes aujourd'hui un peu moins vulnérables en ce monde, avant on traversait la rue et on risquait sa vie, aujourd'hui on recueille des signatures sur Internet. L'ennemi de classe est toujours là et nous n'avons pas de solution concrète. Ce qui est intéressant, c'est que Chavez emmène le débat sur ces questions que les gens n'osent pas affronter, comme lorsqu'à l'ONU il a parlé de souffre et qu'il a reçu une salve d'applaudissements car tout le monde le pensait mais personne n'osait critiquer publiquement le président des États-Unis. Il s'agit donc d'une tâche collective, ou plus que du mouvement communiste, nous parlons de Front anti-impérialiste, où doivent participer les partis communistes, les ouvriers. La lutte continue donc, comme dans la conception du Manifeste du parti communiste, nous sommes unis, tous les hommes et les femmes progressistes, qui veulent faire changer les choses en ce monde. C'est pour cela qu'aujourd'hui la solidarité internationale est plus importante que jamais, voilà pourquoi nous sommes également solidaires avec la situation de la Libye, nous ne justifions pas mécaniquement un homme sans voir ce qui se trouve derrière, nous ne croyons pas automatiquement les images de supposés massacres. Désormais, on parle d'une guerre civile. Dans cette guerre civile, seul un camp subit des pertes, et l'autre non ? Il faut plutôt éviter que des civils se positionnent en faveur des intérêts de l'impérialisme et jamais en faveur des intérêts des peuples. Voilà pourquoi est nécessaire ce mouvement progressiste, anti-impérialiste international, comme nous l'appelons : il faut faire le maximum, et ce n'est pas chose facile, car il faut intégrer tous les secteurs, et les respecter peu importe leur importance quantitative. Il faut le faire au beau milieu d'une lutte de classe où l'ennemi a l'avantage médiatique, du pouvoir économique et militaire, l'avantage de nos divisions, qui ne naissent pas par hasard et cependant, pour conclure sur une note positive, nous disons que l'Amérique latine dans la dernière décennie a démontré réellement que la lutte des peuples est chose possible. Nous attendons toujours que ce soit le cas ailleurs, comme aujourd'hui en Afrique et dans les pays arabes où peuvent émerger ces luttes anti-impérialistes.

 

L'Amérique latine a commencé à tisser des relations étroites avec l'Afrique, il existe l'alliance Afrique-Amérique du sud (ASA) qui en est encore à ses débuts, et qui est peut-être un peu trop bureaucratique, mais cette relation existe déjà. Avant elles n'existaient que vers le nord, vers les États-Unis et vers l'Europe. Nous voyons cette difficile lutte de classe où se joue non le seul destin d'un pays mais celui de l'humanité comme quelque chose de positif.

 

La folie qui peut se déchaîner avec les armes de destruction massive qui sont entre les mains des puissances impérialistes mais non entre les nôtres, comme nous le dénonçons toujours, est quelque chose de grave. Comme il est grave que dans les gouvernements des États-Unis, dans l'ancien comme le nouveau, apparaissent de nombreuses sectes, où il ne s'agit pas de simples positions politiques, contre lesquelles tu peux t'opposer mais que tu peux reconnaître. Tu peux définir une position conservatrice, une position social-démocrate, tu ne la partages pas mais tu peux la reconnaître, mais ces sectes qui émergent aux sommets du pouvoir, le fait que derrière un président se trouve un révérend que tu ne connais pas, cela mène à un fanatisme qui peut se constater d'une part en Afghanistan ou en Iran, d'autre part en Israël.

 

Cela mène aujourd'hui la politique sur un terrain inconnu, car tu n'as pas de point de référence politique mais une sorte de folie, un fanatisme et es fanatiques ont un arsenal nucléaire à leur disposition.

 

Voilà le grand danger qui nous pousse à nous unir et à gagner. Ce n'est pas une option ou une possibilité, c'est un devoir pour nous.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Vénézuela - Révolution bolivarienne
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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 07:13

imagen-fondo-congresoXIVème Congrès du PCV : les communistes réaffirment leur alliance historique avec le parti de Chavez pour approfondir la révolution bolivarienne mais ne taisent pas leurs critiques



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



 

Le XIVème Congrès du Parti communiste vénézuelien qui se tenait du 4 au 7 août à Caracas fut le point culminant de plusieurs mois de débats dans le parti autour du thème du renforcement de la révolution et de son orientation socialiste. Un congrès capital dans une période d'incertitudes autour de l'avenir de la révolution bolivarienne.

Parmi les questions posées au débat, l'avenir de l'alliance socialiste-communiste a occupé une place centrale. A court terme avec la campagne des présidentielles de 2012, à long terme avec la question de la direction collective du processus de révolution bolivarienne.

Certes, le PCV a réaffirmé sa fidélité au processus de révolution bolivarienne, et à son leader historique Hugo Chavez mais il a aussi défendu son indépendance idéologique et organisationnelle.

Un parti qui ne tait pas ses critiques sur une révolution qui ne tient pas toutes ses promesses...

Dans les dernières semaines, les médias privés se sont gargarisés sur les tensions entre les deux forces qui composent l'alliance au pouvoir, le PSUV de Chavez et les communistes, spéculant même sur une rupture proche.

Il faut dire que le soutien des communistes s'est révélé de plus en plus important pour le parti de Chavez avant tout car le PCV est le « seul allié qui nous reste », dixit Chavez avant les législatives de 2010 et après la rupture avec les dernières formations opportunistes parties prenantes de la coalition, comme le PPT (Patrie pour tous).

Mais aussi car le PCV est une force porteuse d'une ligne politique révolutionnaire claire et conséquente, qui n'abdique pas son esprit critique face aux limites du chavisme, tant sur le plan politique, économique qu'international.

Sur le plan politique, les communistes dénoncent un flou idéologique et politique dans la direction du processus révolutionnaire, avec un PSUV – parti fourre-tout et en plein collusion avec le pouvoir étatique – sans consistance idéologique et organisationnelle, et l'absence d'une direction collective, thème majeur de ce Congrès.

Sur le plan économique, le bilan de douze ans de chavisme dressé par les économistes du parti est plus que mitigé. Certes, grâce à la redistribution de la rente pétrolière, la pauvreté recule (de 49,4 à 27,6% entre 1999 et 2008), les inégalités les plus extrêmes se réduisent ; grâce aussi aux missions avec une aide cubaine décisive, l'alphabétisation et l'accès aux soins de santé se développent. Mais le pays n'a pas subi de transformation profonde de sa structure productive. Pire, le secteur privé sort renforcé de ses douze années. En 1999, 68% de l'économie était entre des mains privés, aujourd'hui, les capitaux privés contrôlent 71% de l'économie. Le PCV propose, lui, une série de réformes structurelles pour parvenir à cette transformation socialiste de l'économie reposant sur un fort secteur nationalisé et la planification démocratique.

Enfin, sur le plan international, le PCV a exprimé avec des mots durs sa réprobation du rapprochement récent du président Chavez avec la Colombie de Santos, livrant notamment les dirigeants des FARC Joaquin Becerra et Julian Conrado à l’État fascisant. En avril dernier, le PCV déclarait même que la « confiance était brisée » avec le président Chavez.

...mais qui reste le fidèle allié de Chavez et une force indispensable pour la transition au socialisme

En dépit de toutes ces critiques de fond, parfois dures, le PCV reste dans l'analyse concrète de la situation concrète.

Dans la situation actuelle, Chavez et le PSUV se trouvent naturellement toujours du côté de la révolution, et les partis de droite (mais aussi opportunistes de gauche) du côté de la réaction. Et il s'agit donc de défendre, d'approfondir et de ré-orienter le processus de révolution bolivarienne socialiste.

14-congreso-instalacionLe premier jour du Congrès fut marqué par l'intervention téléphonique d'Hugo Chavez, luttant de toutes ses forces contre un cancer, et réaffirmant le caractère central pour lui de l'alliance avec les communistes « non comme quelque chose de conjoncturel, mais comme une nécessité historique ».

Le Congrès du PCV a réaffirmé son soutien plein et entier au président Chavez en vue des présidentielles de 2012 décevant les espoirs des médias bourgeois :

« C'est important que nous ayons envoyé un message clair aux secteurs de la réaction, de la contre-révolution et de l'opposition permanente, qui ont voulu construire un mouvement d'opinion sur un état supposé de fracture et d'affrontement, et sur une décomposition du soutien du parti au processus politique vénézuelien.

Avec cette décision, nous leur disons : messieurs, redescendez sur terre. L'organe suprême du PCV a décidé de soutenir la candidature du Président », a déclaré le secrétaire-général du PCV Oscar Figuera, réélu à l'occasion.

La constitution du pôle patriotique ? oui, si c'est pour une direction collective de la révolution, non si c'est pour liquider le PC !

En octobre 2010, Hugo Chavez proposait à ses alliés, en premier lieu le Parti communiste, une forme de coordination plus structurée et durable : le Pôle patriotique. Le PCV avait réagi positivement à l'idée sans taire ses préoccupations.

Le Congrès du PCV devait fixer la ligne officielle du Parti vis-à-vis du Pôle patriotique. La réponse se place sur le contenu de cette alliance, son incidence sur la direction du processus révolutionnaire et sur l'avenir du parti.

Le PCV acceptera le Pôle patriotique à deux conditions : qu'il soit une direction collective du processus révolutionnaire et qu'il ne remette pas en cause l'existence du Parti.

oscar-figuera-pcvOscar Figuera clarifie en ce sens sa définition du Pôle tel qu'il le conçoit : « le Pôle doit être un large front national anti-impérialiste qui se dote d'une direction collective et intègre l'ensemble des forces non pour se battre pour les postes au Gouvernement, mais pour débattre en profondeur sur notre mode de gestion, les propositions que nous devons développer ensemble, à partir d'une perspective critique et auto-critique, signaler où nous considérons qu'il existe des lacunes pour pouvoir les corriger et avancer dans le processus. Nous sommes demandeurs d'un espace dans lequel nous pouvons apporter notre opinion. »

Mais pour le secrétaire-général, il n'est pas question de s'engager dans un processus flou, qui porterait atteinte à l'indépendance du parti : « Nous n'allons pas nous intégrer là-dedans aux niveaux régionaux et municipaux jusqu'à ce qu'il y ait une définition de ce qu'est le Pôle patriotique. Personne ne peut intégrer quelque chose que l'on a pas défini. C'est une résolution du congrès. »

Et si le Pôle ne répond pas à ces objectifs, ajoute Oscar Figuera, on privilégiera un autre espace de coordination plus limité mais plus sûr pour éviter la liquidation du point de vue et de l'organisation communiste.

En 2007, le président Chavez avait déjà tenté de passer en force pour dissoudre le Parti communiste dans le PSUV. Malgré les pressions et les invectives de Chavez, le PCV avait refusé de se saborder. Quatre ans après, le bien-fondé de cette décision anti-liquidatrice est manifeste.

Et le Congrès du PCV persiste sur cette voie puisqu'il a également insisté sur la nécessité de renforcer le PCV comme un élément indispensable pour approfondir la révolution vénézuelienne, et de « ré-organiser sa vie interne vers le développement d'un effort beaucoup plus soutenu vers les travailleurs et la classe ouvrière. »

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Vénézuela - Révolution bolivarienne
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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 13:37

chavez figueraLe président vénézuelien Hugo Chavez confirme la centralité de l'alliance avec les communistes « non comme une entente conjoncturelle mais comme une nécessité historique »

 

 

 

Compte-rendu publié par le PC Vénézuelien

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Le président a salué les 526 délégués nationaux et 43 représentants internationaux qui participent au XIVème Congrès du Parti communiste vénézuelien (PCV), qui se tient dans le contexte du 74ème anniversaire du PCV.

 

Le président de la république, Hugo Chavez Frias, a déclaré ce jeudi que l'alliance du processus révolutionnaire avec le Parti communiste vénézuelien (PCV), bien au-delà du conjoncturel, est une nécessité historique.

 

« Notre alliance va bien au-delà du conjoncturel, c'est une nécessité historique que nous devons continuer à construire », a affirmé le président lors d'une brève participation téléphonique pour l'ouverture du XIVème Congrès du Parti communiste vénézuelien, qui s'est tenue dans la salle de conférence du Parc Central.

 

Dans son discours, le chef de l’État a remercié les militants du PCV « pour leur soutien de toujours »et a confirmé son appui à cette formation politique.

 

Il a réaffirmé que les États-Unis étaient plongés dans une crise capitaliste, moment propice pour passer à l'offensive, une occasion selon lui à saisir pour construire des modèles alternatifs.

 

« La voie (vers le socialisme) est pleine de contradictions et de dilemmes, mais c'est la nôtre, nous mettons le cap vers une nouvelle hégémonie », a souligné le Chef de l’État.

 

Il a rappelé que 2011 marque le septième anniversaire de la déclaration du caractère socialiste et anti-impérialiste de la Révolution bolivarienne, née comme le fruit d'un enchaînement d'événements qui ont émaillé une voie « qui est encore pleine de contradictions, de doutes et de dilemmes, mais qui continue à avancer ».

 

Par ailleurs, le président Chavez a annoncé qu'il entamera d'ici quelques heures la deuxième phase de sa chimiothérapie. « C'est une bataille que je remporterai avec l'aide de vous tous, la solidarité du peuple vénézuelien et des médecins vénézueliens et cubains. Je vivrai pour que, tous ensemble, nous continuions à construire la patrie socialiste », a-t-il affirmé.

 

Un total de 526 délégués nationaux et 4 représentants de 31 organisations venant de 28 pays des cinq continents participent à ce Congrès, intégré dans les célébrations du 74ème anniversaire du PCV.

 

La cérémonie d'ouverture a vu la présence du vice-président de la République, Elias Jaua Milano ; du président de l'Assemblée nationale (AN), Fernando Soto Rojas ; du ministre des Affaires étrangères Nicolas Maduro ainsi que de la députée Cilia Flores, des dirigeants du PCV ainsi que d'autres personnalités de la vie politique nationale et internationale.

 

Vidéo de l'intervention de Hugo Chavez: http://www.youtube.com/watch?v=mgPl__SFxBM



Légende de la photo : le président Hugo Chavez avec le secrétaire-général du PCV, Oscar Figuera, en novembre 2009



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