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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 02:23

howard zinHoward Zinn: un historien populaire

 

Par Norman Markowitz, pour People's World (quotidien du Parti Communiste des Etats-Unis)



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Howard Zinn est mort hier mais il continuera à vivre tant que les générations futures liront son Histoire populaire des Etats-Unis et diront « Wow! » - en les comparant à la fois aux anciennes et nouvelles idées reçues que l'on nous apprend à accepter.



Je connaissais Howard Zinn, pas très bien mais suffisamment pour me sentir personnellement triste de sa disparition. Sa vision du monde était celle d'un homme de gauche, de ceux que C. Wright Mills dans les années 1950 appelaient dans les années 1950 les « véritables marxistes ». Il était à la fois un universitaire et un militant, un « intellectuel organique », un « intellectuel public », toute cette sorte de choses sur lesquelles les autres écrivent, construisent leurs carrières, mais qu'ils sont rarement eux-mêmes. Il n'a jamais été un homme de la « fin des idéologies », du « pas de jugements de valeur » dans les années 1950 et 1960. Des concepts comme le « post-modernisme », le post-marxisme, les nouveaux idéalismes de la subjectivité et de l'identité, chacuns à leur manière beaucoup plus difficile à attaquer que les vieux dogmes à cause de leur caractère insaisissable, n'ont jamais eu aucune place dans son travail.



Né dans une famille ouvrière Juive, Howard Zinn a été bombardier pendant la seconde guerre mondiale et a vécu les horreurs de la guerre – horreurs qui ne l'ont jamais quitté. Le GI Bill lui a permis d'accès à une éducation supérieure, et d'obtenir un doctorat en science politique. Cela l'a emmené à enseigner au Spelman College, une université Afro-Américaine, en 1956 alors que le mouvement des droits civiques commençait sa marche en avant. Son soutien aux étudiants radicaux à Spelman lui a coûté son poste. En 1964, il devient professeur associé à la Boston University, où il restera jusqu'à sa retraite officielle.



Il commence alors à écrire des livres et des articles en faveur des mouvements populaires, pour les droits civiques et contre la guerre, que les universitaires établis vont largement ignorer et les critiques de journaux violemment attaquer. Mais les progressistes ont réalisé qu'il n'y avait rien d'anormal à cela, et les jeunes, galvanisés par les mouvements des droits civiques et anti-guerres comme beaucoup le sont encore aujourd'hui par la victoire d'Obama, ont lu ces livres qui leur ont apporté une nourriture intellectuelle contre la tambouille intellectuelle produite en série qu'ils s'attendaient à ingurgiter et à digérer pour le reste de leurs vies.



Ces travaux comprenaient SNCC: Les Nouveaux Abolitionnistes (1965), Vietnam: La Logique du Retrait (1967), et Désobéissance et Démocratie (1968)



zinnEn 1980, Zinn a publié la première édition de son Histoire populaire des Etats-Unis, qui a été lu par des millions de personnes dans le monde entier et leur a donné une certaine vision de l'histoire des luttes sociales aux Etats-Unis contre ceux qui défendaient l'esclavage au nom de la liberté, la conquête de l'ouest et la destruction des peuples indigènes au nom de la destinée manifeste, et l'exploitation des travailleurs et la mise en place d'un empire mondial au nom de la démocratie.



Zinn a pu tirer des royalties non-négligeables de son travail, ce dont il avait besoin, depuis que John Silber, le tyrannique président de la Boston University, lui-même figure de proue de l'establishment, a gelé le salaire de Zinn, lui a refusé l'octroi d'assistants pour ses cours dans lesquels les étudiants affluaient, et l'a vilipendé en public et en privé.



Entre autres, Zinn a été actif en essayant de former un syndicat à la Boston University, tentative brisée avec succès par Silber. Je me rappelle que l'on m'avait demandé, il y a quelques décennies, d'aller à la Boston University et de participer à une soutenance de thèse d'un étudiant. J'y ai répondu positivement parce qu'Howard Zinn, ainsi qu'un ancien professeur que j'ai connu depuis mes années passées à l'Université de Michigan, faisait partie du jury. J'étais censé recevoir une modeste compensation pour mon voyage (le coût de l'essence et de l'hôtel) et les documents étaient prêts. Plus tard, on m'a dit que le département d'histoire ne pouvait pas le prendre en charge parce que le Président Silber, apprenant que Zinn faisait partie du jury, y avait opposé son veto.



En fait, j'étais même un peu flatté. C'était peut-être la seule fois dans ma vie, dans les nombreuses situations dans lesquelles on m'a refusé quelque chose pour des raisons politiques, que j'étais seulement un « spectateur innocent » des événements.



Silber, un moment le président d'université le mieux payé de tous les Etats-Unis, est parti et a été heureusement oublié, sauf de ceux qu'il a blessé et qui en garderont à jamais un mauvais souvenir. Howard Zinn ne sera jamais oublié grâce à son travail.



Zinn a pris sa retraite de la Boston University en 1988 mais a continué à écrire et à parler. Je recommanderais en particulier You Can't be Neutral on a Moving Train: A Personal History of Our Times [On ne peut pas rester neutre devant un train en marche: une histoire personnelle de notre temps] écrit en 1994 . Vous pouvez aussi le trouver sur YouTube déclamer contre l'Empire Américain, ou lire sa dernière œuvre, Terrorisme et Guerre (2002) sur le post 11 septembre. Vous pouvez même lire les attaques anti-communistes lancé contre lui par les chiens de garde de la droite, qui sont toutes parties du siège de la Fox, des hommes de Rupert Murdoch. Vous pouvez lire et peut-être voir sa pièce, Marx à Soho. Howard Zinn est ici, là et partout.



Laissez-moi conclure cette hommage à Howard avec les dernières lignes de la dernière édition de son Histoire populaire des Etats-Unis. Martin Fitzwater, attaché de presse de George Bush père, répondait aux journalistes qui l'interrogent lors d'un diner présidentiel où de grandes entreprises avaient versé de grosses sommes d'argent pour avoir le « privilège » d'y assister. Fitzwater a dit honnêtement: « Elles payent leur droit d'accès au système. Oui, c'est cela ». Quand on lui a demandé ce que devaient faire ceux qui n'ont pas cet argent pour avoir ce droit d'accès. Fitzwater a répliqué, « Ils devront demander ce droit d'accès par d'autres moyens ».



Les derniers commentaires de Zinn sont les suivants: « Cela devrait être un indice pour la plupart des Américains qui veulent un véritable changement. Ils devrait demander leur droit d'accès par leurs propres moyens. » Et cela aujourd'hui, face aux banques monopolistes, aux compagnies d'assurances rapaces et à la vache toujours sacrée du complexe militaro-industriel, c'est ce que justement, avec l'aide du travail d'Howard Zinn, ils peuvent et doivent faire.



Site de People's World: http://www.peoplesworld.org/



 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Etats Unis-Canada
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