Partis communistes

Notre lutte

Le site http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ publie des traductions de déclarations, de communiqués, d’articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international.

 

La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » qui refuse la dérive réformiste de la direction du PCF suivant le Parti de la gauche européenne. Notre site s’efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationaliste portée historiquement par le PCF.

 

Parmi ses centres d’intérêts prioritaires :

 

  • la solidarité avec les mouvements anti-impérialistes, notamment le soutien à Cuba, aux expériences socialistes d'Amérique Latine, aux résistances aux guerres impérialistes. Notre site relaie ainsi les mobilisations contre la guerre et l’occupation de l’Afghanistan, les prises de position contre l'OTAN, contre la subordination au bloc impérialiste nord-américain,

  • la mise en valeur des actions des partis communistes qui prennent le parti de la lutte de classe, restent fidèles à leur raison d’être révolutionnaire.

  • les tentatives de reconstituer une forme de coopération politique entre partis communistes, dans le monde comme en Europe, à l’opposé du PGE et de son acceptation de l’UE capitaliste. Le site traduit ainsi régulièrement les appels internationaux de partis communistes.

  • le refus du révisionnisme historique, de la criminalisation du communisme, notamment impulsée par l'Union Européenne, l’examen critique et la défense de l'héritage des expériences socialistes passées.

Calendrier

Septembre 2014
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30          
<< < > >>

Recommander

Archives

Actualité

Mise à jour : 23 décembre 2013

 

Non aux guerres impérialistes sur le continent africain ! : Les Partis communistes contre l'intervention en Syrie ; porter une opposition conséquente à l'intervention française au Mali ; Françafrique en Centrafrique, c'est non ! 

 

Des Partis communistes qui relèvent la tête en 2013 : au Népal, les communistes hégémoniques ; au Chili, un record de députés depuis 1973 ; en République tchèque, les communistes à 15 %, au plus haut depuis 89 ; Luxembourg, Autriche, résistance des PC (1-2%) dans des contextes hostiles ; Elections locales au Portugal : le PC à 12 %, Bloc de gauche à 2 % ; Lettonie : les communistes à la tête d'une coalition victorieuse à l'assaut de Riga ! ; à Chypre, les communistes résistent ... à 27 % ! ; Elections professionnelles en Grèce, le PAME lié aux communistes en tête ; Israel, communistes et anti-sionistes toujours présents ! ; au Japon, les communistes au plus haut depuis 1995 ; en Inde, les communistes dominateurs dans l'Etat du Tripura.

 

Révolutions latino-américaines et construction du socialisme: nationalisations à l'ordre du jour en Argentine et en Bolivie; réduction des inégalités et de la pauvreté au Vénézuela et en Bolivie; l'exemple cubain: supériorité du socialisme pour le bien-être des mères, des enfants, top 10 mondial de l'IDH non-économique

 

Sortir de l'Euro ? Le débat est ouvert ! : à Chypre, les communistes pour la sortie de l'Euro ; au Portugal, le débat avance pour une rupture avec l'euro dans le PCP ; une idée qui progresse en Espagne, avec des contradictions ; la gauche allemande déchirée, Die Linke freine contre son père fondateur !

 

Dénoncer le mythe de l'Europe sociale, combattre l'Europe du capital et de la guerre : Un congrès du PGE pour refonder l'Europe, la grande illusion ; le syndicat des cheminots britanniques pour la rupture avec l'UE ; 

 

Les partis du PGE: aile-gauche de la social-démocratie: une sioniste amie de Sarkozy candidate à la présidentielle de Linke en Allemagne, Izquierda Unida profite de ses résultats pour collaborer dans les gouvernements régionaux avec le PSOE en Espagne, Syriza lance des appels du pied à l'UE et se propose comme social-démocratie de substitution

 

 

jews-against-israel.jpgLes survivants juifs et descendants de survivants et victimes du génocide nazi condamnent sans équivoque l'assaut israélien contre Gaza



327 survivants juifs et descendants de survivants et victimes du génocide nazi ont publié cette lettre en réponse à la manipulation du génocide juif opérée par par Elie Wiesel ce samedi 23 août dans le New York Times. Depuis, plusieurs autres ont apposé leurs signatures.



Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



En tant que survivants et descendants des survivants juifs, et victimes du génocide nazi, nous condamnons sans équivoque le massacre des Palestiniens à Gaza, ainsi que l'occupation et colonisation de la Palestine.



Nous condamnons par ailleurs les États-Unis, pour avoir donné à Israël les financements qui lui ont permis de mener l'attaque, et les États occidentaux plus généralement qui utilisent leurs muscles diplomatiques pour protéger Israël de toute condamnation.



Un génocide commence quand le monde se tait.



Nous sommes inquiets de l'extrême et raciste déshumanisation des Palestiniens dans la société israélienne, qui atteint son paroxysme. En Israël, les politiciens et les chroniques du Times of Israel ou du Jerusalem Post ont appelé ouvertement à un génocide des Palestiniens, et certains militants israéliens d'extrême-droite reprennent maintenant des symboles néo-nazis.



En outre, nous sommes dégoûtés, indignés par ce que fait Elie Wiesel, qui fait une utilisation abusive et malhonnête de notre histoire dans des pages qui justifient l'injustifiable : l'effort massif israélien pour détruire Gaza et assassiner plus de 2 000 Palestiniens, y compris de nombreux enfants.



Rien ne justifie le bombardement d'abris de l'ONU, de maisons, d’hôpitaux et d'universités. Rien ne justifie le fait de priver des gens d'électricité et d'eau.



Il faut élever nos voix, collectivement, et utiliser notre force collective pour mettre un terme à toutes les formes de racisme, y compris le génocide en cours dont est victime le peuple palestinien.



Nous appelons à ce que le siège et le blocus de Gaza soit levé sur-le-champ. Nous appelons à un boycott économique, académique et culturel d'Israel.



« Plus jamais ça », cela signifie : PLUS JAMAIS CA POUR QUICONQUE !



Ici, les 44 premiers signataires, les survivants directs :



  1. Hajo Meyer, survivant d'Auschwitz, Pays-bas.

  2. Henri Wajnblum, survivant d'Auschwitz de Lodz, Pologne. Vit en Belgique.

  3. Renate Bridenthal, enfant réfugiée d'Hitler, grand-fille d'une victime d'Autschwitz, Etats-unis

  4. Marianka Ehrlich Ross, survivante du nettoyage ethnique nazi à Vienne, Autriche. Vit maintenant aux Etats-unis (USA).

  5. Irena Klepfisz, survécut au ghetto de Varsovie, Pologne. Vit aux Etats-unis.

  6. Hedy Epstein, ses parents, sa famille furent déportés au Camp de Gurs et périt à Auschwitz. Vit aux USA.

  7. Lillian Rosengarten, survivant de l'holocauste nazi, USA.

  8. Suzanne Weiss, a survécu en se cachant en France, sa mère est morte à Auschwitz. Vit au Canada.

  9. H. Richard Leuchtag, survivant, USA.

  10. Ervin Somogyi, survivant et enfant de survivants, USA.

  11. Ilse Hadda, survivant grâce au Kindertransport vers l'Angleterre. Vit aux USA.

  12. Jacques Glaser, survivant, France.

  13. Eva Naylor, surivante, Nouvelle Zélande.

  14. Suzanne Ross, enfant-réfugié de l'occupation nazie en Belgique, deux-tiers de sa famille péri dans le ghetto de Lodz Ghetto, à Auschwitz, dans les camps, USA.

  15. Bernard Swierszcz, survivant polonais, a perdu des proches à Majdanek. Vit aux USA.

  16. Joseph Klinkov, enfant caché en Pologne. Vit aux USA.

  17. Nicole Milner, survivante de Belgique. Vit aux USA.

  18. Hedi Saraf, survivant et enfant de survivant de Dachau, USA.

  19. Michael Rice, survivant, fils et petit-fils de survivant, USA.

  20. Barbara Roose, survivante d'Allemagne, demi-soeur tuée à Auschwitz, USA.

  21. Sonia Herzbrun, survivante du génocide nazi, France.

  22. Ivan Huber, survivant avec mes parents, USA.

  23. Altman Janina, survivant à Janowski, originaire de Lvov. Vit en Israel.

  24. Leibu Strul Zalman, survivant deVaslui, Roumanie. Vit à Jerusalem, Palestine.

  25. Miriam Almeleh, survivante, USA.

  26. George Bartenieff, survivant d'Allemagne, fils de survivant, USA.

  27. Margarete Liebstaedter, survivante, cachée par des chrétiens en Hollande. Vit en Belgique.

  28. Edith Bell, survivante de Westerbork, Theresienstadt, Auschwitz et Kurzbach. Vit aux USA.

  29. Janine Euvrard, survivante, France.

  30. Harry Halbreich, survivant, Allemagne.

  31. Ruth Kupferschmidt, survivante, a passé cinq ans à se cacher, Pays-bas.

  32. Annette Herskovits, enfant cachée et fille de déportés à Auschwitz, vient de France. Vit aux USA.

  33. Felicia Langer, survivante d'Allemagne. Vit en Allemagne.

  34. Moshe Langer, survivant d'Allemagne, Moshe a survécu à 5 camps, sa famille a été exterminée. Vit en Allemagne.

  35. Adam Policzer, enfant caché de Hongrie. Vit au Canada.

  36. Juliane Biro, survivante via le Kindertransport en Angleterre, fille de survivants, USA.

  37. Edith Rubinstein, enfant-réfugiée, grand-fille de 3 victimes, Belgique.

  38. Jacques Bude, survivant, ses parents sont morts à Auschwitz, Belgique.

  39. Nicole Kahn, survivante, France.

  40. Shimon Schwarzschild, survivant d'Allemagne, USA.

  41. George Winston, survivant, Australie.

  42. Marietta Elliott-Kleerkoper, survivante, cachée de 1942 à 1945 dans la campagne hollandaise avec des chrétiens, Australie.

  43. Susan Varga, survivante, Australie.

  44. Gilles Cocos, survivant et frère et enfant de survivants, a perdu plusieurs proches dans les camps, USA.



 

Voir la liste complète des 360 signataires ici : http://ijsn.net/gaza/survivors-and-descendants-letter/

Mardi 2 septembre 2014 2 02 /09 /Sep /2014 07:17
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

hyundai-kia.jpgVague de grèves dans l'automobile en Corée du sud dans les usines Renault, Hyundai et Kia : 100 000 ouvriers dans la lutte

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

La Corée du sud est un modèle régulièrement avancé par le patronat français, tel Pierre Gattaz en décembre dernier : « la Corée du sud, elle, a fait le pari de l'entreprise ». Pas un hasard : heures de travail à rallonge, cadences infernales, précarisation, répression anti-syndicale. Mais les travailleurs coréens ne se laissent plus faire et engagent la riposte.

 

Le mouvement de grèves qui touche l'industrie automobile est une première. Non que le secteur soit calme ces dernières années : ainsi, c'est la troisième année de suite que Hyundai connaît des mouvements de grève, et Renault a connu huit grèves partielles depuis le début de l'année.

 

La nouveauté, c'est que ces grèves ont pris une forme coordonnée, entre les salariés de Hyundai et Kia. Le 14 août, 70 % des 47 000 syndiqués de Huyndai ont voté la grève, rejoint par les 30 000 syndiqués de Kia. Ce 22 août, une grève de 4 heures a été organisée chez Hyundai et Kia.

 

Ce sont désormais les ouvriers de Renault (propriétaire de Samsung Motors) qui partent pour un mouvement de grève. Ils ont refusé le 29 août un plan de la direction – après plusieurs grèves perlées, partielles depuis juillet – bien inférieur à leurs attentes.

 

Déjouer le piège patronal : intégrer les bonus réguliers au salaire

 

L'enjeu, c'est l'intégration des bonus octroyés sur une base régulière comme paye régularisée. La Cour suprême en décembre 2013 a donné raison aux syndicats en incitant les entreprises à intégrer les bonus réguliers au salaire.

 

Pour le patronat sud-coréen, payer les travailleurs en bonus réguliers a plusieurs avantages :

 

1 – il pousse les travailleurs à accepter une sur-exploitation par des « incitations à la production », supposant une intensification des cadences, des heures supplémentaires ;

 

2 – cela introduit de même une logique d'intéressement à la performance de l'entreprise, patrons et ouvriers étant dans le même bâteau pour augmenter la production, être « compétitif » ;

 

3 – enfin, cela permet d'éviter aux patrons du secteur de payer les cotisations sociales patronales assujetties au salaire, donc de rogner sur les avantages sociaux des salariés : les congés payés, les allocations maladie, les retraites bien entendu.

 

La lutte actuelle montre que les syndicats ne sont plus dupes et les avances du patronat proposant de sérieuses revalorisations des bonus ont rencontré, pour l'instant une fin de non-recevoir.

 

« Si l'entreprise continue, on lancera une grève illimitée »

 

Ainsi, le 29 août, les salariés de Renault ont refusé une hausse de 48 € du salaire mensuel, accompagné de « bonus lié à la production » de plusieurs centaines d'euros. Ils réclament une hausse de 90 € du salaire, après un gel des salaires de deux ans.

 

Chez Hyundai et Kia, les salariés ont refusé le plan de la direction consistant à accorder de nouveaux bonus en échange d'heures supplémentaires le week-end. Les travailleurs réclament une hausse du salaire de 100 € par mois, ainsi que la garantie d'être employé jusqu'à 60 ans.

 

Les syndicats ont durci le ton, si on suit la déclaration commune à la fin du mois de juillet de Lee Gyeong-hun, responsable du syndicat à Hyundai et Kim Jong-seok, son homologue à Kia :

 

« La Cour suprême a confirmé l'an dernier que les bonus réguliers devaient devenir salaire régulier, mais Hyundai-KIA a dit qu'il ne l'accepterait pas … Si l'entreprise veut s'embourber dans une catastrophe avec ces négociations malhonnêtes, on lancera une grève illimitée ».

 

Lutte de classes en Corée du sud :

 

un syndicat de classe et de masse face à un patronat intransigeant

 

Les deux syndicats présents dans les entreprises font partie du KMWU (Syndicat des travailleurs de la métallurgie coréenne), la première fédération de la puissante et combative Confédération coréenne des syndicats (KCTU).

 

La KCTU compte 700 000 syndiqués, elle est une des deux grandes confédérations syndicales mais représente une alternative à la FKTU proche du pouvoir et du patronat. Elle est connue pour ses positions de lutte de classe, illustrées par les grandes grèves des années 1990.

 

Le patronat sud-coréen, lui, n'hésite pas à brandir le bâton après la carotte.

 

Alléguant de pertes de 50 millions d'euros dans les usines Hyundai et Kia (après la grève de 4 heures), le chaebol (monopole sud-coréen) prétend même que les syndicats lui ont coûté depuis 1987 (la fin de la dictature!) la somme de 11 milliards d'euros.

 

Face à ce péril syndical, Hyundai envisage deux solutions : l'embauche de travailleurs temporaires en substitution des travailleurs réguliers, la délocalisation.

 

A titre d'exemple, Hyundai délocalise une partie importante de sa production en Chine, envisageant de passer dans les prochaines années de 500 000 à 1 million de voitures produites dans le pays voisin. Actuellement, le groupe sud-coréen ne produit plus que 40 % de ses autos au pays.

 

Pourtant, Hyundai est loin de se porter mal : après avoir réalisé 1 milliard d'euros de profits en 2012, il a encore augmenté ses marges atteignant les 1,3 milliard en 2013. Selon les analystes, l'année 2014 devrait être marquée pour Hyundai par des profits records.

 

La Corée du sud, géant émergent de l'automobile

 

La grève lancée par plus de 100 000 ouvriers syndiqués du secteur n'est par ailleurs pas anecdotique. La Corée du sud est en effet devenu en quelques années un géant de l'industrie automobile.

 

La Corée du sud occupe désormais la cinquième place mondiale en termes de production automobile – derrière le Japon, la Chine, les Etats-unis et l'Allemagne – avec 4,5 millions d'autos assemblées en 2013, c'est quatre fois plus qu'il y a vingt ans.

 

Elle détient même le record du nombre d'automobiles produites par tête : 9 pour 100 habitants contre 2 pour 100 en Chine, 6 pour 100 en Allemagne, 7 pour 100 au Japon.

 

Le contraste est saisissant avec le déclin de l'industrie automobile française : encore numéro 4 mondial en 1994 avec 3,5 millions de voitures, elle est désormais à la 13 ème place mondiale avec 1,7 millions d'automobiles produites l'an dernier.

 

 

Après la grève héroïque des cheminots sud-coréens en décembre dernier, le mouvement des enseignants pour lutter contre l'interdiction de leurs syndicats au nom de l'anti-communisme, la grève des ouvriers de l'automobile sud-coréens ne peut qu'emporter tout notre sympathie.

Lundi 1 septembre 2014 1 01 /09 /Sep /2014 07:07
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

sweden_education_and_international_schools.jpgEn Suède, l' « autonomisation » et « privatisation » du système scolaire a été un désastre de l'aveu du gouvernement suédois


Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


On connaît le « modèle » nordique tant vanté. Tandis que le système éducatif danois décentralisé, autonomisé s'effrite, celui suédois largement privatisé s'effondre. Un avertissement pour les partisans d'une « refondation » de l'école allant dans cette voie.



« Je pense qu'on a fait une confiance trop aveugle dans le fait que les écoles privées seraient une garantie d'une meilleure qualité éducationnelle », déclarait en décembre le président du Comité parlement sur l'éducation, Tomas Tobe, membre du Parti modéré (centre-droit).



Même son de cloche pour le ministre de l'Education (de droite) Jan Bjorklund qui remet désormais en cause la privatisation entamée il y a vingt ans, tandis que le Parti vert – lui aussi favorable à la privatisation – publie son mea culpa : « pardonnez-nous, notre politique a détruit nos écoles ».



D'où viennent ces déclarations dignes d'une défaite militaire majeure ?



Un constat partagé : la chute du niveau des élèves suédois



Le déclic, ce furent l'annonce des tests PISA en décembre 2013. Première nation dans le classement européen à la fin des années 1990, la Suède a vu ses résultats chuter en-dessous de la moyenne de l'OCDE, distancé même par la Lettonie ou la Slovaquie.



Pour une moyenne dans l'OCDE autour de 500, les enfants suédois de 15 ans n'ont réussi que 478 en mathématiques, 483 en lecture et 485 en sciences. Une perte en dix ans de 32 points en maths, 33 en lecture, 28 en sciences naturelles. Aucun autre pays n'a connu une chute aussi vertigineuse



A titre de comparaison, la France tant décriée la devance partout : en mathématique (495), en lecture (505), en sciences (499).



Une cause indéniable : la « privatisation » des années 1990



Tous les acteurs sont d'accord, c'est l'ensemble du modèle éducatif façonné au début des années 1990 qui est en cause. Un modèle conçu par la droite, approfondi par la social-démocratie, sur la base des idées ultra-libérales sur la « liberté d'éducation » de Milton Friedman.



La réforme va s'articuler en deux temps, révélateurs en soi.



D'abord, en 1988, le passage d'un système public national, centralisé à un système décentralisé, basé sur l' « autonomie » des écoles. C'est le préalable nécessaire à la privatisation, martelé actuellement en France, notamment par le rapport de la Cour des comptes publié l'an passé.



Puis entre 1992 et 1994, l'autorisation des « écoles indépendantes » gérés par des acteurs privés – associations, groupes religieux, entreprises – mais avec financement public. Les parents ont la « liberté d'éducation » totale entre les écoles publiques, ou entre établissement public et privé.



Les écoles privées se voient garantir non seulement une égalité de subventions, au nombre d'élèves inscrits, mais les parents bénéficient aussi d'un « chèque éducation » (skolpeng) indépendant du type d'école choisi. Enfin, ces « écoles indépendantes » peuvent aussi lever des fonds privés.



La mise en place de ce système, radicalement contraire à l'esprit de l'éducation en Suède, a été possible par la logique de « co-gestion à la suédoise » louée par nos dirigeants (du PS au MEDEF) : les syndicats ont avalé la réforme, le Parti social-démocrate l'a mise en place après 1994.



Il faut dire qu'on avait vendu du rêve. L'éducation resterait gratuite, il n'y aurait aucune sélection à l'entrée, la concurrence augmenterait la qualité et baisserait le coût pour les administrations.



Et surtout les parents et les enseignants, associations et syndicats pourraient « auto-gérer » leurs écoles grâce à l'autonomie, ce qui laissait entrevoir l'introduction de méthodes pédagogiques innovantes, une meilleure relation entre le corps éducatif et les parents d'élèves.



Vingt ans après, le constat est sans appel, partagé par la quasi-totalité des chercheurs – nous reprenons ici certaines données du rapport réalisé par Susanne Wiborg pour l'Institut d'Education de l'Université de Londres (« Swedish free schools : do they work ? ») mais aussi désormais par les agences gouvernementales suédoises chargées d'évaluer le système, ainsi que la presse économiste.



On peut résumer le désastre en 4 points :



1 – Une baisse de la qualité du service



Augmentation de la quantité de l'offre, mais baisse de la qualité du service : oui, les parents suédois ont désormais plus le « choix ». Les « friskolor » (école indépendante) sont désormais au nombre de 900 dans tout le pays.



En 1988, seules 1 % des enfants étaient scolarisés dans le privé, c'est le cas de 25 % d'entre eux en 2013, dont la moitié des lycéens de Stockholm.



L'impact sur la qualité de l'éducation est mesurable nettement à la chute des résultats atteints lors des tests internationaux, faisant passer la Suède d'une place de numéro 1 européen à celle d'un des derniers pays du continent.



Des résultats qui passent inaperçus évidemment dans les tests nationaux – contrôlés par les chefs d'établissement enclins à gonfler les notes dont dépend leur évaluation – ni dans les notes qui ont basculé de notes « chiffrées » à des notes par « compétences ». On connaît la chanson.



Enfin, c'est le recrutement du corps enseignement qui est chamboulé, sur contrat, sans concours pour les enseignants du privé : cela conduit à une course vers le bas des conditions salariales, une soumission conformiste à des chefs d'établissement devenus « managers », une baisse de la qualité du personnel recruté.



Les statistiques révèlent des enseignants du privé moins expérimentés (6 années de pratique contre 18 dans le public), moins diplômés, avec un turn-over massif, le tout aux conséquences sur la qualité de enseignement prodigué.



L'Inspection des écoles suédoises a jugé très durement les « écoles privées » en 2012, elle a estimé que le groupe danois JB n' « assurait pas une qualité suffisante, ne faisant rien d'autre pour les élèves que leur faire passer des examens ».



Elle a critiqué Prakstika Sverige AB, qui a en chage 5 000 élèves, « au vu du nombre d'enseignants temporaires sans le niveau d'étude minimal, sans accès à des bibliothèques, infirmeries adéquates ». Elle a ordonné la fermeture d'un établissement, et des corrections immédiates pour 30 autres.



2 – Plus de ségrégation sociale



Une ségrégation rampante, une sélection insidieuse mais « libre » : c'est l'hypocrisie ultime du système éducatif suédois qui prétend concilier « liberté » (de choix pour les parents, d'entreprendre pour les patrons) et « égalité » (de traitement entre public et privé, pour les enfants).



Sans surprise, la « liberté d'entreprendre » a conduit à la floraison des écoles indépendantes … là où il y a de l'argent, dans les quartiers aisés de Stockholm, Goteborg ou Malmo, où les parents choisissent les « écoles indépendantes » qui leur garantissent l'entre-soi entre classes supérieures.



Toutes les études montrent la mise en place d'une ségrégation installée, basée d'abord sur des critères économiques – les quartiers populaires se retrouvent face à une offre publique plus réduite – , laissant également de côté les populations immigrées.



Ainsi, pour la chercheuse Susanne Wiborg : « la concurrence des écoles indépendantes est loin d'être la panacée. Malgré ses 1 000 nouvelles écoles, ses 150 000 étudaints, le résultat : ce sont des notes scolaires guère meilleures, mais aussi des coûts plus élevés et une plus grande ségrégation ».



L'étude ciblée des chercheurs Eva Andersson, Bo Malmberg and John Östh de l'Université de Stockholm (« The changing geography of the Swedish school system ») est sans appel :



la « liberté de choix » a conduit à une ségrégation accrue, concentrant des quartiers aisés, blancs, une offre éducative non pas de meilleure qualité mais attractive par l'entre-soi proposé. A l'autre bout de la chaîne, les quartiers pauvres, à forte proportion immigrée, souffre d'une ghettoisation, de la spirale vicieuse de l'échec scolaire, la faible attractive pour les parents, du décrochage social.



Un constat qui trouve une certaine confirmation dans les résultats des élèves : alors que le public obtenait des scores de 515 dans les tests PISA en 2000 contre 505 pour le privé, en 2009, le public à 490 en 2009 tandis que le privé atteignait un score de 520.



Il n'est pas difficile de voir que les meilleurs élèves du système éducatif public – souvent associés aux classes aisées – ont migré vers le système privé … même si les « intérêts privés » débouchent sur une chute de l' « intérêt général », comme le montre la dégringolade globale !



3 – Les coûts pour le public, les profits pour le privé !



Des coûts qui augmentent … et des profits privés qui explosent. Les enquêtes officielles aiment à préciser que les « écoles privées » coûteraient un peu moins cher – 8 % de moins – aux contribuables que celles « publiques ».



Elles oublient de préciser que ces 900 écoles sont nées de la décomposition du secteur public, sorties de nulle part, et qu'elles ont financées largement par le contribuable pour alimenter des profits largement privés.



L’État a donc créé une concurrence artificielle, déloyale, faussée, payée par tous, pour tuer son propre système.



En une dizaine d'années, une série d'entreprises ont fait leur apparition dans le secteur, guidées par l'appât du gain. Selon le Ministère de l'éducation, le chiffre d'affaires annuel du secteur éducatif privé s'élève à 3 milliards d'euros. Un marché lucratif.



4 – Les « fonds vautour » plutôt que les coopératives promises



Les fonds d'investissement privés vautours dominent le secteur. Le gouvernement, les syndicats avaient promis il y a 20 ans l'avènement des « écoles-coopératives » gérées par les parents, les enseignants, si ce n'est les élèves eux-mêmes.



On en est très loin : en 2013, deux-tiers des établissements sont gérés par des entreprises lucratives, 90 % des lycées (là où le taux de rentabilité est maximal, à l'approche de l'université!).



Le géant du secteur, c'est « Acade Media » avec ses 50 000 élèves, une filiale de « EQT », un des plus grands fonds d'investissement privés d'Europe du nord, avec un capital levé de 20 milliards d'euros. « Acade Media » génère 100 millions de profits par an, 1 milliards de chiffre d'affaire.



Ses concurents portent le nom de FSN Capital, The Riverside Company, TA Associates, Bure Equity ou Investor AB : tous contrôlent une chaîne d'établissements à travers le pays, tous sont des fonds d'investissement guidés par la seule rentabilité.



Or, ce marché lucratif tend à voir son taux de profit baisser : un quart des établissements privés connaissent des pertes, le risque d'insolvabilité a augmenté de 188 % depuis 2008, 25 % de plus que les autres entreprises suédoises.



En 2011, JB Education – contrôlé par le fonds d'investissement danois Axcel – a fait faillite, conduisant au licenciement de 1 000 enseignants, laissant 11 000 étudiants à la porte, avec 120 millions d'euros de pertes envers les banques et ses fournisseurs.



Vers une re-nationalisation ? Les suédois d'accord, même le patronat commence à faire machine arrière



L'ampleur du désastre a contraint les pouvoirs publics à réagir, tout du moins à faire des effets d'annonce. Le ministre de l'Education de droite Bjorklund a dit que les résultats PISA étaient « le clou que referme le cercueil des vieilles réformes scolaires ».



Bien sûr, la droite accuse les sociaux-démocrates. Mais elle ne propose rien de mieux qu'un pansement sur une jambe de bois : ne rien toucher aux investisseurs actuels, mais forcer les prochains à gérer les écoles au moins de dix ans, de façon à freiner l'arrivée des fonds vautours.



Une hypocrisie sans nom quand on sait que le ministre Bjorklund a proposé l'an dernier de transformer les universités publiques en fondations, pour leur permettre de lever d'importants fonds des grandes entreprises privées. La porte ouverte à la privatisation de l'éducation supérieure.



En tout cas, les Suédois, eux, sont loin de ces calculs politiciens. Quand on leur pose la question : « faut-il que l'Etat reprenne en main l'ensemble du système scolaire ? »,61 % des Suédois disent oui à la re-nationalisation, seuls 12 % sont pour rester au système privatisé.



Bien significatif des contradictions inhérentes à la classe dirigeante, la mise en garde du patronat – poussant pourtant à la libéralisation de l'enseignement supérieur, de la santé – par la voie du responsable à l'Education de la Confédération des entreprises suédoises (Svenskt Naringsliv), Tobias Krantz :



« Il y a une concurrence mondiale, et que nos résultats sombrent en maths, c'est inquiétant (…) Quand nos entreprises vont décider où elles vont investir, et qu'elles vont vouloir des employés compétents, la Suède sera moins attractive si nos écoles continuent à s'effondrer ».



L' « Etat-providence » suédois tant loué pendant des années par le Parti socialiste ici – ou par la presse patronale, parfois pour son taux de syndicalisation (sic) –, cet « Etat social » a été largement démantelé dans les années 1990 et 2000, accompagné par la « co-gestion ».



Conséquences : son éducation est en ruines, sa santé largement privatisée ne se porte pas mieux, tandis que le développement des assurances santé et retraite privées ont alimenté de puissants fonds de pension et d'assurance qui partent à l'assaut des marchés européens.



 

En tout cas, pour nous, parents, enseignants, étudiants français : vigilance devant les mirages étrangers qu'ils soient suédois, allemands, danois ou britanniques, notre système éducatif public, national – quoique sous-financé – et hérité du plan Langevin-Wallon de 1947 reste un repère idéal et un rempart concret contre les ambitions des vautours privatiseurs.

Dimanche 31 août 2014 7 31 /08 /Août /2014 06:56
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

tsipras1.jpgLe président de SYRIZA Tsipras en visite au mont Athos pour rassurer l’Église sur ses privilèges fonciers et fiscaux !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Alexis Tsipras, leader du parti grec SYRIZA, était en visite du 7 au 9 août au mont Athos, lieu sacré de l'orthodoxie, qui dispose avec ses vingt monastères d'un « statut spécial » en Grèce. Le symbole d'une Église grecque arc-boutée sur ses privilèges, ses abus, son hypocrisie.



Ceux qui voient encore en Tsipras un leader de « gauche radicale » en Grèce ont eu du mal à en croire leurs yeux. Comment ? Lui, la figure montante du « PGE » (Parti de la gauche européenne) et de SYRIZA au Mont Athos ?



La « sainte montagne », lieu saint de l'orthodoxie mais aussi passage obligé pour les futurs gouvernants de la Grèce, halte de prestige pour les « Grands » de ce monde : de Poutine aux oligarques russes, de la famille royale britanniques aux armateurs grecs.



Le mont Athos : Une étape dans la normalisation de SYRIZA, un pas obligé pour tout « honnête » Premier Ministrable



La « normalisation » est en marche, une étape de plus dans la route vers le pouvoir.



Après les assurances envers les dirigeants de l'UE, du FMI, de l'OTAN sur sa volonté de « sauver l'Euro et l'UE », de restaurer la « stabilité sociale » en Grèce, il s'agit maintenant de rassurer les piliers de l'ordre social en Grèce : le patronat, l'armée et maintenant l’Église.



Tsipras a pourtant fort à faire tant l'identité « de gauche », progressiste en Grèce se lie à l'anti-cléricalisme, le ressentiment face à une Eglise au rôle contre-révolutionnaire depuis deux siècles, alliée des régimes dictatoriaux, nantie de privilèges dignes de l'Ancien régime, jouant avec l'Armée la vieille mélodie du 'sabre et du goupillon'.



Alors, que retiendra-t-on de Tsipras au Mont Athos ? M.Tsipras tient à insister qu'il nti'est venu sur ce mont sacré regroupant 20 monastères intégrés à une « république théocratique du Mont Athos » que sur invitation personnelle de la communauté monastique.



Il est néanmoins accompagné de ses deux conseillers aux affaires religieuses Yannis Amanatidis et Makis Lykopoulos, ainsi que de Nikos Pappas, son bras droit. On voit mal ce que ces trois personnes influentes dans la ligne politique (et ici religieuse du parti) auraient à faire dans une simple « visite de courtoisie ».



En décembre, il était prêt à taxer les croyants … en août, il évoque son « respect pour l'Eglise » !



La visite de Tsipras fait suite à une délégation de la communauté monastique à Athènes avec le leader de « gauche » en décembre.



Il y a huit mois, Tsipras aurait évoqué l'hypothèse non d'une nationalisation des biens du clergé, mais d'une taxe sur tous les croyants, comme cela est le cas en Allemagne. Les moines avaient alors encouragé M.Tsipras à mûrir sa position et à venir les rencontrer à Athos.



Tsipras a mûri sa position. Selon ce qu'en rapporte la presse, il aurait cité Nietzsche et Héraclite, devisé sur Dieu et l'homme, la vocation monastique. Au diable les préoccupations mondaines, les taxes foncières non acquittées, les exonérations fiscales maintenues, la laïcisation de l'Etat.



Tsipras aurait par la suite manifesté « son profond respect pour l'Eglise grecque », pour ensuite trouver bien des points communs entre les moines d'Athos et son parti : des valeurs d' « honnêteté (sic) et de respect », les mêmes idéaux « d'égalité et de solidarité ».



L'abbé (bien-nommé) Philotheos lui a rendu la pareille, confiant tout le bien qu'il pense de son attitude auprès des moines, lui confiant : « On suit votre parcours, nous prions pour que la Grèce, les Grecs puissent avoir de bons gouverneurs ». Amen.



Le pacte : Tsipras ne touchera pas aux privilèges de l'Eglise, en échange elle ne fera pas obstacle à son élection



La presse grecque ne s'est pas trompée sur le sens de cette visite « touristique » de Tsipras.Le leader de « gauche » sait qu'il ne peut être majoritaire si il s'aliène le vote des croyants (79 % des Grecs croient en Dieu).



Il sait que ce vote dépend du pouvoir social énorme de l’Église, qu'aucun premier ministre ne peut être élu sans recevoir la bénédiction de l'institution ecclésiastique.



D'où un pacte simple, tacite, forgé durant ce séjour : (1) – un gouvernement mené par SYRIZA ne remettra pas en cause les privilèges de l'Eglise, sa situation prédominante ; (2) – l'Eglise ne fera pas obstacle à l'accession au pouvoir de Tsipras, lui accordant sa bénédiction.



Ce type de marchandages politiciens, bradant l'héritage des luttes populaires pour l'émancipation de la domination cléricale, a indigné un certain nombre de militants mais aussi de cadres de SYRIZA, telle Hélène Portaliou, membre du Comité central, dirigeante du Parti à Athènes.



Elle a dénoncé dans son article « Alexis Tsipras au mont Athos » le fait que « notre dirigeant (Tsipras) est prêt à aller à la pêche aux voix qu'il espère ramener par la voie religieuse ».



Il a osé le slogan zapatiste « Tout est à tous, rien est à nous ici » … dans le temple des privilèges de l'Eglise grecque, riche et corrompue !



Une phrase du leader de « gauche » a particulièrement choqué. Louant le mode de vie monastique, Tsipras a repris le mot d'ordre zapatiste : « Ici, on peut dire que vous vivez sous ce slogan : 'tout est à tout le monde, rien est à nous' ! ».



Serait-ce à Athos, le socialisme du XXI ème siècle ? Cela pourrait prêter à sourire, si les « moines du Mont Athos » ne représentaient pas pour les travailleurs grecs tout ce qu'il y a de plus scandaleux dans la toute-puissance de l'Eglise grecque dans la société.



Rappelons : (1) qu'il n'y a pas de séparation en Grèce entre Eglise et Etat. C'est ce qui explique le voyage de Tsipras à Athos, hors de l'Eglise point de salut pour les dirigeants de Grèce dans un pays où la Constitution impose « le christianisme orthodoxe comme religion d'Etat ».



Cela signifie aussi que les prêtres grecs sont payés par l’État. Une facture qui s'élève à 200 millions d'euros chaque année.



(2)que l'Eglise est le premier propriétaire foncier dans le pays. Un patrimoine (sous-) évalué entre 1 et 2,5 milliards d'euros. Outre les bâtiments religieux, l’Église contrôle 130 000 ha de terres, des réseaux d'hôpitaux et écoles privés, et même des hôtels et restaurants de luxe.



(3)qu'elle bénéficie de privilèges fiscaux exorbitants. Quand on sait que l’Église n'a payé que 12 millions d'euros en 2012, on est loin du compte, au vu du patrimoine officiel. Il faut dire que, jouant de son influence sur le pouvoir politique, l’Église a continué à voir ses privilèges intacts.



En 2010, le gouvernement socialiste avait aboli la taxe de 35 % sur le denier du culte. En 2011, il avait exempté l’Église du paiement de la taxe sur la propriété foncière qui a touché tous les Grecs via la facture d'électricité.



(4)que les moines d'Athos sont un exemple de la richesse fraduleuse de l’Église. Que Tsipras puisse présenter les moines comme un modèle d' « honnêteté », un communisme théocratique en acte, c'est proprement incroyable, pour tout connaisseur de la Grèce.



Athos et l'argent, pour un Grec, c'est le plus grand scandale immobilier, de corruption, de vol du patrimoine public de ces dernières années.



En 2005, alors que les moins entament la rénovation onéreuse du monastère de Vatopedi, ils découvrent lors de fouilles des droits de propriété pluri-séculaires sur des terrains au Nord de la Grèce autour du lac de Vistonida.



Des terres de faible valeur que les moines – par l'entremise du pieux père Ephraim – s'empressent de troquer à l'Etat en échange de terrains publics à haut potentiel immobilier.



Les moines re-vendent immédiatement les terrains et dégotent une plus-value chiffrée entre 100 millions et 1 milliards d'€.



En 2011, le scandale éclate, père Ephraim est rattrapé par la justice : 200 millions d'€ sont retrouvés sur son compte en banque. Ce genre d'opérations de spéculation immobilière sous patronage ecclésiastique n'est hélas pas une exception en Grèce, où elles se chiffraient à plusieurs dizaines.



 

« Tout est à eux, rien est à nous : tout ce qu'ils ont, ils l'ont volé! ». Ce slogan qu'on connaît bien, chaque militant de gauche en Grèce l'entonne depuis des décennies face à une force qui a fait systématiquement obstacle au changement, et qui désormais est prêt à bénir Saint-Alexis.

Samedi 30 août 2014 6 30 /08 /Août /2014 07:06
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

kpu-faucille-et-marteau.jpgDes cadres du PC ukrainien (KPU) arrêtés et torturés par la police politique : des aveux fabriqués pour interdire le KPU

Article MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les nouvelles venant d'Ukraine confirme le recours généralisé à des méthodes fascisantes. Dans le processus d'interdiction du Parti communiste d'Ukraine (KPU), les services de renseignement n'hésitent pas devant les enlèvements, la torture pour extorquer l'aveu.

 

Dans leur récit idéologique légitimant leur pouvoir fascisant, les autorités putschistes ukrainiennes étiqueter les résistants à l' « ordre nouveau » comme vendus à l'étranger russe, diviseurs de l'unité ukrainienne. Dans leurs desseins politiques, il leur faut aussi éliminer la principale force d'opposition : le Parti communiste.

 

Or, ces deux objectifs sont difficiles à concilier tant le KPU a su incarner l'unité nationale sur un contenu de résistance à toute ingérence extérieure, de lutte contre le régime des oligarquesd'où qu'il vienne, de défense des intérêts des travailleurs de toute l'Ukraine.

 

Dans le procès intenté contre le KPU pour l'interdire de façon autoritaire, l'absence de preuves tangibles contraint le pouvoir putschiste à employer les vieilles méthodes des régimes fascistes : semer la terreur, enlever les militants, passer à la question et obtenir des aveux tâchés de sang.

 

La police politique dénonce le KPU dans les médias : qui a dit démocratie ?

 

Le secrétaire du KPU, Petro Simonenko, nous communique des faits qui devraient susciter l'indignation de tous les démocrates, bien au-delà des rangs communistes.

 

En effet, ce 24 août, M.Nalivaychenko, président des « services de sécurité » SBU – pendant du FSB russe, autrement dit les services secrets et police politique d'Ukraine – avertit la presse que :

 

« les interrogatoires des dirigeants d'organisations communistes arrêtés dans le Donbass nous ont donné des informations sur le soutien aux terroristes, y compris le financement et la livraison d'armes ».

 

Cela a conduit Petro Simonenko le lendemain à dénoncer « la détention de membres du Parti pour des raisons purement politiques, violation flagrante des lois ukrainiennes, avec des enlèvements, une privation illégale de liberté (…) avec usage de la torture, du harcèlement, des menaces sur les membres de leurs familles ».

 

Simonenko précisait alors qu'il disposait d'informations plus précises concernant ces violations des droits humains les plus fondamentaux. Il l'a précisé ce 28 août par une lettre envoyée à une représentante de l'OCDE en Ukraine Madina Djarbusinovoi, évoquant trois cas éloquents.

 

Trois cas d'enlèvements, de tortures : comment obtenir un aveu (inexistant)

 

Le premier, datant du 14 juillet, Vladimir Arkhipov, secrétaire du KPU dans le district de Stanytsia, dans la région de Lougansk, enlevé plusieurs jours par les autorités de la région de Luganskliées à Kiev, sur demande des services de sécurité de la région de Kharkov.

 

Ses proches n'ont aucune nouvelle, ne bénéficiant d'aucune présence d'un avocat. Finalement, il est libéré après plusieurs jours de détention sans aucune charge contre lui.

 

Selon Arkhipov, ce qu'ils voulaient obtenir de lui : c'est l'aveu de l'implication du KPU dans la décision et l'organisation du référendum séparatiste.

 

Le second cas est celui de Vitali Pryn, premier secrétaire du KPU à Svatove, toujours dans la région de Lugansk. Arrêté le 5 juillet, détenu jusqu'au 15, Pryn est arrêté par la SBU sans aucun motif légal, ni droit à un avocat.

 

Le SBU le soumet à des pressions mentales, à des violences physiquespour obtenir l'avenu : celui d'un financement par le KPU des activités séparatistes, ainsi que de leur conception, organisation, mobilisation.

 

Sous les tortures physiques et psychiques, on présente à Pryn un dilemme : soit 10 ans de prison s'il nie les « faits », soit une réduction à 5 ans s'il avoue qu'il a « porté atteinte à l'intégrité territoriale de l'Ukraine ».

 

Libéré, Pryn a dénoncé les aveux soustraits avec violence. Une fois mis en relation avec son client, l'avocat de Vitali Pryn a porté plainte pour : kidnapping, arrestation et détention illégale, violation du droit à la sécurité.

 

Enfin dernier exemple moblisé, parmi d'autres selon Simonenko : l'enlèvement de Viktor Siniaev, avec sa femme N.A.Siniaeva, lui étant secrétaire de section du KPU à Stakhanov, toujours à l'est, dans la région de Lugansk.

 

Il est arrêté sur la route entre Stakhanov et Kharkov, dans les alentours de Severodonetsk, à un checkpoint par des hommes en armes. Ils vérifient leurs passeports, les font descendre et les arrêtent. Deux hommes en noir viennent d'un autre véhicule, des cagoules noires sur leurs visages.

 

Le couple est alors menotté, un sac est disposé sur leur tête, tandis qu'ils sont transportés dans une destination inconnue. Arrivé à bon port, dans un sous-sol, l'interrogatoire commence avec une question : avouer le rôle prééminent du KPU dans le référendum du 11 mai 2014.

 

Vikotr Siniaev nie catégoriquement. Il est alors roué de coups de pied, ainsi que d'une barre de fer pour forcer l'aveu. Frappé sur l'ensemble de son corps sauf au visage, il est victime pendant plusieurs heures d'un passage à tabac, toujours menotté.

 

La séance de torture ne s'arrête pas là. Siniaev est relié à des machines électriques qui lui distribue des décharges, brûlé au niveau des mains et des côtes. Le cadre communiste a perdu plusieurs fois connaissance pendant la séance.

 

N'ayant rien obtenu, les tortionnaires ont remis cela le lendemain. Le 18 août, après une semaine de détention, Viktor Sinaiev est livré à un enquêteur du gouvernement de Kiev. Il nie encore tout lien entre le KPU de Stakhanov, les conseillers municipaux du Parti et le référendum.

 

Le calvaire n'est pas terminé pour Sinaiev. Malgré la présence de son avocat, il est alors saisi par des hommes armés, cagoulés, ses mains sont tordues, il est menacé, emmené vers la même cave des interrogatoires précédents, où il est à nouveau torturé.

 

Vers l'interdiction du KPU : « on glisse vers le fascisme, quand le SBU ressemble déjà à la Gestapo » (Simonenko)

 

La procédure visant à l'interdiction du KPU a été lancée par le Ministère de la Justice pour « positions anti-ukrainienne et soutien au séparatisme. »

 

Le Tribunal administratif de Kiev a accepté le délai du secrétaire-général du KPU pour examiner l'ensemble de ses discours, le procès reprendra le 4 septembre.

 

Dans son communiqué du 25 août, Petro Simonenko est on ne peut plus clair sur la position de son parti : « Le Parti communiste d'Ukraine n'a jamais été impliqué dans le soutien, le financement a terrorisme. Ces aveux illégaux ne sont que mensonges flagrants et délibérés ».

 

Le secrétaire-général du KPU ajoute avec fermeté : « au vu des méthodes utilisées par la SBU, avec à sa tête M.Nalivaychenko, on peut être sur que l'Ukraine glisse rapidement dans l'abîme du fascisme, surtout quand la SBU se transforme en police politique digne de la Gestapo nazie ».

 

Cela n'empêche pas le KPU, menacé, traqué de rester sur sa ligne d'action, la même depuis le début de la crise :

 

« les communistes d'Ukraine – contrairement aux partisans de la guerre, qui ont usurpé le pouvoir et plongé le pays dans une guerre civile sanglante – restent pour l'intégrité territoriale, la paix et l'ordre en Ukraine ».

 

 

Dans cette lutte, nos camarades ukrainiens ont plus que jamais besoin de notre soutien, celui des communistes de France et d'ailleurs : solidarité face au fascisme !

Vendredi 29 août 2014 5 29 /08 /Août /2014 06:40
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

usaflagcapitalism.jpgAux États-Unis, on « ferme les écoles et on ouvre les prisons » : ce pays qui compte plus de prisonniers que de professeurs !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les marches de la colère dans le Missouri après le meurtre d'un jeune noir, la mise à nu de la continuité du « racisme » institutionnalisé aux Etats-unis nous emmène à re-publier ces chiffres effarants sur l'incarcération de masse aux USA comme solution ultime à la question sociale.

 

Le Huffington post (américain) avait révélé il y a un an des chiffres édifiants : en 2011, on comptait aux États-Unis environ 1,5 millions de prisonniers dans les geôles de l'Etat fédéral ou des Etats fédérés. Dans le même temps, le pays ne compte que 1,1 millions de professeurs (du secondaire).

 

2,5 millions de prisonniers, 7 millions sous « surveillance » carcérale ...

 

contre 1 millions de professeurs, 3 millions d'enseignants !

 

Mais ces chiffres sont en réalité largement sous-évalués. Le Bureau of justice statistics estime qu'en 2012, la population carcérale américaine effective s'élève à 2 228 400 prisonniers (dont 744 500 dans les « local jails », les prisons locales), soit près d'1 % de la population américaine.

 

L'office statistique en profite pour rappeler que ce sont en fait 6 937 600 sont sous « surveillance des systèmes carcéraux », en liberté conditionnelle – en réalité un fichage, une surveillance d'une personne sur trente-cinq aux Etats-unis !

 

Au sens très restreint, le Huffington Post avait donc révélé que les Etats-unis comptaient plus de prisonniers que de professeurs du secondaire. Au sens large, ils comptent deux fois plus de personnes dépendentes du système carcéral que les 3,7 millions d'enseignants que compte le pays.

 

Pour comparer, la France compte 840 000 enseignants contre 68 000 prisonniers, un nombre pourtant en augmentation ces dernières années, avec une sur-population chronique dans des prisons aux conditions souvent insalubres.

 

Aux Etats-unis, on « ferme les écoles » et on « ouvre les prisons » !

 

« Ouvrez une école, vous fermerez une prison ». La formule de Victor Hugo est rituelle pour tout enseignant progressiste, laic, un repère pour mesurer le degré de civilisation d'un pays. Aux Etats-unis, on ferme les écoles et on ouvre les prisons.

 

Entre 1970 et 2010, le nombre de prisonniers a été multiplié par 8, passant de 300 000 à 2,3 millions, le nombre de prisons privés est passé de 0 à 150.

 

Dans le même temps, pour la seule année 2011, 2 000 écoles ont fermé, encadrant 320 000 écoliers.

 

On connaît le cas de la ville de Chicago, troisième système éducatif du pays, mais aussi une ville connu pour son taux record de criminalité. Elle a fermé en 2013 50 de ses écoles, avant tout dans les quartiers défavorisés, habités par les minorités.

 

Autre cas moins connu, Philadelphie. En 2013, la ville a fermé 23 écoles – un dixième de ses établissements – au nom de la crise … tout en ouvrant la plus grande prison de l'Etat, devant cocntenir 5 000 détenus, pour un montant de 400 millions de $.

 

Les États-Unis, un quart de la population carcérale mondiale

 

Dans la lutte idéologique entre puissances mondiales concurrentes, les Etats-unis vont réactiver sans nul doute leur discours de guerre froide de « pays de la liberté », de la « démocratie » face aux « Etats policiers », répressifs, Chine ou Russie.

 

Pourtant, la comparaison internationale sur le taux d'incarcération ne laisse aucune ambiguïté. Bien qu'ils ne rassemblent que 5 % de la population mondiale, les Etats-unis concentrent 25 % de la population carcérale mondiale.

 

Les Etats-unis comptent, en chiffres absolus, plus de prisonniers que la Chine (2,3 millions contre 1,5 millions de prisonniers) pour une population cinq fois inférieure. Si 963 Américains sur 100 000 sont en prison (près de 1 %), le chiffre tombe à 118 pour 100 000 en Chine.

 

Les Etats-unis sont bien sûr numéro un mondiaux pour leur taux d'incarcération. Parmi les pays dits développés, on trouve naturellement à la deuxième place, le grand allié des États-Unis, l’État d’Israël.

 

Même la Russie, qui occupe la deuxième place mondiale, reste loin derrière, avec 870 000 prisonniers, et un peu glorieux 615 prisonniers pour 100 000 habitants.

 

Tout le monde est égal aux États-Unis mais certains semblent plus égaux que les autres. En effet, la population carcérale se compose à 40 % de noirs, 35 % de Blancs et 20 % d'Hispaniques. Pourtant, les Noirs ne représentent que 13 % de la population américaine.

 

La privatisation des prisons américaines : le « cauchemar américain »

 

L'horreur américaine, c'est aussi celle d'une privatisation du pays qui encourage la résolution de la question sociale et raciale par l'emprisonnement de masse.

 

Depuis les années 1980, les lois répressives, sous la tolérance zéro, ont conduit à l'explosion de la population carcérale. C'est le cas notamment des « three strikes laws » rendues célèbres en Californie par le gouverneur-terminator Schwarzenegger.

 

Selon les « three strikes laws », l'accumulation de trois délits – quelles que soient leur nature, gravité, les circonstances – conduit à des peines de prison censées être dissuasives par leur durée.

 

Ainsi, des individus ayant commis des « crimes » comme le vol de clubs de golf ou de bicyclettes ont pu être condamnés à 25 ans de prison. On n'est plus très loin des Misérables !

 

Dernièrement, on a même vu la résurgence des emprisonnements pour dettes impayées. C'est légal dans un tiers des États américains, 5 000 incarcérations ont été actés l'an dernier pour ce motif, le plus souvent pour incapacité à payer les amendes prévues par des lois iniques.

 

Les « prisons pour débiteurs » – renvoyant à l'antique « asservissement pour dettes » – sont officiellement abolies depuis 1833 … au niveau fédéral. Cela laisse aux États fédérés toute liberté pour les légaliser.

 

Le travail en prison atteint également des proportions gigantesques. L'UNICOR, l'organisme public responsable de la main d’œuvre carcérale, emploie 20 % des prisonniers fédéraux (soit 20 000 personnes) dans 109 usines, pour un salaire entre 0,25 et 1,1 $ de l'heure.

 

Les prisonniers américains fournissent désormais 100 % de certains matériels militaires légers comme les casques, les tentes, les gilets pare-balles pour l'armée américaine. C'est aussi le cas de 30 % des casques d'écoute, et 20 % des fournitures de bureau.

 

Les prisons fédérales n'hésitent plus maintenant à offrir la force de travail de leurs prisonniers à des entreprises privées qui sous-traitent notamment leurs centres d'appel. Pour des salaires à 1 $ de l'heure, on descend sans honte en-dessous du minimum de subsistance.

 

Dans le même temps, les prisons, elles, sous-traitent et privatisent leurs services de restauration, leurs soins de santé. La qualité des services exécrable conduit à des désastres sanitaires mais les profits sont maximum pour des entreprises comme Corizon dans la santé ou Aramark dans la restauration. Dépenses publiques, profits privés, business as usual !

 

Ce n'est pas tout, les prisons privées constituent le stade suprême de l'incarcération de masse au nom de la poursuite du profit maximal.

 

On compte désormais 150 centres de détention privées, concentrant officiellement entre 150 et 200 000 détenus, un chiffre en augmentation de 40 % depuis dix ans.

 

Les deux grands groupes – CCA (Corrections corporations of America) et GEO – accumulent des profits records (1,7 milliards de revenus pour chacun en 2013), tout en arrosant largement les politiciens locaux pour bénéficier de juteux contrats (ainsi, 2,5 milliards de $ dépensés en « lobbying » par GEO en dix ans).

 

Le marché des prisons privés « for profit » (lucratives) se développe dans les 37 États qui l'ont légalisé. Des investisseurs privés affluent pour des capitaux à haute rentabilité – quand on sait que les profits de CCA ont été multipliés par six en vingt ans.

 

Les entreprises de Wall Street qui investissent désormais dans les prisons privées sont bien connues : General Electrics, Bank of America, IBM, HP, Macy's, Texas Instruments, etc.

 

Cela aboutit à une logique perverse : certains contrats prévoient que la justice et la police locale doit arrêter, pénaliser et incarcérer toujours plus de citoyens, pour assurer un taux d'occupation de ces prisons privées dépassant les 90 %.

 

Comme toujours quand on privatise, les compagnies privées avaient promis des coûts moindres pour une efficacité supérieure. La réalité dénoncée par tous les rapports publics et associatifs – reconnue même par le Bureau statistique du Ministère de la Justice – c'est celle d'un désastre.

 

Le privé dans les prisons, c'est moins efficace, plus dangereux, criminel : la violence dans les prisons privées se révèle largement supérieure, la condition sanitaire des détenus est dégradée, les coûts de fonctionnement augmentent, tandis que les entreprises privées n'ont pas de compte à rendre aux citoyens américains.

 

Par contre, le développement du travail forcé devient la norme dans les prisons privées, pour tout type d'entreprise jusque dans la construction électronique ou le textile.

 

L' « esclavage aboli » dans la Constitution sauf … pour les délinquants !

 

Pour en finir avec l'hypocrisie capitaliste américaine, un rappel est nécessaire.

 

Le 13 ème amendement à la Constitution américaine a aboli officiellement l'esclavage, en 1865. Il faut rappeler la formulation: « Neither slavery nor involuntary servitude, except as a punishment for crime where of the party shall have been duly convicted, shall exist within the United States ».

 

Le « except as a punishment for crime » est capital ici. Crime signifie tant crime que délit en anglais. Il légitime donc l'esclavage ou servitude involontaire en cas de délit, ou de crime reconnu par la justice de ce pays.

 

C'est sur la base de cette disposition que va se perdurer de 1865 aux années 1920 le système de « prêt de prisonniers » (convict lease) des établissements publics aux entreprises privées dans le Sud des Etats-unis, que ce soient dans les plantations, les mines ou la construction de chemins de fer.

 

Ces prisonniers étaient, à plus de 90 % Noirs, bien entendu. C'était tout simplement une perpétuation de l'esclavage sous une autre forme.

 

C'est toujours aujourd'hui au nom de la « liberté d'entreprise », des « libertés des Etats fédérés » que des millions d'Américains sont emprisonnés, contraints au travail forcé dans des workhouses modernes pour 1 $ de l'heure.

 

En 1903, le militant pour l'émancipation de la cause noire W.E.B. Du Bois – qui se rapprochera ensuite du communisme – décrit la situation après 1865 : ségrégation à l'école, État policier traquant la population noire, engrenage fatal du crime pour cette dernière.

 

Il souligne combien « le système policier du sud visait à traquer tous les Noirs, pas seulement les criminels (…) et comment les tribunaux ont été un moyen, après l'abolition de l'esclavage, de réduire à nouveau en esclavage les Noirs ».

 

Du Bois conclut ainsi : « Que peut attendre, au nom de la raison, cette nation d'un peuple peu formé, réduit à des conditions économiques difficiles, sans droits politiques, avec des écoles honteusement déficientes ? Que peut-elle attendre si ce n'est le crime et l'apathie ».

 

 

Cent après, hélas, même si un président « noir » dirige le pays, le pouvoir du capital est intact, la question « sociale » et « raciale » n'est pas plus résolue. Et rien n'a changé dans le fond pour des millions d'Américains privés de la maîtrise de leurs vies.

Jeudi 28 août 2014 4 28 /08 /Août /2014 06:58
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

2014-08-26_iri_3104794_I1.JPGSuccès de la grève de 48 h des cheminots irlandais contre la baisse de leurs salaires

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les cheminots irlandais ont lancé ce week-end une grève de deux jours contre les coupes budgétaires de l' « Irish Rail » se traduisant par des baisses de salaire, après des années de modération salariale. Un scandale dans un pays qui a renfloué ses banques en 2008.

 

Ce dimanche 24 et lundi 25, le réseau de bus et de train irlandais a été fortement perturbé par une grève de 48 heures lancée à l'appel de deux syndicats, le NBRU (National bus and rail union) et SIPTU (Services, industrial, professional and technical union).

 

La grève est montée en puissance sur les deux jours, avec 60 000 passagers touchés le premier jour, et plus de 100 000 le second jour.

 

Le mouvement lancé par les cheminots est une réaction aux coupes budgétaires prévues par l' « Irish Rail » (IR), entreprise publique des transports ferroviaires, qui a annoncé la nécessité de dégager 17 millions de $ d'économies en deux ans.

 

Ces coupes se traduiront dans l'immédiat par une baisse de 1,7 à 6,1 % des salaires des employés. Un plan accepté par trois syndicats, refusé par NBRU et SIPTU.

 

Il faut rappeler que depuis 2008 ces mêmes syndicats avaient accepté un gel des salaires qui s'est traduit – inflation prise en compte – par une baisse des salaires réels d'au moins 5 %.

 

La raison avancée par la direction de l'IR pour légitimer ces coupes est le déficit de l'entreprise. La direction pointe des dépenses trop élevées pour les salaires des employés, les syndicats dénoncent la chute des subventions publiques : 74 millions d'€ perdus sur les 108 millions entre 2008 et 2013.

 

Les usagers pris en otage en Irlande … par les banques après le « hold-up » de 2008 !

 

Bien entendu, comme toujours, les médias, le gouvernement ont feint l'indignation. Le dirigeant de l'Irish Rail Brian Kenny a évoqué une « folie » (insanity), la députée de la majorité gouvernementale Olivia Mitchell un « exercice futile ».

 

Les chiffes ont fusé : l'IR a évoqué un manque à gagner de 2 millions d'€ par la grève, l'association des enteprises de Dublin « Dublin Town » a parlé de 25 millions d'€, tandis que les reportages se sont multipliés sur les banlieusards de Dublin « pris en otage » par les grévistes.

 

Or, qui est réellement pris en otage en Irlande depuis 2008 ?

 

Un petit rappel : le gouvernement irlandais a renfloué en 2008 les banques du pays à hauteur de 64 millions d'euros (plus de quatre fois la somme initialement prévue !), soit 30 % du PIB du pays. Une aide providentielle qui a fait bondir la dette publique de 25 à 125 % du PIB entre 2008 et 2014.

 

Ce plan de renflouement pour les banques a été couplé à un « plan de renfoulement » du FMI, de l'UE de 85 milliards d'€ à l’État irlandais en échange de coupes budgétaires drastiques qui se sont traduits en autant de sacrifices pour les travailleurs irlandais :

 

baisse de 10 % du salaire minimum, de 20 % du salaire des fonctionnaires, hausse de la TVA, des taxes indirectes (alcool, tabac, eau, électricité), coupes de 25 % des budgets des services publics, hausse du temps de travail de 35 à 37,5 heures dans le public.

 

Les travailleurs irlandais travaillent plus pour gagner moins, c'est ce qu'a révélé une étude publiée par le Central statistics office (CSO). Entre 2010 et 2014, le salaire nominal a baissé de 2% tandis que le temps de travail a augmenté dans le même temps.

 

Une seule donnée n'a pas été touchée, sanctuarisée : l'impôt sur les sociétés reste toujours un des plus bas d'Europe, à 12,5 %.

 

Des sacrifices pour les travailleurs, toujours plus de cadeaux pour les entreprises et les banques, voilà de quoi s'indigner !

 

On perçoit également toute l'hypocrisie des baisses des subventions publiques à l'IR : 74 millions d'€ de moins pour les chemins de fer, 64 milliards d'€ de plus pour les banques entre 2008 et 2013.

 

Les « sacrifices nécessaires » pour le rail, c'est 1 000 fois moins que la somme donnée sans contrepartie aux banques en 2008 !

 

Un début : vers une grève reconductible ?

 

Le succès de la grève a pris de court la direction de l'IR, dont le PDG David Franks en vacances à l'Ile Maurice (sic). Le porte-parole de l'entreprise Barry Kenny a déclaré « ne pas être fermé aux négociations » tant qu'elles déboucheront sur la confirmation « des baisses de salaire » (re-sic).

 

Pour les deux syndicats grévistes prévoient deux nouvelles journées de grève dans le mois de septembre – le 7 et le 21 – pour tenter d'intensifier le mouvement.

 

Selon le coordinateur de la SIPTU, Paul Cullen : « Si la direction continue dans cette voie, la lutte s'intensifiera bien au-delà de ces deux journées de grève ».

 

Le secrétaire-général de la NBRU Dermot O'Leary pose la suite plus clairement : « Nous allons faire un bilan le 23 septembre, mais nous avons un mandat pour une grève illimitée. Si l'entreprise persiste dans ces coupes salariales, nous allons obéir à ce mandat ».

 

Encore une fois, la grève des cheminots irlandais est révélatrice d'un ras-le-bol général en Europe dans le secteur face aux coupes budgétaires et salariales, le sous-investissement chronique, les processus de libéralisation-privatisation dont l'Union européenne est à la fois l'instrument et le prétexte.



Après les mouvements en France, en Suède mais aussi en Belgique, en Allemagne ou Grande-Bretagne, cela pose encore des questions sur l'action de la CES, prompte aux « euro-manifestations » à Bruxelles mais absente dès qu'il s'agit de coordonner la moindre lutte.



 

Les cheminots français suivent avec le plus grand intérêt le développement des luttes dans les autres pays européens, conscients que la meilleure des solidarités réside dans l'action, ici et maintenant contre les suites de la « réforme ferroviaire ».

Mercredi 27 août 2014 3 27 /08 /Août /2014 07:08
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

wpid-zionism1.jpgComment Israël a favorisé l'émergence du Hamas



Article d'Anthony Higgins, pour le Wall Street Journal, publié initialement en janvier 2009



Traduction (et intro) MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La rédaction du site ne partage pas nécessairement l'intégralité des opinions, assertions indiquées par l'auteur dans cet article rédigé pour le journal de référence de la bourgeoisie financière nord-américaine, néanmoins nous estimons qu'il s'agit d'une pièce utile à la réflexion, apportant des témoignages de première main du côté israélien.



Il révèle les liaisons dangereuses entre l’État sioniste et le mouvement islamiste – bien qu'il soit mal-aisé d'identifier le degré d'influence, de connivence, de soutien du premier au second – dans les années 1970-1980 au moment où ils avaient un ennemi commun : la résistance palestinienne laïque, nationaliste de gauche, marxiste (ou marxisante).



Comme ailleurs avec les Frères musulmans (contre les nassériens), ou avec les Talibans (contre les Soviétiques en Afghanistan) – et les exemples pourraient être déclinés à l'infini – les forces de l'impérialisme n'ont jamais hésité devant les alliances avec les islamistes radicaux.



En lorgnant sur l'épave d'un bungalow voisin touché par une roquette palestinienne, un fonctionnaire israélien Avner Cohen fait remonter la trajectoire du missile à une « erreur stupide, énorme », il y a trente ans de cela.



Le Hamas, une création d’Israël



« Le Hamas, à mon grand regret, est une création d’Israël », déclare M.Cohen, un juif né en Tunisie qui travaille à Gaza depuis plus de deux décennies.



Responsable aux affaires religieuses dans la région jusqu'en 1994, M.Cohen a pu observer la formation du mouvement islamiste, son renforcement aux côtés de ses rivaux laïcs et sa métamorphose dans le Hamas actuel, un groupe militant se vouant à la destruction d’Israël.



Au lieu d'essayer d'endiguer les islamistes de Gaza dès le début, affirme M.Cohen, Israël les a pendant des années tolérés et, dans certains cas, encouragés comme contre-poids aux nationalistes laïcs de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et sa faction dominante, le Fatah de Yasser Arafat.



Israel a coopéré avec un clerc paralysé, à moitié aveugle, nommé Cheikh Ahmed Yacine, même si il posait les fondations de ce qui allait devenir le Hamas.



Le Cheikh Yacine continue à inspirer les militants actuels ; pendant la récente guerre à Gaza, les combattants du Hamas ont affronté les troupes israéliens avec des « Yacines », des grenades intégrées à des roquettes nommées en l'honneur du clerc. (…)



Un regard sur ces relations avec les radicaux palestiniens – y compris certains tentatives peu connues de coopération avec les Islamistes – qui doit remonter à plusieurs décennies, et révèle un catalogue aux conséquences inattendues et souvent périlleuses. (…)



L'expérience d’Israël fait écho à celle des États-Unis qui, durant la Guerre froide, ont perçu les Islamistes comme un allié utile contre le communisme. Les forces anti-soviétiques soutenues par les Etats-unis après l'invasion de l'Afghanistan par Moscou en 1979, sont devenues ensuite Al-Qaeda.



Ce qui est en jeu, c'est l'avenir de ce qui fut le Mandat britannique de Palestine, les terres bibliques comprenant désormais Israël et les territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Depuis 1948, date de création de l’État d’Israël, les Israéliens et les Palestiniens revendiquent le même territoire.



La cause palestinienne fut portée pendant des décennies par l'OLP, qu’Israël percevait comme une organisation terroriste, à détruire jusqu'aux années 1990, au moment où l'OLP a abandonné son objectif de destruction de l’État juif.



Le rival palestinien de l'OLP, le Hamas, mené par des militants islamistes, refusait de reconnaître Israël et appelait à continuer la « résistance ». Le Hamas contrôle désormais Gaza, une bande de terre sur-peuplée, appauvrie sur la Méditerranée où Israël a retiré ses troupes et ses colons en 2005.



Israel reconnaît l'ancêtre du Hamas comme

« organisation de charité islamique »



Quand Israël a rencontré pour la première fois les Islamistes à Gaza dans les années 1970 et 1980, ils semblaient se concentrer sur l'étude du Coran, pas sur l'affrontement avec Israël.



Le gouvernement israélien a officiellement reconnu le précurseur du Hamas, « Mujama Al-Islamiya », comme une organisation de charité.



Il autorisa les membres de Mujama à fonder une université islamique et à construire des mosquées, des associations et des écoles. Israël resta en retrait lorsque les Islamistes et leurs rivaux de gauche laics s'affrontèrent, souvent violemment, pour l'influence sur Gaza et la Cisjordanie.



« Quand je regarde à l'enchaînement des événements, je pense que nous avons réalisé une erreur », déclare David Hacham, qui a travaillé à Gaza à la fin des années 1980, au début des années 1990 comme expert pour les Affaires arabes dans l'armée israélienne. « Mais à l'époque, personne ne pensait à ce qui aurait pu arriver ensuite ».



Les responsables israéliens qui ont servi à Gaza ne sont pas tous d'accord sur l'estimation du poids de leurs actions sur l'émergence du Hamas. Certains accusent des outsiders de la montée en puissante récente du groupe, en premier lieu l'Iran.



C'est l'opinion propagée par le gouvernement israélien : « Le Hamas à Gaza a été construit par l'Iran comme une base pour son pouvoir, et il le soutient, le finance, entraîne ses troupes, lui fournit des armes modernes », a déclaré samedi dernier M.Olmert. Hamas a toujours dénié avoir reçu la moindre aide militaire de l'Iran (…)



Quand il devint clair au début des années 1990 que les Islamistes de Gaza étaient devenus un groupe religieux luttant contre Israel – particulièrement après les attentats suicide de 1994 – Israel a alors engagé une répression féroce contre le Hamas. (...)

Nasser face à Israël et aux Frères musulmans



Le Hamas plonge ses origines dans les Frères musulmans, un groupe fondé en Egypte en 1928. Les Frères pensent que les malheurs du monde arabe proviennent d'un manque de foi islamique.



Son slogan : « l'Islam est la solution, le Coran notre constitution ». Sa philosophie sous-tend un Islam politique modernisé, mais souvent violemment intolérant, de l'Algérie à l'Indonésie.



Après la création d’Israël en 1948, les Frères recrutaient quelques partisans dans les camps de réfugiés palestiniens à Gaza et ailleurs, mais les activistes laïcs dominèrent le mouvement nationaliste palestinien.



A l'époque, Gaza était sous contrôle égyptien. Le président était alors Gamal Abdel Nasser, un nationaliste laïc qui avait brutalement réprimé les Frères. En 1967, Nasser subit une défaite cuisante après le triomphe israélien de la guerre des Six jours. Israël prend le contrôle de Gaza et de la Cisjordanie.



« Nous étions tous sous le choc », déclare l'écrivain palestinien et partisan du Hamas Azzam Tamimi. Il était alors étudiant au Koweit et déclare qu'il s'est alors rapproché d'un camarade de classe du nom de Khaled Mashaal, désormais chef politique du Hamas à Damas.



« La défaite arabe de 1967 a été une formidable opportunité pour les Frères », affirme M.Tamimi.



A Gaza après 1967, Israel lance la chasse aux nationalistes laics palestiniens … et légalise les islamistes



A Gaza, Israël lance la chasse aux membres du Fatah et des autres factions laiques de l'OLP, mais il abandonne les restrictions imposées aux activistes islamistes par les anciens possesseurs égyptiens.



Le Fatah, établi en 1964, était la colonne vertébrale de l'OLP, responsable d'enlèvements, d'attentats et d'actes de violence contre Israel. Les États arabes en 1974 déclarèrent l'OLP « seul représentant légitime » du peuple palestinien au niveau mondial.



Les Frères musulmans, menés à Gaza par le Cheikh Yacine, pouvait enfin diffuser leur message librement.



Tout en lançant divers programmes de charité, le Cheikh Yacine recevait de l'argent pour republier les écrits de Said Qoutb, membre égyptien des Frères qui, avant son exécution par le Président Nasser, prônait le djihad mondial. Il est désormais vu comme un des idéologues fondateurs de l'Islam politique militant.



M.Cohen, qui travaillait à l'époque pour le département aux affaires religieuses du gouvernement israélien à Gaza, dit qu'il a commencé à entendre des rapports inquiétants dans les années 1970 sur le Cheikh Yacine, de la part de clercs musulmans traditionnels.



Il dit qu'ils l'ont mis en garde sur le fait que le cheikh n'avait aucune formation islamique officielle et qu'il s'intéressait en fait plus aux questions politiques qu'à celles se rapportant à la foi. « Ils disaient, 'éloignez-vous de Yacine, c'est un grand danger' », se rappelle M.Cohen.



En revanche, l'administration militaire israélienne à Gaza jetait un regard favorable sur le clerc paralysé, qui avait mis sur pied un vaste réseau d'écoles, de cliniques, de bibliothèques et de crèches.



Le Cheikh Yacine avait formé le groupe islamiste Mujama Al-Islamiya, officiellement reconnu comme organisation de charité et ensuite, en 1979, comme association. Israël appuya également la création de l'Université islamique de Gaza, désormais vu comme un foyer militant. (…)



Le Général de brigade Yitzhak Segev, gouverneur à Gaza en 1979, affirme qu'il n'avait aucune illusion sur les intentions à long-terme du Cheikh Yacine ou les dangers de l'Islam politique (…)



Un ennemi commun : « les militants palestiniens laïcs »



Cependant, à Gaza, dit-il, « notre principal ennemi était le Fatah » et le clerc « était à 100 % pacifique » envers Israël. Les anciens responsables disent aussi qu’Israël à l'époque craignait d'être perçu comme un ennemi de l'Islam.



M.Segev prétend qu'il avait des contacts réguliers avec le Cheikh Yacine, en partie pour garder un œil sur lui. Il visita sa mosquée et rencontra le clerc une dizaine de fois. Il était alors illégal pour tout Israélien de rencontrer quelqu'un de l'OLP.



M.Segev s'est ensuite arrangé pour que le clerc puisse être conduit en Israël pour suivre un traitement médical. « Nous avions aucun problème avec lui », dit-il.



En fait, le clerc et Israël avaient un ennemi commun : les militants palestiniens laïcs.



Après l'échec d'une tentative à Gaza d'expulser les laïcs de la direction du Croissant-rouge palestinien, la version musulmane de la Croix-rouge, Mujama organisa une manifestation violente, prenant d’assaut le bâtiment du Croissant-rouge.



Les Islamistes attaquèrent également des commerces vendant de l'alcool ainsi que des cinémas. L'armée israélienne n'intervint pas. (…)



« Une alternative à l'OLP »



Les affrontements entre Islamistes et nationalistes laïcs se sont étendus à la Cisjordanie et sont montés d'un cran au début des années 1980, touchant les campus universitaires, en particulier l'Université Birzeit, centre de l'activisme politique.



Alors que la lutte entre factions étudiantes rivales à Birzeit devenait de plus en plus violente, le Général de brigade, Shalom Harari, qui était un officier des services de renseignement à Gaza, reçut un appel de la part des soldats israéliens surveillant un check-point sur la route de Gaza.



Ils avaient arrêté un bus transportant des militants islamistes qui voulaient se joindre à la bataille contre le Fatah à Birzeit. « J'ai dit : si ils veulent s'exterminer mutuellement, qu'ils y aillent »,se rappelle M.Harari.



Un leader de la faction islamiste de Birzeit était à l'époque Mahmoud Musleh, désormais député pro-Hamas élu en 2006. Il se souvient comment les forces de sécurité israéliennes, si agressives habituellement, se sont mises en retrait, laissant se développer la conflagration.



Il dénie toute collusion entre son propre camp et les Israéliens, mais dit-il : « ils espéraient que nous allions devenir une alternative à l'OLP ».



Une année plus tard, en 1984, l'armée israélienne fut renseignée de la part de partisans du Hamas que le Cheikh Gaza et les Islamistes de Gaza collectaient des armes. Les troupes israéliennes firent une descente dans une mosquée et trouvèrent une cache d'armes. Le Cheikh Yacine fut emprisonné.



Il dit aux interrogateurs israéliens que les armes étaient destinées à être utilisées contre les rivaux palestiniens, pas contre Israël, selon M.Hacham, expert aux affaires militaires qui s'entretenait fréquemment avec les Islamistes incarcérés.



Le clerc fut libéré un an après et continua à étendre l'organisation de Mujama à travers toute la bande de Gaza.



Au moment de l'arrestation du Cheikh Yacine, M.Cohen, responsable aux affaires religieuses, adressa un rapport aux responsables militaires et civils israéliens à Gaza décrivant le clerc comme une figure « diabolique », et mettant en garde contre la politique israélienne qui permettait à Mujama de se développer et devenir une force dangereuse. (…)



M.Harari, officier des services de renseignement, dit que cette mise en garde comme d'autres furent ignorées. La raison, selon lui, est pure négligence, pas un désir de renforcer les Islamistes : « Israel n'a jamais financé le Hamas. Israel n'a jamais armé le Hamas ». (...)

Après l'Intifada, les contacts maintenus entre Israel et Hamas



En 1987, plusieurs Palestiniens étaient tués lors d'un accident de la route impliquant un conducteur israélien, déclenchant une vague de protestation connue comme la première Intifada. M.Yacine et six autres Islamistes du Mujama lancèrent le Hamas, ou le Mouvement de résistance islamique.



La Charte du Hamas, publiée un an après, est imprégnée d'anti-sémitisme et déclare que le « djihad est la voie, et la mort pour la cause d'Allah est la croyance la plus sublime ».



Les responsables israéliens, toujours focalisés sur le Fatah, continuèrent à maintenir des contacts avec les Islamistes de Gaza.



M.Hacham, l'expert militaire aux affaires arabes, se rappelle avoir fait se rencontrer un des fondateurs du Hamas, Mahmoud Zahar, avec le ministre de Défense israélien, Yitzhak Rabin, dans le cadre des consultations régulières entre responsables israéliens et palestiniens qui n'étaient pas associés à l'OLP. (…)



Dans le même temps, son ennemi, l'OLP abandonna l'idée d'une destruction d’Israël et commença à négocier pour une solution à deux États. Le Hamas l'accusa de trahison. Cette accusation trouva une certaine résonance lorsqu'Israel continua à construire des colonies sur les territoires palestiniens occupés, en particulier en Cisjordanie. (…)



Incapable de déraciner un réseau islamiste désormais bien établi, qui avait tout à coup remplacé l'OLP comme son principal ennemi, Israël a tenté de le décapiter. Il a commencé à viser les leaders du Hamas. Cela n'a pas ébranlé la force du Hamas, et cela a même parfois aidé le groupe. (…)



Efraim Halevy, officier du Mossad (…) a poussé ces dernières années à la négociation avec le Hamas. Il prétend que le « Hamas peut être écrasé » mais pense que le « prix à payer serait trop élevé pour Israël ».



Quand le voisin laïc et autoritaire d’Israël, la Syrie, a lancé une campagne pour écraser les Frères musulmans au début des années 1980, elle a tué plus de 20 000 personnes, la plupart des civils. (…)



De retour dans sa maison, après avoir constaté les dégâts chez son voisin, M.Cohen, ancien responsable aux affaires religieuses à Gaza, maudit le Hamas et ce qu'il voit comme des erreurs qui ont permis aux Islamistes de s'enraciner à Gaza.



 

Il se rappelle d'une rencontre dans les années 1970 avec un clerc islamique traditionnel qui voulait qu’Israël cesse de coopérer avec les Frères musulmans suivant le Cheikh Yacine. « Il me dit : vous allez avoir de gros regrets dans 20 ou 30 ans. Il avait raison ».

Mardi 26 août 2014 2 26 /08 /Août /2014 13:14
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

ukraine.jpgEn pleine guerre civile, les monopoles russes, européens et américains se partagent le gaz ukrainien !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

« On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels ». Pendant que les combats font rage en Ukraine de l'est, que les populations civiles sont prises en otage, les grands monopoles énergétiques se partagent le gâteau juteux de l'Ukraine.

 

L'Ukraine fait tourner la tête des grands monopoles européens, russes et américains. « Grenier à blé de l'ex-URSS », un sous-sol regorgeant de minerais, une main d’œuvre qualifiée et peu chère, des mers décelant des hydrocarbures : on comprend mieux le bras de fer en Ukraine.

 

Le gâteau ukrainien, l'avenir du gaz européen (et mondial)

 

Si on s'arrête sur une ressource capitale, le gaz, il semble que l'Ukraine se place loin derrière les grands producteurs, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, comme quatrième producteur européen.

 

C'est oublier deux choses : que ces pays sont loin de disposer de réserves illimitées, ils sont déjà au bord de l'épuisement pour les Britanniques. Or, l'Ukraine disposerait de deux atouts, des gisements off-shore au large de la Crimée, deux immenses champs de gaz de schiste.

 

Les estimations varient largement, selon certaines, l'Ukraine disposerait de 5,5 trillions de m 3 de réserves, ce qui en ferait la 7 ème réserve mondiale, la 1 ère européenne. Selon les plus prudentes, avec 1,2 trillions de m3, elle serait toutefois encore la 3 ème réserve européenne.

 

Cela illustre la poussée de l'UE, du FMI pour une « réforme énergétique » pour ouvrir le marché aux majors européennes et américaines, soucieuses de se tailler la part du lion.

 

En dépit de cette production importante, l'Ukraine reste dépendante à 80 % des importations – pour moitié de Gazprom – en raison d'une forte consommation dopée par son industrie, pénalisée par les gaspillages. L'Ukraine est le 5 ème consommateur européen, le 13 ème mondial.

 

Ce qui explique l'enjeu pour les monopoles russes et accessoirement européens de l'approvisionnement en gaz du riche marché ukrainien, ainsi que la problématique poussée par l'UE dans son « Accord d'association » d'une hausse des tarifs particulièrement bas sur ce marché.

 

Enfin, le troisième enjeu, c'est le transport des hydrocarbures russes vers l'Europe centrale et orientale, les pays ayant adhéré à l'UE. L'Union européenne importe 45 % du gaz importé à l'échelle mondiale.

 

En Europe, la Slovaquie, la République tchèque, la Hongrie, l'Autriche, la Finlande, la Roumanie, les pays baltes, la Bulgarie, la Serbie et la Grèce sont dépendants entre 70 et 100 % du gaz russe. L'Allemagne dépend à 40 % du gaz russe, la Pologne à 60 %, la France et l'Italie de l'ordre de 25 %.

 

Si diverses sources d'approvisionnement ont été ouvertes récemment entre la Russie et l'Allemagne, par le « North Stream » en mer du Nord, l'Ukraine avec son réseau de gazoducs « Soyouz » reste la principale porte d'entrée du gaz russe en Europe.

 

Toute cessation de livraison entre Russie et Ukraine menaçant d'avoir des répercussions critiques pour une dizaine d’États européens.

 

Avant la crise, la main basse occidentale sur le gaz de schiste ukrainien … grâce à Mr.Ianoukovitch !

 

Depuis le début de l'année 2014, Viktor Ianoukovitch était devenu un affreux dictateur (pourtant élu démocratiquement !), un politicien corrompu, vendu aux Russes.

 

Pourtant, entre 2010 et 2014, Ianoukovitch était salué pour son « pragmatisme » dans la presse économique, accueilli chaleureusement par les chancelleries occidentales. Pourquoi tant d'éloges ?

 

Ianoukovitch a réalisé les « réformes structurelles » du FMI associées au « plan d'ajustement » de 15 milliards de $ adopté en 2014 : réforme/privatisation des retraites et de la santé ; casse du code du travail ; baisse de l'impôt sur les sociétés ; réforme agraire favorable aux gros agriculteurs.

 

Il a surtout accompli le gros morceau attendu par les majors occidentales : la « réforme de l'énergie » qui prépare la libéralisation et privatisation du secteur en divisant la Naftogaz, suivant les dispositions européennes, en une entité chargée du réseau (Ukrtranshaz) et une autre de l'extraction (Ukrgazvydobuvannya).

 

Ianoukovitch a fait rentrer l'Ukraine en 2012 dans la « Communauté énergétique » avec l'UE - ce qui nécessitait la fin du monopole public dans l'énergie, l'introduction de la concurrence – il a mis fin la même année au monopole de Naftogaz sur les importations de gaz ukrainien.

 

Sous Ianoukovitch, les contrats ont plu avec les grands groupes occidentaux, dans tous les secteurs juteux :

 

le pétrole et le gaz off-shore en Mer noire, où Exxon avait dégoté au nez du Russe Lukoil un contrat en 2012 dans un consortium avec Shell. En octobre 2013, c'était au tour de l'italien ENI (avec une participation d'EDF) d'avoir accès, pour 4 milliards de $, à une zone off-shore de 1 400 km 2 en Crimée occidentale ;

 

le gaz de schiste, avec les deux grandes réserves connues. Celle d'Ukraine occidentale concédée à l'américain Chevron en novembre 2013 pour 10 milliards de $. Et celle d'Ukraine orientale octroyée par contre à l'anglo-hollandais Shell.

 

Enfin, le réseau de transport, avec les négociations lancées en 2013 par le pouvoir ukrainien avec Siemens, Deutsche Bank et Ferrostaal pour rénover l'ensemble des gazoducs ukrainiens, un projet estimé à 7 milliards de $.

 

En une année, le président honni Ianoukovitch avait accordé plus de 50 milliards de $ de contrats aux grands groupes occidentaux, bradant son sous-sol, ses mers, sa souveraineté.

 

Pourtant, Ianoukovitch a eu un tort : refuser d'augmenter les tarifs de gaz comme il l'avait promis. Il s'est attiré les foudres du FMI puis celle de l'UE qui exigeait des concessions similaires dans son « Accord d'association » qu'il a finalement refusé de signer.

 

La Russie et l'annexion de la Crimée : le pactole des champs de pétrole et de gaz off-shore

 

La suite, on la connaît. Du côté russe, il n'était pas question – d'un point de vue également géo-stratégique – de lâcher l'Ukraine, principal débouché pour son gaz vers l'Europe.

 

La politique russe est extrêmement dépendante de ses revenus en gaz et pétrole – 60 % des recettes budgétaires –, tout comme elle est façonnée par les intérêts de ses trois géants, le monopole du gaz Gazprom (numéro 1 du gaz mondial) et les grands groupes pétroliers, le public Rosneft et le privé Lukoil.

 

Pour le gouvernement russe, les approvisionnements en gaz de Gazprom vers l'Ukraine était un atout pour gagner en influence politique, s'allier avec les oligarques locaux du secteur (comme l' « oligarque sanglant », Dimitri Firtach), obtenir des concessions de l'Ukraine, dont les bases militaires en Crimée.

 

Après le coup de force occidental à Kiev, la Russie via Gazprom a d'abord proposé à l'Ukraine un « plan d'aide » alternatif à celui du FMI avec des tarifs préférentiels puis, devant le refus, exigé de rehausser les tarifs au prix du marché, ce qui aurait supposé une hausse de 80 %.

 

Le bras de fer continue, même si l'Ukraine – dont les réserves s'épuisent dangereusement – tenterait désormais d'obtenir de Gazprom un accord de la dernière chance, pour les 18 prochains mois.

 

Mais les monopoles russes n'ont pas perdu le nord, ils ont même récupéré le sud.

 

En effet, l'annexion de la Crimée n'est pas qu'un simple retour en arrière historique par rapport au cadeau à l'Ukraine de Khrouchtchev en 1954, une décision géo-stratégique ou une adhésion aux vœux de la population locale.

 

La Crimée, officiellement, n'aurait que 150 milliards de m 3 de gaz et 45 milliards de pétrole à offrir. C'est sans compter sans les gisements off-shore de gaz et de pétrole qui pourraient s'élever à 3 trillions de m 3. Soit des réserves trois fois supérieures à celles du reste de l'Ukraine !

 

En mars 2014, c'est le rattachement de la Crimée à la Russie. Dès le 14 mars, Reuters relaie les propos du vice premier-ministre de Crimée Rustam Temirgaliev, proposant de nationaliser l'entreprise de gaz Chornomornaftohaz :

 

« Après la nationalisation de l'entreprise, nous prendrons clairement la décision – si un grand investisseur, du type Gazprom apparaît – de conduire à sa privatisation ».

 

Cela a le mérite d'être clair, nationaliser pour privatiser et brader l'entreprise locale au numéro 1 mondial Gazprom, un beau cadeau avec les champs de la Mer noire en prime.

 

Le réseau de transport ukrainien privatisé : le retour des monopoles européens

 

Et pour les entreprises occidentales, le temps est-il à la soupe à la grimace ?

 

Apparemment pour celles qui avaient parié sur les gisements off-shore en Mer Noire. Mais les apparences pourraient se révéler trompeuses. Le géant russe Gazprom, tout comme Lukoil et Rosneft, manque de certaines technologies cruciales pour l'exploitation off-shore.

 

Ce qui explique qu'elle pourrait s'associer à la major américaine Exxon – comme c'est le cas en Arctique – pour explorer les fonds sous-marins de la Mer Noire.

 

Pour le gaz de schiste, Chevron continue son exploration à l'ouest, tandis que Shell n'a pas abandonné son projet mais vient ce 20 août de le suspendre à cause des combats dans la région de Donetsk.

 

C'est pour le réseau de transport qu'il y a bel et bien du nouveau.

 

Ce 14 août, le nouveau gouvernement a entériné l'ouverture aux investisseurs étrangers du réseau de gazoducs du pays, autrefois monopole du groupe gazier public Naftogaz, qui contrôlait le plus grand réseau au monde, avec 40 000 km de gazoducs.

 

Un réseau vieillissant, donc contraint à de lourds investissements, estimés par le gouvernement ukrainien à 5 milliards de $ (mais plutôt 16 milliards pour les experts russes).

 

Un appel d'offres vient d'être lancé avec trois concurrents. On ne sait si l'allemand Siemens est toujours sur le coup, c'est le cas en tout cas de l'américain Chevron qui a manifesté son intérêt dans le cadre d'un partenariat avec l'entreprise publique ukrainienne.

 

Un autre marché potentiellement intéressant vient même de voir le jour : celui de la vente à l'Ukraine du gaz européen … voire de la revente de gaz russe.

 

Ainsi, l'allemand RWE avait déjà proposé en 2012 un « accord-cadre » avec Naftogaz pour fournir une source énergétique alternative à celle russe, à partir du gaz norvégien et néerlandais.

 

En mars dernier, der Spiegel révélait que RWE prévoyait d'envoyer 10 milliards de m 3 vers l'Ukraine dès 2015 – soit le tiers de ce que l'Ukraine importe de Russie – du gaz russe acheminé via le gazoduc « North Stream ».

 

Plus récemment, et de façon plus anecdotique, GDF a également proposé fin juillet à l'Ukraine de la fournir en gaz, là encore du gaz norvégien ou russe tout simplement, les deux principales sources de gaz pour le monopole français.

 

Vers une escalade du conflit ? Ces sanctions qui déchirent les grandes puissances européennes

 

Il est difficile d'estimer si le conflit en Ukraine va s'intensifier ou non, si elle va trouver une résolution dans un partage (provisoire) du butin, un marchandage qui rappellerait étrangement les crises d'il y a un siècle, en Perse, dans les Balkans ou au Maroc.

 

Ce qui est sûr, c'est qu'aucun bloc n'est prêt à lâcher des territoires vitaux pour ces monopoles : la Crimée pour la Russie, l'Ukraine de l'ouest (surtout avec ses terres, sa réserve de main d'oeuvre) pour les monopoles occidentaux.

 

L'Ukraine de l'est, au très riche potentiel agricole et industriel, reste la pomme de discorde, soumise aux influences réciproques.

 

Dans cette « guerre économique » froide, la question de l'augmentation des sanctions contre le capital russe divise les grands groupes européens et américains, au vu de l'inter-dépendance relative entre les diverses économies.

 

Un fait à rappeler, presque comique : « RWE », ce konzern allemand qui propose à l'Ukraine de résister à la Russie en lui vendant en sous-main du gaz russe, vient de voir sa branche « énergie » (DEA) rachetée par un fonds d'investissement appartenant à Mikhail Fridman, oligarque russe proche de Poutine, deuxième fortune du pays.

 

A l'annonce de sanctions plus dures touchant la Russie dans le secteur bancaire et pétrolier, plusieurs grandes firmes ont exprimé leur désapprobation.

 

C'est le cas de certains groupes français notamment comme Peugeot et Renault dans l'automobile, BNP et la Société générale pour les banques ou encore Total dans l'énergie.

 

Il suffit de rappeler que Total détient 18 % du groupe gazier Novatek, qu'il espère extraire en Russie plus de 400 000 barils par jour d'ici 2020, en partenariat avec Yamal.

 

Même si l'époque des emprunts russe est révolue, la Société générale, elle, contrôle à 90 % la deuxième banque du pays, la Rosbank, tandis que la France est le premier investisseur dans le secteur financier russe.

 

Ce n'est pas le seul cas de prise importante de participation dans des groupes industriels russes : Renault (dans Avtovaz), Alstom (dans Energomash et Transmasholding), Schneider (dans Samara Electroshield) ont fait de même.

 

On pourrait évoquer le cas de l'anglais BP qui détient 20 % du groupe pétrolier Rosneft et qui s'est exprimé clairement contre l'adoption de sanctions envers le secteur pétrolier russe.

 

Enfin, entre Allemagne et Russie, il y a autant rivalité qu'interdépendance. L'Allemagne dépend à 40 % du gaz russe, elle reste le premier importateur mondial, tandis que la Russie est le premier exportateur mondial.

 

On sait que l'ancien chancelier Gerhard Schroder est un des architectes du projet « North Stream » négocié avec Gazprom sous son mandat, dont il est encore au conseil d'administration.

 

Le patronat allemand a d'abord exprimé une position opposée aux sanctions touchant la Russie, avant de soutenir le 30 juillet la nouvelle vague de sanctions de l'UE, par la voix du président de la BDI (Fédération de l'Industrie allemande), Ulrich Grillo, affirmant que :

 

« Celles-ci ne peuvent être exclues comme moyen de pression sur le gouvernement russe (…) les entreprises allemandes vont être durement touchées mais c’est l’heure de faire de la politique, pas des affaires. »

 

 

La lecture du conflit en Ukraine est plus que jamais – derrière l'intense voile de propagande – celle d'un conflit entre impérialismes, dénoncé par le PC ukrainien, dont le peuple ukrainien est la première victime. Un conflit qui sent de plus en plus le gaz.

Lundi 25 août 2014 1 25 /08 /Août /2014 07:09
- Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

2fairfares.png Deux-tiers des Britanniques pour la re-nationalisation du rail, les manifestations se multiplient contre la hausse des tarifs

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Nos commentateurs politiques avisés ont toujours un exemple étranger dans la poche pour nous vanter les mérites d'un ailleurs mythifié. Pour la libéralisation/privatisation du rail, il y a pourtant un précédent désastreux qui a soulevé la colère des usagers : la Grande-Bretagne.

 

Les travailleurs britanniques tirent la sonnette d'alarme. Ce 19 août, ils étaient plusieurs centaines – usagers et le syndicat RMT ensemble – à alimenter 50 piquets dans les gares de l'île pour protester contre la hausse vertigineuse des tarifs des trains de banlieue et des trains inter-cités.

 

La privatisation contre les usagers : + 60 % pour les tarifs vs – 6 % pour les salaires en cinq ans !

 

Le syndicat de classe RMT (Rail Maritime and Transport Union) proteste avant tout contre l'appel d'offres qui livrerait la « Northern line » à des opérateurs privés étrangers, remettant 10 000 cartes au Département du transport à Londres contre ce projet.

 

A Londres, comme à King's Cross, les usagers mais aussi les syndicats étudiants étaient largement présents, protestant contre le fait que la hausse des tarifs « éloigne les étudiants des universités ».

 

Ainsi selon la présidente du syndicat de l'University of Arts of London, Shelly Asquith :

 

« de nombreux étudiants ont besoin des transports publics pour étudier. Nos revenus stagnent, mais les prix du transport ne cessent d'augmenter (…) Quand les entreprises font des profits colossaux, les étudiants ne peuvent plus étudier ».

 

Selon les chiffres du Trade union congress (TUC), les tarifs du train ont augmenté en moyenne de 60 % depuis 2008 sachant que – selon l'Institue for fiscal studies – les salaires réels ont baissé de 6 % dans le même temps.

 

Le désastre de la privatisation : hausse des tarifs, subventions publiques et profits privés !

 

Depuis la privatisation, il y a vingt ans, les usagers britanniques ont pu constater de leurs propres yeux les désastres de la gestion privée.

 

Le TUC l'avait constaté dans le rapport publié l'an dernier : « The great train robbery : les conséquences économiques et politiques de la privatisation du rail ».

 

Nous rappelons ici quelques données brutes, puisque nos libéraux sont aussi bornés que le Mr.Gradgrind de Dickens : ils ne veulent que des faits, des faits, des faits. Les voici, les faits.

 

  1. les trains n'arrivent plus à l'heure : un train sur six circule avec plus de 10 minutes de retard (15 %), contre un sur dix en France (10 %) ;

     

  2. le matériel roulant est de plus en plus vieux : depuis 1996 l'âge moyen du matériel a augmenté, de 16 à 18 ans en 2013. L'investissement dans le renouvellement de matériel a chuté de moitié ;

     

  3. un système très coûteux par rapport au public : selon le rapport McNulty (2011), les coûts du système fragmenté britannique sont 40 % supérieurs à ceux du système nationalisé français ;

     

  4. une ouverture à la concurrence ... dominée par quelques monopoles : le britannique First Group contrôle 7 des 23 opérateurs, et l'Allemand Deutsche Bahn, l'Hollandais NS et enfin la SNCF (via Keolis) ont pris possession de 11 des 23 opérateurs du chemin de fer britannique. Quatre entreprises contrôlent donc 80% du rail britannique !

     

  5. Investissements publics, dette publique, mais profits privés : l'Etat dépense aujourd'hui deux fois plus en subventions (6 milliards par an) que du temps du rail nationalisé, avec une dette de 40 milliards d'euros. Pendant ce temps, les opérateurs privés comme la Deutsche Bahn (1 milliard en 2012 sur le réseau anglais!) réalisent des profits colossaux

     

  6. Les tarifs les plus élevés au mond: les tarifs du rail sont désormais, en moyenne, deux fois plus élevés qu'en France, dans le secteur nationalisé. Depuis 1996, l'augmentation des tarifs du train a été trois fois supérieure à celle de l'augmentation moyenne des salaires. La Grande-Bretagne dispose des tarifs les plus élevés du monde ;

 

Face à ce système inefficace, coûteux, ce « grand vol » organisé par les dirigeants conservateurs et travaillistes, les Britanniques réclament désormais d'une seule voix la re-nationalisation.

 

Cette majorité de Britanniques qui réclament la re-nationalisation

 

Selon un sondage « YouGov » d'octobre 2013, 66% des personnes interrogées pensent que « les compagnies du rail doivent être toutes publiques », contre 23 % qui préfèrent la gestion par le privé.

 

Un chiffre qui atteint les 79 % chez les électeurs travaillistes, 72 % chez les UKIP, mais qui était aussi majoritaire chez les électeurs libéraux-démocrates (62%) et même conservateurs (52%) !

 

63 % des sondés estiment même qu'ils sont prêts à voter pour le candidat qui leur promettra la re-nationalisation du rail.

 

Ce n'est pas gagné quand le « Labour » ne propose que la mise en place d'une forte entreprise publique du rail capable … d'être compétitive sur les appels d'offre face aux opérateurs privés !

 

L'exemple de l'East Coast Line : un modèle public plus efficace !

 

Face aux libéraux qui dépeignent la « nationalisation » comme irréaliste, ces partisans donnent un exemple qui parle de lui-même : la East Coast Main line.

 

Jusqu'en 2009, la ligne qui relie notamment Londres à l'Ecosse était gérée par l'opérateur privé « National express ».

 

En 2009, le bilan de la privatisation est désastreux, la piètre qualité du service et les tarifs prohibitifs avaient fait fuir les consommateurs, le faible taux de remplissage conduisant à des pertes se chiffrant à plusieurs centaines de millions de £, et finalement au départ de l'opérateur privé.

 

Pour « assurer la continuité du service », l'Etat décide alors contre son gré de récupérer la ligne, gérée par la bien-nommée « Directly operated railways ».

 

Depuis, le contraste est saisissant : la ligne nationalisée est redevenue la plus fréquentée (36 % de plus que la deuxième ligne!), elle bat des records de satisfaction parmi les usagers (91 % en 2013), elle est une source de revenus pour le contribuable (1 milliard de £ depuis 2009, 235 millions cette année).

 

Et enfin elle est l'entreprise la moins coûteuse pour le contribuable britannique selon l'Office for rail regulation, puisqu'elle reçoit sept fois moins de subventions que Virgin sur la West Coast Main Line !

 

Les appels d'offre pour les lignes du Nord et de l'Est : la SNCF acteur numéro 1 de la concurrence britannique

 

Et pourtant, ce bel exemple de réussite de la « nationalisation » du rail risque de faire long feu.

 

Ce pactole attire en fait les convoitises des opérateurs privés bien décidés à privatiser les profits après avoir socialisé les pertes (et les investissements).

 

Ainsi, le gouvernement conservateur prévoit la re-privatisation de la ligne en 2015. L'appel d'offres a déjà reçu trois candidats : les Britanniques StageCoach, First (détenus à 50 % par Keolis-SNCF !) et … la filiale de la SNCF, Keolis bien sûr.

 

Autrement dit, la SNCF met deux billes dans le même panier espérant gagner le jackpot de la re-privatisation de la première ligne de chemin de fer britannique !

 

Et ce n'est pas fini, le gouvernement britannique a décidé de renouveler la concession sur deux entrprises privées opérant dans le Nord du pays : la « Northern Rail » et le « TransPennine Express », assurant des services sur Manchester, Leeds, Liverpool ou encore Newcastle.

 

Là encore, trois candidats, tous étrangers, tous liés à des grands groupes publics européens :

 

le néerlandais Abellio (branche internationale de la NS), l'allemand Arriva (filiale de la Deutsche Bahn) et le franco-britannique Govia (détenu à 65 % par Go-Ahead et à 35 % par l'omniprésent Keolis!).

 

Il n'est hélas plus surprenant de voir la SNCF saborder le chemin de fer français pour mieux aller jouer les rapaces sur les chemins de fer ravagés par la privatisation de nos voisins.

 

 

En tout cas pour nous, l'exemple britannique est toujours parlant : il faut lutter maintenant contre la privatisation de la SNCF, à laquelle emmène la « réforme ferroviaire ». Avant qu'il ne soit trop tard.

Dimanche 24 août 2014 7 24 /08 /Août /2014 07:15
- Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : Solidarité Internationale PCF
  • Solidarité Internationale PCF
  • : Le site publie des traductions de déclarations, communiqués, articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.
  • Contact
  • Partager ce blog
  • : Politique
  • Retour à la page d'accueil

Liens

Théorie

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés