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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 22:31
Déclaration du Parti communiste espagnol, à l’occasion du 80è anniversaire du début de la Guerre d’Espagne

18 juillet 2016, traduction MlJ pour « Solidarité internationale PCF – Vive le PCF »

C’est aujourd’hui le 80ème anniversaire du commencement de la Guerre national-révolutionnaire (nom donné par le Parti à la Guerre civile).


Le 18 juillet 1936, l’Espagne se réveilla en sursaut. Commença alors une guerre civile sanglante, qui allait rapidement devenir une guerre nationale-révolutionnaire aux répercussions internationales. Les forces armées, au Maroc et dans la péninsule, se soulevèrent contre la République, soutenues par la bourgeoisie terrienne réactionnaire, et en étroite connivence avec l'Italie de Mussolini et l'Allemagne hitlérienne.

La Guerre civile, pour Franco et ses acolytes, n'a pas pris fin le 1er avril 1939, mais a duré jusqu'aux derniers jours de la vie du dictateur, car le franquisme, dans sa longue et cruelle histoire, n’a jamais cessé de rappeler qui étaient les vainqueurs et les vaincus. Et il ne s’est pas simplement contenté de le rappeler, année après année. Il faut souligner combien la planification et la mise en œuvre d'un système de répression (caractéristique d'un système totalitaire) ont été l’un des rares éléments qui ont perduré et sont demeurés constants du début à la fin de l’existence du franquisme et l’ont tragiquement caractérisé.

Cela fait trente-huit ans que la Constitution et ce qu’on a appelé la « transition espagnole » ont, dans une continuité juridique qui a empêché de déclarer illégaux les tribunaux et les institutions issus du coup d'Etat de 36, « officiellement » soldé cette période, mais, malgré cela, ses échos ne sont toujours pas éteints. Ne sont pas éteints les espoirs de régénération de la vie publique espagnole qui ont suscité la Deuxième République. Ne sont pas mortes les aspirations à la justice sociale qui ont conduit des centaines de milliers de femmes et d'hommes à se combattre sur le front pour les idéaux républicains.

On n’a pas voulu ou su consoler les pleurs des victimes de la répression. De surcroît, à l’aspiration légitime d’un grand nombre de familles, d’honorer la mémoire de leurs morts et de les enterrer de manière digne, on a d’abord opposé le silence et le mépris puis l’indifférence. Enfin, nous sommes peut-être dans le seul pays démocratique dans le monde qui condamne les juges qui cherchent à enquêter sur les crimes de la dictature alors que les bourreaux restent impunis.

Aujourd’hui, quatre-vingts ans après, il est plus nécessaire que jamais d’entretenir cette mémoire démocratique pour en retirer quelques leçons vitales, dans une époque convulsive comme la nôtre, dans laquelle ceux qui détiennent le pouvoir invoquent à nouveau « l’état de nécessité » pour nier au peuple ses droits et conquêtes les plus élémentaires.

Il est difficile d'imaginer les chars de l'armée espagnole envahir à nouveau les rues pour affronter leurs concitoyens. Cependant, c’est ce qui se passe contre d’autres peuples du monde sous le même prétexte qu’en 1936: celui de faire face à « l'anarchie », à la « mauvaise administration », à l’« incapacité » des gouvernants légitimement élus, prétexte qui, comme en 1936, entraîne un coût terrible en vies humaines et porte un recul terrible pour l'humanité.

En Espagne, aujourd'hui comme en 1936, les puissances économiques réclament une dégradation des conditions de vie des citoyens pour préserver leurs privilèges. Elles n’ont pas besoin d’enclencher une guerre civile. Au nom de la « rigueur », des « contraintes », et avec l'aide puissante d'une armée qu'elles appellent « le marché », composée de spéculateurs sans scrupules et de politiciens complaisants, avec leurs diktats, elles préparent un coup d’Etat, sans effusion de sang, mais fatal aux droits reconnus dans cette Constitution que l’on vante tellement.

L'histoire ne se répète jamais, mais elle laisse quelques enseignements. Le 18 juillet 1936 en est peut-être l'un des plus importants: un peuple qui se résigne et ne se bat pas pour ses droits légitimes est victime de l'horreur et de l'oubli. Mais les combats menés, malgré les défaites, parviennent à garder vivante la flamme de l'égalité et de la justice. Franco a gagné une guerre en 1939 mais n’a pas vaincu les Espagnols. « Le marché » que nous combattons sur tous les fronts, n’arrivera pas à abattre les Espagnols et les Européens, si nous le combattons.

Alors que 80 ans sont passés depuis le soulèvement militaire enclenché par Franco à Melilla, le PCE demande, une fois de plus, que soit mis fin à l'injustice historique qui maintient les dépouilles non identifiées, de milliers de démocrates, enterrées dans des fosses communes. Le dictateur qui a déclenché une guerre qui a coûté plus d'un million de vies, a été enterré, avec tous les honneurs, dans un grand mausolée quand les victimes sont toujours dans les caniveaux du pays.

Enfin, pour le PCE, la justice et la réparation exigent que soit retirée la tombe de Franco de la « Vallée de ceux qui sont tombés » [monument] et que soit étendue la loi de « Mémoire historique » en vue d’une juste compensation pour les victimes et leurs familles.

PCE – 18 juillet 2016

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 05:09
Le dirigeant d'Izquierda Unida, Alberto Garzon, au coeur du logo des listes Unidos Podemos

Le dirigeant d'Izquierda Unida, Alberto Garzon, au coeur du logo des listes Unidos Podemos

Article du journal « larepublica.es » dont Alberto J. Miranda est le directeur, 28 juin 2016. Traduction MlJ pour « Solidarité internationale PCF – Vive le PCF ».

La journée de réflexion commence aujourd’hui.

Je lis les écrits de beaucoup de personnes, d’amis, de connaissances ou d’inconnus, indignés par les résultats des élections. Je les vois insulter ceux qui ont voté pour le Parti populaire [droite] ou spécialement ceux qui ont voté pour Ciudadanos [centre]. Je les vois parler d’émigrer, de quitter un pays de moutons, une société de merde qui vote pour des corrompus. Je vois aussi un classique très habituel ces derniers temps : au nom d’une supériorité intellectuelle supposée, on s’autorise même le luxe de traiter d’ignorants et d’incultes les électeurs du PP, du PSOE et de Ciudadanos.

Je veux dire une chose, en toute humilité, sans intention d’offenser qui que ce soit : Et si, au lieu d’invectiver ceux qui n'ont pas voté comme nous voulions, nous nous demandions «pourquoi ? ».

Peut-être, juste peut-être, n’aurait-on pas dû abandonner la lutte dans la rue. Contribuer à alimenter les thèmes globaux à la mode, c’est divertissant et confortable. Mais en dehors de ça, et de « partager sur Facebook », est-ce que vous êtes membres d’un syndicat? Est-ce que vous organisez vos collègues sur votre lieu de travail, contre l’exploitation? Ou bien vous contentez-vous d’utiliser des « hashtags »? Avez-vous contribué à empêcher des expulsions ou l’avez-vous fait simplement par procuration? Avez-vous participé aux « Marches de la dignité » avec les mineurs des Asturies et du Léon? Avez-vous participé à des mouvements sociaux? A l’activité d’associations de proximité peut-être? D’organisations pro-environnementales? Féministes? Il n’est jamais trop tard pour aller à la bataille. Pour y aller aujourd’hui, il n’y a pas besoin de l’avoir fait auparavant. Il n’est pas question pour moi de distribuer des bons points de pureté idéologique. Mais ce serait peut-être une bonne idée de se rendre compte que nous devons nous battre sur tous les fronts et non sur un seul. Non?

A part cela, et sans parler de la campagne électorale elle-même, il est possible de remplacer les conjugaisons du verbe « nationaliser » par des petits cœurs, des illusions, des « smileys ». Mais est-ce que cela n’a pas été une erreur? A quel moment a-t-il été décidé de remplacer la prise de conscience par le marketing? Comment outrager à ce point la phrase de Gramsci : «la préparation idéologique des masses est une nécessité pour la lutte révolutionnaire, et l'une des conditions indispensables pour la victoire»? Et où pouvait se trouver cette préparation quand nous avons demandé à la classe ouvrière de voter pour l’ex-chef de l’état-major de la défense qui a participé à l'invasion de la Libye aux ordres de Zapatero? Où était cette préparation à la prise de conscience quand nous avons estimé que quitter l'UE " n’était pas à l’ordre du jour ", que quitter l'OTAN " n’était pas à l’ordre du jour ", et que choisir entre la monarchie ou la république "n’était pas à l’ordre du jour ".

Camarades, nous avons abandonné les luttes sociales, les manifestations. Nous avons arrêté de travailler à faire prendre conscience. Nous nous sommes laissés dilués dans un parti qui se dit social-démocrate. Nous avons été éblouis par les lumières de postes de télévision qui ont réussi à déplacer la lutte de la rue vers des bureaux. Puis, un congrès plus tard, nous avons été réduits à une organisation complice du système qui parle de « bons et de mauvais banquiers ». Nous avons vendu notre âme pour 8 sièges. Nous avons proclamé, en long et en large, que nous allions changer ce pays en le reprenant des mains du PSOE. Nous sommes-nous rendus compte de ce que nous devenus ?

J'ai dit en son temps, devant l'assemblée fédérale d’Izquierda Unida, que s'il y avait encore quelqu’un qui voulait sauver IU comme outil de la classe, qu’il pouvait compter sur moi et que j’en serai. J'ai eu l'honneur d'aller sur la même liste que des personnes de grande stature politique comme Cayo Lara et Paloma Lopez. Nous avons obtenu 21%. Oui, nous avons perdu, mais on ne pourra pas dire que nous n’avons pas dit ce que nous avons pensé juste.

Aujourd'hui, à peine quelques mois plus tard, je le répète, mais cette fois à propos du PCE. Ceux qui veulent reconstruire un parti léniniste peuvent compter sur mon soutien, un soutien qui n’est pas à la hauteur de celui de Roures [millionnaire qui a soutenu Podemos], mais qui représente tout ce que j’ai à donner.

Pour conclure, je préfère reprendre une phrase très juste prononcée par un collègue: « La journée de réflexion commence aujourd'hui ».

Alberto J. Miranda.

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 01:17
Elections Espagne 2015 : Podemos a recruté un ancien général sur ses listes ! Et pas n’importe lequel !

Elections Espagne 2015 : Podemos a recruté un ancien général sur ses listes ! Et pas n’importe lequel !

ML pour Solidarité internationale PCF, 19 décembre 2015

La rupture avec les appareils politiques traditionnels, l’ouverture à la « société civile », fait partie des slogans de Podemos (« nous pouvons » suivant le « Yes, we can » d’Obama), mouvement espagnol présenté comme de « gauche radicale ».

En la matière, Podemos et son chef, le politologue Pablo Iglesias, font fort. En fait de société « civile », ils ont recruté une personnalité de choix, placée en position éligible en Aragon, le général Jose Julio Rodriguez.

Le personnage n’est pas un obscur général de brigade repenti sur le tard dans l’antimilitarisme. Pas du tout ! Jose Julio Rodriguez, 67 ans, général d’aviation, jeune retraité, n’est autre que l’ancien chef d’état major de la Défense, le plus haut poste militaire du pays, exercé sous le gouvernement Zapatero.

Rodriguez a débuté sa carrière dans l’armée de Franco qu’il a servie dans l’ancienne colonie du Sahara Occidental. Puis, comme on dit, il a gravi tous les échelons jusqu’à commander le corps expéditionnaire espagnol envoyé en Afghanistan en supplétif de l’armée américaine. En lien direct avec le commandement de l’OTAN, il a été en responsabilités pour l’armée espagnole dans les guerres d’Irak et encore de Libye en 2011.

La droite crie à la trahison. Mais Rodriguez ne se renie pas. Ce serait plutôt Podemos qu’il faudrait accuser de trahison, du moins de tromperie. Pendant un temps, ce mouvement attrape-tout a voulu suivre les mouvements d’opinion hostiles aux interventions militaires espagnoles à l’étranger (maintenant réduites) et à la présence de bases de l’OTAN dans le pays. Aujourd’hui, l’équipe menée par Iglesias nourrit une aspiration plus élevée, celle de l’accession au pouvoir. Pour cela, il faut se ménager l’électorat de droite, qu’elle convoite aussi, mais surtout les puissants d’Espagne, de l’UE et de l’OTAN.

Podemos veut donner des gages à l’OTAN et à l’UE. Rodriguez est explicite : « Nous allons respecter les décisions de l’OTAN. Nous nous engageons pour une défense européenne globale car là est l’avenir » (Journal El Pais – 5 novembre).

En cas d’avènement au pouvoir, Pablo Iglesias a annoncé qu’il nommerait Rodriguez ministre de la défense : ce serait la première fois depuis Franco qu’un militaire exercerait un tel poste politique !

Décidément, les affinités entre Podemos et Syriza, entre Iglesias et Tsipras, que certains politiciens français érigent en modèle de « gauche », sont grandes. Dès son élection en Grèce, Tsipras a nommé ministre de la défense son partenaire d’extrême-droite Pammenos. Des manœuvres aéronavales inédites avec les Etats-Unis et même Israël ont été organisées. Etc.

Le Parti communiste espagnol continue, quant à lui, de revendiquer la sortie de l’Espagne de l’OTAN.

Mais il n’est pas sûr que ce point de vue se fasse beaucoup entendre dans ces élections. En juillet, Podemos repoussait vertement toute alliance électorale avec le PCE et la « Gauche unie » (Izquierda Unida) dans lequel la direction du PCE est intégrée. Résumé en une phrase : Iglesias voulait bien de l’appoint de quelques personnalités communistes mais pas d’une alliance électorale avec une machine à perdre les élections car trop liée à l’image du communisme. Refoulée par l’ultra-médiatisé Iglesias, la direction du PCE n’avait plus d’autre choix que de constituer d’autres listes. L’occasion existait de retrouver une identité communiste affirmée. Le choix a été fait d’aller dans une nouvelle dilution du PCE en passant d’Izquierda Unida à des listes « d’Unité populaire » avec des régionalistes et des transfuges de la social-démocratie.

Electoralement, politiquement, en Espagne, le changement, ce n’est malheureusement pas pour maintenant.

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 22:17
Situation en Grèce et Union européenne: position de Parti communiste espagnol

16 juillet 2015, traduction MlN pour Solidarité internationale PCF. Nous publions ce texte bien que le PCE soit membre, comme la direction du PCF, du Parti de la gauche européenne – PGE, avec le regroupement Izquierda unida. Outre l’intérêt de sa réflexion sur le fond, sur la situation en Grèce et ses répercussions politiques en Europe, ce texte exprime un rejet sous de nouvelles formes de l’UE dans le sens d’une rupture avec les politiques du capital qui mérite l’attention. Il tranche avec les positions du mouvement mouvementiste à la mode « Podemos » et son appui inconditionnel sur le plan antisocial accepté par ses frères Syriza et Tsipras en Grèce. Le chef de Podemos, Pablo Iglesias, apôtre du dépassement de la forme parti, vient d’ailleurs de se livrer à des attaques profondément anticommunistes contre le PCE. D’une certaine façon, tout se tient.

 

L'actuelle Union européenne est, en ce moment, l'expression politique et institutionnelle la plus élevée de la constitution d'un bloc impérialiste spécifiquement européen.

Le Parti communiste d'Espagne a maintenu et maintient le principe du respect de l'autonomie d'action des organisations progressistes, ouvrières et de gauche des autres pays du monde et la compréhension de l'existence de différences d'analyse. Pour autant, le lien est clair entre les processus enclenchés en Grèce et en Espagne au cours des dernières années et les souffrances des peuples des deux pays sujets à des attaques similaires des grandes puissances capitalistes. Par conséquent, il est nécessaire, à partir des événements de ces derniers jours, d’émettre une série de considérations sur le résultat du processus de négociation entre la Grèce et l'Union européenne (sans oublier la participation du FMI) sur la question de la dette publique grecque et sur la mise en œuvre d'un ensemble complémentaire de mesures économiques dans le pays.

Les événements de ces dernières semaines permettent de confirmer, de façon absolument claire, la nature de l'UE : comme nous l’avons défini à notre XIXe congrès, l'Union européenne actuelle est, en ce moment, l'expression politique et institutionnelle le plus élevée de la constitution d'un bloc impérialiste spécifiquement européen. Les objectifs et le fonctionnement de l'UE sont conçus au service d'un pouvoir oligarchique d’origine financière, centré géographiquement sur l’Europe centrale, mais qui, en réalité, englobe également l'ensemble des capitalistes des autres pays de l'UE (y compris, bien sûr, d’Espagne).

Au cœur du projet d'intégration régionale européen se retrouvent, actuellement, trois aspects: l’accélération de la mise en œuvre de la solution néolibérale à la crise capitaliste dans tous les pays de l'UE, assurant l’écrasement de toute résistance, qu’elle provienne des pouvoirs économiques locaux ou des couches populaires; l’accentuation de la prédominance du noyau sur les peuples européens (principalement sur ceux de la périphérie géographique, mais aussi sur les autres); et, enfin, l’application d’une stratégie de confrontation politique et économique à l’encontre le reste du monde, en particulier à l’encontre des pays émergents, ce qui se traduit en particulier par le renforcement de l'alliance avec les États-Unis à travers le TTIP. Pour sa signification interne et mondiale, vu son urgence, la lutte contre l’Accord transatlantique doit être aussi une de nos priorités, liée à l'analyse des événements qui se déroulent en Grèce et (de façon pour l’instant moins aiguë) dans d'autres pays de l'Union.

S’il y avait quelques doutes quant à la position de l'UE, les faits, surtout ces dernières années, aussi bien dans sa propre périphérie à l’ouest et au sud (Chypre, Espagne, Grèce, Irlande, Portugal) que dans sa sphère d'influence en construction à l'est (Ukraine) finit de les lever: le caractère soi-disant bienveillant des institutions de l'Union est devenue une force implacable au service des intérêts du noyau capitaliste, ruinant les populations, tordant les aspirations démocratiques et déstabilisant, économiquement et politiquement, tout pays dans lequel elles voient une résistance. Ainsi, l'Union européenne, et les puissances régionales qui la suivent, se caractérisent par l'application d'une politique implacable de domination. Sa révèle le mensonge de la rhétorique sur l'intégration européenne équitable, présentée comme la marque de fabrique du processus « de construction européenne ».

Ainsi, le 13 juillet, le gouvernement grec a accepté, sous la forte pression de l'Allemagne et de la France, de la Commission européenne et de l'Eurogroupe, un pacte léonin, après une lutte dure de quelque six mois. La menace d'expulsion de la Grèce de la zone euro a été l'arme de chantage utilisée pour obtenir une capitulation. Celle-ci va entraîner sans aucun doute des conséquences difficiles pour la Grèce, niant, à la racine, l'idée d'une Europe unie et pacifique, solidaire et égalitaire, pour laquelle la majorité sociale du continent a lutté pendant de nombreuses décennies.

L'accord attaque à nouveau l'économie et le peuple grecs, avec la poursuite des politiques d’austérité et la renonciation en conséquence à la souveraineté de l’Etat. Il en est ainsi, même si, comme l’a indiqué le gouvernement grec, reste envisagée, avec cet accord, la possibilité d'empêcher temporairement l’asphyxie ou l'effondrement financier, d'une restructuration ultérieure de la dette ou du maintien des lois adoptées concernant les employés du secteur public. Et encore, de façon terriblement paradoxale, le fait est qu’avec l'application de l’accord dans sa teneur réelle, la dette grecque devrait augmenter, la situation économique du pays continuer de se détériorer. De même, le discours officiel sur la «sauvegarde» de l'euro (qu’a tenu, entre autres, le ministre Guindos) est également clairement fallacieux, étant donné la possibilité que la situation extrême de la Grèce se reproduise dans d'autres pays du sud de l’Europe.

Nous considérons que la mise en œuvre du paquet de mesures économiques convenu en Grèce (qui n’est rien d’autre que la poursuite et l'approfondissement du processus subi par le peuple grec depuis 2010) amènera des conséquences économiques, politiques et sociales profondément négatives pour ce pays. Les réformes des retraites (avec l’horizon du déficit zéro) et des conventions collectives, convenues avec l'UE, ainsi que la hausse de la TVA (pour ne citer que certaines des mesures les plus importantes) visent directement à l'achèvement du processus de sortie, par la voie antisociale, de la crise en Grèce (également au bénéfice des puissances capitalistes grecs), garantissant la soumission des travailleurs au capital, avec une pleine efficience des mesures de pression économique (dirigées, encore une fois, contre les salaires).

De même, les dommages causés au reste de souveraineté économique de la Grèce auront des conséquences décisives, à la lumière du paquet de mesures contenues dans l’accord, en raison du programme imposé de privatisations massives qui placera les secteurs fondamentaux de l’économie du pays (transport, télécommunications, énergie, services bancaires, etc.) encore aux mains du public, sous la propriété des grands groupes capitalistes de l'UE. Il ne faut pas sous-estimer cette question parce qu’un secteur public, efficace et développé, est l'une des clés fondamentales pour faire avancer une politique de transformation un tant soit peu significative. Egalement, dans cette même stratégie « prédatrice » de l'UE, la déréglementation et « l 'ouverture » des marchés à l'étranger cherchent à accélérer le processus de concentration et de centralisation du capital. La réalisation de toutes ces mesures revient, tout bonnement, à transformer définitivement la Grèce dans une semi-colonie économique de l'UE.


De même, on ne peut que constater la position du gouvernement du Parti populaire, Rajoy en tête, de collaboration avec la stratégie et les interventions de l'UE en Grèce, suivant une corrélation étroite avec la politique d’écrasement des acquis sociaux de la classe ouvrière en Espagne. Cette position du gouvernement espagnol, laquais du gouvernement d'Angela Merkel, doit être sanctionnée par les citoyens de notre pays dans les rues et dans les urnes. En acceptant de se rendre complice de la nouvelle tentative de détruire la Grèce, d’attaquer la démocratie et d’écraser un peuple, qui est déjà dans une situation sociale terrible, il montre sa véritable position politique et morale.

Le principe fondamental du moment est qu’il est, tout simplement, impossible de «gérer» le paquet de mesures farouchement néolibérales signé avec l'Union européenne. La cohérence, totale et détaillée de ce paquet (non seulement parce que cela est exigé par les institutions de l'Union, mais de par sa nature même) rend directement impossible de limiter, même un peu, sa portée. Il n’est pas davantage réaliste de compter parvenir à une nouvelle "croissance" économique en Grèce grâce à l'arrivée présumée de nouveaux investissements étrangers, tout en restant dans le cadre de l’application de ce paquet de mesures. Cela est non seulement improbable mais, même dans ce cas, la nouvelle activité économique aurait lieu dans des conditions répondant aux intérêts des investisseurs étrangers, sur la base d’une plus grande exploitation des travailleurs, et non aux besoins du peuple grec. Et il est encore moins vrai de prétendre que la sortie du pays de la zone euro, même s’il elle a lieu soudainement, serait le prélude à une véritable apocalypse économique et sociale, sans pour autant que cela ignorer le scénario extrêmement complexe dans son développement qui s’ouvrirait. La mise en œuvre du paquet de mesures ne peut que perpétuer le caractère périphérique et dépendant de l'économie de la Grèce par rapport au noyau capitaliste de l'UE.

La «gestion» de la barbarie néolibérale a été le but de la social-démocratie européenne dans un passé récent, avec un développement incohérent depuis le début et un échec retentissant dans son résultat final. Cela a contribué à juste titre à son déclin politique aujourd'hui et à sa position de plus en plus subordonnée dans l’alliance avec les forces conservatrices et libérales au sein de l'UE. Le développement de la crise en Grèce amène à assimiler une leçon essentielle: on ne résiste au pouvoir de l'Union européenne qu’en reprenant une véritable souveraineté populaire, ce qui passe par le contrôle public sur les leviers économiques de base (notamment les mécanismes capables de contrer les actions de guerre financière contre le pays). De même, on ne peut pas assimiler le maintien dans l'Union économique et monétaire ou dans l'Union européenne elle-même à un principe dogmatique, sans l’associer à la sauvegarde des droits, des intérêts et des besoins vitaux de la population.

Enfin, nous ne devons pas tomber dans le piège d'accepter implicitement que le rejet de l'ensemble des mesures convenues (impliquant le rejet des paquets de mesures précédents) représenterait un appui aux intérêts des différentes puissances capitalistes nationales. En effet, dans les pays du sud de l'Europe, il est plus que nécessaire de mettre en chantier une politique de profonde transformation économique, politique et sociale. Le contenu de ces changements n'a rien à voir avec la rhétorique des «réformes» tel qu’elle est acceptée comme monnaie courante dans une grande partie de l'UE, mais avec des réalisations au service de la majorité de la société européenne. Ainsi, l'engagement du PCE porte, en conformité avec les résolutions et les thèses de son XIXéme congrès, comme un programme urgent de mesures économiques et politiques en Espagne, contre l'euro, contre les politiques d'ajustement et le projet néolibéral en Europe, sur les points suivants :


1. Réaliser un audit de la dette avec la constitution de mécanismes opérationnels permettant la participation de la société.

2. Rejeter le paiement de la dette illégitime, et rejeter en même temps qu’un déficit soit généré pour le financement des services publics et des politiques de protection sociale.

3. Sur cette décision souveraine de non-paiement de la dette illégitime, initier un processus de renégociation de la dette, sur la base du rejet du pacte d'austérité européen, avec l’objectif d'éviter que le paiement de la dette amène une aggravation de conditions de vie et de travail des couches populaires et des travailleurs.

4. S’opposer à l'intervention de notre pays dans le camp des puissances économiques européennes et rejeter tout «mémorandum», même imposé par un prétendu «gouvernement de salut national" ou un «gouvernement technocratique».

5. Promouvoir la création d'un bloc régional des pays débiteurs pour générer une convergence de forces contre les créanciers financiers.


Cela conduit à la nécessité de progresser vers une large alliance européenne pour faire face, de façon unie, à une Union européenne dont le sens est devenu clair. Les fortes mobilisations qui se sont développées dans de nombreuses parties de l'Europe, mobilisations inédites depuis de nombreuses années, auxquelles de nombreuses personnes ont participé, ont démontré que cet état d’esprit progressait, non seulement par solidarité, mais contre le danger pour son propre pays.

Devant cette situation, le PCE ne peut pas se contenter de contempler l'admirable exemple des peuples d’Amérique latine qui élaborent un modèle d'intégration régionale, solidaire, sur une architecture institutionnelle horizontale, basé sur l'unité populaire, l'élan de processus constituants et la restauration de la souveraineté populaire, contre les oligarchies locales, la stratégie néolibérale et la puissance impérialiste.

L’heure est venue aussi pour les peuples de toute l’Europe d’être à leur tour bâtisseurs de l'avenir. Ce processus avancera rapidement dans le continent avec le renforcement des liens de solidarité, en particulier (mais pas seulement) au sud. Nul doute que le chemin est difficile et, bien sûr, incertain. Toutefois, la certitude est qu’il se trouve parmi les peuples, face au nouvel ordre de Bruxelles, et qu’il doit servir à dissiper les doutes et à commencer à avancer.

Madrid, 16 juillet 2015

 

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 06:08

Felipe-Gonzalez---Pablo-Iglesias.jpg'Ils disent Venezuela, on dit Suède'. Le virage social-démocrate de Podemos : copier le PS de 1982 pour être le PS de demain ?

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

Combien faut-il à Podemos pour Podemos abjurer? En moins d'une année, la formation qui peut mais ne sait ce qu'elle veut a affirmé sa volonté : être le PSOE de demain. C'est ce qu'affirme son leader Pablo Iglesias, ce que confirme le nouveau programme du parti.

 

27,7 %. C'est le sondage de novembre pour Podemos. Vertige du pouvoir. De quoi revenir en quelques semaines sur certaines prétentions au changement radical. Mais qu'y a-t-il à renier ?

 

L'idéologie du possibilisme (Podemos, yes we can!), ce programme du « Vous verrez quand on gagnera ! » (Veremos quando venceremos!), représente un vide idéologique fait mouvement politique.

 

Un mélange composite de jeunisme, de rejet de la politique traditionnelle, de mouvement d'intellectuels universitaires parlant aux intellectuels déclassés, de spontanéisme dévoyé, d'alter-européisme plein de bons sentiments doit grandir, vite. Il doit devenir un parti de pouvoir, déjà.

 

Le programme des élections européennes ne proposait rien de révolutionnaire. Ambigu en parole, opposé de fait aux nationalisations (parlant de « contrôle public »), prônant le maintien dans l'euro, silencieux sur la réappropriation des terres ou des logements, Podemos n'a pas promis le Pérou.

 

Renoncements sur la nationalisation des banques, la retraite à 60 ans, la dette ...

 

Pourtant, le programme publié cette semaine, défendu par les économistes réformistes Juan Torres et Vicenç Navarro, intitulé un « Projet économique pour les gens » marque un tournant social-démocrate assumé. Quatre points marquent un recul par rapport aux élections européennes.

 

1 – Abandon de toute nationalisation du secteur bancaire. Pas réaliste. Podemos propose de réformer l'Institut de Crédit Officiel (ICO) pour recevoir des « prêts du BCE dans les mêmes conditions que la banques privées, pour assurer des crédits aux familles qui en ont besoin ».

 

2 – Abandon de la « retraite à 60 ans ». C'était le marqueur identitaire de la gauche espagnole. Adieu. Podemos trouve plus réaliste de demander l'abaissement à 65 ans de l'âge de départ à la retraite. 65 ans, c'est la retraite pour les morts comme disait Guesde, en 1910 comme en 2014.

 

3 – Abandon du « revenu minimal universel ». Cette revendication importée de la social-démocratie nordique, même Podemos n'y croit plus. Elle l'a abandonnée dans son nouveau programme préférant parler de programmes d' « aides » à toute personne sans revenu. On n'est pas loin du RMI ou RSA qu'on connaît en France.

 

4 – Abandon du refus de payer la dette. Il était déjà bien partiel dans le programme initial, ambigu avec le refus de payer la dette dite illégitime. Désormais, le programme parle de restructuration négociée de la dette, ce qui nécessite de « restaurer la stabilité politique ».

 

Et sur le reste ? Toujours aucune nationalisation, le maintien dans l'euro et on promet un « droit à l'alimentation », des « garanties pour le logement », une « réforme fiscale » progressiste, les 35 heures mais aussi la ré-orientation de la BCE, des plans d'investissement européens.

 

Des vœux pieux, des droits vides, des réformes ambigues mais une certitude : il faut toujours plus d'intégration européenne !

 

Iglesias, le Suédois : « on est Européens, on regarde vers le nord de l'Europe »

 

Pablo Iglesias, le leader de Podemos, assume tout à fait. Il le répète ses derniers jours : son inspiration est social-démocrate, son programme doit pouvoir être adopté par n'importe quel social-démocrate. « On s'adresse à la majorité sociale », répète le leader de Podemos.

 

Interrogé pour savoir s'il voulait importer le modèle du Vénézuela, ou des processus de transformation d'Amérique latine, Iglesias a répondu : « Vous me dites Venezuela, moi, je vous dis Suède ».

 

Il ajoute : « Nous sommes européens, notre modèle se trouve dans le nord de l'Europe », il se justifie : « en Europe du nord, 1 personne sur 4 travaille dans l'économie sociale, contre 1 sur 10 en Espagne. Voilà notre modèle ».

 

Étonnant quand on sait que l'Etat-providence suédois a été largement démantelé depuis les années 1990, que le Danemark est le paradis de la « flexsécurité ». Passons.

 

Le secrétaire des Relations avec la Société civile (sic), Rafael Mayoral explique : « Le problème c'est que notre programme fait peur aux gens ».Mais de quels gens parle-t-on : les damnés de la terre sans pain ou les grands (patrons) d'Espagne ?

 

Pour le PSOE, « ils copient notre programme » ! De 1982 ou de 2014 ?

 

Les analystes politiques perçoivent dans la stratégique politique de Podemos, une tactique électorale bien rodée visant au dépassement (sorpasso) du PSOE.

 

Ironie de l'histoire, la ligne électoraliste tentée, ratée par le communiste Julio Anguita à la tête d'Izquierda Unida dans les années 1990 – qui a peut-être achevé ce qu'il restait dans la société du Parti communiste – est en passe d'être réussie par la force qui pourrait être le fossoyeur d'IU.

 

Iglesias ne le cache pas. La direction du PSOE peste contre Podemos qu'elle accuse, non sans raisons, d' « opportunisme idéologique ».

 

Le secrétaire du PSOE, Pedro Sanchez, ironise sur Podemos qui a commencé en lien avec la « gauche anti-capitaliste », puis s'est positionné « ni droite, ni gauche », enfin se plaçant dans la « tradition social-démocrate des pays nordiques ».

 

Pedro Sanchez « se réjouit que Podemos reconnaisse la social-démocratie comme la formule pour sortir de la crise » mais il demande : « quelle est vraiment leur position idéologique ? ».

 

Sanchez note que Podemos pousse certains réformes un cran plus loin – sur les 35 heures, la retraite à 65 ans – mais que sur le fond, il n'a fait que copier les propositions du PSOE : sur le droit à l'alimentation, ou une banque publique capable de recevoir les fonds de la BCE.

 

Une copie du programme de 2014 du PSOE, sur sa gauche, oui, sans doute. Mais encore plus une copie, sur sa droite, du programme du PSOE du 1982 intitulé « Pour le changement ».

 

Le PSOE de Felipe Gonzalez y proposait alors la nationalisation des banques, un plan de relance par l'investissement public, l'abaissement de la retraite à 64 ans, la semaine de travail de 40 puis 35 h, la hausse des salaires, l'auto-gestion dans les entreprises.

 

On voit combien le Podemos de 2014, c'est un pas en avant face au programme du PSOE de 2014, mais bien deux pas en arrière face à celui de Felipe Gonzalez en 1982.

 

Podemos vs IU ? « On ne veut pas être marqué à gauche, on veut être au centre »

 

Et les alliances avec la formation de gauche Izquierda Unida – sous hégémonie relative du Parti communiste –, c'est une fin de non-recevoir pour Pablo Iglesias. Ce qui s'envisageait quand IU était à 10 % et Podemos à 8 %, est balayé quand Podemos est donné à 27 % et IU à 3 %.

 

L'exécutif du Parti a refusé toute coalition avec IU aux prochaines élections municipales sous l'étiquette « Ganemos » (Gagnons). Sa motivation principale : éviter d'être étiquetée comme une force de gauche.

 

Le Conseil citoyen précise : « on ne cherche pas à se positionner à la gauche de l'échiquier politique, mais bien au centre » et conclut : « Il nous faut être très prudents, mais aussi conscients de notre position centrale ».

 

Cela a le mérite de clarifier le discours « ni droite ni gauche ». Dans ce galimatias, une phrase de Rafael Mayoral fait mouche et fait mal : « Notre objectif à nous, ce n'est pas de devenir une soupe de sigles ».

 

La pique vise Izquierda Unida, dont la résurgence électorale fut brève, presque un feu de paille, embourbée depuis deux décennies dans les combinaisons électorales à géométrie variable, les constructions organisationnelles alambiquées.

 

 

Le peuple espagnol attend des alternatives à la politique du désastre social imposée par sa classe dirigeante corrompue, par l'Union européenne du capital. Cette alternative n'est clairement pas Podemos, machine à forger les désillusions futures.

 

 

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Espagne
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