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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 06:12

hoy somos unoDes temps difficiles pour le Paraguay

 

L'unité de toutes les forces progressistes et démocratiques est nécessaire

 

 

Intervention du Parti communiste paraguayen - pour le Front Guazu - au Forum de Sao Paulo du Cône sud, à Asuncion

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Comme lorsque s'est installée la dictature d'Alfredo Stroessner en 1954, en pleine guerre froide, l'ascension de Cartes a aujourd'hui une signification similaire. Sa dangerosité n'est peut-être pas perçue par les forces progressistes du Paraguay ni de la région.

 

En ce moment, la dictature stroniste fut l'avant-poste de l'impérialisme yankee pour déstabiliser les gouvernements démocratiques et provoquer un recul, ce qui fut pleinement réalisé dans les années 1970, avec le « Plan Condor », au moins dans le Cône sud de l'Amérique. La dictature de Stroessner était la base arrière sûre de l'Empire, où se trouvait non seulement un centre de renseignement mais aussi un centre d'opérations, à partir duquel ont été déstabilisés des gouvernements comme celui d'Allende (le soutien aux camionneurs est parti d'Asuncion, via l'Ambassade paraguayenne à Santiago du Chili). L'objectif aujourd'hui est de déstabiliser la région, en plus de créer un modèle néo-libéral valorisable, face à la décrépitude des gouvernements conservateurs en Colombie et au Chili.

 

Le Paraguay vit un moment critique bien que, dans le même temps, plein d'espoir. Comme peu de fois dans son histoire, le pouvoir oligarchique instauré depuis la Guerre de la Triple-Alliance (1864-1870) fut remis en cause pendant le gouvernement de Fernando Lugo (2008-2012).

 

Les occasions précédentes furent la révolution de Février (1936-1937) et la guerre civile de 1947. Justement depuis cette rébellion populaire et démocratique, le pouvoir oligarchique a pu consolider un long règne, avec le soutien politique du Parti « Colorado », qui s'est renforcé avec la dictature d'Alfredo Stroessner (1954-1989) et a continué par la suite avec la longue « transition à la démocratie » (1989-2008).

 

Après 61 années de règne, le pouvoir oligarchique était totalement usé et ce fut à ce moment précis qu'un vaste secteur démocratique a pu constituer une alternative, l'Alliance patriotique pour le changement, avec la candidature de Fernando Lugo, avec 41 % des voix. La gauche, le centre-gauche et d'autres secteurs démocratiques non-libéraux ont obtenu 13 % des voix au Sénat – dispersés sur 20 listes, et donc seulement 3 sénateurs sur 45 – et le Parti libéral radical authentique (PLRA) a obtenu 28 %, ce qui a permis le triomphe de Lugo. Le Parti « Colorado » a obtenu 31 %, les partis conservateurs UNACE 20 % et Patria Querida 8 %.

 

Même avec un Congrès à une écrasante majorité conservatrice (ANR, PLRA, UNACE et PQ),le gouvernement de Fernando Lugo inquiétait l'oligarchie. Il l'a inquiétée parce qu'il a fait largement participé – à travers l'Exécutif – toutes les organisations sociales, y compris les plus stigmatisées par les gros propriétaires terriens, comme c'est le cas des « carperos » ou paysans sans terre. Il a mis par ailleurs en place des programmes sociaux, comme la santé publique et gratuite, la distribution de repas et de matériel scolaire, des aides conditionnées aux familles dans le besoin (tekopora, ou bien-être) et une pension minimale pour les personnes âgées, voilà quelques-unes de ses réalisations sociales. Grâce à ces projets, les pauvres ont retrouvé une dignité et compris que leur survie était une question de droit et non une question de qui était le caudillo local, comme ce fut le cas pendant les cent dernières années. Dans le fond, les très modérés projets sociaux du gouvernement de Fernando Lugo ont touché la base même du pouvoir de l'oligarchie. C'est pour cela qu'elle a décidé d'agir et, toutes les informations concordent, elle a planifié le massacre de Curuguaty [NdT : en juin 2012, la police charge violemment un camp de paysans sans terre, le bilan est de 17 morts, 11 paysans et 6 blessés, et de 80 blessés. Le massacre sert de point de départ au processus de renversement du président] tout comme le coup d'Etat parlementaire. L'oligarchie ne voulait courir aucun risque lors des élections d'avril 2013, et cela ne l'a pas gêné de briser l'ordre constitutionnel, comme elle l'a toujours fait dans l'histoire paraguayenne.

 

Les élections d'avril 2013 furent totalement frauduleuses, en commençant par la candidature même de Horacio Cartes. Ce dernier ne pouvait pas être candidat du Parti Colorado, n'ayant pas l'ancienneté requise dans les statuts. Prêt à tout, il fait pression et réussit à convoquer une Convention extraordinaire pour modifier les statuts – une convention pour une personne – et il achète littéralement un bon nombre de conventionnels, ce qui lui assure une victoire facile dans l'Assemblée colorada. Pareillement, il a imposé une présidente du parti de confiance (Lilian Samaniego) et un intendant d'Asuncion également de confiance (Arnaldo Samaniego). Au sein du Parti colorado, son argent a écrasé les prétentions de son rival (Zacarias Irum), qu'il est ensuite parvenu à aligner sur ses positions, grâce à ses ressources. Pour le coup d'Etat parlementaire il a donné son appui décisif, avec l'objectif clair de compromettre le PLRA dans l'effondrement institutionnel, lui faire perdre de son prestige et briser, pour toujours, l'Alliance patriotique pour le changement. Les élections d'avril 2013 furent une « promenade » pour Cartes, qui s'est imposé plus par sa fortune que par tout autre type d'argument.

 

Les secteurs progressistes non-libéraux furent plus forts qu'en 2008. Tandis qu'en 2008, ils avaient obtenu 13 % des voix au Sénat, en 2013 ils ont obtenu – les mêmes groupes – 28 % des voix (plus que doublés) et 11 sénateurs (contre 3) : 5 du Front Guasu, 3 du PDP, 2 de l'AP et 1 du PEN.

 

Il y a bien eu une restauration conservatrice, avec une couleur nettement néo-libérale et autoritaire, déjà présent dans le massacre de Curuguaty et la criminalisation qui s'en est suivie de les luttes sociales et dans le même temps qu'a surgi, paradoxalement, comme acteur d'une bien plus grande envergure le progressisme – de la gauche jusqu'au centre – qui aujourd'hui a un poids important au Paraguay, comme jamais il n'en eut dans l'histoire du Paraguay.

 

Le 15 août, Cartes prit ses fonctions de président. Il le fit dans la plus grande indifférence de ses collègues colorados, qui ont hué plusieurs ministres qu'il avait nommé ce jour-ci. En revanche,cela se produisit dans la joie exacerbée des groupes de presse, des propriétaires terriens et des industriels de l'agro-alimentaire.

 

Fait notable, un jour avant, le 14 août, était assassiné le dirigeant paysan et du Front Guasu, Lorenzo Areco, par des hommes armés, en plein jour sur la route internationale au nord du pays. Deux jours après, le 16 août, un attentat présumé de la fantomatique Armée du peuple paraguayen (EPP) a fait quatre morts parmi des voyous et un officier de police, des gardiens de sécurité des propriétés du nord du Paraguay, où opèrent les narco-trafiquants et l'EPP. Résultat de ces événements – selon nous, froidement calculés – en moins d'une semaine (le 22 août)fut adoptée la Loi de Militarisation, permettant aux forces armées de réprimer tout mouvement sans nécessité de déclarer l'Etat d'urgence, où que ce soit dans le pays. Il y a quelques jours fut assassiné un autre dirigeant paysan, Inocencio Sanabria, et 6 dirigeants paysans ont été assassiné depuis le coup d'Etat parlementaire du 22 juin 2012 (deux dans les 40 derniers jours), sans que personne n'ait été poursuivi.

 

D'après nous, cette loi de militarisation est totalement anti-constitutionnelle, puisque le rôle des forces armées est la protection des frontières et, en général, la défense du pays, et non d'intervenir dans les conflits internes. Dans les raids réalisés dans le nord du pays (Concepcion, San Pedro), les organisations de défense des droits de l'Homme rapportent des violations significatives, comme des raids brutaux au cœur de la nuit, des mauvais traitements et des intimidations visant la population civile.

 

De fait, ce qui se passe au Paraguay est l'achèvement du coup d'Etat parlementaire contre Fernando Lugo, quand la droite la plus réactionnaire a planifié de reprendre le pouvoir, à partir du massacre de Curuguaty (11 paysans et 6 policiers assassinés) et qui avait tous les aspects d'un complot. La Commission des Droits de l'Homme des Nations unies, en mars 2013, a condamné les exécutions sommaires de paysans, les tortures et l'absence de garanties dans le procès biaisé qui maintient une dizaine de paysans sous les barreaux, uniques présumés coupables du massacre. Les victimes sont les seuls coupables pour la « justice ».

 

La vitesse avec laquelle agit Cartes sur le plan militaire, et l'intimidation qu'il impose au mouvement social en général et paysan en particulier, s'étend aux autres sphères du pouvoir. Déjà avant qu'il entre en fonctions, il a ordonné que soient adoptés deux projets : la loi de participation public-privé dans les infrastructures et la loi sur le cadre régulateur électrique. Ce dernier projet a pu être empêché grâce à une mobilisation sociale immédiate, avec un rôle du Front Guasu et d'autres forces progressistes, et est aujourd'hui suspendu. La Participation public-privée, qui hypothèque toutes les ressources et biens publics en faveur des grandes entreprises privées du bâtiment, y compris des trans-nationales, a été en revanche adoptée le 24 septembre, 40 jours après l'investiture de Cartes. Cette loi ne donne plus son mot au dire au Congrès en cas de concession (privatisation), pareil pour le Pouvoir judiciaire. Ce jeudi 26 septembre a également été adoptée la Loi de responsabilité fiscale, qui gèle tous les salaires publics et les dépenses publiques courantes (éducation, santé et aides sociales) sans que le Congrès ne puisse rien dire par la suite sur les nouveaux budgets de la nation. Tout le pouvoir économique, politique et militaire se trouve concentré entre les mains de Cartes, laissant – comme pendant la dictature de Stroessner – les pouvoirs législatif et judiciaire comme de simples objets décoratifs.

 

Qui sont derrière le plan de Cartes ?Incontestablement l'Empire et les oligarchies régionales.Ils cherchent à développer l'industrie agro-alimentaire exportatrice, les « maquilas » (usines délocalisées) et les privatisations, transformer le Paraguay en un nouveau modèle néo-libéral pour la région, mettre un frein au processus d'intégration des peuples dans des projets comme le MERCOSUR, l'UNASUR et la CELAC. Il s'agit d'une mauvaise articulation de la Colombie d'Uribe – qui est venu présenter un livre d'un ami personnel de Cartes, Mateo Balmelli –, le Mexique des maquilas et l'Argentine de Menem. C'est un projet qui, comme celui des Chicago Boys de Pinochet (dont Cartes connaît l'expérience via Cuadra, qui un de ses principaux conseillers), prétend être un modèle à partir duquel on peut torpille le processus d'intégration progressiste d'Amérique du sud, face à l'épuisement des modèles néo-libéraux dans la région, comme la Colombie de Santos, contrainte à un processus de paix, et le Chili de Piñera, qui va bientôt être remplacé par Bachelet, avec une inflexion progressiste.

 

Pour vaincre, Cartes – et ceux qui le soutiennent dans et hors du pays – concentre tout le pouvoir économique, politique et militaire.Son objectif immédiat est de battre le mouvement social et politique progressiste au Paraguay, et de lancer une croissance économique élevée pour une élite de super-millionnaires, comme lui, et d'obtenir ainsi comme disent les néo-libéraux un « déversement » (de miettes, en réalité) qui limiterait la pauvreté. Y arrivera-t-il ? Si il bénéficie du soutien de l'Empire et de toutes les oligarchies régionales, celle uruguayenne était toute présente lors de son investiture – la résistance du mouvement social monte en puissance et il ne sera pas facile de la démanteler.

 

En tout cas, des moments difficiles s'annoncent une fois de plus pour le Paraguay. Comme le Front Guasu, la principale organisation progressiste du pays, nous croyons que le peuple paraguayen saura affronter ce défi.

 

Nous croyons que l'heure est venue de l'unité de tout le peuple, y compris des secteurs non-progressistes mais démocratiques. D'abord seuls contre la Loi de militarisation (le Front Guasu fut la seule formation non-invitée par Cartés pour discuter de la question), nous avons avancé vers un rassemblement plus fort contre le « nouveau cap » néo-libéral et de militarisation, en ayant réussi contre la Loi de participation public-privée une adhésion beaucoup plus importante, y compris de secteurs non-progressistes, mais démocratiques.

 

Nous devons briser le pacte « bleu-grenat » qui réunit les colorados, les libéraux et d'autres partis politiques en vue de constituer un grand front démocratique qui affronte le nouveau défi de l'autoritarisme, la négation de la démocratie et des droits de l'Homme politiques, économiques et sociaux. En même temps, la solidarité internationale est fondamentale, voilà pourquoi nous valorisons le travail important de ce Forum de Sao Paulo Cône Sud, qui se réunit à Asuncion.

 

 

Nous sommes ici, donc, pour débattre et nous mettre d'accord sur des actions qui nous permettent de faire face au projet si dangereux pour le Paraguay comme pour toute la région, comme le fut la dictature d'Alfredo Stroessner, qui au moment de son installation, en 1954, est passée quasi inaperçue, et ce fut une grave erreur de toutes les forces démocratiques de la région.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Amérique Latine
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