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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 14:39
Le PC suédois sur le rétablissement du service militaire en Suède, l’Afghanistan et le combat contre l’OTAN

Article publié dans Proletären (http://www.proletaren.se/ledare/nej-till-nato-alla-till-goteborg), organe du Parti Communiste Suédois (Kommunistiska Partiet), le 8 mars 2017. Traduction du suédois par LW pour « Solidarité internationale PCF – Vivelepcf ».  

 

Le ministre de la guerre Peter Hultqvist et le gouvernement viennent de rétablir le service militaire obligatoire, désormais pour les deux sexes. Une décision qui peut sembler positive, mais si on gratte un peu sous la surface de ce nouveau service militaire, on se rend vite compte qu’il n’a pas grand-chose d’obligatoire. Il concernera 13000 individus sur 100 000 d’une classe d’âge d’appelés, dont 4000 seront ensuite sélectionnés pour une formation militaire de base.  

Ce sera encore sur  « l’intérêt, la motivation et la volonté » que le recrutement pour le service militaire se basera, selon le ministre de la guerre Hultqvist. Il ne s’agit donc aucunement de la mise en place d’une défense populaire.

Cette décision est prise dans un contexte où l’armée n’a pas réussi à recruter suffisamment de volontaires pour les unités militaires qui ont subsisté après le démantèlement, entamé dans les années 1990, de la défense suédoise et de ses unités de réservistes. Ce démantèlement faisait partie d’une réorientation de la politique étrangère de la Suède, de plus en plus ouvertement reliée aux Etats-Unis et se rapprochant, pas à pas, de l’alliance de guerre qu’est l’OTAN. Au lieu d’une défense destinée à prévenir une invasion, nous avons ce qu’on appelle, en langage libéral, une défense d’intervention.      

Il est en soi positif qu’aussi peu de Suédois veuillent devenir de la chair à canon pour la guerre impérialiste en Afghanistan, comme c’était l’objectif premier de la création d’une armée professionnelle. Maintenant que la pointe de l’impérialisme US se dirige vers la Russie et que la propagande de guerre dépeint Poutine comme une menace pour la Suède, les autorités se doivent de faire quelque chose dans la logique d’activisme guerrier.

Peu importe les motifs : c’est une bonne chose que le service militaire obligatoire soit réintroduit. Cela ouvre une discussion sur le type de défense que nous devons avoir et sur son mode d’organisation. Un service militaire obligatoire, même si c’est à petite échelle, est toujours préférable à une armée de mercenaires, dont l’objectif est la guerre pour les matières premières et l’occupation d’autres pays, sous le drapeau de l’OTAN.

Le Parti Communiste Suédois (Kommunistiska Partiet) a, depuis la suppression du service militaire, exigé son rétablissement, considérant qu’une armée composée essentiellement de « mercenaires », en lien étroit avec des pouvoirs étrangers, constitue un grand danger pour la démocratie. C’est particulièrement le cas depuis que les lois, qui avaient été adoptées après l’assassinat par l’armée de travailleurs en grève à Ådalen en 1931 et qui interdisaient l’usage de l’armée contre notre propre population, ont été abrogées.

En outre, le peuple en armes, le service militaire obligatoire constituent le seul moyen dont dispose un petit pays pour défendre son indépendance nationale, ce que l’histoire nous a prouvé maintes fois. Donc c’est surtout d’un point de vue démocratique qu’il faut considérer la question du service militaire obligatoire.

Une armée constituée de soldats conscrits est plus difficile à mobiliser en cas de conflit politique intérieur qu’une armée professionnelle. Les soldats conscrits sont moins enclins à tirer sur leur propre famille, leurs collègues de travail et leurs voisins. Le service militaire obligatoire démocratise l’armée et la rend moins dangereuse pour les forces progressistes qui s’opposent aussi bien à la classe au pouvoir qu’aux forces impérialistes mondiales. 

C’est pour cette raison qu’au Parti communiste, nous sommes favorables au service militaire obligatoire tant pour les hommes que pour les femmes. Nous sommes pour une défense populaire et une défense où tous les citoyens adultes acquièrent les connaissances de base nécessaires pour défendre le pays en cas de guerre. C’est la meilleure alternative de protection contre un ennemi, aussi bien sur le territoire suédois qu’en dehors des frontières de notre pays.

Une telle défense ne coûterait probablement pas plus cher que les forces d’intervention actuelles, dans lesquelles l’industrie de guerre, avec Bofors et Saab en tête, a directement intérêt à ce que les milliards continuent à être distribués pour des projets comme le Jas[1]. Sans parler des dépenses consacrées à l’entretien des forces militaires suédoises déployées à l’étranger.

C’est une bonne chose que si peu de jeunes hommes et femmes se soient laissé recruter dans l’armée professionnelle, dont l’objectif était de soutenir la guerre et l’occupation par l’OTAN de l’Afghanistan. Cette guerre a été dévastatrice et s’est avérée tellement un échec que même l’enquêteur du gouvernement, Tone Tingsgård, a dû l’avouer, même s’il l’a fait dans un langage bureaucratique et prudent. Le coût du déploiement de ces soldats d’occupation suédois, jusqu’ici, a été estimé entre 18 et 27 milliards de couronnes.[2]       

La pauvreté en Afghanistan reste cependant inchangée et comme, dans tous les autres pays où les Etats-Unis sont intervenus, le chaos persiste. Les forces de l’OTAN mènent une guerre de positions, incessante, contre les talibans et les seigneurs de la guerre. Des territoires sont pris, perdus et repris avec la population civile afghane comme grande perdante. Plus de 2,5 millions d’Afghans ont dû fuir. L’insécurité pour femmes et enfants s’est accrue et le commerce de drogues a atteint de nouveaux records selon l’ONU.

La guerre en Afghanistan est un échec même au regard de l’objectif des Etats-Unis de contrôle des matières premières de la région. Le chaos et la guerre sont mauvais pour les affaires.

La ministre des affaires étrangères, Margot Wallström, applique la politique de d’autruche et trouve que nous devrions être fiers de l’action que les soldats suédois effectuent pour le compte de l’impérialisme US.

Le rapporteur Tingsgård souligne un point qu’il trouve important pour l’avenir : que la force d’occupation suédoise ait réussi à montrer sa volonté de coopération avec l’OTAN et les Etats-Unis. La politique de rapprochement avec l’OTAN reste à l’ordre du jour.

On parle beaucoup de la situation sécuritaire changeante, mais la menace contre la paix ne vient pas de Poutine ni de la Russie, mais de l’OTAN qui se montre de plus en plus agressive. C’est une voie dangereuse sur laquelle s’est engagé le gouvernement suédois en se rapprochant progressivement de cette organisation de guerre.       

En septembre prochain, l’OTAN va mener des « manœuvres militaires en pays hôte » en Suède. C’est la conséquence directe du vote par l’Assemblée approuvant les accords faisant de la Suède un « pays d’hôte à l’OTAN »[3]. Ce sera le plus grand exercice militaire en Suède depuis 20 ans. Des forces de l’OTAN de plusieurs pays sont invitées.

L’exercice est pointé vers la Russie et porte le nom d”Aurora17”. Il ne peut pas être considéré autrement que comme une pure provocation. L’état-major veut faire de cet exercice une démonstration de propagande pour obtenir plus de moyens pour l’armée. Le gouvernement, quant à lui, cherche à légitimer le rapprochement avec l’OTAN.  Il revient aux opposants à l’OTAN de veiller à ce que l’opération de propagande prévue se retourne en faveur du combat contre l’OTAN.

Une grande manifestation est prévue contre l’OTAN, le 16 septembre, à Göteborg. Un grand nombre d’organisations se sont réunies pour se mettre d’accord sur les mots d’ordre : « Sortie de l’OTAN de la Suède », « Abrogation des accords faisant de la Suède un pays hôte de l’OTAN », « Pas d’armes nucléaires sur le territoire suédois ». Le lendemain aura également lieu la course annuelle pour la paix.

Autrement dit, ça sera un week-end placé sous le signe de la paix et tous les anti-impérialistes et les amis de la paix sont les bienvenus pour manifester contre l’OTAN. Tous à Göteborg le 16 septembre prochain !     

1 - Avion de chasse suédois

2 - 1 euro ≈ 9,5 couronnes suédoises

3 - Traité qui autorise l’OTAN à se servir du territoire suédois dans certains cas pour entreposer du matériel, établir des bases, pour des exercices. Même hors période de guerre. 

 
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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 05:25

Klassamarbete.jpgL'extrême-droite néo-nazie perce en Suède et distance le 'Parti de gauche' qui paye ses concessions à la social-démocratie (et sur l'UE)

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Légende : affiche du Parti communiste suédois (SKP), "la collaboration de classe ... à qui cela profite-t-il?". On y voit les logos des partis de gauche avec les partis de droite dans la main droite.

 

L'Europe vire de plus en plus au brun, pendant que les Rouges qui ont choisi de mettre de l'eau dans le vin sombrent. La Suède n'échappe pas à ce sombre tableau, face au parti néo-nazi en plein essor, le « Parti de gauche » reste en basses eaux.

 

Les partis du consensus dominant, la droite et la social-démocratie, n'ont jamais été aussi faibles en Suède. D'un côté, la droite a été sanctionnée pour sa politique libérale de privatisations et cadeaux aux plus riches, son « Alliance pour la Suède » passe de 49 % à 38 %.

 

De l'autre côté, le Parti social-démocrate remporte une victoire à la Pyrrhus.

 

Arrivé en tête avec 31 % des voix, il ne gagne qu'un siège. Et ses partenaires dans l'alliance « Rouge-rouge-verte » attendue, stagnent comme le « Parti de gauche » (ex-communiste) avec 5,7 % et 21 députés, ou reculent comme les Verts qui enregistrent 6,8 % des voix et 24 sièges.

 

Le parti féministe attendu comme la surprise, dont la vague a été alimentée par les médias dans les sondages, se dégonfle n'obtient que 3,1 % des voix et ne rentrera pas au Parlement

 

Une percée préoccupante : l'extrême-droite néo-nazie passe de 1 à 13 % en dix ans !

 

Il y a un grand gagnant, il a été largement perçu comme le « parti anti-système » : ce sont les Démocrates de Suède (SD). La formation d'extrême-droite continue son irrésistible ascension : 0,1 % en 1991, 0,4 % en 1998, 1,4 % en 2002, 2,9 % en 2006, 5,7 % en 2010 et 12,9 % en 2014.

 

Les fascistes du SD ont doublé leur nombre d'électeurs (de 340 000 à 780 000) ainsi que leur nombre de députés, avec désormais 49 représentants au Riksdag (parlement suédois).

 

SD plonge ses racines dans la mouvance néo-nazie suédoise – avec une identité basée sur la « suprématie de la race blanche » –, son premier président était un ancien militant du « Parti nordique du Reich », tandis qu'il était parrainé par le vétéran de la Waffen SS Gustav Ekstrom.

 

Depuis, SD essaie de se présenter comme un « parti anti-système modéré » (sic). La flamme héritée empruntée au Front national a laissé place en 2006 à une fleur bleue et jaune. Les références au national-socialisme cèdent face à un programme nationaliste, teinté de social.

 

En effet, SD continue de marteler sur son thème identitaire du refus de l'immigration (« la Suède aux Suédois », depuis longtemps slogan de référence du parti) mais l'articule désormais à une critique de l'Union européenne ainsi qu'à une défense de l'Etat-providence (pour les Suédois).

 

hejasverige.jpgLes slogans de la campagne de 2014 combinent populisme flou (« Le changement, c'est maintenant!), nationalisme cocardier (« Heja Sverige », « Moins d'Europe, plus de Suède ») et xénophobie à tonalité sociale (« Arrêtons la mendicité organisée » ; « moins d'immigration ici, plus d'aide pour les réfugiés là-bas ! »)

 

 

Les résultats du scrutin de dimanche semblent démontrer que l'électeur typique du SD ne diffère guère de l'électeur suédois moyen, ni par son âge, son genre. Seule sa « composante sociale » change : il est massivement un électeur des classes populaires victime du déclassement, de l'isolement social, du chômage, de la baisse de ses revenus.

 

D'où vient l'échec électoral de l'expérience « Parti de gauche » ?

 

A la percée éclatante du parti d'extrême-droite, en face, contraste le résultat décevant du « Parti de gauche » (Vänsterpartiet, ou V), héritier du Parti communiste liquidé en 1991.

 

En 2010, l'extrême-droite et le « Parti de gauche » étaient à égalité, avec 5,6 % des voix. En 2014, les forces fascistes devancent largement le « Parti de gauche » qui obtient la moitié du score du SD, avec 5,7 % des voix et 21 députés.

 

Pourtant, les deux partis étaient donnés au coude-à-coude dans les sondages, donnant à cette campagne une allure de course électorale « Extrême-droite fasciste vs les 'Rouges' du Parti de la gauche ». Le SD était donné à 10 %, le Parti de gauche à 8 %. Mais la gauche a perdu.

 

Cela conduit à un retour critique sur vingt-cinq ans d'expérience de la « Gauche » en Suède.

 

En 1991, les dirigeants du Parti communiste font le constat erroné de la disparition de la classe ouvrière, de la fin de l'alternative révolutionnaire communiste donc de la raison d'être du Parti communiste comme parti de classe, de masse, révolutionnaire.

 

Ils décident donc de former un « mouvement de gauche » susceptible de cibler les nouvelles couches moyennes urbaines, sensibles aux problématiques écologistes, féministes, humanistes. La démarche est clairement électorale, si ce n'est électoraliste.

 

Sur deux marqueurs identitaires communistes, le « Vansterpartiet » ne lâche pas : le refus de l'adhésion à l'Union européenne et la critique du tournant libéral du Parti social-démocrate qui, après 1994, démantèle l'essentiel de l'Etat social suédois.

 

Dans un premier temps, cette tactique électorale est payante : de 5,8 % en 1988, le Parti de gauche passe à 6,2 % en 1994 et un prometteur 12 % en 1998.

 

Dans le même temps, les positions communistes historiques trouvent expression dans la critique du gouvernement social-libéral de Goran Persson qui va ouvrir la santé et l'éducation au privé suivant les théories néo-libérales, privatiser les secteurs stratégiques, casser le système de sécurité sociale.

 

Seul grand parti à refuser l'adhésion à l'Union européenne en 1995, le « Vansterpartiet » jouera un rôle important dans la victoire du « Non » au référendum de 2003 sur l'adhésion à l'euro.

 

Ce sont ces positions critiques envers l'UE du capital qui pousseront le « Parti de gauche » à refuser à entrer dans le Parti de gauche européenne (PGE) fondé en 2004, aujourd'hui présidé par Pierre Laurent, et qui fait dans ses statuts la « promotion de l'intégration européenne ».

 

Électoralisme, capitulation devant la social-démocratie et l'UE du capital : les reniements du Parti de gauche ne paie pas

 

Pourtant, le « Parti de gauche » a depuis mis de l'eau dans son vin, rognant voire reniant certaines positions de principe.

 

Sur l'Union européenne, il se rapproche, congrès après congrès, des thèses du PGE et de la CES sur la construction d'une « Europe sociale », sur la nécessité d'une réorientation de l'UE et de ses institutions.

 

Sur la social-démocratie, la perspective d'une « gauche plurielle » se dessine. En 2008, le Parti de la gauche avait formé la « coalition verte-rouge » avec le Parti social-démocrate et les Verts pour former une opposition unie à la droite et envisager un gouvernement de coalition.

 

Malgré un échec électoral en 2010, cette « coalition rouge-verte » a été réactivée de façon plus discrète dans la campagne de 2014, surtout après que le camp social-démocrate a choisi comme tête de file le dirigeant syndical Stefan Lofven.

 

Pour faciliter le rapprochement, les dirigeants du Parti de la gauche ont du renier certaines positions de principe – comme sur les nationalisations ou la hausse des salaires.

 

Ainsi, Ulla Anderson dans Gefle Dagblad (12 septembre) qui préfère « la liberté de choix entre différentes prestataires (publics ou privés choisissant le mieux-disant social » pour ne pas défendre les monopoles publics.

 

Jonas Stostedt, leader du parti, a même affirmé dans Aftonbladet, le 16 août dernier, interrogé sur la faisabilité de sa proposition de journée de travail de 6 heures « Nous allons utiliser la hausse de la productivité pour réduire le temps de travail, sans augmenter les salaires » (!)

 

Cette ligne ne paye pas. Les classes populaires, la classe ouvrière votent pour le Parti social-démocrate (les syndiqués) ou choisissent l'abstention ou l'extrême-droite (les moins organisés).

 

Les classes moyennes urbaines préfèrent les Verts qui ont profité de l'alliance « rouge-verte », passant de 3 % en 1991 à 7 % aujourd'hui. Ou désormais le parti féministe qui capte 3 % de voix.

 

A vouloir jouer l'opportunisme sur les questions importantes de l'écologie et du féminisme, le Parti de gauche en paye aujourd'hui un prix électoral amer. Sans attirer ces électeurs réticents à voter pour l'ex-Parti communiste.

 

Aujourd'hui, la pilule est amère. Après avoir voulu courtiser la social-démocratie, celle-ci semble faire les yeux doux aux partis de centre-droit pour un gouvernement d'union : le « Parti du centre », le « Parti libéral-populaire », peut-être même les « Chrétiens-démocrates ».

 

Le leader du parti social-démocrate, Stefan Lofven, a ainsi affirme être prêt à toutes les alliances, sauf avec l'extrême-droite : « Je tiens à dire que je tends à la main aux autres partis démocrates. Notre pays est trop petit pour accepter le conflit ».

 

Cela a contraint le dirigeant du Parti de la gauche, Jonas Stostedt, à publier une déclaration pleine de déception : « Les sociaux-démocrates avaient le choix entre gouverner à gauche ou à droite, ils ont choisi la droite.

 

Cela s'est produit sans discussion sur le contenu, les conditions. Ils disent envisager des accords entre blocs, ce que nous n'avons jamais considéré dans le gouvernement rouge-vert que nous sommes prêts à construire. ».

 

Après les illusions, la désillusion. La Suède va être gouvernée sur sa droite, par le Parti social-démocrate. Pendant ce temps, la première force d'opposition sera l'extrême-droite, les anti-démocrates « Démocrates de Suède ».

 

Où est la gauche ? Liquidée en douceur avec le Parti communiste, l'effacement de ses positions historiques d'opposition à l'UE, de distances par rapport à la social-démocratie, de résistance et défense de l’État social, du secteur public, des salaires des travailleurs.

 

 

Le leader du « Parti de gauche » Jonas Stostedt s'est inscrit dans l'opposition au gouvernement. Il est temps de faire l'histoire critique de la liquidation du communisme suédois. Et entre-temps de retrouver le terrain de la lutte contre cette Europe du capital, contre la politique de guerre de classe que va mettre en place la social-démocratie.

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 05:56

sweden_education_and_international_schools.jpgEn Suède, l' « autonomisation » et « privatisation » du système scolaire a été un désastre de l'aveu du gouvernement suédois


Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


On connaît le « modèle » nordique tant vanté. Tandis que le système éducatif danois décentralisé, autonomisé s'effrite, celui suédois largement privatisé s'effondre. Un avertissement pour les partisans d'une « refondation » de l'école allant dans cette voie.



« Je pense qu'on a fait une confiance trop aveugle dans le fait que les écoles privées seraient une garantie d'une meilleure qualité éducationnelle », déclarait en décembre le président du Comité parlement sur l'éducation, Tomas Tobe, membre du Parti modéré (centre-droit).



Même son de cloche pour le ministre de l'Education (de droite) Jan Bjorklund qui remet désormais en cause la privatisation entamée il y a vingt ans, tandis que le Parti vert – lui aussi favorable à la privatisation – publie son mea culpa : « pardonnez-nous, notre politique a détruit nos écoles ».



D'où viennent ces déclarations dignes d'une défaite militaire majeure ?



Un constat partagé : la chute du niveau des élèves suédois



Le déclic, ce furent l'annonce des tests PISA en décembre 2013. Première nation dans le classement européen à la fin des années 1990, la Suède a vu ses résultats chuter en-dessous de la moyenne de l'OCDE, distancé même par la Lettonie ou la Slovaquie.



Pour une moyenne dans l'OCDE autour de 500, les enfants suédois de 15 ans n'ont réussi que 478 en mathématiques, 483 en lecture et 485 en sciences. Une perte en dix ans de 32 points en maths, 33 en lecture, 28 en sciences naturelles. Aucun autre pays n'a connu une chute aussi vertigineuse



A titre de comparaison, la France tant décriée la devance partout : en mathématique (495), en lecture (505), en sciences (499).



Une cause indéniable : la « privatisation » des années 1990



Tous les acteurs sont d'accord, c'est l'ensemble du modèle éducatif façonné au début des années 1990 qui est en cause. Un modèle conçu par la droite, approfondi par la social-démocratie, sur la base des idées ultra-libérales sur la « liberté d'éducation » de Milton Friedman.



La réforme va s'articuler en deux temps, révélateurs en soi.



D'abord, en 1988, le passage d'un système public national, centralisé à un système décentralisé, basé sur l' « autonomie » des écoles. C'est le préalable nécessaire à la privatisation, martelé actuellement en France, notamment par le rapport de la Cour des comptes publié l'an passé.



Puis entre 1992 et 1994, l'autorisation des « écoles indépendantes » gérés par des acteurs privés – associations, groupes religieux, entreprises – mais avec financement public. Les parents ont la « liberté d'éducation » totale entre les écoles publiques, ou entre établissement public et privé.



Les écoles privées se voient garantir non seulement une égalité de subventions, au nombre d'élèves inscrits, mais les parents bénéficient aussi d'un « chèque éducation » (skolpeng) indépendant du type d'école choisi. Enfin, ces « écoles indépendantes » peuvent aussi lever des fonds privés.



La mise en place de ce système, radicalement contraire à l'esprit de l'éducation en Suède, a été possible par la logique de « co-gestion à la suédoise » louée par nos dirigeants (du PS au MEDEF) : les syndicats ont avalé la réforme, le Parti social-démocrate l'a mise en place après 1994.



Il faut dire qu'on avait vendu du rêve. L'éducation resterait gratuite, il n'y aurait aucune sélection à l'entrée, la concurrence augmenterait la qualité et baisserait le coût pour les administrations.



Et surtout les parents et les enseignants, associations et syndicats pourraient « auto-gérer » leurs écoles grâce à l'autonomie, ce qui laissait entrevoir l'introduction de méthodes pédagogiques innovantes, une meilleure relation entre le corps éducatif et les parents d'élèves.



Vingt ans après, le constat est sans appel, partagé par la quasi-totalité des chercheurs – nous reprenons ici certaines données du rapport réalisé par Susanne Wiborg pour l'Institut d'Education de l'Université de Londres (« Swedish free schools : do they work ? ») mais aussi désormais par les agences gouvernementales suédoises chargées d'évaluer le système, ainsi que la presse économiste.



On peut résumer le désastre en 4 points :



1 – Une baisse de la qualité du service



Augmentation de la quantité de l'offre, mais baisse de la qualité du service : oui, les parents suédois ont désormais plus le « choix ». Les « friskolor » (école indépendante) sont désormais au nombre de 900 dans tout le pays.



En 1988, seules 1 % des enfants étaient scolarisés dans le privé, c'est le cas de 25 % d'entre eux en 2013, dont la moitié des lycéens de Stockholm.



L'impact sur la qualité de l'éducation est mesurable nettement à la chute des résultats atteints lors des tests internationaux, faisant passer la Suède d'une place de numéro 1 européen à celle d'un des derniers pays du continent.



Des résultats qui passent inaperçus évidemment dans les tests nationaux – contrôlés par les chefs d'établissement enclins à gonfler les notes dont dépend leur évaluation – ni dans les notes qui ont basculé de notes « chiffrées » à des notes par « compétences ». On connaît la chanson.



Enfin, c'est le recrutement du corps enseignement qui est chamboulé, sur contrat, sans concours pour les enseignants du privé : cela conduit à une course vers le bas des conditions salariales, une soumission conformiste à des chefs d'établissement devenus « managers », une baisse de la qualité du personnel recruté.



Les statistiques révèlent des enseignants du privé moins expérimentés (6 années de pratique contre 18 dans le public), moins diplômés, avec un turn-over massif, le tout aux conséquences sur la qualité de enseignement prodigué.



L'Inspection des écoles suédoises a jugé très durement les « écoles privées » en 2012, elle a estimé que le groupe danois JB n' « assurait pas une qualité suffisante, ne faisant rien d'autre pour les élèves que leur faire passer des examens ».



Elle a critiqué Prakstika Sverige AB, qui a en chage 5 000 élèves, « au vu du nombre d'enseignants temporaires sans le niveau d'étude minimal, sans accès à des bibliothèques, infirmeries adéquates ». Elle a ordonné la fermeture d'un établissement, et des corrections immédiates pour 30 autres.



2 – Plus de ségrégation sociale



Une ségrégation rampante, une sélection insidieuse mais « libre » : c'est l'hypocrisie ultime du système éducatif suédois qui prétend concilier « liberté » (de choix pour les parents, d'entreprendre pour les patrons) et « égalité » (de traitement entre public et privé, pour les enfants).



Sans surprise, la « liberté d'entreprendre » a conduit à la floraison des écoles indépendantes … là où il y a de l'argent, dans les quartiers aisés de Stockholm, Goteborg ou Malmo, où les parents choisissent les « écoles indépendantes » qui leur garantissent l'entre-soi entre classes supérieures.



Toutes les études montrent la mise en place d'une ségrégation installée, basée d'abord sur des critères économiques – les quartiers populaires se retrouvent face à une offre publique plus réduite – , laissant également de côté les populations immigrées.



Ainsi, pour la chercheuse Susanne Wiborg : « la concurrence des écoles indépendantes est loin d'être la panacée. Malgré ses 1 000 nouvelles écoles, ses 150 000 étudaints, le résultat : ce sont des notes scolaires guère meilleures, mais aussi des coûts plus élevés et une plus grande ségrégation ».



L'étude ciblée des chercheurs Eva Andersson, Bo Malmberg and John Östh de l'Université de Stockholm (« The changing geography of the Swedish school system ») est sans appel :



la « liberté de choix » a conduit à une ségrégation accrue, concentrant des quartiers aisés, blancs, une offre éducative non pas de meilleure qualité mais attractive par l'entre-soi proposé. A l'autre bout de la chaîne, les quartiers pauvres, à forte proportion immigrée, souffre d'une ghettoisation, de la spirale vicieuse de l'échec scolaire, la faible attractive pour les parents, du décrochage social.



Un constat qui trouve une certaine confirmation dans les résultats des élèves : alors que le public obtenait des scores de 515 dans les tests PISA en 2000 contre 505 pour le privé, en 2009, le public à 490 en 2009 tandis que le privé atteignait un score de 520.



Il n'est pas difficile de voir que les meilleurs élèves du système éducatif public – souvent associés aux classes aisées – ont migré vers le système privé … même si les « intérêts privés » débouchent sur une chute de l' « intérêt général », comme le montre la dégringolade globale !



3 – Les coûts pour le public, les profits pour le privé !



Des coûts qui augmentent … et des profits privés qui explosent. Les enquêtes officielles aiment à préciser que les « écoles privées » coûteraient un peu moins cher – 8 % de moins – aux contribuables que celles « publiques ».



Elles oublient de préciser que ces 900 écoles sont nées de la décomposition du secteur public, sorties de nulle part, et qu'elles ont financées largement par le contribuable pour alimenter des profits largement privés.



L’État a donc créé une concurrence artificielle, déloyale, faussée, payée par tous, pour tuer son propre système.



En une dizaine d'années, une série d'entreprises ont fait leur apparition dans le secteur, guidées par l'appât du gain. Selon le Ministère de l'éducation, le chiffre d'affaires annuel du secteur éducatif privé s'élève à 3 milliards d'euros. Un marché lucratif.



4 – Les « fonds vautour » plutôt que les coopératives promises



Les fonds d'investissement privés vautours dominent le secteur. Le gouvernement, les syndicats avaient promis il y a 20 ans l'avènement des « écoles-coopératives » gérées par les parents, les enseignants, si ce n'est les élèves eux-mêmes.



On en est très loin : en 2013, deux-tiers des établissements sont gérés par des entreprises lucratives, 90 % des lycées (là où le taux de rentabilité est maximal, à l'approche de l'université!).



Le géant du secteur, c'est « Acade Media » avec ses 50 000 élèves, une filiale de « EQT », un des plus grands fonds d'investissement privés d'Europe du nord, avec un capital levé de 20 milliards d'euros. « Acade Media » génère 100 millions de profits par an, 1 milliards de chiffre d'affaire.



Ses concurents portent le nom de FSN Capital, The Riverside Company, TA Associates, Bure Equity ou Investor AB : tous contrôlent une chaîne d'établissements à travers le pays, tous sont des fonds d'investissement guidés par la seule rentabilité.



Or, ce marché lucratif tend à voir son taux de profit baisser : un quart des établissements privés connaissent des pertes, le risque d'insolvabilité a augmenté de 188 % depuis 2008, 25 % de plus que les autres entreprises suédoises.



En 2011, JB Education – contrôlé par le fonds d'investissement danois Axcel – a fait faillite, conduisant au licenciement de 1 000 enseignants, laissant 11 000 étudiants à la porte, avec 120 millions d'euros de pertes envers les banques et ses fournisseurs.



Vers une re-nationalisation ? Les suédois d'accord, même le patronat commence à faire machine arrière



L'ampleur du désastre a contraint les pouvoirs publics à réagir, tout du moins à faire des effets d'annonce. Le ministre de l'Education de droite Bjorklund a dit que les résultats PISA étaient « le clou que referme le cercueil des vieilles réformes scolaires ».



Bien sûr, la droite accuse les sociaux-démocrates. Mais elle ne propose rien de mieux qu'un pansement sur une jambe de bois : ne rien toucher aux investisseurs actuels, mais forcer les prochains à gérer les écoles au moins de dix ans, de façon à freiner l'arrivée des fonds vautours.



Une hypocrisie sans nom quand on sait que le ministre Bjorklund a proposé l'an dernier de transformer les universités publiques en fondations, pour leur permettre de lever d'importants fonds des grandes entreprises privées. La porte ouverte à la privatisation de l'éducation supérieure.



En tout cas, les Suédois, eux, sont loin de ces calculs politiciens. Quand on leur pose la question : « faut-il que l'Etat reprenne en main l'ensemble du système scolaire ? »,61 % des Suédois disent oui à la re-nationalisation, seuls 12 % sont pour rester au système privatisé.



Bien significatif des contradictions inhérentes à la classe dirigeante, la mise en garde du patronat – poussant pourtant à la libéralisation de l'enseignement supérieur, de la santé – par la voie du responsable à l'Education de la Confédération des entreprises suédoises (Svenskt Naringsliv), Tobias Krantz :



« Il y a une concurrence mondiale, et que nos résultats sombrent en maths, c'est inquiétant (…) Quand nos entreprises vont décider où elles vont investir, et qu'elles vont vouloir des employés compétents, la Suède sera moins attractive si nos écoles continuent à s'effondrer ».



L' « Etat-providence » suédois tant loué pendant des années par le Parti socialiste ici – ou par la presse patronale, parfois pour son taux de syndicalisation (sic) –, cet « Etat social » a été largement démantelé dans les années 1990 et 2000, accompagné par la « co-gestion ».



Conséquences : son éducation est en ruines, sa santé largement privatisée ne se porte pas mieux, tandis que le développement des assurances santé et retraite privées ont alimenté de puissants fonds de pension et d'assurance qui partent à l'assaut des marchés européens.



 

En tout cas, pour nous, parents, enseignants, étudiants français : vigilance devant les mirages étrangers qu'ils soient suédois, allemands, danois ou britanniques, notre système éducatif public, national – quoique sous-financé – et hérité du plan Langevin-Wallon de 1947 reste un repère idéal et un rempart concret contre les ambitions des vautours privatiseurs.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 06:01

strekj-vakt.jpgLes cheminots suédois entament leur deuxième semaine de grève ... contre l'opérateur français Véolia !

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Face au désastre de la privatisation sauvage du rail en Grande-Bretagne, la Suède est montrée en modèle au sein de l'Union européenne d'une « libéralisation contrôlée ». La grève actuelle montre bien qu'on a affaire à un mythe, éclairant en ces temps de « réforme ferroviaire » en France.

 

On va avoir droit dans la presse aux poncifs sur la « culture du conflit » en France, idéologique et particulariste, face aux mythifiés pays nordiques où règne une « culture du compromis », empreinte de pragmatisme et d'intérêt général.

 

Manque de chance, au moment où le mouvement se construit en France contre la réforme ferroviaire, la Suède connaît une grève dans le secteur du rail qui paralyse déjà depuis deux semaines toute la partie méridionale du réseau et menace désormais de s'étendre à tout le pays.

 

De la casse des Chemins de fer suédois, à l'ouverture à la concurrence puis la privatisation : un avertissement

 

Le système ferroviaire suédois est semi-privatisé.

 

Tout a commencé en 1988 par la séparation de l'infrastructure confiée à BV (Rail national suédois) et maintenu dans le giron public, et un opérateur SJ (Chemins de fer suédois) public, fragmenté en 2001 en sept entreprises, une partie d'entre elles privatisées depuis.

 

Il a fallu néanmoins attendre 2010 pour que le gouvernement décide de mettre fin au monopole public de SJ sur le transfert de passagers intérieur.

 

Depuis 2010 : une série d'opérateurs privés ont fait leur apparition, comme la Deutsche Bahn allemande dans les lignes du nord ou le luxembourgeois CFL pour le fret à partir du Goteborg.

 

Toutefois, le principal investisseur reste le français Veolia qui s'est emparé en quelques années de plusieurs lignes de trains inter-régionaux (ex : Stockholm-Goteborg), des lignes trans-frontalières avec la Norvège ainsi que la majeure partie du réseau méridional suédois.

 

Véolia, enfer des cheminots suédois : le règne du contrat « zéro heure »

 

Quelle conséquence de cette introduction de la concurrence pour les salariés ?

 

La réponse vient du mouvement de grève lancé ce lundi 2 juin sur la « ligne sud » (Södra Stambanan) reliant Malmo à Linkoping, la 4 ème plus importante en taille du pays, paralysant le trafic pour 75 000 passagers.

 

veolia-rail.jpgLa mobilisation est partie de 250 travailleurs, allant des contrôleurs aux conducteurs de train : ce qu'ils reprochaient à Veolia, d'avoir résilié leur contrat à temps plein, avec droits garantis pour les ré-embaucher par la suite en contrat « zéro heure ».

 

Des contrats « zéro heure » qui, rappelons-le, permet à l'employeur de confier des tâches à la mission à un salarié, payé à la tâche … et bien sûr non-payé entre-temps, soumis à la volonté despotique de son patron. La précarité ultime.

 

Le syndicat réputé combatif SEKO (Syndicat des services et communications) dénonce cette situation et pose deux revendications :

 

limiter le nombre de travailleurs temporaires autorisés à être utilisés dans l'année (maximum de 40 000 h), qu'une année d'emploi temporaire conduise à un recrutement en contrat stable.

 

Vers un élargissement de la mobilisation

 

Ces revendications, pourtant modestes, ont pour l'instant reçu une fin de non-recevoir de la part de la confédération patronale ALMEGA et de l'entreprise française Veolia.

 

Le mouvement va entrer désormais dans sa deuxième semaine de grève, il devrait s'étendre : « Nos négociateurs n'ont pas avancé, donc nous devons étendre l'action et faire monter la mobilisation » a confié le dirigeant syndical Erik Sandberg au journal suédois The Local.

 

Des trains ont déjà cessé de circuler sur la ligne Malmo-Stockholm, le syndicat a annoncé son intention de lancer un mouvement de grève à Stockholm à partir du 20 juin, si il n'obtenait pas satisfaction, en pleine période de vacances estivales.

 

Le mouvement de grève qui impliquait à l'origine 250 salariés en touche à présent plus de 1 260.

 

70 % des Suédois favorables au retour au monopole public !

 

Certes, le patronat, la presse locale essaient de monter les usagers contre les cheminots utilisant l'argument économique (« 2 millions de pertes par jour ») … et celui éculé de l'écologie (la pollution causée par la hausse du trafic sur le port d'Oresund, si!).

 

Toutefois, cette campagne médiatique que nous connaissons si bien en France ne semble pas marcher en Suède. Car, bien que l'expérience soit courte, la dégradation du service est déjà sensible depuis l'ouverture à la concurrence.

 

Le système ferroviaire suédois, réputé pour être un des plus efficaces, fiables, égalitaires d'Europe, semble se déliter dangereusement : retards de plus en plus fréquents, hausse des tarifs, sous-investissement, inégalités entre régions.

 

Ainsi, les compte-rendus mettent en avant le soutien apporté par les usagers de Malmo, principale ville du sud du pays frappée par la grève, aux travailleurs en lutte

 

Un sondage récent dans le quotidien suédois Dagens Nyheter montre même le haut niveau de conscience de la population suédoise, dépassant les mots d'ordre du syndicat des transports.

 

En effet, 70 % des Suédois se déclarent favorables à la ré-introduction du monopole public sur les chemins de fer.Un camouflet pour les partisans zélés de la privatisation du rail !

 

Serait-ce tabou de dire que les « réformes ferroviaires » de libéralisation-privatisation ont conduit à des échecs, qu'elles unissent cheminots et usagers dans la volonté de retour au monopole public ? Vive la lutte des cheminots suédois !

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 06:54

6287480-lrerdemo-lockout.jpgAu Danemark, les enseignants refusent le dialogue social visant à imposer la flexicurité

Les écoles paralysées par un mouvement de grève sans précédent



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Flexicurité, modèle éducatif danois, culture du dialogue social : patronat, gouvernement socialiste ou de droite, syndicats réformistes n'ont d'yeux que pour le « modèle danois ». Dans l'éducation comme ailleurs, les masques tombent et les limites du système se révèlent.



Un des plus importants conflits de travail de ces dernières décennies au Danemark : 900 000 élèves de primaire et de collège restent à la maison tandis que 70 000 enseignants ont déserté les salles de classes.



Un conflit historique déclenché par le projet que tente d'imposer l'Organisation patronale des collectivités locales (KL), avec le soutien du gouvernement : une augmentation du temps de travail hebdomadaire légal, partant d'une remise en cause du temps de préparation des leçons.



Le Syndicat des enseignants (DLF), pourtant connu pour ses positions de compromis, a jugé les accords inacceptables et refusé de les signer. Face au menaces de grève du mouvement enseignant, les collectivités locales ont décidé de fermer les écoles ce 1 er avril.



Le secrétaire du DLF, Anders Bondo Christiansen a ainsi répondu face à l'intransigeance de leurs employeurs : « Nous sommes prêts au combat ». On est loin du dialogue social.



L'éducation au Danemark est fortement décentralisée. Depuis 1994 pour les « Folkeskole » et 2004 pour les lycées (Gymnasium), les communes sont responsables de la gestion, du financement et du recrutement des personnels scolaires, dans le cadre de conventions collectives nationales.



Ce sont ces conventions collectives que veulent remettre en cause les collectivités locales avec le discours bien connu de la « flexicurité », articulé à une démagogie visant les fonctionnaires.



Le KL propose la suppression de la réglementation sur le temps de travail effectif (actuellement de 25 h par semaine), laissant les conditions de travail et salariales à la totale discrétion des chefs d'établissement, soit la remise en question de toute négociation nationale.



Si nos ministres de l’Économie vantent régulièrement la « flexicurité » danoise, le « modèle éducatif » danois trouve grâce aux yeux des ministres de l'Education. Luc Châtel avait dit s'en inspirer lors de sa réforme de l'enseignement secondaire en 2008-2010.



Un modèle éducatif en crise : les réussites limitées d'un pays qui investit massivement dans l'éducation …



Un élément est toujours occulté dans les comparaisons avec la France : le poids des dépenses publiques pour l'éducation.



Le Danemark y consacre 8,5% du PIB, contre 5,8% pour la France. Le Danemark dépense 6 200 € pour un élève du primaire contre 3 800 en France, 8 500 € pour un élève du secondaire contre 6 200 en France, et enfin 18 500 contre 7 500 dans le supérieur !



La conséquence directe est la baisse du nombre moyen d'élèves par classe, 19 dans le primaire et le collège au Danemark, contre 23 en primaire, 25 en collège et 30 en lycée en France.



Cela constitue une des réussites incontestables du Danemark : la taille des classes rend réaliste l'aide personnalisée envers les élèves en difficulté, la mise en place d'activités pratiques ainsi qu'un rapport plus humain et proche avec l'enseignant.



Les études internationales mettent en avant le développement chez les élèves danois d'un fort degré d'autonomie, d'inventivité dans la résolution de problèmes pratiques et d'un certain plaisir à suivre l'enseignement prodigué.



et les limites des réformes pédagogiques qu'on veut importer en France : décrochage et manque de qualification



D'autre part, ont été adoptées une série d'innovations pédagogiques, contestables dans le fond sur le fond mais applicables dans la forme au Danemark, au vu de la taille des classes. Ce sont ces réformes que les gouvernements veulent importer en France, sans réduire la taille des classes.



Parmi ces éléments :



  • la suppression des notes jusqu'au lycée ;

  • l'interdiction du redoublement (au profit de lourdes « classes de transition ») ;

  • la pluri-disciplinarité du personnel enseignant qui doit maîtriser quatre disciplines jusqu'au lycée, sans concours national ;

  • l'absence de programme ni de directives disciplinaires nationales ;

  • minimisation de la théorie, du magistral, au profit de la pratique, de l'autonomie ;

  • enfin, substitution des connaissances requises par un « socle de compétences ».



L'estimation de « méthodes pédagogiques » est toujours complexe, la quantification de phénomènes subjectifs problématique. Néanmoins, il existe un consensus pour dire, qu'au vu de l'investissement du pays dans l'éducation, les résultats sont plus que décevants.



Dans les tests internationaux PISA, mesurant la maîtrise de compétences et savoir-faire dans des disciplines fondamentaux, le Danemark se retrouve avec la France, à la traîne des pays développés.



Si la France est 17 ème des pays développés en Science, mathématique et français, le Danemark se situe à la 18 ème place en Science, 15 ème en langue, ne se distinguant que par une position à peine meilleureen mathématique, 10 ème.



L'analyse dans le détail des résultats montre un échec sur plusieurs niveaux, un échec qui alimente les discours de la droite sur la nécessité de faire travailler plus les professeurs.



D'une part, le Danemark souffre d'un déficit en main d’œuvre hautement qualifiés, ce dont se plaignent les entreprises danoises qui ont recours à l'immigration.



Le problème ne vient pas de la diplomation supérieure, très élevée, mais bien plus de la qualification délaissée au profit des compétences, de la faiblesse théorique des étudiants.

 

D'autre part, le décrochage reste élevé, plus qu'en France et dans la moyenne de l'OCDE : 16% des jeunes danois n'achèvent pas le cycle secondaire contre 13% en France, tandis que l'écart entre élèves danois et immigrés est beaucoup plus important qu'en France, d'après les tests PISA.



Un système de « sécurité-emploi-formation » financé par l'Etat : aubaine pour le patronat, condition de la « flexicurité »



Les milieux patronaux et gouvernementaux utilisent ce constat pour réclamer une mise de l'éducation publique au service d'intérêts privés : depuis un enseignement professionnel calibré sur les besoins du « marché » jusqu'aux partenariats public-privé à l'université.



Il ne faut toutefois pas oublier que si l'éducation est à 90% publique au Danemark, le secteur public prend en charge la quasi-intégralité de la « formation professionnelle pour adultes » dans le système dit AMU (Arbejdsmarkedsuddanelse).



Du collège jusqu'à l'université, l’État finance des cours axés sur les « compétences professionnelles » adaptées au marché du travail et aux besoins des entreprises, ouverts aux actifs et surtout aux chômeurs, permettant de masquer artificiellement les chiffres du chômage.



Le système AMU, dispositif majeur parmi d'autres dans ce système de « sécurité-emploi-formation », coûte 600 millions d'euros chaque année à l'Etat, étant financé par une taxe de type CSG, de 8% sur les actifs occupés.



Nouvelles réformes au nom de la « compétitivité » : renforcement de l'évaluation, autonomie des établissements



Dans les nouvelles réformes pédagogiques, on assiste à une remise en cause de leurs aspects pourtant mis en avant en France



L'évaluation sort renforcée comme jamais. Les élèves sont soumis à un examen national systématique chaque année, dont les résultats sont rendus publics, au nom de la « compétition » entre établissements. Les professeurs sont eux-mêmes évalués en fonction de ses résultats.



L'autonomie des établissements est renforcée dans la gestion individualisée des personnels tandis que la centralisation se renforce dans le cadrage des directives pédagogiques et programmatiques standardisées en vue des tests européens.



Toutefois, les bases les plus favorables au marché du travail dans le système sont elles maintenues : le « socle des compétences » (malgré une réintroduction d'une base de connaissances) ou la dé-qualification du personnel enseignant, condition de la remise en cause de ses conditions salariales.



Ne nous laissons pas duper par les mirages étrangers, il faut rester vigilants et lutter contre toute remise en cause d'une Éducation nationale publique portée par des enseignants hautement qualifiés, et formant des citoyens éclairés, indépendants plutôt qu'autonomes, autant que de futurs travailleurs « qualifiés » et non « compétents ».

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