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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 06:27

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Décès d'Eric Hobsbawm, dernier grand historien marxiste du XX ème siècle et intellectuel communiste au parcours politique tourmenté

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

 

Le décès d'Eric Hobsbawm, à l'âge de 95 ans, constitue non seulement la perte d'un des plus grands historiens marxistes du XX ème siècle mais aussi d'un des analystes les plus fins, à défaut d'être toujours le plus juste, du « siècle des extrêmes ».

 

Hobsbawm laisse à la discipline historique une œuvre riche et complexe, alliant, qualité rare, érudition et art de la synthèse. Une œuvre marquée par un parti-pris courageux, l'affirmation de toute la pertinence de la grille d'analyse marxiste pour l'étude de l'histoire contemporaine.

 

Un parti-pris forgé dans le « groupe des historiens du Parti communiste », centré autour de l'université de Cambridge. Un cercle d'historiens communistes qui, de l'après-guerre à « l'année terrible »1956, prend le parti de l' « history from below » : une histoire populaire, faisant des classes dominées les acteurs de l'histoire.

 

Si son compère E.P.Thompson décide de concentrer son œuvre sur la formation de la classe ouvrière britannique au tournant du XX ème siècle, Eric Hobsbawm se focalisa lui sur les marginaux, replaçant la figure du bandit dans son contexte social, y retraçant la généalogie des mouvements de révolte contre l'injustice de classe.

 

Un parti-pris marxiste pris dans l'ambition d'allier histoire totale et histoire vivante du quotidien

 

Un parti-pris marxiste incarné par trois grandes synthèses qui le firent connaître – l'Age de la révolution, l'Age du capital et l'Age des empires – couvrant le grand XIX ème siècle, de 1789 à 1914.

 

Une tentative de combiner l'ambition à une histoire totale au souci omniprésent de rendre vivante cette histoire, sans se perdre dans l'abstraction, en lien constant avec la vie quotidienne des premiers acteurs de cette histoire : les classes subalternes.

 

Au-delà de cette rare combinaison et des talents indéniables d'écriture d'Hobsbawm, c'est aussi la défense résolue de la méthode et des concepts d'analyses marxistes et léninistes qui font le mérite de l’œuvre de Hobsbawm.

 

Son triptyque est ainsi un manifeste intelligent pour une histoire marxiste : illustration du rôle des révolutions dans la transformation des sociétés, les liens dialectiques entre infrastructure et superstructure, la formation du capitalisme moderne et sa main-mise directe et indirecte sur l'appareil d'Etat, son rôle dans l'émergence du colonialisme et de l'impérialisme, les contradictions internes et externes du système laissant un espace à une transformation révolutionnaire socialiste.

 

L’Âge des extrêmes, comme contre-pied à la thèse du « choc des totalitarismes »

 

Sans déterminisme ni dogmatisme de pensée, Hobsbawm a livré dans ses ouvrages des pistes d'analyse pour comprendre ce « court XX ème siècle », si hâtivement déformé et caricaturé dans une certaine tradition académique comme désormais dans les manuels scolaires.

 

Prenant à contre-pied la thèse « choc des totalitarismes », devenu pensée dominante – tout du moins dans le champ académique français – Hobsbawm livre l'analyse plus subtile de ce « choc des extrêmes ».

 

Son analyse, sujette à débats, contribue notamment à replacer le rôle de l'URSS et du socialisme réel dans une véritable analyse historique dialectique, insistant sur les liens dialectiques entre l'Union soviétique et le reste du monde : le rôle qu'a joué l'URSS dans le rapport de force mondial, favorisant les conquêtes du mouvement ouvrier et anti-colonialiste, inhibant aussi peut-être certaines transformations révolutionnaires potentielles.

 

Son ouvrage, unanimement salué par les critiques anglo-saxons comme une contribution majeure à l'histoire du XX ème siècle, a pourtant dû affronter l'anti-communisme de l’intelligentsia française acquise aux thèses pourtant contestées ailleurs, sur le « communisme totalitaire » ou même « les révolutions totalitaires ».

 

La traduction de l'Age des Extrêmesen 1997 a ainsi essuyé le refus de tous les éditeurs parisiens, subissant une campagne virulemment anti-communiste menée par celui qui fut un temps chien de garde du stalinisme, l'historien de la révolution française François Furet.

 

Un parcours politique chaotique : du parti-pris communiste au choix de la liquidation

Pourtant sur le plan politique, le parcours d'Eric Hobsbawm est beaucoup plus chaotique. Né avec la révolution d'octobre, Eric Hosbawm découvre le communisme dans sa jeunesse en Allemagne, au début des années 1930.

 

Exilé en Grande-Bretagne en 1933, il adhère au Parti communiste en 1936. Protagoniste du « groupe des historiens du Parti communiste », il est un des rares à ne pas rendre sa carte en 1956 et à rester fidèle à un parti qu'il ne quitta qu'à sa liquidation en 1991.

 

Dès les années 1960, toutefois, il se fait un des partisans, avec certains de ses anciens camarades ayant quitté le parti comme E.P.Thompson, de la « New Left », une nouvelle gauche inscrite de plus en plus en rupture avec la tradition politique communiste.

 

Cette position conduit Eric Hobsbawm à devenir un des principaux propagandistes outre-manche de l' « euro-communisme », ce courant promu par Santiago Carrillo et Enrico Berlinguer, les secrétaires des Partis communistes d'Espagne (PCE) et d'Italie (PCI), mettant en avant un européisme constructif, des politiques d'union de la gauche ou au-delà et enfin une perspective institutionnelle réformiste.

 

Son entretien à la fin des années 1970 avec le haut dirigeant du PCI Giorgio Napoletano, représentant alors de l'aile-droite du parti, est une illustration de cette prise de position s'inscrivant dans l'aile-droite du mouvement communiste international.

 

Inutile de rappeler que Napoletano fut ensuite un des artisans de la liquidation du PCI, il est depuis un des dirigeants du Parti démocrate (PD) à l'américaine, et surtout un président de la république italienne qui a avalisé tous les mauvais coups de Berlusconi puis de Monti.

 

Le parcours de Hobsbawm le conduit à la fin des années 1970 à remettre en cause certains des postulats de base de l'action politique marxiste-léniniste : la raison d'être du parti communiste, la nécessité de la révolution socialiste, le rôle central de la classe ouvrière et de la lutte de classe dans la transformation des sociétés.

 

Dans la revue « Marxism Today », il contribue à diffuser ses thèses dans les années 1970-80. Dans son célèbre article « In the forward march of Labour halted ? », publié en 1978, il défend l'idée de la nécessité pour la 'gauche' de peser sur le Labour, et surtout se fait le partisan de la rénovation du Labour sur des thèses de « nouvelle gauche ».

 

Bon gré mal gré, Hobsbawm a appuyé l'émergence du courant « rénovateur » au sein du Labour, incarné dans un premier temps par Neil Kinnock – proche par ailleurs du PCI de Napoletano – puis par Tony Blair.

Par la suite, reconnaissant son erreur, Hobsbawm a néanmoins pris ses distances avec le « New labour » de Tony Blair, dénonçant sa politique de casse sociale et ses guerres impérialistes.

 

Toutefois, sa rupture avec les principes fondateurs du mouvement communiste du XX ème siècle était consommée. En 1991, il quitte le Parti communiste de Grande-Bretagne qu'il a contribué à liquider.

 

Le souvenir d'un historien brillant passionné par le passé autant que par le présent

 

Son analyse de la chute de l'URSS est celle de l' « échec du socialisme réel » et marque selon lui la fin d'une histoire, entendre la fin des Partis communistes et de la construction d'une alternative socialiste.

 

Depuis, les positions publiques reflètent autant ce pessimisme d'un homme né avec la révolution d'octobre que celle d'un communiste qui a petit à petit abandonné ses positions révolutionnaires.

 

Son interview dans The Guardian, en 2009, en est l'illustration. Pour lui, si « le capitalisme est en faillite », le « socialisme a échoué ». Hobsbawm se fait le défenseur d'une « économie mixte », défendant une politique réformiste dans lesquelles les références sont désormais le Labour et Amartya Sen, plutôt qu'un parti révolutionnaire ou Lénine.

 

Les communistes britanniques gardent certes le souvenir d'un brillant historien marxiste du XX ème siècle mais aussi d'un « camarade » aux positions politiques parfois douteuses, ayant contribué à l'éclatement du Parti communiste de Grande-Bretagne en 1991.

 

Son œuvre reste, malgré tous ses revirements politiques, un fascinant point de départ pour tout historien marxiste – à commencer peut-être par un de ses dernières ouvrages d'histoire, le stimulant Aux armes historiens ! portant sur les diverses écritures de la révolution française – et plus largement pour tout militant communiste conséquent.

 

Past and present, c'est le nom de la première revue marxiste fondée par Hobsbawm en 1952.

 

C'est aussi un nom assez juste pour qualifier son parti-pris d'historien engagé : lire toujours le présent à la lumière du passé, et le passé avec les préoccupations du présent, partant du principe qu'un historien coupé des réalités et des passions de son temps ne peut réellement prétendre être historien.

 

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 07:31

mitterrmollet.jpgLa social-démocratie, notes sur une histoire peu glorieuse

Article d'Albano Nunes, membre du secrétariat du Parti communiste portugais (PCP) pour O Militante, revue théorique du PCP



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/







Fait-il encore sens de parler de « social-démocratie » ?

Si c'est le cas, qu'est-ce que la « social-démocratie » aujourd'hui ?

Comment la caractériser d'un point de vue de classe ?

Quelle place occupe-t-elle sur l'échiquier politique international ?

Comment se positionne-t-elle par rapport aux grands problèmes de notre temps ?

Dans le cadre de la politique d'alliances de la classe ouvrière, quel positionnement par rapport à la social-démocratie ?



Ce sont des questions auxquelles un parti révolutionnaire doit répondre pour fixer avec rigueur sa position dans le combat idéologique mais aussi d'éventuelles convergences et alliances, tout aussi limitées et conjoncturelles puissent-elles être. Une réponse qui est d'autant plus nécessaire dans un monde confronté à la menace d'un recul d'ampleur civilisationnel dans lequel la social-démocratie est profondément impliqué, où s'impose d'unir dans la résistance et dans la lutte toutes les forces qui, par leur situation sociale et leur pratique politique, s'intègre de fait dans le grand front anti-monopoliste et anti-impérialiste qui seul pourra inverser le cap destructeur que le capitalisme impose à l'Humanité.



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La question de la « social-démocratie » est une question actuelle et, dans un certain sens, cruciale. Les partis socialistes – social-démocrates – travaillistes, en dépit de leur évolution droitière que nous connaissons, continuent à se réclamer de « gauche » et à disposer d'un soutien électoral appréciable et d'une réelle influence dans des secteurs importants de la classe ouvrière et des couches populaires. La lutte des communistes pour l'unité de la classe ouvrière et pour l'hégémonie politique et idéologique de la classe ouvrière dans la lutte contre le grand capital, est confrontée frontalement à cette réalité dans l'ensemble des pays capitalistes développés, notamment en Europe où la social-démocratie est née et s'est enracinée le plus durablement, mais aussi en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Le combat contre l'idéologie de la collaboration de classes, l'esprit de division et l'anti-communisme, continue d'être une nécessité centrale de notre temps.



D'autre part, la social-démocrate, qui a émergé comme un courant réformiste et révisionniste au sein du mouvement ouvrier et s'est développé comme force anti-révolutionnaire, hostile à la Révolution d'Octobre et aux pays socialistes, s'est transformée en force ouvertement contre-révolutionnaire, en élément fondamental du système d'exploitation capitaliste et pilier de l'impérialisme. Le « bloc central » (« centre-droit » et « centre-gauche »), la « bipolarisation », l' « alternance » (du « maintenant je gouverne, tu gouvernes, nous gouvernons toi et moi »), reflètent bien cette réalité. La course de la social-démocratie vers la droite néo-libérale (qui plus qu'une « reddition », fut un choix conscient et délibéré) l'a rapprochée, l'a confondue dans certains cas l'a fondue dans la droite bourgeoise même, dont elle est devenue une simple variante. Les accords au niveau gouvernemental ou parlementaire, et en tout cas les convergences et rapprochements sur toutes les questions de fond – comme dans le cas de l'intégration capitaliste européenne, de l'OTAN et sa stratégie agressive planétaire, des politiques de soutien au capital monopoliste contre les travailleurs – devinrent une chose banale. Les accords sont formels et informels, scellés à la lumière du jour au nom de l' « intérêt national » ou dans de discrets échanges de bons procédés. Ce qui ne dispense pas de l'habituel recours et de la manipulation du binôme « gauche/droite » qui sert toujours à duper l'opinion publique et à maintenir sous influence des masses mécontentes, surtout en période électorale.



Le cas peut-être le évident de « parti unique » bicéphale est celui nord-américain avec le couple Parti républicain/Parti démocrate, ce dernier érigé, sous Clinton, en exemple de la famille social-démocrate, tout en n'étant pas membre de l'Internationale socialiste. Mais la tendance est générale comme, notamment, cela se passe en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne, en Grèce (1) ou au Portugal et on cherche à l'imposer et à l'institutionnaliser avec des lois qui marginalisent les « petits partis » et facilitent la bi-polarisation, dans un jeu pervers qui vise à semer la confusion entre « alternance » au gouvernement et « alternative » politique, et ainsi fermer la porte à de véritables alternatives.



La vérité c'est que, au gouvernement ou dans l' « opposition », la social-démocrate est devenue partie intégrante du système de pouvoir capitaliste, une force qui, comme l'a souligné la Résolution politique du XVIIIème congrès du PCP, est aujourd'hui « structurellement compromise » avec les intérêts du grand capital. C'est de cette réalité que le mouvement communiste et révolutionnaire doit partir pour concrétiser la politique d'alliances de la classe ouvrière.



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Sans aucune prétention à refaire ici l'histoire de la social-démocratie, il est indispensable de rappeler certains moments forts de son évolution : de courant du mouvement ouvrier (tel qu'elle est née) à instrument de la grande bourgeoisie ; du produit de l'idéologie bourgeoise dans le monde du travail à simple variante de la pensée de la classe dominante ; de défenseur de la liquidation (« pacifique » et « démocratique », bien sûr) du capitalisme et partisan d'un socialisme « démocratique » et « à visage humain » à défenseur du capitalisme (« humanisé », avec « une conscience sociale » et « intégrateur », naturellement) et de l'impérialisme, avec tout ce qu'il implique de réactionnaire et de criminel.



Nous parlons de la social-démocratie évidemment en des termes généraux, globaux. Nous parlons de la position politique et idéologique adoptée et mise en pratique par ses chefs et idéologiques. La diversité des partis qui la composent est grande. Les conditions du lieu et de l'époque façonnent dans une large mesure les caractéristiques des partis socialistes – social-démocrates – travaillistes. La social-démocratie a toujours eu des visages différents en Europe occidentale (longtemps sous l'hégémonie du SPD allemand et du Parti travailliste britannique), ou en Amérique latine, où, selon les circonstances, elle a tant pris des tonalités « révolutionnaires » nationalistes qu'elle a constitué un instrument décisif pour servir l'impérialisme yankee et mettre en échec le déroulement de processus démocratiques, anti-impérialistes et révolutionnaires.



Un des « secrets » de la social-démocratie réside dans ses caractéristiques caméléonesques, dans son éclectisme, sa composition inter-classiste, dans son hétérogénéité, dans l'existence en son sein de différentes ailes et différents courants, dans sa capacité à, selon les circonstances et les nécessités, être un peu tout et son contraire. Ce qui pour un parti communiste est mortel (courants d'opinion cristallisés, groupes, fractions, polémiques publiques) est un pour la social-démocratie est une façon d'être naturelle, indispensable pour alimenter l'idée que l'alternative aux politiques de droite se trouve au sein des partis socialistes – social-démocrates – travaillistes, même quand ils pratiquent une politique clairement de droite et que leur programme est ouvertement capitaliste. Voilà la mission de tous les Alegre [NdT : Manuel Alegre, représentant de la supposée aile-gauche du PS portugais, candidat à la présidentielle soutenu en 2011 par le PS et le Bloc de gauche] de ce monde.



En tout cas, la social-démocratie n'existe ni n'agit indépendamment de la lutte de classes. Elle se positionne depuis toujours, depuis le tournant révisionniste historique symbolisé par Bernstein (2) (« le mouvement est tout, l'objectif final n'est rien »), du côté de l'adaptation, de la consolidation et de la reproduction du capitalisme et n'a pas hésité à réaliser des crimes majeurs pour barrer la route à des transformations sociales profondes, comme cela s'est produit avec la trahison de la révolution allemande de novembre 1918 et lorsqu'elle a ouvert la voie au nazisme par la politique conciliatrice des dirigeants social-démocrates de la République de Weimar. L'assassinat cruel de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht reste une des pages les plus sombres du réformisme contre-révolutionnaire social-démocrate.



Mais le positionnement pratique de la social-démocratie fut également influencé par la lutte populaire de masses, par la pression de ses bases ouvrières et par l'action indépendante des communistes. Furent ainsi possibles, par exemple, les grandes réussites des Fronts populaires, comme dans les cas de l'Espagne et de la France. Furent aussi possibles, avec la forte alternative des réalisations de l'URSS et des pays socialistes, les progrès de l' « Etat social », que dans les pays nordiques on est arrivé à draper de l'épithète abusif de « socialisme nordique ». Ce fut l'action révolutionnaire de la classe ouvrière et des masses laborieuses, avant et après le 25 avril, qui a poussé Mario Soares et le PS, fondé entre temps en RFA, sur des positions et des convergences à gauche, qui, comme il le prouva rapidement, rentrèrent en contradiction avec sa nature libéral-bourgeoise.



Cependant, sans participation des masses et la poussée de ses bases vers l'unité d'action avec les communistes, tirant de rares et glorieuses exceptions configurées par des trajectoires de lutte singulières (comme le vieux Parti socialiste italien de Pietro Nenni, ou le Parti socialiste chilien de Salvador Allende), le choix des cercles dirigeants social-démocrates fut invariablement de nouer des alliances avec les partis de droite et de la réaction pour s'opposer à toute avancée révolutionnaire et préserver le système capitaliste qu'elle que soit sa variante, keynésienne, libérale ou même fasciste, dans ce cas jusqu'au moment où les partis social-démocrates même devinrent également les victimes de la persécution et de l'illégalisation, qui, dans la première phase, étaient dirigés essentiellement contre les communistes.



Pour ce qui est de l'expérience portugaise, il convient de rappeler – sans remonter aux temps de l'auto-dissolution du vieux et discrédité Parti socialiste et de la collaboration d'un de ses chefs, Ramada Curto, avec Salazar dans l'élaboration de la Charte du travail fasciste et la position de la direction du PS. Une fois passée la courte période d'alignement sur la Révolution, Mario Soares devient rapidement une bouée de sauvetage du grand capital et un pôle rassembleur de toutes les forces contre-révolutionnaires, et la politique d'alliances du PS, avec de rares exceptions localisées et ponctuelles, s'est toujours articulée sur sa droite (3). La signature du pacte d'agression par le PS, le PSD et le CDS avec la troïka étrangère est le corollaire logique de la position de classe bien enracinée d'un parti qui, après avoir « rangé le socialisme dans le tiroir », est devenu une force politique profondément identifiée aux intérêts du grand capital et de l'impérialisme étranger.



Il est évident que la capacité, de plus en plus contestée, que des forces, comme le PS, parviennent année après année à récupérer le mécontentement de larges couches de la population ne va pas durer éternellement. Des situations de conflit, d'affaiblissement et de division sont prévisibles, tout comme l'apparition de nouvelles forces façonnées par l'aiguisement de la lutte de classe. Des processus de recomposition du cadre politico-partisan sont inévitables, impulsés par le développement de la lutte de masses, qui ouvrent des possibilités que l'organisation des forces sur le plan social trouvent une traduction sur le plan politique.



En tout état de cause, ce n'est pas avec ce PS et son orientation et sa pratique politique permanentes que nous pensons qu'il soit possible de mener la politique patriotique et de gauche que nous préconisons pour rompre avec trente-six ans de politiques de droite et d'avancer vers la résolution des problèmes des travailleurs, du peuple et du pays.



Pour concrétiser l'unité que la situation rend nécessaire, il ne suffit pas d'un « virage à gauche » dans un corps pourri par l'opportunisme et par la collaboration avec le pouvoir économique. Ni, comme le prétendent le Bloc de gauche au Portugal ou le « Parti de la gauche européenne » (PGE) en Europe, une simple appropriation de l'espace politique laissé libre par la course vers la droite des cercles dirigeants social-démocrates. Dans la pratique, cela ne représenterait fondamentalement que le renforcement d'une « aile-gauche » de la social-démocratie (ce que Syriza est en Grèce), avec comme mission de gagner du temps pour faire obstacle à l'avancée des forces anti-capitalistes et révolutionnairs, et non de faire émerger des forces réellement engagées dans la rupture avec le système, bien qu'influencées plus ou moins par des illusions réformistes. Il n'est pas besoin d'aller plus loin que la question de l'intégration capitaliste européenne – avec l' « européisme de gauche » du Bloc de gauche, ou le cordon ombilical du PGE à l'UE – pour rejeter l'illusion que c'est sur ce terrain-là que l'on pourra combattre la désillusion électorale de masses pourtant objectivement intéressés par des politiques anti-monopolistes et la transformation socialiste de la société



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En cherchant à répondre à la question « qu'est-ce que la social-démocratie aujourd'hui ? », il y a une question préalable de lucidité et de pure hygiène mentale : rejeter d'emblée la caractérisation de ce courant politique comme une force « de gauche » et, en même temps, rejeter une « unité de gauche » qui, au nom d'un prétendu combat contre une droite « idéologique » et « ultra-libérale », ne servirait qu'à ralentir l'unité nécessaire et éluder certaines questions de fond de la lutte de classes.



Il faut voir, par ailleurs, comment dans cette Europe les partis socialistes – social-démocrates – travaillistes, sans exception, sont tous engagés jusqu'au cou dans l'offensive du capital visant à remettre en cause les droits et acquis des travailleurs conquis par des décennies de dures luttes et au prix de lourds sacrifices. Et comme ils développent une coopération structurée et officielle avec les partis de droite – voir le binôme Parti socialiste européen/Parti populaire européen – pour élaborer des stratégies communes et se partager le gâteau et les places dans les structures de l'UE. Et en bas, au niveau des différents pays, c'est aussi ce que l'on observe.



Pour en arriver là, du chemin a été parcouru depuis l'époque où, démasqués par Lénine et les jeunes partis communistes, les vieux partis de la II nde Internaionale se considéraient comme les véritables interprètes de Marx et Engels, dont ils falsifiaient pourtant l’œuvre et vidaient de son essence révolutionnaire (4).



Dans ce processus, il y a des moments paradigmatiques dont voici quelques exemples : la condamnation de la Révolution d'Octobre ; la politique de « non-intervention » contre la République espagnole menée par Léon Blum ; le refus de la coopération avec les communistes pour faire face à l'ascension du nazisme et du fascisme ; la rupture de l'unité démocratique anti-fasciste après la victoire lors de la seconde guerre mondiale ; la participation active dans la construction l’édifice impérialiste de « guerre froide » avec le « socialiste » belge Paul-Henri Spaak choisi comme premier-secrétaire de l'OTAN ; la politique colonialiste de la SFIO en France profondément responsable des guerres en Indochine et en Algérie (1956) ; le Congrès de Bad-Godesberg du SPD allemand, qui en 1959 officialise sa rupture avec le marxisme et le rejet de la lutte de classe ; l'offensive droitière et anti-communiste liée aux défaites du socialisme en URSS et en Europe de l'est et la participation active au bond impérialiste de l'Union européenne de Maastricht ; la « troisième voie » de Tony Blair, liquidant ce qu'il pouvait encore rester de référence ouvrière et de la politique sociale du Parti travailliste britannique, et l'introduction du Parti démocrate des États-Unis dans la bergerie social-démocrate ; la conspiration ouverte contre la révolution portugaise sous la façade hypocrite de l' « Europe est avec nous » ; le parcours emblématique de Javier Solana, de dirigeant du PSOE espagnol et du puissant mouvement contre l'entrée de l'Espagne dans l'OTAN à secrétaire-général de cette alliance agressive ; l'offensive brutale du gouvernement du SPD Gerhard Schröder, « l'ami des patrons », contre les salaires et les droits des travailleurs allemands à travers l' « Agenda 2010 » et « Hartz IV » (5) ; la participation active des partis socialistes respectifs, PS et PASOK respectivement, au processus d'extorsion impitoyable dont les peuples portugais et grec sont les victimes.



La dérive droitière de la social-démocratie internationale n'est pas un processus linéaire. Là où les partis communistes et le mouvement ouvrier et populaire étaient forts, furent possibles des moments de convergence et de coopération progressiste. Mais la contradiction entre social-démocrates et communistes qui, tout simplement, reposait sur le clivage du mouvement ouvrier « réforme/révolution » qui est aujourd'hui devenu « gestion du capitalisme/révolution », et l'idéologie de la collaboration de classes typique du réformisme a fini par conduire la social-démocratie à prendre ouvertement parti pour le capital en général et pour le grand capital monopoliste en particulier. Et il n'est même plus aisé de distinguer dans les différentes formes de gestion du capitalisme – comme cela se produit avec celle « libérale » ou « keynésienne » - la social-démocratie de la droite proprement dite.



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Cette trajectoire peu glorieuse de la social-démocratie internationale est la conséquence logique ultime de son péché originel : le mépris des masses, la peur et la négation de la révolution, le rejet de la conquête du pouvoir par la classe ouvrière comme condition nécessaire à la liquidation du capitalisme et la négation révisionniste et opportuniste de la pensée de Marx, à commencer par le rejet du concept de « dictature du prolétariat ». Un péché qui a contaminé d'importants partis communistes, notamment ceux qui dans les années 1970 ont développé la ligne de l' « eurocommunisme » et qui, commençant eux-mêmes par abandonner le concept de dictature du prolétariat, d'abandons en abandons – centralisme démocratique, le rôle de la classe ouvrière, le marxisme-léninisme, l'internationalisme prolétarien – tombèrent dans le parlementarisme le plus trivial, et ce qui mena même à leur auto-liquidation, comme dans le cas dramatique du Parti communiste italien.



La question du pouvoir et de sa nature de classe est la question centrale de la révolution (6). Abandonnant l'objectif de la conquête du pouvoir par les travailleurs et déclarant la guerre à la Révolution d'Octobre, les partis révisionnistes de la Seconde internationale se placèrent objectivement du côté de la contre-révolution. A l'ère de la transition du capitalisme au socialisme et dans des moments d'approfondissement de la crise du capitalisme et d'aiguisement de la lutte de classes, il est compréhensible que l'option fondatrice de la social-démocratie ait conduit à sa transformation en instrument du capital et pilier de l'impérialisme.



Notes
(1) Où elle a subi un coup dur le 6 mai dernier, avec l'effondrement électoral des deux partis du « centre » responsables de la tragédie qui s'est abattu sur le peuple grec : le PASOK et la Nouvelle démocratie qui lors des élections précédentes rassemblaient 77,5% des voix sont tombés à 32,1% ;

(2)Bernstein (1850/1932), théoricien éminent de la Seconde internationale, père du « révisionnisme », une révision opportuniste des théories de Marx et Engels. Kautsky, qui dans un premier temps le critiqua durement d'un point de vue marxiste, devint de son côté chef de file du révisionnisme, ayant été combattu par Lénine, notamment dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, devenu un classique du marxisme-léninisme.


(3)Voir l'oeuvre du camarade Alvaro Cunhal, Vérité et mensonge sur la révolution portugaise, la contre-révolution se confesse


(4)Le grand moment de clarification entre courant opportuniste et courant révolutionnaire marxiste dans le mouvement ouvrier se fit jour lorsque, à la veille de la Première guerre mondiale, trahissant ses propres orientations et les décisions de la Seconde internationale, les députés de la social-démocratie allemande votèrent les crédits de guerre, quand à la Douma les députés bolcheviques votaient contre et étaient déportés en Sibérie ;


(5)Voir O Militante, n 308, septembre-octobre 2010, l'article « Allemagne, 20 ans de contre-révolution »


(6)On recommande vivement la lecture de l'étude L'Etat et la Révolution de Lénine ; et la Question de l'Etat, question centrale de chaque révolution, Alvaro Cunhal

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 10:57

manif_12_maio_porto_pcp.jpgRéflexion du côté des communistes portugais sur le mouvement des indignés : spontanéité et manipulation



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Article d'Albano Nunes, membre du secrétariat du Parti communiste portugais (PCP), paru dans Avante, organe du PCP



Alors que la presse quotidienne portugaise a passé sous silence la grande manifestation contre le pacte d'agression du 12 mai dernier à Porto, dans le même temps on consacrait des pages entières à l'action des « indignés », un cas particulièrement grave de mystification mais dont l'explication est bien simple. Effacer la lutte organisée et mettre en avant ces types d'actions aide à semer la confusion et à ôter sa place centrale à la lutte de classe, contribue à affaiblir le front anti-monopoliste, ne peut que profiter au grand capital et retarder la mise en place des changements nécessaires, au Portugal comme dans tout autre pays. Voilà l'objectif de la création et de la promotion internationale de symboles, slogans, journées, mouvements et même leaders « mondiaux » comme cela se passe en ce moment avec le « Printemps de l'Indignation ».



La question est sérieuse, elle a des précédents qui ne doivent pas être oubliés. C'est le cas des fameux mouvements « anti/alter mondialisation » présentés en leur temps comme l’expression la plus moderne de l'internationalisme ;



  • de la thèse que les bloquistes [NdT : du bloc de Gauche, coalition de gauche dite radicale, des trotskistes à l'aile-gauche de la social-démocratie, farouchement anti-communiste] et tutti quanti défendaient frénétiquement (et défendent encore) que, à l'heure de la « mondialisation », la lutte dans le cadre national perdrait de son sens et que l'espace de transformation sociale passerait au plan européen, justifiant ainsi sa capitulation face à l'Union européenne des monopoles sous couvert d' « européisme de gauche » ;



  • des campagnes visant à remplacer le rôle historique de classe ouvrière par un « nouveau sujet révolutionnaire », comme en « Mai 68 » ou, plus récemment, avec le « mouvement des mouvements » ou les « multitudes » de Negri ;



  • des tentatives pour enlever du Forum social mondial les partis et forces révolutionnaires et faire de la place au réformisme et à la social-démocratie, à tel point que Mario Soares a pu apparaître, à coup de médiatisation, comme le porte-drapeau de l' « alter-mondialisation » ;



  • des illusions semées autour d'ATTAC et des ambitieuses manœuvres bloquistes pour instrumentaliser le « Forum social portugais » et imposer au mouvement populaire un agenda piloté par l'étranger ;



  • de la promotion, avec le déguisement cynique de l' « internationalisme », du « Parti de la gauche européenne » (PGE) dont le PCP s'est toujours démarqué en raison de sa nature supra-nationale et du cordon ombilical qui le lie à l'UE, une organisation à laquelle le Bloc de gauche s'est empressé d'adhérer.



Hier, l' « anti/alter mondialisation », aujourd'hui « Printemps de l'indignation » et autres constructions internationales plus ou moins social-démocratisantes, constructions aux façades diverses mais toujours avec le même but, celui de réhabiliter le capitalisme, reconnaissant et même caressant le droit à l'indignation, mais pour la récupérer et la confiner dans les limites du système. Et dans le même temps qu'il passe sous silence et combat la lutte organisée, il alimente le spontanéisme et le mouvementisme inconséquent et frustrant le potentiel de la lutte des masses ;il nie la réalité de la lutte de classe et combat par tous les moyens le syndicalisme et le parti de classe ; il canalise vers un individualisme anarchisant et réformiste de réels sentiments de colère et d'indignation qui se trouvent ainsi temporairement éloignés du mouvement populaire.



Le cadre complexe de la situation nationale et internationale garde en son sein bien des interrogations et incertitudes quant à leur évolution à court et moyen terme. Mais l'expérience confirme avec la croissance des luttes populaires à travers le monde, dont les commémorations du 1er mai furent une magnifique expression, que de grands périls coexistent avec de grandes possibilités de transformation progressiste et révolutionnaire. Ce qui est vrai, pour le Portugal et pour le monde entier, c'est que la voie de l'alternative est difficile, et que le tournant nécessaire n'est pas en vue. Il naîtra de la lutte elle-même. Continue et organisée, articulant le combat dans chaque pays avec la solidarité et l'action convergente sur le plan international, pour la défense des intérêts concrets et immédiats des travailleurs et des peuples tout en ayant toujours à l'horizon le socialisme.



C'est de cette perspective-là que la classe dominante cherche à éloigner les masses.



Légende de la photo : Une dizaine de milliers de manifestants dans les rues de Porto, le 12 mai dernier, à l'appel du seul PCP, passés sous silence...

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 18:20

vive la pauvreté

« Décroissance ou socialisme ? »

 

par Domenico Moro, économiste marxiste italien, membre du Parti des communistes italiens (PdCI)

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ces dernières années s'est installée en Italie, comme dans d'autres pays avancés, ce qu'on appelle la théorie de la décroissance. Cette théorie tire sa fortune de divers facteurs. En premier lieu, de l'affaiblissement d'une tradition créative marxiste adaptée à notre époque, en partie en raison de l'offensive idéologique continue et massive à laquelle elle a été soumise de la part de la pensée dominante. La substitution de la contradiction homme-nature à celle travail salarié-capital, a été un des axes de cette offensive, qui a accordé une place centrale dans le débat public à des questions comme la crise écologique, l'épuisement des ressources naturelles et le changement climatique. Tous ces aspects ont contribué au développement de l'écologie comme courant politique autonome.

 

La décroissance, tout en appartenant à la tradition de l'écologie, en est une variante extrême. Selon la décroissance, il ne suffit pas d'éviter les gaspillages ou de miser sur un développement « durable » ou « éco-compatible » et sur les énergies renouvelables. Pour la décroissance, la seule planche de salut est de réduire drastiquement la consommation. Il ne suffit pas de stabiliser la croissance ou de réduire la stimulation compulsive de la croissance de la consommation, il faut revenir à des niveaux de consommation typiques d'une société pré-industrielle. La décroissance propose un modèle spécifique de société, « la société de la décroissance ». Celle-ci se caractériserait par une économie basée sur la petite propriété paysanne, locale et autarcique, dans laquelle les échanges entre divers territoires sont quasi inexistants, de fait une économie curieusement semblable à l'économie médiévale.

 

Une idée de société de ce type rentre pleinement dans le cadre des projets utopiques, qui abondent dans l'histoire des idées. Le retour à une société essentiellement paysanne, locale et autarcique impliquerait une régression de la société. Une économie basée sur l'auto-consommation annulerait les échanges et par conséquent réduirait à des niveaux très simples la division du travail. Cela se traduirait par l'affaiblissement de la productivité du travail lui-même, le développement scientifique et son application pour mettre les forces de la nature au service de l'Homme. Une économie de ce type pourrait soutenir au niveau mondial une pression démographique de quelques centaines de millions d'individus à l'échelle mondiale, et on comprend mal quel sort serait réservé aux sept milliards d'êtres humains que compte actuellement la planète.

 

Derrière la vision ingénue de la « société de la décroissance », plusieurs erreurs d'analyse, qui révèlent la faiblesse de ses fondements scientifiques, économiques et sociologiques. Une drastique réduction de la consommation et du développement est anti-historique, car cela ne s'est jamais produit dans l'historique que l'humanité régresse spontanément, et car il serait plus qu'improbable non seulement de ramener les centaines de millions d'européens et de nord-américains à la simple subsistance, mais surtout de nier à des milliards d'asiatiques, de latino-américains et d'africains la possibilité d'en sortir, comme en témoignent les soulèvements en Égypte et en Tunisie et les importants flux migratoires Sud-Nord actuels. Selon les théoriciens de la décroissance, ce serait la perspective millénariste et catastrophiste de la crise écologique et de l'épuisement des ressources naturelles qui se chargerait de convaincre des milliards d'individus de faire le grand bond en arrière.

 

Nous ne voulons pas nier la crise écologique, mais la décroissance oublie que les sources d'énergie et les technologies qui les utilisent ne sont pas des facteurs fixes dans l'histoire humaine. Elles sont des variablesdépendantes du développement des forces productives(en particulier de la recherche scientifique) et surtout, du moment que la technique n'est pas socialement neutre, de la modification des rapports de production. Ce qu'il faut comprendre, donc, c'est la cause de la crise écologique. La théorie de la décroissance fait fausse route en l'identifiant, en l'imputant exclusivement à l'industrie et à la consommation. Au contraire, la cause de la crise écologique est la même que celle de la crise économique, le mode de production capitaliste, basé sur la rapports de production travail salarié-capital. La consommation n'est pas la finalité du capital. La finalité du capital est le profit. Cela semble paradoxal, mais la théorie de la décroissance s'établit dans une phase historique où la consommation de masse, dans les pays les plus avancés, diminue et la pauvreté augmente, phénomènes allant de pair avec la contraction du salaire réel. Une phase dans laquelle les sociétés les plus avancées ne « croissent » plus, ou plutôt elles décroissent, à la suite d'une des crises les plus profondes de l'histoire du capitalisme. Et tout cela alors que ne cessent de croître les profits absolus, l'opulence des riches et donc que croissent leur – mais seulement la leur – consommation de luxe.

 

Pourtant, la décroissance nie que le problème soit celui des rapports de production basés sur le capital. Il nie également que la classe ouvrière puisse être la protagoniste de la transformation de la société et identifie socialisme et capitalisme comme des tendances nocives, développementalistes. La question devient ainsi éthique et morale, et la solution doit être recherchée dans un choix volontariste et individuel, dans la frugalité plutôt que dans la consommation équitable. La vraie question à poser, au contraire, avant même de savoir combien l'on produit, est pour quiet comment on produit. En effet, l'épuisement et le gaspillage des ressources humaines et naturelles dépendent non pas de l'industrie en soi, mais d'un système fondé sur la concurrence entre entreprises capitalistes et sur la recherche du profit maximal et le plus rapide possible. Cela dépend de l'anarchied'un système sans direction unitaire et sans coordination, source de gaspillages et de sur-production, dans lequel l'homme et la société n'ont pas le contrôle sur les forces productives, qui pourtant les ont créées, mais par lesquelles ils sont dominés, comme si elles étaient des forces aveugles de la nature. Crise économique et crise écologique apparaissent ainsi comme des manifestations, bien que diverses, de la révolte de l'économie et de la nature contre l’irrationalité même de ce mode de production.

 

La décroissance ne peut pas être la solution, à savoir que sa théorie dissimule les causes et empêche de leur trouver une solution, dérivant vers des recettes utopiques et paradoxales. Ce qui est à affirmer, ce n'est pas un bond en arrière dans les degrés de civilisation, mais la nécessité de la production rationnelle et de la redistribution de la richesse sociale. Ce n'est pas la décroissance, mais la planification qui est la solution à l'anarchie du capital. En effet, seule la reprise en main des forces productives par les travailleurs librement associés selon un plan rationnel, le socialisme, peut permettre le dépassement des crises économiques et des crises écologiques. En ce sens, la critique de la décroissance n'est pas une excentricité découlant d'un purisme idéologique, mais une opération de clarification, nécessaire à la lutte qui attend ceux qui veulent changer réellement l'état des choses présent, et un jalon dans la reconstruction d'une pensée critique actuelle et fondée scientifiquement.

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 12:03

8marsURSSLutte de classes et droits des femmes


par Isabel Cruz,



de la Commission du Comité Central du PC Portugais pour la lutte et le mouvement des femmes



Traduit par AC (re-publication) pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



« L'émancipation de la femme, comme de tout le genre humain, ne deviendra une réalité que le jour où le travail s'émancipera du capital. C'est seulement dans une société socialiste que les femmes, comme les travailleurs en général, accèderont à la pleine possession de leurs droits. »


Clara Zetkin, 1889 (Extrait du Discours prononcé au Congrès International Ouvrier de Paris)


 

La Journée Internationale de la Femme a été proclamée sous proposition de la révolutionnaire allemande Clara Zetkin, le 26 Août 1910 [Pendant la seconde Conférence des Femmes de la Seconde Internationale, réalisée à Copenhague, où étaient présentes 100 déléguées de 17 pays]. Le texte de cette proclamation a été publiée très jours après dans le journal Die Gleichheit (L'Egalité).

 

Commémorée le 19 Mars 1911, la première Journée Internationale de la Femme a mobilisé plus d'1 million de femmes dans plusieurs villes d'Allemagne, de Suisse, d'Autriche et du Danemark. Alexandra Kollontai a décrit l'événement qui a alors dépassé toutes les attentes: « (…) l'Allemagne et l'Autriche furent ce jour-ci une mer débordante et agitée de femmes (…) Ce fut certainement la première démonstration de militantisme des femmes travailleuses (…) Cette première Journée Internationale des Femmes (…) sous le mot d'ordre 'Le droit de vote pour les travailleuses' et 'unir les forces dans la lutte pour le socialisme' »

 

Le débat impulsé par le mouvement ouvrier et révolutionnaire, notamment par Clara Zetkin, autour des revendications politiques, civiques et syndicales des femmes prolétaires a contribué à lancer les bases organiques de la lutte des travailleuses à partir de revendications spécifiques, d'objectifs de classes et de leur intégration dans la lutte pour le socialisme. La décision de créer une Journée Internationale de la Femme s'adressant aux travailleurs a correspondu à la nécessité de donner une forte impulsion à la lutte organisée des ouvrières, à une époque où l'entrée massive des femmes dans le travail en usine et le développement du mouvement communiste ont conduit à l'intensification de la lutte des femmes pour de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires et pour des droits sociaux et politiques.

 

Le mot d'ordre de la première commémoration a été réitéré lors de la conférence qui a proclamé la Journée Internationale de la Femme: « (…) le suffrage universel, accordé à toutes les femmes majeures sans condition liée à la propriété, ni à l'impôt, ni au niveau d'instruction, sans toutes les autres conditions qui excluent les membres de la classe ouvrière de la jouissance de ce droit » [Résolutions de la Conférence Internationale des Femmes Socialistes, ténue à Copenhague le 25 et 26 août 1919, et communiquées au Congrès Socialiste International]

 

Contrairement aux exigences des femmes bourgeoisies qui faisait de cette lutte « un objectif final », cette revendication centrale reposait sur les commentaires de Clara Zetkin sur la nécessité de mobilisation des ouvrières:

 

« (…) nous considérons sa conquête comme une étape hautement souhaitable de la lutte pour notre objectif final. Le droit de vote (…) arme des femmes prolétaires dans la lutte qu'ils mènent contre l'exploitation et la domination de classe pour réussir à être reconnues comme des êtres humains à part entière. Il leur donne le moyen de participer, de manière plus large, à la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, en vue de triompher du capitalisme et d'instaurer le système socialiste, seule solution au problème des femmes... » (discours prononcé au Congrès de Stuttgart de la Seconde Internationale, en 1907)

 

Le droit de vote pour toutes les femmes a intégré, dans les dernières décennies du XIXème siècle, les programmes des partis ouvriers [le Parti Ouvrier Français en 1879 – le SPO en 1888 le SPD en 1890, le Parti Bolchévique depuis sa fondation en 1903 – le Congrès de Paris de 1900 entérine le principe au sein de la Seconde Internationale] sous la forme de la revendication du suffrage universel pour les deux sexes. Mais en dépit des faits historiquement vérifiés, apparaissent d'abondantes vulgarisations selon lesquelles le mouvement ouvrier et révolutionnaire aurait « troqué » le droit de vote des femmes pour s'assurer la primauté du vote des ouvriers (hommes), ou que, d'autre part, cette revendication aurait été seulement portée par les féministes dites de la « première vague ».

 

Il est clair qu'il a existé une tentative de « troc », patronnée non pas par les partis révolutionnaires mais par certains partis réformistes, au Congrès de Stuttgart de la IInde Internationale (1907), position qui fut combattue par Clara Zetkin et Lénine:

 

« (…) Le Congrès a rejeté inconditionnellement cette proposition et s'est déclaré favorable à ce que les travailleurs fassent campagne, non pas avec les bourgeoises des droits des femmes, mais avec les partis de classe du prolétariat. Le Congrès a reconnu que, en ce qui concerne la campagne pour le suffrage féminin, il sera nécessaire de maintenir pleinement les principes du socialisme et de l'égalité des droits pour les femmes et les hommes sans dénaturer ces principes sous des pressions opportunistes... »

 

Les divergences existantes entre le mouvement des femmes prolétaires et les bourgeoises reflètent un antagonisme de classe. Le vote des « dames » ne signifiait que la fin des privilèges des hommes de la même classe et ne modifiait en rien les rapports de pouvoir entre les classes, comme en témoignent les positions de plusieurs féministes de renom qui, dans de nombreux pays, tout en étant favorables au vote des femmes, limitaient ce droit à certaines catégories sociales, ou seulement aux propriétaires, en excluant les femmes ouvrières.

 

Au Portugal, les positions de Ana de Castro Osório, républicaine, fondatrice de l'Association de Propagande Féministe et défenseur du vote restreint qui discriminait la majorité des femmes (9), révèlent un schéma significatif des intérêts des femmes de la classe dominante. L'antagonisme de cette féministe républicaine était également « naturel » dans d'autres domaines. Par exemple, lors de la grève des ouvrières de la conserverie de Setúbal, en mars 1911, avec la répression sanglante orchestrée par la Garde Nationale Républicaine dans l'usine Costa et Carvalho et qui a causé la mort de deux ouvriers, une femme et un homme, la célèbre féministe a défendu l'intérêt de la propriétaire de l'usine, sœur de Paulino de Oliveira, son mari et républicain bien connu. La grève pour l'augmentation des salaires revendiquée par les ouvrières a été condamnée par Ana de Castro Osório, avec de tristes commentaires dans « Féminisme. Réponse à une ouvrière », article publié dans le journal, propriété de son mari, où elle écrivait d'innombrables chroniques et articles issue de ses thèses féministes. Le féminisme anti-ouvrier de Ana de Castro Osório a été également belliciste et s'est fait connaître pour son soutien ardent en faveur de la participation portugaise à la Première guerre mondiale.

 

Au début du XXème siècle, dans un contexte de grand antagonisme social, au Portugal comme dans d'autres pays, la poignée de femmes (et d'hommes) féministes qui ont fait leur la nécessité de réformes pour l'amélioration de la condition des femmes, ont défendu avant tout leur intérêts de classe, faisant obstacle aux transformations sociales revendiquées par les femmes travailleuses unies aux masses populaires. Et la jeune République, en qui avaient été placés de grands espoirs, n'a même pas été capable de garantir l'égalité des droits politiques entre femmes et hommes.

 

En ce centenaire de la Révolution de 1910 qui a instauré la République, bourgeoise et libérale, il convient de rappeler que toutes les féministes républicaines, et maçonniques, ne constituent pas de véritables exemples de défense des droits des femmes, et qu'il est nécessaire de s'opposer à « l'image idéalisée sans rapport avec la réalité concrète d l'intense lutte de classes qui a marqué les 16 ans de son existence ».


 

La Révolution d'Octobre


 

La Journée Internationale des Travailleuses, animée par les femmes du Parti Bolchévique, a été célébrée pour la première fois, en 1913, à Moscou et à St-Petersbourg mais, l'année suivante, les préparatifs furent interrompus par la police et ses animateurs incarcérés, ce qui rendit impossible la célébration.

 

Le 23 février 1917 du calendrier grégorien (8 mars du calendrier julien), les ouvrières russes manifestent à St-Petersbourg pour demander du pain, le retour des maris envoyés au front, la paix et la République. La grève s'étend rapidement à tout le prolétariat, se transforme en une insurrection et au bout de cinq jours, le tsarisme russe est renversé.

 

Avec la victoire de la Révolution Socialiste d'Octobre, le pouvoir soviétique installé, Lénine a souligné le rôle des femmes dans la victoire de cette révolution: « Sans elles, nous n'aurions pas vaincu, ou nous n'aurions remporté qu'une demi-victoire » (Souvenirs de Lénine par Clara Zetkine). En 1918, Alexandra Kollontai conduisit les commémorations de la Journée Internationale des Travailleuses avec un hommage aux ouvrières de St-Petersbourg.

 

Un des premiers actes du jeune pouvoir soviétique, sur le plan législatif, fut l'affirmation de l'égalité totale de l'homme et de la femme, et de nombreuses aspirations et revendications émancipatrices des femmes ont trouvé pour la première fois une expression dans la vie réelle, ont eu une répercussion mondiale et sont devenues un étendard pour la lutte des femmes de tous les continents.

 

La fondation de l'Internationale Communiste, en 1919, a déterminé une nouvelle impulsion dans les formes d'organisation de la lutte des femmes pour leurs droits et pour la transformation sociale. Si d'une part, dans la Russie des Soviets, l'égalité de droits fut inscrite immédiatement dans la nouvelle législation, il fallait entreprendre une nouvelle étape dans la construction de la nouvelle société, en favorisant une plus large participation des femmes. D'autre part, il s'agissait aussi d'organiser la lutte des femmes dans les pays capitalistes (et dans les pays envahis ou colonisés), qui selon les termes de Lénine devrait « (…) mettre fortement l'accent sur le lien indissoluble qui existe entre la situation sociale et humaine de la femme et la propriété privée des moyens de production. Cela permettra de tracer la ligne claire, la ligne indélébile qui nous sépare du féminisme bourgeois. Cela fournira, par ailleurs, la base d'une conception de la question féminine comme partie intégrante de la question sociale, de la question ouvrière, et (…) qui la lie solidement à la lutte des classes prolétaires et à la révolution » (Souvenirs de Lénine par Clara Zetkin).

 

En 1921, à l'occasion de la Seconde Conférence des Femmes Communistes, ont été discutées les thèses sur les Méthodes et les Formes de Travail entre les Femmes des Partis Communistes, plus tard présentées par Clara Zetkin au Congrès de la IIIème Internationale Communiste. L'organisation annuelle de la Journée Internationale de la Femme a été définie comme une des fonctions des organismes responsables du travail parmi les femmes. Il a été également de décider de fixer la date du 8 mars pour la célébration de la Journée Internationale des Travailleuses.


 

Les années de la guerre et du fascisme.


 

En Europe, en 1915 et 1916, la guerre et la répression policière dans presque tous les pays a rendu quasiment impossible toute célébration de masse et légale. En 1915, Clara Zetkin a appelé les femmes des pays non-belligérants à manifester en faveur de la Paix lors de la Journée Internationale de la Femme et, ce même mois, elle organisait à Berne une Conférence Internationale des Femmes pour la Paix. En Norvège, Alexandra Kollontai réussit alors à organiser une manifestation contre la guerre, à Christiana, aujourd'hui Oslo.

 

Dans les années précédant la seconde guerre mondiale, furent fondées dans le monde entier diverses organisations de femme qui, avec les organisations syndicales, ont donné sens aux célébrations de la Journée Internationale de la Femme. Le 8 Mars fut, en de nombreuses occasions, un moment emblématique utilisée par les femmes pour, de manière organisée, protester contre la guerre, le fascisme, pour la paix, pour leurs droits comme travailleuses. Ce fut aussi un prétexte pour, dans des actes clandestins, renforcer les organisations spécifiques de femmes et, à travers elles, organiser des réseaux clandestins de solidarité et de soutien aux armées libératrices ou aux prisonniers politiques.

 

En 1934, est créé le Comité Mondial des Femmes contre la Guerre et le Fascisme lors de la Conférence Mondiale des Femmes, qui a réuni 1300 déléguées. Lors de la Journée Internationale de la Femme, en 1936, la dirigeante du Parti Communiste d'Espagne, Dolores Ibarruri prit la tête d'une manifestation de 200 000 femmes contre le fascisme, et la même année est créée, au Portugal, l'Association Féminine pour la Paix, rassemblant les femmes qui luttent pour la paix et pour les droits des femmes, comme Francine Benoit, Isabel Aboim Inglez, Manuela Porto et Maria Alda Nogueira.

 

Lors d'une réunion semi-clandestine, réalisée à Londres le 8 mars 1945, quelques mois avant la capitulation nazie (Mai), des femmes préparaient déjà la formation de ce qui serait leur organisation la plus combative, la Fédération Démocratique Internationale des Femmes, qui fit de la Journée Internationale de la Femme une journée mondiale d'action des femmes pour leurs droits, contre toutes les formes de discrimination.

 

Au Portugal, malgré la répression fasciste, la Journée Internationale de la Femme est marquée par les femmes communistes en 1953, et en 1962, est réalisée, à Porto, la première grande manifestation du 8 mars.


 

L'occultation et la réécriture de l'histoire


 

En raison de son caractère révolutionnaire profondément lié à la lutte des travailleuses, les célébrations de la Journée Internationale de la Femme furent interdites dans la majorité des pays, et son histoire fut particulièrement occultée et dissimulée des annales de l'historiographie bourgeoise (ou féministe) pendant des décennies, ne pouvant pourtant reprendre l'excuse (bien faible) de l'absence de sources ou de documents.

 

Concernant la « véritable origine historique » du 8 mars, beaucoup de textes ont été (ré)écrits, à partir d'un certain type de recherche, dont l'objectif s'est centré non seulement sur la tentative d'effacer l'origine révolutionnaire et communiste de la Journée Internationale de la Femme, mais surtout sur la construction d'une conception erronée selon laquelle le 8 Mars aurait connu une « renaissance » avec une nouvelle vitalité et un nouveau sens en 1970, comme si pendant six décennies il n'y avait eu aucune célébration, comme si pendant des décennies les femmes avaient renoncé à la lutte. Au Portugal, ces idées largement diffusées ont comme principal objectif de cacher le rôle des femmes communistes et du PCP « la force la plus éclairée, la plus conséquente dans la lutte pour l'émancipation des femmes et dont la lutte tout au long de son existence se confond avec la lutte des femmes travailleuses » [Le PCP sur les droits de la femme, Ed.Avante, 2008]

 

La tentative continue de dissimuler l'étroite relation entre les importantes conquêtes obtenues au XXème siècle et la lutte des travailleuses, du mouvement des femmes (dans ses différentes expressions), et de l'action du mouvement ouvrier et du mouvement communiste, en y opposant l'exaltation de figures individuelles historiques féministes ou la tenue d'actes symboliques. Cette première décennie du XXIème siècle, comme celle du début du XXème siècle, est marquée par un stratagème identique – toujours quand les antagonismes de classe s'aiguisent ressurgit avec une plus grande intensité le rôle d'acteur historique attribué à des « nouvelles » héroïnes associé à la conception d'une certaine « fraternité féminine ». Les femmes ne forment pas une classe sociale ou un groupe socialement homogène, elles constituent avant tout un groupe social hétérogène du point de vue de classe, c'est pourquoi il est indispensable de dénoncer les grands fantasmes autour d'une « communauté des femmes ».


 

L'actualité des commémorations du 8 Mars


 

En ce centenaire de la proclamation de la Journée Internationale de la Femme, il est important de démontrer la relation historique étroite entre la lutte des femmes travailleuses pour leur émancipation politique, économique et sociale. Une journée qui depuis sa création a été animée par le mouvement révolutionnaire qui s'en est emparé comme d'un jour de lutte des femmes pour leurs droits, contre toutes les formes de discrimination, un symbole internationaliste et de solidarité entre les femmes du monde entier.

 

S'il est vrai que l'institutionnalisation du 8 Mars par l'ONU (1975) a fini par dissiper la matrice originelle, ouvrière et révolutionnaire, son symbole doit survivre aux cérémonies futiles et à la rhétorique creuse qui entourent actuellement les commémorations officielles, marquées par la visibilité exclusive des gouvernements et des organisations inter-gouvernementales, par l'occultation délibérée des célébrations d'origine plus authentique, ou populaire, et des demandes des organisations de femmes plus conséquentes. C'est un défi qui est posé au présent et à l'avenir aux organisations de femmes travailleuses et progressistes et aux forces révolutionnaires qui les soutiennent.

 

Dans un contexte de modification du rapport de forces et de violente offensive du capitalisme néo-libéral et impérialiste, qui intensifie l'exploitation, l'oppression, le militarisme et la guerre, et d'affaiblissement conjoncturel des mouvements et organisations de femmes, on assiste à une offensive politique prolongée contre les droits des femmes appuyée par une offensive idéologique qui a progressé sans de nombreux revers.

 

Avec un fort appui médiatique, l'idéologie dominante a réussi à faire passer l'idée de célébration du 8 Mars comme un jour des femmes « en général » unies pour des causes « communes », sans distinction d'intérêts ou de classe, mais la vérité c'est qu'il « n'est pas possible de transformer radicalement la condition des femmes sans abolir le mode de production capitaliste, ni de réussir pleinement l'objectif de transformation de la condition sociale des femmes des classes travailleuses, ni de concrétiser l'ensemble de leurs droits économiques, sociaux, politiques et culturels » [Le PCP sur les droits de la femme, Ed.Avante, 2008].

 

Dans cette première décennie du XXIème siècle, l'actualité du 8 Mars découle non seulement de la célébration d'un patrimoine historique de lutte, symbolisé par le désir de justice de générations de femmes exploitées, soumises et infantilisées, mais surtout parce que le chemin fut, et est toujours, celui de la lutte collective et de classe, faisant de la lutte des femmes et de leurs revendications spécifiques un élément enrichissant la lutte commune, celle pour la transformation sociale et la construction du socialisme.

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Réflexions
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