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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 07:34

tuzla-drapeau.jpgEn Bosnie, au-delà des divisions ethniques, les travailleurs des entreprises privatisées se révoltent dans un pays bradé au FMI et à l'UE !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Que se passe-t-il en Bosnie ?Vingt ans après une guerre fratricide, le pays connaît une révolte inédite dans un pays privatisé, bradé pour les intérêts d'une clique qui instrumentalise nationalisme et islamisme afin de mieux masquer leur allégeance au consensus néo-libéral.



Depuis ce mercredi 5 février, la Bosnie s'est embrasée. Des manifestations d'ouvriers mis au chômage dans la ville industrielle de Tuzla, puis une vague qui s'est emparée des villes de Zenica, Banja Luka, Mostar et Sarajevo, où le siège du gouvernement fédéral a été brûlé ce vendredi.



Certains parlent déjà de « printemps bosnien », d'autres de « révolte citoyenne ». La désorganisation des manifestations, les violences anarchiques menées par des supporteurs de football instrumentalisées par le pouvoir pour légitimer la répression, peuvent inciter à la prudence.



Mais la colère est grande, les promesses de l'indépendance trahies dans un pays où on compte 44 % de chômeurs (57 % pour les moins de 25 ans), un tiers de pauvres et qui perdu 600 000 personnes depuis l'indépendance, contraintes à l'exil sur cette terre de misère.



La révolte des ouvriers de Tuzla est significative dans un pays miné par vingt ans de fausses divisions ethniques, de terreur sociale sur fond de chômage de masse, et de privatisation d'un pays bradé à une clique de kleptocrates vassalisés aux seigneurs américains et européens.



A Tula, dernier vestige du multi-culturalisme en Bosnie, bastion industriel du pays, les cinq principales entreprises publiques ont été privatisées entre 2000 et 2008 : Dita (sel), Polihem (chimie), Guming (gomme), Konjuh (meubles), Aida (chaussures).



Dans toutes ces entreprises, les nouveaux propriétaires ont racheté les usines, vendu les biens mobiliers et immobiliers, cessé de payer les travailleurs et préférer se déclarer en faillite, poussant au chômage plusieurs milliers de travailleurs. Comment en est-on arrivé là ?



« Tout privatiser » dans le nouveau far-west bosnien : un patrimoine public bradé, le paradis des multi-nationales



A la fin de la « guerre civile », on estime que 100 à 200 000 bosniaques ont péri, la quasi-totalité des infrastructures sont détruites (40 % des ponts, 35 % des routes ...), des dégâts estimés entre 10 à 40 millions de $, soit deux à quatre fois le PIB du pays avant la guerre.



Dans un pays qui a vu son PIB divisé par 5 entre 1991 et 1996, la destruction-reconstruction a été la condition macabre de la relance de la croissance après la guerre, les prêts du FMI ont permis de financer des contrats juteux pour les entreprises locales et internationales.



Après son indépendance, la Bosnie a été placée sous la dépendance du FMI qui nommait le gouverneur de la Banque centrale bosniaque (!), tandis que la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) pilotait le programme de privatisation.



L'Agence de privatisation bosniaque a fixé un programme simple : « Tout privatiser », dans un pays où en 1991, dans l'ex-Yougoslavie 1 200 entreprises publiques contrôlaient les grands services publics et l'industrie lourde (même si 90 % des 26 000 entreprises étaient privées!).



Les élites bosniaques ont privatisé petit bout par bout, suscitant parfois l'impatience du FMI et de la Banque mondiale. D'abord les petites entreprises (1995-1999), puis les banques (1999-2000), l'industrie lourde (2000-2010), enfin les secteurs stratégiques (2010-2014).



La liste est longue des entreprises privatisées : aujourd'hui 100 % du secteur bancaire est privatisé et sous la coupe du capital étranger (autrichien, allemand), l'industrie lourde est vendue au capital étranger, comme le groupe métallurgique RMK Zenica racheté par Arcelor-Mittal.



Pour 2014, le gouvernement bosniaque a mis en vente des entreprises stratégiques, déjà ouvertes au capital étranger, où l'Etat est déjà souvent minoritaire : RMK Zenica, Bosnian Airways, Energopetrol (pétrole), BH Telecom ou la Fabrique de tabac de Sarajevo.



Bosnaljek est un autre cas tragique. Ce groupe pharmaceutique est un des seuls à dimension internationale, opérant dans 22 pays. Il appartient désormais à un fonds d'investissement croate.



Ce monopole privatisé fait ses profits sur le malheur du peuple bosnien : les Bosniaques dépensent en moyenne 90 $ par tête et par mois (un cinquième du salaire moyen!) pour les médicaments destinés à soulager les troubles mentaux, un record.



Quant à Aluminij, un des rares groupes bosniens « compétitifs », il appartenait encore à 44 % à l'Etat, 44 % aux « salariés ». L'aluminium est le premier secteur d'exportation de la Bosnie.



L'Etat a décidé de vendre ses parts et celles des salariés (donc 88 % du capital) pour 80 millions d'€ … alors que le groupe a engrangé l'an dernier 550 millions de revenus !



Les privatisations ont fonctionné comme une grande duperie populaire. Comme en Russie, en République tchèque, les entreprises privatisées ont émis des « bons » (vouchers) remis aux salariés, pour les faire participer au projet, correspondant à des supposées parts de l'entreprise.



Confrontée à une misère galopante, la valeur ridicule des parts, les salariés se sont empressés de les vendre à quelques entrepreneurs qui ont récupéré l'essentiel du capital : une maquette de la loterie du capitalisme, tout le monde a sa chance mais ce sont toujours les mêmes qui gagnent à la fin !



Pour les « élites » bosniaques, il fallait tout privatiser, mais en échelonnant ce programme : il fallait d'abord détourner les fonds des entreprises publiques les plus rentables, pour pouvoir racheter les autres, et enfin privatiser les « joyaux de la couronne » pour tout rafler !



La Bosnie est un nouveau far-west, comme doit le reconnaître le Commissaire européen à l'élargissement, Stefan Fule, le pays est caractérisé, je cite par « une politisation du secteur public, un haut niveau de corruption, la passivité face au détournement de fonds ».



Et pourtant, la Bosnie est toujours l'élève modèle du FMI qui lui a accordé un plan de 1,2 milliards d'euros en 2009, de 800 millions d'euros en 2012 pour achever les « réformes structurelles ».



Il faut dire que la Bosnie est le paradis des multi-nationales : le pays connaît une « flat tax » pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés de 10 % (un record européen), un taux de cotisations sociales patronales de 10 %.



L’État garantit des exonérations fiscales totales si une entreprise exporte plus de 30 % de ses produits ou investit au moins 20 millions de mark en Bosnie : un énorme avantage pour nombre de grosses d'entreprises, ce qui fait de la Bosnie un paradis fiscal de fait au cœur de l'Europe !



L'islamisme bosnien, de la collaboration nazie au néo-libéralisme atlantiste



Mais qui sont ces élites kleptocrates qui s'enrichissent sur le dos du peuple bosniaque, qui vendent leur pays au capital étranger ? Ce sont les acteurs de la division de la Yougoslavie, les semeurs de haine religieuse et ethnique : les dirigeants du Parti d' Action démocratique (SDA).



D'où vient ce parti qui revendique fièrement son appartenance au « Parti populaire européen », ce symbole d'adhésion au néo-conservatisme, aux valeurs religieuses hypocrites professées par ses membres, à l'intégration à l'Europe supra-nationale.



Son histoire se confond avec celle d'Alija Izetbegovic qui a participé à la 'belle histoire' de l'islamisme yougoslave des années 1940 aux années 2000.



C'est à 16 ans qu'Izetbegovic participe à la fondation des « Jeunes Musulmans » (Mladi muslimani), une organisation calquée sur les Frères musulmans. On est en 1940, l'année d'après la Youglosavie est envahie par l'Allemagne nazie, dissoute, démantelée entre Serbie, Croatie et Monténégro.



L'Allemagne nazie peut compter sur l'organisation fasciste croate des Oustachis ainsi que sur les Jeunes musulmans bosniaques pour mener la chasse aux partisans yougoslaves, aux Juifs des Balkans et pour semer la terreur dans les campagnes bosniaques.



Sous l'égide du Grand mufti de Jérusalem, Hafj Amin al Husseini, sont organisés des bataillons bosniaques islamistes – auxquels participe Izetbegovic – la fameuse division Waffen-SS Handjar, qui allie la croix gammée au cimeterre des moudjahiddines.



A la libération, le nouveau pouvoir communiste condamne le collaborateur Izetbegovic à 3 ans de prison. Il se fait oublier, ré-active les réseaux islamistes de la guerre puis publie en 1969 la « Déclaration islamique », un manifeste totalitaire, au sens où Mussolini valorise le concept « totalitaire » pour qualifier l’État fasciste (« tout est dans l’État, rien en dehors »).



En effet, dans ce Manifeste, Izetbegovic proclame que « tout est religion », et la « fusion entre État et religion ». Il y affirme que son but est « l'introduction de l'Islam dans tous les domaines de la vie des individus, dans la famille et dans la société » ajoutant que « le Musulman n'existe pas en tant qu'individu indépendant ».



Si Izetbegovic proclame l'impossibilité d'instaurer un « État islamique » dans un pays qui n'est pas à majorité musulmane, il y prétend aussi l' « impossible coexistence pacifique entre religion islmaique et institutions non-islamiques » d'où la glorification du djihad contre les infidèles.



Ce manifeste a un impact limité, mais suffisant pour animer un renouveau du mouvement islamiste en Bosnie. Le pouvoir yougoslave, chancellant après la mort de Tito, décide de lancer un procès contre lui en 1983 et le condamne à 13 ans de prison sous motifs : « action contre la fraternité et l'unité, l'égalité entre nations, en vue de détruire la République socialiste de Yougoslavie ».



Les faits montreront la justesse de cette condamnation. En 1990, Izetbegovic profite de l'instauration du multi-partisme pour créer le fameux Parti d'Action démocratique (SDA). Il bénéficie alors d'une cote inédite en Europe et aux États-Unis, celle de l'« islamiste modéré » (sic).



Pourtant, Izetbegovic ne parvient pas à imposer son agenda néo-conservateur islamiste en Bosnie. En 1990, il est battu aux élections présidentielles par Fikrat Abdic, leader musulman modéré, favorable au maintien de l'unité de la Yougoslavie bien que membre du SDA.



Izetbegovic parvient de manière anti-démocratique à faire démettre Abdic par son propre parti et à le remplacer comme Président de la Bosnie. Un coup d’État sanctionné en 1992 d'une déclaration d'indépendance uni-latérale après un référendum démocratiquement gagné à … 99,5 % !



L'enchaînement des événements est limpide pour Izbetgevoic : seul un État à majorité musulmane peut imposer l' « Ordre islamique », ce qui n'est pas possible dans la Yougoslavie le sera dans la Bosnie indépendante, quitte à payer le prix du sang.



Sauf que la Bosnie était encore un Etat à minorité musulmane (à 44 %). La prochaine étape était le nettoyage ethnique, fomenter la guerre civile ethnique, dans un conflit fratricide où le but commun des nationalistes serbes, croates, bosniaques était la création d’États « ethniquement purs ».



Pendant la guerre civile, les nationalistes islamistes bosniaques vont accueillir plusieurs milliers de moudjahidin albanais, afghans, algériens financés par de l'argent saoudien et des Émirats.



Ils forment le noyau de la sinistre 7 ème Brigade musulmane qui brilla par ses atrocités. Izetbegovic va même recréer la « division Handjar », un hommage à la fameuse division de la SS à laquelle il a participé pendant la Seconde Guerre mondiale.



Son projet n'est pas sans contradictions, jusque dans son propre camp.



La co-existence d'un nationalisme bosniaque n'est pas limpide avec celle de l'allégeance à l'umma islamique, celle de la défense de traditions islamiques complètement ré-inventées à concilier avec l'adhésion aux valeurs matérialistes de la révolution néo-conservatrice anglo-américaine.



Mais ce grand écart apparent, Izetbegovic va l'imposer. Cela passera d'abord par un Etat inexistant, divisé en deux républiques, laissant les « services sociaux » au secteur privé, à la religion, à la famille, cultivant le nationalisme xénophobe … pour mieux vendre le pays aux États-Unis, à l'Allemagne et à l'Arabie saoudite.



OTAN, Mark, FMI, Union européenne : un pays indépendant plus que jamais dépendant !

La Bosnie, une « expression géographique » ? En tout cas, un Etat qui n'avait plus de réalité depuis près de six siècles, une mosaïque de peuples et de religions qui avait co-existé plutôt pacifiquement sous l'Empire ottoman, l'Empire austro-hongrois puis la Yougoslavie socialiste.



Loin de l'image fausse maintenue par les nationalistes, la Yougoslavie de Tito avait ancré la liberté religieuse, le multi-culturalisme égalitaire, la « fraternité et l'unité » (bratstvo i jedinstvo),encourageant la discrimination positive dans l'administration et les mariages mixtes.



Dans la Bosnie socialiste, à Mostar ou Sarajevo, les mariages mixtes comptaient pour plus de 30 % des Unions. Sous la Bosnie islamiste, les mariages mixtes furent condamnés, les « bâtards » mis au ban de la société, les amoureux maudits victimes des fatwas du Grand mufti.



Alors, cette fameuse « Bosnie indépendante », à quoi ressemble-t-elle ? A une féodalité vassalisée aux suzerains américain, allemand et saoudien.



On sait désormais que l'Allemagne (la RFA) a poussé de façon criminelle en 1990 pour forcer la sécession des Républiques yougoslaves – triomphant des réticences américaines et françaises – dans le but d'élargir sa sphère d'influence dans son vieux rêve, repris par les Nazis, de Mitteleuropa.



Symbole fort de la reconnaissance-vassalisation de la Bosnie envers l'Allemagne : l'adoption en 1995, à la place du dinar, du Mark allemand comme monnaie de référence. Encore aujourd'hui, si l'Allemagne a adopté l'Euro … la Bosnie a gardé le Mark !



La soumission de la Bosnie 'indépendante' aux Etats-unis, la récompense pour les « Accords de Dayton » de 1995, l'intervention des troupes de l'OTAN en faveur des hommes d'Izetbegovic : c'est le processus d'intégration de la Bosnie dans l'OTAN, encouragé par la Turquie évidemment.



En 2006, la Bosnie signe le « Partenariat pour la paix » (sic), instrument privilégié d'extension de l'OTAN dans l'ex-bloc communiste, puis en 2010 rentre dans le processus d'accession à l'OTAN … envoyant en même temps un contingent en Afghanistan, aux côtés des troupes américaines.



Enfin, allégeance aux bailleurs de fonds saoudiens, émiratis qui financent à coups de milliards des mosquées, des écoles coraniques, des bourses d'étude et introduisent une version fondamentaliste salafiste d'un Islam qui avait baigné en Bosnie dans un climat laic, syncrétique et multi-culturel.



Pour quel résultat ? La Bosnie est moins que jamais un Etat indépendant, plus que jamais une terre de misère, dépendante de l'étranger. Le pays a vu son agriculture ravagée, son industrie démantelée, ses services publics pillés.



Aujourd'hui, 44 % de la population est au chômage, un tiers dans la pauvreté. En 2003, 71 % des jeunes bosniaques déclaraient être prêts à quitter le pays si on leur en donnait l'opportunité. Le pays a perdu 600 000 âmes depuis l'indépendance. Quel avenir pour la « nation bosniaque » !



La souveraineté est un vain mot quand le déficit commercial avoisine les 30 % du PIB : 10 milliards de $ d'importations et 5 milliards d'exportation, pour un PIB de 17 milliards. A titre de comparaison, la Grèce a un déficit commercial de 4 % du PIB, la France de 2 % du PIB.



Des chiffres colossaux qui alimentent la hausse de la dette passée de 29 à 45 % entre 2006 et 2012, sert de prétexte à l'adoption des « réformes structurelles » du FMI : coupes dans les allocations sociales, baisse des salaires et retraites, privatisations.



Le pays devient de plus en plus dépendant de ses partenaires commerciaux : d'abord l'Allemagne (1 er débouché, troisième fournisseur), la Croatie (2 ème débouché, 1 er fournisseur) et l'Autriche (le 1 er investisseur qui contrôle notamment le secteur bancaire).



C'est dans le contexte de cette dépendance accrue envers ses « partenaires » européens que la Bosnie a signé l'Accord d'association avec l'Union européenne en 2009, un traité de libre-échange qui ouvre le marché bosniaque aux produits croates, allemands ou autrichiens, sans taxes



ce qui ne fait bien sûr que renforcer sa dépendance extérieure, continuer de couler les industries bosniaques faiblement « compétitives », accélérer le bradage du patrimoine public aux investisseurs capitalistes allemands ou autrichiens.



 

Les ouvriers de Tuzla ont bien raison quand ils dénoncent ce « gouvernement des voleurs ». La Bosnie d'Izetbegovic a volé le patrimoine public, volé leur emploi, volé leur patrie, volé un rêve, celui de la Yougoslavie : un État socialiste, multi-culturel, de « fraternité et d'unité ».

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Yougoslavie
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