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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 23:36

Au-delà de la dyarchie euro-dollar. Dix thèses sur la crise, l'hégémonie monétaire et l'impérialisme



de Vladimiro Giacchè, économiste italien



sur le premier numéro de 2009 de Marxismo Oggi



Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



1) A l'origine de la crise se trouve une énorme sur-production de capitaux et de marchandises



Sur les causes de la crise actuelle, tout a été dit. Des banquiers avides, des acheteurs de maisons 

naïfs, des agences comptables étourdies ou corrompues: tout ou presque a été remis en question. Tout, sauf ce qui est vraiment important. La finance déréglementée et le crédit facile, qui sont devenus le bouc émissaire commode (ainsi qu'un défouloir) pour les analystes et les spécialistes des questions économiques, ne sont pas la cause de cette crise. L'énorme explosion de l'endettement à l'échelle mondiale qui a précédé l'explosion de la crise (avec des actifs financiers qui en 2007 avaient dépassé les 350% du PIB Mondial) a permis d'atteindre trois objectifs: 1) il a permis de construire des produits financiers (tels les cartes de crédit, mais aussi les prêts subprimes) à travers lesquels, en particulier dans les pays anglo-saxons, les travailleurs qui gagnaient moins qu'avant ont pu continuer à consommer comme avant; 2) il a maintenu à flots des entreprises menacées de faillite (grâce à des crédits obtenus à des taux extrêmement favorables); 3) il a offert un échappatoire avantageux à des capitaux qui fuyaient l'emploi industriel désormais trop peu profitable. En d'autres termes: la finance n'est pas la maladie. C'est la drogue qui nous a permis de ne pas nous rendre compte des syptômes. Et aboutissant à son amplification dans le temps et à son intensification. La maladie, donc la crise de la surproduction de capitaux que de marchandises, s'est finalement manifestée avec violence à l'été 2007, et prend désormais toutes les caractéristiques d'une véritable « crise générale » qui touche au moins tout l'Occident Capitaliste, si ce n'est le monde entier.

 



2) L'hégémonie du dollar est un élément fondamental du mécanisme qui a emmené à la crise actuelle.



Mais qu'est-ce qui a permis ce crédit facile? Répondre à cette question est très simple: la politique monétaire expansive de la FED états-unienne, qui est entrée en action à plusieurs reprises. Cette politique monétaire a favorisé la création de la bulle de la nouvelle économie (1999-2000), elle a joué un rôle clé dans la lutte contre la récession de 2001 (avec l'excuse du 11 septembre – alors que la récession avait déjà commencé depuis mars 2001), et puis elle a accompagné la bulle immobilière jusqu'à que celle-ci explose en 2006. Ce qu'il faut retenir, c'est que cette politique a été rendue possible par une caractéristique unique du dollar: son statut de monnaie internationale de réserve, le fait qu'elle continue à être « la monnaie mondiale » en dépit de la fin de la convertibilité-or (1971) et d'une balance commerciale négative depuis 1976. Seulement ce « privilège exorbitant » du dollar, lié en particulier au paiement en dollar des matières premières (surtout énergétiques) a permis aux Etats-Unis de continuer à attirer des capitaux tout en pratiquant une politique de taux d'intérêts bas. Tout autre pays que les Etats-Unis qui consommerait plus qu'il ne produirait, aurait payé cette politique monétaire par une crise de l'endettement comme celles que subissent la plupart des pays émergeants.



3) Le dollar n'est plus le maître incontesté de la scène monétaire mondiale...



La suprématie du dollar toutefois, depuis une dizaine d'années, n'est plus une domination incontestée. Avec l'entrée sur la scène mondiale de l'euro, le dollar a pour la première fois dans son histoire un rival redoutable. C'était précisément cet objectif que poursuivaient ceux qui ont voulu l'euro. Lisons Guido Carli, qui était parmi les négociateurs italiens du traité de Maastricht: « La réalisation du traité de Maastricht signifierait enlever aux Etats-Unis presque la moitié du droit de seigneuriage monétaire dont ils disposent (…) L'Union Economique et Monétaire préfigure la naissance d'un instrument monétaire de réserve internationale qui peut potentiellement supprimer une bonne partie du pouvoir d'attraction que revêt encore aujourd'hui le dollar, en l'absence d'alternatives valables. Conquérir ce droit de seigneuriage signifie aussi acquérir la capacité d'attirer les capitaux, les ressources, de participer en position de force à la distribution mondiale du travail et du capital ». La création même de l'Euro est tout simplement en soi un projet impérialiste: c'est la tentative d'opposer à l'impérialisme américain un impérialisme européen naissant, qui s'exprime dans une zone monétaire autonome et qui serait en mesure de faire concurrence à la zone (initialement beaucoup plus vaste) du dollar. En fait, dans les dix années qui nous séparent de l'entrée en vigueur de l'euro, le dollar a perdu de nombreuses positions au profit de l'euro, et pas seulement. La rente de position du dollar s'est érodée dans plusieurs directions, comme le prouve entre autres la hausse de la cotation de l'or, qui de 2002 à aujourd'hui a plus que triplé sa valeur. La « guerre contre le terrorisme », et en particulier l'agression contre l'Irak, qui – et ce n'est pas un hasard – a rencontré l'opposition de la plupart des gouvernements européens, a représenté également un épisode de cet affrontement monétaire, dont un des objectifs était de s'assurer le paiement du pétrole en dollars.



4) … mais il maintient son rôle de valeur internationale de réserve



En tout cas le dollar, tout en se dépréciant (aussi à cause de l'augmentation de la dette publique liée aux dépenses militaires maintenues en Afghanistan et en Irak), ne s'écroule pas. Et cela aussi parce que le Japon et la Chine ont acquis massivement des bons du Trésor américains, et que le taux de change non-fluctuant entre le dollar et le yuan chinois permettent de maintenir une certaine stabilité des termes de l'échange pour le dollar (bien que déclinants quand même). De fait, la Chine a d'un côté vu sa propre balance commerciale renforcée par les exportations vers les Etats-Unis, de l'autre elle a contribué à maintenir la capacité de dépenser (c'est-à-dire de consommer) des citoyens américains à un niveau anormalement haut, en achetant des bons du Trésor américains, et donc en empêchant une dépréciation du dollar et le déclenchement d'une crise de l'endettement aux Etats-Unis.



5) La crise bouleverse les équilibres du système monétaire mondial et ajoute un nouveau front aux difficultés que connaît le dollar...



De manière paradoxale, en apparence seulement, la crise – qui trouve parmi ses causes la politique monétaire expansive des Etats-Unis rendue possible par ces acquisitions massives de bons du Trésor américains – met en évidence le désordre du système monétaire actuel et met définitivement en crise les équilibres monétaires existants. Avec les mots du gouverneur de la Banque centrale chinoise: « l'éclatement de la crise et sa propagation au monde entier reflètent la vulnérabilité intrinsèque et les risques systémiques inhérents à la configuration actuelle du système monétaire international ». Plus particulièrement, cela met en évidence le fait qu' « une valeur internationale de réserve (…) ne devrait pas être liée aux conditions économiques et aux intérêts nationaux d'un seul Etat ».



En ce sens, la crise met avant tout en péril la domination du dollar et son statut de valeur internationale de réserve. Ce front s'ajoute au débat, qui implique de nombreux pays producteurs de matière première, sur l'opportunité de fixer le prix des matières premières non plus par rapport à une seule devise, mais par rapport à un panier de devises. Il faut, en outre, mentionner les difficultés d'un contrôle géopolitique Américain sur les pays producteurs de pétrole, mises en évidence par la tournure loin d'être favorable prise par la guerre en Irak. Tout aussi important, le contrôle toujours plus faible des Etats-Unis sur sa zone traditionnelle d'influence économique et monétaire qu'est l'Amérique Latine, symbolisé par l'accord monétaire récemment signé entre la Chine et l'Argentine, qui permettra de signer en Yuan les transactions commerciales entre les deux pays. A tout cela, il faut ajouter les difficultés croissantes à financer les bons du Trésor américains (en janvier 2009, il y a eu des ventes nettes de bons du Trésor Américains à long-terme pour une valeur de 43 milliards de dollars), à tel point que cette même Réserve fédérale américaine s'est vue contrainte de les acheter directement.



6) …mais crée des problèmes tout aussi graves pour l'Euro



Si Sparte pleure, Athènes ne rit pas. D'abord parce que le problème de la dette publique croissante rapproche l'Union Européenne et les Etats-Unis. Ensuite parce que l'Europe de l'Est est une des régions les plus touchées par la crise, sachant que l'utilisation du levier de l'endettement a été massive dans ces pays. Presque tous les pays d'Europe Centrale et Orientale se trouvent en grave difficulté. Destinataires d'invest issements étrangers pour plus de 1000 milliards de dollars seulement en 2007 (près de la moitié de la demande mondiale globale), ces pays ont été surpris par la crise, et se sont retrouvés avec un énorme déficit commercial, un crédit interne en forte expansion et plus généralement des bulles immobilières considérables. Une dévaluation marquée des monnaies locales est déjà en cours en Hongrie, en Pologne, en Bulgarie, en Serbie, en République Tchèque, en Roumanie, et en Ukraine. La situation des pays baltes n'est pas différente.



La plupart de ces pays sont au bord d'une crise d'endettement, selon le scénario classique mis en scène tant de fois dans les économies émergentes: sortie rapide des capitaux étrangers du fait de la forte dette externe, forte dévaluation (qui cause une augmentation ultérieure de la dette externe), crise économique plus ou moins généralisée. Il est important de remarquer que, si ces risques se matérialisaient, seraient touchées en première ligne les banques de pays comme l'Autriche, l'Espagne et l'Italie, lesquelles – avec la Suisse et la Suède – représentent les principaux créanciers des économies Est-européennes. Mais, plus généralement, ce serait la convergence des monnaies locales vers l'euro et la stabilité politique de l'Union Européenne serait même soumise à des fortes tensions. La faiblesse de l'euro ces derniers temps, bien que les Etats-Unis se trouvent en crise profonde, trouve ici une de ses origines principales. Cependant, il est vrai que la crise actuelle pousse ses pays à accélérer le pas pour entrer dans la zone euro (récemment le FMI a même proposé que ces pays adoptent la monnaie unique même sans entrer formalement dans la zone euro, pour éviter les nécessaires contraintes budgétaires!). Le fait est que justement la crise éloigne ces pays de l'euro.



Aujourd'hui, en fait, est en train de devenir une réalité ce qui constituait historiquement l'épouvantail de l'Union Européenne: à savoir des chocs assymétriques (une crise qui touche plus certains pays que d'autres) et des différences de développement entre les économies qui s'accroissent plutôt qu'elles ne se réduisent. C'est déjà un fait accompli si nous comparons les pays de la zone euro avec eux qui se trouvent à sa périphérie. Et il est loin d'être exclu que cette même situation ne se reproduise à l'intérieur de la zone euro.



La vérité est que cette crise met impitoyablement en lumière les limites structurelles de la construction européenne: centrée sur les exigences des marchés de capitaux, et privée à cause de cela justement d'une politique économique commune (car il s'agissait de garder la possibilité pour les capitaux de choisir le pays à chaque fois le plus « intéressant »), elle est à l'origine de cet échec complet. Le désastre actuel est le résultat nécessaire d'une construction qui a recherché la « compétitivité » à travers la concurrence fiscale, l'attaque sur les droits des travailleurs et l'érosion progressive de l'Etat social. Dans la période d'aphasie actuelle, émergent ensuite des « solutions » proposées par les Etats-membres, avec des mesures non-coordonnées et non sans un contenu protectionniste explicite.



Tous ces éléments ont favorisé dans les derniers mois le dollar.



7) La crise et le désordre monétaire qui en a découlé ne renforce pas le bipolarisme euro/dollar



La crise a eu un impact très fort sur les taux de change. Par certains aspects, elle a pu donner l'illusion d'un renforcement du bipolarisme euro/dollar, par le biais de l'écroulement de nombreuses monnaies « secondaires ». Par exemple, elle a touché lourdement la livre sterling, ce qui marque sans doute pour elle, probablement, le début de la fin en tant que monnaie autonome: comme le démontre son effondrement tant par rapport au dollar que par rapport à l'euro – résultant de l'écroulement de son industrie financière et de la très forte hausse de l'endettement public devenue nécessaire pour la soutenir. Mais même certains projets d'union monétaire régionale ont été tout du moins ralentis par la crise: c'est le cas, par exemple, du projet de monnaie arabe du Golfe (qui a quand même une faiblesse structurelle causée par le lien trop fort de ses monnaies nationales avec le dollar).



Par contre, il y a des monnaies qui, par rapport au dollar et à l'euro, ont augmenté trop fortement, au point de choisir d'effectuer des dévaluations compétitives: c'est le cas du franc suisse. On doit aussi prendre en considération le retour de l'or, qui dans les derniers mois apparaît plus lié à la hausse de la dette publique en Europe et aux USA qu'à la faiblesse du seul dollar. Ce sont autant de signes qui annoncent le déclin d'un bipolarisme monétaire qui, jusqu'à il y a quelques années, semblait être l'avenir immédiat du système monétaire international. Le présage de Carli semble désormais hasardeux: l'euro ne réussira pas à partager avec le dollar le statut de monnaie internationale de réserve. Et non pas à cause de la force de la monnaie américaine, mais parce que de nouveaux acteurs entrent en jeu. Un notamment: la Chine.



8) L'attaque chinoise sur la suprématie du dollar, avec la proposition d'une réforme du système monétaire international, annonce un changement d'époque



C'est dans ce contexte que doit être insérée la proposition, avancée le 23 mars par le gouverneur de la Banque du Peuple chinois, d'une « réforme créative » du système monétaire international vers « une monnaie internationale de réserve avec une valeur stable, qui serait émise selon des règles précises et dont l'offre serait gérable », avec l'objectif de « sauvegarder la stabilité économique et financière au niveau mondial ». Les trois caractéristiques idéales indiquées sont justement le contraire de ce que représente aujourd'hui la monnaie américaine: une monnaie extrêmement instable, émises sur des bases discrétionnaires et offerte en quantité excessive, avec des effets déstabilisateurs. Il ne s'agit pas de rentrer dans les détails techniques de la proposition chinoise, centrée sur la création d'une valeur internationale basée sur les droits spéciaux de prélèvement (DSP) du Fonds Monétaire Internationale. Egalement parce que l'aspect important de la proposition n'est pas sa faisabilité concrète, mais le message lancé aux Etats-Unis et au monde: l'ère du dollar est finie. Le seul nouveau et véritable Bretton Woods, dont on a tant parlé à tort et à travers ces derniers mois, serait le suivant: une réforme du système monétaire international. Justement la grande question qui s'est posée dès le début de la crise. La proposition chinoise a rencontré tout de suite l'approbation de la Russie, et aussi de Chavez, qui a avancé une proposition intéressante (bien qu'intéressée): faire en sorte que la nouvelle monnaie internationale soit garantie (comme au temps de l'or), par les réserves pétrolifères. Le prix nobel Stiglitz s'est aussi exprimé en faveur d'une profonde réforme du système monétaire international.



9) Parallèlement, le rôle international du yuan se renforce



Pourquoi justement maintenant? Parce que la peur du gouvernement américain est grande, lui qui voit son endettement croître dans des proportions inquiétantes, pourrait décider de se sortir de la situation comme tant d'autres fois dans le passé: en dévaluant de manière drastique le dollar (ou franchement avec un défaut de paiement). Ce qui impliquerait une perte de valeur des dettes exprimées en dollars (à commencer par les 10 milliards de dollars de bons du Trésor en circulation), et aussi des réserves de dollar sdans les coffre-forts des banques centrales: et en particulier la Chine qui a plus de la moitié de ses réserves (d'une valeur de 2000 milliards de dollar) en dollars.



Mais la proposition de réforme de système monétaire international n'est pas la seule mesure avancée par la Chine. Nous avons cité ci-dessus l'accord monétaire avec l'Argentine, suivie dans les jours suivants par des accords analogues signés avec la Corée du Sud, la Malaysie, l'Indonésie, Hong Kong et la Biélorussie. L'objectif est clair: poser les bases pour la création d'une monnaie asiatique centrée sur le yuan et en mesure de faire concurrence au dollar et à l'euro. Du reste, cela fait déjà longtemps qu'on parle d'une Unité de Change Asiatique, analogue à l'ECU (l'ancêtre direct de l'euro).



10) Se profile un système monétaire international dans lequel les rapports entre les monnaies exprimeront le renversement des vieilles hiérarchies économiques. A moins que...



Il est probable que la crise actuelle aura, entre autres effets, celui de bouleverser les hiérarchies actuelles entre les monnaies. Dans l'abstrait, parmi les effets les plus prévisibles il y a la fin d'un véritable non-sens économique selon lequel c'est la monnaie du pays le plus endetté au monde qui est la principale monnaie internationale de réserve. Un seul petit problème vient compliquer le tableau: le pays le plus endetté au monde est aussi celui qui est de loin le plus armé. Ce n'est pas nouveau. Adolf Hitler a décidé de déclencher la Seconde Guerre Mondiale alors que son ministre des Finances, Hjalmar Schacht, lui communiquait que l'Allemagne était au bord de la banqueroute à cause de la dette accumulée et de la production excessive en matériel de guerre.



Site de l'Ernesto: http://www.lernesto.it/

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 17:00

Face à la machine de guerre de l'idéologie dominante...


(Titre original: Armas de Arremesso)


de Luis Carapinha, membre du département international du Parti Communiste Portugais


Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Les politiciens et les théologues du système nous assurent que le pire est derrière nous. A la limite, il y en a même qui nous certifient que, en fin de compte, le mal qui touche le monde se résumerait à un problème psychologique. Que nous avons besoin d'une attitude positive pour rétablir la nécessaire confiance dans le marché – dans la perennité du capitalisme – et pour éloigner les nuages noirs à l'horizon... notamment après l'injection massive de ressources financières étatiques, qui fait grimper de manière dangereuse l'endettement public des économies capitalistes.


En réalité, l'inquiétude est grande du côté des classes dominantes. La dépression promet d'être longue et les perspectives réelles de récupération économique assez nébuleuses. La survie du système reposant sur les rapports capitalistes actuels nécessite une plus grande centralisation et une plus grande concentration et, surtout, l'intensfication des niveaux d'exploitation des travailleurs et de pillage des peuples. Un « nouveau paradigme » qui passe, notamment, par l'augmentation du chômage structurel et l'extension de la précarité du travail, à laquelle on ne peut pas ne pas relier la mise en place de la politique préventive de criminalisation de la lutte contre les injustices et les inégalités sociales ou la nouvelle “chasse aux sorcières” et les tentatives d'interdire la lutte des classes et les idées communistes.


C'est dans ce contexte que les courants profonds du système remontent à la surface et avec eux toute une faune pré-historique pestilentielle. Il est évident que l'on cherche à étouffer le mécontement social croissant, en jouant de tous les types de dérives fascisantes qui, en douce ou à grand buit par la force des baionettes, sont en train de gagner du terrain, partout.


Prenons le cas de l'Italie. Il ne s'agit pas seulement de l'état de décadence auquel est parvenue la classe politique italienne et de cet odeur nauséabonde d'injustice qui émane de ces entrailles. Le phénomème Berlusconi est l'expression éloquente du stade suprême atteint par la promiscuité entre le pouvoir économique et le pouvoir politique. L'Italie de l'UE et du G8 constitue un laboratoire pour l'extrême-droite et une myriade de forces racistes, xénophobes et fascistes. Ces mêmes forces qui vouent un culte au Duce et qui désormais adoptent des lois de “combat” contre l'immigration – dont, comme nous le savons, le grand capital a besoin pour maintenir les taux de profit et d'exploitation de la main d'oeuvre – qui constituent un affront à la dignité et aux droits de l'Homme.


La même vieille alliance de forces du pouvoir qui, main dans la main avec la CIA et l'impérialisme, a conspiré activement dans le passé contre les piliers du fameux état de droit – au point de faire enlever et assassiner un premier-ministre pour empêcher la participation du PCI d'alors à un gouvernement de coalition avec la démocratie-chrétienne.


Justement, cette semaine, les confessions de Totò Riina ont été révélées, tenu comme le chef de tous les chefs de la mafia et l'accusé principal de l'assassinat, en 1992, des juges Falcone et Borsellino, qui inclut dans la sainte-alliance avec la Casa Nostra, les industriels de Milan et les services secrets dans la génèse et la réalisation de ce crime (El País, 19.07.09).


Nous parlons de l'Italie, comme nous pourrions parler du coup d'Etat au Honduras, des nouvelles bases des Etats-Unis en Colombie, de l'extrême-droite au pouvoir en Israel, du supplice de Gaza et des manoeuvres de consolidation de l'occupation sioniste en Palestine. Ou la politique du chaos perpétuel héritée des campagnes de Bush et des pratiques du terrorisme d'Etat, et poursuivie encore aujourd'hui par l'impérialisme, par exemple en Afghanistan et au Pakistan, et que la campagne publicitaire pour le phénomène Obama – dont l'indice de popularité aux Etats-Unis, d'après le Washington Post a déjà diminué de 50% - tente de blanchir. Ou de la récente motion de l'assemblée parlementaire de l'OSCE qui va dans le sens d'une déformation complète de l'Histoire.


Les exemples abondent. Il faut rester vigilants. Avec la certitude que, face à la machine de guerre de l'idéologie dominante, ce sera avec l'apport des communistes et des autres forces révolutionnaires que la lutte des travailleurs et des peuples finira par imposer un nouveau rapport de forces et une alternative mondiale.


Numéro 1860, du 23 juillet 2009, d'Avante, journal du Parti Communiste Portugais: http://www.avante.pt/

 

 

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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 18:02

Le paradoxe du capitalisme

de Prabhat Patnaik, économiste

pour People's Democracy, hebdomadaire du PC d'Inde (Marxiste)

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

John Maynard Keynes, bien que bourgeois dans sa vision du monde, était un économiste d'une remarquable perspicacité, dont le livre Les Conséquences économiques de la paix, a été abondamment cité par Lénine lors du Second Congrès de l'Internationale Communiste pour avancer que la situation était mûre pour la révolution mondiale. Mais malgré sa perspicacité, Keynes ne pouvait pas pleinement comprendre le système paradoxal qu'est le capitalisme.

 

Dans un célèbre essai «Perspectives économiques pour nos petits-enfants », écrit en 1930, Keynes avançait: « En supposant qu'aucune guerre importante n'éclate et qu'il n'y ait aucun accroissement important de population, le problème économique pourrait être résout, ou au moins en voie d'être résolu, dans les cent ans qui viennent. Cela signifie que le problème économique n'est pas, si nous regardons vers l'avenir, le problème permanent du genre humain » (souligné dans l'original).

 

Il va plus loin dans son raisonnement et demande: « Pourquoi, pourriez-vous demander, est-ce si surprenant? C'est surprenant parce que, si au lieu de regarder vers l'avenir, nous regardons vers le passé, nous trouvons que le problème économique, la lutte pour la subsistance, a toujours été jusqu'ici le problème le plus urgent du genre humain (…) Si le problème économique est résolu, l'humanité sera dépourvue de son but traditionnel ». Il continue ensuite en examinant comment l'humanité pourrait utiliser judicieusement son temps libéré dans un tel monde.

 

C'est vrai, après que Keynes a écrit, il y a eu la seconde guerre mondiale, puis juste après l'humanité a connu plus de six décennies sans « guerre importante » du type qui aurait pu interrompre ce qu'on a appelé l' « ère du progrès et de l'invention ». Et le taux de croissance de la population n'a pas non plus atteint un tel point qu'il aurait pu invalider la prévision de Keynes. Et pourtant, si nous prenons l'ensemble de l'humanité, elle est plus loin que jamais d'avoir résolu le problème économique. C'est vrai, il y a eu une accumulation massive de capital, avec une énorme augmentation de la masse de biens disponibles pour l'humanité; et pourtant, pour l'immense majorité de l'humanité, la « lutte pour la subsistance » à laquelle Keynes faisait référence continue à être aussi intense qu'auparavant, peut-être même par certains aspects plus intense qu'auparavant.

 

Dire que cela est dû au fait que ne s'est pas écoulé suffisament de temps, que dans quelques temps la vision de Keynes s'avérerait être vrai, est facile. Le fait que le gros de l'humanité continue à vivre dans une lutte intense pour la surbsistance n'est pas une question de degré; ce n'est pas comme si l'intensité de cette lutte pour cette partie de l'humanité s'était atténué dans le temps, ou si le poids relatif de cette partie de l'humanité avait diminué dans le temps. Nous ne pouvons pas donc affirmer que le fait que quelques années s'écoulent pourra tirer quiconque hors de cette lutte.

 

UNE DICHOTOMIE STRUCTURELLEMENT ANCRÉE DANS LE SYSTÈME CAPITALISTE

 

De la même manière, dire que pendant qu'a eu une lieu une énorme croissance dans la masse de biens et de services disponibles pour l'humanité (l'augmentation de cette masse de biens étant plus importante au cours des ces cent dernières années que durant les deux mille années précédentes, comme Keynes l'a souligné), leur distribution a été extrêmement biaisée et expliquerait que la majorité de la population mondiale soit toujours engluée dans la lutte pour la subsistance, est affirmer une simple tautologie. Ce qu'il faut retenir, c'est que c'est quelque chose qui est structurellement ancré dans le système capitaliste lui-même, le même système qui permet de faire progresser de manière colossale la capacité de l'humanité à produire des biens et des services, est responsable du fait que, malgré cette énorme augmentation, la lutte pour la subistance continue à être aussi intense qu'auparavant, ou même plus intense qu'auparavant, pour le gros de l'humanité.

 

Keynes n'a pas saisi cette aspect structurel du capitalisme. Tout son argumentaire était en fait basé sur la simple logique des intérêts composés, cad en partant du simple fait que « si le capital augmente, disons, de 2% par an, le capital mondial augmentera de moitié en vingt ans et sera sept fois et demi plus important dans cent ans ». De ce simple fait, il s'en suit que la production aurait aussi crû plus ou moins dans le même ordre du grandeur, et l'humanité, avec d'autant plus de biens à sa disposition, aurait pu surmonter la lutte pour la subsistance. La raison pour laquelle Keynes pensait qu'une augmentation de la masse de biens disponibles pourrait éventuellement profiter à tout le monde ne réside pas seulement dans son incapacité à voir la nature antagoniste du mode de production capitaliste (et sa relation antagoniste avec le monde des petits producteurs), mais aussi dans la croyance que le capitalisme était un système malléable qui pouvait être transformé, selon les préceptes de la raison, par l'intervention de l'Etat en tant que représentant de la société. C'était un libéral et voyait l'Etat comme se tenant au dessus de la société dans son ensemble, et agissant dans son intérêt, en conformité avec les préceptes de la raison. Le monde, pensait-il, était guidé par les idées; et des idées correctes, charitables pourraient se transposer dans la réalité, de manière que l'augmentation des capacités de production de l'humanité aboutirait naturellement à la résolution du problème économique. Si la question du caractère antagoniste du système capitaliste lui avait été posée, il aurait simplement parlé de l'intervention de l'Etat pour contenir cet antagonime, et assurer que les bénéfices de la croissance des capacités productives profite à tous.

 

Le fait que cela n'ait pas eu lieu, le fait que l'énorme croissance des capacités de production qu'a connu l'humanité n'a pas été capable de déboucher, pour la population mondiale, sur la fin de la lutte pour la subsistance, mais a abouti à la production de pléthore de biens et de services de peu d'utilité pour eux, à l'accumulation de stocks d'armements, à l'exploration de l'espace, et même jusqu'à la valorisation systématique du gaspillage, de la sous-utilisation, voire de la destruction, de l'appareil productif, souligne simplement les limites de la vision du monde libérale à laquelle Keynes adhérait. L'Etat, au lien d'incarner la raison, agit pour défendre les intérêts de classe de la classe hégémonique, et ainsi perpétue les antagonismes du système capitaliste.

 

DES ANTAGONISMES QUI SE DEVELOPPENT DE TROIS MANIERES DIFFERENTES

 

Ces antagonismes perpétuent de trois manières différentes la lutte pour la subsistance dans laquelle est engluée le gros de l'humanité:

  • La première est centrée sur le fait que le niveau des salaires en système capitaliste dépend de la taille relative de l'armée de réserve de travailleurs. Et dans la mesure où la taille relative de l'armée de réserve de travailleurs ne descend jamais en-dessous d'un certain seuil minimal, le salaire moyen se maintient au niveau de subsistance malgré des augmentations importantes de la productivité du travail, comme cela se passe nécessairement à l' « ère du progrès et de l'innovation ». Travailler devient en soi une lutte pour la surbsistance, et le reste.

  • Deuxièmement, ceux qui constituent l'armée de réserve du travail se retrouvent eux-même sans ressources et donc condamnés à une lutte encore plus intense pour la subsistance, à tâcher de s'approprier une part encore plus maigre des biens et services disponibles.

  • Et troisièmement, l'empiètement du mode de production capitaliste sur le monde environnant des petits producteurs, qui chasse les petits propriétaires, retire la terre aux paysans, utilise la machine fiscale de l'Etat pour s'approprier, aux dépens des petits producteurs, une plus-value supérieure à ce qui est produit dans le mode capitaliste lui-même, en somme, tout le mécanisme d' « accumulation primitive du capital », assure que la taille de l'armée de réserve reste toujours au-dessus du seuil nécessaire. Il y a un flot ininterrompu de petits producteurs privés de ressources qui viennent en masse pour travailler au sein du monde capitaliste mais qui sont incapables de trouver un travail et qui donc rejoignent les rangs de l'armée de réserve. L'antagonisme au sein du système, et vis-à-vis de l'univers de la petite production, assure donc que, malgré l'augmentation massive des capacités de production de l'humanité, la lutte pour la subsistance reste toujours le sort du gros de l'humanité.

 

Les taux de croissance de la production mondiale ont été même plus élevés dans la période de l'après-guerre qu'à l'époque de Keynes. Les taux de croissance, en particulier dans les pays capitalistes comme l'Inde, ont été d'un ordre de grandeur ininimaginable à l'époque de Keynes, et pourtant la lutte pour la subsistance ne s'est pas atténuée pour autant pour la majorité de la population, même dans ces pays-là. En Inde, justement dans la période de mise en place réformes néo-libérales, quand les taux de croissance ont été élevés, il y a eu une augmentation relative de la population rurale ayant une ration calorique inférieure à 2400 calories par personne et par jour (le chiffre pour 2004 est de 87%). Cela correspond aussi à la période où des centaines de milliers, n'étant même plus capables d'assurer leur simple subsistance se sont suicidés. Le taux de chômage a augmenté, malgré le bond impressionnant du taux d'accumulation du capital; et le salaire réel moyen, même des travailleurs dans les secteurs à forte tradition syndicale, a au mieux stagné, malgré les augmentations massives de la productivité du travail. En somme, notre propre expérience remet en cause l'optimisme Keynésien sur l'avenir de l'humanité sous le capitalisme.

 

Mais Keynes a écrit il y a longtemps. Il aurait dû avoir vu le fonctionnement interne du système d'une bien meilleure manière (après tout Marx qui est mort l'année de la naissance de Keynes, l'a vu), mais peut-être son éducation aristocratique, Edouardienne, a-t-elle joué. Mais que dire des gens qui, ayant vu la dialectique de la « croissance élevée »/pauvreté généralisée dans le monde actuel, peut toujours s'accrocher à l'illusion que la logique des intérêts complémentaires pourront permettre de dépasser le « problème économique de l'humanité »? Les idéologues néo-libéraux bien sûr développent cette illusion, soit dans sa version la plus simple, qui est la théorie du « trickle-down », ou dans sa version un peu plus complexe, où l'Etat est supposé assurer, par son intervention, que les bénéfices de la masse croissante de biens et services produits soit rendus disponibles à tous, permettant de cette manière la diminution de la pauvreté et de la lutte pour la subsistance.

 

Mais cette illusion apparaît souvent sous une forme totalement méconnaissable. Jeffrey Sachs, l'économiste qui est connu pour avoir administré la soi-disant « thérapie de choc » dans l'ancienne Union Soviétique qui a mené à un véritable régression de l'économie et a abouti à des souffrances massives pour des millions de personnes, a sorti un livre où il défend l'idée que la pauvreté est liée, dans la plupart des régions du monde, à des conditions géographiques défavorables, comme la propension à la sécheresse, la désertification, l'infertilité des sols, et ainsi de suite. Il demande que des efforts soient réalisés au niveau mondial pour aider ces économies qui ne sont pas aidées par la nature. Le fait est qu'une pauvreté massive existe dans des régions où la nature n'a pas été ingrate, mais au contraire généreuse.; le fait que la grande générosité de la nature ait formé la base de l'exploitation des producteurs à l'échelle mondiale, qui les pousse dans une lutte aigue pour la subsistance justement au milieu de l'opulence; et ainsi le fait que la majorité de la population mondiale continue à lutter pour survivre non à cause des injustices de la nature mais à cause d'un système social démoniaque basé sur l'exploitation, tout cela est passé sous silence dans de telles analyses.

 

La foi de Keynes dans le miracle des intérêts composés serait justifiée dans un système socialiste, mais pas dans le système capitaliste.

 

Site de People's Democracy: http://pd.cpim.org/

 

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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 19:21

L'offensive idéologique sur la jeunesse

 

 

de André Luz, membre de la Commission politique de la Direction Nationale de la Jeunesse Communiste Portugaise

 

 

Pour la revue théorique du PCP O Militante, numéro 301 de Juin-Juillet

 

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

 

Les contradictions du système capitaliste s'accentuent toujours plus chaque jour, et comme les manières de les justifier aussi s'usent, le système vit dans une recherche incessante pour renouveller, actualiser et créer de nouvelles manières de se légitimer et de faire obstacle à la lutte des peuples.

 

 

Le système capitaliste use de toutes ses armes pour tenter de dominer et de formater les esprits et il a à son service d'immenses ressources pour permettre la diffusion de ses idées. Les jeunes sont naturellement la cible principale de cette offensive. Aujourd'hui, l'offensive idéologique se fait sentir partout, dans des domaines de grande importance comme dans ceux de moindre importance, et en usant de tous les moyens possibles.

 

 

Au travail

 

 

Par exemple, cela fait longtemps que les médias au service du système capitaliste tentent d'imposer l'idée que de nos jours la classe ouvrière n'existe plus, tout comme la lutte de classes et c'est pour cela qu'ils suggèrent l'utilisation de nouveaux mots. Comme par exemple, le fait de passer de la dénomination d'ouvrier ou de travailleur à celle de « collaborateur », c'est-à-dire que l'on est plus un travailleur qui travaille dans une enteprise mais plutôt un collaborateur qui collabore avec cette même entreprise.

 

Le patron est renommé « entité entrepreneuriale », donc juste une entreprise qui emploie certains collaborateurs mais qui n'exploient pas les travailleurs ni ne se sert d'eux pour créer des fortunes fabuleuses.

 

Avec le même objectif de domination idéologique et évidemment de maximisation du profit, on désire créer une génération de précaires, à tel point que, dans la même entreprise, on peut avoir pour le même poste de travail des rémunérations et des droits sociaux différents: si cela fait des années que tu es dans la maison, tu as un salaire et des droits garantis; si tu es un nouveau travailleur tu n'as pas de droits et tu auras un salaire inférieur. Ce qu'ils tentent de faire, c'est de casser les liens de solidarité entre travailleurs de différentes générations (par ailleurs, c'est également un des objectifs de l'attaque sur la Sécurité Sociale).

 

 

Dans l'éducation

 

 

Les forces dominantes du système capitaliste savent bien que l'enseignement est un pilier fondamental de la société et que c'est à l'école que les jeunes se forment en tant que personnes incorporant des valeurs qui les guideront dans leurs vies. Ainsi, l'enseignement est un des secteurs où cette offensive idéologique se fera le plus sentir.

 

Cela ne date pas d'hier, le fait que dans les manuels scolaires, particulièrement ceux d'Histoire, la manipulation des faits soit à chaque édition plus profonde, tout comme la réhabilitation du fascisme et l'offensive anti-communiste.

 

En ce qui concerne la Révolution d'Avril, le rôle du PCP est effacé, la limitant à la résistance d'Humberto Delgado [militaire portugais qui s'est présenté aux Présidentielles de 1958 contre le candidat Salazariste et contraint par la suite à l'exil] et aux militaires qui « ont fait » Avril. Mais la résistance à quoi? Résistance à l' « Etat Nouveau » (parce qu'il n'y a eu de fascisme qu'en Italie), un régime « à poigne » qui a conservé les « territoires d'outre-mer », héritages de la glorieuse Histoire de notre pays de « conquérants ».

 

Sur la Révolution d'Octobre, on ne dit rien, on n'écrit rien sur le fait que la Constitution Soviétique a été la première Constitution au monde à prescrire l'égalité de droits entre l'homme et la femme, notamment sur le plan électoral, ou que toute la population en URSS savait lire et écrire et que tous les niveaux d'enseignements étaient gratuits et garantis par l'Etat.

 

Rien n'est dit, rien n'est écrit, sur le rôle décisif de l'Armée Rouge dans la victoire sur le fascisme et le nazisme lors de la Seconde Guerre Mondiale, et sur le fait que c'est l'Armée Rouge qui a donné l'estocade finale au régime nazi.

 

Mais quand on parle des communistes c'est seulement pour les calomnier, accusant le peuple soviétique de s'être soumis à ses dirigeants successifs opportunistes et ambitieux, qui ont utilisé le centralisme démocratique comme instrument pour opprimer le peuple et contrôler l'appareil d'Etat. Cerise sur le gâteau, on met sur le même plan, de manière insidieuse, fascisme et communisme.

 

 

Dans les médias

 

 

Si cette offensive idéologique a comme cible prioritaire l'enseignement, il n'en est pas moins vrai qu'il existe une offensive idéologique dans quasiment tout ce qui nous entoure, dans la publicité, à la télévision, dans les revues, les journaux, la musique.

 

De fait, cela fait des années qu'à cet effet on diffuse des séries (ou encore mieux, des telenovelas) de production portugaise qui cherchent, soi-disant, à refléter la réalité de la jeunesse portugaise. En même temps, le fait que l'on mette en avant ces différents personnages (et ceux qui les interprétent) comme des icones de la jeunesse, grâce à une puissante machine de propagande et d'incitation à la consommation, permet aux groupes économiques qui dominent les médias de construire des modèles pour les jeunes, auxquels ils veulent ressembler à l'école et dans leur vie. Les associations d'étudiants qui se limitent aux activités ludiques, le voile jeté sur les questions centrales de la vie de n'importe quel adolescent, comme l'alcoolisme, la toxico-dépendance et les différentes questions liées à la sexualité, voilà à quoi ressemble ces séries. Tout cela avec comme toile de fond un collège privé, avec toutes les conditions matérielles que cela implique, comme si cela était inévitablement le cas que l'école publique soit dégradée et l'école privée synonyme de qualité.

 

 

Dans les jeux vidéos

 

 

Mais l'offensive visant spécifiquement la jeunesse ne se trouve pas ici. Le plus souvent ce sont des choses qui paraissent tellement insignifiantes qu'on ne s'en rend même pas compte, comme par exemple dans les jeux vidéos.

 

De nos jours, tout le monde joue à un type de jeu ou à un autre, soit sur ordinateur, soit sur console de jeu, et il existe mille et uns type de jeux, de sport, d'action, d'aventure et encore bien d'autres.

 

Nous savons aussi que les plus grands producteurs de jeux vidéos sont nord-américains, mais c'est que les gens savent moins c'est que le gouvernement américain donne tous les ans 120 000 dollars à l'Armée nord-américaine pour le développement de jeux vidéos. Comme nous le voyons, l'Armée nord-américaine crée et développe des jeux vidéos, qui n'ont rien de jeux innocents.

 

Par exemple, dans tous les jeux d'action qui existent le personnage est toujours un individu, jamais un collectif, il est toujours un commandant de forces spéciales qui se débrouille seul, et tue tout seul, l'action collective n'existant pas. Ainsi, de cette manière, on défend l'idée que nous, seuls, arrivons à tout faire et que nous n'avons en aucun cas besoin du collectif.

 

Mais il existe d'autres examples, comme le jeu « Call of Duty » dans lequel, soi-disant, on rejoue différentes batailles de la Seconde Guerre Mondiale. Dans tout le jeu, il existe près de 12 niveaux et pendant près de 9 niveaux le joueur commande un soldat allié, français ou anglais, alors que dans tout le jeu on joue seulement deux niveaux avec l'Armée Rouge, sachant que la première mission du joueur est de commander un soldat qui doit monter une colline mais qui n'a pas de balles car il n'y en avait pas pour tout le monde, comme on nous l'explique avant même de commencer à jouer.

 

Ainsi, un jeu qui, soi-disant, reconstitue la Seconde Guerre Mondiale est fait pour nous donner l'idée que ceux qui ont combattu en fait étaient les forces alliées du monde capitaliste, et qu'elles étaient très efficaces, et que l'Armée Rouge, qui pourtant a été la force qui a apporté la plus grande contribution, et la plus décisive, à la victoire, n'y était pour rien, ou en tout cas a eu un rôle bien moindre que celui des autres forces.

 

Dans un autre jeu appelé « Freedom Fighters », l'Amérique est envahie par les Soviétiques, qui ensuite tuent tout ce qui passe entre leurs mains, occupent des villes et des villes, détruisent tout et s'emparent de l'Etat américain. Dans ce jeu, le joueur est un plombier, qui seul parcourt les rues et se joint à d'autres résistants pour ainsi mettre fin à l'invasion soviétique.

 

Et c'est comme cela que l'on manipule les faits, car la vérité historique montre que ceux qui ont envahi d'autres pays ont été les Etats-Unis et non l'Union Soviétique.

 

Parler d'offensive idéologique dans les jeux vidéos peut paraître étrange, mais la vérité c'est que le gouvernement américain s'intéresse énormément à ce domaine, car des milliers des personnes jouent, dans le monde entier, à ce type de jeu, tous les jours.

 

 

Dans la musique

 

 

La « chanson est une arme », cela, on le dit depuis de nombreuses années. Mais de la même manière que la musique engagée continue à être un des principaux moyens de parvenir à toucher les masses, le capital sait aussi que contrôler l'industrie musicale est un moyen d'atteindre des milliers de personnes dans le monde entier.

 

Les grandes multinationales détiennent les droits des principaux artistes et souvent ceux-ci doivent se soumettre aux intérêts de ces multi-nationales, dont l'unique objectif est la recherche de profits toujours plus élevés.

 

Pendant de nombreuses années, et à l'origine c'était son objectif, le « Hip Hop » était et continue d'être une musique de contestation sociale qui a rapidement trouvé un large public parmi les plus jeunes, peut-être parce que c'est une musique directe et facile à assimiler, ou peut-être parce qu'il n'y a pas besoin de beaucoup d'argent pour jouer du Hip-Hop, étant donné qu'il n'y a pas besoin d'un matériel très important.

 

Pendant de nombreuses années le Hip-Hop était une culture plus « underground », qui n'était pas beaucoup diffusée mais qui était écoutée par de nombreux gens et disait des choses qui n'interésseraient pas tout le monde. Mais si nous regardons maintenant le mouvement Hip-Hop, celui-ci est très diffusé, leurs artistes passent sur toutes les radios et si nous regardons MTV, nous voyons plus de 20 ou 30 artistes différents qui disent tous la même chose, qui conduisent des grosses voitures, sont entourés de jeunes femmes, et couverts d'or de la tête aux pieds.

 

Ainsi, nous pouvons voir que, même dans la musique, on contrôle les idées que l'on diffuse. Si le Hip-Hop était un style musical dangereux parce qu'il comprenait une certaine notion d'engagement, le système capitaliste s'est arrangé pour trouver une solution: nous allons promouvoir ce style musical mais de la manière qui nous intéresse, nous allons faire en sorte que ce style musical cesse d'être un style engagé et devienne un style dénué de tout message et nous allons faire le maximum pour le promouvoir pour que ce que les jeunes voient soit une chose vide et sans aucun contenu.

 

Mais il est important de rappeler qu'il existe encore un mouvement Hip-Hop qui a effectivement un contenu revendicatif, qui chante la réalité. Toutefois, avoir des artistes qui disent la vérité est un danger pour le système capitaliste, et c'est pour cela que ceux-ci ne passent pas dans les radios, à la Télévision, et ne sont pas mis en avant par la presse.

 

 

Avec détermination et par la lutte, nous vaincrons toutes les offensives!

 

 

Le système capitaliste a à son service des moyens pour pouvoir toucher des millions de personnes sous les formes les plus diverses et ainsi pouvoir formater et contrôler la production des idées.

 

Cette offensive idéologique est forte, car la vérité est que le système capitaliste a ce grand objectif parce qu'il sait très bien que le futur de l'humanité ne réside pas dans cette société, ce n'est pas cette société que les peuples veulent et il sait bien que la solution est le socialisme. Et c'est parce qu'il le sait bien qu'il investit des milliers d'euros dans le développement de nouvelles manières de contrôler les idées, mais la lutte se chargera de rétablir la vérité!

 


Site de la revue O Militante: http://omilitante.pcp.pt/

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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 17:55

L'explication de la crise par la cupidité

 

 

Par Prabhat Patnaik, économiste à l'Université Jawaharlal Nehru de New Delhi et vice-président du Bureau à la plannification de l'Etat du Kerala


pour le journal People's Democracy, organe du Parti Communiste d'Inde (Marxiste)


Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Il y a une opinion très répandue selon laquelle la crise financière actuelle que connaît le monde capitaliste, et ses répercussions sous la forme de la plus grande crise économique depuis la Grande Dépression des années 1930, serait dûe à la « cupidité » du secteur financier. Cette idée a même trouvé un écho dans la pensée de nombreux intellectuels progressistes. Parler de cupidité comme étant un facteur sous-jacent à la crise n'est certainement pas incorrect, mais ce n'est pas suffisant. La « cupidité », ou l'idée de tirer un profit maximal pour soi dans une situation donnée, n'est pas une caractéristique exceptionnelle que ces financiers auraient soudain développé au cours des dernières années. C'est un élément central du capitalisme; le système fonctionne précisément grâce à la cupidité des capitalistes. En fait Adam Smith le fondateur de l'économie classique a attiré l'attention sur le paradoxe selon lequel le système dans son ensemble fonctionnait pour le bien général (pensait-il) même si les agents du système, les capitalistes, étaient motivés exclusivement par leurs propres intérêts (un euphémisme pour « cupidité »). Son prédécesseur, Mandeville dans la Fable des Abeilles, était même allé plus loin, mettant en évidence comment les « vices privés » produisaient les « vertus publiques ».


Mais ceux qui expliquent la crise en termes de « cupidité » n'insistent pas sur le fait que la « cupidité » est ce qui anime le système capitalisme, que ce n'est pas un trait excécrable que développent certaines personnes dans certaines cironstances exceptionnelles, mais ce qui guide le système à tout moment. Maintenant, puisque cela n'est pas dit, et puisque la totalité du discours consiste en ce qui est dit et ce qui n'est pas dit, l'explication par la « cupidité », tout en étant incomplète, est aussi erronée et trompeuse.


Elle laisse supposer que le capitalisme aurait pu échapper à la crise si seulement la cupidité de certains financiers avait pu être contrôlée, comme si la crise n'avait rien à voir avec les caractéristiques structurelles du capitalisme mais seulement avec les excès évitables de certains financiers. Elle implique une distinction entre un capitalisme marqué par une cupidité excessive et un capitalisme sans une telle cupidité, entre, comme si cela existait, un « bon » capitalisme et un « mauvais » capitalisme, et attribue la crise au « mauvais » capitalisme. La crise devient alors le résultat d'une aberration du capitalisme, et non de ses caractéristiques fondamentales: si seulement on pouvait éviter une telle « cupidité », le capitalisme ne connaîtrait plus de crise.



La cupidité: l'essence du capitalisme



Cette explication proposée est fondamentalement erronée. Ceux qu'on accuse de « cupidité » excessive ne font rien d'autre que maximiser simplement leurs profits, ce que tous les capitalistes sont supposés faire. En fait, la maximisation des profits est supposée, dans la théorie économique, constituer un comportement « rationnel » de la part des capitalistes. Donc, ce qui est appelé « cupidité » n'est pas, comme nous l'avons vu, une aberration; c'est l'essence du comportement des capitalistes. Le capitalisme dans son ensemble est ainsi; il n'y a pas de « bon capitalisme ».


Karl Marx est en fait allé plus loin sur le sujet. Selon lui, la « cupidité » ou le soi-disant « comportement rationnel » n'est pas seulement un trait général du capitalisme; elle est en fait imposée aux capitalistes. Les capitalistes n'ont pas le choix en la matière, puisque tout capitaliste qui ne serait pas cupide serait laissé au bord de la route. La maximisation des profits, pour les capitalistes, n'est pas une question de volonté individuelle, c'est une nécessité. Dans la lutte Darwinienne dans laquelle tous les capitalistes, en compétition les uns contre les autres, sont impliqués, celui qui ne maximise pas ses profits, et donc qui serait distancé dans la course à l'accumulation, coulerait. Le processus de centralisation du capital, dans lequel, comme Marx l'a noté, « un capitalisme en tue de nombreux autres », signifie nécessairement que le gros capital remplace le petit capital; il y a une pression intense exercée sur chaque capitaliste afin de ne pas rester avec un petit capital mais au contraire de le faire grossir, c'est pourquoi il doit accumuler du capital. Pour accumuler du capital, il faut obtenir la plus grande plus-value possible cad que les profits doivent être maximisés. C'est l'essence du comportement capitaliste, la poursuite d'une « rationalité » qui lui est toute particulière, et il s'en suit qu'un rejet de cette « rationalité » n'est possible uniquement qu'avec le remplacement du capitalisme par le socialisme.


En fait, c'est cette même « cupidité », supposée être derrière la crise, qui était également derrière le boom économique qui l'a précédée. En d'autres termes, puisque la « cupidité » est le moteur du système, elle cause tant les crises que les booms économiques. La manière dont cela fonctionne est la suivante. Les booms en système capitaliste, comme c'est bien connu, reposent sur des moments d'euphorie, ou d' « emballement spéculatif ». Une hausse initiale du prix des actifs laisse présager une hausse encore plus grande à l'avenir, ce qui pousse les détenteurs de capital, justement parce qu'ils sont « cupides », à acheter encore plus de ces actifs, ce qui provoque donc une hausse supplémentaire. Et le processus s'emballe jusqu'à créer une bulle spéculative. Bien sûr, la décision d'acheter plus d'un type d'actif ne dépend pas seulement d'une prévision sur les prix attendus, mais aussi sur l'évaluation du risque associé au fait d'avoir encore plus de cet acitf. Mais la même euphorie qui fait espérer aux détenteurs de capital la poursuite de la hausse du prix des actifs, leur fait aussi sous-estimer le risque. C'est ce phénomène d'attentes euphoriques de profits sans risque qui est la cause des bulles, étant donné la « cupidité » (ou la « rationalité ») des détenteurs de capital.



Conséquences sur l'économie réelle



Une hausse du prix des actifs engendrée par une telle bulle, toutefois, a des conséquences importantes sur l'économie réelle. La hausse du prix des actifs augmente la richesse des détenteurs d'actifs, ce qui augmente leur dépenses de consommation. Dans le cas des actifs financiers, puisque cela facilite la capacité à lever des fonds, cela augmente les dépenses d'investissement. Dans le cas de tous les actifs productibles, comme les maisons par exemple, puisque la hausse du prix des actifs fait en sorte qu'il dépasse le coût de production, il y a une plus grande demande pour les actifs nouvellement construits et donc une plus grande production de ce type d'actifs. Donc, la bulle liée au prix des actifs augmente la demande agrégée, et donc la production et l'emploi, bien au-delà de ce que cela aurait pu être sans une telle bulle.


Si pour une certaine raison, toutefois, la hausse du prix des actifs venait à s'achever, alors les spéculateurs commenceraient à déserter cet actif comme on quitte un navire en plein naufrage. Le mécanisme inverse s'installe, avec une diminution des dépenses pour deux raisons distinctes: la première est simplement le fait que les forces mentionnées plus haut, qui ont servi à amplifier le boom économique, vont désormais dans la direction inverse. La deuxième est liée au système de crédit. Comme le prix des actifs chute, ceux qui ont emprunté aux banques, se trouvent soudain dans une situation d'insolvabilité, ce qui met à leur tour les banques dans la même situation. Le crédit s'assèche donc, et dans certains cas extrêmes, comme pendant la Grande Dépression des années 1930, même les déposants commencent à hésiter à garder leurs dépots en banque avec un système bancaire insolvable. Le désir que l'on retrouve un peu partout, quand l'économie touche le fond, est celui de garder des économies plutôt que de s'endetter, et dans certains cas extrêmes la préférence va même à l'argent comptant plutôt qu'aux dépôts bancaires. Ce désir est aussi entretenu par la nécessité de limiter les pertes, la contrepartie de la maximisation des profits cad de la « cupidité ».


Ainsi, dans le capitalisme contemporain, avec ses marchés financiers développés, la spéculation qui domine inévitablement, joue un rôle important en amplifiant des booms économiques comme elle se charge de précipiter le déclenchement d'une crise. Les spéculateurs, comme tous les autres capitalistes, sont guidés par la « cupidité ». C'est leur « cupidité » qui provoque des booms économiques marqués tout comme c'est leur « cupidité » qui provoque de graves crises, c'est pourquoi il est mieux que nous oublions le terme de « cupidité » et que nous voyions le phénomène cyclique dans son ensemble, y compris le déclenchement de graves crises, comme étant inséré dans le système lui-même.



Le cycle boom économique/crise et la « cupidité »



Certains peuvent penser qu'alors que l'origine de la crise doit être cherchée dans le modus operandi du système, sa gravité cette fois trouve son origine, en partie, dans le développement pléthorique du marché des « dérivés » qui a fait croire aux banques d'investissement qu'elles étaient moins exposées au risque. Elles ont vendu leurs actifs risqués, souffrant d'un syndrôme « Tout va très bien, Madame la Marquise », et sont parties acquérir des actifs plus risqués qu'elles encore vendus, et ainsi de suite. Tandis qu'elles ressentaient de moins en moins le risque, le risque qu'encourait le système dans son ensemble, lui, ne cessait de croître. Oui, si on regarde la situation du point de vue du système dans son ensemble, il y avait une sous-estimation systèmatique du risque par le développement des « dérivés », de telle manière qu'une fois le crash advenu, il a été d'autant plus violent. Et puisque un tel comportement qui cherche à utiliser les failles du système pour maximiser ses profits, va au-delà des normes et règles du système, il peut sûrement être caractérisé comme étant de la « cupidité ».


Même cela, toutefois, ne serait pas scientifiquement correct, et cela pour au moins trois raisons. Premièrement, la maximisation hédoniste qui est l'essence de la « rationalité » capitaliste ne s'occupe pas de savoir si le système est fraudé ou non. Il ne s'arrête pas face à l'éventualité de frauder le système. Si en tant que capitaliste je peux faire plus d'argent en fraudant le système, alors il est rationnel, de mon point de vue, que j'agisse de la sorte. Ainsi, ce n'est pas vraiment de la « cupidité » que de frauder le système. Frauder le système, si cela permet de dégager un profit, fait partie du « comportement rationnel ». Deuxièmement, en fait les banques d'investissement de Wall Strett qui ont venu leurs prêts sur le marché des « dérivés » n'avaient pas vraiment l'intention de frauder le système. C'était plus lié à la situation d'anarchie du marché financier qui rendait tout le monde inconscient des risques qui s'accumulaient qu'à une situation dans laquelle un groupe particulier trompait de manière consciente un auter groupe. Puisque tous sombreraient si le système financier s'écroulaient à cause des risques accumulés, le fait que les banques d'investissement aient agi comme elles l'ont fait était plus le reflet de l'anarchie du système que la conséquence d'une quelconque « cupidité » de leur part au-delà de ce qui est la norme en système capitaliste. Troisièmement, le comportement des banques d'investissement, peu importe comment nous choisissons de l'appeler, a été tout autant responsable du boom prolongé que de la crise.


Quand ce sont des bulles qui tirent la croissance, plus le boom est prolongé, plus grande est l'ampleur du crash. La sous-estimation du risque dûe à l'introduction de « dérivés » était responsable de la vigueur du boom: le prix des actifs ne cessait d'augmenter (ce qui n'aurait pas pu être le cas si le risque avait été estimé correctement), ce dont l'économie réelle a bénéficié également en termes de croissance de la production et de l'emploi. C'est précisément pour cette raison cependant que, quand le crash est advenu, il a été d'autant plus violent.


Donc de quelque manière que nous l'analysions, l' « explication de la crise par la cupidité » ne fait pas le poids. Si la « cupidité » est définie comme n'étant pas consubstantielle à la « rationalité » capitaliste, alors il est tout simplement faux d'attribuer la paternité de la crise à la « cupidité », puisque cela implique que la crise n'a rien à voir avec la nature du capitalisme en soi. Si la « cupidité » est entendue comme étant consubstantielle à la « rationalité » capitaliste, alors il n'y a aucun intérêt à parler de la « cupidité » en soi. De quelque manière que nous l'analysions, l'explication de la crise par la « cupidité » ne se justifie pas, ce qui est une autre manière de dire que l'analyse scientifique du capitalisme en crise doit remplacer la pure indignation morale.


Site de People's Democracy, hebdomadaire du Parti Communiste d'Inde (Marxiste): http://pd.cpim.org

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