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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 05:35

grillo-marcia.jpgEn Italie, Beppe Grillo fulmine contre la Fête des travailleurs, après l'échec de sa « marche sur Rome »

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Quel jeu joue Beppe Grillo ? L'ancien comique reconverti tribun de la plèbe italienne joue le jeu dangereux du populisme à tout crin, usant jusqu'à la corde le refrain anti-parti et anti-syndicats, dans un système politique italien en voie de décomposition.

 

Les déclarations de Grillo sur le 1er mai ne peuvent surprendre que ceux qui connaissent mal le personnage :

 

celui du tribun vociférant, adepte des formules fleuries, qui font mouche sur les « valets du système » mais flirtant dangereusement sur un fond qualunquiste, la variante italienne du poujadisme.

 

Dans un post « Les autruches du 1er mai », Grillo dresse un drôle d'oraison funèbre du 1er mai :

 

« C'était la fête des travailleurs, aujourd'hui c'est celle des chômeurs et du grand concert à Rome. Avant, c'était 'panem et circenses', aujourd'hui il ne reste plus que les jeux, une seule fois par an, et à la tribune, à la place de Caligula et Dioclétien, les régents de la Triplice syndicale ».

 

Les formules fusent avant que Grillo ne dresse le constat apocalyptique d'un pays en ruine de « chômeurs, reclassés, précaires et émigrants ». Le deuxième pays pour le nombre d'émigrés « après la Roumanie ».

 

Dans son populisme à tout vent, Grillo pointe du doigt les « quatre millions de fonctionnaires, les dix-neuf millions de retraités et le demi-million de personnes qui vivent de la politique, un poids insoutenable pour un pays sans croissance depuis 15 ans ».

 

Les retraités, les fonctionnaires, la « classe politique » : voilà ce qui pèse sur l'Italie pour Grillo !

 

Tout cela conduit Grillo à ne pas fêter le 1er mai : « rite fatigué des responsables, des syndicats complices, des partis qui occupent l'Etat. C'est la célébration de Caporetto et du 8 septembre réunis ! ».

 

Rappelons que le 8 septembre marque le jour de la capitulation du régime fasciste devant les Alliés en 1943. Honteux pour Grillo mais glorieux pour les communistes et anti-fasicstes !

 

Grillo a bon dos de railler le « capitaine Findus » Letta, le roi du surgelé, et l'attitude désolante de la CGIL qui a accueilli positivement le nouveau premier ministre mais le discours anti-parti et anti-syndicats de Grillo emprunte une pente savonneuse.

 

L'échec de la « marche sur Rome » de Grillo

 

Grillo a hésité à franchir le Rubicon. Le 20 avril, à l'annonce peu glorieuse de la ré-élection de Giorgio Napoletano comme président, Grillo crie au « coup d'Etat ». Il appelle à la mobilisation « par millions dans les rues à Rome », pour marcher vers le Parlement et le palais présidentiel.

 

Fidèle à son utilisation du « réseau », le message de Grillo prend rapidement et des milliers de manifestants répondent présents dans la soirée à Rome.

 

En guise de révolution, Grillo appelle au vote révolutionnaire : que le peuple... appuie le Parlement qui votera pour Stefano Rodota, le concurrent de Napoletano, homme « honnête » pour lui.

 

Ancien du « Parti radical » (aussi radical que le nôtre!), Rodota fut le premier président du Parti démocrate de gauche (PDS), successeur du PCI dissous. Il s'est distingué surtout par son européisme : il fut un des rédacteurs de la « Charte des droits de l'Homme de l'UE ».

 

Mais le vieux juriste, universitaire bourgeois, Rodota s'est empressé de dénoncer les manœuvres de Grillo : « Je suis contre la marche sur Rome » a tenu à préciser l'Homme de loi, rappelant son attachement à la « légalité démocratique constitutionnelle ».

 

Un camouflet pour Grillo, « radical » sur estrade, qui le conduit à soutenir le « radical » fort modéré Rodota : lui-même en 2012 exprimait ses craintes sur le « danger pour quelqu'un qui dit au Nord qu'il y a trop d'immigrés, et au Sud que la classe politique est l'équivalent de la mafia ».

 

La mobilisation appelée de ses vœux par Grillo, qui s'était dit prêt à camper sur la place à Rome a fait long feu : Grillo ne s'est même pas présenté à Rome, laissant ses partisans les plus exaltés subir la charge des forces de l'ordre dans les rues de Rome.

 

Grillo a hésité et a reculé, appelant à renvoyer ce type de mobilisation civile à plus tard.

 

Ses déclarations sur le 1er mai s'inscrivent dans cet après-20 avril : discrédit contre les partis et syndicats, populisme personnel et une « radicalité » anti-système qui peut aller dans tous les sens.

 

GramsciSans rapprochement hâtif ni lecture simpliste, il serait bon de relire ses lignes du fondateur du Parti communiste italien (PCI), Antonio Gramsci présentant les débuts du fascisme sous ses traits superficiellement subversifs :

 

« Le fascisme s'est présenté comme l'anti-parti, il a ouvert les portes à tous les candidats, il a offert à une multitude informe une façon de couvrir d'un vernis d'idées politiques vagues et nébuleuses le déchaînement sauvage des passions, des haines, des désirs.

 

Le fascisme est ainsi rentré dans les moeurs, il a fait corps avec la psychologie anti-sociale de certaines couches du peuple italien » (Ordine Nuovo, 26 avril 1921).

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 08:14

 

rivoluzione-civile-ingroia-432x432Que nous enseignent les élections en Italie et les raisons de la défaite



Article de Domenico Moro, économiste et militant du Parti des communistes italiens (PdCI)



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



C'est la deuxième fois que nous allons au tapis et pour la seconde fois il faudra tenter de se relever. Comme en boxe, seul celui qui est vraiment déterminé réussit à le faire. Toutefois, se relever pour continuer à encaisser des coups de poing comme un boxeur sonné serait absurde. Quand on va au tapis, on ne se relève pas tout de suite, on attend le décompte de l'arbitre, en profitant de chaque seconde pour reprendre son souffle et sa lucidité. Voilà, reprendre son souffle, pour nous, signifie raisonner à tête reposée et chercher de comprendre le pourquoi et le comment cela a pu se produire une nouvelle fois.



Personne n'a la vérité en poche. Cependant, nous cherchons de voir si il est possible d'identifier des faits précis dont nous pourrions partir. En premier lieu, que nous prouvent ces élections? Selon moi, elles nous prouvent trois choses. Premièrement, la faillite du bi-partisme. Deuxièmement, le gouvernement Monti et la majorité qui le soutenait ont été rejetées. Troisièmement, l'Europe même – ou plutôt l'européisme des marchés financiers – a été rejetée.



Les données et les chiffres ne se prêtent pas à des interprétations différentes. Les forces qui ont soutenu le gouvernement Monti ont subi des saignées, parfois mortelles. Le retour même de Berlusconi, bien réel, est toutefois fort relatif. Comme parti, le PDL (Parti des libertés) passe de 13,6 millions de voix en 2008 à 7,3 millions en 2013, perdant près de la moitié des suffrages. Comme coalition, Berlusconi perd la bagatelle de 7,1 millions de voix, passant de 46,8 à 29,1%. Le PD perd moins mais subi une saignée incroyable passant de 12 à 8,6 millions de voix, et comme coalition elle perd 3,6 millions de voix, passant de 37,6% à 29,5%. Le résultat, bien en-dessous des attentes, du centre de Monti, jusqu'à avant-hier sauveur de la patrie, et la disparition de la scène politique de Casini [chef de la Démocratie chrétienne refondée] et de Fini [ex-leader du parti néo-fasciste Alliance nationale] complètent le tableau du rejet de la grande coalition qui a soutenu le gouvernement Monti et a mis en place les politiques européennes. L'équilibre entre les deux vieux pôles, surtout l'émergence du pôle de Grillo et, dans une moindre mesure, la consolidation d'un centre à 10%, sonne le glas du bipartisme en tant que tel. Mais il y a un autre élément fondamental lié à la fin du bipartisme, à l'effondrement des partis traditionnels et dont il faut tenir compte, et qui est passé en revanche inaperçu. Il s'agit de la progression de l'abstention, une tendance historique désormais consolidée que l'extraordinaire affirmation sur la scène politique de Grillo n'a pas réussi à inverser. La participation – sans compter les bulletins blancs ou nuls – est passée de 83,6% en 2006, 80,5% en 2008 et à 75,2% en 2013. En valeur absolue, les abstentionnistes sont passés de 77 à 9,2 puis à 11,7 millions en 2013. 2,5 millions d'abstentionnistes supplémentaires sur les deux dernières élections.



Aussi paradoxal que cela puisse sembler, le véritable grand perdant de ce scrutin est le capital financier trans-national. Son candidat était le ticket Bersani-Monti, comme l'a affirmé clairement l'éditorial du 16-22 février de The Economist, la publication la plus influente dans le milieu. Désormais, le problème, selon ces messieurs, qui ressort est celui du fétiche de la « gouvernabilité », en d'autres termes la possibilité de mettre en œuvre les politiques européennes, du TSCG aux diverses contre-réformes. En fait, les italiens avec leur vote pour Grillo, en se fichant du spread [l'écart de taux d’intérêt entre l'Allemagne et l'Italie pour emprunter sur les marchés] et de la gouvernabilité, ont fait explosé les plans européens, dans une sorte de référendum implicite sur l'euro, et ont laissé le capital sans système politique opérationnel.



A ce stade, il faut se demander pourquoi les italiens qui ont rejeté le gouvernement Monti et l'Europe ont concentré leurs voix sur Grillo et n'ont pas voté pour nous. En effet, pour la gauche il s'agit d'une débâcle générale, qui nous concerne tous et s'inscrit dans la tendance déjà constatée entre 2006 et 2008, lorsque nous avons perdu plus de 3 millions de voix, comme résultat de la participation au gouvernement Prodi. En 2008, l'Italie des Valeurs (IdV), le Parti de la Refondation communiste (PRC – qui comprenait SEL/Gauche écologies et libertés) et le Parti des communistes italiens (PdCI) avaient obtenu 7,5%, aujourd'hui c'est 5,4% [2,2% pour Révolution civile réunissant PRC, PdCI et IdV ; 3,2% pour SEL sur la liste du PD], passant de 2,7 millions de voix en 2008 à un peu plus de 1,8 millions aujourd'hui. Et pourtant, cette fois nous n'étions pas au Parlement et nous nous sommes positionnés contre Monti. Alors, pourquoi ? La réponse est complexe et simple à la fois : nous avons perdu de la crédibilité depuis longtemps et ces derniers temps nous ne sommes pas parvenus à la retrouver, elle a même encore diminué.



Il faut éviter deux erreurs de simplification : remettre la faute sur un électorat borné (ou qui ne nous comprend pas, ou qui suit des modes) et sur le vote utile. Il est évident que nous sommes confrontés à la dure réalité et que celle-ci, dans cette phase historique, ne nous est pas favorable, pour de nombreuses raisons. Toutefois, nous devons comprendre en premier lieu quelles sont nos limites, vu que c'est sur celles-ci que nous avons la plus grande capacité d'action. Et il ne s'agit pas de faire des récriminations inutiles ou de s'auto-flageller, mais ceci pour aller de l'avant de façon constructive. De mon point de vue, si les travailleurs ne votent pas pour toi (et dans de telles proportions), cela veut dire que tu as également raté quelque chose.



La première grosse limite est que nous n'avons pas réussi à exprimer une ligne cohérente avec ce que nous disions qui, par ailleurs, était parfois à géométrie variable. C'est vrai que nous nous sommes positionnés contre Monti, mais nous avons cherché avec insistance un accord avec le parti qui a représenté le premier soutien au gouvernement Monti et qui a de fait exprimé un alignement patent sur les politiques européistes, plus que Berlusconi. Même quand le PD a refusé, à plusieurs reprises, nos offres et que s'est formée la liste Révolution civile, Ingroia, au moins jusqu'à un certain point, a continué à lancer des offres de collaboration au PD. Concrètement, le cavalier seul n'est pas apparu comme le résultat cohérent d'un choix politique, mais comme une espèce de solution de repli, due au refus du PD. Un refus qui par ailleurs était fort prévisible, au vu de la volonté manifeste de ce parti de s'aligner sur les politiques européennes et de se préparer à l'alliance post-électorale avec Monti. Tout ceci et, ce ne furent pas la moindre difficulté, les divisions internes dans la Fédération de la gauche – de fait divisée et recomposée in extremis dans la Révolution civile – n'ont pas produit, même avant la campagne électorale, un militantisme et une visibilité adéquats. Et surtout cela ne pouvait que désorienter notre électorat potentiel qui, en effet, s'est massivement abstenu ou exprimé pour Grillo. Si elles ont renforcé une quelconque idée chez certains, c'est l'idée d'une disposition post-électorale à retourner aux vieux compromis électoraux.



La seconde limite réside dans la nature de la campagne électorale de la Révolution civile qui, en dépit des efforts de quelques-uns, est restée centrée sur la légalité (ce n'est pas qu'elle n'est pas importante, mais nous n'avons pas été capables – et ce n'est pas Ingroia qui le pouvait, catapulté des salles d'audience dans la scène politique – à lier la question de la légalité à l'économie et à la question sociale), alors que nous sommes dans la pire crise économique depuis la fin de la guerre que les gens n'arrivent pas à boucler les fins de mois.



La troisième limite, dans une campagne électorale et dans une politique où les médias comptent de plus en plus (et en présence de véritables maitres en l'affaire tel Grillo et Berlusconi), c'est le fait que nous avons présenté un leader qui n'était pas capable de transmettre un quelconque enthousiasme. En outre, nous avons éliminé les symboles des partisqui permettaient aux électeurs d'avoir un repère clair, avec une concession suicidaire au refrain tant ressassé de la « société civile »meilleure que celle politique (c'est-à-dire nous-mêmes). Ingroia est un personnage précieux pour la gauche qui pourra apporter une contribution importante à l'avenir, mais comme leader de la coalition, cela n'a pas marché.



Des analyses du vote plus approfondies nous diront si et dans quelle mesure le vote utile a eu son importance. Mais déjà en 2008 il a joué partiellement et moins que l'abstention. Aujourd'hui, il a encore moins fonctionné. La preuve contraire, c'est le résultat médiocre de SEL, avec 3,2% (quelques mois auparavant, elle était créditée de 6%), seulement 1% de plus et 300 000 voix de plus que Révolution civile. En outre, il faudra se demander pourquoi nous n'avons pas récupéré les nouveaux et les vieux abstentionnistes et surtout pourquoi le vote utile n'a pas fonctionné pour Grillo, d'autant plus que, selon les premières analyses sur les transferts de voix, il a récupéré une bonne partie des anciens électeurs du PD en 2008. Ce n'est pas le lieu de faire une analyse approfondie du Mouvement 5 étoiles. Nous nous limiterons à considérer que la force de Grillo a été sa capacité à se présenter comme ne s'étant pas compromis dans le passé, à agiter de façon crédible la question de l'Europe et de l'euro et à se déclarer non-disponible pour des accords au rabais. Mais surtout Grillo, c'est une différence avec nous, a compris le sens du vent et les sentiments profonds qui animent les italiens.



La plus grosse erreur réside dans le fait qu'en politique il faut choisir. Nous avons choisi de ne pas choisir et de faire choisir les autres pour nous. Dans un climat socialement brûlant et dans un contexte de grande volatilité, ces erreurs se paient lourdement. Au risque de me répéter, il faut tenir compte du fait que la période historique et le contexte social et économique en Italie et en Europe ont changé : retour de la pauvreté et du chômage de masse (et croissance corrélée de l'abstention), transformation de l'Etat-nation face à des politiques générales décidées à l'échelle européenne, délocalisation et financiarisation massives, et bien d'autres chose encore. Tout cela rend nécessaire une recomposition complète de nos propositions et de notre positionnement politique. On ne peut pas répéter les mêmes formules du passé, basées sur la réédition du centre-gauche. Il faut avoir la capacité de donner aux gens une perspective nouvelle et plus large, qui soit en mesure de revitaliser les énergies et de redonner l'envie de lutter.



Pour toutes ces raisons, sont nécessaires une réflexion et un re-positionnement stratégique, dans lesquelles il faut poser clairement le fait que l'autonomie idéologique et politique des communistes, à travers la reconstruction d'un véritable parti communiste, sont le premier point à l'ordre du jour. Le résultat de ces élections, pour nous, démontre surtout cela. C'est seulement en nous montrant à nous-mêmes et en montrant aux autres que nous sommes capables de nous unir et de trouver un point de vue commun, que nous pourrons faire le premier pas pour retrouver cette crédibilité et regagner le terrain que nous avons perdu.

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 06:41

elezioni-politiche-2013-x-300x290.jpgÉlections en Italie : la dégénérescence de la vie politique continue, les communistes au plus bas depuis 1945

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les résultats des élections législatives du 25 février confirment l'Italie comme un laboratoire de la dégénérescence de la vie politique traditionnelle : un centre-gauche aux ordres du capital et de l'UE, des « populismes » canalisant la colère populaire, des communistes effacés.

 

Pour se faire une idée des choix du capital, il suffit de jeter un œil à la Bourse de Milan : indifférente au score du bateleur Grillo, euphorique face au score à la Chambre basse du leader du centre-gauche Bersani puis boudeuse face au retour au Sénat du démagogue Berlusconi.

 

Le programme de la Confindustria (MEDEF italien) est clair : d'une part continuer les « réformes structurelles » et les mesures d'austérité entamées par le « dictateur » européen Monti ; d'autre part sauver l'Euro et approfondir l'intégration européenne.

 

Le choix numéro un du patronat et de l'UE était l'ancien commissaire européen Monti, allié à la démocratie chrétienne de Casini et aux ex-néo-fascistes de Fini, l'alternative gouvernement reste l'ancien ministre de Romano Prodi, Pier-Luigi Bersani.

 

Si l'hypothèse d'un gouvernement d'union Bersani-Monti est en suspens, c'est bien le candidat du capital Bersani qui sort vainqueur de justesse à la Chambre avec 29,7% des voix et 340 sièges (mais 31,6% au Sénat sans majorité), tandis que Monti ne totalise que 10,5% des voix et 46 sièges.

 

Bersani, candidat de la Confindustria (MEDEF italien)

 

Pour la Confindustria et les milieux financiers, l'ex-communiste Bersani est le candidat du « pragmatisme » et de la « rigueur », celui à même de maintenir le cap de l'intégration européenne et de l'austérité.

 

Le programme de Bersani : maintenir l'Italie dans l'euro, défendre les mesures d'austérité de Monti et aller plus loin dans les « réformes structurelles » à commencer par une réforme du travail prévoyant des allègements de cotisations pour les entreprises au nom de la compétitivité.

 

Le parcours de renégat de Bersani est un gage de sûreté pour le capital. Homme d'appareil par excellence, le jeune loup du PCI fait partie de l'aile « centriste » qui pense puis exécute froidement le processus de liquidation du Parti communiste au cours de l'année 1991.

 

Ferme sur ses positions économiques libérales et européistes, Bersani reste le ministre de la privatisation de l'électricité et du pétrole en 1999, sous le gouvernement Prodi I, appliquant à la lettre les directives européennes de libéralisation.

 

Il récidivera en 2006, dans le gouvernement Prodi II, en libéralisant certaines professions fermées (taxis, pharmacies) et ouvrant les transports urbains communaux à la concurrence privée.

 

Alibi de gauche dans son futur gouvernement : Nichi Vendola, l'ancien liquidateur de Refondation communiste, leader du mouvement gay et intégriste catholique, gouverneur des Pouilles loué par l'ex-patronne du MEDEF italien et communiste repenti.

 

Berlusconi, démagogue embarrassant et franc-tireur imprévisible pour le capital européen

 

Dans ce contexte, le retour de Silvio Berlusconi embarrasse les milieux financiers et surtout le grand capital européen, avec un score inespéré de 29% à la Chambre et de 30,6% au Sénat,

 

Franc-tireurservant tantôt les intérêts d'une fraction du capital italien tantôt mû par ses intérêts égoïstes, mais aussi porteur des aspirations contradictoires des petits entrepreneurs : les positions démagogiques du Cavaliere sont bien trop imprévisibles pour le capital et l'UE.

 

Dans son come-back, Berlusconi a alimenté la surenchère anti-européenne. Jouant sur la colère contre la monnaie européenne, Berlusconi a pesté contre l'hégémonie allemande mais s'est bien gardé de se prononcer pour la sortie de l'euro, axant ses palabres sur la ré-orientation de la BCE.

 

Multipliant les invectives contre Mario Monti, l' « Homme de Merkel », Berlusconi ne s'est pas privé de proposer de retirer sa candidature pour se ranger derrière l' « Homme d'Etat » Monti si celui-ci prenait la tête d'une coalition de centre-droit.

 

Sur le plan économique, la surenchère démagogique a battu son plein avec promesses de baisses d'impôts profitant aux entreprises et aux riches : réduction de la TVA, suppression de l'impôt sur les résidences principales (IMU), baisse de l'impôt sur le revenu, exonérations patronales.

 

Pour le capital européen, les promesses démagogiques et inconséquentes de Berlusconi sont un péril dans la période. D'une part parce qu'elles entretiennent un sentiment anti-européen. D'autre part, parce qu'elles rendent impossible l'adoption des futures réformes structurelles.

 

Cette impasse avait en 2009 conduit à la démission forcée de Berlusconi, incapable de mettre en place la réforme des retraites, sous pression de sa base populaire. Le capital européen l'avait alors remplacé par Mario Monti qui a lancé le plus grand plan de rigueur en Italie depuis 1945.

 

« Ni de droite, ni de gauche » : le populisme de Grillo et les dangers du qualunquisme

 

Mais en termes de populisme échevelé, Silvio Berlusconi a peut-être trouvé son maître. Humoriste lui aussi mais volontaire, Beppe Grillo, a su manier l'invective pour fustiger, avec une violence verbale confinant souvent à l'insulte jouissive, la « caste » politique italienne.

 

Avec 25,5% des voix et 110 sièges, il est le grand gagnant du scrutin. Grillo rassemble large, les déçus de tous les bords. Tous unis dans une même rage née de la crise économique, tous unis dans le « Qu'ils s'en aillent tous » de Grillo.

 

Le « Vaffanculo » qui avait été le mot d'ordre qui l'avait fait connaître en 2007, trouve un nouvel élan dans le « Tutti a casa » (tous à la maison) ou « Tutti fuori » (tous dehors), un « Sortez les sortants » à l'italienne.

 

Poujadiste, « qualunquiste » plutôt, ce vieux mouvement de fond de rejet de la politique italienne, axé sur le supposé ressenti de l'italien moyen, mêlant des sentiments contradictoires entre anti politique et anti classe politique, entre anti Etat et anti « gros ».

 

C'est ce qui fait l'unité du mouvement, son dénominateur commun est un rejet de la « classe politique » autour d'un programme suffisamment vague pour satisfaire les déçus de la droite comme de la gauche.

 

« Ni gauche, ni droite : contre la caste politique », le discours de Grillo est porteur en temps de crise, porteur de périls également.

 

Le « Mouvement 5 étoiles » de Grillo est né des mouvements citoyens de base pour l'eau publique notamment, classés à gauche, mais fonctionne désormais sur un rapport organique entre un « chef », tribun et sauveur, et une « masse » subjuguée par ses diatribes enflammées sur les places.

 

Grillo peste avec véhémence lors de ces meetings, crie tout haut ce que le patron du Nord-est, ex-électeur de la Lega Nord, anti-Etat et raciste, ou l'intellectuel précaire du Centre, déçu de la gauche, attaché au service public et à l'écologie, pense de moins en moins bas.

 

Mais Grillo dit tout et son contraire : diminuer les taxes sur les entreprises pour relancer la croissance mais lancer une transition écologique vers la décroissance, défendre certains services publics comme l'eau mais râler contre les syndicats et les fonctionnaires planqués.

 

Sur les questions sociétales, Grillo est le premier à défendre la « démocratie participative » mais dans un rapport quasi personnel avec le chef, il est pour lutter contre la monnaie unique européenne mais aussi contre les vagues d'immigration extra-européennes qui menacent l'Italie.

 

Les positions de Grillo sont l'illustration d'une réelle radicalisation de parties importantes de la population italienne, de classes moyennes déclassées, une population sans repères ni perspective politique cohérentes, sujette à toutes les récupérations populistes et potentiellement réactionnaires.

 

Les communistes au plus bas depuis 1945 : une alliance tactique qui ne paie pas

 

Face à ce tableau désolant d'une vie politique italienne en pleine décrépitude, la nécessité d'un Parti communiste italien fort se fait sentir plus que jamais.

 

Hélas, le choix réalisé par les deux partis communistes italiens (PdCI et Refondation communiste), celui d'un effacement tactique, parrainé stratégiquement par le Parti de la gauche européenne (PGE) ne s'est pas avéré payant électoralement.

 

Les communistes italiens avaient fait le pari, pour revenir au Parlement, de s'effacer derrière une liste unitaire, avec les Verts et le parti centriste « Italie des Valeurs » du juge Antonio di Pietro, une liste menée par le juge anti-mafia (l'Eva Joly italien), l'intègre Antonio Ingroia.

 

Après le fiasco de la tentative liquidatrice de l'équipe dirigeante Bertinotti-Vendola en 2008, avec la Gauche arc-en-ciel qui avait ramené les communistes italiens de 9 à 3% et les avaient exclu du Parlement, les communistes tombent encore plus bas.

 

Avec 2,2% à la Chambre des députés et 1,8% au Sénat pour la « Révolution civile » d'Ingroia, les communistes ne reviendront pas au Parlement. Ils entraînent avec eux le parti centriste « Italie des Valeurs » qui avait réalisé 4,5% des voix en 2008 et obtenu 29 députés.

 

Partant d'un potentiel de près de 9% en 2008, la liste de la « Révolution civile » d'Ingroia tombe à 2% sur les deux chambres, loin des prévisions des sondages plafonnant pourtant à 4-5%.

 

Ingroia et les dirigeants de Refondation communistes ont tout de suite dénoncé le blackout médiatique dont a été victime la liste et ont surtout regretté que le PD n'ait pas pris en compte les propositions d'alliance de la coalition, préférant traiter avec Monti :

 

« Bersani a préféré le choix suicidaire de l'alliance avec Monti plutôt que l'alliance avec nous : pourtant nous lui avions proposé mais il n'a jamais répondu », s'est lamenté Ingroia.

 

Paolo Ferrero, secrétaire de Refondation communiste, a ajouté : « on est resté piégé entre le vote utile de Bersani et le résultat de Grillo : nous avons proposé le dialogue au PD mais la porte est restée fermée ».

 

Nous avions en février dernier exposé nos doutes sur les choix d'alliances électorales des communistes italiens, nos camarades du PdCI avaient désiré défendre une alliance qu'ils percevaient indispensable pour sauver une représentation parlementaire.

 

Les choix tactiques hésitant de nos camarades ont suscité le débat en Italie. Après de nouveau revers électoral, ils continueront sans nul doute à faire débat de l'autre côté des Alpes. Les communistes italiens sont les seuls à juger de leurs orientations stratégiques et tactiques.

 

En tout cas, en Italie comme ailleurs, plus que jamais le peuple a besoin d'un Parti communiste à la hauteur de notre temps pour mener la lutte contre les politiques au service du capital, contre ceux qui les mettent en œuvre à « gauche » et ceux qui tentent de récupérer la colère populaire pour la conduire vers de dangereuses impasses.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 07:22

rivoluzione-civile-ingroia-432x432.jpgLégislatives en Italie : les communistes effacent leurs symboles pour se ranger derrière des juges anti-mafia centristes

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Note du rédacteur: l'article ayant fait polémique parmi certains acteurs et observateurs. Nous fournissons ci-dessous certains éléments concrets permettant au lecteur de se faire une idée des événements en Italie*

 

 

Dans le laboratoire italien de la destruction de la vie politique traditionnelle, les communistes italiens semblent alimenter de douteuses recompositions plutôt que de réaffirmer l'exigence de reconstruction d'un Parti communiste, dont le peuple italien a besoin comme jamais

 

Les semaines se suivent et se ressemblent en Italie.

 

Nous avions laissé le PdCI (Parti des communistes italiens) prêt à s'allier avec le Parti démocrate (PD) centriste, et Refondation communiste (PRC) à la recherche d'un introuvable « Quatrième pôle » (à côté du PD, du PdL – parti de Berlusconi et du mouvement de l’humoriste Beppe Grillo).

 

La donne a changé, PdCI et PRC ont désormais accepté de participer à une liste commune pour les législatives de 2013. La liste ne sera pas communiste, elle ne portera même pas ni le nom ni les symboles communistes.

 

L'unité de la liste – paradoxe pour un mouvement se réclamant « anti-berlusconiste » – se construit autour d'une personnalité et d'un nom effaçant partis et idéologies : INGROIA, juge anti-mafia à la moralité aussi incontestable que ces opinions politiques sont modérées.

 

Une unité forgée autour d'un slogan : « La révolution civile », associant un terme radical en apparence, celui de « révolution » à un processus assumé de changement institutionnel et graduel.

 

Enfin, une couleur symbolique qui est, plus que le rouge trop connoté, le « Orange ». Celui du « Movimento arancione », porté par divers politiciens supposés issus de la « société civile », lui-même inspiré directement ou indirectement par la « Révolution orange » ukrainienne.

 

Les protagonistes de ce mouvement : les juges centristes réformateurs

 

A la tête de ce mouvement, un citoyen au-dessus de tout soupçon : Antonio Ingroia. Apôtre crédible de la moralisation de la politique et juge spécialisé dans les cas de corruption et de lutte contre la mafia. Son image est celle d'un justicier intègre, indépendant des « pouvoirs forts ».

 

Sur le plan politique, si Ingroia peut apparaître « radical » dans le milieu feutré des magistrats, ses idées restent somme toute modérées : un attachement sincère à la légalité alimentant des réformes politiques visant à régénérer une démocratie bourgeoise italienne à bout de souffle.

 

En réalité, le phénomène Ingroia ne donne qu'un nouvel élan à une vieille formulée déjà expérimentée par le juge Antonio di Pietro il y a 15 ans de cela : celui du juge impartial, ni de droite ni de gauche, du justicier moralisateur de la politique.

 

Ce n'est pas un hasard si Di Pietro a été un des premiers soutiens de la liste Ingroia. Di Pietro se définit lui-même comme un libéral, un centriste (son parti est membre de l'Alliance des libéraux européens).

 

Di Pietro a soutenu tous les gouvernements Prodi, il fut même son Ministre des Travaux publics, avalisant le projet de TGV Lyon-Turin ou encore organisant la fusion entre l'ex-entreprise publique des autoroutes italiennes et un grand groupe espagnol pour en faire un « monopole européen ».

 

Parmi les autres leaders du mouvement « Ingroia » : deux maires élus en 2011 dans le Sud et issus de la « société civile », les juges de Magistris et Orlando.

 

Les deux n'ont pas vraiment le profil de révolutionnaire. Le premier se reconnaît dans les idées de Di Pietro sur la liste européenne duquel il s'est présenté et a été élu à Bruxelles en 2009. Le second, lui aussi membre du parti de Di Pietro, est un ancien de la Démocratie chrétienne.

 

Deux juges reconvertis dans la politique élus triomphalement respectivement en 2011 et 2012 à la tête des villes de Naples et Palerme avec des scores (65% et 71%) reflétant, dans ces villes loin d'être de tradition progressiste, le caractère « moral » et « a-politique » de ces candidatures.

 

Depuis, dans des villes certes extrêmement difficiles à gérer, le changement peine à se matérialiser et la déception grandit parmi les militants associatifs quant à la prudence des changements dans les politiques sociales et environnementales des nouveaux maires.

 

Un manifeste « réformiste » assumé pour une révolution... « radicale et démocratique »

 

Dans un cadre toujours plus droitier et dépolitisé, le programme d'Ingroia n'a guère de mal à apparaître comme « révolutionnaire ». Or, une simple analyse du Manifeste (« Io ci sto »/« j'en suis ») de la liste d'Ingroia conduit à une autre lecture : un programme de réformes institutionnelles.

 

En effet, le mouvement se présente comme une « alternative de gouvernement » construit à partir d'une « force réformiste » dont le but est de « sortir l'Italie de la crise » et relancer « un pays libéré des mafias et de la corruption ».

 

Cette force se fixe deux objectifs fondamentaux : tout d'abord, réformer l'Union européenne « pour qu'elle devienne autonome des pouvoirs financiers » ; ensuite, « changer le personnel (caste) politique italien », en somme proposer qu'une nouvelle équipe remplace l'ancienne usée.

 

Le catalogue de réformes proposées s'inscrit dans une perspective démocratique et inter-classiste : faire « de la légalité et de la solidarité le ciment du pays ».

 

Parmi les dix points du programme, des mesures réformistes et une insistance sur la moralisation de la politique qui font du manifeste d'Ingroia un programme radical-démocratique plus qu'un programme d'une gauche de classe ou d'alternative.

 

Seule mesure économique (de classe) concrète, la proposition 6 selon laquelle « les entrepreneurs doivent pouvoir développer des projets, la recherche et des produits sans être étouffés par la finance, la bureaucratie et les taxes ».

 

Que ce programme soit limité aux PME ou à toutes les entreprises, cela n'en reste pas moins un plan d'exonérations fiscales pour les entreprises au nom de la compétitivité.

 

Dans son ensemble, le programme de la liste Ingroia s'assume comme celui d'une force ouvertement légaliste, réformiste et démocratique. Comme l'a affirmé lui-même la tête de liste : « Nous avons besoin d'une révolution... radicale et démocratique »

 

Pas d'alliance avec le Parti démocrate?

 

Une force qui reste pourtant inflexible sur un point : pas d'alliance avec le Parti démocrate et ceux qui ont soutenu Monti.

 

Une ligne de fer face au PD dans les paroles qui pourrait subir quelques exceptions en pratique. Si Ingroia a récusé tout pacte de désistement ou liste commune avec le PD, notamment pour le Sénat la réalité locale pourrait être autre.

 

En Lombardie, Sicile ou Campanie, les appels du pied du PD, pour l'instant rejetés, pourraient se concrétiser par un accord électoral concédant à la liste Ingroia quelques élus potentiels.

 

Derrière le numéro de « Je t'aime moi non plus » entre Ingroia et le candidat du PD Bersani (ex dirigeant liquidateur du PCI), le leader de la « Révolution civile » lance malgré tout des appels du pied calculés au PD pour faire barrage aux ennemis communs : Monti et Berlusconi.

 

Ne pas oublier que, si la liste efface symboles et noms des partis, les partis traditionnels – PdCI, Refondation, Verts et Italie des Valeurs – continuent à jouer un rôle déterminant dans la politique d'alliances de cette nouvelle force.

 

Tout récemment, à l'exception de Refondation communiste, le PdCI et l'Italie des Valeurs ont manifesté leur volonté de signer des alliances électorales dès le premier tour avec le Parti démocrate pour revenir (ou rester) au Parlement.

 

Quant à Ingroia, il inscrit son opposition sur des considérations morales revendiquant l'héritage du PD : « Cela ne va pas cher Bersani. La question morale et la lutte contre la mafia doivent être la priorité de l'engagement politique. Dans ce cas, c'est nous qui porterons sur nos épaules l'héritage que le PD a abandonné ».

 

Et les communistes dans tout cela ?

 

Intégrés au projet du PGE (le PdCI avec de fortes critiques), les communistes italiens semblent pourtant dépasser par la droite le projet du PGE matérialisé en 2008 par le projet Fédération de la gauche qui l'a alors emporté sur l'ambition de reconstruction d'un véritable Parti communiste.

 

Dans un cadre original – un PCI liquidé depuis 20 ans et une scène politique en décomposition – les communistes font le choix de l'effacement derrière une force « morale » et « radical-démocratique ». Un choix aux conséquences organisationnelles et idéologiques incertaines.

 

Conséquence probable, un nouvel affaiblissement de la visibilité des idées communistes ainsi que de l'enracinement social de l’organisation communiste. Un affaiblissement fruit de choix politiques qui pourraient justifier de nouveaux compromis électoraux glissant vers des compromissions.

 

Des voix critiques du côté du syndicat de classe de la FIOM : Plutôt la lutte de classes plutôt que la lutte anti-mafia

 

La seule voix critique associée aux communistes bien que proche d'éléments gauchistes est celle de Giorgio Cremaschi, l'ex-secrétaire de la FIOM, le syndicat des métallurgistes italiens, connu pour ses positions de classe.

 

Cremaschi critique une alliance réformiste à contre-temps :

 

« Ce n'est plus l'heure des réformes graduelles ni de l'unité des gauches. Il faut une rupture radicale avec l'Europe du Pacte budgétaire et de Monti, dire non au consensus dominant politique et syndical sur les contre-réformes. Plus forte sera les ruptures, plus nette sera la position politique ».

 

Ce que reproche Cremaschi à Ingroia, c'est de mettre la « lutte anti-mafia » avant « la lutte de classe », le « changement institutionnel » avant le « changement social » : « Ce qui ne me convient pas, c'est son ordre des priorités ».

 

Pour Cremaschi, il faut d'abord lutter contre les réformes libérales, ensuite rompre avec les engagements européens et enfin reposer la question de la socialisation de l'appareil productif.

 

La question de la lutte contre la corruption et les mafias dérive pour lui de la lutte contre ce système capitaliste : « C'est la question sociale qui l'emporte sur la lutte contre la criminalité et non l'inverse ».

 

« Voilà la différence de fond entre la lutte contre les mafias des libéraux honnêtes et celle du mouvement ouvrier socialiste et communiste : une différence encore plus vraie aujourd'hui, si l'on veut vraiment se positionner comme une alternative au cadre politique libéral dominant ».

 

Le dirigeant de la FIOM rappelle la ligne de fracture fondamentale à gauche : entre réformisme puisant à l'humanisme libéral-démocratique et gauche révolutionnaire et de classe, communiste, qui propose non d'aménager mais de renverser le système dominant.

 

* Voici le manifeste de la "Révolution civile" proposée par le secrétaire aux relations internationales du PdCI: http://www.rivoluzionecivile.it/manifesto-io-ci-sto/ ou http://www.esserecomunisti.it/?p=53612

 

Voici un article d'analyse positif sur l'alliance proposé par nos camarades suisses: http://www.sinistra.ch/?p=2401

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 15:53

federazionesinistra« Communistes, tactiques et alliances: que faire? »



Article de Domenico Moro, membre du Comité fédéral du Parti des communistes italiens (PdCI) de Rome traduit par AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/





1 – Un usage correct de la théorie :



Au cours du dernier mois, un débat s'est ouvert parmi les communistes en Italie sur la politique d'alliances en perspective des prochaines élections législatives. La question est : doit-on rejoindre le centre-gauche, voire s'allier avec le PD, ou construire des alliances politiques alternatives en dehors du centre-gauche. En fait, la seconde politique représente une rupture avec une ligne qui fut défendue, non sans quelques variations, pendant ces deux dernières décennies par Refondation communisteet par le PdCI. Pour étayer telle ou telle position, on fait référence à la théorie politique marxiste, dont les fondements ont été exprimés par Lénine et développés par une poignée de théoriciens, parmi lesquels Gramsci. Il va de soi que, comme pour tout classique, on court le risque de citer de façon inappropriée tel ou tel passage. Cependant, un usage inapproprié de Lénine est particulièrement difficile si nous le lisons un peu plus attentivement. Par exemple, « Le gauchisme, maladie infantile du communisme » est parfois cité pour défendre la nécessité des compromis. A ce sujet, toutefois, la position de Lénine est pour le moins complexe : « L'homme politique doit savoir discerner les cas concrets où les compromis sont inadmissibles et diriger contre ces compromis concrets tout le tranchant de sa critique (…) Il y a compromis et compromis. Il faut savoir analyser la situation et les conditions concrètes de chaque compromis ou de chaque variété de compromis. »Dans un cas, dit Lénine, on a le compromis de la social-démocratie en 1914, qui a voté les crédits de guerre, dans l'autre, le traité de paix que les bolcheviques ont signé avec les allemands à Brest-Litovsk en 1918. Le premier fut une capitulation des socialistes allemands et français devant leur impérialisme, le second fut la manière que trouvèrent les communistes russes pour sauver le jeune et fragile État soviétique. Nous aussi, quoi que cela soit de façon plus modeste, nous devrions partir de l' « analyse pondérée et rigoureusement objective de toutes les forces en présence » et « reconnaître ouvertement une erreur, en découvrir les causes, analyser les situations qui en sont à l'origine, étudier attentivement les moyens pour la corriger : voilà l'indice de sérieux d'un parti ». Mon impression est que, dans le débat en cours, on tend à se concentrer sur les réponses immédiates, les alliances et la tactique électorale en général, sans avoir défini quelle stratégie générale nous devons adopter et sans avoir analyser la situation concrète et la nature des forces politiques en jeu.



2 – Analyse des gouvernements de centre-gauche :



Les communistes, qui sont de façon gramscienne « philosophes de la praxis », doivent toujours faire un bilan de leur expérience et comprendre, sur cette base, comment ils doivent modifier, et dans quelle direction, leur pratique. Analysons alors notre histoire depuis vingt ans, basée sur l'alliance stratégique avec le centre-gauche, et qui comprend la participation à deux gouvernements dirigés par Prodi. Quels éléments positifs retenir de notre participation aux deux gouvernements ? Voyons cela. Le premier gouvernement Prodi a augmenté la TVA de 19 à 20%, rabaissé les tranches de l'impôt sur le revenu et sa progressivité, portant la tranche maximale d'impôt sur le revenu pour les plus riches de 51 à 45%. Surtout, il a lancé le processus de privatisation du marché du travail italien avec la loi Treu (1997). Cette loi, selon l'OSCE, a eu un impact beaucoup plus important en termes de déréglementation du marché du travail que la loi Biagi, adoptée par le gouvernement Berlsuconi en 2003. Les privatisations réalisées par le gouvernement Prodi ont été bien plus nombreuses que celles réalisées par le gouvernement Berlusconi, en commençant par la « mère » de toutes les privatisations, celle des Télécoms (1997). Passons à Prodi II. Dans ce gouvernement, le ministre de l’Économie Padoa-Schioppa (artisan de l'euro et membre du Conseil d'administration de la Fiat par la suite), s'était fait le paladin de l'augmentation des impôts et de la discipline budgétaire. En fait, ce sont les tranches d'impôt sur le revenu pour les revenus les plus bas qui ont été augmentés, tandis que les impôts sur les entreprises, l'IRES et l'IRAP, ont été rabaissés. Cela s'insérait dans la problématique, tant médiatisée, de la réduction du « coût du travail » qui s'est réalisée totalement dans les intérêts des entreprises. Sur le plan de la politique extérieure, l'Italie a augmenté le nombre de ses soldats et de son matériel de guerre présents en Afghanistan, où furent menées de véritables opérations militaires, en dépit des démentis réitérés du gouvernement. Quel fut notre impact sur l'action de ce gouvernement ? Quasi nul. Tous les points les plus importants de notre programme électoral, à commencer par l’abolition de la loi Biagi, furent sacrifiés pour sauver la coalition gouvernementale. Ceux qui ont voté contre la guerre en Afghanistan furent traités de traître vendu à l'ennemi (Berlusconi, pas les Talibans). Chaque fois que l'on a essayé de relever la tête, on nous demandait de nous taire avec le même chantage moral : « Vous voulez prendre la responsabilité de faire tomber le gouvernement et d'ouvrir la voie à Berlusconi ? ».A partir du moment où les travailleurs italiens et en particulier nos électeurs analysaient les faits concrets, nous avons été punis (PRC, PdCI et Verts), perdant 3 millions de voix et chutant de 12 à 3%. Que cette débâcle soit due au refus – pas le nôtre, celui de Veltroni – de faire alliance, que cela ait été la conséquence du « vote utile » est démenti par de nombreuses enquêtes sur la volatilité des électeurs, qui démontrent que nos électeurs ont surtout fait le choix de s'abstenir. Une petite minorité s'est dirigée vers l'Italie des valeurs ou vers le PD. Sur cette question, je conseille la lecture de mon article « Le vote de classe en Italie ». En fait, nous commençons à perdre des voix (en absolu et en pourcentage) à partir des municipales de 2007, c'est-à-dire pendant le gouvernement Prodi II et avant l'Arc-en-Ciel de 2008. Toutefois, le PRC et le PdCI ont ignoré tous les signaux de détresse de notre électorat et ont continué à se discréditer en participant au gouvernement, jusqu'à ce que Mastella [NdT : ancien ministre centriste de Prodi qui a quitté le centre-gauche pour rejoindre le camp de Berlusconi en 2008]lâche ses partenaires. Toutefois, en politique, rien n'est figé, tout évolue. Voyons, donc, si aujourd’hui, le PD est en mesure d'exprimer une rupture avec le passé.



3 – La contradiction est-elle entre les « experts » et la « politique » ?



On nous dit aujourd’hui que le choix serait entre les « experts » et la « politique ». Soutenir le PD et Bersani représenterait une façon de remettre sur le devant de la scène la politique. On oublie, toutefois, d'observer qu'en Italie un régime parlementaire est encore en vigueur, sur la base duquel le gouvernement Monti a du obtenir la confiance du Parlement. Et surtout on omet de faire remarquer qu'il existe une majorité politique et parlementaire qui a soutenu le gouvernement et en a voté les décrets. Le PD qui, par la sens des responsabilités (envers qui?) a renoncé aux élections qu'elle aurait gagné haut la main, a été un pilier essentiel de cette majorité. On ne peut pas nier que le PD a voté toutes les mesures du gouvernement, les pires de ces dernières décennies : du recul de l'âge de départ à la retraite désormais au plus haut en Europe, à la réforme Fornero du marché du travail, l'abolition de l'article 18 (sur l'interdiction des licenciements arbitraires), l'augmentation des impôts régressifs comme l'IVA et la ré-introduction de l'IMU, l'impôt municipal sur la résidence principale. Toujours à propos de la contradiction entre experts et politique, il faudrait faire remarquer, outre le fait que la réforme Fornero reprend certains propositions du PD (par exemple l'apprentissage qui diminue le salaire d'entrée sur le marché du travail), que la Loi de stabilité n'a été aucunement améliorée lors de son passage en Commission bilan, où un des rapporteurs était Baretta du PD, et à la Chambre des députés à Montecitorio. Elle a même été renforcée, vu que au lieu du transfert de ressources qui aurait dû revenir aux plus pauvres par la réduction de l'impôt sur le revenu, on a eu une augmentation des ressources pour les entreprises, en actant, par un prétendu « salaire de compétitivité », la mort de la convention collective, la diminution des salaires et la subordination de l'organisation du travail aux exigences du profit. En outre, lorsque fut proposée l'augmentation de 3% de la tranche de l'impôt sur le revenu pour les revenus au-delà de 150 000 euros, afin de trouver des ressources pour les pré-retraités, c'est Bersani qui a exprimé son opposition. Particulièrement agaçant par ailleurs l'amendement du PD en faveur du maintien des 223 millions d'euros pour les écoles privées, face aux coupes importantes dans l'école publique. La question la plus importante, toutefois, c'est que le PD a approuvé la plus décisive de toutes les mesures : le pacte budgétaire et l'introduction dans la Constitution de l'équilibre budgétaire. Et ce n'est pas pieds et poings liés, vu que le PDS, les DS puis le PD ont toujours adopté des positions dans la droite ligne du mainstreameuropéiste. Le même Fassina, représentant de la gauche « social-démocrate » du PD, a dit qu'il s'agit d'un fait positif car nous permet d'avoir « plus d'Europe ». Nous avons vu ce que veut dire plus d'Europe : subordination des politiques sociales et du travail à la stabilité de l'euro et à l'équilibre budgétaire. Bersani peut bien dire à qui veut l'entendre qu'il désire « remettre le travail au centre » et que « le prochain gouvernement ne sera pas installé par les banquiers ». Ses mots n'ont guère de crédibilité face à la réalité des faits, c'est-à-dire des mesures qu'il a voté sur le travail et face à l'adoption d'un carcan budgéraire qui ne laisse aucune marge de manœuvre pour une politique vraiment social-démocrate. Sans compter sur un petit détail, la propension du PD à nouer une alliance avec une force comme l'UDC, déjà expérimentée en Sicile, et la déclaration de Bersani, juste après les primaires : « Je continuerai à soutenir la politique de rigueur et de crédibilité que Monti a porté ». La question est donc la suivante : si la formule du centre-gauche est un échec depuis des années, comment pourrions-nous penser qu'elle puisse aboutir à quelque chose aujourd’hui, avec le carcan rigide imposé par l'Europe, avec un gouvernement entêté à suivre un chemin déjà tracé, et avec des forces bien diminuées de notre côté depuis 2006 ?



4 – Peser et non pas faire acte de témoignage. D'accord, mais comment ?



Justement, on nous dit que les communistes doivent chercher à peser et ne pas se réduire à faire acte de témoignage. Peser ne signifie pas, toutefois, participer à des alliances où les rapports de force n'existent pas pour peser. Le risque de se réduire à un pur acte de témoignage, c'est justement répéter une ligne qui s'est révélée erronée, sans impact concret et qui nous éloigne des masses, érodant le peu de soutien qu'il nous reste. On nous dit qu'on ne fait pas des alliances « in abstracto ». Comme je l'ai écrit il y a quelques mois, je suis d'accord : en politique il faut éviter les opinions pré-conçues. Mais dans ce cas concret où est le programme de centre-gauche qui, par exemple, rétablisse l'article 18 ou l'âge de la retraite ? Ce qui est important, c'est que nous ne sommes plus dans la même phase historique. Nous sommes non seulement pris dans la pire crise du capital depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, qui durera probablement au moins une quinzaine d'années, mais aussi dans la plus grande réorganisation de la production et des rapports de travail. Par exemple, la précarité et le chômage, phénomène lié à l'abstention, ne sont plus un élément conjoncturel, mais des caractéristiques structurelles et jouant un rôle dans l'accumulation de capital. La faillite du centre-gauche et de notre stratégie, pensée autour de lui, est due justement à l'incompréhension de ce qui se passait et de l'état d'esprit des masses. Les moyens de communication, fortement contrôlés par les grands groupes monopolistiques, ont eu beau jeu de détourner la colère populaire contre la « caste » des politiques, des partis, tandis que le problème se trouvait dans les rapports de production. Nous ne devons pas tomber dans la même erreur, mais juste de façon inversée, pensant que la contradiction se trouve entre anti-politique et politique ou entre « technocratie » et « politique ». La politique in abstracto ne peut pas résoudre la situation, car la véritable contradiction se trouve entre une politique, quelle que soit la forme sous laquelle elle se manifeste, qui exprime les besoins du capital et une politique qui exprime les besoins du travail salarié. Si la politique et les partis sont discrédités, ce n'est pas seulement à cause des coûts de la politique ou de la corruption, mais surtout parce qu'ils sont perçus comme incapable de freiner l'effondrement social. Et si on dit des partis qu'ils sont « tous pourris », c'est justement parce qu'on ne fait plus vraiment la différence entre politiques de centre-gauche et de centre-droit, toutes restant comprises dans le grand courant dominant. Une alliance d'une partie de la Fédération de gauche avec le PD aurait des effets pernicieux pour la relance de la gauche en Italie et pour la reconstruction d'un parti communiste. En premier lieu, parce qu'elle diviserait, au-delà de la Fédération, également les communistes, creusant une barrière entre eux, et ensuite parce que la reconstruction d'un parti communiste de masse passe par un travail visant à tisser de nouveau un rapport de confiance avec les secteurs de classe les plus avancés qui s'est rompu. Surtout, cela passe par un mouvement de reconquête des abstentionnistes, vers où est partie une fraction importante de notre électorat. En définitive, la réaffirmation d'un projet politique passe par la reconstruction de rapport de forces, dans l'accumulation de forces. C'est seulement si les communistes et la gauche ne se font pas aspirer par le centre-gauche que nous réussirons et pourrons essayer d'occuper un espace politique qui ne fera que s'agrandir. Un espace qui, la politique ayant horreur du vide, risque d'être définitivement occupé par une large gamme de forces politiques qui, bien que ce soit de façon très diverse, expriment des positions d'extrême-droite si ce n'est néo-fasciste. Ce que nous avons dit n'est pas en contradiction avec le retour des communistes au Parlement, mais en est plutôt la condition nécessaire. Les conditions politiques existent, et le terrain social, pour réaliser un système d'alliances alternatives au PD, qui cherchent à dépasser le barrage électoral. Et surtout qui permettent de reconstruire un ancrage social en recul et qui garantissent l'autonomie politique nécessaire pour affronter, dans et hors du Parlement, une saison de luttes qui s'annonce longue, complexe et très dure.

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