Présentation

    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclaration, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

Recherche

29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 09:45

Bologne étudLes étudiants à l'avant-garde de la lutte contre la politique du gouvernement Berlusconi en Italie: absence de convergence des luttes et responsabilité des communistes



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Le 16 octobre dernier, nous mettions l'accent sur le fait que le rassemblement d'1 million de métallurgistes appelant à la grève générale dans les rues de Rome (cf Près d'1 million de métallurgistes dans les rues de Rome à l'appel de leur syndicat de classe pour leurs conditions de travail et pour préparer les conditions de la grève générale) pouvait avoir un effet d'entraînement sur les autres couches du salariat ainsi que sur le mouvement étudiant largement représenté dans la manifestation. Ce sont effectivement les jeunes qui ont pris le relais des métallos en entamant depuis une des mobilisations les plus massives de ces dernières années.

 

Un mouvement qui ne peut qu'être comparé à l' « Onda », cette déferlante d'occupations d'universités et de manifestations qui avait paralysé l'Italie universitaire à l'automne 2008.

 

A l'époque déjà, les étudiants luttaient contre le projet de contre-réforme Gelmini (du nom de la ministre de l'Education) aboutissant à une privatisation de fait des universités tant par l'institutionnalisation du financement privé, par l'autonomie des universités qui est son corollaire ainsi que par la refonte des cursus afin des les conformer aux besoins du patronat italien. Le projet prévoyait également la précarisation des enseignants-chercheurs.

 

L'ampleur du mouvement de 2008 avait contraint le gouvernement à reculer, mais en aucun cas à abandonner son projet. Et à la rentrée 2010, avec l'entrée en vigueur du volet universitaire de la contre-réforme Gelmini, le gouvernement en a profité pour annoncer de nouvelles coupes dans l'Education nationale: 9 milliards d'économies budgétaires et 130 000 postes en moins d'ici 2013.

 

La contre-réforme et les coupes budgétaires font système: asphyxier les universités publiques pour ensuite faire apparaître comme une nécessité l'appel au privé pour sauver un système universitaire en décrépitude.

 

Mais les étudiants et chercheurs italiens refusent cette logique de privatisation de l'université.

 

 

Manifestations monstres, universités bloquées et occupations symboliques: le retour de la « Vague » de 2008

 

 

rome étudMercredi 17 novembre, 200 000 étudiants sont descendus dans les rues d'une centaine de villes Italiennes. L' « Onda » (la Vague) a de nouveau déferlé sur l'Italie, avec des cortèges étudiants allant de 5 000 à Florence et 7 000 à Palerme jusqu'à 20 000 étudiants à Rome et 30 000 à Turin.

 

Or, cette manifestation a marqué un point de départ d'un mouvement qui prend de l'ampleur de jour en jour.

 

La quasi-totalité des universités italiennes est désormais paralysée par le mouvement, et des actions de protestation sont désormais organisées chaque jour par les syndicats étudiants italiens.

 

pise étudImitant exemple de l'occupation symbolique de l'Acropole par les communistes grecs, les étudiants italiens ont occupé successivement mercredi dernier le Môle de Turin, la Tour de Pise ainsi que le Coliséelançant depuis ces trois monuments de la péninsule un appel à la résistance contre les projets du gouvernement.

 

Les étudiants ont également essayé de manifester leur colère devant les lieux de pouvoir de la République italienne: le palais présidentiel, le Sénat ainsi que le Chambre des députés où le projet de la ministre de l'Education est actuellement examiné et où les étudiants avaient l'intention de réaliser un sit-in pacifique, que la police romaine a réprimé avec brutalité.

 

 

 

 

 

L'absence de convergence des luttes et d'alternative politique et les tâches des communistes

 

 

Depuis le début du mouvement, les jeunes communistes italiens jouent leur rôle de force d'impulsion et d'animation des luttes. Toutefois, le danger d'un isolement corporatiste du mouvement tout comme l'absence d'alternative politique à gauche font ressentir nettement quel doit être le rôle à jouer pour les partis communistes italiens dans la phase actuelle.

 

Les mouvements catégoriels se multiplient grâce à certaines branches syndicales combatives, des métallos aux étudiants. Des possibilités de convergences existent comme l'avait prouvé la manifestation du 16 octobre organisée par la FIOM. La toute dernière manifestation organisée Mais seul un parti révolutionnaire sur des positions de lutte peut les matérialiser.

 

Cela va de soi que le Parti démocrate, qui tente démagogiquement de récupérer le mouvement par l'entremise de son secrétaire Pier-Luigi Bersani aux « côtés des étudiants », ne peut incarner l'alternative. Le PD partage la justification méritocratique de la contre-réforme de la droite et ses conséquences les plus directes– précarisation des chercheurs, introduction du privé dans l'université, sélection des étudiants. L'ancien ministre PD de l'Education de 1996 à 2000, Luigi Berlinguer, va même jusqu'à contester la paternité de la contre-réforme Gelmini.

 

Et ce n'est pas non plus le reste de la gauche post-communiste, aux discours radicaux mais servant de voiture-balai au PD, qui peut l'incarner. De Nichi Vendola, ex-dirigeant liquidateur de Refondation communiste admirateur de Zapatero, au juge Antonio di Pietro, aussi intègre qu'étranger à la tradition politique communiste, tous réduisent la politique à un « concours de miss », sans idées ni projets, obsédés par la politique politicienneet se rattachant aux luttes, au mieux, que par une posture extérieure de soutien.

 

fdsEt les communistes? Seuls à pouvoir incarner l'alternative et à pouvoir faire converger les luttes, ils restent pris dans leurs contradictions. En effet, au moment où l'Italie connaît un mouvement massif de résistance à la politique du gouvernement, les communistes du PdCI et du PRC étaient occupés à préparer le Congrès fondateur de la Fédération de la Gauche (FdS).

 

La Fédération de la Gauche, présentée dans un premier temps comme une coalition électorale tactique destinée à rapprocher les deux partis communistes après l'échec de la Gauche arc-en-ciel en 2008 (3% aux législatives), apparaît de plus en plus comme une nouvelle tentative liquidatrice continuatrice de la Gauche arc-en-ciel et proche de l'expérience Izquierda Unida en Espagne.

 

Le secrétaire-général de Refondation communiste, Paolo Ferrero, avait vendu la mèche le 29 août dernier avouant que l'objectif était de « créer un Die linke à l'Italienne » (cf Les objectifs de la « Fédération de la Gauche » italienne dévoilés: le secrétaire-général de Refondation Communiste se propose pour la création d'un « Die linke » italien...). Dans la même interview, il se déclarait ouvertement l'allié du Parti démocrate.

 

Plus que jamais, étudiants et métallos, le peuple d'Italie a besoin d'un nouveau Parti communiste italien. Espérons que ce moment historique soit l'occasion pour nos camarades italiens de renouer avec l'histoire glorieuse du PCI!

Repost 0
Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
commenter cet article
17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 23:22

federalismo fiscaleQui paiera le fédéralisme fiscal?



par Domenico Moro, économiste du PdCI (Parti des communistes italiens)



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Le problème de la pression fiscale se fait sentir lourdement dans notre pays, surtout par le poids excessif de la fiscalité sur les épaules des travailleurs salariés, notamment ceux aux revenus les plus faibles. Les interventions récentes ont mené à une réduction du nombre d'échelons de l'Impôt sur le revenu national, à l'introduction d'Impôts sur le revenu régionaux additionnels, et à l'augmentation de la fiscalité indirecte, c'est-à-dire sur la consommation.



La réduction à cinq des échelons de l'Impôt sur le revenu a limité la progressivité des impôts directs, sur les revenus, qui pèse sur les travailleurs salariés. Par ailleurs, les Impôts sur le revenu régionaux additionnels, contrairement à celui national, ne respectent en rien le critère de progressivité. Par exemple, dans le Latium, le taux d'imposition additionnel est de 1,4% pour tous les revenus. C'est également le cas en Vénétie, mais elle est de 0,9%. Au Piémont, en revanche, il existe trois taux d'imposition mais qui toutefois fluctuent de manière non-progressive. Par exemple, ceux qui ont un revenu inférieur à 15 000 euros paient 0,9% en plus; le taux passe à 1,3% pour ceux qui ont un revenu dépassant les 15 000 euros et à 1,4% pour ceux au-delà de 22 000 euros; mais toujours sur l'ensemble du revenu imposable et non, comme cela se produit au niveau national, seulement sur la partie du revenu supérieure à celle de l'échelon précédent. Le tableau des impôts additionnels est en un mot une véritable jungle, où chaque région adopte ses propres critères, en augmentant la confusion – aussi à cause de l'éventail complexe des déductions (au nombre de 18), niches fiscales (39) et exonérations fiscales (46) – et la disparité de traitement entre citoyens-contribuables le long de la botte.





A tout cela, s'est ajouté l'augmentation de la pression des impôts indirects sur la consommation, de l'IVA [TVA italienne] aux taxes sur les alcools et les tabacs, en passant par les péages autoroutiers. Choisir d'augmenter les impôts indirects apparaît un bon tour d'illusionniste pour des gouvernements soucieux de faire consensus, puisqu'elles apparaissent comme plus « neutres » et sont moins évidentes aux yeux de ceux qui les subissent par rapport aux impôts directs. Il y a un pourtant un hic: elle ne sont pas progressivesc'est-à-dire qu'elles ne pèsent pas de manière égale sur tous, sur Montezemolo [président de Ferrari] et sur Cipputi [personnage de BD symbolisant l'ouvrier en Italie], qui, quand ils achètent un produit ou un service, paient la même taxe, tout en ayant des revenus très différents.



La conséquence de ces mesures est une imposition fortement injuste du point de vue social, et aussi anti-constitutionnelle. En effet, la Constitution à l'article 53 affirme que les taxes doivent être progressives, doivent augmenter à mesure qu'augmentent le revenu.



Dans un tel cadre, le débat récent a conduit certains à conclure que le fédéralisme pourrait alléger la pression fiscale et résoudre le manque de services et d'infrastructures dans lequel est plongé notre pays, obligeant la classe politique à des allocations plus efficaces de ressources. Mais est-ce véritablement ainsi? Ou ne risque-t-on pas d'accentuer les tendances iniques de la fiscalité des dernières années?



Pour le vérifier, voyons ce que prévoit le décret-loi en matière d'autonomie fiscale des régions à statut ordinaire (Décret-loi du 11 octobre 2010), voté récemment en Conseil des ministres. En premier lieu apparaissent les points suivants:



  • Augmentation des impôts. Le décret prévoit la possibilité pour les collectivités locales d'augmenter encore les impôts directs. Le plafond de l'Impôt sur le revenu additionnel sera de 1,4% jusqu'en 2013, de 2% à partir de 2014, et de 3% à partir de 2015 (art. 5, paragraphe 1). A cet égard, il est faux d'affirmer comme cela a été rapporté par certains journaux, que les deux premiers échelons de revenu auraient été exemptés de l'augmentation. En réalité, l'article 5 paragraphe 2, prévoit que « une augmentation au-delà de 0,5% ne doit pas concerner les deux premiers échelons de revenu ». Ce qui signifie qu'une augmentation de 0,5% est prévue pour tous.



  • Redistribution du revenu national en faveur des entreprises. Tandis que l'impôt sur les revenus du travail salarié (IRPEF) augmentera, il est prévu de réduire et même de supprimer l'impôt régional sur la production (IRAP), la « taxe » imposée aux entreprises pour payer la santé des travailleurs. En fait, il est faux que l'impôt sur la production ne peut pas être diminué si l'impôt sur le revenu est augmenté, car à l'article 4 paragraphe 3, il est affirmé que, en cas de diminution de l'impôt sur la production , l'augmentation de l'impôt sur le revenu ne peut pas dépasser les 0,5%. Il convient de remarquer, enfin, que l'impôt sur la production n'est pas à proprement parler un impôt. Elle représente la vieille contribution à l'aide sanitaire des travailleurs qui en 1997 a été incluse, avec d'autres articles, à l'IRAP. Il s'agit en pratique d'une partie du salaire, celle « indirecte », payée en services publics.



  • Réduction de la progressivité de la fiscalité. Avec le fédéralisme fiscal augmentera le poids de la TVA et des autres impôts indirects, comme les taxes sur l'essence et la vignette automobile, parce qu'elles devront compenser la suppression des fonds alloués par l'État central aux régions (articles 14 et 15). Avec la TVA, par exemple, on alimentera le fonds de péréquation des dépenses régionales (articles 11, paragraphe 5). On en vient ainsi à créer un mécanisme qui emmènera à augmenter justement les taxes sur la consommation, soit la forme d'imposition non-progressive par excellence.



Quels seront les conséquences sociales du fédéralisme fiscal? Elles seront graves sur au moins trois plans:



  • Cela creusera le déséquilibre entre salaires et profits au profit des derniers. Dans les 25 dernières années, 8% de la richesse nationale est passée des salaires aux profits. Avec le fédéralisme fiscal, l'écart se creusera. Le salaire direct sera amputé directement par l'augmentation du plafond de l'Impôt sur le revenu et indirectement avec la diminution des services publics payés grâce à l'Impôt régional sur les sociétés. Dans le même temps les profits, libérés entièrement ou partiellement de l'Impôt régional sur les sociétés, augmenteront. L'écart s'aggravera – il est bon de le préciser – également au Centre et au Nord, justement parce que les régions avec le moins de difficulté budgétaires et avec l'Impôt sur le revenu additionnel à 0,9%, seront plus enclines à favoriser les entreprises, en coupant dans l'Impôt sur les sociétés et en compensant cette perte en augmentation le taux additionnel de l'Impôt sur le revenu.



  • Cela augmentera les inégalités entre les régions du Sud et celles du Nord. Pas seulement en termes d'écart dans la qualité des services et d'accessibilité des infrastructures. Il y a un autre aspect qui n'a pas été pris en compte: la réduction et encore plus la suppression de l'Impôt régional sur les sociétés faciliteront l'attraction des investissements. Et à partir du moment où seules les régions au budget positif, c'est-à-dire les plus riches du Nord, pourront le faire, le Sud connaîtra une diminution encore plus forte de l'afflux de capitaux et une accentuation de la fuite déjà substantielle de la production vers le Nord. Le PIB du Mezzogiorno, descendu en 2009 au niveau le plus bas depuis l'Unité italienne (23,2% du PIB national), risque de s'effondrer.



  • Les services de santé publics seront gravement réduits. Avec le fédéralisme, on pourra diminuer l'Impôt régional sur les sociétés seulement si les comptes sont en règle et/ou en présence de coupes massives dans les dépenses, autrement dit par la diminution des services rendus. On ferme déjà en ce moment des dispensaires et des hôpitaux entiers, avec le fédéralisme fiscal, il y aura une véritable hécatombe. Dans de nombreux territoires de province, les patients seront contraints de se rendre à des structures distantes de plusieurs dizaines de kilomètres, avec tout ce que cela implique. De nombreux travailleurs resteront sans assistance, avec comme effet non-négligeable le fait que la santé privé aura plus de place pour s'imposer.

 

 

Il y aura, donc, un effort de fait pour diminuer les taxes sur les entreprises, ce qui est le véritable objectif du fédéralisme, et c'est pour cette raison que le projet est soutenu par la Confindustria (MEDEF italien). Par conséquent, on compensera les exonérations patronales par la réduction des services et/ou par l'augmentation de l'Impôt sur le revenu et des taxes à la consommation, également parce que la baisse de l'IRAP est de la seule responsabilité des régions (article 4, paragraphe 2).


 

Le vrai point crucial de la fiscalité italienne est le fait qu'elle couvre l'évasion fiscale la plus élevée d'Europe, estimée à 100 milliards d'euros, soit 7% du PIB, un chiffre supérieur à celui du déficit public, qui s'élève à 5,2%. Les principaux responsables de l'évasion sont les industriels (32%), et l'augmentation la plus forte des évadés fiscaux en 2010 s'est enregistré au Nord, en particulier dans les vertueuses Lombardie (+10,1%) et Vénétie (+9,2%). La question fiscale est et deviendra de plus en plus important dans notre Pays et en général dans les pays les plus avancés. Naturellement, c'est une question cruciale dans la fixation du salaire réel global, couvrant le salaire indirect et les aides sociales, qui sont attaqués dans toute l'UE. Et puis, avec la persistance de la crise et la pression des marchés pour réduire les déficits et les dettes publics, la pression à l'augmentation des taxes risque d'être de plus en plus forte. Ensuite, décider et qui, et dans quelle mesure, doit payer les impôts sera décisif.

     

     

    Domenico Moro



    Repost 0
    Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
    commenter cet article
    22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 14:29

    fdsLe secrétaire-général de Refondation Communiste se propose pour la création d'un « Die linke » italien...



    Article AC http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



    Avant d'aborder les déclarations récentes du secrétaire-général de Parti de la refondation communiste, Paolo Ferrero, petit retour en arrière pour mieux comprendre l'accélération des événements en Italie.



    Congrès de 2008: élimination de l'aile-droite des liquidateurs, reprise du parti par son aile-gauche



    En décembre 2008, l'aile-droite liquidatrice du Parti de la refondation communiste (PRC) est vaincue au VIIème Congrès du parti, à Chianciano. Fausto Bertinotti, dirigeant historique du PRC, avait mené le projet de « refondation » du PCI jusqu'à une tentative de nouvelle liquidation. Cette « Gauche arc-en-ciel », projet de nouvelle formation politique dépassant notamment les deux partis communistes (PRC et le Parti des communistes italiens-PdCI), avait subi un échec cuisant aux législatives: 3%, le score le plus faible pour une formation comprenant des communistes, ces derniers étant exclus du Parlement pour la première fois depuis 1945.

     

     

    La victoire au Congrès n'a été possible que grâce à l'intense travail réalisé par le courant communiste de « L'Ernesto », et à la progression dans le parti du courant identitaire « Essere comunisti » perçu par de nombreux militants comme un rempart, garant du maintien de références communistes dans le parti. Mais elle ne s'est dessinée qu'après que l'aile-gauche de la direction, menée par Paolo Ferrero et son groupe, a évalué que le projet liquidateur porté par Bertinotti – qu'il avait pourtant soutenu jusqu'ici – était discrédité à court-terme. Cette aile-gauche de la direction, mais solidaire jusqu'à ce moment-là de cette aile-droite du parti, a alors rejoint l'opposition. Paolo Ferrero devient le nouveau dirigeant du parti, et l'aile-droite des liquidateurs sort du parti pour fonder autour de la personnalité de celui qui fut l'éphémère successeur de Fausto Bertinotti à la tête de Refondation communiste fin 2008, Nichi Vendola, la formation dite « Gauche, écologie et Libertés » (SEL en italien).

     

     

    Mais c'est donc bien l'aile-gauche liquidatrice qui restait à la tête du parti (cf cet article de 2009 et la présentation/introduction toujours actuels: Rifondazione: les liquidateurs restés au parti mis devant leurs contradictions, par le directeur de L'Ernesto). Un pied dedans, un pied dehors.

     

    Le projet Fédération de la Gauche comme tentative dissimulée de relance de la transformation/dissolution du Parti

     

     

    Après le résultat pourtant encourageant de la liste communiste aux européennes de 2009 (3,6%), obtenu dans le chaos le plus total et dans un climat de guerre civile au sein du PRC, la direction décide de prendre la base à contre-pied et de piloter la création d'une nouvelle formation politique.C'est la naissance, en juillet 2009, de la Fédération de la Gauche. Certes, la direction soutenue par le groupe « Essere Comunisti »et le PdCI, avance que le projet ne vise pas à créer un « Die linke » italien et d'y fondre donc les partis communistes. Au contraire, la Fédération de Gauche pourrait être un moyen de renforcer le parti.

     

     

    Un an après, les craintes constructives exprimées notamment par le courant del'Ernestose vérifient. Les architectes de cette Fédération de la Gauche, concomitante de l'expérience Front de Gauche, et s'inspirant en fait du schéma espagnol Izquierda Unida, ont bien en tête le dépassement des partis communistes par une autre « chose », une formation de gauche « sans adjectifs ».

     

     

    Après le dirigeant d'Essere Comunisti, autour du secrétaire-général de vendre la mèche: « Pour un Die Linke à l'italienne »

     

     

    Déjà, le 19 mai dernier, dans l'article « Die Linke e noi » (Die Linke et nous) Claudio Grassi, dirigeant du courant « Essere Comunisti », exprimait son admiration pour le projet Linke qui était parvenu à unir tous ces courants de gauche, en dépassant leurs querelles internes. Pour lui, c'était un modèle pour l'Italie. Et la Fédération de la Gauche était un premier pas vers un tel projet. Il avait lâché le mot.

     

    Cette fois, c'est au tour de Paolo Ferrero, secrétaire-général du parti, ancien homme de main de l'ancienne direction liquidatrice menée par Bertinotti, et qui a su habilement se présenter comme leader de l'opposition au dernier congrès, de vendre la mèche.

     

    Dans une interview accordée au journal de centre-gauche, proche du PD, La Repubblica,le 29 août dernier, il révèle son véritable projet.

     

    Ferrero était avant tout interrogé sur la proposition du leader du Parti Démocrate (PD), Pier-Luigi Bersani, de participer à une alliance électorale qui serait aussi alliance de gouvernement: l'Olivier. La réponse de Ferrero n'est pas sans ambigüité: oui à l'alliance électorale, non au pacte gouvernemental. Ferrero donne ainsi l'impression d'un coup de barre à gauche par rapport à l'ancienne direction qui avait participé au deuxième gouvernement Prodi sans pour autant cesser d'être allié fidèle du centre-gauche démocrate.

     

     

    Mais le plus surprenant reste la suite, quand il affirme qu'il a « un autre objectif ». Lequel? demande le journaliste impatient. Réponse de Ferrero: « Nous posons le problème d'unir la gauche anti-capitaliste hors de l'Olivier. Une formation comme die Linke en Allemagne ». Dans quel but? Un projet de recomposition politique, où une vie politique au service des intérêts du capital serait mieux équilibrée: « Ce serait une façon de rééquilibrer le débat politique. A ce moment-là, pourraient se former un pôle d'extrême-droite, un leghiste, un de droite modérée ou de centre, un centre catholique, un centre-gauche et une vraie gauche ». Recomposition, calculs politiciens, visions électoralistes à courte vue... on n'est loin de cette « vraie gauche ».

     

     

    Et dans une interview accordée à Liberazione le 5 septembre, Ferrero remet une couche sur le fait que nous « proposons la construction et l'unité de la gauche d'alternative ». Et vers où se portera la construction de ce projet de gauche d'alternative: « Le terrain de construction de cette alternative est l'Europe, et sur cela nous travaillons avec la Gauche européenne ». Ferrero révèle ainsi en passant le rôle central que joue le Parti de la gauche européenne (PGE) dans ce projet de recomposition.

     

     

    Lutter contre le projet liquidateur, pour une véritable reconstruction du PCI dont le peuple italien a besoin!

     

     

    En somme, après avoir subi le traumatisme de la liquidation du PCI en 1991, après avoir subi quinze ans de « refondation » communiste Bertinottienne qui a sapé les bases de ce qu'aurait pu être une véritable reconstruction du PCI, aujourd'hui, après l'élimination de l'aile la plus droitière des liquidateurs, le mouvement communiste italien court droit vers une troisième tentative de liquidation des forces communistes organisées. L'histoire semble se répéter à l'infini et le mouvement de liquidation ne jamais s'arrêter.

     

     

    Le projet de Fédération de la Gauche piloté par le PGE (Parti de la gauche européenne) apparaît aujourd'hui pour ce qu'il est réellement: un pas vers un die Linkeà l'italienne qui en finirait définitivement avec le communisme italien, réduit à l'état de courant culturel au sein de cette formation de gauche.

     

     

    En dévoilant ainsi ces intentions, la direction prouve sa volonté d'accélérer les choses. Aux communistes italiens qui ne veulent pas la dissolution du mouvement communiste italien de réagir. Et de poser les bases véritables de la reconstruction du PCI, sur des bases idéologiques et organisationnelles saines. Sans laisser la direction du mouvement à des dirigeants réformistes. Le peuple italien a plus que jamais besoin du PCI, et non d'une énième formation « de gauche » politicienne comme l'Italie en a connu tant dans son histoire.

    Repost 0
    Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
    commenter cet article
    18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 23:38

    fiom2Près d'1 million de métallurgistes dans les rues de Rome à l'appel de leur syndicat de classe pour leurs conditions de travail et pour préparer les conditions de la grève générale



    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



    « Nous ne donnons pas de chiffres, comptez-les vous-mêmes », en répondant ainsi samedi, le dirigeant de la FIOM laissait les journalistes submergés par la marée humaine qui avait envahi Rome ce samedi 16 octobre. Même la préfecture de police, pourtant encline à la minimisation systématique, en a tout de même compté 200 000.



    La FIOM est finalement sortie de sa réserve en fin de journée pour annoncer que le cap du million de manifestants était atteint.



    Peu importe les chiffres exacts, le fait que plusieurs centaines de milliers de métallurgistes italiens se soient déplacés dans la capitale italienne à l'appel de leur syndicat de classe, la FIOM, avec comme mot d'ordre la défense de leurs conditions de travail (« Oui aux droits, non au chantage: le travail est un bien commun ») était déjà une réussite en soi.



    D'autant plus que le syndicat des métallurgistes, branche autonome de la CGIL ayant conservé des positions de classe que la maison-mère a délaissé depuis, exclut tout corporatisme. Au contraire, la manifestation de jeudi était axée sur l' « unité dans les luttes », la convergence des luttes, avec présence de diverses corporations industrielles, d'ouvriers en bleu de travail mais aussi d'étudiants, de précaires, de chômeurs, de retraités et d'immigrés dans le cortège.



    Au-delà de simples revendications catégorielles liées à leurs conditions de travail, les métallurgistes italiens ont manifesté en bloc contre l'ensemble de la politique du gouvernement italien: remise en cause des conventions collectives; chômage de masse, chantage à l'emploi et délocalisations comme dans le cas de l'usine FIAT de Pomigliano (Chantage du patron de FIAT à l'usine de Pomigliano: alignement sur les conditions de travail des ouvriers polonais ou fermeture de l'usine); plan d'austérité pour les travailleurs et renflouements pour l'industrie (Détail du plan d'austérité du gouvernement Berlusconi: la « manœuvre »); jusqu'à la revendication de la sortie des troupes d'Afghanistan.



    Toutes ces revendications étaient articulées entre elles par les manifestants et convergeaient vers la mise en échec des plans du gouvernement et du patronat.



    Pour les participants et les organisateurs de la manifestation, il ne peut y avoir d'alternative politique sans lutte dans la rue, et le mot d'ordre simple scandé par les manifestants: « Grève! Grève! Grève »posait la perspective immédiate.



    Ainsi était mise à l'ordre du jour la question du passage de la mobilisation à une autre étape en Italie, et ensuite de la grève générale.




    La FIOM et même la CGIL pose désormais la question de la grève générale après la manifestation du 27 novembre




    Point d'unité syndicale en Italie dans un mouvement divisé en trois tendances majeures et gangréné par le réformisme. D'une part, les syndicats jaunes que sont la CISL et l'UIL qui collaborent ouvertement avec le gouvernement. D'autre part, la CGIL, syndicat à tradition communiste, tiraillé entre une direction réformiste et une base de classe plus combative. En son sein, la FIOM, branche autonome des métallurgistes, ayant donc maintenu des positions de lutte de classe.



    Les métallurgistes semblaient avoir pris acte de l'impossibilité d'une action unitaire avec la CISL et l'UIL et les insultes fusant envers les dirigeants de ces deux centrales, en particulier pour Rafaelle Bonnani, secrétaire-général de la CISL, qui n'a cessé de discréditer le mouvement dans les médias acquis au gouvernement.



    Événement historique, le secrétaire-général de la CGIL Guglielmo Epifani s'est par contre joint à l'appel lancé par le secrétaire-général de la FIOM, Maurizio Landini et les deux leaders syndicaux ont défilé à la tête du cortège romain.



    fiomLa question de l'amplification de la mobilisation et d'un point de chute pour une grève générale a été posée par les deux leaders syndicaux.Pour Epifani, cela reste avec prudence, en effet celui-ci a évoqué « la possibilité d'une grève générale bien que ce ne soit pas notre seule arme ». Il a tenu à exprimer encore une fois son optique « gradualiste » et son ouverture aux négociations avec le gouvernement, toutefois: « Si nous n'avons pas obtenu de réponses du gouvernement d'ici la manifestation du 27 novembre, alors nous enchaînerons avec la grève générale ».




    Alternative politique et attente déçue d'une organisation de classe et de lutte, du Parti communiste italien historique




    fiom3Landini s'est montré plus offensif lors du discours de clôture, place San Giovanni. Face aux cris venant de la foule« Grève! Grève! Grève », celui-ci leur a répondu: « Nous avons le devoir de continuer cette bataille et pour continuer il faut que nous arrivions à déclarer la grève générale. »In fine, c'est la question de l'alternative politique qui a été posée par le leader métallurgiste: « Nous n'avons pas peur des mots. Nous voulons changer cette société ».



    Mais avec qui à gauche?Certains observateurs ont parlé de « Parti FIOM », sortant de son rôle syndical et se substituant à l'impuissance de la gauche parlementaire, capable seul de mobiliser l' « Italie rouge » orpheline du PCI, d'une organisation de classe, de lutte, révolutionnaire.



    Entre un PD complice du gouvernement, des partis personnels tentant la formule du berlusconismede gauche (Nichi Vendola, Beppe Grillo ou Antonio Di Pietro) et des communistes empêtrés dans une Fédération de gauche qui se dirige de plus en plus vers un Die Linke à l'italienne que vers la nécessaire reconstruction du Parti communiste, la gauche italienne est tout sauf ce que le million de métallurgistes descendus dans les rues de Rome attendent.



    On pourrait rajouter que là réside tout le drame de la gauche italienne depuis la dissolution du PCI en 1991.

    Repost 0
    Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
    commenter cet article
    13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 21:31

    Saluto fascista di BossiLes bases économiques du fédéralisme de la Ligue du Nord

     

    Rapport à la conférence de l'Association Marx XXI “Néo-libéralisme et attaque envers la Constitution” (12 juin 2010)

     

    par Domenico Moro, économiste du Parti des communistes italiens (PdCI)

     

     

     

    1. 1 - Les trois déséquilibres de l'Italie

     

     

    Parler de fédéralisme, c'est parler de la Ligue du Nord, tant la question du fédéralisme est étroitement liée à l'histoire de ce parti. En outre, la Ligue du Nord joue un rôle central dans le discours sur l'attaque contre la Constitution, parce que le parti de Bossi est une des forces politiques visant globalement à la subversion du cadre institutionnel découlant de la Loi fondamentale de 1948. En fait, la Ligue du Nord se développe en concomitance avec la fin de la Première république, s'affirmant au Nord au début des années 1990 parallèlement à la désintégration de la Démocratie chrétienne (DC) et du Parti Socialiste Italien (PSI), sous les coups d'abord de l'effondrement du système clientéliste, dû à l'énorme gonflement de la dette publique, et ensuite aux enquêtes dites « Mains propres ». Tout de même, le parti de Bossi est aujourd'hui le plus vieux des partis présents au Parlement et représente un des plus grands succès politiques de ces vingt dernières années, par certains aspects plus grand que le berluconisme lui-même. En 1994, dans la préface au Grand camélélonde Giovanna Pajetta, Gad Lerner soutenait que la Ligue du Nord était destinée à être absorbée par la « bonne » Ligue, Forza Italia, s'appropriant nombre de ses thématiques, à commencer par le rejet de la politique, typique du leghisme (dérivant du nom italien de la Ligue: Lega Nord). 1. Rares sont les prévisions aussi peu perspicaces: seize ans plus tard, la Ligue du Nord non seulement existe mais est devenue un allié encore plus indispensable pour Berlusconi, sur lequel il est en mesure d'exercer un pouvoir de chantage assez remarquable. Aux européennes de 2009, on a assisté à un transfert de voix du PDL (Parti des Libertés, le parti de Berlusconi qui a remplacé Forza Italia) à la Ligue qui aux régionales de 2010 est devenue une hémorragie, portant la Ligue de moins d'un tiers à près de la moitié des voix du PDL. A cela, il faut ajouter qu'en 2009 et encore plus en 2010, la Ligue semble avoir franchi la ligne du Po, pénétrant dans les régions « rouges », en Émilie, dans les Marches et même en Toscane, en particulier dans la région de Pise et de Prato, où elle a contribué à l'élection du premier maire de droite depuis 1945. Comprendre ce qu'est la Ligue et quelles sont les bases de son succès est donc fondamental. Pourtant, trop souvent, l'analyse du leghisme s'est réduite à une invective basée sur des questions secondaires, d'image et de façade, complice du caméléonismepolitique et idéologique et du goût pour la provocation médiatique caractéristique de ses leaders. Il faut, au contraire, aller au-delà de la façade et comprendre quelles sont les raisons structurelles de son succès. De telles raisons résident dans la capacité leghisteà investir avec sa propagande et son programme politique les questions de fond de notre Pays, bien que les réponses qu'il propose soient non seulement réactionnaires mais surtout incapables de résoudre quoi que ce soit. En particulier, la consolidation du leghismeplonge ses racines dans les trois déséquilibres majeurs qui caractérisent notre pays:

     

     

    1. a) L’énorme fossé économique entre Nord et Sud. Bien que dans d'autres pays aussi à « capitalisme avancé », il existe des régions plus développées et d'autres plus arriérées, l'Italie se caractérise tant une une différenciation plus aiguë que par une division qui, presque avec une précision chirurgicale, la coupe géographiquement en deux parties. A cet égard, il suffit de comparer les deux régions les plus peuplées du Nord et du Sud, la Lombardie et la Campanie. Prenant comme indice 100 le PIB par tête de l'UE à 27, celui de la Lombardie en 2006 s'élève à 135,1, la positionnant à la 26ème place en Europe, celui de la Campanie s'élève à 66,9, la plaçant seulement à la 222ème position2. Tandis que la plupart des régions du Centre et du Nord se positionnent au niveau des régions les plus riches du cœur de l'UE, le Sud se situe à l'extrême opposé du classement. Il s'agit du principal déséquilibre de la société italienne et probablement un des principaux freins à l'économie italienne. La chose la plus grave, par ailleurs, c'est que après une période, entre les années 70 et le début des années 90, où, grâce à l'intervention de l'État, l'écart s'est réduit, en 2009, le poids de l'économie méridionale dans l'économie nationale est redevenu identique à celui de 1951 (23,9%). C'est justement à la suite du démantèlement de l'intervention étatique dans l'économie, au début des années 1990, que la convergence du Sud avec le Nord a cessé, aggravant sa condition relative par rapport au Centre-Nord.

     

     

    1. b) Le sur-dimensionnement des petites et moyennes entreprises (PME). L'économie italienne se caractérise par un poids plus important des micro-entreprises dans la structure manufacturière et économique par rapport aux autres pays avancés. Tandis qu'en Italie, on trouve 430 000 entreprises entre 1 et 9 salariés, en France elles sont au nombre de 212 000, en Espagne 173 000 et en Allemagne seulement 118 000. La prolifération des petites entreprises est un effet tant de l'arriération de certains secteurs que de l'application particulièrement massive du toyotisme, basée sur la pratique de la sous-traitance, dans le but d'amoindrir la résistance des travailleurs et de résoudre le problème de la sur-accumulation de capital. En fait, la grande entreprise n'a pas disparu, mais a été ré-organisée en segmentant toutes les parties du processus de production sur le territoire en une myriade de petites entreprises fournisseurs, souvent mono-clients et donc subordonnées. La particularité de la structure industrielle italienne a une incidence aussi sur la composition de la classe ouvrière de l'industrie manufacturière puisque 25,6% des ouvriers sont employés dans des micro-entreprises, contre 13,9% dans la moyenne de l'UE à 27, 6,6% en Allemagne et 12,6% en France.3. Comme nous le verrons, la composition particulière de classe ouvrière italienne a joué un rôle important dans la constitution du bloc social leghiste.

     

    1. c) L’aversion vis-à-vis de l'État. L'origine de ce phénomène est due à une perception fortement ancrée de l'inefficacité de l'État, surtout dans le secteur des services et des infrastructures, qui est accentuée par la perception d'une pression fiscale excessive. Bien qu'en réalité de nombreux fractions de la bourgeoisie échappent à l'imposition, via l'évasion et la non-déclaration, bénéficient d'une imposition plus légère (en particulier sur l'immobilier), et d'aides conséquentes de l'État, l'aversion vis-à-vis de l'État est diffuse et traverse toute la société, de la grande à la petite bourgeoisie, jusqu'à la classe ouvrière. Il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau puisque l'entreprise capitaliste a, depuis toujours, eu une attitude apparemment contradictoire vis-à-vis de l'État. D'une part, l'État est indispensable à l'accumulation capitaliste (et au maintien de l'ordre), d'autre part, il est considéré comme source de dépenses inutiles. Le fait est que l'État change en fonction des conditions du cycle d'accumulation et de la lutte entre les classes, étant un champ de bataille, en aucun cas neutre, entre classes et fractions de classe.

     

     

    1. 2 - La Ligue, parti de la petite et de la moyenne entreprise

     

     

    Les spécificités de l'économie et de la société italienne ont produit une vaste couche petite-bourgeoise entrepreneuriale et, à la longue, un abaissement de la compétitivité et de la compétitivité par employé, du à la capacité moindre des PME de réaliser des économies d'échelle et de mettre en place des technologies nouvelles et coûteuses. Les leviers de compétitivité privilégiés des PME ont été, donc, la dévaluation compétitive – tant qu'il y avait la lire –, les bas salaires et surtout l'évasion fiscale et la fraude aux cotisations. De telles caractéristiques ont conditionné le développement d'une aversion des PME aux règlementations et par conséquent envers l'autorité de l'État. La concentration des PME dans le Nord a accentué en outre l'aversion vis-à-vis de l'État en tant que redistributeur à l'échelle nationale (surtout au Sud) de la richesse perçue sous forme de taxes au Nord, région où se produit une grande partie de la richesse nationale. Sans, toutefois, considérer que le déséquilibre Nord-Sud découle de ces choix justement qui, depuis le début du XXème siècle, ont fait du sous-développement du Sud la condition du développement du Nord. La vraie question, donc, n'est pas l'anti-étatisme, mais plutôt la lutte, menée par une fraction du capital italien du Nord, pour s'assurer les ressources, les transferts de l'État. Donc, les critiques quant à l'état de l'industrie et de l'économie ont fini par être portées à l'État central en tant que tel, plutôt qu'aux faiblesses structurelles des PME du Nord et aussi aux choix de démanteler l'industrie publique. La Ligue du Nord s'est fait l'expression, dès sa naissance, de ces revendications, se posant comme le représentant organique des PMI du Nord. Le caractère de parti de la petite et moyenne entreprise apparaît encore plus évident, dans l'opposition leghistenon seulement à l'État (et aux partis qui l'occupent) mais aussi au grand capital, comme cela a été efficacement résumé par Bossi en 1992:

     

    « A la différence des petites et moyennes entreprises et de l'artisanat qui sont les véritables structures porteuses du made in Italy, nous devons bien constater que justement le grand capital a dévoré, par les grands accords en coulisse, les aides les plus conséquentes, mettant les petites et moyennes entreprises à la diète forcée (…) Les petites et moyennes entreprises sont les grandes victimes sacrificielles de la politique financière désastreuse de ce régime »4

     

    Les faiblesses susmentionnées de la structure économique italienne se sont accentuées dans les années 2000. Et ce sont les régions du Nord plus riches qui subissent le recul le plus net. En effet, entre 2002 et 2006, indice 100 pour la moyenne UE du PIB par tête, la Lombardie s'est effondrée de 149,5 à 135,1 et l'Emilie-Romagne de 140,2 à 126, tandis que la Campanie baisse de 72 à 66,1 et la Sicile de 70,8 à 66,95. L'augmentation de la concurrence des pays d'Europe de l'Est et d'Extrême-Orient ont pesé plus sur l'Italie que sur les autres pays « avancés », en mettant en difficulté les exportations. Ainsi, déjà affaiblie par un décennie de stagnation, l'Italie a affronté la crise des sub-primes, dont les effets ont été dévastateurs sur l'industrie manufacturière: le secteur des machines-outils et des équipements industriels, colonne vertébrale des exportations, s'est effondré de 35% entre le premier semestre de 2009 et celui de 2008. Presque tout le poids de cette débâcle est retombé sur les petites entreprises, étant donné que les grandes entreprises ont eu le beau rôle en déchargeant leurs difficultés sur leurs appendices externes, éliminant les fournisseurs et délocalisant. De la même manière, la contraction du crédit, à la suite de la crise financière, a pesé bien plus sur les PME que sur les grandes entreprises, qui bénéficient de liens privilégiés avec les banques, avec des actionnaires communs ou aux intérêts communs. Face à la crise, il est apparu ainsi évident qui est le pot de fer et celui de terre . Ce n'est, donc, pas un hasard si le bloc social « berlusconien », face à l' « incapacité » à affronter la crise de la part du gouvernement – du reste mené par un représentant du grand capital – s'est affaibli et que nombre de ses soutiens sont passés à la Ligue, qui, en effet, a enregistrée une grande percée justement entre 2009 et 2010, les pires années de la crise. Ce n'est pas non plus un hasard si sur la vague du dernier succès électoral, la Ligue a entrepris une offensive pour la conquête des banques du Nord, à travers le placement de ses hommes dans les Fondations, suscitant une rapide levée de bouclier de la part de l'establishment économico-politique6. Bossi, sachant que bien que son enracinement sur le territoire passe par le contrôle du crédit, a affirmé: « Les gens nous demandent de prendre les banques et nous le ferons »7.

     

     

    1. 3 - Le bloc social néo-corporatiste de la Ligue et la longue transition vers la Seconde république

     

     

    La Ligue dans les dernières années a mise de côté ses velléités sécessionnistes, se concentrant sur l'essentiel. En premier lieu, il a traduit l'aversion pour l'État dont il se fait l'expression avec la proposition stratégique de fédéralisme fiscal compris comme instrument du maintien des ressources fiscales dans le Nord et donc aux PME. Deuxièmement, il a tenu à construire un « bloc social des producteurs » inter-classiste où en plus des travailleurs autonomes, des secteurs atypiques du travail subordonné, comme les « Partite IVA »(forme typiquement italienne du travailleur free-lance, fortement diffusée en Italie), qui a attiré des couches non-négligeables de la classe ouvrière. Une telle opération a été favorisée par la composition particulière de la classe ouvrière, qui est employée pour 56% dans les petites et très petites entreprises.8. Il s'agit d'une couche ouvrière particulièrement vulnérable à l'idéologie leghistepuisque la lutte syndicale et la conscience politique y sont moins développées par rapport aux grandes usines et vu que les délocalisations et la crise ont facilité l'opération qui consiste à dire que ouvriers et patrons « sont dans le même bateau ».La défense du local contre la mondialisation a redonné de la force aux chevaux de bataille historiques leghistes, la protestation anti-fiscale et anti-redistribuitive, le véritable ciment qui garde compact le bloc social leghiste. A cela, s'ajoute l'anti-immigration xénophobe, agitée habilement par la Ligue, qui – c'est à noter – dans la gestion administrative concrète se garde bien d'aller au bout de ces idées, consciente de l'importance des travailleurs immigrés, comme réserve de force de travail bon marché pour les PME. Le bloc social leghistese concentre sur le déplacement des raisons de l'appauvrissement des salariés de l'accumulation capitaliste (et des spécificités italiennes dans lesquelles elle se déroule) à d'autres questions, substituant au conflit entre travail salarié et capital une nouvelle forme de corporatisme. Dans le bloc néo-corporatif leghiste, la direction politique est entre les mains du capital des PME, tandis que la classe ouvrière et les couches du travail subordonné et autonome occupent une position subordonnée politiquement et idéologiquement. La question de la Ligue et du leghismepeut être rapprochée d'un thème central du discours politique et sociologique marxiste, celui du rôle des classes moyennes dans la société capitaliste, qui a été justement mis en relief par Marx, par Lénine, et en Italie par Gramsci et Togliatti. Il s'agit de classes politiquement oscillantes qui ont souvent servi de base à des régimes réactionnaires de masse, du bonapartisme de Napoléon III au fascisme. Bien sûr, il faut faire attention en établissant des analogies trop rapides, car la véritable classe de référence de la Ligue n'est pas celle des travailleurs indépendants ou les employés des services, mais bien une fraction du capital. Toutefois, il est évident historiquement que les fractions non-monopolistes du capitale ont toujours été sous hégémonie de la fraction dominante du capital, celui financier. Le fascisme même, bien qu'il naisse comme expression de la petite bourgeoisie, est devenue rapidement dictature du capital financier et monopolistique. Aujourd'hui, il sera important de voir comment se développera la dialectique des alliances et des relations de pouvoir entre la Ligue et le reste du système politique et économique. Dans des conditions historiques particulières, des partis expression des couches moyennes peuvent acquérir t maintenir des positions importantes pour une période de temps assez longue. Actuellement, l'époque est justement caractérisée par une longue transition de la Première à la Seconde République, avec des particularités qui permettent l'affirmation de forces politiques sui generis.

     

     

    1. 4 - Faiblesses des propositions de la Ligue et réponse de classe

     

     

    Toutefois, pour le moment, le fédéralisme fiscal semblerait s'être échoué sur les bancs de la « manoeuvre » financière [la manoeuvreest le nom du plan de rigueur italien]et de la Confindustria qui [le MEDEF italien], de la bouche de Marcegaglia [présidente de la Confindustria], semble plus intéressée à faire passer ses objectifs globaux que le fédéralisme. Reste, cependant, le fait que la Ligue possède un fort pouvoir d'attraction sur des couches de la classe qui est notre classe de référence. Pour cela, il faut chercher à démonter le bloc social mis sur pied par la Ligue, en évitant de se faire mettre sur la défense et en passant à l'offensive. Contre le corporatisme, la réponse est de faire apparaître les contradictions de classe et l'inconciliabilité des intérêts des salariés et des travailleurs autonomes avec ceux du capital, en travaillant à la recomposition de la classe ouvrière et des diverses couches du travail salarié. Le danger représenté par la Ligue aujourd'hui n'est pas tellement celui de la sécession (mot d'ordre toujours prêt à être utilisé à des fins de propagande et de chantage), ce qui irait à l'encontre des intérêts généraux du grand capital du Nord, mais plutôt dans sa contribution décisive à la transformation en un sens néo-corporatif de la société et en un sens oligarchique et anti-parlementaire des institutions politiques italiennes. Lutter efficacement contre la Ligue, cela signifie que, à la côté de la défense de la Constitution, nous devons avoir la capacité d'adopter une position claire et définie sur les questions centrales de notre pays, le déséquilibre Nord-Sud, la question fiscale, les externalisations et les délocalisations, l'immigration. Et nous devons dire clairement que le fédéralisme, ou la réponse à la crise de la part des fractions du capital les plus arriérés, n'est pas du tout une solution: la loi sur le fédéralisme n'est pas seulement lourde, coûteuse et compliquée à réaliser mais elle aggrave la situation italienne. En effet, le localisme et le régionalisme, font ressortir les causes de la crise c'est-à-dire l'anarchie du marché capitaliste et les déséquilibres typiques de notre Pays, y compris la prolifération des dépenses et de l'appareil étatique, qui n'est pas une conséquence du centralisme étatique mais bien du capitalisme assisté. La solution ne réside, donc, pas dans la transformation fédéraliste, basée sur un régionalisme exacerbé, mais bien sur la capacité à s'attaquer au cœur du problème, c'est-à-dire la manière dont l'État actuel est au service de l'accumulation capitaliste. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous limiter à une défense de l'unité de l'État national tout court. Nous devons surtout critiquer théoriquement et pratiquement la fonction de classe de l'État et de la dette publique, en particulier celle de socialisation des pertes du capital et de soutien à la restructuration des entreprises (Fiat docet – ce que Fiat dit...). A cette fin, pour commencer, que soient mis au centre de nos propositions politiques le rééquilibre de la pression fiscale en faveur du travail salarié et formellement autonome, par l'augmentation de la progressivité fiscale, et la relance d'un rôle d'investissement productif, de programmation centrale et, comme perspective de dernière instance, de planification de l'État.

     

    Domenico Moro



    1 Giovanna Pajetta, Il grande camaleonte, Feltrinelli, Milano 1994.

    2 Sur 275 régions au total

    3 Istat, Rapport annuel 2009, p.52.

    4 Discours de Bossi à la Chambre du février 1992, dans U. Bossi, Il mio progetto, discorsi sulla Padania e sul federalismo, Sperling & Kupfer, Milano 1996, p.34.

    5 Site web de Eurostat,

    6 A. Carini, “Fondazioni, l’assedio della Lega”, Affari & Finanza de la Repubblica, 12 avril 2010. “Bossi rilancia sulle banche del Nord”, Il Sole 24 Ore, 16 avil 2010. F. Locatelli, “<<Lega legittima ma non si torni indietro>>”,interview avec Giuliano Amato in Il Sole 24 Ore, 16 avil 2010.

    7 B. Fiammeri, “<<Opa>> di Bossi sulle banche del Nord”, Il Sole 24 Ore, 15 avril 2010.

    8 Istat, Rapport annuel 2009, p.52

    Repost 0
    Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Italie
    commenter cet article