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    Le site Solidarité Internationale PCF publie des traductions de déclarations, des communiqués, des articles théoriques et d'actualité provenant de partis communistes du monde entier ainsi que des analyses françaises sur le mouvement communiste international et la politique étrangère de la France. La ligne éditoriale du site suit les positions du Réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" (site http://vivelepcf.fr/) qui refuse la dérive réformiste du PCF suivant le PGE. Notre site s'efforce de faire vivre la conception de la solidarité internationale portée historiquement par le PCF.

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 06:34

pemex2.jpg« Le vol du siècle » : le Mexique privatise son pétrole sous pression des multi-nationales américaines

 



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Pour apprécier le courage des processus révolutionnaires à Cuba, au Venezuela ou en Bolivie, il faut constater l'ampleur de la faillite dans des États sous domination impérialiste : parmi eux le Mexique, qui vient de privatiser le « joyau national », le pétrole.



Une « réforme énergétique » visant à « moderniser, restructurer la PEMEX (Pétroles du Mexique) » : derrière ce langage euphémique, le Mexique vient de faire passer ce 12 décembre la privatisation de sa ressource principale, le pétrole nationalisé en 1938.



Ce projet a été voté grâce à la collaboration entre le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) centriste du président Pena Nieto, le Parti d'action nationale (PAN), mais aussi de l'opposition officielle, le parti de centre-gauche de la Révolution démocratique (PRD).



Ce dernier a participé au programme « Pacte pour le Mexique » qui prévoit des réformes simultanées – « réforme de l'éducation », « réforme énergétique », « réforme du travail » - qui visent à baisser le coût du travail, précariser les salariés et ouvrir de nouveaux secteurs au profit.



Toutefois, la question du pétrole est la plus sensible à plus d'un titre.



D'abord, pour des raisons économiques, la PEMEX est un monopole public intégral dans le 8 ème producteur de pétrole au monde (devant l'Irak, le Nigeria, le Koweït).



Cette manne est source de toutes les convoitises, de la part des capitalistes mexicains comme des groupes pétroliers américains. Elle est aussi le pilier de l'Etat mexicain : 40 % du budget fédéral dépend des ressources du pétrole.



Ensuite, pour des raisons idéologiques. Pour les libéraux, le symbole est fort :privatiser PEMEX, c'est achever la privatisation de tout le pays, entamé dans les années 1980 sous tutelle du FMI.



Le président Cardenas, héritier de la révolution, a en 1938 nationalisé le pétrole, sous pression des luttes ouvrières, exproprié les entreprises britanniques et américaines et fait inscrire dans la Constitution que « les terres, eaux et ressources naturelles appartiennent à la nation ».



Avec l' « ouverture aux investissements étrangers », l’État concède des licences d'extraction, d'exploitation qui confient les ressources naturelles, en particulier les réserves d'avenir (eaux profondes, pétrole bitumineux), aux multi-nationales qui engrangeront les bénéfices.



L'argument fallacieux de la dette : bientôt la faillite de l'Etat mexicain  ?



Pour brader ce patrimoine national, les arguments les plus fallacieux ont été ressortis. Celui de la dette d'abord.



La PEMEX a une dette de 55 milliards de $. D'où vient cette dette  ? D'abord de l'imposition massive imposée par l'Etat sur la PEMEX, 55 % de ses revenus sont directement pompés par l'Etat.



Les marges de l'entreprise publique financent largement le budget de l'Etat, à hauteur de 40 %, en premier lieu les programmes sociaux, ce qui fait dépendre directement la stabilité de l’État, les aides sociales des dizaines de millions de pauvres que compte le pays, de la manne pétrolière.



La privatisation de la PEMEX menace de faillite l’Etat mexicain, ce qui permettrait l'adoption de thérapies de choc. Dans les années 1980, c'est sous la menace d'une banqueroute que le FMI avait pu imposer ses « plans d'ajustement structurel », dont la privatisation pionnière des télécoms.



La « face sombre » du système PEMEX, c'est la corruption généralisée dont les architectes ont été le PRI (au pouvoir pendant 70 ans) et le Syndicat des pétroliers … les deux forces qui impulsent désormais sa privatisation, contre les intérêts du peuple mexicain !



Face à la perte massive de revenus publics, les responsables gouvernementaux pointent une solution  : augmenter la TVA. L'impôt le plus injuste vient d'être unifié à 16 %, même pour les produits de base. La Banque du Mexique propose de l'augmenter à 17 %, d'autres à 23 %.



Le poids de la PEMEX dans le budget public s'explique aussi par un système fiscal injuste, offrant aux grandes entreprises – en particulier celles américaines qui délocalisent à la frontière, dans les maquiladoras – des avantages fiscaux exorbitants.



Selon la CEPAL (Commission économique pour l'Amérique latine), le montant des exonérations et privilèges fiscaux concernant les plus riches et les entreprises s'élève à 70 milliards de $, soit 6 % du PIB, ou encore un tiers du budget de l’Etat !



« Le vol du siècle »  ; un jackpot convoité par les multi-nationales, une pression américaine



« Le vol du siècle », le terme choisi par le politicien de centre-gauche Lopez Obrador est plutôt juste. Présentée comme moribonde, la PEMEX se porte très bien, elle a engrangé en 2012 128 milliards de $ de revenus, dont 52 milliards de bénéfices.



Présentée comme un géant inefficace, peu compétitif, en réalité la PEMEX est une des entreprises aux coûts de production les plus faibles au monde : 6,12 dollars par baril, contre 6,57 $ pour Total, 10 $ pour BP, 11 $ pour Shell, 14 $ pour Chevron.



Aujourd'hui, la PEMEX est la quatrième entreprise pétrolière au monde pour la production de brut, elle est la 13 ème entreprise du continent Américain, tous secteurs confondus, pour les revenus générés derrière Petrobras et 12 entreprises états-uniennes (Exxon, WalMart, Ford, HP …).



Le projet de privatisation du pétrole n'a pas mobilisé seulement les groupes capitalistes mexicains (dont celui du multi-millardaire Carlos Slim), les majors américaines – Exxon, Chevron – voient dans le Mexique un el dorado, la garantie de profits faciles.



Les Etats-unis ont été les pionniers de la privatisation, poussant à la signature en avril 2012 de l' «  Accord trans-frontalier  » pour l'exploitation des réserves au large du Golfe du Mexique, qui pour la première fois envisageait l'exploitation conjointe du pétrole entre PEMEX et majors américaines.



Un rapport capital rédigé en 2012 pour le Sénat américain insistait, pour la « sécurité énergétique des Etats-unis » sur l'importance de l'ouverture du Mexique aux « capitaux étrangers ».



Le Mexique, vingt ans après l'ALENA  : un pays plongé dans la misère



Trente ans après les premières « réformes structurelles » imposées par le FMI, vingt ans après l'Accord de libre-échange-ALENA avec les Etats-unis, le Mexique est plus que jamais un pays dépendant, colonisé, un pays ravagé par la misère, l'insécurité, les inégalités.



L'industrie mexicaine a été réduite à l'état de sous-traitant de l'économie américaine, de réserve de main d’œuvre bon marché pour les multi-nationales américaines. Les emplois créés dans les maquiladoras délocalisées compensent ceux perdus dans les industries traditionnelles.



Les salaires dans le secteur industriel ont baissé de 20 % entre 1994 et 2001, tandis que les conditions de travail se sont dégradées : hommes mais aussi femmes et enfants travaillent de 10 à 12 h par jour, dans des conditions d'hygiène et de travail dignes du XIX ème siècle.



L'agriculture mexicaine a été ravagée, avec des conséquences dramatiques pour la population des campagnes comme des villes. Depuis 1994, 5 millions d'emplois agricoles ont été perdus, des millions de paysans réduits à la misère.



Le Mexique, en auto-suffisance alimentaire jusqu'en 1994, est désormais dépendant de l'agriculture américaine à hauteur de 40 %. L'inflation endémique des prix alimentaires a conduit à des émeutes de la faim en 2007, après une augmentation de près de 100 % du prix de la « tortilla », aliment de base des Mexicains.



La conséquence directe de cette mutation économique, c'est l'explosion de la pauvreté. Le pays comptait 21 % de pauvres, soit 12 millions. Aujourd'hui ils sont quatre fois plus nombreux : 53 millions, soit 46 % de la population du pays.



Pour beaucoup de Mexicains, réduits à l'extrême misère, la seule alternative est l'exil  : dans les années 2000, on estime que 500 000 Mexicains émigraient chaque année aux États-Unis, clandestinement.



L'autre alternative, c'est la criminalité, le narco-trafic alimenté par la demande américaine. La «  guerre contre le narco-trafic  » a permis d'imposer la militarisation de l’État, et d'installer un climat de terreur  : depuis 2006, les conflits liés au narco-trafic ont fait entre 50 et 100 000 morts.



Pendant ce temps, la première fortune du pays, l'homme le plus riche du monde, Carlos Slim s’engraisse. Il s'était enrichi dans les années 1980 en rachetant les entreprises privatisées à vil prix, comme TelMex (télécoms), maintenant un monopole privé et faisant payer le prix fort aux usagers.



Assis sur 80 milliards de $, Slim empoche chaque jour 17 millions de $, soit autant que … 22 millions de Mexicains qui vivent avec moins de 1 $ par jour.



Une opposition populaire massive à cette politique mais pas d'alternative



La « réforme énergétique », le bradage du patrimoine national ne passent pas dans la population. Selon les enquêtes, entre 70 et 85 % de la population rejette le projet de privatisation du pétrole.



Si des manifestations ont été organisées au Mexique ces dernières semaines – notamment autour du Sénat au moment du vote – sous le mot d'ordre « la PEMEX n'est pas à vendre  ! », aucun mouvement d'ampleur n'a été lancé.



Le principal syndicat, le Syndicat des travailleurs du pétrole mexicain, a collaboré à la «  Réforme énergétique ». Proche du PRI – qui rappelons-le est membre de la sinistre Internationale socialiste – il est gangrené par la corruption, habitué à la co-gestion.



Du côté des partis parlementaires, si le PRD (parti social-démocrate) a exprimé son opposition au Parlement, il a participé au pilotage de la « Réforme énergétique » et ne proteste que pour se doter d'un soutien électoral, face à un projet massivement refusé par la population.



Le peuple mexicain est privé de toute alternative, de toute organisation de classe, révolutionnaire. Le Parti communiste du Mexique, combatif, essaie de reconstruire un mouvement porteur d'alternative. Il a exprimé son opposition ferme à la «  réforme énergétique  »  :



«  Les communistes défendent la souveraineté sur les ressources naturelles du Mexique, nous nous opposons au fait de confier leur exploitation aux monopoles nationaux ou internationaux (…) et nous battons pour une socialisation de l'industrie pétrolière et électrique  ».



Pendant qu'en Bolivie, au Vénézuela, le peuple se réapproprie ses ressources naturelles face à la rapacité des multi-nationales et engage un processus de transition vers le socialisme, le Mexique ou la Colombie s'enfoncent dans un capitalisme dépendant, dans la privatisation des ressources.



 

Les pays qui s'engagent vers le socialisme font reculer la pauvreté, ceux qui choisissent le capitalisme connaissent misère, violences et émigration : quel camp choisissez-vous ?

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 07:18

petro quedaEn Colombie, le pouvoir destitue le maire progressiste de Bogota ... pour avoir « dé-privatisé » le ramassage d'ordures!

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Il y a des dictatures dont nos médias aiment parler, et celles qu'elles préfèrent taire. La Colombie en fait partie, un pays où on tue syndicalistes, journalistes, opposants. Où un État corrompu peut destituer le maire de la principale ville du pays sur ordre du procureur.


 

« Un coup d'Etat », le mot a été lancé par le maire de Bogota, Gustavo Petro, élu pourtant par les Bogotanosen 2011, mais destitué et condamné à 15 ans d'inéligibilité ce 9 décembre par le Procureur général de la nation, Alejandro Ordoñez.


 

Un « assassinat politique »

 

 

On peut dire « assassinat politique », car cette décision pilotée par le pouvoir central vise à mettre un coup d'arrêt à la politique modérément progressiste menée à Bogota, et surtout priver l' « opposition » d'un chef de file de plus en plus populaire, en vue des présidentielles de 2018.


 

En Colombie, les assassinats politiques se règlent en général à coups de balle.

 

 

Ce fut le cas pour Jorge Gaitan en 1948, lui qui aurait pu faire basculer la Colombie sur la voie du socialisme, assassiné sans doute sur ordre de la CIA, le point de départ de « La Violencia », une guerre civile meurtrière dont les guérillas actuelles sont les héritières.

 

 

Ce fut aussi le cas pour les 5 000 militants communistes et syndicalistes assassinés en 1986 dans le « génocide » de l'Union patriotique(UP), ce parti fondé après les accords de paix entre les FARC et le gouvernement.

 

 

Désormais, par le pouvoir suprême concentré par le Procureur général – fonction quasi dictatoriale, qui permet la révocation de tout dignitaire élu ou non –, les assassinats se font à coups de mandats.

 

 

On pense à la sénatrice Piedad Cordoba, femme de paix immensément populaire, destituée en 2010 pour avoir servi d'intermédaire avec les FARC. On pense au maire indigène progressiste de Medellin, Alonso Salazar, lui aussi destitué en 2011.

 

 

En tout, le Procureur général Alejandro Ordoñez – connu pour ses positions religieuses fondamentalistes (« lefebvristes ») et anti-communistes – a destitué plus de 800 maires en quatre ans, visant avant tout les édiles de gauche.

 

 

Pourtant, Gustavo Petro n'est pas un révolutionnaire. L'ancien guérillero du mouvement M-19 avait même fait le pari de l'intelligence de l'oligarchie colombienne, misant sur ses supposés « courants démocratiques ».

 

 

Petro participe ainsi à la normalisation politique de la guérilla – devenu parti politique – se fait élire deux fois députés entre 1991 et 2006, avant de rejoindre le « Pôle démocratique alternatif » (PDA), cette alliance de gauche réunissant notamment le Parti communiste.

 

 

Toutefois, en 2010, après un mandat de sénateur, il quitte le PDA, s'en prend aux « radicaux », « orthodoxes », notamment communistes qui ne veulent pas d'une gauche « moderne », « responsable », ouverte au rassemblement avec le centre.

 

 

Il adhère alors au parti centriste « Mouvement progressiste » et parvient à se faire élire en 2011 maire de Bogota, sur un programme social relativement modéré, sous le slogan : « Bogota humaine ». Alors que lui reproche l' « oligarchie » ?

 

Des « réformes » inacceptables pour l'oligarchie

 

 

Dans un pays où toute politique de gauche, progressiste est suspecte, dans une ville touchée par des inégalités énormes – ne serait-ce que dans l'accès aux services fondamentaux – les petites réformes de Petro ont soulevé un grand espoir.


 

D'abord, en facilitant l'accès des services d'utilité publique aux populations modestes : en baissant les tarifs des transports, en élargissant l'accès à l'eau potable pour les quartiers les plus démunis.

 

 

Ensuite, et ce fut un acte de guerre pour l'oligarchie colombienne : en revenant sur la privatisation datant d'il y a une décennie des réseaux de collecte d'ordures, qui avait renforcé les inégalités entre quartiers mais aussi favorisé une gestion anarchique et clientéliste.

 

 

Les entreprises privées engrangeaient des profits maximums, privilégiant les quartiers de classes moyennes et aisées, sous-payant le personnel et sous-traitant la collecte à des garçons des rues.

 

 

C'est à ce trafic malsain que Petro mit fin en retirant les concessions des entreprises privées, et en engageant un processus de « re-municipalisation »de la collecte des déchets, tout en lançant le programme « Basuras cero » pour favoriser le recyclage des ordures.

 

 

La décision mit le feu aux poudres, les entreprises privées sabotant le processus– payant leurs clients sous-traitants habituels pour créer la panique dans le réseau, laissant s’amonceler les poubelles dans la ville pendant plusieurs jours, pour susciter un mécontentement populaire,

 

 

Dans le même temps, Ordoñez lançait la procédure de destitution sous prétexte que la décision du maire « était contraire aux principes de libre concurrence »reconnus par la Constitution.


 

Une « révolution démocratique » face au « coup d'Etat fasciste » : la fin des illusions pour le maire de Bogota

 

 

Gustavo Petro a réagi ce 9 décembre a dénoncé devant près de 30 000 manifestants sur la place de Bolivar, un « coup d'Etat fasciste »et a appelé à « commencer une révolution pacifique et démocratique ».


 

Le maire de Bogota a appelé à continuer les manifestations sur la place de Bolivar, pour en faire « une nouvelle Tahrir »et surtout à continuer dans le processus de paix entre FARC et gouvernement malgré « ce message de guerre contre le processus ».

 

 

Avec résolution, Petro a conclu : « Nous devons être conscients de ce qui commence aujourd'hui sur cette place, c'est le début d'une mobilisation populaire. C'est le premier jour, qui en annonce beaucoup d'autres. Nous sommes nombreux aujourd'hui, nous serons plus nombreux demain ».

 

 

Le ton conciliant de Petro envers l'oligarchie,les espoirs d'une « humanisation » de la gestion de la ville et du pays s'étiolent, pendant que la lutte de classes s'aiguise.

 

 

Ironie de l'histoire, faut-il rappeler qu'en 2008 le sénateur Gustavo Petro avait voté l'investiture du Procureur ultra-conservateur Alejandro Ordonez, voyant en lui « quelqu'un capable d'affronter les mafias et les pouvoirs corrompus ». Que d'illusions réformatrices volent en éclats !

 

 

Du côté du Parti communiste colombien (PCC), les rancœurs passées sont mises de côté, on souligne les « réformes progressistes de déprivatisation, d'intervention face aux excès des promoteurs immobiliers »malgré les « improvisations »du maire.

 

 

On fait remarquer que c'est « un crime de lutter pour la dé-privatisation des services publics » et le PCC appelle donc à « la mobilisation populaire, au rassemblement le plus large pour faire barrage à la décision du Procureur, pour exiger le respect de la légitimité citoyenne ».

 

 

 

« Petro no se va, Petro se queda ! » (Petro ne s'en va, il reste!), le mot d'ordre des manifestants révèlent que le respect de la démocratie, la conquête d'une paix avec justice sociale passe d'abord par la lutte déterminée dans la rue contre un pouvoir corrompu.

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 06:54

0125evo articleCadeau de fin d'année pour les travailleurs boliviens : un 13 ème mois de salaire accordé par le président Evo Morales !



Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



Au moment où en Europe les gouvernements « sociaux-démocrates » baissent les salaires, en Amérique latine, les gouvernements progressistes, comme celui d'Evo Morales en Bolivie, choisissent de frapper le capital et d'augmenter les salaires.



Ce sera le cadeau de fin d'année du président bolivien pour les salariés du public et du privé : une prime équivalente à un mois de salaire (un « 13 ème mois ») annoncée mercredi dernier avec le Décret suprême 1802.



On devrait même plutôt parle d'un 14 ème mois, puisque la loi prévoit déjà que les salariés boliviens voient leur salaire doubler au mois de décembre, si la croissance est supérieure à 4,5 %, ce qui sera le cas cette année puisqu'on attend une croissance de 6,7 %.



Une mesure de justice sociale rendue possible par une transformation sociale radicale



Pour le président Evo Morales, leader du Mouvement vers le socialisme (MAS), c'est une mesure de justice sociale : « L'économie se porte bien, la croissance du pays doit revenir aux travailleurs avec cette double prime de Noel », a-t-il dit lors d'une rencontre avec les dirigeants syndicaux.



Cette politique de cadeaux aux salariés est aussi rendue possible par la politique de transformation de l'économie, reposant sur la nationalisation des secteurs-clés – télécoms, réseau électrique – et la renégociation favorable au pays des accords d'extraction du gaz naturel avec les multi-nationales.



C'est cette reprise en main de l'économie par la collectivité qui permet de tirer bénéfice des exportations records en 2012, avec 12 milliards de $ : « Autrefois, les richesses étaient privatisées, la pauvreté socialisée. Notre politique consiste à réduire l'écart entre les riches et les pauvres ».



Cette mesure, naturellement, a ses soutiens et ses détracteurs.



La centrale ouvrière bolivienne derrière Morales



Du côté des soutiens, sans surprise, on retrouve la centrale syndicale de la Centrale ouvrière bolivienne (COB) – pourtant souvent critique envers le gouvernement – qui a salué cette mesure :



« C'est une mesure positive, à saluer. Nous la saluons et la soutenons, on verra les résultats », déclare le secrétaire-général de la COB Juan Carlos Trujillo. « Il n'y a pas de raisons que les patrons licencient les travailleurs, car ils réalisent beaucoup de profits ».



Les dirigeants de la COB, qui ont un moment pensé soutenir une candidature indépendante du dit Parti des travailleurs (PT) aux contours incertains, ont annoncé il y a quelques jours qu'ils soutiendraient finalement le président Evo Morales.



Pour les communistes : « une victoire du travail face au capital »



Le Parti communiste bolivien (PCB) a également soutenu cette mesure soulignant qu'il « s'agit d'une victoire du face au capital » et d'une mesure qui entre « dans l'approfondissement du processus de transformation ».



Mais ce processus doit aussi passer « par un rôle actif des travailleurs des villes et des champs, un approfondissement des mesures sociales et politiques, pour lui donner un cap véritablement socialiste. »



Cette mesure devrait encore renforcer la popularité du président Evo Morales, qui bénéficie du soutien de 60 % de la population, d'après un sondage réalisé en octobre, un an avant les élections présidentielles.



Le patronat furieux contre Morales, derrière l'opposition de droite



Par contre, sans plus de surprise, la mesure a été violemment critiquée par la Confédération des entrepreneurs privés de Bolivie qui y voit un « signal terrible pour les investisseurs » et une augmentation « très grave, qui n'avait pas du tout été budgétée par les entreprises ».



A la tête de la fronde contre cette augmentation de salaire, l'opposant numéro 1 d'Evo Morales, le candidat de la coalition de droite « Union nationale », Samuel Doria Medina, lui-même grand patron de l'industrie du ciment.



 

La lutte de classes est aiguë en Bolivie, mais les travailleurs peuvent compter – avec ses contradictions et les limites d'un processus de transition vers le socialisme loin d'être achevé – sur un président qui prend le parti des travailleurs contre le capital bolivien et international.

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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 07:16

Vallejo_Cariola_Frankfurt_2012_01.jpgDeux jeunes communistes, figures du mouvement étudiant, élues au Chili avec huit députés du PC : une première depuis 1973

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

(à partir de l'article déjà publié sur http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/)

 

 

Ce week-end avaient lieu les élections législatives et présidentielles au Chili. Elles devraient voir l'élection sans surprise de la socialiste Michelle Bachelet, entre espoirs et doutes. Elles ont aussi permis l'élection de huit députés communistes, une première depuis 1973.

 

Après trois ans de la domination de la droite ultra-libérale et pro-américaine de Pinera, trois ans de manifestations massives pour le droit à l'éducation et la nationalisation des ressources naturelles, la défaite de cette réaction nostalgique du « pinochisme » sonne comme un soulagement.

 

La victoire de la coalition « Nouvelle majorité » (Nueva mayoria) suscite un espoir d'une vraie rupture avec l'héritage de la dictature, mais incite à la prudence face à une coalition hétérogène.

 

En effet, cette coalition constitue un élargissement du « pacte de la Concertacion », une alliance de centre-gauche entre Parti démocrate-chrétien et Parti socialiste, qui a gouverné entre 1990 et 2009 sans transformer le pays, encore basé sur l'héritage libéral et autoritaire de Pinochet.

 

Pour les communistes, le soutien à la candidature de Bachelet part du pari de la transformation sociale un pied dans les institutions, un pied dans les luttes. La référence à l' « Unité populaire » de Salvador Allende, assassinée en 1973, reste en ce sens prégnante bien qu'ambivalente.

 

Concrètement, le Parti communiste chilien (PCCh) peut compter sur son travail dans la rue depuis trois ans, à l'avant-garde du mouvement étudiant, au cœur du mouvement ouvrier – notamment des mineurs – reprenant la tête de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), désormais dirigée par la communiste Barbara Figueroa.

 

Il pourra désormais aussi compter sur une représentation élargie au Parlement, avec huit députés communistes, cinq de plus qu'en 2009, la plus forte représentation parlementaire depuis 1973 où le PCCh comptait 25 députés.

 

Parmi ces députés, deux militantes de la Jeunesse communiste, deux figures du mouvement étudiant de 2011 : Karol Cariola, secrétaire de la JC chilienne, étudiante en médecine, 26 ans.

 

Et Camilla Vallejo bien sûr, 25 ans, étudiante en géographie, ancienne vice-présidente de la Fédération des étudiants de l'Université du Chili (FECh) et, pour beaucoup, icône du mouvement étudiant de lutte pour une éducation publique.

 

Les deux jeunes femmes ont su porter une voix combative et de rassemblement – reprenant le mot d'ordre national « Vote en confiance, vote communiste ! » - devançant dans leurs circonscriptions les candidats de droite mais aussi leurs partenaires de la coalition de centre-gauche.

 

ol-cariola.jpgKarol Cariola est arrivée en tête dans le district d'Independencia (banlieue de Santiago) avec 38,4 % des voix tandis qu'à La Florida, toujours dans la banlieue de Santiago, Camila Vallejo est arrivée également première avec 43,8 % des voix.

 

Ce succès peut être salué, il suscite un grand espoir de changement, celui porté par le mouvement de 2011 qui a fait descendre des centaines de milliers d'étudiants, lycéens, travailleurs dans la rue.

 

Celui d'une véritable réforme de l'éducation qui conduise à l'affirmation d'une éducation 100 % publique, gratuite et la fin du système privatisé chilien, sur le modèle américain.

 

Il n'exonère pas d'un regard critique, celui que portent nombre d'étudiants, de jeunes travailleurs qui ont participé aux manifestations depuis 2011, mais aussi de la part des militants chevronnés qui étaient là en 2006 contre la politique libérale de … Bachelet, déjà.

 

On se souvient de la « révolution pingouine » de 2006, du nom de l'uniforme des lycéens chiliens. A l'époque, les lycéens et étudiants luttaient contre le statu quo dans la privatisation de l'éducation et la hausse des frais de scolarité cautionnée par le gouvernement de centre-gauche de Bachelet.

 

Bachelet n'avait lâché que des miettes, les frais de scolarité ont continué à augmenter, les taux d'intérêts à grimper, l'éducation privée à se développer. En 2008, son ministre est même tombé sur la question des subventions aux établissements privés.

 

En trois ans de présidence Bachelet, vingt ans de gouvernement de la « Concertacion » (démocrate-chrétien et socialiste), l'éducation de Pinochet continue d'être en vigueur au Chili : municipalisation des écoles, autonomie des universités, éducation de classe et privatisation omniprésente.

 

camila vallejoCamila Vallejo ne s'est pas privée de critiquer Michelle Bachelet, son passé et son programme actuel, qui repose sur un flou artistique. Une « réforme de l'éducation » qui reviendrait sur certains aspects de l'éducation privatisée … sans opter pour une éducation 100 % publique.

 

Vallejo avait affirmé en 2012 qu'elle « ne ferait pas campagne pour Bachelet, ni n'appelerait les jeunes à voter pour elle », s'affrontant y compris avec la vieille garde du Parti communiste.

 

Depuis, face à l'escalade des promesses de la candidate et la dynamique des alliances à gauche, elle a dû changer de discours. Seul le temps nous dira si les espoirs de changement placés en Michelle Bachelet seront porteurs d'un réelle transformation sociale.

 

Entre-temps, comme toujours, c'est avant tout dans la rue plus que dans les palais ministériels que l'avenir du Chili se décidera.

 

Pour les étudiants, lycéens, jeunes travailleurs, c'est ici que se jouera l'alternative : avec un appui institutionnel des députés communistes dont Camilla et Karol, mais surtout fort de la majorité de 80 % de la population favorable à une éducation 100 % publique !

 

 

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 07:16

acuerdo-paz-farc-gobierno-colombiano-400x285.jpgLes militants pour la paix colombiens, entre espoir et scepticisme, face au processus de paix FARC-gouvernement

 

 

Traduction et introduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Que penser du processus de paix entamé entre la guérilla révolutionnaire des FARC et le gouvernement conservateur de Juan Manuel Santos ?

 

Après un demi-siècle, 200 000 morts, 6 millions de déplacés, 25 000 disparus, le peuple colombien attend beaucoup de la paix.

 

Mais elle ne serait que renforcement de l'ordre social dominant sans une véritable démocratie et la justice sociale. La fin de la violence de masse suppose de saper les fondements d'une société basée sur l'injustice de classe, un climat de terreur imposé par les para-militaires et des liens de fer avec l'impérialisme nord-américain.

 

Le spectre des derniers Accords de paix de 1984, qui avait conduit à une fin des hostilités et à la participation politique des anciens guérilleros dans l'Union patriotique, plane encore. A l'époque, la droite fascisante avait laissé les anciens guérilleros agir à découvert avant de les liquider un par un, avec les militants communistes, syndicalistes, associatifs : 3 000 morts en tout.

 

En attendant, les militants pour la paix colombiens – dans lesquels s'intègrent le Parti communiste colombien (PaCoCol), aux liens historiques avec la guérilla des FARC – sont eux-mêmes divisés sur la lecture à faire de ce processus. Nous vous proposons de vous forger une opinion à partir de deux communiqués de deux organisations militant pour une paix juste en Colombie.

 

 

Un espoir pour l'association « Colombiens et colombiennes pour la paix »

 



« C'est avec beaucoup de joie que nous avons pris connaissance du communiqué signé par la délégation du gouvernement du Président Juan Manuel Santos et la délégation de paix de la guérilla des FARC sur la seconde question à l'ordre du jour dans le processus de paix.



Nous nous joignons à ces milliers de voix qui, en Colombie et dans le monde, célèbrent dans l'enthousiasme cet accord initial sur le second point de l'agenda. Aujourd'hui, nous continuons à penser qu'il est possible de parvenir à une solution du conflit armé à travers un dialogue soutenu par la volonté, la générosité des différentes parties pour que jamais plus, la guerre soit notre réalité.



De nouvelles périodes de tension nous attendent, en plein cœur d'un débat électoral que nous vivons déjà. Beaucoup veulent user du mensonge, projeter des haines sur certaines personnes, continuer la guerre sale avec les assassinats et un discours qui nie aux colombiens la possibilité de vivre dans un autre type de société. La guerre a servi à occulter des intérêts inavouables contraires à l'éthique publique et au bien commun, cela a été un prétexte pour soutenir l'enrichissement illégal et protéger les inégalités, la destruction sociale et environnementale, voilà pourquoi cette annonce représente pour nous aussi un espoir d'un autre avenir.



De nouveaux faits de guerre nous attendent, je ne le souhaite pas, mais ces pourparlers ont lieu alors que le conflit armé continue de faire rage.



Toutefois, avec respect et ténacité, nous insistons dans la proposition de parvenir à un accord partiel, comme le permet le Droit international. Cela ne sera pas une diversion ou un moyen d'en tirer des avantages militaires ou politiques. C'est une décision pour éviter de nouveaux dommages irréparables à la vie de civils, de militaires et de guérilleros, et apporter des garanties à la libre expression et au bon déroulement du processus électoral.



C'est une décision pour arriver à s'habituer à un scénario post-conflit, ou l'expérience provisoire d'un après-conflit au cœur du conflit. L'Accord serait un temps contrôlé qui rendrait possible la fin des hostilités, unilatérales ou bi-latérales, comme nous l'exposions dans notre lettre au président Juan Manuel Santos, il y a quelques semaines.



Ce sera une occasion pour la construction d'un climat et d'une psychologie collective favorable au développement du débat électoral et d'apprentissage du post-conflit pour des interventions humanitaires, l'enquête et la collecte de preuves sur les responsabilités dans les incarcérations, enlèvements, personnes privées de liberté en raison de leur participation au conflit et sur les victimes de disparition forcée. C'est une décision visant à éviter de contaminer le débat électoral, à faire en sorte que les colombiens et les colombiennes puissent échanger dans un débat d'idées le plus serein possible, avec des garanties démocratiques marquées par le refus de l'usage de la force en parole et en acte dans le débat d'idées.



Comme nous l'avons exprimé publiquement, indépendamment de nos différences, idéologiques et politiques, nous soutenons le président dans sa recherche d'une solution au conflit armé par la voie du dialogue, c'est ce qui nous convient comme acteurs qui souhaitons une société démocratique, en paix. Pour cette raison, nous invitons à nouveau le président Santos, à entamer des conversations avec la guérilla de l'ELN. Aucune solution au conflit armé ne sera intégrale si on ignore ce mouvement de rébellion armée, qui a réaffirmé sa disposition à entamer des négociations, en déléguant des porte-paroles à cette fin.



Nous attendons que viennent de la société des propositions lors des débats qui se tiendront dans toute la Colombie sur les questions convenues, y compris le statut de l'opposition et l'approfondissement des mécanismes de participation régional. Cela découle, d'après nous, de l'accord aujourd'hui conclu.



Colombiens et colombiennes pour la paix, 6 novembre 2013

 

Méfiance du côté des « Journalistes pour la paix » : les leçons de l'histoire

 

« Ce 6 novembre 2013, les médias, le gouvernement de Colombie et tous les secteurs et personnalités intéressées, ont manifesté une joie extraordinaire, au bord de la frénésie, avec l'annonce par les différentes parties d'un accord sur le second point de l'ordre du jour convenu – participation politique de la rébellion – dans les négociations de paix qui se tiennent dans la ville hospitalière de la Havane entre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement du président Juan Manuel Santos.



Nous qui nous réclamons partisans inconditionnels non seulement du processus de paix mais qui considérons également la paix comme valeur fondatrice de la société, ce que doit être le pays et le monde, mais en même temps nous avons la prétention d'être des observateurs objectifs, la nouvelle qui a fait tomber les machines à écrire, qui a ébranler les éditions extraordinaires du matin et interrompre la programmation musicale des émissions habituelles par de grands cris « C'est extra, c'est extra, c'est extra ! », qui nous rappelle même les années 1970 – que d'eau est passée sous les ponts ! - enfin on brisait la routine quotidienne par la nouvelle – d’habitude mauvaise – d'un événement extraordinaire, cela a soulevé chez nous plus d'inquiétude que d'émotion.



Et ce n'est pas que nous soyons de nature pessimiste. C'est seulement que – comme le disait un homme d'esprit – un pessimiste est un optimiste bien informé. Et à notre avis, dans ce cas précis, il y a de quoi l'être.



L'avancée que l'Accord signifie en termes de confiance entre les parties et la lueur d'espoir dans une société aussi désabusée que celle colombienne, ne doit pas dissimuler sa principale faille qui est que, en dépit de tout ce verbiage, il dit très peu de choses. On s'explique, l'Accord est une déclaration unilatérale du gouvernement – qui a le pouvoir d'accorder ou non ce qu'il affirme dans l'accord pour la rébellion – pleine d'affirmations sur sa volonté de paix, son engagement pour une démocratie intégrale, avec participation de tous, tolérance, garanties pour l'opposition, respect ds différences et octroi de sécurités pour toute expression politique et civile, d'où qu'elle vienne. Et le pire, c'est que pour concrétiser cette abondance de mots, pour vérifier ces promesses qui en politique rendent justice à l'aspiration élémentaire de son homologue, le gouvernement offre des « Commissions », « Etudes », « Statuts » et des offres de « porter » ou d' « impulser » auprès des organismes correspondants, « les réformes institutionnelles » en question.



Et de ces propositions, de ces offres, on en a déjà eu assez. Je m'exprime mal : trop. Ils le savent très bien, les rebelles et les opposants de toutes tendances qui un jour ont cru en la bonté des paroles du pouvoir pour construire sur cette base la paix. Guadalupe Salcedo face au gouvernement pacificateur du général Rojas Pinilla [NdT : entre 1948 et 1953, la Colombie connaît une rébellion « libérale », germe des futures guérillas révolutionnaires, face à une restauration conservatrice qui va user d'une terreur de masse qui va dégénérer en guerre civile qui fera 300 000 morts : la Violencia. Le chef de la guérilla dépose les armes face au général Pinilla qui va en profiter pour écraser l'opposition et instaurer une dictature]. Efraim Gonzalez face au « président de la paix » Guillermo Leon Valencia [NdT : Efraim Gonzalez reste associé à l'image du « bandit social », extorquant aux riches pour donner aux pauvres paysans. Mythe des années 1960, il finit assassiné sous le gouvernement du Président Valencia, en 1965]. L'Alliance nationale populaire (ANAPO) pourchassée par le gouvernement de Leras Restrepo après avoir gagné et s'être fait volée sa victoire présidentielle en 1970. Les Accords de paix du gouvernement de Belisario Betancourt avec le M-19, histoire d'une trahison qui a donné lieu à la « demande armée » des rebelles devant la Cour suprême de Justice, générant l'horreur de la barbarie gouvernementale, l'holocauste qui ne cicatrise pas. [NdT : en 1984 sont signés les accords de paix avec la guérilla M-19, le gouvernement profite de la trêve pour prendre d'assaut les camps militaires du mouvement, liquidant ses principaux chefs. Le M-19 répond par la prise du palais de justice de Bogota le 5 novembre 1985, qui conduit après un raid meurtrier des forces répressives du régime à la mort de 100 personnes]. Carlos Pizarro, du mouvement M-19, assassiné en 1990 par les escortes que lui avait offert le président Virgilio Barco avec qui il avait signé la paix après cette trahison.



Il est impossible d'oublier la façon dont l’État use d'excuses qui sont des prétextes, dont il a renversé la table chaque fois qu'on s'est assis pour négocier la paix – à Tlaxcala, Caracas, el Caguan – avec le même mouvement avec lequel il traite aujourd'hui.



Le passé de l’État en matière de promesses est loin d'être glorieux, il ne garantit donc rien à ce sujet. Et nous le disons avec déchirement car naviguer à contre-courant d'un rêve collectif ne peut être que pénible. Mais c'est la dure leçon de l'histoire qu'il vaut mieux ne pas oublier. Les paroles de l’État, les engagements du pouvoir, ses déclarations de paix et de justice pour tous « sans distinction » ne sont pas crédibles. Et ils ne le sont pas, parce qu'ils vont contre sa nature. Contre sa manière d'être, qui est un pouvoir non-partagé : hégémonique, en faveur de ses intérêts qui ne sont pas collectifs mais ceux particuliers de ses détenteurs. Ainsi est l'Homme, dans la plus ingrate des conditions humaines qui est celle émanant d'une société de classes : entre seigneurs et sujets, dominants et dominés, ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Cela ne pas être d'une autre façon alors, et ce n'est presque pas sa faute. C'est comme au collège quand on fait l'examen de géométrie où on expose un théorème où A valait 1 et B valait 2. L'élève inquiet demandait : « pourquoi, professeur ? ». Et celui-ci répondait : « c'est sa construction, par définition ». C'est comme ça, travaille. Ne pose pas tant de questions.



L’État, notre État, n'a jamais honoré sa parole quand il a négocié avec son ennemi. Tenir sa parole, cela n'est pas dans son schéma de pensée, cela n'a pas été non plus une référence éthique face à la question fondamentale du pouvoir. Et cela ne vaut que si on considère son ennemi comme un interlocuteur ! Si quelqu'un en veut la preuve, qu'il revienne aux mots par lesquels le ministre de la Défense Juan Carlos Pinzon a qualifié la guérilla, en pleine conservations pour la paix, où il devait partager la table des négociations et manifester sa disposition à trouver un accord.



La seconde raison pour laquelle nous ne joignons pas au rêve général, ce sont les mots mêmes du président dans son allocution au pays, sur toutes les chaînes de radio et de télévision ce 6 novembre, annonçant la bonne nouvelle de cet Accord. Après l'avoir entendu, on était obligé de se demander : « Négociations de quoi ? ». Parce que de paix, il ne semble pas y avoir.



D'une part, le Président remercie – ce qui est absolument rituel pour tous les gouvernements – tout es les personnes engagées dans le processus pour cette avancée (?), quand on sait que les militaires n'ont parlé sur la question qu'en termes de guerre, et ne reconnaissent aucune réalité politique ou morale à leur adversaire.



L'autre point déconcertant concernant le message présidentiel, la « bonne nouvelle », c'est qu'une fois de plus – la millième ? - il intériorise et se solidarise avec la revendication de la droite belliciste ennemie du processus, en disant que la force publique ne baissera pas la garde d'un millimètre dans la guerre totale sur tout le territoire contre les FARC. Nous oublions pas qu'il y a deux ans, le même président Santos, consulté par ses généraux, a donné son feu vert à l'exécution du commandant des FARC Alfonso Cano, malade et sans défense, au moment où il tentait des approches pour négocier la paix. La même que fête aujourd'hui le président, avec cette issue partielle.



Les accords FARC-Gouvernement ne peuvent aboutir donc pour les rebelles sur la promesse de commissions et de déclarations de bonne volonté. Ils ne peuvent pas retomber dans l'erreur de tenir pour des faits ce qui ne sont que des mots. Le caractère déclamatif des engagements du gouvernement dans l'Accord sur le point de la participation politique de la rébellion, si jamais cela se produisait, pourrait constituer un saut dans le vide pour celle-ci et sa base sociale, avec leurs désirs d'acteurs après le conflit. Et également pour les possibilités d'action politique que l'Accord ouvre à des secteurs jusqu'aujourd'hui interdits, étrangers ou sceptiques par rapport à elle.



Ce texte ne prétend pas porter des mots d'ordre défaitistes face au processus de paix. Seulement une voix prudente pour que la date de 1984 ne se reproduise pas [NdT : en 1984 étaient signés les accords de Corinto avec l'ELN et le M-19, et les accords de la Uribe avec les FARC. Ces derniers vont constituer l'Union patriotique, mouvement de gauche révolutionnaire pacifique et démocratique, qui va être liquidé par la droite para-militaire, faisant 3 000 morts]. Ceux des accords de la Uribe signés par le commandant des FARC Manuel Marulanda avec le président Belisario Betancourt, qui a donné lieu à l'Union patriotique. L'irruption joyeuse, civile et pleine de confiance de ce mouvement dans l'arène politique, l'incroyable résultat électoral qu'elle a obtenu, a conduit à une réaction de l’État, à son extermination. On connaît tout cela. Et que ne se répète pas la parabole du commandant qui est descendu des montagnes il y a 26 ans pour vêtir les habits du parlementaire, et qui a dû retourner sur les hauteurs quand son élimination a été actée. Cela a conduit à la poursuite de la guerre, quelle ironie ! Voilà pourquoi Ivan Marquez préside aujourd'hui la délégation de la rébellion, et lutte pour la paix.



C'est en ce sens qu'il faut lire cet article. Que la réponse à la question, « sur quoi ? » négocie-t-on, soit celle qui animent tous les colombiens : la paix. »



 

Alliance des journalistes pour la paix – article de Luz Marina Lopez Espinosa

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Publié par Solidarité Internationale PCF - dans Amérique Latine
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