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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 07:16

Vallejo_Cariola_Frankfurt_2012_01.jpgDeux jeunes communistes, figures du mouvement étudiant, élues au Chili avec huit députés du PC : une première depuis 1973

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

(à partir de l'article déjà publié sur http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/)

 

 

Ce week-end avaient lieu les élections législatives et présidentielles au Chili. Elles devraient voir l'élection sans surprise de la socialiste Michelle Bachelet, entre espoirs et doutes. Elles ont aussi permis l'élection de huit députés communistes, une première depuis 1973.

 

Après trois ans de la domination de la droite ultra-libérale et pro-américaine de Pinera, trois ans de manifestations massives pour le droit à l'éducation et la nationalisation des ressources naturelles, la défaite de cette réaction nostalgique du « pinochisme » sonne comme un soulagement.

 

La victoire de la coalition « Nouvelle majorité » (Nueva mayoria) suscite un espoir d'une vraie rupture avec l'héritage de la dictature, mais incite à la prudence face à une coalition hétérogène.

 

En effet, cette coalition constitue un élargissement du « pacte de la Concertacion », une alliance de centre-gauche entre Parti démocrate-chrétien et Parti socialiste, qui a gouverné entre 1990 et 2009 sans transformer le pays, encore basé sur l'héritage libéral et autoritaire de Pinochet.

 

Pour les communistes, le soutien à la candidature de Bachelet part du pari de la transformation sociale un pied dans les institutions, un pied dans les luttes. La référence à l' « Unité populaire » de Salvador Allende, assassinée en 1973, reste en ce sens prégnante bien qu'ambivalente.

 

Concrètement, le Parti communiste chilien (PCCh) peut compter sur son travail dans la rue depuis trois ans, à l'avant-garde du mouvement étudiant, au cœur du mouvement ouvrier – notamment des mineurs – reprenant la tête de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), désormais dirigée par la communiste Barbara Figueroa.

 

Il pourra désormais aussi compter sur une représentation élargie au Parlement, avec huit députés communistes, cinq de plus qu'en 2009, la plus forte représentation parlementaire depuis 1973 où le PCCh comptait 25 députés.

 

Parmi ces députés, deux militantes de la Jeunesse communiste, deux figures du mouvement étudiant de 2011 : Karol Cariola, secrétaire de la JC chilienne, étudiante en médecine, 26 ans.

 

Et Camilla Vallejo bien sûr, 25 ans, étudiante en géographie, ancienne vice-présidente de la Fédération des étudiants de l'Université du Chili (FECh) et, pour beaucoup, icône du mouvement étudiant de lutte pour une éducation publique.

 

Les deux jeunes femmes ont su porter une voix combative et de rassemblement – reprenant le mot d'ordre national « Vote en confiance, vote communiste ! » - devançant dans leurs circonscriptions les candidats de droite mais aussi leurs partenaires de la coalition de centre-gauche.

 

ol-cariola.jpgKarol Cariola est arrivée en tête dans le district d'Independencia (banlieue de Santiago) avec 38,4 % des voix tandis qu'à La Florida, toujours dans la banlieue de Santiago, Camila Vallejo est arrivée également première avec 43,8 % des voix.

 

Ce succès peut être salué, il suscite un grand espoir de changement, celui porté par le mouvement de 2011 qui a fait descendre des centaines de milliers d'étudiants, lycéens, travailleurs dans la rue.

 

Celui d'une véritable réforme de l'éducation qui conduise à l'affirmation d'une éducation 100 % publique, gratuite et la fin du système privatisé chilien, sur le modèle américain.

 

Il n'exonère pas d'un regard critique, celui que portent nombre d'étudiants, de jeunes travailleurs qui ont participé aux manifestations depuis 2011, mais aussi de la part des militants chevronnés qui étaient là en 2006 contre la politique libérale de … Bachelet, déjà.

 

On se souvient de la « révolution pingouine » de 2006, du nom de l'uniforme des lycéens chiliens. A l'époque, les lycéens et étudiants luttaient contre le statu quo dans la privatisation de l'éducation et la hausse des frais de scolarité cautionnée par le gouvernement de centre-gauche de Bachelet.

 

Bachelet n'avait lâché que des miettes, les frais de scolarité ont continué à augmenter, les taux d'intérêts à grimper, l'éducation privée à se développer. En 2008, son ministre est même tombé sur la question des subventions aux établissements privés.

 

En trois ans de présidence Bachelet, vingt ans de gouvernement de la « Concertacion » (démocrate-chrétien et socialiste), l'éducation de Pinochet continue d'être en vigueur au Chili : municipalisation des écoles, autonomie des universités, éducation de classe et privatisation omniprésente.

 

camila vallejoCamila Vallejo ne s'est pas privée de critiquer Michelle Bachelet, son passé et son programme actuel, qui repose sur un flou artistique. Une « réforme de l'éducation » qui reviendrait sur certains aspects de l'éducation privatisée … sans opter pour une éducation 100 % publique.

 

Vallejo avait affirmé en 2012 qu'elle « ne ferait pas campagne pour Bachelet, ni n'appelerait les jeunes à voter pour elle », s'affrontant y compris avec la vieille garde du Parti communiste.

 

Depuis, face à l'escalade des promesses de la candidate et la dynamique des alliances à gauche, elle a dû changer de discours. Seul le temps nous dira si les espoirs de changement placés en Michelle Bachelet seront porteurs d'un réelle transformation sociale.

 

Entre-temps, comme toujours, c'est avant tout dans la rue plus que dans les palais ministériels que l'avenir du Chili se décidera.

 

Pour les étudiants, lycéens, jeunes travailleurs, c'est ici que se jouera l'alternative : avec un appui institutionnel des députés communistes dont Camilla et Karol, mais surtout fort de la majorité de 80 % de la population favorable à une éducation 100 % publique !

 

 

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 07:16

acuerdo-paz-farc-gobierno-colombiano-400x285.jpgLes militants pour la paix colombiens, entre espoir et scepticisme, face au processus de paix FARC-gouvernement

 

 

Traduction et introduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Que penser du processus de paix entamé entre la guérilla révolutionnaire des FARC et le gouvernement conservateur de Juan Manuel Santos ?

 

Après un demi-siècle, 200 000 morts, 6 millions de déplacés, 25 000 disparus, le peuple colombien attend beaucoup de la paix.

 

Mais elle ne serait que renforcement de l'ordre social dominant sans une véritable démocratie et la justice sociale. La fin de la violence de masse suppose de saper les fondements d'une société basée sur l'injustice de classe, un climat de terreur imposé par les para-militaires et des liens de fer avec l'impérialisme nord-américain.

 

Le spectre des derniers Accords de paix de 1984, qui avait conduit à une fin des hostilités et à la participation politique des anciens guérilleros dans l'Union patriotique, plane encore. A l'époque, la droite fascisante avait laissé les anciens guérilleros agir à découvert avant de les liquider un par un, avec les militants communistes, syndicalistes, associatifs : 3 000 morts en tout.

 

En attendant, les militants pour la paix colombiens – dans lesquels s'intègrent le Parti communiste colombien (PaCoCol), aux liens historiques avec la guérilla des FARC – sont eux-mêmes divisés sur la lecture à faire de ce processus. Nous vous proposons de vous forger une opinion à partir de deux communiqués de deux organisations militant pour une paix juste en Colombie.

 

 

Un espoir pour l'association « Colombiens et colombiennes pour la paix »

 



« C'est avec beaucoup de joie que nous avons pris connaissance du communiqué signé par la délégation du gouvernement du Président Juan Manuel Santos et la délégation de paix de la guérilla des FARC sur la seconde question à l'ordre du jour dans le processus de paix.



Nous nous joignons à ces milliers de voix qui, en Colombie et dans le monde, célèbrent dans l'enthousiasme cet accord initial sur le second point de l'agenda. Aujourd'hui, nous continuons à penser qu'il est possible de parvenir à une solution du conflit armé à travers un dialogue soutenu par la volonté, la générosité des différentes parties pour que jamais plus, la guerre soit notre réalité.



De nouvelles périodes de tension nous attendent, en plein cœur d'un débat électoral que nous vivons déjà. Beaucoup veulent user du mensonge, projeter des haines sur certaines personnes, continuer la guerre sale avec les assassinats et un discours qui nie aux colombiens la possibilité de vivre dans un autre type de société. La guerre a servi à occulter des intérêts inavouables contraires à l'éthique publique et au bien commun, cela a été un prétexte pour soutenir l'enrichissement illégal et protéger les inégalités, la destruction sociale et environnementale, voilà pourquoi cette annonce représente pour nous aussi un espoir d'un autre avenir.



De nouveaux faits de guerre nous attendent, je ne le souhaite pas, mais ces pourparlers ont lieu alors que le conflit armé continue de faire rage.



Toutefois, avec respect et ténacité, nous insistons dans la proposition de parvenir à un accord partiel, comme le permet le Droit international. Cela ne sera pas une diversion ou un moyen d'en tirer des avantages militaires ou politiques. C'est une décision pour éviter de nouveaux dommages irréparables à la vie de civils, de militaires et de guérilleros, et apporter des garanties à la libre expression et au bon déroulement du processus électoral.



C'est une décision pour arriver à s'habituer à un scénario post-conflit, ou l'expérience provisoire d'un après-conflit au cœur du conflit. L'Accord serait un temps contrôlé qui rendrait possible la fin des hostilités, unilatérales ou bi-latérales, comme nous l'exposions dans notre lettre au président Juan Manuel Santos, il y a quelques semaines.



Ce sera une occasion pour la construction d'un climat et d'une psychologie collective favorable au développement du débat électoral et d'apprentissage du post-conflit pour des interventions humanitaires, l'enquête et la collecte de preuves sur les responsabilités dans les incarcérations, enlèvements, personnes privées de liberté en raison de leur participation au conflit et sur les victimes de disparition forcée. C'est une décision visant à éviter de contaminer le débat électoral, à faire en sorte que les colombiens et les colombiennes puissent échanger dans un débat d'idées le plus serein possible, avec des garanties démocratiques marquées par le refus de l'usage de la force en parole et en acte dans le débat d'idées.



Comme nous l'avons exprimé publiquement, indépendamment de nos différences, idéologiques et politiques, nous soutenons le président dans sa recherche d'une solution au conflit armé par la voie du dialogue, c'est ce qui nous convient comme acteurs qui souhaitons une société démocratique, en paix. Pour cette raison, nous invitons à nouveau le président Santos, à entamer des conversations avec la guérilla de l'ELN. Aucune solution au conflit armé ne sera intégrale si on ignore ce mouvement de rébellion armée, qui a réaffirmé sa disposition à entamer des négociations, en déléguant des porte-paroles à cette fin.



Nous attendons que viennent de la société des propositions lors des débats qui se tiendront dans toute la Colombie sur les questions convenues, y compris le statut de l'opposition et l'approfondissement des mécanismes de participation régional. Cela découle, d'après nous, de l'accord aujourd'hui conclu.



Colombiens et colombiennes pour la paix, 6 novembre 2013

 

Méfiance du côté des « Journalistes pour la paix » : les leçons de l'histoire

 

« Ce 6 novembre 2013, les médias, le gouvernement de Colombie et tous les secteurs et personnalités intéressées, ont manifesté une joie extraordinaire, au bord de la frénésie, avec l'annonce par les différentes parties d'un accord sur le second point de l'ordre du jour convenu – participation politique de la rébellion – dans les négociations de paix qui se tiennent dans la ville hospitalière de la Havane entre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement du président Juan Manuel Santos.



Nous qui nous réclamons partisans inconditionnels non seulement du processus de paix mais qui considérons également la paix comme valeur fondatrice de la société, ce que doit être le pays et le monde, mais en même temps nous avons la prétention d'être des observateurs objectifs, la nouvelle qui a fait tomber les machines à écrire, qui a ébranler les éditions extraordinaires du matin et interrompre la programmation musicale des émissions habituelles par de grands cris « C'est extra, c'est extra, c'est extra ! », qui nous rappelle même les années 1970 – que d'eau est passée sous les ponts ! - enfin on brisait la routine quotidienne par la nouvelle – d’habitude mauvaise – d'un événement extraordinaire, cela a soulevé chez nous plus d'inquiétude que d'émotion.



Et ce n'est pas que nous soyons de nature pessimiste. C'est seulement que – comme le disait un homme d'esprit – un pessimiste est un optimiste bien informé. Et à notre avis, dans ce cas précis, il y a de quoi l'être.



L'avancée que l'Accord signifie en termes de confiance entre les parties et la lueur d'espoir dans une société aussi désabusée que celle colombienne, ne doit pas dissimuler sa principale faille qui est que, en dépit de tout ce verbiage, il dit très peu de choses. On s'explique, l'Accord est une déclaration unilatérale du gouvernement – qui a le pouvoir d'accorder ou non ce qu'il affirme dans l'accord pour la rébellion – pleine d'affirmations sur sa volonté de paix, son engagement pour une démocratie intégrale, avec participation de tous, tolérance, garanties pour l'opposition, respect ds différences et octroi de sécurités pour toute expression politique et civile, d'où qu'elle vienne. Et le pire, c'est que pour concrétiser cette abondance de mots, pour vérifier ces promesses qui en politique rendent justice à l'aspiration élémentaire de son homologue, le gouvernement offre des « Commissions », « Etudes », « Statuts » et des offres de « porter » ou d' « impulser » auprès des organismes correspondants, « les réformes institutionnelles » en question.



Et de ces propositions, de ces offres, on en a déjà eu assez. Je m'exprime mal : trop. Ils le savent très bien, les rebelles et les opposants de toutes tendances qui un jour ont cru en la bonté des paroles du pouvoir pour construire sur cette base la paix. Guadalupe Salcedo face au gouvernement pacificateur du général Rojas Pinilla [NdT : entre 1948 et 1953, la Colombie connaît une rébellion « libérale », germe des futures guérillas révolutionnaires, face à une restauration conservatrice qui va user d'une terreur de masse qui va dégénérer en guerre civile qui fera 300 000 morts : la Violencia. Le chef de la guérilla dépose les armes face au général Pinilla qui va en profiter pour écraser l'opposition et instaurer une dictature]. Efraim Gonzalez face au « président de la paix » Guillermo Leon Valencia [NdT : Efraim Gonzalez reste associé à l'image du « bandit social », extorquant aux riches pour donner aux pauvres paysans. Mythe des années 1960, il finit assassiné sous le gouvernement du Président Valencia, en 1965]. L'Alliance nationale populaire (ANAPO) pourchassée par le gouvernement de Leras Restrepo après avoir gagné et s'être fait volée sa victoire présidentielle en 1970. Les Accords de paix du gouvernement de Belisario Betancourt avec le M-19, histoire d'une trahison qui a donné lieu à la « demande armée » des rebelles devant la Cour suprême de Justice, générant l'horreur de la barbarie gouvernementale, l'holocauste qui ne cicatrise pas. [NdT : en 1984 sont signés les accords de paix avec la guérilla M-19, le gouvernement profite de la trêve pour prendre d'assaut les camps militaires du mouvement, liquidant ses principaux chefs. Le M-19 répond par la prise du palais de justice de Bogota le 5 novembre 1985, qui conduit après un raid meurtrier des forces répressives du régime à la mort de 100 personnes]. Carlos Pizarro, du mouvement M-19, assassiné en 1990 par les escortes que lui avait offert le président Virgilio Barco avec qui il avait signé la paix après cette trahison.



Il est impossible d'oublier la façon dont l’État use d'excuses qui sont des prétextes, dont il a renversé la table chaque fois qu'on s'est assis pour négocier la paix – à Tlaxcala, Caracas, el Caguan – avec le même mouvement avec lequel il traite aujourd'hui.



Le passé de l’État en matière de promesses est loin d'être glorieux, il ne garantit donc rien à ce sujet. Et nous le disons avec déchirement car naviguer à contre-courant d'un rêve collectif ne peut être que pénible. Mais c'est la dure leçon de l'histoire qu'il vaut mieux ne pas oublier. Les paroles de l’État, les engagements du pouvoir, ses déclarations de paix et de justice pour tous « sans distinction » ne sont pas crédibles. Et ils ne le sont pas, parce qu'ils vont contre sa nature. Contre sa manière d'être, qui est un pouvoir non-partagé : hégémonique, en faveur de ses intérêts qui ne sont pas collectifs mais ceux particuliers de ses détenteurs. Ainsi est l'Homme, dans la plus ingrate des conditions humaines qui est celle émanant d'une société de classes : entre seigneurs et sujets, dominants et dominés, ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Cela ne pas être d'une autre façon alors, et ce n'est presque pas sa faute. C'est comme au collège quand on fait l'examen de géométrie où on expose un théorème où A valait 1 et B valait 2. L'élève inquiet demandait : « pourquoi, professeur ? ». Et celui-ci répondait : « c'est sa construction, par définition ». C'est comme ça, travaille. Ne pose pas tant de questions.



L’État, notre État, n'a jamais honoré sa parole quand il a négocié avec son ennemi. Tenir sa parole, cela n'est pas dans son schéma de pensée, cela n'a pas été non plus une référence éthique face à la question fondamentale du pouvoir. Et cela ne vaut que si on considère son ennemi comme un interlocuteur ! Si quelqu'un en veut la preuve, qu'il revienne aux mots par lesquels le ministre de la Défense Juan Carlos Pinzon a qualifié la guérilla, en pleine conservations pour la paix, où il devait partager la table des négociations et manifester sa disposition à trouver un accord.



La seconde raison pour laquelle nous ne joignons pas au rêve général, ce sont les mots mêmes du président dans son allocution au pays, sur toutes les chaînes de radio et de télévision ce 6 novembre, annonçant la bonne nouvelle de cet Accord. Après l'avoir entendu, on était obligé de se demander : « Négociations de quoi ? ». Parce que de paix, il ne semble pas y avoir.



D'une part, le Président remercie – ce qui est absolument rituel pour tous les gouvernements – tout es les personnes engagées dans le processus pour cette avancée (?), quand on sait que les militaires n'ont parlé sur la question qu'en termes de guerre, et ne reconnaissent aucune réalité politique ou morale à leur adversaire.



L'autre point déconcertant concernant le message présidentiel, la « bonne nouvelle », c'est qu'une fois de plus – la millième ? - il intériorise et se solidarise avec la revendication de la droite belliciste ennemie du processus, en disant que la force publique ne baissera pas la garde d'un millimètre dans la guerre totale sur tout le territoire contre les FARC. Nous oublions pas qu'il y a deux ans, le même président Santos, consulté par ses généraux, a donné son feu vert à l'exécution du commandant des FARC Alfonso Cano, malade et sans défense, au moment où il tentait des approches pour négocier la paix. La même que fête aujourd'hui le président, avec cette issue partielle.



Les accords FARC-Gouvernement ne peuvent aboutir donc pour les rebelles sur la promesse de commissions et de déclarations de bonne volonté. Ils ne peuvent pas retomber dans l'erreur de tenir pour des faits ce qui ne sont que des mots. Le caractère déclamatif des engagements du gouvernement dans l'Accord sur le point de la participation politique de la rébellion, si jamais cela se produisait, pourrait constituer un saut dans le vide pour celle-ci et sa base sociale, avec leurs désirs d'acteurs après le conflit. Et également pour les possibilités d'action politique que l'Accord ouvre à des secteurs jusqu'aujourd'hui interdits, étrangers ou sceptiques par rapport à elle.



Ce texte ne prétend pas porter des mots d'ordre défaitistes face au processus de paix. Seulement une voix prudente pour que la date de 1984 ne se reproduise pas [NdT : en 1984 étaient signés les accords de Corinto avec l'ELN et le M-19, et les accords de la Uribe avec les FARC. Ces derniers vont constituer l'Union patriotique, mouvement de gauche révolutionnaire pacifique et démocratique, qui va être liquidé par la droite para-militaire, faisant 3 000 morts]. Ceux des accords de la Uribe signés par le commandant des FARC Manuel Marulanda avec le président Belisario Betancourt, qui a donné lieu à l'Union patriotique. L'irruption joyeuse, civile et pleine de confiance de ce mouvement dans l'arène politique, l'incroyable résultat électoral qu'elle a obtenu, a conduit à une réaction de l’État, à son extermination. On connaît tout cela. Et que ne se répète pas la parabole du commandant qui est descendu des montagnes il y a 26 ans pour vêtir les habits du parlementaire, et qui a dû retourner sur les hauteurs quand son élimination a été actée. Cela a conduit à la poursuite de la guerre, quelle ironie ! Voilà pourquoi Ivan Marquez préside aujourd'hui la délégation de la rébellion, et lutte pour la paix.



C'est en ce sens qu'il faut lire cet article. Que la réponse à la question, « sur quoi ? » négocie-t-on, soit celle qui animent tous les colombiens : la paix. »



 

Alliance des journalistes pour la paix – article de Luz Marina Lopez Espinosa

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 06:12

hoy somos unoDes temps difficiles pour le Paraguay

 

L'unité de toutes les forces progressistes et démocratiques est nécessaire

 

 

Intervention du Parti communiste paraguayen - pour le Front Guazu - au Forum de Sao Paulo du Cône sud, à Asuncion

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Comme lorsque s'est installée la dictature d'Alfredo Stroessner en 1954, en pleine guerre froide, l'ascension de Cartes a aujourd'hui une signification similaire. Sa dangerosité n'est peut-être pas perçue par les forces progressistes du Paraguay ni de la région.

 

En ce moment, la dictature stroniste fut l'avant-poste de l'impérialisme yankee pour déstabiliser les gouvernements démocratiques et provoquer un recul, ce qui fut pleinement réalisé dans les années 1970, avec le « Plan Condor », au moins dans le Cône sud de l'Amérique. La dictature de Stroessner était la base arrière sûre de l'Empire, où se trouvait non seulement un centre de renseignement mais aussi un centre d'opérations, à partir duquel ont été déstabilisés des gouvernements comme celui d'Allende (le soutien aux camionneurs est parti d'Asuncion, via l'Ambassade paraguayenne à Santiago du Chili). L'objectif aujourd'hui est de déstabiliser la région, en plus de créer un modèle néo-libéral valorisable, face à la décrépitude des gouvernements conservateurs en Colombie et au Chili.

 

Le Paraguay vit un moment critique bien que, dans le même temps, plein d'espoir. Comme peu de fois dans son histoire, le pouvoir oligarchique instauré depuis la Guerre de la Triple-Alliance (1864-1870) fut remis en cause pendant le gouvernement de Fernando Lugo (2008-2012).

 

Les occasions précédentes furent la révolution de Février (1936-1937) et la guerre civile de 1947. Justement depuis cette rébellion populaire et démocratique, le pouvoir oligarchique a pu consolider un long règne, avec le soutien politique du Parti « Colorado », qui s'est renforcé avec la dictature d'Alfredo Stroessner (1954-1989) et a continué par la suite avec la longue « transition à la démocratie » (1989-2008).

 

Après 61 années de règne, le pouvoir oligarchique était totalement usé et ce fut à ce moment précis qu'un vaste secteur démocratique a pu constituer une alternative, l'Alliance patriotique pour le changement, avec la candidature de Fernando Lugo, avec 41 % des voix. La gauche, le centre-gauche et d'autres secteurs démocratiques non-libéraux ont obtenu 13 % des voix au Sénat – dispersés sur 20 listes, et donc seulement 3 sénateurs sur 45 – et le Parti libéral radical authentique (PLRA) a obtenu 28 %, ce qui a permis le triomphe de Lugo. Le Parti « Colorado » a obtenu 31 %, les partis conservateurs UNACE 20 % et Patria Querida 8 %.

 

Même avec un Congrès à une écrasante majorité conservatrice (ANR, PLRA, UNACE et PQ),le gouvernement de Fernando Lugo inquiétait l'oligarchie. Il l'a inquiétée parce qu'il a fait largement participé – à travers l'Exécutif – toutes les organisations sociales, y compris les plus stigmatisées par les gros propriétaires terriens, comme c'est le cas des « carperos » ou paysans sans terre. Il a mis par ailleurs en place des programmes sociaux, comme la santé publique et gratuite, la distribution de repas et de matériel scolaire, des aides conditionnées aux familles dans le besoin (tekopora, ou bien-être) et une pension minimale pour les personnes âgées, voilà quelques-unes de ses réalisations sociales. Grâce à ces projets, les pauvres ont retrouvé une dignité et compris que leur survie était une question de droit et non une question de qui était le caudillo local, comme ce fut le cas pendant les cent dernières années. Dans le fond, les très modérés projets sociaux du gouvernement de Fernando Lugo ont touché la base même du pouvoir de l'oligarchie. C'est pour cela qu'elle a décidé d'agir et, toutes les informations concordent, elle a planifié le massacre de Curuguaty [NdT : en juin 2012, la police charge violemment un camp de paysans sans terre, le bilan est de 17 morts, 11 paysans et 6 blessés, et de 80 blessés. Le massacre sert de point de départ au processus de renversement du président] tout comme le coup d'Etat parlementaire. L'oligarchie ne voulait courir aucun risque lors des élections d'avril 2013, et cela ne l'a pas gêné de briser l'ordre constitutionnel, comme elle l'a toujours fait dans l'histoire paraguayenne.

 

Les élections d'avril 2013 furent totalement frauduleuses, en commençant par la candidature même de Horacio Cartes. Ce dernier ne pouvait pas être candidat du Parti Colorado, n'ayant pas l'ancienneté requise dans les statuts. Prêt à tout, il fait pression et réussit à convoquer une Convention extraordinaire pour modifier les statuts – une convention pour une personne – et il achète littéralement un bon nombre de conventionnels, ce qui lui assure une victoire facile dans l'Assemblée colorada. Pareillement, il a imposé une présidente du parti de confiance (Lilian Samaniego) et un intendant d'Asuncion également de confiance (Arnaldo Samaniego). Au sein du Parti colorado, son argent a écrasé les prétentions de son rival (Zacarias Irum), qu'il est ensuite parvenu à aligner sur ses positions, grâce à ses ressources. Pour le coup d'Etat parlementaire il a donné son appui décisif, avec l'objectif clair de compromettre le PLRA dans l'effondrement institutionnel, lui faire perdre de son prestige et briser, pour toujours, l'Alliance patriotique pour le changement. Les élections d'avril 2013 furent une « promenade » pour Cartes, qui s'est imposé plus par sa fortune que par tout autre type d'argument.

 

Les secteurs progressistes non-libéraux furent plus forts qu'en 2008. Tandis qu'en 2008, ils avaient obtenu 13 % des voix au Sénat, en 2013 ils ont obtenu – les mêmes groupes – 28 % des voix (plus que doublés) et 11 sénateurs (contre 3) : 5 du Front Guasu, 3 du PDP, 2 de l'AP et 1 du PEN.

 

Il y a bien eu une restauration conservatrice, avec une couleur nettement néo-libérale et autoritaire, déjà présent dans le massacre de Curuguaty et la criminalisation qui s'en est suivie de les luttes sociales et dans le même temps qu'a surgi, paradoxalement, comme acteur d'une bien plus grande envergure le progressisme – de la gauche jusqu'au centre – qui aujourd'hui a un poids important au Paraguay, comme jamais il n'en eut dans l'histoire du Paraguay.

 

Le 15 août, Cartes prit ses fonctions de président. Il le fit dans la plus grande indifférence de ses collègues colorados, qui ont hué plusieurs ministres qu'il avait nommé ce jour-ci. En revanche,cela se produisit dans la joie exacerbée des groupes de presse, des propriétaires terriens et des industriels de l'agro-alimentaire.

 

Fait notable, un jour avant, le 14 août, était assassiné le dirigeant paysan et du Front Guasu, Lorenzo Areco, par des hommes armés, en plein jour sur la route internationale au nord du pays. Deux jours après, le 16 août, un attentat présumé de la fantomatique Armée du peuple paraguayen (EPP) a fait quatre morts parmi des voyous et un officier de police, des gardiens de sécurité des propriétés du nord du Paraguay, où opèrent les narco-trafiquants et l'EPP. Résultat de ces événements – selon nous, froidement calculés – en moins d'une semaine (le 22 août)fut adoptée la Loi de Militarisation, permettant aux forces armées de réprimer tout mouvement sans nécessité de déclarer l'Etat d'urgence, où que ce soit dans le pays. Il y a quelques jours fut assassiné un autre dirigeant paysan, Inocencio Sanabria, et 6 dirigeants paysans ont été assassiné depuis le coup d'Etat parlementaire du 22 juin 2012 (deux dans les 40 derniers jours), sans que personne n'ait été poursuivi.

 

D'après nous, cette loi de militarisation est totalement anti-constitutionnelle, puisque le rôle des forces armées est la protection des frontières et, en général, la défense du pays, et non d'intervenir dans les conflits internes. Dans les raids réalisés dans le nord du pays (Concepcion, San Pedro), les organisations de défense des droits de l'Homme rapportent des violations significatives, comme des raids brutaux au cœur de la nuit, des mauvais traitements et des intimidations visant la population civile.

 

De fait, ce qui se passe au Paraguay est l'achèvement du coup d'Etat parlementaire contre Fernando Lugo, quand la droite la plus réactionnaire a planifié de reprendre le pouvoir, à partir du massacre de Curuguaty (11 paysans et 6 policiers assassinés) et qui avait tous les aspects d'un complot. La Commission des Droits de l'Homme des Nations unies, en mars 2013, a condamné les exécutions sommaires de paysans, les tortures et l'absence de garanties dans le procès biaisé qui maintient une dizaine de paysans sous les barreaux, uniques présumés coupables du massacre. Les victimes sont les seuls coupables pour la « justice ».

 

La vitesse avec laquelle agit Cartes sur le plan militaire, et l'intimidation qu'il impose au mouvement social en général et paysan en particulier, s'étend aux autres sphères du pouvoir. Déjà avant qu'il entre en fonctions, il a ordonné que soient adoptés deux projets : la loi de participation public-privé dans les infrastructures et la loi sur le cadre régulateur électrique. Ce dernier projet a pu être empêché grâce à une mobilisation sociale immédiate, avec un rôle du Front Guasu et d'autres forces progressistes, et est aujourd'hui suspendu. La Participation public-privée, qui hypothèque toutes les ressources et biens publics en faveur des grandes entreprises privées du bâtiment, y compris des trans-nationales, a été en revanche adoptée le 24 septembre, 40 jours après l'investiture de Cartes. Cette loi ne donne plus son mot au dire au Congrès en cas de concession (privatisation), pareil pour le Pouvoir judiciaire. Ce jeudi 26 septembre a également été adoptée la Loi de responsabilité fiscale, qui gèle tous les salaires publics et les dépenses publiques courantes (éducation, santé et aides sociales) sans que le Congrès ne puisse rien dire par la suite sur les nouveaux budgets de la nation. Tout le pouvoir économique, politique et militaire se trouve concentré entre les mains de Cartes, laissant – comme pendant la dictature de Stroessner – les pouvoirs législatif et judiciaire comme de simples objets décoratifs.

 

Qui sont derrière le plan de Cartes ?Incontestablement l'Empire et les oligarchies régionales.Ils cherchent à développer l'industrie agro-alimentaire exportatrice, les « maquilas » (usines délocalisées) et les privatisations, transformer le Paraguay en un nouveau modèle néo-libéral pour la région, mettre un frein au processus d'intégration des peuples dans des projets comme le MERCOSUR, l'UNASUR et la CELAC. Il s'agit d'une mauvaise articulation de la Colombie d'Uribe – qui est venu présenter un livre d'un ami personnel de Cartes, Mateo Balmelli –, le Mexique des maquilas et l'Argentine de Menem. C'est un projet qui, comme celui des Chicago Boys de Pinochet (dont Cartes connaît l'expérience via Cuadra, qui un de ses principaux conseillers), prétend être un modèle à partir duquel on peut torpille le processus d'intégration progressiste d'Amérique du sud, face à l'épuisement des modèles néo-libéraux dans la région, comme la Colombie de Santos, contrainte à un processus de paix, et le Chili de Piñera, qui va bientôt être remplacé par Bachelet, avec une inflexion progressiste.

 

Pour vaincre, Cartes – et ceux qui le soutiennent dans et hors du pays – concentre tout le pouvoir économique, politique et militaire.Son objectif immédiat est de battre le mouvement social et politique progressiste au Paraguay, et de lancer une croissance économique élevée pour une élite de super-millionnaires, comme lui, et d'obtenir ainsi comme disent les néo-libéraux un « déversement » (de miettes, en réalité) qui limiterait la pauvreté. Y arrivera-t-il ? Si il bénéficie du soutien de l'Empire et de toutes les oligarchies régionales, celle uruguayenne était toute présente lors de son investiture – la résistance du mouvement social monte en puissance et il ne sera pas facile de la démanteler.

 

En tout cas, des moments difficiles s'annoncent une fois de plus pour le Paraguay. Comme le Front Guasu, la principale organisation progressiste du pays, nous croyons que le peuple paraguayen saura affronter ce défi.

 

Nous croyons que l'heure est venue de l'unité de tout le peuple, y compris des secteurs non-progressistes mais démocratiques. D'abord seuls contre la Loi de militarisation (le Front Guasu fut la seule formation non-invitée par Cartés pour discuter de la question), nous avons avancé vers un rassemblement plus fort contre le « nouveau cap » néo-libéral et de militarisation, en ayant réussi contre la Loi de participation public-privée une adhésion beaucoup plus importante, y compris de secteurs non-progressistes, mais démocratiques.

 

Nous devons briser le pacte « bleu-grenat » qui réunit les colorados, les libéraux et d'autres partis politiques en vue de constituer un grand front démocratique qui affronte le nouveau défi de l'autoritarisme, la négation de la démocratie et des droits de l'Homme politiques, économiques et sociaux. En même temps, la solidarité internationale est fondamentale, voilà pourquoi nous valorisons le travail important de ce Forum de Sao Paulo Cône Sud, qui se réunit à Asuncion.

 

 

Nous sommes ici, donc, pour débattre et nous mettre d'accord sur des actions qui nous permettent de faire face au projet si dangereux pour le Paraguay comme pour toute la région, comme le fut la dictature d'Alfredo Stroessner, qui au moment de son installation, en 1954, est passée quasi inaperçue, et ce fut une grave erreur de toutes les forces démocratiques de la région.

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 06:55

2013-09-06Au Brésil, communistes et syndicalistes dénoncent la privatisation du pétrole, livré aux multi-nationales par Dilma 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Ce lundi 21 octobre, le gouvernement de Dilma s'est livré à la plus grande mise aux enchères au monde dans le secteur pétrolier, un immense champ pétrolifère au large des côtes brésiliennes, livré aux multi-nationales chinoises et européennes. 

« Leilão », la « méga-enchère » : voilà le nom donné à l'opération entreprise par l'Etat brésilien de vente, ou plutôt de bradage, des droits d'exploitation des gigantesques champs pétrolifères de Libra, dans le bassin de Santos au sud-est du pays.

Ces champs pétrolifères sont non seulement « off-shore » mais surtout en « eaux profondes » des gisements « pré-sels », autrement dit des réserves pétrolières enfouies sous d’épaisses couches de sel sous-marines.

Avenir de la prospection pétrolière, suscitant les convoitises des multi-nationales, risquée tant par son coût d’exploitation que par ses menaces pour l’environnement, elle nécessite des techniques spécifiques et des investissements massifs dont Petrobras est devenu expert.

Avec entre 8 et 12 milliards de réserves estimées, le « pré-sel » de Libra est le plus important gisement découvert à ce jour. A titre d’exemple, il est l’équivalent à l’ensemble des réserves pétrolières de pays pétroliers comme l’Angola, l’Algérie ou l’Azerbaidjan !

Non seulement les réserves brésiliennes doubleront grâce à ce gisement mais on estime que ce seul « pré-sel » serait en mesure de produire 1,5 million de barils par jour, contre 2,4 million à l’heure actuelle au Brésil … déjà 13 ème puissance pétrolière mondiale !

De quoi assurer la souveraineté énergétique du Brésil pendant plusieurs décennies, de financer des programmes de développement des services publics fondamentaux … cela si Petobras était maître intégral du projet, et s’il était encore un monopole public national.

Or, le choix qui a été fait par le gouvernement « PT » est autre.

Il s’intègre dans la stratégie de transformation de Petrobras, ancien monopole public national en un « champion national » privatisé, à la conquête des marchés continentaux voire mondiaux, orienté vers la recherche du profit.

Le « leilão » proposé par l’Etat brésilien était censé concéder l’exploitation pour une durée de 40 ans à des opérateurs étrangers, privés ou publics, devant émettre l’offre la plus élevée possible, celle accordant à l’Etat brésilien le plus de parts dans le projet.

En échange, Petrobras était assuré d’un seuil minimal de 30 à 40%, tandis que l’Etat empochait une « prime à la signature » ainsi que des « royalties » échelonnés sur 40 ans.

Finalement, Petrobras n’a hérité que du seuil minimal de 40% – preuve de l’échec apparent du projet – les monopoles publics chinois CNPC et COOC récupérent 20% et les multi-nationales européennes, la française Total et la britannique Shell, 40%.

La somme récupérée à la signature par l’Etat brésilien approcherait les 7 milliards de $. Une broutille. A 110 $ le baril, le potentiel de ces champs approche les 13 000 milliards de $. Même en soustrayant les coûts d’exploitation, le compte n’y est pas.

Grève depuis une semaine des travailleurs du pétrole

C’est sur la base de ce constat que les travailleurs du secteur pétrolier dénoncent « la plus grande privatisation de l’histoire du pays », selon la Fédération nationale des pétroliers (FNP).

Les deux principales centrales du secteur, la FUP (réformiste, affiliée à la CUT, le syndicat majoritaire) et la FNP (syndicat de lutte) ont appelé à un mouvement de grève le 16 octobre, pour s’opposer à la privatisation et exiger des améliorations des conditions salariales.

Le mouvement est massivement suivi, la plus grande grève dans le secteur depuis celle de 1995, une grève déjà contre la privatisation de Petrobras au moment de la remise en cause du monopole public.

Il intègre également les travailleurs d’entretien, de l’administration ou encore les précaires « tertiarisés », touchés durement par les projets gouvernementaux, qui avec la « loi 4330 » prévoit la généralisation d’un sous-statut de travailleurs sous-traités, de précarité intégrale.

Après une semaine de grève, avec des bases motivées permettant la paralysie de plusieurs sites pétroliers dans le pays, le gouvernement craint la contagion, après la grève des professeurs en septembre, et le grand mouvement de protestation de juin dernier.

Ce lundi, ce sont près d’un millier de policiers et de militaires qui étaient mobilisés dans les rues de Rio pour faire face et réprimer le mouvement populaire de protestation contre la mise aux enchères des champs pétrolifères.

Plutôt que le bâton, la direction de Petrobras a choisi la carotte, jouant la carte de la division du mouvement syndical, en offrant des concessions salariales mineures à la direction réformiste de la FUP pour mieux protéger l’essentiel, le plan de privatisation.

La FUP a logiquement répondu en faveur de l’adoption du projet de la direction de Petobras prévoyant une hausse de 6 % des salaires.

La FNP a refusé l’accord et propose de continuer la grève pour obtenir satisfaction non seulement sur les 16% d’augmentation salariale mais aussi sur le refus de la précarisation du personnel et l’annulation du contrat signé avec les grands groupes pétroliers étrangers.

Ce 23 octobre, l’avenir de la grève est toujours incertain.

Les communistes dénoncent une nouvelle étape dans la privatisation des ressources naturelles

Pour le Parti communiste brésilien (PCB), le « leilão » s’inscrit d’abord dans « le plus grand projet de privatisation de l’histoire du Brésil ».


D’une part, le PCB rappelle que cette « méga-enchère » fait suite à 11 rondes de mise aux enchères des champs pétroliers du pays. La dernière, en mai 2013, a conduit à céder 289 blocs d’exploitation dans 11 Etats, pour des réserves autour de 10 milliards de barils.


Plus largement, la privatisation progressive du pétrole s’inscrit aussi dans la concession au privé des grandes infrastructures du pays – routes, aéroports, ports, stades – ainsi que de secteurs stratégiques, comme les télécoms.


Sans oublier le rôle que jouent les banques publiques (BNDES, Banco do Brasil) et les anciens monopoles énergétiques publics comme Petrobras dans le financement des « champions nationaux » privés, et leurs politiques d’investissement à l’étranger.


Cette opération de privatisation est ensuite, selon le PCB, un « crime contre les travailleurs brésiliens ».


Le PCB a tenu fermement à dénoncer le discours gouvernement selon lequel la concession de la majorité des champs « pré-sel » au privé conduirait à la conquête de « royalties » qui iraient uniquement à des projets de développement de la santé et de l’éducation. Triplement faux.


D’une part, parce que la Petrobras n’est plus un monopole public national.


Multi-nationale comme une autre, aujourd’hui son argent est essentiellement utilisée pour financer des projets d’investissements à l’étranger et récompenser les actionnaires : 24 milliards de $ de profit en 2012 !

D’autre part, parce que, sur les 60% concédés aux entreprises étrangères, publiques ou privées, la part des royalties ne s’élèvera au maximum qu’à 15 % de la production.


Sur ces 15 % – selon la dernière loi votée l’an dernier pour la redistribution des revenus pétroliers –  80% iront aux Etats fédérés et communes, qui n’ont aucune obligation d’utiliser ces fonds pour l’éducation et la santé.


L’état désastreux de l’éducation largement décentralisée, qui a conduit au mouvement de grève des professeurs de Rio et de Sao Paulo – les deux principaux Etats producteurs de pétrole – en est une preuve patente.


De fait, les 20% restant pour l’Etat fédéral (portant sur les 15% de royalties) seraient reversés dans un « Fonds social » où 50% des ressources seraient destinées à l’éducation … soit 1,5% des ressources pétrolières globales issues du contrat signé lundi !


Comme le note le PCB, l’argument fallacieux de l’utilisation de la manne pétrolière à des fins sociales tombe à l’annonce de la « prime de signature » de 7 milliards empochée … pour rembourser les intérêts de la dette, qui accaparent la moitié du budget de l’Etat fédéral.


Le Parti communiste résume de façon claire ce hold-up des richesses nationales :


« Le gouvernement brésilien livre encore les richesses nationales au grand capital privé, sans aucune contre-partie significative pour la majorité de la population brésilienne, la classe ouvrière, dans une logique de privatisations offrant plus de facilités à la reproduction du capital. Cette méga-enchère ne peut pas avoir lieu. C’est un crime ».


Face à ce crime, les communistes et les syndicalistes sur des positions de classe ont relancé la campagne populaire des années 1950-60 : « Le pétrole doit être à nous ! », qui rencontre aujourd’hui un écho dans la population et les travailleurs du secteur.


Pour le PCB, cela suppose une lutte prioritaire : celle de la reconquête du monopole national du secteur pétrolier, d’une Petrobras 100% publique.


Sans illusions sur un gouvernement présenté de façon trop rapide comme « progressiste » et « anti-impérialiste », les communistes brésiliens indiquent la voie de la lutte contre le bradage du patrimoine national, pour la défense des conditions d’un développement national indépendant au service des travailleurs : A luta continua ! 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 05:23

Brasil-de-Fato-Manifestacao-Professores-7-10-2013.gifDeuxième mois de grève des enseignants à Rio : 50 000 manifestants dans la rue pour défendre une éducation publique ravagée

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Les manifestations de juin ont été l'étincelle d'une explosion de colère généralisée contre la gestion loyale et cynique des intérêts du capital par le Parti travailliste de Lula puis Dilma. Désormais, au tour des enseignants de refuser ce système inégalitaire et clientéliste.

 

Les médias français ont préféré retenir de la manifestation massive du 7 octobre, à Rio de Janeiro, les échauffourées entre provocateurs « Black blocks » et forces de police, destinées à effrayer le badaud et à discréditer le mouvement.

 

Pourtant, 50 000 enseignants avaient répondu à l'appel lancé par le seul Syndicat de l’État de Rio des professeurs (SEPE). La manifestation a également reçu le soutien des enseignants d'autres villes et Etats du pays qui ont défilé, notamment à Sao Paulo.

 

Cette démonstration de force marque le point d'orgue de deux mois d'une grève lancée le 8 août dernier contre le « Plan d'emplois et de salaires » proposé par la municipalité et l’État de Rio de Janeiro. A l'heure actuelle, la grève est encore suivie par 80 à 90% des personnels de l’État.

 

Ce plan prévoit une série de mesures présentées de façon cynique comme un progrès pour la condition désastreuse des enseignants au Brésil : une revalorisation salariale de 8 % pour tout enseignant qui s'acquittera de 40 heures par semaine effectives.

 

Or, seuls 7% des professeurs des écoles et collèges publics de l’État effectuent actuellement ce service de 40 h. De deux choses l'une : soit cette revalorisation ne concerne qu'une infime minorité, soit elle suppose l'alignement de tous les profs sur les 40 h par semaine .. en classe.

 

Le but premier est donc de faire travailler plus les enseignants, en classe ou dans l'établissement, avec un salaire toujours modique. Selon les chiffres du Ministère, à Rio, le salaire moyen s’élèverait à 750 € par mois.

 

Selon le syndicat, il est au moins 2 fois inférieur. Pour un professeur sur deux, au niveau fédéral, il est à peine au-dessus du SMIC … lui-même fixé à 200 €. Le SEPE évoque, pour Rio, l'absence d'augmentation du salaire réel depuis 21 ans.

 

En parallèle, cette réforme de l'emploi et de la rémunération prévoit deux mesures de libéralisation : l'introduction de la polyvalence des enseignants et l'ajustement des salaires au « mérite », deux remises en cause supplémentaires de la qualification et de l'égalité dans la profession.

 

Face aux allégations de « corporatisme » rependues dans la presse brésilienne, les professeurs ont tenu à souligner que leurs revendications allaient au-delà du salaire : elles portent sur la défense même de l'éducation publique contre l'achèvement de sa privatisation.

 

La faillite de l'éducation privatisée au Brésil

 

Le système éducatif brésilien, largement défaillant, est un héritage d'une longue histoire construite sur l'absence d'un service public national fort de l'éducation, sur une décentralisation auprès des entités fédérées, des municipalités, de privatisation au profit des Églises et entrepreneurs privés.

 

Cette tradition remonte pour grande partie à la période de la dictature militaire, entre 1964 et 1985. La présidence Lula à partir de 2002 puis Dilma n'a pas inversé ce processus, elle l'a géré et aggravé.

 

Concrètement, l'éducation primaire et secondaire publique au Brésil est largement de la responsabilité des municipalités, et des États fédérés (régions). Dans un système gangrené par la corruption et le clientélisme, l'éducation publique est perçue comme un coût.

 

Sous-financée, sous-équipée, avec des profs sous-formés et sous-payés, de fait, l'éducation publique a cédé face à un système à deux vitesses. La concurrence du privé conduisant mécaniquement à un cercle vicieux de dévalorisation du secteur public.

 

D'un côté, une éducation privée, généralement de qualité, attirant les meilleurs professeurs, bénéficiant des meilleurs équipements, concentrant les élèves des classes supérieures, au prix de frais d'inscription pouvant aller de 200 € (le salaire minimum!) à 800 € par mois !

 

De l'autre, une éducation publique, de qualité inégale mais globalement médiocre, attirant des professeurs démotivés, dépassés, dans des locaux dégradés et concentrant les problèmes sociaux et l'échec scolaire des classes défavorisées, comme celles des « favelas » de Rio.

 

Ce système biaisé grave dans le marbre l'inégalité scolaire qui se perpétue pour l'entrée au supérieur. Seul le privé prépare aux examens ultra-sélectifs (« vestibular ») pour l'entrée dans les meilleures universités … publiques du pays, les prestigieuses universités d’État.

 

Pour ceux que l'éducation publique n'aura pas déjà poussé au décrochage, la seule alternative reste les universités … privées, souvent à but lucratif, promettant ascension sociale contre frais exorbitants mais n'offrant finalement qu'une éducation au rabais sans perspective.

 

Ces universités accueillent actuellement 75% des étudiants du supérieur, elles ont absorbé 3 des 3,5 millions de nouveaux étudiants que compte le Brésil depuis 2000.

 

Le gouvernement Lula a même adopté de façon spécieuse un système de bourses dit Pro-Uni pour permettre aux enfants de milieux pauvres d'accéder aux universités publiques.. Il s'agit de fait d'un financement déguisé des universités privés, un encouragement à leur expansion au Brésil.

 

Les résultats pour le Brésil sont catastrophiques. Selon l'UNESCO, dans son rapport sur l'éducation mondiale de 2010, le Brésil se classe à la 88 ème place sur 128 pays pour son éducation. A titre de comparaison, Cuba socialiste se place au 14 ème rang.

 

Révélateur de la faillite de ce système privatisé, outre le nombre encore élevé d'analphabètes de plus de 15 ans – 14 millions, soit 10% de la population – un quart des Brésiliens sont dans les faits incapables de lire ou écrire. Le Brésil touche le fond dans les tests de science ou de langue.

 

Les taux de redoublement, d'abandon atteignent des records, même pour l'Amérique latine : un élève sur cinq redouble, un élève sur deux ne va pas au bout de sa scolarité obligatoire.

 

Le malaise est profond dans la société brésilienne. Les grandes manifestations de juin dernier en avaient été l'illustration. La grève historique des personnels de l'enseignement supérieur, en août 2012, en était un autre signal alarmant.

 

Pour nous, en France, outre note nécessaire solidarité internationaliste, c'est une mise en garde contre la tentation toujours présente de favoriser la décentralisation, l'autonomie des établissements de l'éducation, la polyvalence et la flexibilisation des personnels : cheval de Troie de la privatisation, remise en cause de l'accès universel à l'éducation.

 

 

 

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